Comment obtenir une offre à Londres en venant d'une école d'ingénieur

Pour clore notre série de témoignages AlumnEye sur les Springs, un ingénieur vous éclaire sur sa semaine au sein d’une top-tier américaine. Il vous raconte comment il a su tirer profit des événements networking pour affiner sa candidature. Enfin, il insiste sur l’état d’esprit à adopter pendant la semaine afin de tirer profit au maximum de cette immersion, et, dans le meilleur des cas, rentrer à Paris avec une offre de Summer Internship !

 

Quel est ton profil ?

Etudiant à l’ENSAE, j’étais en deuxième année lorsque j’ai postulé aux Springs. J’avais auparavant réalisé un stage de trois mois dans une institution publique, mais je n’avais pas d’expérience préalable en finance. D’où l’importance des activités extrascolaires et des hobbies, qui sont réellement valorisés par les recruteurs. J’ai ainsi pu mettre en avant mon expérience en Junior Entreprise et mon engagement sportif. Avant de candidater, il est important de travailler sur ces aspects, qui sont déterminants pour les entretiens.

Comment s’est déroulé le processus de recrutement ?

J’ai postulé mi-octobre, après avoir participé à la soirée de networking organisée dans les bureaux de Paris. Cela m’a permis d’échanger avec des opérationnels français, ainsi que des RH britanniques présentes, et donc d’adapter ma candidature en conséquence.  La suite du process s’est décomposée en deux entretiens téléphoniques, chacun avec un opérationnel et durant une trentaine de minutes. Le premier, début décembre, était tout à fait classique : questions de fit sur mon parcours et mes projets, sur ma connaissance de la banque, et enfin un échange rapide sur des grands thèmes d’actualité. Le second entretien, que j’ai passé deux semaines plus tard, était plus atypique. Il était dédié à la résolution d’une étude de cas, orientée business et actualité, pas du tout technique. J’ai reçu l’offre début janvier.

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Quels étaient les profils des autres Springs Interns et qu’en était-il de la compétition ?

Le programme s’est déroulé sur cinq jours, avec le choix de deux sessions différentes. Nous étions 34 étudiants durant la première session du programme. Il y avait une grande majorité de britanniques, venus des plus grandes universités, avec, par ailleurs, quatre français (HEC, EDHEC), plusieurs espagnols, allemands, et d’autres nationalités. La plupart des étudiants avait tout de même un background en économie ou en finance, à l’exception de quelques britanniques qui suivaient un parcours en philosophie ou en histoire. Il y avait une bonne ambiance entre les Spring Interns, et nous nous côtoyions d’ailleurs tous après chaque journée. Je n’ai pas ressenti de véritable compétition entre nous, malgré la pression perceptible et les ambitions de chacun. Il est important, je pense, de garder une attitude naturelle et de ne pas chercher à se démarquer à tout prix : l’ouverture d’esprit, la volonté d’apprendre et l’intérêt pour le secteur feront la différence à la fin de la semaine.

Comment était organisé le Spring ?

Les deux premiers jours du Spring sont généralistes : des séances de questions-réponses avec des opérationnels et des case studies en groupe étaient organisés pour découvrir chacune des grandes divisions de la banque. L’essentiel est de toujours se montrer curieux et passionné, les RH étant constamment présentes pour nous évaluer. Les trois jours suivants étaient dédiés à une division spécifique, selon les vœux de chacun. Nous étions 17 personnes affectées à la division IBD. Nous avons ainsi suivi des présentations de la plupart des groupes de Coverage sectoriel (Technology, Industrials, Healthcare, FIG…) ainsi que de certaines équipes en ECM et DCM. Ces présentations étaient complétées de sessions de work shadowing avec des opérationnels, qui permettaient de découvrir plus en détail les tâches quotidiennes de chaque équipe. En somme, les journées n’étaient pas particulièrement longues – de 8h à 17h en général – mais intenses et particulièrement instructives. La semaine fut ponctuée d’un diner très sympa avec tous les Spring Interns, des opérationnels et des RH.

