Après 3 années passées au BCG en conseil en stratégie, Charles La Flèche a décidé de se tourner vers le monde du Private Equity chez PSP Investments.

Basé à Montréal, Charles nous explique dans cette interview ses différentes missions et nous donne de précieux conseils pour intégrer ces univers, en particulier au Canada.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

J’ai tout d’abord commencé à étudier l’économie politique ainsi que l’histoire, avant de me réorienter en comptabilité et finance à HEC Montréal – l’école de business francophone de Montréal. Durant mes études, j’ai pu effectuer de nombreux stages dont un chez Dunnhumby à Londres, qui fut ma première expérience dans le monde du conseil. J’ai également passé 4 mois au sein d’EY à Montréal, où j’ai réalisé que je ne souhaitais pas faire carrière en comptabilité. J’ai donc décidé de postuler au MBB (McKinsey, BCG, Bain), et ai décroché une offre d’emploi au BCG. J’ai ainsi passé les 3 premières années de ma vie professionnelle au BCG en tant qu’analyste, principalement dans les domaines « industrials » et « consumer goods ». J’ai ensuite été promu au rang de consultant avec des attributions quasi inchangées, dans un contexte néanmoins plus senior. Depuis plus d’un an, je travaille chez PSP Investments (Public Sector Pension) à Montréal.

 

Vous avez fait un stage de 3 mois à Londres durant votre scolarité. Comment compareriez-vous la culture anglaise de travail / recrutement vs la culture canadienne ?

Je n’ai pas observé de réelles différences entre les deux cultures. Néanmoins, je pense que mon expérience est un peu biaisée car j’ai eu l’opportunité de travailler dans des firmes très internationales où j’ai été confronté à une culture assez « neutre ». Selon moi, les visions anglaise et canadienne sont assez similaires, tant sur le plan économique que politique. Les différentes entreprises dans lesquelles j’ai pu effectuer un stage et travailler étaient toutes très collaboratives et mettaient en avant l’importance du bien-être au travail. Sur le plan du recrutement, le processus est également comparable : 1er round d’entrevue, case study en groupe, etc.

 

Pourquoi avoir choisi de démarrer votre carrière dans le conseil en stratégie ?

Tout d’abord, j’étais assez convaincu que je ne voulais pas faire d’Investment Banking, car la culture ne me correspondait pas. Ensuite, à moins d’avoir une idée très précise de ce que l’on veut faire dès l’université, je pense que le choix de carrière est orienté par le programme universitaire que l’on suit et se fait au fur et à mesure des rencontres, événements (participation à des sessions de recrutement, compétitions, etc.). Suite à mon stage chez Dunnhumby j’étais curieux de découvrir le conseil en stratégie, domaine que je trouvais inspirant. Lors de mes études à HEC Montréal, j’ai eu l’opportunité de participer au McKinsey challenge – un 1er round d’interview chez McKinsey pour leur stage d’été. Lors de cette compétition, des étudiants sont invités une journée dans leur bureau afin de participer à un case competition. Cela a été pour moi l’opportunité de découvrir l’entreprise ainsi que ce que l’on attend de nous dans un case study. Une présentation est ensuite faite devant un jury et un prix est décerné aux vainqueurs ; prix que mon équipe a eu la chance de remporter ! C’est à ce moment-là que mon intérêt pour le conseil en stratégie s’est renforcé. En parallèle, j’étais en processus de recrutement dans diverses firmes comptables quand j’ai eu un déclic. J’avais un fort intérêt pour la compréhension et la résolution de problèmes complexes dans des environnements internationaux et souhaitais me diriger vers le conseil en stratégie ! Par-dessus tout, j’ai la conviction que les gens qui sont attirés par le conseil en stratégie – et réussissent dans ce métier – ont naturellement une capacité de réflexion assez structurée et similaire ; je me voyais vraiment dans ce type de framework de travail !

