Bouée en forme de licorne dans une piscine

Corporate Venture Capital : une alternative aux fonds de VC ?

Le Venture Capital, ou capital-risque en français est une activité de financement dédiée aux jeunes entreprises (startups) à fort potentiel de développement. En contrepartie d’un apport en numéraire, les acteurs du capital-risque obtiennent une participation plus ou moins importante dans la startup. Ces investissements sont par définition très risqués car les startups n’ont souvent pas encore démontré de business model rentable. En effet, ces entreprises affichent en général des résultats négatifs compte tenu des lourds investissements nécessaires à leur développement. Pour ces raisons, la structure du financement est constituée presque uniquement de capitaux propres. Toutefois, ces entreprises innovantes ont par définition un fort potentiel de croissance et offrent des rendements impressionnants en cas de succès. A titre d’exemple, le Venture Capital a permis à des entreprises célèbres telles que WhatsApp, Airbnb, ou Uber de se développer à des moments où probablement personne d’autre n’était prêt à parier sur elles.

Les fonds qui investissent dans les startups peuvent être divisés en deux catégories : les fonds indépendants de Venture Capital (VC) et les fonds rattachés à des entreprises que sont les Corporate Venture Capital (CVC). Ces deux types de fonds ont chacun d’entre eux des spécificités de structure, de moyens et d’objectifs qui leur sont propres. Il convient alors de déterminer les particularités de chaque modèle, ainsi que les différences qui existent entre le Venture Capital et le Corporate Venture Capital.

Venture Capital et Corporate Venture Capital, quelles différences ?

Le Venture Capital est le modèle le plus courant sur le marché du capital-risque, il correspond aux fonds d’investissements indépendants. Par le biais de Limited Partners (investisseur en capital d’un fonds, notamment des investisseurs privés, des investisseurs institutionnels ou des entreprises), ils reçoivent un capital qu’ils investissent ensuite dans un portefeuille d’entreprises. En échange de leur gestion et de leur expertise en matière d’investissement, les gestionnaires de fonds de Venture Capital prélèvent des frais de gestion et une participation significative aux bénéfices des investissements. Parmi les acteurs du Venture Capital les plus connus, on peut citer Sequoia Capital, Khosla Ventures, ou encore Accel.

 

Le second type de Venture Capital est le Corporate Venture Capital (CVC). Il s’agit de grandes entreprises qui dédient des équipes spécialisées dont la taille et le fonctionnement sont en général similaires aux fonds de Venture Capital. En revanche, les CVC sont composés dans la majorité des cas d’un seul et unique Limited Partner : l’entreprise elle-même.

Tout comme les fonds de capital-risque, les CVC investissent dans des startups à tous stades d’avancement. Néanmoins, ils privilégient davantage les investissements plus avancés tels que les séries A, B et C+ (voir graphique ci-dessous), notamment pour des raisons de synergies avec le groupe. Une information mise en exergue par Alliance Ventures (CVC de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi) : « Nous investissons principalement dans des startups un peu plus matures (Séries A & B), notre objectif étant de collaborer directement. ». Ainsi, en acquérant des parts de ces startups, le fonds de CVC cherche à obtenir un avantage concurrentiel par le biais de nouvelles idées, de nouveaux marchés et de nouvelles technologies.  De nombreuses entreprises ont ainsi décidé de se lancer dans le Venture Capital. Parmi celles-ci, on peut citer les plus connues : Google Ventures aux États-Unis, Samsung Ventures en Corée, Mitsui Global Investments au Japon et Axa Venture Partners en France.

 

Graphique étapes d'investissement Venture Capital
Source : Startup Freak

 

En fonction de ces différences, une startup qui lève des fonds doit choisir avec qui elle souhaite collaborer. Il sera important d’analyser l’impact de ce choix, que ce soit sur la gouvernance ou sur le développement futur de la startup. Comme l’a dit William Sahlman, enseignant émérite de Harvard Business School, « de qui vous obtenez des capitaux est souvent plus important que les termes. ».

LA4Lire aussi : Venture Capital & Private Equity : quelles différences ? Où postuler ?

 

Des objectifs et des enjeux différents

L’objectif des fonds de Venture Capital est clair : maximiser le rendement des investissements de leurs portefeuilles et satisfaire les attentes des Limited Partners. Ils se concentrent donc uniquement sur l’optimisation et la croissance des entreprises dans lesquelles ils investissent afin de prévoir une sortie optimale. Cette sortie est en moyenne prévue à un horizon de 3 à 10 ans, notamment dans le cas d’une entrée en bourse (IPO) ou d’une opération de fusion ou d’acquisition. De plus, la politique de gouvernance que le fonds va adopter dépend largement du deal et/ou du fonds d’investissements. En règle générale, les fonds de capital-risque préfèrent contrôler les investissements de leurs portefeuilles et souhaitent intervenir dans les processus décisionnels. Dans certaines situations, les fonds de capital-risque pourront même mettre à disposition leurs réseaux au profit des startups. Ils ont donc besoin d’un siège au conseil d’administration et travaillent en étroite collaboration avec l’équipe de direction de la startup.

 

Parmi les nombreuses opérations réussies des fonds de Venture Capital, un exemple remarquable est la prise de participation de Sequoia Capital dans Dropbox. Sequoia a commencé en 2007 par un premier investissement de 1,25 million de dollars puis a naturellement participé à une seconde levée de fonds de 6 millions de dollars en 2008. Près d’une décennie plus tard, la valorisation de Dropbox s’élevait à plus de 12 milliards de dollars lors de son entrée en bourse en mars 2018. A cette période, Sequoia Capital détenait près d’un quart de la société, soit un retour sur investissement d’environ 2 milliards de dollars.

 

Pour le Corporate Venture Capital, les rendements financiers ne sont pas le seul indicateur de performance. Les fonds de CVC vont également prendre en compte les enjeux stratégiques d’une prise de participation et n’auront pas nécessairement d’horizon d’investissement fixe. Ces enjeux apparaissent comme essentiels par les CVC, à l’instar d’Alliance Ventures qui déclare que 75% de leurs investissements sont considérés comme étant absolument stratégiques pour le groupe. Des enjeux qui se matérialisent notamment dans l’identification de nouvelles technologies, dans la diversification grâce à de nouveaux domaines d’activités ou encore dans une démarche d’« open innovation ». La mesure d’indicateurs difficilement quantifiables vient alors complexifier le calcul des rendements financiers. C’est pourquoi la direction utilise différents indicateurs tels que la mesure de l’impact que les startups auront en devenant des fournisseurs, ou encore l’analyse des programmes ou des partenariats qui seront mis en œuvre.

Pour les startups, les fonds de CVC présentent un autre avantage : la possibilité de profiter de leurs vastes réseaux et de la connaissance approfondie de leurs industries afin de mener les diligences d’opportunités d’investissements. Ainsi, ils pourront apporter aux startups une expertise du secteur, une image de marque et un accès à des clients potentiels grâce au réseau de la société mère.

Le modèle du Corporate Venture Capital a déjà fait ses preuves lors de multiples exemples de réussites à l’instar de l’actualité du fonds de Salesforce (leader du marché mondial des logiciels de gestion de la relation client). Lancé en 2009, Salesforce Ventures est un fonds qui investit dans des entreprises pour étendre les caractéristiques et les fonctionnalités des services de la société mère. Matt Garratt, Managing Partner de Salesforce Ventures, insiste sur l’importance des liens stratégiques sur l’ensemble de leurs investissements. L’année dernière, Salesforce a beaucoup investi en réponse à la crise de la COVID-19 et a réalisé d’importants bénéfices. Une de leur réussite est leur investissement en octobre 2018 dans la licorne Snowflake. Cette prise de participation a été réalisée conjointement avec Dragoneer Investment Group lors d’un tour de table de 479 millions de dollars. Lors de sa récente introduction en bourse en 2020, Snowflake a pulvérisé toutes les attentes du marché et de Salesforce en atteignant une valorisation de près de 70 milliards de dollars. Outre l’aspect purement financier, cet investissement avait des objectifs de synergie avec Salesforce, notamment sur l’amélioration des fonctionnalités de leurs services grâce à un important échange de données entre les plateformes du cloud.