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Peux-tu nous en dire plus sur ton Assessment Center ?

Les épreuves de l’Assessment Center – habituellement regroupées sur une journée – étaient ici réparties sur les trois derniers jours de la semaine. Les présentations et sessions de work shadowing étaient donc entrecoupées de plusieurs entretiens et études de cas, seul ou en groupe. Tous les étudiants ont passé ces épreuves, sans sélection préalable. Une grande partie des entretiens était encore dédiée au fit, tandis que les études de cas ainsi que les questions techniques étaient tout à fait abordables avec les éléments étudiés lors de la formation Alumneye. En IBD, environ 20% des Spring interns ont reçu une offre de Summer dans les semaines qui ont suivi le programme.

Que retiens-tu du Spring ?

Cette semaine a été une excellente expérience. Tout d’abord, c’était évidemment une occasion unique de pouvoir rencontrer et échanger avec des opérationnels de tous grades, qui avaient de commun l’envie de partager leur expérience et leur quotidien. Je garde un très bon souvenir des sessions de work shadowing et des études de cas réalisées avec des opérationnels tout au long de la semaine. Un Spring est également un moyen de découvrir l’environnement et l’ambiance qui règne au sein de la banque et plus globalement à Londres. Cela permet de démystifier l’idée que l’on peut se faire de l’environnement ou des conditions de travail. Enfin, participer à un tel programme donne la possibilité d’en apprendre davantage sur la banque, son positionnement et sa structure. C’est une opportunité unique de faire un premier pas dans cet univers exigeant, avant, peut-être, d’y entrer de plein pied. Tout ceci nécessite évidemment une préparation importante à fournir en amont, en particulier lors des candidatures, mais qui avec la volonté et la curiosité nécessaires, aura toutes les chances de s’avérer payante à l’issue de la semaine de Spring.

 

Merci à lui pour ce témoignage !


Entretien en Finance de marché : les 10 livres à lire

SumZero, un réseau social pour des investisseurs buyside, a demandé à ses membres de partager leurs livres préférés sur l’investissement dans leurs profils utilisateurs.
La liste est basée sur 1,120 réponses et les livres ont été classés du moins recommandé au plus recommandé. Vous pouvez la considérer comme une reading list si vous comptez faire carrière en Finance de marché.

À noter que certains de ces livres ont un coût non négligeable, par exemple « Margin of safety » se vend au moins 900 € d’occasion.

 

1. « The Essays of Warren Buffett » by Lawrence Cunningham

Étant le livre le plus dédicacé par Warren Buffett, sa popularité et sa longévité attestent de l’intérêt généralisé pour cette compilation unique des pensées de Buffett. Ce livre est à la fois exhaustif, non répétitif et facile d’accès. Les lecteurs nouveaux et expérimentés obtiendront une éducation précieuse en parcourant cette compilation classique des meilleurs écrits de Warren.

 

2.« Poor Charlie’s Almanack » by Charlie Munger

Poor Charlie’s Almanack contient l’esprit et la sagesse de Charlie Munger : ses discussions, ses conférences et ses commentaires publics. Il a été écrit et compilé avec les encouragements et la coopération de Charlie Munger et de Warren Buffett. Installez-vous dans votre fauteuil préféré et profitez de l’humour unique, de l’esprit et de l’intuition que Charlie Munger apporte au monde des affaires et à celui de l’investissement. Avec Charlie comme guide, vous êtes sur le point d’entreprendre un voyage extraordinaire vers de meilleurs investissements, de meilleures prises de décision et une réflexion sur le monde et la vie en général. La vision unique du monde de Charlie, ce qu’il appelle une approche multidisciplinaire, est un modèle auto-développé pour une pensée claire et simple tout en étant loin d’être simpliste.