LA4Lire aussi : Quels stages pour intégrer le conseil en stratégie ?

Quelles étaient vos missions au BCG ?

Dans les grands cabinets de conseil tels que le BCG, on a l’opportunité de travailler sur plusieurs types de missions en lien avec : les réductions de coûts (optimisation des processus, renégociation des contrats d’achats, restructuration de l’organigramme de l’entreprise, etc.), la croissance (les stratégies à 5 ans : pricing, croissance des revenus, développement de nouveaux produits, stratégie technologique). Il n’y a donc pas de réelle routine ni de journée type ! Sur une base journalière, je dirais que mes missions étaient un mix de courriels, rencontres clients, réalisation de présentations destinées aux clients sur la base de recherches et d’analyses – ce qui représente l’expertise même du BCG.

 

Pourquoi avoir choisi de vous orienter en Private Equity après le conseil ?

Je voulais m’ouvrir à de nouveaux horizons, et m’orienter vers le domaine de la finance pour mieux comprendre le côté légal, fiscal et financier d’une transaction – ce que nous offre le Private Equity.

 

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Pouvez-vous nous en dire plus sur PSP Investments ? Positionnement, taille de l’équipe, etc.

PSP est un fonds de pension de 168 milliards de dollars canadiens d’actifs, dont 50% se retrouvent dans les marchés publics, 15-20% en real estate, 15% en Private Equity, 15% en infrastructure, le reste étant en credits investment (fixed income et dette privée). Notre équipe de Private Equity est présente à Hong Kong, Londres et Montréal. Elle est dirigée par Guthrie Stewart, Senior Vice-President Head of Private Investment, en charge du Private Equity ainsi que de la division Infrastructure, un autre de nos départements. L’équipe est répartie en 2 branches : l’équipe « fund » et l’équipe « direct » – les fonds étant répartis de manière équitable entre les deux.

  • L’équipe fund investit via des fonds, ce qui donne accès aux meilleurs investisseurs au monde mais se révèle très coûteux (environ 2% annuel + 20% de plus-value à la vente des actifs prélevés par les assets managers).
  • L’équipe direct, reposant sur une stratégie plus traditionnelle de co-investissement, investit pour une opération donnée aux côtés d’un investisseur privé.

L’équipe direct, dont je fais partie, a pour mission d’évaluer les sociétés : réalisation du modèle financier et analyse, rencontre des dirigeants ainsi que des potentiels co-investisseurs, etc.

Notre objectif est de déployer 200 à 500 millions de dollars US dans des investissements à l’international en possédant 20 à 40% du capital de l’entreprise. On souhaite pouvoir jouer un rôle de gouvernance pertinent au Board, afin de suivre nos entreprises sans nécessairement en être l’actionnaire majoritaire. Cela nous permet également de déployer plus de capital.

PSP Investments est un fonds de pension en croissance avec une importante force de frappe mise à disposition d’une équipe de petite taille (environ 40 investisseurs en Private Equity).

 

Quel serait l’objectif de PSP Investments ? S’agrandir ou continuer à utiliser sa relative petite taille comme une force ?

À mon avis, le monde du Private Equity est en évolution constante, les fonds de pensions américains sont en croissance, alors que les fonds de pensions canadiens sont plus matures. De plus, les grands fonds américains, anglais, français et même asiatiques lèvent de plus en plus d’argent « d’un coup » en créant ce que l’on appelle des « mega funds » allant jusqu’à 20 milliards de dollars. Dans ce contexte de croissance, notre modèle de co-investissement fonctionne très bien. Les relations construites avec nos co-investisseurs nous apportent régulièrement des propositions d’investissement intéressantes, pertinentes et créatrices de valeur car on est en mesure d’aller à la même vitesse que nos partenaires. Néanmoins, l’équipe peut continuer de grandir. Le fonds devrait atteindre une taille de 300 milliards de dollars canadiens d’ici 5 à 10 ans ; il est donc nécessaire de croître en conséquence pour couvrir le capital à déployer.

