De plus en plus de consultants en stratégie se posent la question d’une évolution de carrière en startup ou en boîte de Tech. Je suis donc allé à la rencontre d’un ex-consultant en stratégie issu d’un cabinet MBB (McKinsey, BCG, Bain) pour en savoir plus. Diplômé d’une Grande Ecole, il a passé moins de 5 ans en cabinet avant de rejoindre une startup mature de l’écosystème français.

Au passage, qu’est-ce qu’une « startup mature » ? La définition n’est pas évidente. D’expérience, une startup mature peut être définie par le fait qu’elle recrute des consultants en stratégie. Belle tautologie ? Pas sûr ! Cela implique que cette boîte dispose d’une certaine assise financière et fait déjà une certaine taille car elle :

  • peut payer un salaire de consultant
  • offre un environnement de travail avec des rôles bien définis et des process en place
  • dispose d’un brand name suffisamment fort pour convaincre un overachiever que ça n’est pas un trop gros risque pour la suite de sa carrière

L’idée derrière cette interview est de comprendre quelles sont les motivations d’un consultant en stratégie qui quitte son quotidien confortable pour rejoindre le milieu très en vogue de la tech et des startups.

Malgré toute la « hype » dont l’écosystème jouit actuellement, cela valait-il vraiment le coup de quitter le doux cocon du conseil en stratégie ?

 

Quelles sont les raisons principales pour lesquelles tu as voulu quitter le conseil en stratégie pour rejoindre une startup mature ?

En quittant le conseil en stratégie pour une startup dans le secteur des Tech je voulais :

1. Avoir un rôle opérationnel avec un impact direct sur le P&L

2. Avoir des responsabilités rapidement

3. Évoluer dans un environnement où je continue à apprendre

4. Pouvoir valoriser cette expérience car j’ai choisi un métier d’avenir en marketing digital

 

Ton expérience de consultant te sert-elle au quotidien, ou as-tu dû apprendre un nouveau métier ?

Mon expérience de consultant me sert tous les jours, sur les aspects suivants :
1. Problem solving : structurer ta pensée, hiérarchiser les problèmes et les traiter

2. Relation client : je suis en relation fréquente avec des fournisseurs et des partenaires

3. Analyse : je gère de très gros budgets marketing en ligne et j’ai un aspect analytique très important au quotidien

4. Owernship : quand tu es consultant, tu es owner de ta mission. Concrètement, si je n’ai pas les documents d’un client, c’est à moi de prendre l’initiative et de résoudre les problèmes. Ça n’est jamais la faute du client. Et je retrouve cet aspect dans mon métier actuel.

Pour autant, j’ai dû apprendre un métier complètement nouveau : le marketing online. En arrivant, je ne comprenais rien aux termes techniques : tracking, bidding, etc. Mais le métier de consultant m’a aussi appris à monter en compétence très vite sur des domaines nouveaux en écoutant les gens de mon équipe, synthétisant et structurant l’information.

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Si tu compares tes journées en conseil et en startup, quelles sont les 3 principales différences dans ton quotidien ?

1. Selon moi, la principale différence entre le conseil en stratégie et la startup c’est qu’ici les opérationnels ont besoin de davantage de suivi au quotidien. En conseil en stratégie, les juniors sont assez vite autonomes. Ici, je dois prendre des micro-décisions au quotidien aux côtés de mon équipe. En conseil en stratégie, s’il y a un problème, c’est un gros problème. Tu sollicites alors ton manager et il va t’aider à trouver les bonnes solutions.

2. La formation n’est pas la même : en conseil en stratégie, si en 2 heures je n’avais pas produit le document qu’avait demandé mon manager, j’avais le droit à une session de feedback sur ma performance. Mon manager avait toujours des inputs pour moi et c’est ce que je tire de mon passage en cabinet de conseil en stratégie : une formation exceptionnelle. On y apprend la rigueur et la capacité à parler avec des clients.

3. En startup je n’ai pas d’infrastructure derrière moi. Il faut se passer de template PowerPoint, il n’y a pas de département IT quand ton PC ne marche pas, pas d’équipe de graphistes, pas de « knowledge center » où est centralisée l’intelligence de la société.

 

Comment a évolué ton work/life balance en startup ? Cela correspond-il à l’amélioration que tu anticipais en quittant le conseil en stratégie ?

Mon équilibre perso / pro n’a pas aussi bien évolué que ce que j’anticipais. Dans mon job actuel, je fais parfois des pics à 21H30-22H. Mais c’est alors mon choix. Mon boss, lui, quitte le bureau à 19H30. Moi ça me plait de rester tard. Ça m’est même arrivé de bosser un week-end, alors que ça ne m’était jamais arrivé en conseil en stratégie. Dans la semaine je n’ai pas le temps de me poser pour prendre le temps et réfléchir, donc je fais ça le week-end.

 

Quelles sont tes désillusions, s’il y en a, par rapport à l’image que tu te faisais de “la startup” ? 

Je pensais que « la startup » c’était « tout le monde a la niak » et « on va conquérir le monde ». En arrivant, je constate que la réalité est très différente : les gens avec qui je travaille n’ont pas tous la niak et ils ne sont pas tous là pour conquérir le monde. Les idées nouvelles font parfois peur car certains n’aiment pas sortir de leur zone de confort. C’est un phénomène que j’observe surtout au niveau des juniors.

 

Quel cut de salaire en % as-tu accepté pour faire le move (par rapport au full package) ?

Après avoir passé de nombreux entretiens, j’avais plusieurs offres de job très différentes, toutes dans des boîtes de Tech ou des startups très matures. Cela m’a permis de négocier un bon package. J’ai choisi une startup mature et ce faisant j’ai fait une croix sur l’upside potentiel d’une exit. En contrepartie, j’ai conservé mon package de consultant en stratégie. Ce choix est aussi un choix personnel : j’aime bien la rigueur et les process. Je n’aime pas le bordel, donc une boîte trop jeune n’aurait pas été un bon environnement pour moi.

interview réalisée par Michael Ohana, fondateur d’AlumnEye

Fondateur d’AlumnEye, Michael Ohana est passionné par la Finance, la Tech, l’Entrepreneuriat, le Coaching et le Networking. Il a accompagné plus de 1600 hauts potentiels dans leurs stratégies de carrière.

Précédemment : diplômé de l’ESSEC, passé par YCombinator à San Francisco, MBA Exchange à Dartmouth, M&A chez Citadel à NYC, intervenant en finance à l’ESSEC.