LA4Lire aussi : Les plus grosses pertes du Trading : la finance de marché déconnectée

 

3. »One up on Wall Street » by Peter Lynch

Le gestionnaire de fonds le plus performant d’Amérique raconte comment les investisseurs moyens peuvent se démarquer en utilisant leurs connaissances. Selon Lynch, les opportunités d’investissements sont partout. Du supermarché au lieu de travail, nous rencontrons des produits et des services toute la journée. En faisant attention nous pouvons trouver des entreprises dans lesquelles investir avant que les analystes professionnels ne les découvrent. Une fois découvertes, les investisseurs peuvent trouver des «tenbaggers», les actions qui s’apprécient dix fois plus vite par rapport à l’investissement initial. Quelques tenbaggers transformeront un portefeuille d’actions moyennes en un portefeuille à la performance exceptionnelle.

4. »Reminiscences of a Stock Operator » by Edwin Lefevre

Reminiscences of a stock operator est un récit fictif de la vie du trader en Securities Jesse Livermore. Malgré l’ancienneté du livre, il continue d’offrir des idées sur l’art du trading et de la spéculation. Chez Jack Schwagers Market Wizards, Reminiscences of a stock operator est considéré comme une source d’apprentissage majeure du stock trading pour les traders expérimentés comme pour les nouveaux. Le livre raconte l’histoire de la progression de Livermore, qui passe du day trading dans les boutiques de New England Bucket jusqu’à devenir market speculator, market maker et marker manipulator. L’histoire se poursuit jusqu’à Wall Street où il a fait et défait sa fortune plusieurs fois. Tout au long de sa route, Livermore découvre plusieurs leçons qu’il partage au lecteur avec plaisir.

5. »Common Stocks and Uncommon Profits » by Philip Fisher

Très respecté et admiré, Philip Fischer fait partie des investisseurs les plus influents de l’histoire. Ses philosophies d’investissements ne sont pas seulement étudiées et appliquées par les financiers d’aujourd’hui, elles sont aussi considérées comme une référence quasi biblique. Ce livre est une lecture indispensable et ce depuis sa première date de publication en 1958.

LA4Lire aussi : Quelle question poser à la fin d’un entretien en finance ? M&A, Trading, etc.

 

6. »Security Analysis » by Benjamin Graham and David L. Dodd

Cette nouvelle sixième édition, basée sur la version classique de 1940, est améliorée avec 200 pages supplémentaires de commentaires de certains des principaux money managers de Wall Street. Ces maîtres d’investissements expliquent pourquoi les principes et techniques de Graham et Dodd sont encore très pertinents même dans des marchés différents de ceux d’aujourd’hui. La liste des contributeurs comprend :

  • Seth A. Klarman, président de The Baupost Group, L.L.C. Et auteur de Margin of Safety
  • James Grant, fondateur Grant’s Interest Rate Observer, associé général de Nippon Partners
  • Jeffrey M. Laderman, rédacteur pendant vingt-cinq ans de BusinessWeek
  • Roger Lowenstein, auteur de : The Making of American Capitalist, When America Aged, Outside Director, et Sequoia Fund
  • Howard S. Marks, CFA, président et cofondateur, Oaktree Capital Man

 

7. « The most important thing illuminated » by Howard Marks

Que vous ayez déjà lu The Most Important Thing plusieurs fois ou que vous le découvriez, ce livre vous donnera un regard sans précédent sur la façon dont les principaux investisseurs américains prennent des décisions et réussissent financièrement.

 

8. « You can be a stock market genius » by Joel Greenblatt

LA4Lire aussi : Étudiant à l’IESEG, il décroche une offre dans une américaine

 

Vous êtes sur le point de découvrir les opportunités d’investissements manquées des portfolio managers, des professeurs d’écoles de commerce et des principaux experts en investissement. Découvrez les domaines inexplorés où l’investisseur individuel a un énorme avantage par rapport aux magiciens de Wall Street. Voici votre carte au trésor personnelle pour des situations particulières dans lesquelles de grands bénéfices sont possibles parmi les cas suivants : Spin-offs, Restructurings, Merger Securities, Rights Offerings, Recapitalizations, Bankruptcies, Risk Arbitrage.