 

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Le CVC, un modèle plébiscité

 

Baromètre Orange sur le CVC
Source : Baromètre CVC 2020 d’Orange Venture

 

Actuellement, le marché du capital-risque est largement prédominé par les fonds de Venture Capital. Néanmoins, l’importance des CVC a considérablement augmenté ces dernières années. Le baromètre CVC publié par Orange Venture Capital en juin 2020 nous indique que les montants, le nombre de deals et les parts de marchés du CVC ne cessent de croître par rapport au Venture Capital. Au niveau mondial le montant des investissements des CVC a quasiment doublé en deux ans passant de 31,6 milliards de dollars en 2017 à 55,7 milliards en 2018 pour finalement terminer à 57 milliards de dollars en 2019. Un phénomène tiré vers le haut par l’Europe où les entreprises continuent de rattraper leurs retards sur les États-Unis et l’Asie.  De plus, Orange Ventures nous indique que la part mondiale des investissements des CVC, par rapport à celle du Venture Capital, est passée de 21% en 2017 à 25% en 2019. Une augmentation expliquée par le nombre grandissant de fonds d’entreprise. En effet, en 2019, sur les 941 CVC qui ont été recensés comme actifs dans le monde, 75% d’entre eux ont été créés il y a moins de 5 ans. A titre indicatif, il existait seulement 773 CVC actifs en 2018.

 

Les fonds de CVC en France
Source : BPI France

 

CVC, de nouvelles opportunités de carrière ?

Le secteur du Venture Capital est un secteur très fermé qui n’offre que peu d’opportunités de carrières (voir article « Intégrer le monde très fermé du Venture Capital » d’AlumnEye). Par ailleurs, de nombreux candidats se concentrent uniquement sur les fonds de Venture Capital alors que les CVC représentent également une voie intéressante. Comme énoncé précédemment, le CVC est un élément de l’écosystème du capital-risque qui connaît une croissance rapide. C’est pourquoi il suscite un intérêt grandissant sur le marché du travail, où les candidats pourront trouver une première porte d’entrée dans le milieu du Venture Capital. Une dynamique confirmée par le rapport d’Orange Ventures concernant l’évolution de la structure des équipes des CVC français en 2019. Ces équipes sont désormais composées en moyenne de 8 collaborateurs (4 en fonction support et 4 chargés d’investir) et ont recruté en moyenne 2 nouveaux collaborateurs sur l’année 2019.

 

Par ailleurs, le CVC permet aux startups d’évoluer au sein d’un écosystème d’entreprises bien établi. Ce type d’environnement offre alors des possibilités de formation ainsi qu’une politique salariale dédiée au développement et à la rétention des talents. Outre l’équipe qui gère directement le CVC, de nombreux départements financiers et stratégiques travaillent conjointement avec le fonds d’entreprise. Pour une personne qui envisage de progresser, un début de carrière en CVC peut être un excellent tremplin pour explorer différentes parties du monde du capital-risque.

 

Le sujet de la rémunération est également une préoccupation régulièrement évoquée lors de la comparaison entre le VC et le CVC. Pour cause, une étude réalisée par la société de conseil Jody Thelander’s vient confirmer l’a priori selon lequel les fonds de Venture Capital reçoivent généralement des compensations plus importantes que celles des CVC. Dans le cas du capital-risque, la rémunération est composée d’un salaire, de bonus, et des carried interest (« intérêts portés » en français ; ils correspondent à la part des bénéfices d’un investissement reversée aux gestionnaires). Elle provient donc de prélèvements de frais de gestion annuels mais également d’importantes participations aux bénéfices en cas d’objectifs de rendements financiers atteints. Pour les CVC, la rémunération se présente sous une forme différente. Les équipes des fonds d’entreprise ont tendance à être rémunérées sous forme de salaire, de bonus plus faible, et parfois d’actions de la société mère. Par conséquent, leurs rémunérations sont davantage reliées aux performances de la société mère plutôt qu’aux performances réelles de leurs investissements. Une situation comparable aux rémunérations des professionnels du Private Equity et du Corporate M&A.

LA4Lire aussi : Zoom sur Georges Doriot : Père du capital-risque

 

Quel avenir à court terme pour le secteur ?

Les fonds de Venture Capital semblent avoir absorbé la crise de la COVID-19 et ont même réussi à saisir certaines opportunités. Un rapport publié trimestriellement par CBinsights et PwC nous indique que le financement mondial du capital-risque a augmenté de plus de 40 % au troisième trimestre 2020 par rapport au deuxième trimestre. En outre,  les montants des levées de fonds atteignent un record historique de 70 milliards de dollars au troisième trimestre 2020. Une situation expliquée par l’augmentation du nombre des levées de fonds de plus de 100 millions de dollars malgré une baisse du nombre global de transactions par rapport à l’année précédente. Cette augmentation des tours de tables de plus de 100 millions de dollars démontre que les acteurs du Venture Capital n’ont pas peur de parier sur des startups prometteuses. En effet, la crise de la COVID-19 a favorisé la digitalisation des entreprises et le développement de technologies adaptées aux restrictions sanitaires. Ces nouveaux besoins viennent donc favoriser le développement du secteur des technologies et expliqueraient l’augmentation des montants investis par le Venture Capital en 2020. Selon deux nouvelles enquêtes menées par Paul A. Gompers, professeur d’administration des affaires à Harvard Business School : « Seuls 10 % environ des entreprises de ce secteur souvent imprévisible ont été gravement touchées. »  Il ajoute : « Nous avons été surpris par le fait que l’industrie du capital-risque a été relativement peu touchée. […] Malgré l’incertitude économique, 91 % des investisseurs en capital-risque s’attendent à ce que leurs investissements surpassent les principaux indices boursiers à l’avenir, et ils continuent à financer de nouveaux projets. ». Ainsi, l’actualité laisse espérer de belles opportunités pour le secteur du capital-risque malgré le contexte de pandémie mondiale.

 

Léonard Chardin, contributeur du blog AlumnEye

 


Mug

Classement 2021 AlumnEye Junior ESSEC des fonds de Private Equity par les étudiants de Grandes Écoles

Les étudiants en école d’ingénieur sont-ils moins attirés par la finance que les étudiants en école de commerce ? Les étudiants en Grandes Écoles sont-ils sensibles aux critères ESG dans les fonds de Private Equity ? Les étudiants sont-ils motivés par les très hautes rémunérations, l’intérêt du métier ou plutôt son prestige ? Quels sont les 30 meilleurs fonds selon les critères qu’ont eux-mêmes mis en avant les étudiants de Grandes Écoles ? Quelle perception ont les étudiants de Grandes Écoles des fonds de Private Equity ? L’étude réalisée par AlumnEye et Junior ESSEC est l’occasion de répondre à toutes ces questions !

 

AlumnEye et Junior ESSEC, des partenaires de choix dans le monde du Private Equity 

AlumnEye et Junior ESSEC travaillent depuis plusieurs mois sur l’élaboration d’un classement des fonds de Private Equity selon les étudiants de Grandes Écoles.

AlumnEye, fondé par Michael OHANA en 2012, est la première structure française de préparation aux entretiens en Banque d’Affaires, Private Equity et Conseil en Stratégie. Fort d’un réseau de 4 000 alumnis et d’un savoir-faire qui s’enrichit depuis 9 ans, AlumnEye a diversifié son offre depuis 2017 en proposant des formations professionnelles et de la chasse de tête pour les fonds de
Private Equity.

