M&A : Londres vs Paris — où débuter sa carrière ?

Tandis que les nouvelles générations de banquiers français cumulent les stages à Paris et les Summer Internships à Londres, nombreux sont ceux qui doivent se poser la question fatidique quant à la localisation de leur premier emploi : Paris ou Londres ? Si le Brexit a quelque peu rebattu les cartes et laisse planer de vraies incertitudes sur les embauches des équipes au UK, beaucoup d’étudiants français sont tentés de plier bagages vers Londres pour commencer leur carrière.

Choisir de faire ses années d’Analyst à Londres ou à Paris n’est pas anodin et présente de véritables différences à prendre en compte : nature du travail, ambiance, opportunités de carrière, aspect financier. Bien que le métier ne soit pas fondamentalement différent, le rôle d’un Analyst varie considérablement qu’il soit chez JP Morgan à Londres ou chez Lazard à Paris, tout comme l’environnement dans lequel il évolue.

 

Banques sectorisées VS banques généralistes et bureaux locaux

La première différence fondamentale entre Londres et Paris réside dans l’organisation des banques. Si les banques au UK sont quasi-exclusivement divisées en équipes secteurs (TMT, FIG, Industrials, Retail, etc.) et en équipe produits (M&A, ECM, DCM, LevFin), les banques parisiennes, elles, sont très majoritairement généralistes (à quelques exceptions : BNP CIB, Crédit Suisse, Lazard TMT/FIG, Morgan Stanley Real Estate). De fait, là où les Analysts parisiens peuvent être confrontés à une multitude de secteurs au cours de leurs premières années, les équipes londoniennes se « spécialisent » dans un secteur. L’impact sur le travail quotidien des Analysts est réel : un Analyst généraliste à Paris sera souvent impliqué sur 5-6 dossiers et autant de secteurs alors qu’un Analyst sectorisé à Londres fera un travail de coverage, apportant sa connaissance sectorielle sur des dossiers de façon parfois ponctuelle et faisant un travail permanent de couverture de son secteur (mise à jour de fichiers de multiples boursiers et de transactions, etc). Cela prend aussi un aspect technique dans la mesure où certains secteurs (Real Estate, FIG, Infrastructure) ont des méthodes de valorisation et des metrics qui leurs sont propres et qui permettent aux Analysts d’acquérir des compétences très spécifiques. Enfin, l’organisation matricielle des équipes à Londres et le faible nombre de stagiaires (hors période de Summer) ont tendance à agrandir les équipes sur les deals et à naturellement éloigner l’Analyst du client, celui-ci étant quelque peu « juniorisé ».

Une deuxième variable relative à la structure des banques est la différence entre les bureaux régionaux et les headquarters. Au contraire des banques françaises, les bureaux de banques étrangères à Paris ne sont que des antennes locales et restent très dépendants du bureau londonien. Si rejoindre Goldman Sachs ou JP Morgan à Paris plutôt qu’à Londres n’est en aucun cas plus simple, il demeure que les problématiques les plus stratégiques sont très souvent traitées à Londres, les bureaux locaux étant en charge du travail de relation commerciale avec les clients français et des deals ne nécessitant que peu d’implication de Londres. Aller à Londres permet donc de se retrouver au « cœur » du système et fait sens pour les Analysts souhaitant à terme progresser au sein de l’état-major d’une banque.

 

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Ambiance policée VS ambiance plus rugueuse

Si la structure des banques varie considérablement entre Londres et Paris, l’ambiance se veut elle aussi très différente et certaines cultures d’entreprise à Paris sont aux antipodes de celles que l’on retrouve au UK. Très influencés par la culture anglaise (notamment au niveau RH), les bureaux londoniens se veulent beaucoup plus policés que leurs équivalents parisiens. Les relations hiérarchiques, le mode d’apprentissage ou encore la façon d’interagir au sein du groupe sont autant d’éléments codifiés au sein des structures londoniennes et font partie intégrante de la culture d’entreprise. Élément clé de la culture anglo-saxonne, le networking est un travail à part entière et l’instrumentalisation des relations humaines est totalement acceptée en Angleterre ; le networking étant pris en considération au moment du ranking annuel des Analysts au sein des banques et de l’attribution des bonus.

Au contraire, l’ambiance à Paris se veut plus anarchique et moins sujet aux problématiques RH. A l’exception de certaines branches de banques étrangères (Goldman Sachs par exemple), la culture en banque d’investissement à Paris se veut beaucoup plus « tough » que celle à Londres et le tact anglo-saxon laisse place à un franc-parler beaucoup plus français. Si les RH ont un rôle majeur au sein des banques au UK, à Paris la culture est plutôt dictée par les opérationnels. Bien que les banques parisiennes aient tendance à adoucir leur culture dans un souci d’image, cela demeure sans commune mesure avec Londres ; certaines pratiques comme le networking étant totalement inexistantes.

Enfin, l’aspect international et multiculturel de Londres tranche avec l’environnement très franco-français des banques en France, à la limite de l’entre-soi parisien. Là où à Londres une quinzaine de nationalités pour autant d’écoles peuvent se côtoyer au sein d’une équipe, les profils parisiens sont très similaires, souvent issus d’un ensemble réduit d’écoles, voire de classes préparatoires. Là encore, la forte dichotomie entre ces deux environnements implique pour un jeune diplômé de faire un choix entre des univers très différents, qui sera pour partie influencé par les problématiques de recrutement.

 

Londres, une place moins élitiste que Paris

 Les différences culturelles influençant l’ambiance au sein des banques à Paris et à Londres ont aussi un impact sur le mode de recrutement, et in fine les profils que l’on retrouve sur ces deux places. Très élitiste et conservateur, le M&A parisien valorise avant tout le cursus académique et limite son recrutement à un nombre très restreint d’écoles. Si quelques profils parviennent à franchir cette barrière, le système français conserve un plafond de verre et réduit fortement les possibilités de carrière pour les étudiants sortant de ce giron à mesure qu’ils progressent dans la hiérarchie.

Bien que la concurrence soit plus forte à Londres (en raison du nombre beaucoup plus important de candidats), le système anglo-saxon accorde beaucoup plus d’importance aux expériences (professionnelles et extracurriculaires) et suit une politique de quotas. De fait, certains profils francophones ne correspondant pas aux prérequis français voient leurs chances s’accroitre en Angleterre et l’école tend à s’effacer beaucoup plus rapidement de l’autre côté de la Manche.

De fait, si le recrutement n’est pas une problématique majeure pour les étudiants issues d’écoles parisiennes (commerces ou ingénieurs), la question se pose pour les étudiants aux écoles moins prestigieuses et qui ont tout intérêt à se tourner vers un début de carrière au UK.

 

Londres, une voie royale vers le buy-side

Première place financière du monde, Londres héberge un nombre de fonds d’investissement sans commune mesure avec Paris. Fonds de private equity, Real Estate, VC, Hedge fund, activistes, dette ; les possibilités sont extrêmement nombreuses en Angleterre en comparaison à Paris.

Si le passage du sell-side (banque d’affaires) au buy-side est structurellement compliqué et très compétitif, il demeure plus simple à Londres qu’à Paris. Effectivement, si le nombre de concurrents est beaucoup plus élevé à Londres, il en va de même pour le nombre d’offres.