 

9. « The intelligent investor » by Benjamin Graham

Le plus grand conseiller en investissement du vingtième siècle, Benjamin Graham, a enseigné et inspiré des personnes dans le monde entier. La philosophie de Graham en matière de value investing, qui protège les investisseurs contre les erreurs substantielles et leur enseigne à développer des stratégies à long terme, a fait du livre The Intelligent Investor la bible du stock market depuis sa première publication en 1949.

 

10. « Margin of Safety » by Seth Klarman

Prenant son titre de l’avertissement souvent répété de Benjamin Graham pour investir toujours avec une marge de sécurité, Margin of Safety de Klarman explique la philosophie de la value investing et peut-être plus important encore, la logique derrière démontrant pourquoi cette approche réussit alors que d’autres non. Le plan d’action de Klarman, s’il est suivi avec précaution, offre à l’investisseur la forte possibilité de réussite en matière d’investissement avec un risque limité.

Margin of Safety vous montre non seulement comment investir, mais comment réfléchir profondément à l’investissement pour comprendre la raison d’être des règles, pour comprendre pourquoi elles fonctionnent, quand elles fonctionnent et pourquoi parfois elles ne fonctionnent pas.

 

Inspiré d’un article de Business Insider, Hedge Fund Reading List: Hundreds of investors say these 10 finance books are must-reads.


Comment Goldman Sachs recrutait ses Analystes en 1985

Goldman Sachs a toujours été une marque extrêmement forte dans l'imaginaire des candidats.
Cette réputation s'est construite sur la durée, grâce à une marque employeur parfaitement maîtrisée.

En 1985, Goldman Sachs publiait une vidéo de recrutement à propos de sa division Fixed Income.

Les plus attentifs apercevront John Corzine, ancien CEO de Goldman Sachs, à 7mn30

 

http://www.youtube.com/watch?v=zYIwdcEMUr0

 

A noter : la musique, exceptionnelle.


Le classement 2017 des meilleurs Masters en Finance du Financial Times : la France triomphe

Comme chaque année le Financial Times publie son classement des meilleurs masters en Finance. Les écoles Françaises trustent les premières places avec la présence de 5 écoles dans le top 10 mondial.

Le MSc en Financial Markets de L’EDHEC surprend cette année en se plaçant à la première position (alors qu’il était 4ème l’année dernière) devant le MSc en International Finance de HEC (qui perd sa 1ère place)

Le Master en Finance de l’ESSEC progresse et s’installe sur le podium en passant de la 7ème à la 3ème place. En revanche l’ESCP Europe perd son avance de 2 places et se retrouve à la 4ème position contre la 2ème l’année dernière.

LA4Lire aussi : Pourquoi faire un Master Spécialisé Finance à HEC, ESSEC ou ESCP ? Témoignage

 

Le top 10 du classement 2017 :

Source : Financial Times
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Pour compléter le podium Français c’est la SKEMA Business School qui grimpe de 4 places en se classant 6ème cette année.

Pour établir son palmarès le Financial Times prend en compte plusieurs critères tels que la mobilité internationale des diplômés en début de carrière, le salaire des anciens diplômés et la qualité du corps professoral.

 


Ces fonds de pension canadiens à l’assaut des entreprises françaises

PSP Investments, OPB, TPP, Omers, OP Trust, CDPQ, CPPIB… Ces noms vous sont inconnus ; rien d’étonnant. Pourtant, il s’agit des plus gros fonds de pensions canadiens, qui pèsent plus de mille milliards de dollars et figurent parmi les plus influents investisseurs en Europe et dans le monde. Une récente étude du BCG a illustré le dynamisme du Top Ten (des fonds de pensions canadiens) : actifs sous gestion triplés en dix ans, trois des plus gros figurent parmi les vingt fonds les plus importants au monde (six en ne considérant que les investissements en infrastructures), 11 000 employés et plus de 600 milliards de dollars investis par an au Canada. Si l’on a brièvement entendu parlé de l’un de ces mastodontes au moment de la candidature de Roland Lescure – l’ex-numéro deux de la Caisse des Dépôts et Placements du Québec – comme député des Français d’Amérique du Nord, ils demeurent largement méconnus du grand public. L’Europe et la France comptent pourtant parmi leurs terrains de jeux favoris, et ce depuis quelques années. A la faveur de la (timide) reprise économique, et désireux de diversifier leur exposition au risque géographique, les fonds de pension canadiens ont donné au monde une leçon de théorie financière. Leurs investissements se sont concentrés sur des actifs sains, bénéficiant d’une position solide au sein de secteurs fortement encadrés et réglementés, aux revenus stables, et offrant de vastes opportunités de consolidation.