Junior ESSEC, première Junior Entreprise au monde et représentée dans le cadre de l’élaboration de ce classement par Pierre ROUARD, Fabio RUSSO et Vincent LEGRAND, est un cabinet de conseil étudiant spécialisé dans la conduite de commercial due diligences (benchmark, customer survey, étude de marché) auprès des fonds de Private Equity ou des cabinets de conseil. Le cabinet travaille sur une quinzaine de deals par an, notamment en 2020 sur la cession des groupes AD Education et I@D. La réactivité des 16 consultants à temps-plein de Junior ESSEC et la disponibilité de plus de 2 000 étudiants chaque année pour réaliser des missions terrains permettent une forte plus-value en des temps très courts, principalement sur des mandats de buy-side en early-stage.

LA4Lire aussi : AlumnEye et Junior ESSEC signent un partenariat historique

 

Le classement repose sur un système de notation alliant notoriété et culture des fonds

Afin d’élaborer un classement le plus intéressant possible pour les étudiants, AlumnEye et Junior ESSEC ont décidé de combiner la notoriété des fonds à une seconde dimension essentielle : la culture et l’environnement de chaque fonds.

Ainsi, 626 étudiants provenant des 5 meilleures écoles de commerce (HEC, ESSEC, ESCP, EDHEC, emlyon), de 6 écoles d’ingénieur (Polytechnique, Centrale Paris, Mines Paris, Télécom Paris, Centrale Lyon et Ponts et Chaussées) et des 2 grandes universités Sciences Po et Dauphine ont été interrogés afin de renseigner les fonds qu’ils connaissaient le mieux, mais également afin de mettre en avant les critères prédominants dans le choix du fonds où mener leur carrière. Pour compléter ces données, 36 anciens stagiaires de fonds ont pu apporter un feedback sur leur propre expérience et une recherche documentaire a été conduite pour collecter les informations complémentaires. In fine, l’étude quantitative pèse pour 75% de la notation finale, l’étude qualitative pour 14% et la recherche documentaire pour 11%.

 

Tableau méthodologie d'élaboration du classement
Fig. 1 : Méthodologie d’élaboration du classement

 

Les fonds qui ont été listés dans le cadre de ce classement sont ceux ayant réalisé au moins un deal en France en majoritaire depuis octobre 2017, et qui ont soit un minimum de deux milliards d’euros d’AUM, soit levé plus d’un milliard d’euros pour leur dernier fonds. Ainsi, 55 fonds ont été sélectionnés dans le cadre de ce classement. Si certains fonds n’ont pas été classés cette année et satisfont aux critères d’éligibilité, nous serions ravis de les intégrer dès l’an prochain au classement 2022.

 

Cette étude met en lumière plusieurs avis tranchés des étudiants sur ce secteur

L’élaboration de ce classement fut l’occasion de conduire une étude d’opinion plus large sur le secteur du Private Equity auprès des étudiants. Si l’on compare les ingénieurs aux business schools, les étudiants en école d’ingénieur sont moins intéressés par le Private Equity que les étudiants en école de commerce (44% contre 77%). Concernant leurs motivations respectives, la rémunération est le principal critère d’attractivité chez les ingénieurs, tandis que l’intérêt du métier est davantage mis en avant en école de commerce.

 

Graphique Critères d’intéressement des étudiants pour le Private Equiy (école de commerce vs. école d’ingénieur)
Fig. 2 : Critères d’intéressement des étudiants pour le Private Equiy (école de commerce vs. école d’ingénieur)

 

En outre, seulement 57% des étudiants considèrent que l’engagement et la communication active d’un fonds sur sa stratégie RSE-impact est un critère important lors du choix d’un fonds de Private Equity.

 

Graphique - Engagement et communication active d’un fonds sur sa stratégie RSE-Impact
Fig. 3 : Engagement et communication active d’un fonds sur sa stratégie RSE-Impact

 

Un autre chiffre intéressant concerne la parité homme-femme. En effet, seulement 44% des étudiants de Grandes Écoles considèrent que la parité homme-femme est un critère important dans leur choix d’un fonds en Private Equity.

 

Graphique - Importance de la parité homme-femme dans le choix d’un fonds de Private Equity
Fig. 4 : Importance de la parité homme-femme dans le choix d’un fonds de Private Equity

 

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Les étudiants, trop chauvins avec les fonds « français » ?

Le Classement 2021 AlumnEye Junior ESSEC des fonds de Private Equity par les étudiants de Grandes Écoles synthétise et explicite la perception qu’ont les étudiants de Grandes Écoles sur les fonds de Private Equity.

L’analyse de 13 critères multidimensionnels permettant d’évaluer les fonds, non seulement sur leur notoriété mais aussi sur des critères culturels ont permis à AlumnEye et Junior ESSEC d’établir un classement des principaux fonds de Private Equity selon les étudiants de Grandes Écoles. Ce classement est le fruit d’une étude complète qui met en avant la représentation que se font les étudiants de Grandes Écoles des fonds de Private Equity.

 

Tableau Classement final AlumnEye Junior ESSEC des 30 premiers fonds de Private Equity
Fig. 5 : Classement final AlumnEye Junior ESSEC des 30 premiers fonds de Private Equity

 

Ce classement révèle en premier lieu que les fonds dont le headquarter est situé en France sont plus facilement plébiscités par les étudiants. Ardian, mais également PAI Partners, Eurazeo et Apax se sont révélés très attractifs et se placent devant des fonds plus prédominant à l’échelle internationale tels que Cinven, Advent, CVC, Apollo ou encore TPG et Warburg Pincus qui ne sont même pas dans le Top 30. Par exemple, un fonds français tel que Latour Capital, créé en 2011 et à la croissance certes importante, se place cette année devant BC Partners, un fonds plus mature et expérimenté mais moins connu de fait des étudiants en France.

LA4Lire aussi : Derrière les chiffres, Bain & Co décrypte une année sans précédent pour le Private Equity

 

Un deuxième enseignement du classement réalisé par AlumnEye et Junior ESSEC est que le branding du fonds est un critère très important pour les étudiants. À cet égard, les fonds bénéficient de la notoriété des marques auxquelles ils sont associés, notamment Goldman Sachs Merchant Banking (PIA), Rothschild Five Arrows et Bain Capital qui sont respectivement classés 3ème, 4ème et 5ème.

Enfin, en termes de disparité, le tandem Blackstone et Ardian domine très largement le classement. Blackstone bénéficie d’une notoriété sans commune mesure tout en étant l’un des fonds les plus actifs (ces deux éléments se complétant, le fonds se place largement à la première place). Ardian, le fonds de la place Vendôme, se classe deuxième, devant Goldman Sachs Merchant Banking Division (PIA).

 

Accéder à l’étude complète

Si vous souhaitez approfondir ces différents éléments et découvrir l’étude complète (témoignages d’anciens stagiaires, NPS de chaque fonds, préférences des étudiants, etc.), vous pouvez télécharger l’étude complète ci-dessous :

 


Femme de dos expliquant un problème mathématique sur un tableau en ardoise

Record historique de l’Argos Index : un avenir radieux pour le non-coté ?

Référence sur le non-coté, l’Argos Index mesure l’évolution de la valorisation des PME non cotées de la zone euro. Cet indice est publié trimestriellement et recense les acquisitions de sociétés du secteur mid-market. Au lendemain d’une année dont on ne cessera de rappeler la singularité, il est important d’analyser l’état actuel des marchés mondiaux. Si les indices boursiers continuent de faire l’actualité, il convient également de s’intéresser au non-coté. C’est là qu’intervient l’indice conçu par Argos. Retour sur les résultats du quatrième trimestre de 2020.

 

Un trimestre au sommet ?