 

Selon vous, quels types de qualités apporte un consultant en stratégie vs un banquier d’affaires dans un fonds de Private Equity ?

Je suis le seul consultant de l’équipe ! Je pense que les deux profils sont complémentaires. Les personnes issues de banque d’affaires disposent de plus de connaissances sur les plans financier, fiscal et légal. Les profils consultants sont quant à eux plus à l’aise en communication et gestion d’équipes. Ils sont pragmatiques et savent aller à l’essentiel, ce qui leur permet de mieux manager par la suite. On réalise vite qu’à moyen-long terme l’expertise technique s’apprend facilement. En somme, cela crée une équipe assez « well-rounded » !

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le Private Equity ?

PSP Investments a récemment ouvert une branche à Londres (2016). Intervenez-vous parfois dans les deals en Europe ?

Chez PSP Investments, l’équipe basée à Montréal est en charge de la couverture Nord-Américaine. Nos transactions nous amènent donc à voyager régulièrement à New-York, Los Angeles, San Francisco et Chicago. D’autre part, Montréal étant une ville francophone, je couvre la France avec quelques Seniors de mon équipe. Je travaille ainsi sur des transactions françaises, et suis également actif dans la gestion d’entreprises basées en France, en participant au Board par exemple. Dans ce cadre, je me déplace régulièrement à Paris. Le bureau de Londres s’occupe quant à lui des investissements européens hors France, tandis que le bureau d’Hong Kong couvre toute l’Asie. Sur le plan de la mobilité interne, on est assez flexible. Par exemple, des membres de l’équipe basés à Montréal vont bientôt se rendre à Londres pour aider le bureau sur certaines transactions. Un autre employé du bureau canadien est quant à lui à Hong Kong pour 3 mois, tandis qu’un employé du bureau asiatique est à Montréal durant cette période. Les employés travaillent sur des transactions à l’international et voyagent entre bureaux ; je pense que l’environnement de travail est assez diversifié !

 

Quels types de profils recrutez-vous ? Recrutez-vous parfois des français ?

Le bureau de Londres est plus optimal pour un Français souhaitant rejoindre nos équipes ! Le bureau cherche d’ailleurs à recruter plus de français afin de pouvoir couvrir Paris à terme. Nous sommes 100% ouverts au recrutement de Français ! Les écoles françaises telles qu’HEC ou l’ESSEC sont d’ailleurs excellentes. Rien n’empêche les étudiants français d’aller à Londres rencontrer nos équipes !

 

Beaucoup d’étudiants français rêvent de travailler en Amérique du Nord. Que pouvez-vous nous dire sur le marché canadien, aussi bien dans le Conseil qu’en Finance ?

Ce n’est pas facile pour un étudiant français de commencer sa carrière au Canada. En effet, les Québécois ne sont pas toujours très éduqués sur le système francophone ainsi que sur les grandes écoles françaises, et ont tendance à recruter des étudiants issus d’écoles canadiennes. Personnellement, j’ai une bonne idée des Grandes Ecoles grâce à mon passage au BCG. Pour venir travailler dans le monde de la Finance ou du Conseil au Canada, le meilleur moyen est de venir étudier ici ; cela permet d’augmenter la proximité ! Un autre moyen peut être de commencer sa carrière en Europe durant 1 à 2 ans. Des établissements tels que la BNP ou HSBC sont d’excellentes sources de recrutement pour le Private Equity ou les banques d’affaires canadiennes. Typiquement, PSP Investments ne recrute en général que suite à une ou deux années d’expérience. Ainsi, les entreprises canadiennes sont réellement capables de reconnaître la crédibilité de l’expérience du candidat français, et donc de recruter les personnes talentueuses !

 

Camille Hutt, étudiante à Grenoble Ecole de Management et Responsable Editoriale du blog AlumnEye