 

Les EHPAD, terrain de lutte entre PSP et CPPIB

Parmi ces secteurs récemment ouverts à la concurrence, et toujours soumis à des restrictions contraignantes dans les processus de consolidation, figure le segment des Etablissements d’Habitation pour Personnes Agées Dépendantes. Alors que la Silver Economy est en pleine expansion, notamment du fait de l’arrivée à la séniorité des générations nées lors du baby-boom, la question de l’hébergement de ces seniors est centrale. Depuis les années 1990, la privatisation des EHPAD a attiré l’attention de nombreux investisseurs financiers. C’est le cas de PAI Partners, actionnaire majoritaire de DomusVi (le troisième acteur français des maisons de retraite), d’Eurazeo, actionnaire majoritaire de Colisée (cédé en avril à IK Investment Partners pour 650M€ à l’issue d’un process dirigé par Lazard, auquel ont participé KKR, CVC et Cinven), ou encore d’UI Gestion, actionnaire de Domidep (250M€ de chiffre d’affaires).

Mais, les EHPAD ne sont en rien un monopole des fonds européens, et deux fonds canadiens ont récemment pris position dans le secteur : Canada Pension Plan Investment Board (organisme chargé de placer les fonds du Régime de pensions du Canada et dépendant directement du Parlement canadien) et PSP Investments, le gestionnaire des régimes de pensions de la fonction publique canadienne.

En décembre 2013, le premier était entré au capital d’Orpéa – numéro deux français des EPHAD – à hauteur de 15%, au cours d’une opération représentant un peu plus de 320 millions d’euros. Orpéa, côté depuis 15 ans à Paris, a, depuis son IPO, multiplié par 10 le nombre de lits sous gestion (aujourd’hui 77 000) et par 20 son EBITDA (pour se situer à 475M€ pour 2.8Mds€ de chiffre d’affaires). Cette société s’impose ainsi incontestablement parmi les leaders européens du secteur.

En 2015, Korian avait, lui, fait l’objet d’une offensive de PSP Investments, lorsque l’investisseur canadien avait acquis 14% du capital du premier opérateur français de maisons de retraites médicalisées, qui a réalisé en 2016 près de 3Mds€ de chiffre d’affaires.

La première motivation de cet engouement est évidente : le vieillissement de la population européenne. C’est qu’en effet, la catégorie des plus de 85 ans croitra de 72% d’ici à 2035 en France, 70% en Allemagne, 66% en Italie et 65% en Belgique. La concurrence est d’autant plus forte que, dans un marché en pleine croissance, les autorisations d’ouverture de nouveaux établissements sont délivrées au compte-gouttes par les Agences Régionales de Santé, forçant les groupes en présence à réaliser des build-ups pour s’étendre. Ce qui rappelle la situation observée dans le secteur de la biologie médicale avec Cerba, Synlab, Unilab, ou encore Biogroup.

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OTPP, un nouveau financier dans le secteur funéraire

Toujours dans la Silver Economy, c’est une autre industrie qui a vu entrer cette année un investisseur canadien de poids. Ontario Teachers’ Pension Plan (OTPP) a ainsi acquis OGF, opérateur de l’un des principaux réseaux de pompes funèbres français. Le fonds canadien – déjà actionnaire d’OGF à hauteur de 40% – a permis la sortie partielle de Pamplona Capital, qui conserve 20% du capital, en cède donc 34%, les 6% restants étant détenus par le management. Accompagnée d’un montage de refinancement de la dette d’OGF au niveau de sa holding Obol France, l’opération, guidée par les équipes de Céline Méchain chez Goldman Sachs, illustre l’étendue des possibles avec un levier d’endettement à 6,4x (pour 145M€ d’EBITDA).