A la différence de Londres, les offres se font rare à Paris et les fonds d’investissement représentent in fine un micromarché limité à une trentaine de recrutements annuels sur la place parisienne. Si a priori le nombre de candidats est plus faible, il faut prendre en compte le nombre important de banquiers français basés à Londres souhaitant rentrer à Paris et postulant aux offres proposées par les fonds parisiens. Cette composante tend par ailleurs à avantager les banquiers français travaillant dans les banques américaines à Londres, leurs profils étant les plus convoités avec les juniors travaillant en boutique d’élites (Rothschild & Co et Lazard).

De fait, commencer à Londres augmente considérablement les chances de pouvoir rejoindre un fonds d’investissement et est un choix cohérent pour les étudiants voulant à tout prix passer du sell-side au buy-side. Par ailleurs les chasseurs de tête et recruteurs excluent bien souvent les profils parisiens dans leurs recherches pour des postes à Londres, restreignant les possibilités d’exit pour les banquiers basés en France.

 

LA4Lire aussi : Qu’est-ce-que le Private Equity ?

 

Avantage financier pour Paris

Brexit oblige, l’incertitude régnant autour du pound a grandement impacté la rémunération absolue des postes à Londres. En effet, si longtemps un pound élevé incitait les jeunes banquiers français à travailler à Londres avant de revenir en France, la situation est moins glorieuse à l’heure actuelle. Par ailleurs, le coût de la vie sans commune mesure entre Paris et Londres joue en défaveur de la capitale anglaise et il est beaucoup plus avantageux financièrement pour un junior de commencer en France qu’au UK (Entre 80 et 120 000€ annuel en large cap à Paris VS 70 à 100 000£ à Londres) compte tenu du coût de la vie.

De même, l’accession à la propriété immobilière est quasiment impossible à Londres alors qu’un Analyst parisien pourra très rapidement obtenir un prêt à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros afin de financer l’achat d’un appartement. Si à long terme les rémunérations tendent à jouer en faveur de Londres (à partir du niveau VP), à court terme les salaires parisiens permettent d’accéder à un niveau de vie bien supérieur qu’en Angleterre.

 

Un choix de carrière décisif

Au-delà des préférences personnelles liées aux villes en elles-mêmes, les différences entre Londres et Paris sont considérables et peuvent avoir un impact fort sur le début voire sur toute une carrière en banque d’affaires. En effet, bien qu’il ne soit pas évident de se projeter au sortir de l’école, ce choix peut avoir des conséquences difficilement réversibles sur le reste de la carrière. Entre autres, commencer à Paris peut complexifier un départ vers l’Angleterre au bout de quelques années, notamment pour les fonds d’investissement. De même, commencer à Paris peut être beaucoup plus complexe pour des profils moins valorisés et subissant une concurrence accrue. Toutefois, la place de Paris offre des avantages certains : une sécurité de l’emploi plus forte au regard du droit du travail, une exposition client souvent plus importante, un solide marché midcap totalement inaccessible aux personnes non francophone

 

Paris Londres
Ambiance Franco/français
Entre soi parisien
Moins « policé »
Internationale
Equipes plus jeunes
Importance du networking
Rémunération Meilleur niveau de vie Plus compliqué (coût de la vie élevé)
Sélectivité Très axé sur l’école Plus ouvert
Opportunités Moins de fonds de Private Equity Enormément de fonds
Plus de Corporates
Nature du travail Varie en fonction des équipes mais niveau de base des Analysts très élevé avec dès lors des responsabilités sans commune mesure Dépend des équipes, tendance à junioriser les Analysts

 


Du M&A au rap, retour sur le parcours d’un ex-Goldman Sachs

Prépa, HEC, Summer Internship puis Graduate chez Goldman Sachs, notre témoin du jour a un parcours quasi sans faute, très élitiste. Toutefois il a récemment pris un tournant dans sa carrière professionnelle en intégrant la direction financière d’une application qui permet à de jeunes rappeurs de percer. Quitter la banque d’affaires a été un choix audacieux et nécessaire pour notre témoin. Comment se déroulent un Summer et un Graduate chez GS ? Quelles sont les fautes à éviter en M&A ? Quels débouchés après une carrière en banque d’affaires ? Dans cette interview, il vous livre les réponses à toutes ces questions.

Bonjour, tout d’abord, peux-tu nous décrire ton parcours ?

Mon parcours est assez classique pour de la banque d’affaires : j’ai fait un bac S puis une prépa avant d’intégrer HEC Paris. Pendant mes années à HEC je me suis spécialisé en Corporate Finance et j’ai eu l’occasion de faire 3 stages : 6 mois dans une banque Suisse à Paris dans l’équipe M&A généraliste, 6 mois au bureau de Paris d’un fonds de Private Equity américain et un Summer chez Goldman Sachs. Mon Summer s’étant très bien déroulé, Goldman Sachs m’a proposé un Graduate donc je suis parti travailler pour leur équipe M&A Consumer, Retail and Healthcare à Londres. Après 1 an et demi chez GS, j’ai décidé de quitter le monde de la banque d’aiffaires. J’ai alors profité d’avoir du temps libre pour partir à l’étranger et ai récemment rejoint une application qui propose un mini-studio d’enregistrement à des rappeurs souhaitant se faire connaître. Je suis dorénavant responsable de la gestion financière et administrative quotidienne de cette entreprise, principalement en lien avec une levée de fonds à venir.

Peux-tu nous raconter un peu comment se déroulent un Summer et un Graduate chez Goldman ?

Mon Summer chez Goldman s’est déroulé en deux temps. J’ai d’abord passé 1 semaine à Londres avec tous les autres Summer interns durant laquelle j’ai principalement été formé à la comptabilité et à la valorisation financière. On m’a également sensibilisé à l’importance de la communication et de la gestion du temps dans un environnement où la clientèle est très exigeante. Pour un stagiaire Français, généralement déjà au point techniquement, cette semaine est surtout une excellente occasion de créer du lien au sein de la promotion de Summer interns. Dans un second temps, j’ai travaillé avec l’équipe parisienne de Goldman sur un mandat de vente dans le secteur de l’hôtellerie. Travailler sous la supervision directe d’un Associate (6 ans d’expérience) a été particulièrement formateur. Je travaillais sur la construction du modèle qui servait de base au Business Plan présenté aux acheteurs potentiels, sur la rédaction de l’IM (document marketing présentant l’actif) et sur tout le volet « gestion de projet » en lien avec les avocats et les banques en co-mandat avec GS.  En fait, je dois avouer que je me suis senti bien plus exposé en Summer à Paris qu’en tant qu’Analyste à Londres.

Deux semaines après la fin de mon Summer, Goldman m’a fait une proposition de Graduate à Londres, comme j’en avais fait la demande. Avec le recul, Paris aurait sans doute été un meilleur choix : même si Londres est la plateforme européenne de GS où la plupart des clients se trouvent, l’exécution des deals se fait davantage au niveau local. Avec l’équipe de Londres, je faisais beaucoup d’origination, travail généralement moins valorisant pour un junior.

LA4Lire aussi : « Les tips qui m’ont permis de décrocher un Summer Internship… »

Certains disent que dans les américaines, l’ambiance est très (trop) policée, au point de rendre fous certains français. T’en penses quoi ?

 Je suis d’accord pour dire que l’ambiance est plus policée dans les banques américaines. Dans le cas de Goldman Sachs, je dirai que l’ambiance est plus policée d’avantage par souci de respect d’autrui que par snobisme. J’ai adoré travailler là-bas car je me sentais impliqué dans les deals et considéré à ma juste valeur contrairement à des expériences précédentes en banque d’affaires durant lesquelles j’ai eu le sentiment d’être seulement utilisé comme une ressource pour le travail de petite main. En effet, quand tu es stagiaire, tu peux tomber sur des banques qui ne cherchent pas à te former et à te prendre comme un membre à part entière de l’équipe.