L’année 2020 finit sur les chapeaux de roue pour le mid-market avec une hausse historique de l’Argos Index qui atteint 11,1 fois l’EBITDA. En dépit d’une activité M&A faible sur le mid-market, tous les indicateurs vont croissant. Plusieurs facteurs expliquent cette réussite : tout d’abord, l’annonce des vaccins contre la COVID-19 fait espérer un rebond de la croissance économique ; et l’intervention des banques centrales a rassuré les investisseurs. Il faut également remarquer que les opérations référencées dans l’Argox Index sur cette période sont issues des secteurs de la santé et de la technologie, non seulement épargnés par la crise mais favorisés par celle-ci.

 

Graphique multiple médian EV/EBITDA sur 6 mois glissants

 

Sur ce graphique fourni par Argos, on observe l’importante reprise de l’indice après une sévère chute au début de l’année 2020. On remarque ici que la baisse du premier semestre 2020, bien que significative, n’a pas été catastrophique. La baisse de confiance et l’incertitude liée à la crise sanitaire ont ralenti le marché mais ne l’ont pas arrêté, le multiple est descendu à un niveau semblable à celui du début de l’année 2018. En revanche, la reprise a été fulgurante et témoigne d’une confiance résolue en un retour à la croissance en 2021.

LA4Lire aussi : Private Equity, dette privée et infrastructure : le non coté comme classe d’actifs

 

Une reprise principalement permise par les grosses opérations, le témoin d’un succès de façade ?

Toujours selon Argos, la fin de l’année 2020 a atteint des niveaux jamais vus depuis 2004. La forte concurrence avec les acquéreurs stratégiques sur les sociétés non affectées par la crise, la progression constante des investissements dans le Private Equity et l’accès à la dette favorisé par la politique agressive des banques centrales visant à maintenir des taux d’intérêt bas, sont autant de raisons qui expliquent ces résultats. C’est même la première fois que les multiples payés par les fonds d’investissement ont été décuplés, comblant ainsi l’écart avec ceux payés par les acquéreurs stratégiques.

 

Graphique Valeur d'entreprise / EBITDA historique

Ici, il est aisé d’observer le regain soudain des multiples payés par les fonds d’investissement survenu pendant le dernier trimestre 2020. Alors que le début de l’année avait vu l’écart se creuser entre les multiples payés par les fonds d’investissement et ceux payés par les acquéreurs stratégiques, les fonds d’investissement ont très rapidement rattrapé leur retard et ont même fini par dépasser les acquéreurs stratégiques.

 

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Le second semestre 2020 a permis aux sociétés cotées et non cotées de procéder à des acquisitions opportunistes. En effet, grâce à l’environnement favorable de la fin d’année, les sociétés ont pu bénéficier d’un accès facilité au financement et la remontée rapide du marché des actions leur a permis de voir leurs valorisations en hausse. Toujours sur ce même semestre, la part des opérations avec des multiples 15 fois supérieurs à l’EBITDA retrouve son niveau du deuxième semestre 2019. Pourtant, cette hausse de l’Argos Index prend place dans un contexte de faible activité M&A mid-market. Sur l’ensemble de l’année 2020, l’activité M&A mid-market a chuté de 15% en volume et de 36% en valeur. La récession économique et l’incertitude causée par la crise sanitaire liée à la COVID-19 ont fortement affecté l’activité mid-market et le 4e trimestre est difficilement parvenu à remonter la pente. Si en valeur le mid-market est en hausse de 47%, ce qui lui permet de retrouver son niveau au 4e trimestre 2019, le volume reste en baisse de 13% par rapport au 3e trimestre 2020. Il convient également de remarquer que 50% de l’ensemble des vendeurs dans les opérations mid-market étaient des personnes physiques. Selon Argos, sur cette période, les corporates ont été bien moins actifs dans leurs processus de carve-out.

 

Graphique activité mid-market de la zone euro

Si en valeur l’activité mid-market de la zone euro a retrouvé un niveau convenable, en volume elle reste en-deçà de la normale. Comme on peut l’observer sur ce diagramme, le secteur semble avoir été porté par les grosses opérations sur cette période.

 

LA4Lire aussi : Derrière les chiffres, Bain & Co décrypte une année sans précédent pour le Private Equity

 

Si en apparence, le record historique de l’Argos Index redonne confiance et permet d’espérer une reprise économique conséquente pour l’année 2021, il faut relativiser. Tout d’abord, les niveaux atteints par les multiples du 4e trimestre 2020 s’expliquent principalement par une suspension de l’activité et des opérations du mid-market après la période d’incertitude provoquée par la pandémie de COVID-19. Ensuite, la reprise économique est en grande partie due aux grosses opérations. En effet, en volume l’activité reste plus faible comparé aux niveaux antérieurs. Dès lors, si l’heure est à l’optimisme sur les marchés financiers concernant l’année 2021, il convient de rester mesuré et prudent.

 

Sam M’TAR, étudiant à Grenoble École de Mangement et responsable éditorial du blog AlumnEye


Petit garçon assis au coin d'un ring de boxe

Derrière les chiffres, Bain & Co décrypte une année sans précédent pour le Private Equity

« There is no new normal. » C’est en ces termes que Hugh MacArthur, directeur international du Private Equity chez Bain & Company, débute le rapport annuel du cabinet de conseil en stratégie leader sur l’industrie du capital-investissement. 2020 a non seulement bouleversé le monde de la finance, mais toute la société, et en ce mois de mars 2021, l’heure est au bilan. À l’aube de la crise sanitaire liée à la COVID-19, les analogies pleuvaient pour mieux prévoir et se prémunir des effets néfastes de ce virus sur l’économie mondiale. Or, aujourd’hui, force est de constater que nul évènement passé, pas même la crise de 2008, ne peut aider à comprendre et entrevoir le futur de cette pandémie. Néanmoins, il n’est pas question de sombrer dans le pessimisme ou dans un dangereux fatalisme. Comme l’explique ce rapport, si l’année 2020 a effrayé les marchés, elle a surtout démontré leur résilience. Il est désormais temps de laisser place à une année 2021 dont les promesses seront à la hauteur des enseignements retenus.

 

Le Private Equity en 2020 : un rope-a-dope gagnant face à la COVID-19 ?

Si la COVID-19 occupe légitimement les esprits de chacun depuis plus d’un an, il convient de ne pas oublier que le virus n’a pas été la seule actualité de 2020. En effet, l’année a débuté par des manifestations et un mouvement d’indignation contre les brutalités policières et le racisme systémique aux États-Unis. Et elle s’est conclue par une élection amèrement contestée par des Trumpistes revanchards ayant projeté leur désespoir sur le Capitole, symbole d’une Amérique déchirée. Certes, il serait réducteur de voir les États-Unis comme le nombril du monde ; en revanche, Wall Street demeurant l’épicentre des marchés financiers, il serait absurde de ne pas en tenir compte. Les chiffres sur le Private Equity donneront raison à la seconde affirmation. Comme en témoigne le rapport de Bain & Company, les mois d’avril et mai ont plongé l’activité du capital-investissement dans des profondeurs abyssales, pendant que les gouvernements annonçaient tour à tour le confinement. Cependant, bien que le nombre total de deals restait à un niveau très faible toute l’année, leur valeur a fortement repris lors du troisième trimestre. Si bien que le deuxième semestre 2020 a fait aussi bien que tout autre semestre dans les dernières décennies. De plus, il ne faut pas occulter un autre fait : cette baisse de 24% en 2020 trouve également sa source en un report et une suspension de plusieurs deals. Ainsi, la forte reprise économique du début de l’année 2021 aura très certainement un fort effet positif sur le nombre de deals et conduira potentiellement à la poursuite de deals dans les secteurs les moins affectés, voire ceux qui ont été favorisés, par la crise de la COVID-19.

 

Graphique PE 2020

On remarque ici que la récession causée par la COVID-19 est à relativiser. De fait, en prenant du recul sur la situation, on observe que les chiffres ne tombent pas à un niveau extrêmement comparé aux situations antérieures de la dernière décennie. La valeur des sorties maintient même son cap depuis 2016 avec 400 milliards de dollars malgré une baisse du nombre d’opérations passant de 1250 à 1000 sur la même période.