Car, sur ce marché ultra-fragmenté (héritage de l’ancien système de monopole communal), les revenus et marges sont naturellement stables ou croissants, et ce pour deux raisons. D’abord, du fait de la tendance de fond du marché, durablement porté par les dynamiques démographiques. Ensuite, en raison de l’enjeu psychologique attrayant au secteur : les clients considèrent le prix comme un critère secondaire de choix du prestataire et privilégient la qualité et la rapidité d’exécution. Enfin, de nouvelles modes portant la consommation expliquent l’attrait des investisseurs financiers : la crémation devrait ainsi peser en 2030 autant que l’inhumation.

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Foncia, le Blue Chip que tous s’arrachaient

C’est un processus de vente particulièrement rude que Laurent Baril et les équipes de Rothschild ont orchestré en 2016, lorsqu’Eurazeo et Bridgepoint ont décidé de sortir de Foncia. Le leader français de la gestion de biens immobilier exploite le principal réseau d’agences immobilières de l’hexagone.

A l’issue d’une lutte acharnée, c’est finalement Partners Group, un fonds de Private Equity suisse (57Mds$ d’actifs sous gestion), en consortium avec la Caisse des Dépôts du Québec (CDPQ), conseillés par Natixis Partners et Lazard, qui a remporté le précieux joyau pour une valeur d’entreprise de 1,8Mds€ (132M€ d’EBITDA). La CDPQ (200Mds$ d’actifs sous gestion), n’en était pas à son premier essai en participant au rachat de Foncia. La « Caisse » est en effet actionnaire d’Eurofins (biologie médicale), Spie (construction), Afflelou (retail), Keolis et Eurostar (transport).

Face à Partners Group et CDPQ, deux consortiums concurrents battaient le fer : le premier composé d’Onex et Ardian, le second de PSP et CVC Capital Partners. Le point commun de ces trois groupements ? Tous intégraient un fonds de pension canadien, assurant la liquidité des acheteurs, et démontrant l’intérêt plus que croissant de ces investisseurs pour les Blue Chips françaises.

 

Ainsi, l’attractivité du territoire français en temes d’investissement est manifiste. La dernière édition du baromètre EY est éloquente et témoigne d’une hausse de 30% des investissements étrangers en France sur un an. Les cas d’Orpéa, OGF et Foncia confirment surtout un point déterminant pour l’avenir de l’économie française : la solidité des Entreprises de Taille Intermédiaires, et leur adaptabilité à un mode de développement soutenu par des investisseurs financiers. De quoi alimenter les espoirs de l’Afic (l’Association Française des Investisseurs pour la Croissance) de doubler le poids du capital-investissement d’ici 5 ans. Et son président, Olivier Millet, d’argumenter : « La bonne santé globale des entreprises tricolores – start-up, PME, ETI, etc. – démontre qu’il n’y a pas de sujet concernant la capacité des investisseurs à soutenir le tissu économique hexagonal, et qu’atteindre la barre des 20 milliards d’euros levés chaque année est loin d’être inatteignable. »

 

Anatole Lizee, étudiant à l’ESCP-Europe et contributeur du blog AlumnEye


2017, l'année du retournement

C’est un paradoxe comme on en trouve peu dans les manuels d’économie : l’année 2017, annoncée comme la moins touchée par les défaillances d’entreprises depuis la crise de 2008, promet aussi d’être l’un des millésimes les plus actifs pour le secteur du restructuring en France. Le nombre de redressements et liquidations judiciaires est repassé sous le seuil symbolique de 60,000 par an. Et pourtant, les fameuses Entreprises de Taille Intermédiaire, qui nourrissent le tissu économique français, sont toujours en proie à une sinistralité élevée. 135 sociétés de plus de 100 salariés ont fait l’objet d’une procédure collective en 2016, conséquence notamment de la faiblesse de la consommation et la lenteur de la reprise économique. Alors que les remèdes à apporter à ce mal qui ronge depuis bientôt dix ans l’économie française ont été tristement ignorés lors des débats de la dernière campagne présidentielle, un passage en revue des plus gros dossiers actuels de restructuring s’impose.