Selon toi, quelles sont les qualités requises pour faire du M&A ? et le défaut rédhibitoire ?

Pour moi, les qualités requises en M&A sont la motivation, l’autonomie, l’envie d’apprendre et surtout le fait d’être pro-actif dans son apprentissage. Il faut également avoir une capacité de travail importante et savoir ravaler son égo (i.e. ne pas être trop sensible à la critique). Et surtout, il faut absolument éviter d’être trop grande gueule.

Tu travailles maintenant pour une application permettant à de jeunes rappeurs de se lancer. Peux-tu nous raconter comment tu en es arrivé à travailler dans cet univers ?

Ce n’est pas ma passion pour le rap mais le créateur de l’appli qui m’a convaincu de rejoindre l’équipe. C’est un visionnaire et je vois beaucoup de potentiel dans le business. Mon expérience en banque d’affaires les intéressait et je me suis bien entendu avec l’équipe, c’est donc naturellement que j’ai saisi l’opportunité de travailler avec eux.

Quel est ton job au quotidien ?

Je m’occupe de toute la partie finance administrative, et en particulier du projet de levée de fonds.

Si tu devais nous donner le nom d’un ou deux rappeurs inconnus du grand public mais qui mériteraient de l’être ?

Axiom, un ancien rappeur et producteur venant de Lille. Il est très engagé politiquement donc il a une vision assez intéressante du monde de la musique et il souhaite vraiment aider de jeunes talents à percer. Il a également fait beaucoup pour les jeunes des quartiers.

Tu as eu un parcours très classique et élitiste avec du M&A, du PE, etc. Et te voilà dans l’industrie du rap, où les gens ont parfois des préjugés. Ça n’a pas surpris tes proches ?

Cette décision n’a pas du tout surpris mes proches car j’avais vraiment besoin de changer d’air et de découvrir de nouveaux horizons. Travailler dans un tel environnement après avoir été en banque d’affaires où tout le monde vient du même milieu représente un réel changement qui pousse à l’ouverture d’esprit. Je découvre des manières de travailler différentes des miennes et c’est très enrichissant car j’apprends énormément de ces personnes-là.

LA4Lire aussi : Entretien en M&A : les questions techniques fréquentes

Certains Analysts en M&A se plaignent que leur boss partent parfois en « freestyle ». Es-tu d’accord avec cela ?

Pas du tout, je dirais même que c’est le contraire. En M&A, les gens ont très peur de produire le moindre élément de jugement qui ne puisse être soutenu par une analyse numérique ou la voix d’un expert. Aucune place n’est laissée à l’improvisation.

Qu’est-ce que tu gardes de ton passé de banquier d’affaires dans ta vie actuelle ?

Je n’ai aucun regret sur mon passage en finance de haut de bilan qui a été particulièrement formateur. Lorsque je travaillais en fonds, j’ai appris à regarder une entreprise sous tous les angles et à réfléchir à un marché en profondeur. J’ai ensuite pu développer plus avant cette compréhension chez Goldman. J’ai non seulement acquis de la rigueur et de l’efficacité, mais surtout, j’ai appris à hiérarchiser les priorités dans un environnement exigeant et amélioré ma compréhension de la façon dont on présente de l’information devant des personnes occupant un haut niveau de responsabilité. La banque d’affaires m’a apporté des compétences techniques et m’a appris à communiquer de façon plus efficace.

Beaucoup de nos lecteurs souhaitent se diriger vers une carrière en banque d’affaires. Quel message tu pourrais leur faire passer, et que tu aurais aimé entendre quand tu étais étudiant ?

Si je devais donner un conseil à mon jeune moi ce serait d’élargir ses horizons et de découvrir d’autres métiers/entreprises avant de se lancer dans la banque d’affaires juste parce que ça brille. J’aurais, par exemple, aimé découvrir des métiers où l’on travaille davantage de façon transversale plutôt qu’en silos hiérarchiques.

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye


Damien Beurier, professeur & ex-VP M&A : Sciences Po Paris, Messier Maris, Rothschild, WeShareBonds

Quand il n’enseigne pas les lois de la modélisation financière à des étudiants de Sciences Po Paris, on peut retrouver Damien Beurier en train de négocier la prochaine levée de fonds de WeShareBonds. Cet ancien banquier M&A a travaillé chez Messier Maris puis chez Rothschild avant de quitter le monde de la banque d’affaires pour rejoindre une fintech en tant que dirigeant et associé. Aujourd’hui, il est Directeur Général de WeShareBonds, une plateforme digitale de crédit aux PME.

Bonjour Damien, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-vous décrire votre parcours ?

Après une maîtrise du droit des affaires à Assas j’ai intégré l’EDHEC (programme grande école) dont je suis sorti avec une spécialisation en finance d’entreprise. J’ai fait différents stages en banques d’affaires : financements structurés chez BNP Paribas, M&A chez HSBC et chez Hawkpoint. J’ai par le suite intégré l’équipe M&A de Messier Maris dans laquelle j’ai travaillé pendant plus de 3 ans avant de rejoindre Rothschild en 2014 toujours en M&A. Finalement, en juin 2017, j’ai quitté le monde de la banque d’affaires pour m’associer aux fondateurs de WeShareBonds, fintech dans laquelle j’ai pris le poste de Directeur Général, en charge du Business Development de plateforme.

En parallèle de votre poste chez Rothschild, vous êtes devenu professeur de finance à Sciences Po Paris, quelles ont été les raisons de ce choix ?

C’est principalement l’envie de transmettre ce que j’avais appris en finance durant les premières années en banque de manière plus opérationnelle comparée à ce que j’avais vu en école qui m’a poussé à enseigner. En effet, Sciences Po cherche régulièrement non pas des professeurs « à l’ancienne » mais des professionnels de la finance en poste pour animer des conférences. Celle que j’anime avec une ex-collègue porte sur la modélisation financière.

Le M&A fait rêver de nombreux étudiants, comment expliquez-vous cela ? Qu’est-ce qui à l’origine vous a poussé à faire du M&A ?

A mon sens, le M&A suscite des fantasmes qui ne sont pas tous justifiés. Pour ma part, j’ai choisi de faire du M&A pour deux raisons principales. D’un côté, il s’agit d’une filière très professionnalisante qui apporte beaucoup de rigueur et permet d’acquérir des méthodes de travail particulièrement efficaces afin d’absorber une forte charge de travail. D’un autre côté, le M&A permet d’être très tôt en contact avec des niveaux de séniorité relativement élevés chez les contreparties (clients, avocats d’affaires, conseillers en stratégie, experts, etc.). Avoir accès à la direction générale ou financière de grands groupes dans ses premières années professionnelles permet d’apprendre davantage sur les enjeux du management.

Qu’est-ce qui motive les gens à travailler autant ? à part un salaire très compétitif évidemment.

On est tout d’abord attiré par l’ambiance d’état-major ou de gestion de crise que l’on rencontre sur les dossiers les plus exigeants. En effet, il y a une vraie émulation qui permet de créer des équipes ou promotions soudées. Le rythme est soutenable parce que l’on travaille ensemble ou à côté de telle ou telle personne. Ensuite, il y a la soif d’apprendre qui peut inciter certains à s’imposer ce rythme sportif. Enfin, le secteur permet de se former efficacement tout en se laissant bon nombre de reconversions professionnelles possibles.