 

Graphique PE Bain & Co résultats trimestriels 2020

Sur ce deuxième graphique, on comprend mieux l’évolution des flux financiers en 2020. Si les opérations ont bien chuté lors du deuxième trimestre 2020, le second semestre a surcompensé ces pertes. Ce regain est particulièrement visible au niveau des investissements : leur valeur a triplé du deuxième au troisième trimestre, et elle a augmenté de 65% du troisième au quatrième trimestre. En revanche, le nombre de deals demeure à un niveau plus faible que les années précédentes même après ce regain.

 

 

La crise de la COVID-19 n’est semblable à aucune autre. Là où le S&P 500 a mis 7 ans à retrouver son niveau après sa chute durant la crise de 2008, ce même indice a récupéré ses pertes en 150 jours et a terminé l’année en étant 16% supérieur à son niveau initial. Selon Bain & Company, plusieurs facteurs expliquent cette courbe en V. Tout d’abord, le Private Equity est resté sur sa faim pendant le premier semestre 2020 donc les Partners étaient plutôt enclins à investir. La croissance explosive des SPACs sur la même année explique aussi ce regain avec 40 milliards de dollars investis. Si la confiance était moindre lors de cette période d’incertitude, les aides financières colossales déployées par les banques centrales aux États-Unis et en Europe ont considérablement inversé la tendance. Cependant, certaines questions restent entières. Premièrement, jusqu’à quand les politiques monétaires et fiscales pourront cacher les dommages structurels connus par les économies mondiales ? Ensuite, on remarque que les valorisations actuelles des entreprises laissent une très mince marge d’erreur aux investisseurs. Les actions dans certains secteurs, tels que la technologie, sont à leur apogée, ou en sont proches. Les fonds d’investissement doivent donc redoubler d’ingéniosité pour trouver le bon équilibre au sein de leur portefeuille. Par conséquent, les entreprises nécessitent une connaissance méticuleuse de chaque secteur et sous-secteur dans lesquels elles investissent. Enfin, la crise de la COVID-19 a de nouveau montré l’urgence d’accélérer la transition digitale au sein des fonds de capital-investissement. En effet, l’industrie du Private Equity n’est pas aussi efficace qu’elle pourrait l’être. Il faut repenser son modèle en limitant l’utilisation du papier, ainsi que les réunions et les vols en avion inutiles.

 

LA4Lire aussi : Private Equity et Coronavirus : quels impacts ?

 

Être rentable en temps de crise : le pari gagné des fonds de Private Equity

Au demeurant, Bain & Company tient à souligner la force du Private Equity qui est parvenu à surmonter cette crise. Les fonds ont su s’adapter en se préparant prudemment à la récession induite par la COVID-19 et en se concentrant sur les valeurs durables et sûres de l’économie. La capacité à pivoter a d’ailleurs été cruciale dans la survie de nombreuses entreprises. La pandémie a mis en lumière l’incohérence d’une catégorisation excessive en secteurs, tant les industries spécialisées sont parvenues à travailler en réseaux. Riche en sous-secteurs, la technologie en est l’expression la plus significative, mais les secteurs de la santé ou de la finance sont également des exemples de domaines prisés par les fonds de Private Equity pour leur polyvalence.

 

Diagramme par secteurs d'investissement PE 2020

Grâce à ce diagramme, il est frappant d’observer la part grandissante occupée par le secteur de la technologie au sein des deals en Private Equity : en dix ans, elle est passé de 20% à 30% des deals. Cela témoigne donc du fort intérêt que revêt la Tech pour les investisseurs.

 

Diagramme sous-secteurs d'investissement PE 2020

Mais la spécialisation ne s’arrête pas aux grands secteurs, au sein même de ces derniers, les investisseurs tendent à privilégier certains sous-secteurs. De fait, les parties software et IT services représentent à elles seules 70% des investissements dans la Tech.

 

Les sorties en 2020 ont suivi le même schéma que les investissements. Au printemps, les acheteurs et les vendeurs ont botté en touche pour ensuite se montrer extrêmement actifs dès le second semestre. Ensuite, s’il n’était pas surprenant d’observer que de nombreux General Partners craignaient de voir la crise de la COVID-19 mettre fin à l’âge d’or de la levée de fonds en Private Equity, la suite des évènements leur a donné tort. Au niveau mondial, les fonds levés ont culminé à 989 milliards de dollars, en baisse face au record de 2019 qui s’élevait à 1,09 billion de dollars. Une baisse à relativiser car ce montant représente tout de même le troisième le plus élevé de l’histoire, d’autant plus qu’il ne comprend pas les 83 milliards de dollars levés pour les SPACs avec lesquels il grimpe à la seconde place. Il est clair que les Limited Partners continuent de voir le Private Equity comme un refuge dans la tempête. Si le mois d’avril a mis le secteur en pause, la reprise lui a redonné confiance et celle-ci semble avoir été prolongé jusqu’en 2021. En revanche, les Limited Partners sont infiniment plus sélectifs quant aux fonds dans lesquels ils décident d’investir.

 

Graphique résultats sondages LP PE 2020-2021

Les résultats de ce sondage sont unanimes, les Limited Partners continuent de faire confiance au Private Equity, même en temps de crise. 77% d’entre eux pensent même que le capital-investissement va dépasser les attentes en 2021.

 

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Il ne faut pas simplifier outre-mesure en affirmant qu’il suffit d’investir dans le bon secteur pour espérer d’importants retours sur investissement, mais les résultats montrent qu’investir dans un secteur fort a tendance à mener au succès d’un deal. Quand la technologie et les services financiers ont explosé, la grande consommation, l’énergie, l’industrie et la santé ont plongé. À titre d’exemple, la grande consommation a baissé de 28% sur la période contre une hausse de 27% pour la technologie en termes de MOIC (Multiple on Invested Capital) médian. Afin de tirer son épingle du jeu en temps de crise, il convient donc de développer une connaissance profonde des dynamiques du secteur et de définir comment une entreprise donnée peut tourner la situation à son avantage.

 

Une crise qui appelle à la prise en compte des critères ESG

Comme en témoigne le rapport de Bain & Company, la société et les acteurs du Private Equity appellent à un comportement plus durable et conscient mais tant qu’aucune preuve tangible du lien entre critères ESG et gains financiers ne sera fournie, le scepticisme demeurera parmi les investisseurs. Il n’est pas aisé de cerner le domaine ESG, d’autant que de multiples entreprises utilisent ce label pour certifier des initiatives qu’ils auraient menées quoi qu’il en soit. Mais ce n’est pas toujours le cas. TPG a, par exemple, adopté les principes ESG en interne et à l’intérieur de ses portefeuilles. Sur les 431 fonds de Private Equity recensés par les Principes pour l’Investissement Responsable (PRI) – un réseau d’investisseurs soutenu par les Nations Unies – seuls 16 tiennent compte des critères ESG et parmi eux, seule la moitié les utilise comme des critères de surveillance des entreprises de leurs portefeuilles. CVC est l’un des fonds qui ne voient pas les critères ESG comme une fin en soi, au contraire ils tendent à l’intégrer à leur analyse comme un moyen de créer de la valeur. Pour paraphraser Jean-Rémy Roussel, Managing Partner chez CVC, il n’agit pas de se conformer à la régulation mais de saisir cette opportunité. Le fonds a ainsi développé une approche systémique pour intégrer les critères ESG à leurs plans de création de valeur. Il a d’ailleurs utilisé cette approche pour acquérir Žabka, une chaine de magasins polonaise en 2017. D’une manière générale, les employés soutiennent l’utilisation des critères ESG et certains considèrent que c’est un prérequis indispensable pour travailler au sein d’une entreprise. Les Limited Partners, quant à eux, sont de plus en plus nombreux à réclamer l’intégration des critères ESG par les fonds de Private Equity. Chez les banquiers, les critères ESG rassurent et sont considérés comme moins risqués. Enfin, auprès des instances de régulation, la situation diffère entre l’Europe et les États-Unis. De fait, en Europe les régulateurs sont plus actifs avec la taxonomie de l’Union européenne (EU taxonomy). Il s’agit d’un système de classification établissant une liste des activités économiques durables et respectueuses de l’environnement. Elle entrera en vigueur en décembre 2021, ce qui oblige les fonds de Private Equity à s’occuper plus sérieusement des critères ESG. À l’inverse, aux États-Unis, le Ministère du Travail a refusé d’intégrer des principes non-financiers, sous-entendu les critères ESG, dans les choix d’investissement. Tant qu’il n’y aura pas de preuve de la rentabilité des critères ESG, le scepticisme perdurera. Néanmoins, la transition est en cours et le marché en tient compte progressivement.