 

Vivarte : Puy et Lazard à la barre

Le cas Vivarte aurait très légitimement pu apparaître dans la série des plus gros échecs du LBO. Le groupe qui fait régulièrement la une de la presse économique pour ses crises successives, et qui n’emploie plus que 16,000 personnes contre 22,000 en 2014, est aujourd’hui au bord de l’abîme.

L’origine des difficultés de Vivarte, une nouvelle fois confrontée à une restructuration de sa dette – la troisième –, provient du LBO tertiaire dont la société a fait l’objet en 2007 : la sortie de PAI (qui avait délisté la société trois ans plus tôt) pour 3,5Mds€ incluant une dette de plus de 6 fois l’EBITDA de l’année antérieure. Le fonds entrant, Charterhouse, procèdera par la suite à d’innombrables build-ups, destinés à doper la croissance du groupe et à faire face à la montée d’acteurs internationaux comme H&M et Zara. Mais l’effondrement brutal de la consommation des français lors de la crise économique de 2008, et l’accélération féroce de la concurrence du e-commerce frappent le groupe de plein fouet. Contraint à une première restructuration en 2014, Vivarte voit entrer à son capital ses créanciers : les fonds Alcentra, Babson, GoldenTree et Oaktree.

Aujourd’hui confié au manager de transition Patrick Puy, le groupe a dû renégocier sa dette (800M€ de dette effacée et 572M€ de dette convertie en options), ce qui fera dire au nouveau dirigeant du groupe – le sixième en cinq ans – que « la question de la dette de Vivarte est définitivement réglée ». En parallèle à ce premier succès, dont l’épilogue devrait arriver avant la fin de l’année, Lazard orchestre la recomposition de la firme et six enseignes sont actuellement en cours de cession : Pataugas, Chevignon, Kookaï, André, Merkal et Naf Naf. Pour sauver ce qui reste de ce groupe centenaire, le cap est mis sur l’international, le recentrage sur un portefeuille resserré de 6 marques, et l’assainissement de la situation financière, afin de permettre dans les prochains mois la sortie des actionnaires financiers. Affaire à suivre…

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Tati : la fin d’un symbole

L’une des enseignes à bas prix du groupe Eram, est un autre symbole emblématique de la fragilité des entreprises françaises – et à plus large échelle du secteur de la distribution textile. Fondée en 1948 par Jules Ouaki, l’enseigne au vichy rose a incarné le développement des quartiers populaires de Paris, puis leur déclin. Aujourd’hui, Agora (la holding détentrice de Tati, qui inclut deux autres marques discount du groupe Eram), génère 350M€ de chiffre d’affaires, et un EBITDA négatif de 65M€.

L’analyse de cette déroute est simple : la rude concurrence face aux acteurs du « fast fashion low cost » comme H&M et Primark est venue à bout d’enseignes vieillies, trop peu internationales (bien que des boutiques Tati aient été ouvertes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sous l’impulsion d’Eram). D’où l’intention de Philippe Ginestet, fondateur et propriétaire du distributeur de meubles et électroménagers Gifi (1,2Mds€), de reprendre le groupe et une partie de ses 130 magasins, dans l’optique de redynamiser le réseau et générer des synergies avec Trafic, l’enseigne belge de prêt-à-porter dont l’entrepreneur iconoclaste est actionnaire.

Comme souvent dans des dossiers similaires, l’entreprise n’en est pas à ses premières difficultés : le groupe s’était déjà retrouvé en cessation de paiement, un processus de cession ayant été initié en vain en 2015. C’est aujourd’hui Oddo qui est en charge de la vente d’Agora, un dossier pour le moins délicat, car il s’agira de s’assurer que le projet de reprise sélectionné n’entraîne pas un démantèlement du réseau, comme ce fut le cas de Bata il y a quelques mois.