Vous avez travaillé chez Messier Maris puis chez Rothschild ; y’a-t-il des différences majeures entre ces deux prestigieuses institutions ?

Il est difficile de comparer mes expériences chez Messier Maris et chez Rothschild car c’est comparer des années d’analyste à des années d’associate ou VP. Une différence est que Rothschild est un acteur plus institutionnel avec des méthodes de travail et de management plus éprouvées. Rothschild est une banque d’affaires plus internationales qui s’appuie fortement sur les bureaux étrangers sur certains dossiers. Messier Maris de son côté est une banque d’affaires plus jeune et lorsque j’y suis entré j’ai découvert un esprit entrepreneurial très fort. Je suis reconnaissant d’avoir assisté et participé à ces premières années de forte croissance post association de Jean-Marie Messier et Erik Maris.

LA4Lire aussi : M&A : Analyst, Associate, VP, etc. Quel rôle selon votre grade ?

Comment s’est passée votre transition de Rothschild à WeShareBonds ?

Ce fut un changement de carrière majeur car je suis passé de salarié à dirigeant actionnaire avec un vrai pari financier et des responsabilités plus importantes dans une structure beaucoup plus petite. Il a fallu que je réapprenne totalement un métier même si mon bagage financier et une partie du réseau tissé pendant les années précédentes ont été fort utiles.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la fintech WeShareBonds ?

WeShareBonds est une plateforme digitale de crédits pour les PME françaises. On met en relation des investisseurs professionnels et particuliers avec des entreprises qui cherchent à financer leur croissance. Un investisseur particulier peut notamment prêter à partir de 50 euros à une PME et ainsi financer l’économie réelle.

Actuellement, nous préparons la levé de notre 3ème fonds de crédit auprès d’investisseurs institutionnels.

Vous êtes dorénavant DG en charge du développement commercial chez WeShareBonds, en quoi votre carrière en M&A vous aide-t-elle dans un poste très commercial ?

Mon expérience en M&A m’a aidé notamment pour organiser les différentes levées de fonds de WeShareBonds. L’expérience de processus de vente de sociétés valorisées plusieurs centaines de millions ou un milliard d’euros prépare efficacement à lever une quinzaine de millions d’euros pour une fintech ou un million d’euros pour une PME cliente. Mon passage en  banque d’affaires me permet d’appréhender certains aspects de l’analyse financière lors de la sélection des PME à qui nous faisons une offre de crédit. Enfin, il ne faut pas oublier qu’en banque d’affaires le métier devient plus commercial après quelques années ce qui m’a servi dans ce nouveau poste à la fois commercial et technique.

Sollicitons votre œil d’expert : si vous étiez un étudiant souhaitant investir dans un projet proposé par WeShareBonds, quels sont les 2 ou 3 points majeurs que vous regarderiez sur ce projet ?

Il faut savoir que les projets proposés par WeShareBonds font déjà l’objet d’une sélection très stricte par les analystes crédit de l’entreprise puis par un comité de sélection composé de professionnels indépendants. A titre indicatif, WeShareBonds a un rendement brut de 6,5% et les projets proposés sont majoritairement amortissables i.e. que le capital est remboursé de manière mensuelle.

De manière générale, ce qu’il faut regarder avant d’investir dans une entreprise c’est sa croissance, sa rentabilité et les différents risques pouvant peser sur celle-ci. Il est nécessaire de projeter les flux de trésorerie de l’entreprise afin de vérifier que celle-ci a la capacité de faire face aux échéances de remboursement.

Qu’est-ce qui vous manque le plus/le moins dans votre carrière en M&A ?

J’ai beaucoup apprécié la diversité des projets traités mais également les liens (parfois amicaux) que j’ai pu tisser avec mes collègues. Ce que je valorise aujourd’hui, c’est d’être davantage maître de mon propre agenda.

LA4Lire aussi : Faire du M&A en province : où postuler ?

Avez-vous des conseils pour nos lecteurs souhaitant s’orienter vers le M&A ?

Je donnerais trois conseils aux lecteurs souhaitant candidater en conseil en fusions acquisitions : une bonne préparation technique, de l’humilité en entretien et ne pas avoir peur de montrer sa motivation.

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye


Comment réussir les HireVues des banques ? 3 AlumnEye témoignent

Réussir l’épreuve de l’HireVue est une condition nécessaire pour décrocher une offre de Spring, Summer ou Graduate Program dans une banque. Cet exercice redouté notamment pour son format est souvent la dernière étape avant d’accéder à l’Assessment Center. AlumnEye vous explique tout sur les spécificités et la manière d’aborder ce test grâce aux témoignages de trois candidats l’ayant réussi.

 

Qu’est-ce qu’un HireVue ?

L’HireVue est un test vidéo de sélection que l’on retrouve dans les processus des banques, que vous postuliez pour un Spring, Summer ou Graduate Program. Cette technique d’entretien s’est peu à peu substituée aux premiers tours classiques, et permet aux banques d’analyser les candidats avec un grand nombre de critères. Concrètement, durant le test, la plateforme vous soumet des questions pour lesquelles vous avez un temps de préparation limité. Vous restituerez ensuite votre réponse face à votre caméra, une manière pour la banque d’enregistrer votre réponse et d’analyser votre respiration, votre vocabulaire ou vos mouvements oculaires.

Lorsque vous vous connecterez sur la plateforme en cliquant sur le lien que la banque vous a envoyé, une vidéo d’introduction vous expliquera ce qu’est un HireVue et les conseils de la banque pour réussir. Quelques exemples pourront vous être proposés afin que vous puissiez vous assurer que votre micro et votre caméra fonctionnent. Attention, cet exercice est différent d’un entretien par visio-conférence notamment parce que vous êtes certes filmé, mais vous n’aurez pas d’interlocuteur. Les questions apparaitront les unes à la suite des autres, et sera à chaque fois précisé le temps de préparation dont vous disposez avant que votre caméra ne se déclenche pour vous permettre de répondre.

Pour les banques, l’introduction de l’HireVue permet d’évaluer un plus grand nombre de candidats tout en mobilisant des ressources limitées. En substituant l’HireVue à des entretiens classiques, les banques élargissent la base de leurs candidats sans engager de frais supplémentaires. Pour réussir, la préparation est primordiale, et c’est la raison pour laquelle AlumnEye a donné la parole à trois candidats (Marion, Nathan et Camille) qui ont réussi cet exercice, respectivement chez JPMorgan, Macquarie et UBS.

 

Un exercice singulier :

 Nous l’avons vu, l’HireVue est un exercice particulier, mais concrètement qu’est-ce qui le différencie d’un appel téléphonique classique ? « C’est très différent dans le sens où personne ne rebondit sur ce que l’on dit et c’est plus difficile de détourner la question si jamais on ne parvient pas à répondre. Au téléphone, les questions ne sont pas chronométrées, on a le temps de réfléchir, de demander des précisions à l’interviewer, etc. Par ailleurs, le fait d’être filmé nécessite que l’on ait une bonne tenue. ». Vous n’avez pas d’interlocuteur et êtes seul face à votre caméra, il vous sera donc impossible de créer du lien et de l’empathie : « A la différence d’un phone interview, on ne peut pas créer de lien avec l’interlocuteur. C’est déstabilisant notamment parce qu’on ne peut pas à la fin de l’entretien se distinguer des autres candidats avec des questions-réponses. Il y a aussi une pression supplémentaire en raison du timing et de la caméra ».