LA4Lire aussi : Le Private Equity à l’assaut de l’Investissement Socialement Responsable

 

Quel futur pour les fonds de Private Equity ?

Deux enseignements majeurs ressortent de la crise sanitaire liée à la COVID-19 : il est nécessaire de tendre vers une croissance plus durable et socialement acceptable ; pour investir, il faut avoir une connaissance parfaite de l’économie et de ses dynamiques sectorielles. Dès lors, une question se pose : les fonds de Private Equity doivent-ils se réinventer à l’aune d’une tendance à l’hyperspécialisation ? Depuis plus de 30 ans, les opérations de LBO ont été au centre de l’industrie du capital-investissement. Mais lors de ces dix dernières années, elles ont vu leur place s’éroder. Les LBO restent la plus grande catégorie de l’industrie mais leur part d’actifs diminue. Selon Bain & Company, les fonds de LBO possédaient 41% des AUM (assets under management) en 2020, contre 62% en 2010. Pendant des années, pour gagner en valeur, un fonds devait faire un maximum de LBO partout où il y avait des opportunités. Néanmoins, dès lors que l’industrie a progressé et s’est diversifiée, les fonds ont développé une expertise dans certaines industries ou zones géographiques.  Ce phénomène s’est accéléré durant les cinq dernières années : avec la croissance des AUM, la compétition pour les actifs et la montée des prix, les fonds de Private Equity ont commencé à développer des analyses plus poussées et une meilleure stratégie, tout en recrutant les plus grands talents. La préférence pour les fonds spécialisées a conduit l’industrie à une mutation : les Limited Partners investissent dans des fonds de growth equity, tactical oppotunity, long-hold ou encore des fonds à impact. Le marché réclame de nouveaux moyens de trouver et de créer de la valeur, comme en témoigne la récente explosion des SPACs. Ainsi, l’enjeu pour les fonds de Private Equity est de définir ce qui va leur permettre de sortir du lot. Or, les acteurs du capital-investissement ont justement construit une industrie au sein de laquelle le statu quo n’est jamais la norme.

 

 

 

Non sans rappeler la lettre aux investisseurs du PDG de BlackRock, le rapport 2021 de Bain & Company sur le Private Equity fait le bilan d’une année qui aura profondément marqué les esprits et impacté les marchés. La crise de la COVID-19 ne s’est pas contentée de mettre en lumière les faiblesses de l’économie mondiale, elle est parvenue à démontrer la résilience de ses acteurs. En revanche, si l’impact n’a pas été aussi terrible que le présageaient les ternes mois de mars et avril, beaucoup de leçons restent à tirer de 2020. Alors que la concurrence s’intensifie au sein d’une industrie du capital-investissement qui rassure et attire, ses acteurs doivent s’adapter et leur spécialisation croissante en est l’illustration. Longtemps sous-estimés et encore négligés aujourd’hui, les critères ESG doivent être pris au sérieux. La société est en profonde mutation et les préoccupations environnementales et sociales doivent être érigées au même rang que les préoccupations économiques. La crise de 2020 a montré les faiblesses structurelles des marchés mondiaux, il s’agit désormais d’en tirer des enseignements durables. Après la stupeur et l’émoi, il est temps de laisser place au courage et à la responsabilité de chacun.

 

 

Retrouvez le rapport complet « Global Private Equity Report 2021 » sur le site internet de Bain & Company

 

Sam M’TAR, étudiant à Grenoble École de Management et responsable éditorial du blog AlumnEye


Plusieurs coquilles d'oeufs vides

La popularité des SPACs aux États-Unis s’étend désormais en France

SPAC. Voilà un mot bien étrange que vous n’aviez peut-être jamais entendu, du moins pas avant un évènement récent qui a fait la une de la presse française. Le 29 novembre 2020, Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari, trois hommes d’affaires de renom, ont annoncé leur projet de créer une entreprise centrée sur les biens de consommation bio et durables. Cette entité, prénommée 2MX Organic, est cotée en Bourse depuis le 9 décembre 2020, après avoir réussi à lever 300 millions d’euros en seulement quelques jours. Comment ces trois hommes ont réussi à coter une entreprise sans activité en si peu de temps ? C’est là toute la magie d’un SPAC.

 

SPAC est un acronyme issu de l’anglais qui signifie « Special Purpose Acquisition Company » (Société d’Acquisition à Vocation Spécifique en français). C’est avant tout un moyen rapide et peu coûteux de rendre une entreprise publique, c’est-à-dire de la coter en Bourse. Le mécanisme est le suivant : les sponsors créent le SPAC, c’est-à-dire une « coquille vide » sans activité et sans actifs. Ils fixent ensuite le montant qu’ils souhaitent lever, par exemple 100 millions d’euros. Ce montant est levé via un processus d’entrée en Bourse (IPO) où tout le monde peut souscrire pour acheter des parts du SPAC. Le prix de l’action est souvent fixé à 10$ aux US, et 10€ en France. Une fois l’argent levé, le SPAC devient alors une entreprise publique dotée d’importants fonds propres. Ses sponsors vont ensuite chercher une entreprise privée à racheter via le SPAC, ce qui permettra de coter cette dernière sur les marchés financiers. Mais pour mieux comprendre les SPACs, mieux vaut les comparer aux différents moyens alternatifs de coter une entreprise, c’est-à-dire d’ouvrir son capital à tous les investisseurs.

 

Les différents moyens de coter une entreprise en Bourse

 

  • L’Offre Publique Initiale (Initial Public Offering – IPO)

 

L’IPO est un processus intéressant pour une entreprise en forte croissance qui souhaite lever des fonds auprès de nouveaux investisseurs. En effet, les investisseurs individuels ne disposant pas d’un capital très important connaissent des difficultés à investir dans les entreprises non cotées. Ils pourraient approcher des fonds de Private Equity ou de Venture Capital, mais ces derniers exigent à leurs Limited Partners de placer des montants conséquents (plusieurs dizaines de milliers d’euros) et le capital est bloqué pendant une durée assez longue (environ 5 ans pour le Private Equity, 8 ans pour le Venture Capital). À l’inverse, il est assez facile pour n’importe qui d’investir dans une entreprise cotée en Bourse : il suffit d’ouvrir un compte titres dans une banque ou chez un courtier, et on peut ensuite acheter et vendre des actions librement. Certains intermédiaires financiers comme Revolut Trading proposent même l’achat d’actions fractionnées. Tout un chacun peut alors acheter une fraction d’une action dès 1$ d’investissement. Ainsi, une entreprise en forte croissance a tout intérêt à être cotée en Bourse. D’après CNBC, la vente de 51.3 millions d’actions lors de l’IPO de AirBnB a permis à l’entreprise phare du logement de lever 3.75 milliards de dollars. Dès lors, les entreprises peuvent lever des montants conséquents directement par les particuliers, ou indirectement via les fonds d’Asset Management.