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Turenne Lafayette : en route vers le démantèlement

Turenne Lafayette, le groupe exploitant les marques alimentaires William Saurin et Madrange, est un autre dossier chaud du moment, qui occupe à temps plein les spécialistes du retournement. Ce cas mérite d’être analysé en détail car il est particulièrement riche en enseignements ; tant par ses causes, ses potentielles conséquences extérieures que son dénouement.

C’est une histoire atypique que celle qui se déroule depuis novembre dernier et le décès de Monique Piffaut, directrice générale et unique actionnaire de la Financière Turenne Lafayette (TFL). Le groupe, employant plus de 3,200 salariés sur 21 sites industriels, et générant un chiffre d’affaires proche du milliard d’euros, a été contraint de révéler à ses contreparties (fournisseurs, banques, salariés…) une tromperie massive dans les comptes financiers depuis plusieurs années. Une dette lourde pour une entité de cette taille (350M€) avait été masquée à la suite des acquisitions successives auxquelles le groupe dirigé par Monique Piffaut avait procédé.

La première question essentielle que soulève cet évènement rare, sinon inédit, concerne la responsabilité des auditeurs face aux fraudes comptables. PwC et Mazars, qui validaient les comptes de l’entreprise depuis plusieurs exercices, ont certainement dû frémir au souvenir d’Arthur Andersen, disparu dans la tempête Enron en 2001. Et les conséquences de l’« affaire TFL » pour ces deux cabinets de référence seront certainement aussi lourdes que les explications ont été vagues : « Dans le cadre de leur mission d’audit pour le groupe Financière Turenne Lafayette, Mazars et PwC ont constaté des tensions de trésorerie depuis quelques mois. Ceci les a conduits à mettre en œuvre les procédures prévues dans ce cas de figure. »

Concernant les issues possibles de ce scandale, Rothschild a été chargé de la vente du groupe, dont la survie a été rendue possible par un prêt d’urgence de 700M€ accordé conjointement par l’Etat et un pool bancaire intégrant notamment Natixis et Crédit Agricole. La division charcuterie (480M€ de chiffre d’affaires, soit approximativement la moitié du groupe TFL) a d’ores et déjà trouvé repreneur ; cédée en location-gérance à Cooperl, l’une des plus importantes coopératives porcines de France. Pour la branche plats cuisinés (William Saurin et ses 1,300 emplois), deux options sont à ce jour sur la table : un trade-sale (rachat par un acquéreur stratégique), avec Cofigeo pour principal candidat - exploitant des marques Raynal & Roquelaure et Zapetti - intéressé par les activités charcuterie de TFL ; ou un rachat partiel via LBO (LBO France serait en lice). L’objectif est d’obtenir 100M€ et des garanties concernant le maintien des emplois pour cette division, afin de parvenir à un démantèlement complet du groupe dont les pertes annuelles sont estimées à 25M€. L’issue des négociations en cours (les offres fermes seraient attendues pour le lundi 15 mai) est d’autant plus décisive que c’est toute la filière porcine qui dépend de TFL ; l’entreprise contrôlant 30% des ventes de jambon cuit en France, dont 55% via des marques de distributeurs.

 

Ces premiers portraits d’entreprises en difficultés ne peuvent à eux seuls occulter l’innombrable liste de sociétés en cours de redressement ou liquidation, et on ne saurait oublier MIM (250 boutiques de prêt-à-porter pour lesquelles une reprise sous forme de coopérative se profile), Gibert Jeunes (170 employés et 24M€ de chiffre d’affaires pour les fameuses librairies parisiennes) ; entre autres. Si ces quelques exemples s’expliquent par une concurrence accrue dans les secteurs concernés (H&M ou Zara dans le retail de produits de mode, Fnac-Darty ou Amazon dans la distribution culturelle), il semble clair que la véritable racine du mal des défaillances est plus globale.

Anatole Lizee, étudiant à l'ESCP-Europe et contributeur du blog AlumnEye

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