Sans doute vous posez vous la question de savoir ce qui vous sera demandé lors de l’HireVue et si l’on peut distinguer des grands thèmes lors du test : « Dans l’HireVue que j’ai passé il y avait seulement trois questions. C’est difficile de dégager des thématiques mais c’était principalement des questions de fit de type TMAT. » nous dit Marion à propos de l’HireVue JP Morgan. Nos deux autres candidats ont cependant pu dégager quelques tendances comme en témoignent Camille : « Ça dépend des banques. Chez Goldman Sachs, il y avait 4 questions fit / mises en situation et une question sur notre choix de division. Chez UBS, c’était à la fois fit et des questions sur la banque. » et Nathan : « « Mon HireVue chez Macquarie était structuré de la façon suivante : une première partie – générale : pourquoi cette banque/division ? pourquoi la finance ? Une seconde partie – motivation : type TMAT. Enfin une troisième partie – “technique” avec des questions concrètes ». Retenez que la structure de l’HireVue dépend de la banque dans laquelle vous passez le test. Néanmoins un bon bagage technique est nécessaire pour ne pas être surpris lors d’une question, et la partie fit est très souvent sous forme TMAT.

 

Lire aussi : hirevue et entretien vidéo en banque d’investissement : mode ou futur standard dans le recrutement?

 

Comment se préparer pour votre HireVue ?

Réussir ce test a demandé à chaque candidat une préparation minutieuse, et lorsque nous les interrogeons sur les raisons de leur succès, les réponses sont unanimes : « Avoir eu les questions à l’avance grâce au Forum AlumnEye a été un énorme plus je pense. Cela m’a permis de me concentrer sur la structuration des réponses et de pouvoir énoncer des choses précises. » confie Nathan après son succès chez Macquarie. Marion, elle, insiste sur la qualité de sa préparation : « Honnêtement, je ne sais pas car j’ignore comment ont performé les autres candidats et quelles étaient les attentes précises des recruteurs vis-à-vis de l’HireVue. J’avais vraiment été consciencieuse dans ma préparation en réfléchissant à des exemples différents qui pourraient me distinguer des autres candidats en essayant de préparer le maximum de questions possibles tout en faisant attention au rendu final. ».

L’HireVue est un exercice dans lequel il existe des questions de fit qui reviennent dans chaque process, peu importe la banque dans laquelle vous postulez. Ceci est d’autant plus vrai pour les banques qui recrutent en Spring, Summer ou Graduate Program. Ces questions doivent être préparées minutieusement. Camille nous livre les clés de sa préparation : « « Je me suis préparée comme pour un entretien face to face. Je me suis également entrainée à répondre aux questions classiques en me filmant et en me chronométrant. », Nathan, lui, a pris contact avec d’anciens candidats : « Grâce aux comptes rendus sur le forum AlumnEye, j’ai eu les questions en avance et j’ai donc pu les préparer en amont. Pour ma part (Macquarie), il me semblait très compliqué de réussir cet exercice sans avoir eu les questions en avance car elles nécessitent des connaissances précises sur certains secteurs et leurs key metrics ». Marion se montre très précise lorsqu’elle évoque la manière avec laquelle elle s’est préparée : « J’ai travaillé sur les questions de « fit » classiques (TMAT…) en listant les compétences sur lesquelles on pouvait m’interroger, les questions qui pouvaient être posées sur chacune des compétences en préparant des exemples différents (sur le modèle STAR) pour répondre à chacune d’entre elles. Ensuite, j’ai répété ces réponses à l’oral devant un miroir et ajusté le rendu (ton, débit, expression…) afin qu’il soit le plus fluide possible. Dans un second temps, j’ai effectué une préparation identique à celle d’un entretien classique (glaner des informations spécifiques à la banque, à la division à laquelle j’ai postulé) »

 

Quelques tips pour réussir le HireVue

Interrogés après coup sur les difficultés qu’ils ont rencontrées, les candidats révèlent que la préparation est primordiale pour éviter d’être déstabilisé par une question. Le temps court de préparation ne vous permettra pas de structurer une réponse convaincante. Nathan nous explique : « Le temps de réponse chez Macquarie est extrêmement court, souvent d’une minute. De plus, il est impossible de s’enregistrer une seconde fois, ce qui augmente davantage le stress au moment de restituer sa réponse. ». La forme compte aussi bien que le fond, or si vous n’avez pas préparé les questions en amont il vous sera impossible de paraître avenant lors de votre réponse. C’est ce qu’explique Camille : « Il y a deux éléments que je trouve perturbant dans le format de l’HireVue : d’une part, le temps imparti pour chaque réponse est bref, il faut être à la fois concis et donner des détails. D’autre part, la vidéo est enregistrée, il faut donc tenter de paraître naturel sachant que l’on n’a pas d’interlocuteur et ne pas oublier de regarder la caméra plutôt que l’écran ».

Enfin nous leur avons demandé de donner des conseils aux futurs candidats qui se soumettront au test de l’HireVue, Marion nous donne le sien : « C’est très important de bien préparer les questions de fit et de les répéter devant un miroir ou bien s’enregistrer. Il faut avoir conscience de l’image que l’on renvoie et de la structure des réponses. Il y a aussi des éléments perturbateurs comme le timing, la caméra et les questions auxquelles on n’aurait pas réfléchi. C’est important de garder son sang-froid. Enfin je conseillerais comme pour un entretien classique de ne pas apprendre ses réponses par cœur mais plutôt de constituer des éléments de réponses et des exemples que l’on puisse rattacher. »

 

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En effet, le succès à l’HireVue n’est jamais dû au hasard. Qui plus est, une bonne partie de l’entretien peut être préparé en amont afin de faire la différence par rapport aux autres candidats. C’est sur ces questions que vous devez vous démarquer en proposant une réponse très structurée tout en ayant l’air naturel. C’est sur ce point que Camille et Nathan décident d’insister : « Je conseille de faire une liste de questions basiques et de s’entrainer à y répondre en se filmant et en se chronométrant. Lorsque l’on parle, il faut regarder la caméra de la même manière que l’on regarderait un interviewer. Ne pas hésiter à sourire ou à parler avec les mains tout en essayant d’être le plus naturel possible. » ; « Je conseillerais tout d’abord d’enlever l’image de la caméra lors des réponses, car on a tendance à se regarder à l’écran ce qui détourne notre regard de la caméra. Aussi, je dirais qu’il faut absolument structurer ses réponses avec des link words comme first, secondly… pour qu’elles soient claires ».

 

Guillaume Baziadoly, étudiant à l’EMLyon et contributeur du blog AlumnEye


Tim Muehlenbach, ex-Goldman : 17 ans de carrière en banque, aujourd'hui chez Kantox

Avec 17 années d’expérience en banque d’investissement, Tim Muehlenbach fait partie de cette génération de banquiers ayant (presque) tout vécu. La succession des crises financières depuis 2001 et l’essor des fintechs, des missions au sein de prestigieuses institutions financières telles que Goldman Sachs, BNP Paribas ou RBS, à des postes très différents (marchés des capitaux, Asset Management)… Aujourd’hui, il a rejoint Kantox, une fintech londonienne spécialisée dans la gestion des risques de devises pour les entreprises. Dans cet article, il nous raconte son ancienne vie de banquier, et celle plus nouvelle en startup. Comment son expérience l’a aidé à se diriger vers la fintech, ce qu’il retient de ses années dans les plus belles banques, ses conseils pour les étudiants : une interview pleine d’enseignements.