 

Une IPO est un processus à la fois rigoureux et coûteux : l’entreprise se doit de respecter de nombreux standards fixés par la loi et doit engager de nombreux experts, parmi lesquels une banque d’investissement et un cabinet d’avocats. Selon l’article du cabinet KPMG A guide of going public, engager ces différents acteurs coûte à l’entreprise 7 à 10% du capital levé. Pour l’IPO de Facebook en 2012 par exemple, cette commission s’élevait à environ 1,6 milliard de dollars soit 10% des capitaux levés. Le processus entier dure de 6 à 9 mois, ce qui peut être long pour une entreprise souhaitant lever du capital rapidement. C’est pourquoi il existe des alternatives à l’offre publique initiale.

 

  • L’Inscription Directe

 

Si une entreprise ne souhaite pas créer de nouvelles actions, mais plutôt permettre à ses actionnaires de vendre leurs actions au grand public, elle peut s’engager dans une inscription directe. En effet lors d’une IPO, de nouvelles actions sont créées par l’entreprise et mises sur le marché, ce qui diminue potentiellement la part de propriété des actionnaires déjà investis dans l’entreprise. Lors d’une inscription directe, seules des actions déjà existantes (outstanding shares) sont vendues. Ainsi, les investisseurs qui ne souhaitent pas vendre leurs parts conserveront la même proportion du capital de l’entreprise.

 

L’inscription directe permet également d’économiser des frais importants. Dans une IPO, l’entreprise doit notamment engager des souscripteurs chargés d’évaluer et de garantir le risque financier lié à l’opération. Ces souscripteurs sont généralement des banques d’investissement, et travaillent avec le management de l’entreprise pour s’assurer que certaines contraintes légales et financières sont respectées. Les banquiers vont également contacter des investisseurs potentiels (fonds de pension, fonds communs, compagnies d’assurances) pour avoir une idée de la demande en actions proposées à la vente. Ensuite, la banque va déterminer un prix et garantir qu’un certain nombre d’actions seront achetées. Ainsi, le souscripteur réduit le risque de l’offre initiale. Cependant, il prend une commission sur les montants levés. Grâce à l’inscription directe, il est donc possible d’économiser ces frais.

 

Ainsi, l’inscription directe est un processus plus rapide et moins coûteux, qui permet aux actionnaires de conserver leur pourcentage initial du capital s’ils ne vendent pas d’actions. Cependant, il y a un risque : celui de ne pas réussir à vendre autant d’actions qu’espéré. C’est la raison pour laquelle les entreprises qui s’engagent dans une inscription directe sont généralement déjà très renommées avant même d’entrer en Bourse. Par exemple, Spotify est devenue publique en 2018 via une inscription directe.

 

  • L’adjudication à la hollandaise (Dutch Auction)

 

Une entreprise qui ne souhaite pas fixer elle-même le prix des actions qu’elle veut vendre peut opter pour une adjudication à la hollandaise. Elle espère ainsi éviter les fluctuations extrêmes du prix de son action suite à sa cotation en Bourse. En général, on observe communément des fluctuations importantes du prix des actions juste après les IPO. Ce phénomène, appelé « aftermarket performance » en anglais, est alimenté par un phénomène de spéculation intense autour de la valeur réelle de l’action. Ce genre de phénomène peut desservir l’entreprise, qui peut être perçue comme peu performante si le prix de son action s’écroule brutalement. L’adjudication hollandaise a donc pour but de fixer un prix au plus près des attentes réelles du marché.

 

Dans ce processus, la valeur de chaque action n’est pas fixée et ce sont les investisseurs qui proposent un prix certain d’achat. Une fois qu’il y a suffisamment de propositions d’achat au-dessus d’un montant minimum fixé au préalable, les actions sont attribuées aux investisseurs au prix le plus bas parmi toutes les propositions valides. Cependant, les actions sont attribuées en priorité aux investisseurs ayant proposé le montant le plus élevé. L’objectif est double : démocratiser l’accès aux actions et minimiser la différence entre le prix de l’offre initial et le cours de bourse. Google est le plus célèbre exemple d’entreprise entrée en Bourse via une adjudication à la hollandaise, le 19 août 2004. En effet, après la bulle internet de 2000, ce géant de la Tech voulait éviter un « effet bulle » sur le prix de son action une fois qu’elle serait cotée en bourse.

 

LA4Lire aussi : Le constructeur Tesla mérite-t-il l’engouement boursier qui l’entoure ?

 

  • La fusion inversée (Reverse Merger) et le SPAC

 

La fusion inversée est une autre façon de coter une entreprise en bourse en se passant des banques d’investissement et de leurs commissions importantes. Elle consiste à faire racheter l’entreprise privée par une entreprise publique qualifiée de dormant en anglais (c’est-à-dire une compagnie sans activités et sans actifs). La fusion d’une entreprise privée avec une entreprise publique permet à cette dernière de devenir également publique.

 

Dans le cas d’un SPAC, il s’agit de faire l’IPO d’une « coquille vide » qui a des liquidités importantes mais pas d’activité ni de dettes. Si les sponsors du SPAC sont des hommes d’affaires reconnus dans leur milieu avec un historique de succès, ils n’auront pas de mal à lever plusieurs centaines de millions d’euros (voire plusieurs milliards). La « coquille vide » désormais publique cherche ensuite une entreprise à racheter avec l’argent levé. Une fois la perle rare trouvée, le SPAC public réalisera son acquisition, et l’entreprise privée cible deviendra publique.

 

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Pourquoi le SPAC est une étoile montante

 

Le SPAC est synonyme d’incertitude mais offre tout de même des avantages non négligeables aux investisseurs. Une fois l’argent levé, il est placé dans un trust qui verse des intérêts chaque année à ces derniers. Si aucune entreprise n’est acquise par les dirigeants du SPAC après un certain temps (typiquement deux ans), les investisseurs peuvent récupérer leur placement. Tout achat d’entreprise doit être approuvé par la majorité des actionnaires. Enfin, les actionnaires qui investissent lors de la formation des SPACs ont la possibilité d’acheter des actions dans le futur a un prix prédéterminé, ce qui leur permet de s’enrichir considérablement en cas de succès boursier de l’opération.

 

D’autre part, il existe une dimension psychologique qui pourrait expliquer l’engouement pour les SPACs. Accepter la proposition d’un homme d’affaires célèbre qui cherche à lever via un SPAC permet de connaître l’excitation du lancement d’un nouveau projet risqué mais potentiellement révolutionnaire. C’est presque comme si Elon Musk vous proposait d’être son associé pour une nouvelle start-up ! Comment refuser ?

 

En 2020, les SPACs à travers le monde ont levé 82 milliards de dollars selon le Wall Street Journal: un record historique. Des personnalités célèbres comme Paul Ryan, ancien président de la chambre des représentants ou William Ackman, célèbre milliardaire américain, ont lancé des SPACs. En particulier, M. Ackman a réussi à lever 4 milliards de dollars le 22 juillet 2020, ce qui représente le plus grand montant historique levé par un SPAC.

 

Même si le SPAC est populaire, on peut le considérer comme assez exclusif. En effet, convaincre des investisseurs de lever des fonds dans l’objectif d’acquérir une entreprise inconnue au moment de l’investissement implique une confiance presque aveugle. Ainsi, le succès de la levée de fonds dépend finalement de la réputation de ses fondateurs. Dans le cas du SPAC Niel-Pigasse-Zouari, le premier est un homme d’affaires et un investisseur à succès, le deuxième l’un des banquiers d’affaires les plus reconnus de France et le troisième, un entrepreneur qui a extrêmement bien réussi dans le secteur de la grande distribution. Bien que les hypothèses se multiplient, nous n’avons pas pour l’instant de preuve que le trio s’intéresse à une entreprise en particulier.

 

LA4Lire aussi : Zoom sur Matthieu Pigasse, le « Che Guevara » de la finance chez Lazard

 

SPAC : un passé trouble

 

Le premier SPAC de l’histoire a eu lieu il y a seulement quelques années, en 2003. Cette histoire courte n’a pas empêché l’avènement d’épisodes sombres. Même si leurs sponsors sont réputés, les SPACs ne sont pas à l’abri de la tromperie et donc de l’échec. Début 2019, Lew Dickey, un entrepreneur américain, a acquis Akazoo, une entreprise grecque de musique en streaming, via son SPAC Modern Media Acquisition Corp. qui avait levé 200 millions d’euros. Gabriel Grego, le patron d’un Hedge Fund spécialiste dans la vente à découvert, a mené sa petite enquête et remarqué qu’Alkazoo avait procédé à de multiples falsifications comptables pour se faire racheter par Modern Media Acquisition Corp. Les investisseurs dans le SPAC ont perdu par la suite la totalité de leur investissement. A l’heure actuelle, la plupart des actions des SPACs ayant conclu des deals ont un prix inférieur à leur prix initial, ce qui signifie que ces sociétés ont détruit de la valeur pour leurs investisseurs. Cependant, les SPACs ayant conclu des deals dans les deux dernières années semblent mieux s’en sortir. Diamond Eagle, un SPAC ayant fusionné avec l’application de paris sportifs DraftKings le 22 décembre 2019, en est un bon exemple. Depuis la date de la fusion, le prix de l’action DraftKings a plus que quintuplé, passant de 10$ à plus de 50$ au 20 janvier 2020.

 

L’avenir de 2MX Organic

 

MM. Niel et Pigasse n’en sont pas à leur coup d’essai dans la création de SPAC. En 2015, ils ont créé la SPAC Mediawan avec Pierre-Antoine Capton, un producteur français, et ont levé 250 millions d’euros. Depuis, Mediawan a acquis plusieurs entreprises du secteur des médias tels que AB Groupe, les activités télévisuelles d’Europacorp ou encore Lagardère Studios.

D’après Capital, Grand Frais, une enseigne de supermarchés française spécialisée dans les produits frais et dans l’épicerie du monde, pourrait être une cible intéressante pour le SPAC 2MX Organic, grâce à sa solidité financière (1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 190 millions d’EBITDA en 2020) et sa réputation auprès des consommateurs (enseigne élue préférée des français en 2018 selon OC&C). Un problème subsiste : Grand Frais n’a pas suffisamment transformé son offre de produits en direction du Bio, alors même que 2MX Organic souhaite être un leader du marché des denrées biologiques. Quelle que soit la cible, si l’acquisition est un succès, la popularité des SPACs pourrait alors croître considérablement en France. En 2020, la « SPAC mania » a déferlé sur le continent américain, et 2021 semble être l’année de sa tournée sur le Vieux continent. Plus que jamais les SPACs attirent, si bien qu’à Londres, la City a demandé au gouvernement anglais de libéraliser les règles sur ceux-ci dans le but de renforcer la compétitivité de la place financière londonienne affaiblie par le Brexit.

 

 

Giacomo Bretel – De Simone, étudiant à HEC Paris et contributeur du blog AlumnEye


Portrait Dominique Senequier Ardian AlumnEye

Dominique Senequier, co-fondatrice d’Ardian : la dame de fer de la finance

Surnommée la dame de fer de la finance, elle est aujourd’hui l’une des personnalités les plus influentes du monde financier. AlumnEye revient sur le parcours de Dominique Senequier, présidente et co-fondatrice d’Ardian, premier fonds de Private Equity en Europe.

 

Ses dates clés :

 

1953 : Naissance à Toulon (Var).

1975 : Diplômée de Polytechnique et titulaire d’un DEA en économie monétaire et bancaire de l’Université Paris-Sorbonne, elle débute sa carrière au Ministère de l’Économie à la Commission des assurances.

1980 : Elle rejoint le groupe d’assurance GAN et prend la tête des GAN Participations.

1996 : Recrutée par Claude Bébéar du groupe AXA, elle participe à la création d’AXA Private Equity.

2013 : Suite à la prise d’indépendance d’AXA Private Equity (qui se rebaptise Ardian), elle devient présidente du groupe.

 

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le Private Equity ?

 

Ses faits d’armes :

 

Le parcours de Dominique Senequier est indissociable de celui d’Ardian, le fonds de capital-investissement qu’elle a co-créé et qu’elle préside encore aujourd’hui. Après avoir fait ses armes dans la fonction publique et chez GAN Participations, la Polytechnicienne rejoint AXA pour créer avec Claude Bébéar, AXA Private Equity en 1996.

 

Elle passe alors une grande majorité de son temps à rencontrer et convaincre des investisseurs potentiels (fonds de pension, fonds de fonds, agences gouvernementales, family offices, etc.) de lui confier leur argent pour qu’il soit ensuite investi dans des entreprises non-cotées.

 

Avec plus de 25% de rendement par an dès les premières années, le fonds de capital-investissement connait alors une croissance exponentielle et franchit en 2010, le cap des 25 milliards d’euros de portefeuille, ce qui vaudra à sa présidente le surnom de « Madame 25 milliards ». Sous son impulsion en 2013, AXA Private Equity prend son indépendance vis-à-vis de sa maison mère AXA.

 

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Le fonds est alors rebaptisé Ardian. Avec 110 milliards de dollars d’actifs sous gestion, 180 sociétés en portefeuille (Santé et Compagnie, Céréalia, EWE, etc.), 700 employés et 15 bureaux dans le monde (Londres, New York, Francfort, etc.), celle que l’on surnomme « la dame de fer de la finance » a fait d’Ardian le premier fonds de capital-investissement d’Europe. L’un des rares qui concurrence aujourd’hui les plus grands fonds américains comme Carlyle, Blackstone ou KKR.

 

En plus d’avoir acquis une renommée internationale, Ardian est aujourd’hui devenu un véritable acteur de la vie économique française, comme en témoigne les quelques opérations suivantes :

 

2010 : AXA Private Equity acquiert 1,9 milliard de dollars de portefeuille auprès de Bank of America et rachète la totalité des activités de capital-investissement de Natixis pour 507 millions d’euros.

2015 : Le fonds acquiert 51% de Siaci Saint Honoré, cinquième courtier d’assurance français.

2017 : Ardian renforce sa place de leader en acquérant un portefeuille de participations d’environ 300 millions d’euros dans des fonds européens dédiés aux infrastructures.

2019 : Dans le cadre de la privatisation de l’Aéroport de Paris (ADP), Ardian annonce vouloir acquérir 29,9% du capital du groupe.

2020 : En pleine bataille financière entre Suez et Veolia, Ardian, en collaboration avec GIP (investisseur américain), se propose comme acquéreurs de 100 % des parts de Suez.

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Pourquoi parle-t-on d’elle ?

 

Dominique Senequier est devenue une figure du capitalisme français. Paradoxalement très peu médiatisée, elle génère cependant une véritable fascination en tant que présidente de l’un des plus gros fonds de Private Equity dans le monde. En 2007, Nicolas Sarkozy la nomme à la Commission pour la libération de la croissance française, cinq ans plus tard elle est élevée au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur.

 

Mais sa renommée ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone, elle est internationale. La sexagénaire est régulièrement citée parmi les personnalités les plus influentes du monde et est très souvent sollicitée par les politiciens et les journaux internationaux. Le Financial Times l’a choisie comme experte pour débattre des enjeux et des conséquences du Brexit sur le marché français. Elle s’entretient régulièrement avec le Premier Ministre portugais lorsqu’il voyage à Paris et elle est régulièrement invitée par le Premier Ministre anglais lorsqu’elle voyage en Grande-Bretagne.

 

Dans la même veine que Christine Lagarde (présidente de la BCE) ou Janet Yellen (à la tête de la FED), Dominique Senequier est devenue l’une des figures féminines majeures du capitalisme international tout en ayant su rester une femme discrète mais brillante.

 

 

Augustin Berger, étudiant à NEOMA Business School et contributeur du blog AlumnEye