Bonjour Tim, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Après avoir validé mon Master à l’ESCP Europe, j’ai obtenu mon premier CDI, en 2001, à la BNP Paribas en Debt Capital Market. En 2004, j’ai ensuite décidé de suivre une partie de mon équipe et d’intégrer la Royal Bank of Scotland. A l’époque, ils cherchaient des talents parmi les meilleures banques européennes afin de développer considérablement leur présence en Debt Capital Market en Europe. Pendant 7 ans, j’ai travaillé pour la RBS où j’ai évolué très rapidement d’Associate à Executive Director. Ensuite, mes bonnes performances post-crise des Subprimes chez RBS ainsi que mon solide réseau ont convaincu Goldman Sachs  de m’appeler afin de rejoindre leurs rangs.  En 2011, j’ai donc eu la chance d’évoluer professionnellement et d’intégrer une banque d’investissement de renommée mondiale. Après 6 années de dur labeur chez Goldman Sachs, j’ai décidé de prendre un tournant dans ma vie professionnelle et personnelle en intégrant la fintech Kantox.

Vous avez travaillé pour 3 banques internationales différentes : BNP Paribas, RBS, et Goldman Sachs. En quoi est-ce différent d’exercer dans chacune de ces banques ?

J’ai commencé chez BNP Paribas juste après leur fusion donc ce que je vais dire est peut-être différent de la réalité actuelle. Quand j’y travaillais, BNP Paribas était une banque d’affaires, leader européen, aux ambitions très fortes dont le fonctionnement était bien différent du modèle anglo-saxon car il s’agissait d’une banque d’affaires où la structure et la hiérarchie étaient très pesantes. Au contraire, travailler chez RBS a été un véritable changement car je suis passé d’une banque d’affaires très structurée à une banque d’affaires en pleine expansion qui recherchait des talents entrepreneuriaux. C’est cet esprit entrepreneurial, cette volonté de grandir qui m’ont poussé à changer de banque. RBS était une machine de croissance.

Enfin, Goldman Sachs est la seule banque d’investissement non européenne pour laquelle j’ai travaillé. Mon expérience là-bas a été très différente de celles chez BNP Paribas et RBS car les exigences y étaient bien plus élevées. Les targets annuelles et les deals étaient d’une plus grande ampleur. De plus, chez Goldman Sachs, les frontières entre les métiers sont bien moins dessinées et il n’y pas de gestion de la relation-clients (Relationship Management). Ainsi, je me retrouvais à travailler non seulement sur la partie technique des suites de produits dettes mais également sur la partie commerciale avec les relations-clients. Chez Goldman Sachs, les banquiers ont beaucoup plus de responsabilités car ils doivent tout prendre en main. Cette stratégie permet à Goldman Sachs d’avoir une meilleure maîtrise de ses risques  car les banquiers sont beaucoup plus proches des enjeux de chaque transaction.

Vous avez décidé de passer d’une carrière sur les marchés des capitaux à une carrière en gestion d’actifs ; quelles ont été́ les raisons de ce choix ?

Je suis passé à la gestion d’actifs lorsque je travaillais chez Goldman Sachs. Je suis allé travailler pour Goldman Sachs Asset Management en tant que Senior Responsable afin de booster les ventes de certains produits spécialisés dans la gestion de fonds dédiés. J’ai saisi cette opportunité comme une évolution professionnelle vers une  carrière de long-terme en banque d’affaires.
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On dit souvent qu’en banque, le passage d’un niveau junior très opérationnel à un rôle senior plus commercial est un moment clé où plusieurs banquiers échouent. Comment avez-vous réussi ce virage ?

Pour moi, ce virage a légèrement commencé chez RBS. Du fait de leurs fortes ambitions de croissance et de progrès, j’ai rapidement évolué vers un statut de mentor. Chez BNP Paribas, j’aurais mis plus de temps à monter les échelons vers un rôle senior. Grâce aux responsabilités que l’on m’a donné chez RBS, j’ai pu renforcer mon « skills set » et élargir mon réseau professionnel. Ce sont ces deux atouts qui m’ont aidé à conclure de gros deals au point d’être recommandé pour Goldman Sachs.

L’Asset Management attire beaucoup d’étudiants, et pourtant la plupart ne savent pas expliquer le fonctionnement global d’une division AM. Si vous deviez expliquer à un néophyte le rôle du département AM d’une banque, que diriez-vous ?

Le département AM des banques d’investissement est souvent dans l’ombre du département M&A (ou marchés des capitaux) qui génère de plus gros revenus. Toutefois, la division AM permet à la banque de s’intégrer dans une vision plus long-termiste. Les mandats en AM sont de plus longue durée donc ils rapportent un revenu plus visible.  Par contre dans le M&A et les marchés des capitaux, la banque met à disposition un capital plus important qu’elle cherche à faire fructifier, ce qui pousse les équipes à être d’autant plus rigoureux sur les contrats signés.

Je pense que les banques choisissent d’élargir leurs activités à l’AM parce qu’elles veulent augmenter leur visibilité sur les revenus et diversifier leurs activités et risques. Toutefois, les leaders en AM sont les entreprises qui ne font que ça (ex : BlackRock, Allianz/PIMCO, Fidelity, Amundi, etc.)

Vous étiez chez RBS en 2008, banque qui a beaucoup souffert durant la crise. Que retenez-vous de cette période ? Une anecdote marquante ?

Ce fut une période très difficile car nous n’avions absolument pas conscience de la crise à venir et des risques qui planaient sur RBS notamment sur le marché anglais pour lequel je travaillais à l’époque. Chez RBS nous étions déjà fragilisés du fait du rachat de la banque néerlandaise ABN AMRO. En effet, suite à leur rachat en 2007, il y avait 2 banquiers pour chaque poste chez RBS donc personne n’était sûr de rester dans l’entreprise et la crise a amplifié ce sentiment d’incertitude. Cette période était chaotique.

Qu’est-ce qui a fondamentalement changé dans la banque d’investissement entre les années 2000 et aujourd’hui ?

Dans les années 2000, les banques étaient en pleine mondialisation (ex : l’euro a été introduit dans 12 pays formant la zone euro en 1999) et en plein essor technologique donc elles cherchaient énormément de talents. C’était une période rêvée pour ceux qui souhaitaient travailler en banque car il y avait de l’offre et de l’embauche.  Aujourd’hui, les crises sont passées par là et les banques ont totalement changé d’optique. Il est dorénavant difficile d’intégrer une banque d’investissement. De nombreux talents se voient refuser des offres ou contraints d’en accepter à des salaires inférieurs. Par exemple, aujourd’hui, il n’est plus possible pour un candidat de postuler chez une banque d’affaires pour essayer/voir si cela lui plaît et espérer être pris. Les candidats doivent être motivés, confiants et sûrs de leur choix de carrière pour intégrer les meilleures banques au monde.

Pourquoi avoir, ensuite, décidé́ de quitter Goldman Sachs pour partir travailler chez Kantox ?

J’ai décidé de quitter Goldman Sachs pour des raisons personnelles. J’avais envie de changer de cadre de vie et de passer plus de temps avec ma famille. A l’époque, je connaissais le CEO de Kantox, Philippe Gelis, et je correspondais tout à fait au profil recherché donc j’ai été facilement embauché. Ainsi, j’ai quitté Londres et ma carrière en banque d’affaires pour Barcelone et une vie plus équilibrée.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la fintech Kantox ?

Une petite dizaine d’années auparavant, les fintechs avaient pour objectif de concurrencer les banques afin de les remplacer. Aujourd’hui, les fintechs cherchent d’avantage à s’allier aux banques, à leur faire profiter de leur technologie par l’intermédiaire de partenariats ou de plateformes. Chez Kantox, notre technologie permet une autonomisation des fonctions de trésorier et des transactions en différents changes grâce à des solutions de gestion des devises et du risque de change. Nous nous adressons aux entreprises ainsi qu’aux banques et c’est mon métier de trouver et consolider ces partenariats bancaires.

Kantox a une technologie puissante qui maintenant génère un revenu important sur le long terme (Kantox est « self-sustaining »), un tournant important pour une jeune fintech. Nous cherchons une croissance rapide du business.
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En quoi est-ce différent de travailler pour une banque d’affaires telle que Goldman Sachs que pour une jeune fintech comme Kantox ?

Même si tout les oppose, Goldman Sachs et Kantox ont un esprit entrepreneurial assez similaire. Ce qui diffère réellement ce sont leur structure ; Goldman Sachs est la banque d’affaires la plus reconnue au monde, établie et organisée alors que Kantox est une jeune fintech en pleine évolution.

Ce que j’aime particulièrement chez Kantox c’est le fait de l’accompagner dans sa croissance, d’avoir un impact réel et responsable sur l’entreprise.

Avec le recul, et maintenant que vous évoluez en startup, quel regard portez-vous sur vos années dans de grandes institutions financières ?

Je suis très fier de ma carrière dans de grandes institutions financières car c’est grâce à elle que j’ai intégré Kantox. En effet, mon poste actuel nécessitait quelqu’un ayant un bon réseau et sachant parler le langage des banquiers. Ces qualités étaient essentielles afin de signer de nouveaux partenariats avec les banques. Il fallait une personne ayant de l’expérience en banque d’affaires, peut-être pas autant que moi mais de l’expérience. Il ne faut jamais regretter une carrière en banque d’affaires car c’est très enrichissant et formateur pour la suite.

Quels sont vos conseils pour nos lecteurs qui souhaitent s’orienter vers une carrière en banque d’investissement ou en Asset Management ?

S’ils souhaitent s’orienter vers une carrière en M&A, je conseillerai aux lecteurs d’intégrer une banque d’investissement américaine car les États-Unis sont leaders sur ce marché (GS, JP Morgan, Morgan Stanley, BAML, Citi, etc.). Au contraire, l’Asset Management est plus régional, je suggère plutôt de postuler dans des fonds nationaux. Par exemple, les français, les allemands, les anglais sont parmi les leaders dans leur marché et en Europe. Pas besoin de partir aux États-Unis pour faire une belle carrière en AM.

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye


Guillaume Piard, du Structuring chez Lehman à la création de la fintech Nalo

Guillaume Piard est aux antipodes des clichés habituels sur les banquiers. Ancien structureur ayant débuté sa carrière chez Lehman, sa passion pour la finance et les projets ayant du sens lui ont permis de constamment aller de l’avant, jusqu’à créer Nalo, une fintech spécialisée dans la gestion d’épargne. Dans cette interview il couvre un large spectre de sujets en nous parlant notamment de son parcours, de conseils pour devenir Structureur, de sa remise en question professionnelle qu’a entraîné la chute  de Lehman Brothers et de la naissance, donc, de Nalo.

 

Bonjour Guillaume, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-vous décrire votre parcours ?

J’ai fait un bac S en France puis je suis directement parti faire un Master en Physique en Angleterre à Imperial College London. La recherche ne m’intéressait pas spécialement car je ne me voyais pas passer des années dans des laboratoires ; je voulais créer des choses. J’ai alors été recruté en finance, un domaine qui m’intéressait particulièrement car c’est un monde en perpétuel changement. J’ai travaillé pendant 10 ans en salle des marchés à Londres et à Paris sur différents métiers aussi bien techniques que commerciaux ou de conseil. Au bout de 10 ans de carrière et après la crise de 2008, j’en ai eu assez de ce milieu donc j’ai commencé à réfléchir à ma reconversion. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de partir faire un MBA à Chicago et j’y ai découvert un nouveau monde qui m’a immédiatement passionné : celui des fintechs. Ce fut une réelle révélation dans ma vie professionnelle. Pendant mon MBA j’ai préparé un business plan puis je suis rentré en France pour me lancer et créer ma propre fintech Nalo.

 

Vous avez travaillé en Structuring une bonne partie de votre carrière, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs le métier de Structureur ?

Le Structuring est un métier que j’ai trouvé absolument passionnant car il m’a apporté une très grande stimulation intellectuelle. Le Structureur est un petit peu le chef d’orchestre d’un métier assez compliqué : celui de fabriquer des produits financiers sur-mesure pour des clients institutionnels. Le Structureur doit avoir non seulement des qualités de communication pour être capable de parler le langage de tout un tas de personnes (avocats, vendeurs, traders, etc.) mais aussi des qualités techniques pour optimiser ce sur quoi ces personnes travaillent : le marketing, les contraintes réglementaires et juridiques, le risque, etc. Par exemple, le Structureur doit être suffisamment expert pour comprendre l’impact des contraintes juridiques sur les prix et le risque pour ensuite inventer des structures financières répondant à un besoin précis (externalisation de risque d’un bilan, gestion complexe de trésorerie, financement d’actifs illiquides, structure d’investissement avec des profils de rendements complexes, …).

L’image du chef d’orchestre m’est venue car la particularité d’un Structureur est d’être très rigoureux, organisé et communiquant afin de s’assurer que les choses se font en temps et en heure malgré les fluctuations du marché et les envies des clients.

Les deals sur lesquels travaillent un Structureur sont plus ou moins longs : d’un jour à plusieurs mois. Pour ma part, le projet le plus long sur lequel j’ai travaillé a duré 15 mois.

 

Pourquoi ce métier ne recrute quasiment que des étudiants avec un background très quantitatif ?

Pour commencer, je voudrais rappeler qu’un Structureur n’est pas un Quant i.e. qu’il ne rédige pas nécessairement des algorithmes mathématiques (bien que j’ai eu l’occasion de travailler sur des outils d’optimisation). Le rôle premier d’un Structureur n’est pas de plonger dans des théories mathématiques mais de les comprendre et de les traduire en béotien. C’est ce besoin de compréhension très technique qui pousse, selon moi, à recruter des étudiants avec un background très quantitatif. Quand on est Structureur, tous les domaines deviennent très techniques et il faut savoir en faire une synthèse et une optimisation. Je me souviens encore du plaisir que j’ai eu à travailler dans le détail juridique, sur les contraintes de portefeuille, sur la complexité de la comptabilité de grandes institutions bancaires, … afin d’en sortir des produits carrés d’un point de vue juridique et répondant aux contraintes des clients.

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Vous étiez Senior Associate chez Lehman Brothers en 2008, pouvez-vous nous raconter l’ambiance à l’époque ?

Je n’ai pas trop envie de rentrer dans le détail de cette période car la crise de 2008 reste un sujet très sensible. La crise des Subprimes a été pour moi le début d’un profond questionnement personnel sur l’utilité et le sens du métier que j’exerçais. J’ai toujours eu un intérêt très prononcé pour les Sciences car elles me permettent de comprendre le monde qui m’entoure et trouver des solutions pour améliorer ce monde. Après 2008, je ne savais plus pourquoi je me levais le matin, pourquoi j’allais au travail. Quand j’ai découvert l’univers des fintechs, je n’ai pas pu dormir pendant 2 jours tellement j’ai trouvé ça ingénieux et grandiose. En 2008, la machine s’est emballée mais la finance reste le moteur de l’économie. Il ne faut donc pas la voir seulement sous un prisme obscur et néfaste. Il faut continuer à construire le post-2008 à travers le développement d’une finance raisonnée. Et je pense que c’est cet objectif que poursuivent les fintechs qui naissent aujourd’hui d’une nouvelle génération influencée par l’urgence durable. Les fintechs cherchent à rendre la finance utile.

 

Vous avez ensuite travaillé chez Nomura, quelles étaient les grandes différences par rapport à Lehman ?

Il faut savoir que Nomura a repris toutes les activités européennes de Lehman Brothers après sa faillite en 2008. Ce qui m’a le plus frappé c’est la grande différence de culture d’entreprise entre Nomura, hégémonie japonaise et Lehman, fleuron des banques new-yorkaises. Même si j’ai travaillé avec les mêmes collègues dans ces deux banques, je sentais que la direction et l’influence générale des autres collaborateurs étaient différentes chez Nomura. Toutefois, ces entités sont difficilement comparables car j’ai travaillé chez Lehman Brothers au moment où les marchés financiers étaient les plus florissants alors que j’ai été banquier chez Nomura dans une atmosphère post-crise de vigilance réglementaire accrue, où l’ambiance était donc difficile, pesante et stressante.

 

On dit souvent qu’une carrière en finance de marché rend très difficile une reconversion (vs par exemple le M&A). Pensez-vous que cela soit vrai ? Quelles sont les alternatives, pour un sales, trader ou structureur, à part monter en séniorité sur son desk ou monter sa boite ?

Après la crise de 2008, peu de mes collaborateurs se sont vraiment reconvertis. Il me semble que le plus gros danger en salle de marché est de se laisser aller à une routine, sans challenges intellectuels, où on finit par faire les choses plus par automatisme que par réflexion. La salle des marchés peut vite devenir un milieu pauvre d’un point de vue intellectuel car on est tellement obnubilé par les deals et le profit que nous oublions d’ouvrir nos esprits à des passions extérieures (théâtre, musique, etc.). Et de mon point de vue, pour se recycler professionnellement il faut savoir se montrer capable de gérer un spectre élargi de situations, d’être de plus en plus ingénieux et à l’écoute, autrement dit de montrer une adaptabilité, ce qui s’acquière par la plasticité de l’esprit. Il est donc indispensable de se nourrir régulièrement de passions extérieures, et sans cesse de se sortir de sa zone de confort professionnelle. L’une des forces des ingénieurs est d’avoir cette curiosité intellectuelle pour trouver des nouvelles solutions à des problèmes et si on tombe dans un schéma robotique de routine intellectuelle alors c’est foutu.

 

Vous avez fait un MBA à Chicago Booth. De nombreux étudiants nous demandent souvent pourquoi on fait un MBA, avez-vous un élément de réponse à leur apporter ?

A l’origine le MBA est un concept très américain pour chapoter les études américaines de façon solide après quelques années d’expérience professionnelle. En France, les études post-bac en école sont généralement plus poussées sur la théorie, et intègrent directement un cursus Master 1 et/ou Master 2. Le réflexe peut-être de se dire que d’autres études ne seront jamais nécessaires. C’est une erreur d’analyse. Le MBA est justement une opportunité que toute personne devrait saisir pour capitaliser sur ses premières années d’expérience professionnelle, et catalyser sa progression de carrière. De nombreux français sont dubitatifs : pourquoi faire un MBA alors que je sors d’une Grande Ecole de Commerce ? Qu’est-ce-que cela va réellement m’apporter ?  Il faut comprendre que le MBA ne se fait pas en sortie d’études mais après cinq à dix années d’expérience professionnelle afin de faire le point sur sa carrière et d’élargir ses horizons futurs. Le MBA est l’occasion de sortir la tête de l’eau et de s’offrir 2 ans de vacances intellectuelles.

Quand je suis parti de Nomura pour faire un MBA à Chicago, des collègues se moquaient gentiment de moi en disant que j’avais assez d’ancienneté pour monter en hiérarchie, que c’était trop tard pour changer de voie, et que je perdrais mon temps. Pourtant j’y suis allé et cela a été un épanouissement personnel et professionnel que je ne regretterai jamais.

Ce qui vaut de l’or en MBA c’est notamment le fait de rencontrer des personnes venant de tous horizons : médecin, créateur d’un foodtruck, trader à Wall Street, militaire, … et de partager nos expériences ensemble. Un MBA permet de voir le monde sous différents prismes, d’acquérir de nouvelles compétences, d’apprendre à mieux se connaître et de découvrir des possibilité futures auxquelles on ne pensait même pas. Je pense que si le financement d’un MBA n’était pas un problème alors toute personne devrait en faire un tous les 10 ans.

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Comment vous est venue l’idée de créer Nalo ? Pouvez-vous nous en dire plus sur votre startup ?

Je suis parti de mon propre besoin d’un service financier simple, personnalisé, automatisé, pas chronophage pour créer Nalo. A l’époque, je ne trouvais aucun service satisfaisant pour optimiser mon épargne. Alors j’ai décidé de modéliser ma propre « usine à gaz » pour gérer mon épargne de manière simple et automatique. C’était à titre purement personnel. Puis, pendant mon MBA aux US, j’ai découvert le monde de la fintech, et plus particulièrement des robo-advisors (qui avait quelques années d’avance là-bas) et cela a été une révélation : la France avait besoin de ce genre de services. De plus, les français s’inquiètent de leur avenir financier et cherchent un moyen optimal de gérer leur épargne en fonction de leurs différents projets de vie. De ces deux réflexions a été créée Nalo, une fintech qui accompagne les particuliers sur la gestion de leur patrimoine de manière simple, sur-mesure et peu onéreuse. Finalement, l’objectif de Nalo est de faire mieux que le banquier.

 

Qu’est-ce qui change concrètement lorsqu’on devient patron ?

Pour citer un de mes employés « quand on devient patron, nos actes et nos paroles ont un impact direct sur la vie des gens ». Les patrons ont une grande responsabilité humaine. Ils s’occupent non seulement des projets de la boîte (comme tout salarié) mais aussi du bien-être des personnes. Ça, c’est véritablement une responsabilité qui me donne envie de me lever le matin. Humblement, j’ai encore des progrès à faire ! Ce n’est pas simple de composer entre les besoins de la boite et les différentes sensibilités de ses équipes. Etre dirigeant exige des compétences toutes autres que celles d’un salarié opérationnel : l’écoute et l’empathie sont des fibres indispensables à travailler.

 

Avez-vous des conseils pour nos lecteurs souhaitant s’orienter vers une carrière en Structuring ?

Il me semble que les qualités requises pour travailler en Structuring sont une attention très poussée aux détails, alliée d’une grande capacité d’écoute et de communication (synthèse, traduction des besoins, diplomatie) car c’est un métier très relationnel. Il faut également aimer l’optimisation et avoir plaisir à creuser des sujets dans le détail pour y trouver des failles donc des possibilités d’amélioration. Il me paraît plus simple de sortir d’une école d’ingénieur que de commerce pour devenir Structureur car c’est un métier très technique et ce qui anime le Structureur n’est pas forcément ce qui anime le Sales.

 

 

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye