Récap de l'actu liée au Covid-19

Vous avez tous entendu parler du Covid-19, mieux connu sous le nom de coronavirus. Il fait actuellement les gros titres et a eu d’énormes conséquences sur notre manière de vivre, de consommer et de penser. Les marchés boursiers se sont écroulés, et certains économistes prédisent une forte récession économique qui pourrait baisser le PIB mondial de 10% à 20%.

 

Qu’est-ce que le Covid-19 ?

Le 9 janvier 2020, les autorités sanitaires chinoises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annoncent officiellement la découverte d’un nouveau type de coronavirus dans la ville de Wuhan, en Chine. Ce nouveau virus, nommé Covid-19 (pour CoronaVirus Disease), a franchi les portes du territoire chinois et s’est installé dans le monde entier.

La pandémie du Covid-19 ne cesse de s’étendre au niveau mondial et au 24 mars 2020, 169 pays sur les 198 pays au total sont désormais touchés. Ce sont plus de 386 000 personnes qui sont contaminées dans le monde, dont 16 000 qui en sont décédées. Le pic semble encore être à venir, puisque le nombre de personnes contaminées augmente drastiquement de jour en jour. Ce sont ainsi 41 371 nouveaux cas qui ont été confirmés du dimanche 22 mars au lundi 23 mars au niveau mondial.

Initialement qualifié par certains comme inoffensif et moins dangereux que la grippe, comment le Covid-19 a-t-il crée la psychose au niveau mondial, psychose qui se répercute sur les marchés boursiers ?

 

Retour sur la semaine du 9 mars 2020

  • Lundi 9 mars : Les marchés s’écroulent après la décision de l’Arabie Saoudite d’inonder les marchés avec son pétrole à prix réduit. Le baril de Brent perd 25% de sa valeur. La Bourse de Paris perd 8,39%, sa pire chute sur une séance depuis octobre 2008. Le Dax perd 7,94%, la Bourse de Milan décline de 11,17%, etc. L’adjectif « lundi noir » a été utilisé par les investisseurs.
  • Mardi 10 mars : Petit rebond des marchés financiers, notamment grâce aux annonces en faveur de mesures budgétaires pour lutter contre l’impact du coronavirus. Cependant, l’inquiétude des marchés est belle et bien présente.
  • Mercredi 11 mars : Les acteurs sont toujours inquiets, et les marchés n’arrivent pas à remonter. Le soir même, le président américain Donald Trump annonce la fermeture des frontières américaines.
  • Jeudi 12 mars : Le 12 mars 2020 restera une journée noire et historique pour les marchés. La Bourse de Paris a baissé de 12,28% et se retrouvait à 4 044,26 points, soit la pire baisse de son histoire. Le Dow Jones enregistre sa plus forte baisse depuis le krach de 1987 (9,99%), le S&P500 baisse de 9,51% et le Nasdaq de 9,43%.
  • Vendredi 13 mars : Faible rebond des indices, le CAC40 termine la semaine sur une hausse de 1,83%. Les indices américains Dow Jones, Nasdaq et S&P500 se relèvent de 6%.

La semaine du 9 mars 2020 s’inscrit donc dans les pires semaines qu’ont connu les marchés financiers. Au cours de la semaine, le CAC40 a perdu 20,03% de sa valeur initiale.

LA4Lire aussi : Dix ans après la crise : le système financier entre mesure et démesure

 

Les conséquences du Covid-19 sur les marchés financiers

Les marchés financiers anticipent une diminution de la croissance mondiale due au Covid-19. L’économie mondiale est fortement ralentie par le Covid-19, phénomène qui est accentué par l’interdépendance de l’économie aujourd’hui. Dans le monde entier, ce sont plusieurs pays majeurs comme les Etats-Unis et la France qui ferment progressivement leurs frontières et cessent donc toute activité commerciale. Suite à cela, les exportations et importations mondiales de marchandises se sont écroulées, d’autant plus que la Chine ne peut plus jouer son rôle d’« atelier du monde ». Le cabinet de conseil A.T. Kearney parle d’ « effet domino » pour décrire ce phénomène de ralentissement économique crée par l’interdépendance de l’économie.

Partout dans le monde, les commerces et industries ferment peu à peu leurs portes, et de grands évènements comme le salon de l’Automobile à Genève et le Global Marketing Summit de Facebook ont été annulés. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, craint un « risque réel et croissant de récession mondiale ». De nombreux pays ont pris des mesures de confinement afin de contenir la propagation du virus. C’est par exemple le cas de la France, l’Italie ou bien l’Espagne qui ont décidé de limiter les déplacements de l’ensemble de leur population. Depuis le vendredi 20 mars, les Etats de Californie et de New York sont également en confinement total et ont cessé toute activité jugée non indispensable. Ces mesures ont assurément de très grandes conséquences sur l’économie, d’autant plus que les acteurs concernés sont majoritairement de grandes places boursières dans lesquelles l’activité économique est très forte. La France et l’Italie se situent dans les dix pays les plus riches du monde, suivis par l’Espagne en 13ème place. La Californie, quant à elle, abrite le centre d’innovation mondial qu’est la Silicon Valley, avec des entreprises majeures comme Facebook, Google, Apple et Tesla. Une étude réalisée en 2017 par les économistes Lawrence Summers, Dean Jamison et Victoria Fan a estimé les pertes annuelles d’une pandémie de grippe à 500 milliards de dollars par an. La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde dit s’attendre à une récession « considérable » en zone européenne. Elle ajoute : « une grande partie de l’économie est à l’arrêt, par conséquent l’activité économique dans la zone euro va se contracter considérablement ».

 

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Des secteurs en première ligne

Certains secteurs d’activité sont plus vulnérables que d’autres à la crise sanitaire.

Le secteur aérien est la première victime de cette crise. Les compagnies aériennes ont pour la plupart perdu 30% de leur valeur boursière, et certaines compagnies ne vont pas pouvoir s’en relever. Flybe, la compagnie aérienne régionale britannique a annoncé le mercredi 4 mars 2020 la fin de ses activités et le dépôt de son bilan. L’entreprise était à court de liquidités et n’a pas pu faire face au frein brutal du trafic aérien. Plusieurs autres compagnies aériennes souffrent du même problème mais leur gouvernement leur est venu en aide. C’est le cas d’Alitalia en Italie ou Norwegian en Norvège qui sont fortement soutenues par leur gouvernement respectif. Ce phénomène de mise sous perfusion de compagnies avec de l’argent public peut également s’observer en Inde, en Malaisie, en Afrique du Sud et même à Abu Dhabi. Le trafic aérien est complètement gelé par le coronavirus, et les marchés boursiers y sont très sensibles.

Le tourisme, qui représente 7 à 8% du PIB français et 10% du PIB mondial, est également paralysé par le virus. Tout d’abord, c’est une diminution de la clientèle chinoise. Celle-ci représente au total 250 milliards d’euros de dépenses annuelles, dont 50 milliards sont dépensés en Europe. En Asie, les répercussions du Covid-19 sont très lourdes : en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam le tourisme a perdu 40 à 60% de son chiffre d’affaires.

LA4Lire aussi : Une nouvelle crise financière pour demain ?

 

L’inquiétude des marchés : une situation d’incertitude totalement inédite

Les marchés sont en général très vulnérables aux incertitudes et le Covid-19 a fait entrer le monde entier dans un état d’incertitude absolu.

Contrairement à la crise des subprimes en 2008 qui était avant tout une crise financière, nous traversons actuellement une crise sanitaire qui n’est malheureusement semblable à nulle autre. Bien que le Covid-19 soit souvent comparé au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) apparu en Chine en 2002, les conséquences sur l’économie mondiale des deux virus ne sont pas comparables, étant donné que l’économie de 2003 n’était pas aussi interdépendante qu’elle l’est aujourd’hui. De même, la Chine ne s’était pas encore imposée comme le premier pays importateur et exportateur mondial.

Par expérience et afin de prévenir tout effondrement de l’économie mondiale, les banques centrales ont dû intervenir sur les marchés financiers. En effet le 15 septembre 2008 lors de la crise des subprimes, suite à l’annonce de la banque centrale américaine de ne pas sauver de la faillite une de ses plus grandes banques d’investissement Lehman Brothers, les marchés financiers ont extrêmement mal réagi et cela a notamment causé le krach boursier de 2008. Aujourd’hui, afin d’éviter que cette situation ne se reproduise et afin de relancer l’économie, la Banque centrale européenne (BCE) va injecter plus de 1.100 milliards d’euros de liquidités dans les marchés, et son homologue américain la Federal Reserve System (FED) injectera à son tour 1.500 milliards de dollars. D’autres banques centrales comme la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon, la Banque nationale suisse et Banque du Canada vont également suivre. Elles constituent la première barrière contre l’effondrement de l’économie. Ces annonces extrêmes n’ont pas pour autant réussi à faire rebondir les marchés financiers, ces derniers craignant que les mesures des banques centrales n’apportent qu’un soutien limité à l’économie mondiale. En effet, malgré les nombreuses injections de la part des banques centrales, les usines, les commerces et les entreprises restent fermés. La crise sanitaire actuelle a par conséquent créé une crise économique sous-jacente. Les ménages n’ont plus confiance en l’économie et ne consomment plus autant qu’avant.

La différence majeure entre la crise des subprimes en 2008 et la crise d’aujourd’hui réside dans la nature de la crise. En 2008, il s’agissait d’une crise financière qui pouvait être surmontée en injectant de grandes quantités d’argent. Aujourd’hui, il s’agit d’une crise sanitaire dont l’évolution nous est encore incertaine. C’est cette incertitude de l’avenir qui est la cause de la volatilité extrême des marchés.

 

Frédéric Nguyen, étudiant à l’Ecole Centrale de Lyon et contributeur du blog AlumnEye

 


Fonds activistes : vers une dictature des actionnaires minoritaires ?

Quel est le point commun entre la démission du CEO de ThyssenKrupp, la hausse brutale du cours de l’action SoftBank et la scission prochaine de Marathon Petroleum ? A première vue, aucun. Pourtant, tous ces évènements sont le fait d’une seule et même entité, Elliott Management, l’un des fonds activistes les plus virulents au monde. Se glissant furtivement au sein des conseils d’administration par des prises de participation minoritaires, ces fonds d’investissement sont à l’origine de multiples bouleversements pour les entreprises ciblées. Qui sont-ils, que cherchent-ils et quelles sont leurs stratégies ?

 

Objectifs et stratégies

Le principe est simple : prendre une participation généralement modeste dans une entreprise cotée jugée mal gérée, puis faire pression sur sa direction de façon publique et bruyante pour ainsi maximiser son rendement financier et boursier.

Ces opérations sont généralement le fait de hedge funds (fonds d’investissement qui se distinguent des fonds de private equity, les premiers recherchant un rendement absolu à court terme et privilégiant les actifs liquides, tandis que les seconds investissent à plus long terme, généralement 5 à 10 ans) qui décident d’agir en tant qu’actionnaires activistes. L’activisme actionnarial demeure une stratégie de niche, qui ne représente qu’environ 15% des stratégies utilisées par les hedge funds, à en croire Hedge Fund Research, mais qui a tendance à se généraliser parmi leurs pratiques.

Les fonds activistes sont régulièrement assimilés aux fonds vautours, il convient donc d’établir la distinction entre les deux. A la différence des premiers, les seconds achètent sur les marchés des titres de dette émis par des Etats en difficulté financière, puis exigent devant les tribunaux le remboursement de cette dette. C’est notamment ce qu’a fait Elliott Management au Pérou (1996), en Argentine (2001) ou encore en République Démocratique du Congo (2005). Même si Elliott a auparavant été présenté comme un fonds activiste, c’est le type d’activité de ces fonds d’investissement qui détermine leur caractérisation, notamment en fonds dit « activiste » ou bien « vautour ». Autrement dit, un même fonds d’investissement ou hedge fund pourra alternativement être désigné comme « fonds vautour » ou « fonds activiste » selon l’opération particulière dont il est question dans la discussion. La distinction est donc avant tout sémantique, reposant sur la classe d’actifs impliquée (les actions pour les fonds activistes, les obligations d’Etat pour les fonds vautours) et la stratégie employée.

Le déroulé habituel d’une campagne activiste tient en plusieurs étapes :

  1. Le fonds activiste réalise une analyse financière et stratégique détaillée de l’entreprise visée, mettant généralement en évidence une sous-valorisation, qui peut s’expliquer par des performances inférieures à celles de ses concurrents, des coûts excessifs ou une gouvernance inefficace.
  2. L’activiste investit dans la société, le plus souvent via l’achat direct d’actions en propre sur le marché, mais il peut également s’agir de produits dérivés tels que les equity swap ou les CFD (contract for difference).
  3. Dans un premier temps, l’actionnaire activiste entreprend une série de discussions discrètes et officieuses avec la direction du groupe visé, exposant les changements stratégiques qu’il juge nécessaires pour améliorer sa profitabilité (vente d’actifs, changement de gouvernance, versement de dividendes, rachats d’actions, etc.).
  4. Dans le cas où cette phase se révèle non concluante, une seconde étape s’ouvre, consistant à exposer publiquement ses revendications, dans l’optique d’obtenir l’écho médiatique le plus important possible. L’outil le plus répandu demeure la publication des lettres envoyées à la direction, mais il peut aussi s’agir d’une campagne sur les réseaux sociaux, de la création d’un site internet ou d’un communiqué de presse. De même, la société civile est souvent mise à contribution. Par exemple, en France, l’Association de Défense des Actionnaires Minoritaires (ADAM) peut-être mobilisée. Le fonds activiste a également intérêt à coaliser plusieurs autres actionnaires minoritaires (voire d’autres fonds activistes) afin de peser davantage au sein du conseil d’administration, auprès duquel il peut déposer des résolutions afférentes à la gouvernance d’entreprise (limogeage d’administrateurs, proposition de nouveaux directeurs, etc.).
  5. En dernier ressort, l’actionnaire activiste peut aller jusqu’à intenter une action en justice à l’encontre de l’entreprise visée, ce que n’a par exemple pas hésité à faire le fonds CIAM à l’encontre d’Altice et Euro Disney en 2017.

Ces campagnes activistes s’avèrent concluantes dans la majorité des cas, et peuvent fortement porter préjudice à la firme visée. En effet, une étude publiée en 2017 par McKinsey souligne qu’une telle campagne peut coûter entre 25 et 35 milliards de dollars à une entreprise, sans compter les risques de désorganisation managériale et de dégradation de sa réputation. En 2017, l’affrontement entre le Trian Fund de Nelson Peltz et Procter & Gamble (soldé par la nomination de ce dernier au conseil d’administration) aura coûté plus de $60 millions aux deux camps au total.

La pratique de l’activisme actionnarial est apparue dans les années 1980, mais s’est largement développée depuis la crise de 2008. La pratique des fonds s’éloigne de celles traditionnellement utilisées par les hedge funds et fonds de private equity dans la mesure où ces investisseurs ne s’appuient plus seulement sur le levier de la dette pour produire un rendement (principe du LBO, leveraged buyout), mais se conçoivent désormais comme des investisseurs bien plus interventionnistes (et avec une vision à plus long terme) dans la conduite opérationnelle des entreprises ciblées, d’où des conflits de plus en plus récurrents avec leurs dirigeants. D’ailleurs, la pratique consistant à pousser les entreprises à s’endetter pour espérer obtenir un effet de leverage connaît actuellement une baisse de régime, dans un contexte où la corporate debt atteint déjà des niveaux records : le ratio de dette/EBITDA des groupes du S&P 500 aux Etats-Unis atteignait 1,8 fin 2019, son niveau le plus haut depuis 2003. C’est pourquoi les actionnaires activistes se reportent sur d’autres pratiques.

Selon Lazard, près de 60% des fonds engagés dans des campagnes activistes en 2019 l’ont été pour promouvoir des opérations de fusions-acquisitions. Par exemple, Elliott a fait pression (sans succès) sur Capgemini l’an dernier pour que le groupe améliore son offre sur Altran. La multiplication des opérations de M&A tient aussi à l’aide extérieure reçue par les fonds, qui trouvent des alliées de taille en la personne des banques d’investissement, à commencer par le trio de tête (en nombre de deals) pour les opérations de M&A dans le monde en 2019 : Goldman Sachs, JP Morgan et Morgan Stanley. Ces dernières voient en effet d’un bon œil la perspective de scissions d’actifs, puisqu’elle implique pour elles la facturation de frais aux entreprises qui en font l’objet. Aussi, il n’est pas rare de voir ces banques intervenir auprès des fonds activistes pour souligner l’existence de branches « sous-performantes » au sein des groupes, qui mériteraient selon elles d’être vendues. Dans un contexte où la difficulté à battre les hauts rendements offerts par les fonds indiciels (ETF) est plus forte que jamais, les hedge funds activistes sont désormais très ouverts à ce type de discussions.

Enfin, notons que la révélation publique de la prise de participation d’un fonds activiste dans une entreprise est généralement la source d’un sursaut boursier, c’est pourquoi les activistes cherchent à ménager au maximum leur effet de surprise jusqu’au moment qu’ils jugent opportun, en investissant de la façon la plus discrète possible. Ceci explique en partie les faibles participations en jeu, généralement moins de 5% du capital de l’entreprise, les exigences de transparence étant plus importantes au-delà de ce seuil. Aux Etats-Unis, par exemple, toute personne ou entité qui décide d’acquérir plus de 5% des actions d’une entreprise cotée doit le déclarer formellement à la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme boursier américain, via le formulaire 13D.

A ce jour, les fonds activistes gèrent au total plus de $125 milliards d’actifs, contre moins de $50 milliards il y a 10 ans. Au niveau mondial, Elliott Management reste le fonds le plus actif, suivi par Icahn Partners, puis Third Point. En 2018, 922 entreprises ont fait l’objet de campagnes activistes au niveau mondial.

LA4Lire aussi : Les fonds activistes : des hedge funds cousins des fonds vautours

 

Une pratique historiquement répandue aux Etats-Unis

Si certains économistes font remonter son origine au début du XVIIe siècle (avec Isaac Le Maire, actionnaire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui avait cherché à rompre le monopole de la Compagnie sur le commerce maritime mondial), l’activisme actionnarial dans sa forme moderne est né aux Etats-Unis dans les années 1980, avec des investisseurs célèbres tels que Paul Singer (Elliott Management, 1977), Carl Icahn (Icahn Partners, 1987), Dan Loeb (Third Point Management, 1995), David Einhorn (Greenlight Capital, 1996) ou encore Bill Ackman (Pershing Square Capital, 2004).

Aussi, la présence et l’action de fonds activistes au sein des conseils d’administration des entreprises américaines relève désormais davantage de la règle que de l’exception. L’activisme particulièrement efficace d’Elliott Management l’illustre régulièrement. En septembre 2019, le CEO de eBay Devin Wenig annonce sa démission, affirmant « ne plus être sur la même longueur d’onde que son conseil d’administration », et ce après que Elliott et un autre fonds, Starboard Value, ont sévèrement critiqué les performances de l’entreprise. Le même mois, prise pour cible à travers une lettre de 23 pages publiée par Elliott, AT&T (première société de télécommunications mondiale) se voit reprocher ses lourdes acquisitions récentes (DirecTV en 2015, Time Warner en 2018) qui pèsent sur sa profitabilité. Fin octobre, l’entreprise annonce avoir trouvé un accord avec le fonds de Paul Singer : AT&T s’engage à mettre en place des plans de rachats d’actions et à limiter le nombre ainsi que l’ampleur de ses acquisitions dans un futur proche, afin de se concentrer sur l’amélioration de ses marges.

Si la presse spécialisée met avant tout l’accent sur les grandes entreprises faisant l’objet de campagnes activistes, il convient de se méfier de l’effet de loupe, car les plus visées sont en réalité les small-caps (dont la capitalisation boursière se situe entre $100 et $500 millions), qui concernent 43% des campagnes entre août 2018 et août 2019, suivies par les mid-caps ($1-10 milliards) à hauteur de 34%. Les large-caps (> $10 milliards), quant à elles, ne représentent que 10% des campagnes activistes aux Etats-Unis.

Au cours des 5 dernières années, le nombre de campagnes menées par des fonds activistes outre-Atlantique demeure stable, avec 272 campagnes en moyenne par an. L’an dernier, ces dernières ont notamment eu pour résultat l’obtention de 76 sièges en conseil d’administration, soit une augmentation de 35% par rapport à 2017.

 

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Europe et Asie : les nouveaux terrains de jeu

Si le nombre de campagnes aux Etats-Unis reste stable, leur part dans le nombre total de campagnes lancées à l’échelle mondiale diminue et compte pour moins de 50% d’entre elles depuis 2017, contre plus de 75% il y a dix ans. Cet affaiblissement relatif du marché américain souligne l’attrait nouveau de ces fonds pour les entreprises européennes et asiatiques ; la taille des entreprises ciblées y est en moyenne plus importante qu’aux Etats-Unis. Ces campagnes hors-Etats-Unis sont majoritairement (environ 70%) le fait de fonds américains en quête de nouveaux marchés mais pas seulement, puisque, notamment en Europe, plusieurs fonds locaux parviennent à tirer leur épingle du jeu.

En effet, des fonds comme le français CIAM font largement parler d’eux, notamment en 2019 lorsque ce dernier réclame la tête (ou plutôt le siège d’administrateur) de Denis Kessler, CEO de Scor – le 4e réassureur mondial – sans toutefois l’obtenir. De même, en s’attaquant au finlandais Nordea – plus grand groupe bancaire d’Europe du nord – fin 2018 avec une participation de 2,3%, le fonds suédois Cevian Capital confirme son statut de premier fonds activiste européen (avec plus de 15 milliards d’euros d’actifs sous gestion).

L’Europe constitue un marché intéressant pour les fonds activistes, qui y trouvent stabilité politique et dynamisme économique depuis la reprise post-crise. En outre, les conseils d’administration des entreprises européennes sont moins bien armés contre les campagnes activistes que leurs homologues américains qui, eux, ont pris l’habitude de recourir aux services de cabinets de conseil experts des techniques de déstabilisation utilisées par ces fonds. L’Europe constitue donc une cible de choix.

Si l’intérêt pour l’Europe date de quelques années déjà, l’attrait pour les entreprises françaises est, lui, relativement récent. Selon Franck Tuil, gérant de portefeuille chez Elliott Management à Londres, l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 a entraîné la création d’un environnement plus attractif pour les actionnaires activistes, avec les plans de privatisation qui marquent un désengagement de l’Etat et l’affaiblissement du paradigme capitaliste français traditionnel, qui voulait que le capital des entreprises soit regroupé entre les mains d’un petit nombre d’actionnaires. Cette nouvelle tendance à la fragmentation du capital est propice à la montée en puissance de ces fonds au capital des entreprises tricolores. Un exemple récent est la prise de participation de 2,5% dans Pernod Ricard en novembre 2018 par Elliott qui, depuis, n’a eu de cesse de faire pression sur le leader français des spiritueux pour qu’il aligne ses marges sur celles de son concurrent britannique Diageo.

En 2018, le nombre de campagnes activistes a bondi de 20% en Asie, qui a pour la première fois dépassé l’Europe (hors Royaume-Uni) avec 111 entreprises ciblées, contre 37 en 2013 et 10 en 2011. Parmi elles, 42% étaient japonaises, 20% chinoises (incluant Hong Kong). Au total, c’est 56 sièges de conseils d’administration qui ont été gagnés en Asie au terme de campagnes activistes.

En raison du lien extrêmement fort existant en Chine continentale entre la gouvernance d’entreprise et le parti communiste, les fonds activistes étrangers, notamment américains, ont jusqu’ici été plutôt réticents à attaquer frontalement les dirigeants de ces entreprises, par peur de représailles de la part de l’Etat chinois, et se sont surtout limités aux entreprises installées à Hong Kong. Cependant, l’ouverture du marché onshore des capitaux chinois (en particulier celui des actions) aux investisseurs étrangers annoncée pour 2020 pourrait changer la donne.

A l’évidence, le succès croissant des fonds activistes va de pair avec un rejet des structures d’entreprise complexes et parfois détenues par de puissantes familles (modèle encore très répandu en Asie) de la part de plus en plus d’actionnaires. Ce phénomène est illustré par la virulence de ces fonds au Japon, qui constitue leur première cible hors des Etats-Unis. En effet, le Japon est caractérisé par le modèle tentaculaire du keiretsu (forme de conglomérat géant lié par un système complexe de participations croisées entre un grand nombre d’entreprises) qui, bien que déclinant, reste dominant et constitue donc une cible de choix pour des fonds qui prônent une meilleure lisibilité organisationnelle en matière de gouvernance d’entreprise. On retrouve un équivalent aux keiretsu en Corée du Sud à travers les chaebols, à l’instar de Hyundai, qui a fait l’objet au printemps 2018 d’une campagne activiste de la part d’Elliott (3% du capital), qui n’est cependant pas parvenu à ses fins, un échec qui rappelle celui infligé au fonds de Paul Singer par Samsung en 2015. Quoi qu’il en soit, l’entrée tonitruante d’un fonds activiste majeur au capital de grands groupes, notamment asiatiques, est toujours source de remous sur les marchés, comme lors de l’annonce faite par le Wall Street Journal de celle d’Elliott au capital de la société technologique japonaise SoftBank le 6 février 2020, à hauteur de 3%, pour un montant de plus de $2,5 milliards. Les conséquences ne se sont pas faites attendre, avec une hausse brutale de plus de 7% du cours du titre de l’entreprise durant l’heure suivante.

Ainsi, les mêmes raisons qui, historiquement, étaient susceptibles de dissuader les investisseurs internationaux d’entrer au capital d’entreprises asiatiques (notamment le manque de transparence, le népotisme et les scandales de corruption à répétition) constituent aujourd’hui d’importants leviers de création de valeur pour les fonds activistes, d’après un rapport publié par JP Morgan en mai 2018. Selon la banque américaine, le développement massif de cet activisme en Asie correspond à une maturation des marchés de capitaux asiatiques.

LA4Lire aussi : Le guide des stratégies d’investissement des hedge funds

 

Des campagnes dans l’intérêt d’une meilleure gouvernance d’entreprise ?

Les actionnaires activistes s’attaquent aux structures d’entreprise complexes et posent donc la question de la gouvernance d’entreprise. Cette manière de fonctionner est propre à ce type de fonds et les différencie donc des autres hedge funds. A l’évidence, leur émergence ne doit rien au hasard et s’inscrit dans un contexte particulier, celui de l’affaiblissement des managers au profit des actionnaires.

En effet, après un milieu de XXe siècle marqué par ce que James Burnham nommait la « révolution managériale » dans son ouvrage de 1941, analyse prolongée par John Kenneth Galbraith sous le terme de « technostructure » en 1967, la gouvernance d’entreprise dans les Etats occidentaux bascule à partir des années 1980 dans un rapport de force qui redonne pleinement le pouvoir aux détenteurs du capital, les actionnaires. L’émergence des fonds activistes s’inscrit pleinement dans ce changement de paradigme et illustre une volonté de contourner les défis de la gouvernance d’entreprise regroupés conceptuellement sous le terme de « problème principal-agent » : limiter les asymétries d’information qui désavantagent naturellement les actionnaires vis-à-vis des managers, ainsi que le risque d’aléa moral de la part de ces derniers dans la gestion quotidienne de l’entreprise.

Justement, au cours des cinq premiers mois de l’année 2019, 627 CEO d’entreprises américaines ont annoncé leur démission, un record depuis 17 ans. D’après le cabinet Exechange, 52% de ces départs ne seraient pas volontaires et découleraient de pressions des actionnaires ou du conseil d’administration. A en croire un article de recherche publié dans la Harvard Business Review en 2013, cet important mouvement de rotation chez les top executives est une bonne nouvelle. En effet, selon les auteurs, plus un CEO demeure longtemps à son poste, plus les performances de l’entreprise ont tendance à s’éroder, selon une loi de rendements décroissants qui s’expliquerait par l’installation progressive d’une politique plus prudente qu’ambitieuse chez les dirigeants à forte longévité. Si l’on attribue une partie de ces départs à la pression stratégique exercée par les fonds activistes, on peut leur concéder la vertu d’œuvrer en faveur du maintien d’une gouvernance d’entreprise dynamique et soucieuse des performances à long terme.

Toutefois, les critiques émises contre les fonds activistes sont, par ailleurs, nombreuses. Ils auraient une vision trop court-termiste, seraient concentrés sur leur propre intérêt uniquement, seraient incompétents pour valoriser les entreprises ciblées de façon exhaustive. Enfin, il convient de noter que le retour sur investissement des actionnaires n’est pas toujours un indicateur pertinent de bonne santé financière de l’entreprise. Il peut donc parfois exister une distorsion entre les stratégies des fonds activistes et l’intérêt des actionnaires à long terme (une firme durablement profitable).

Aussi, face aux stratégies parfois agressives des fonds activistes, de multiples oppositions ainsi que de nombreuses questions émergent, de la part des représentants des entreprises et du patronat, des législateurs et des autorités de régulation. Dans un rapport publié en janvier 2020, Paris Europlace (le lobby des entreprises et acteurs de la place financière de Paris) réclame davantage de transparence dans l’activité des actionnaires activistes, ainsi que la mise en place de restrictions à la communication de ces fonds. Du côté des régulateurs, l’heure est à la circonspection. Lors de ses vœux à la presse début janvier, le président de l’AMF (Autorité des marchés financiers), ‎Robert Ophèle, a affirmé que les fonds activistes constituent un sujet de préoccupation majeur pour l’Autorité : « Je tiens à redire ici toute l’attention que porte l’AMF au bon fonctionnement des marchés auquel l’activisme peut contribuer mais qu’il peut également perturber dans certains cas ». Au-delà des paroles, l’Autorité a confirmé le 7 février 2020 cette volonté de sévir face aux abus des fonds activistes en annonçant requérir une amende record de 20 millions d’euros à l’encontre d’Elliott, dans une affaire d’abus de marché remontant à 2015.

Ainsi, si les fonds activistes permettent à coup sûr d’identifier les vulnérabilités propres aux entreprises qu’ils visent et se veulent être à l’origine d’une création de valeur, reste à savoir qui s’approprie cette dernière in fine et par quels moyens…

 

Nathanaël Zobel-Pantalacci, étudiant à Grenoble Ecole de Management et contributeur du blog AlumnEye

 


John Meriwether : la chute du trader star de Salomon Brothers

Aujourd’hui inconnu dans le milieu financier, John Meriwether a pourtant été dans les années 1990 l’homme le plus influent de Wall Street. D’abord trader de renom chez Salomon Brothers, il a ensuite créé son hedge fund, Long Term Capital Management (LCTM), avec pour objectif de battre le marché par l’utilisation des mathématiques. LCTM, c’est aussi et surtout l’un des plus grands scandales financiers de l’histoire : 600 milliards de dollars de perdus et une intervention nécessaire de la FED pour éviter la catastrophe.

 

Ses débuts en tant que trader chez Salomon

Né en 1947 d’un père comptable et d’une mère employée d’école, Meriwether est attiré très tôt par les marchés financiers. Dès ses 12 ans, il commence à investir ses propres économies en bourse. Plutôt bon élève, il intègre en 1974 Salomon Brothers en tant que trader après avoir étudié à la Northwestern University et à la Chicago Booth School of Business.

Lorsqu’il crée le département d’arbitrage en 1977, Meriwether a pour ambition de supprimer les traders qui parient avec leurs intuitions, en les remplaçant par des intellectuels rigoureux ayant une approche quantitative du marché. A la tête d’une douzaine de traders, Meriwether va faire des miracles : en 1990, le département rapporte près de 87% des bénéfices totaux de Salomon Brothers.

Cependant, un scandale éclate en 1991 : un des traders de John Meriwether, Paul Mozer, est accusé d’avoir falsifié des documents dans le but de pouvoir acheter plus de bons du trésor que la limite légale autorisée. Finalement, Salomon Brothers est condamné à 190 millions de dollars d’amende, et John Meriwether se voit dans l’obligation de démissionner.

LA4Lire aussi : Comprendre les stratégies d’investissement des hedge funds

 

L’ascension de Long Term Capital Management

Après un break de 2 ans où Meriwether jongle entre parties de golf et messes du dimanche – il est d’origine catholique -, il fonde en 1994 Long Term Capital Management, un hedge fund ambitieux qui se veut la continuité de ce qui a fait son succès chez Salomon Brothers. Il veut en effet créer le plus gros hedge fund existant, son objectif étant de lever 2,5 milliards de dollars de fonds. Il demande 2% de frais fixes et 25% sur les rendements du hedge fund, bien plus que la moyenne de l’époque, ainsi que l’obligation d’investir un capital minimum de 10 millions de dollars engagé dans le fonds pendant au moins 3 ans.

Pour cela, Meriwether reprend la recette qu’il avait créé chez Salomon Brothers : il engage la plupart des traders de l’ancienne banque, et embauche trois stars de la finance du moment : les mathématiciens mondialement renommés Merton et Scholes, ainsi que David Mullins, alors vice-président de la FED.

La levée de fonds est un succès ! La forte crédibilité de Meriwether et de ses associés pousse les banques du monde entier à investir dans son fonds : parmi elles, la banque d’Italie ($250 millions), la banque de Chine ($100 millions) ou encore l’Union des Banques Suisses (UBS). Au total, LTCM leva $1,25 milliard de dollars, soit moins que l’objectif fixé ; cela reste néanmoins la plus grande levée de fonds jamais réalisée.

Le fonctionnement du hedge fund était basé sur les modèles d’arbitrage de Merton et Scholes. A travers des algorithmes et des formules mathématiques, les équipes de LTCM calculaient la probabilité qu’une ocurrence se produise, ce qui permettait à Meriwether de réduire fortement son risque. Cependant, cette diminution du risque allait de pair avec une baisse de la rentabilité des produits détenus par le hedge fund. Meriwether a donc décidé d’utiliser « l’effet de levier » : la technique étant d’utiliser l’endettement des banques pour pouvoir parier des sommes bien plus importantes que celles que l’on peut se permettre, pour ensuite pouvoir réaliser des gains élevés sur des produits dont la rentabilité est pourtant faible initialement.

Pendant plus de 3 ans, la réussite de LTCM va être extraordinaire : 20 % de gains en 1994, 43 % en 1995, 41 % en 1996 et (seulement) 17 % en 1997. Ce succès, en plus d’être financier, va également être universitaire : les deux économistes Merton et Scholes se voient décernés en 1997 le prix Nobel d’économie pour leurs travaux sur les modèles d’arbitrage.

 

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La chute d’un géant, « too big to fail »

Alors que le hedge fund était en pleine expansion, certains économistes s’interrogeaient quant à l’efficacité de la méthode mise en place par Merton et Scholes. Paul Samuelson, mentor de Merton et prix Nobel 1970, était perplexe quant à la prise en compte des événements extraordinaires dans leur modèle, de même qu’Eugène Fama, prix Nobel 2013.

En 1997, le scénario catastrophique redouté survient : la crise asiatique frappe les marchés financiers et plusieurs pays ne peuvent rembourser leurs dettes ; le marché s’effondre : la Thaïlande, l’Indonésie ou encore la Corée du Sud sont touchés. Cependant, Meriwether décide de ne pas s’inquiéter, les pertes étant monnaie courante en hedge funds. LTCM parie donc sur un retour à la normale dès fin 1998. Malheureusement, lorsque la Russie fait défaut durant l’été de la même année, tout s’effondre. En une seule journée, LTCM perd 553 millions de dollars, soit 15% du capital de l’entreprise. LTCM était en train de faire défaut.

L’histoire aurait pu s’arrêter là pour LTCM. Néanmoins, beaucoup d’institutions importantes avaient investi dans le fonds ; le hedge fund était donc devenu too big to fail. En effet s’il faisait défaut, le LTCM risquait de mettre en péril près de 75 banques internationales ainsi que des banques centrales. Alan Greenspan, alors président de la FED et inquiet de la situation, décida donc de rassembler toutes ces banques afin de trouver un accord. Finalement, les banques reprendront le contrôle du fonds en injectant 3 625 milliards de dollars afin de lui laisser le temps de vendre ses positions. En effet, LCTM ayant atteint une taille critique, il était impossible de clôturer toutes ses positions en même temps sans le faire imploser. Le fonds fut ainsi définitivement fermé quelques mois plus tard.

LTCM est donc aujourd’hui entré dans les mémoires et dans l’histoire de Wall Street, comme étant l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire financière. Surtout, il nous rappelle une chose : rien n’est parfaitement prévisible même si, comme le disait Robert Merton, « stricto sensu, il n’y avait aucun risque ».

LA4Lire aussi : Interview : le métier de Quant en hedgefund

 

Ses dates clés

1947 : Naissance à Chicago

1974 : Début en tant que trader chez Salomon Brothers

1977 : Responsable du département d’arbitrage chez Salomon Brothers

1991 : Affaire Mozer, démission de chez Salomon Brothers

1994 : Création de Long Term Capital Management

1997 : Début de la crise asiatique

1998 : Fin de Long Term Capital Management

 

Romain Leroy, étudiant à l’Edhec et contributeur du blog AlumnEye

 


Jim Simons, le premier Quant de Wall Street

Connu comme étant l’investisseur le plus rentable de l’histoire avec Renaissance Technologies (RenTec), hedge fund quantitatif basé à New York, Jim Simons apparaît pourtant comme un ovni à Wall Street. Loin du milieu financier, c’est par une analyse scientifique rigoureuse du marché que ce mathématicien est devenu « the man who solved the market », comme le surnomme Gregory Zuckerman, journaliste au Wall Street Journal qui a récemment publié sa biographie. Fondé en 1982, RenTec fait aujourd’hui partie des 10 plus gros hedge funds du monde, représentant $68 milliards d’actifs sous gestion et 300 employés, pour la plupart scientifiques de profession.

 

Un mathématicien de génie au service de sa nation

Jim Simons a d’abord connu le succès à travers ses recherches mathématiques. Né en 1938 dans le Massachusetts de parents commerçants, Simons s’intéresse rapidement à la nature, la science et en particulier aux mathématiques. Doué dans le domaine, c’est donc naturellement qu’il rentre au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), puis obtient son PhD à l’université de Californie à Berkeley en 1962, à seulement 23 ans. Il est ensuite employé par la National Security Agency (NSA) en tant que « codebreaker », aidant notamment à décrypter les codes russes durant la guerre froide. Seulement, il se fait renvoyer pour des raisons politiques : opposé à la guerre au Vietnam, il contredit publiquement son chef, le général Taylor, en publiant un article dans le Times. Ayant obtenu une chaire à l’université de Stony Brook, il se concentre alors sur la recherche, accompagné de son ami Chern. Ce dernier est un mathématicien chinois, naturalisé américain, reconnu dans le monde scientifique pour ses travaux dans le domaine de la topologie, et lauréat 1975 de la National Medal of Science. C’est durant cette période qu’ils découvriront les invariants Chern-Simons, qui auront des conséquences fondamentales en physique, notamment sur la théorie des cordes.

LA4Lire aussi : Ce que vous avez toujours voulu savoir sur les Hedge Funds

Un businessman qui a créé le hedge fund le plus rentable de l’histoire

Lorsqu’il démissionne de son poste de chairman, Jim Simons commence à s’intéresser à la finance et plus particulièrement au trading, bien que n’ayant que très peu de connaissances sur le sujet. C’est ainsi qu’il commence à traider l’argent qu’il a obtenu lors de son mariage, avant de créer en 1978 le fonds Monometrics. Il joue alors sur son analyse macroéconomique et ses anticipations, sans grand succès cependant.

C’est alors que lui vient une idée. Dans les années 80 subsistent encore de grands investisseurs capables de battre le marché en se basant sur leurs intuitions et leurs pouvoirs. Parmi eux, on peut noter Warren Buffet, George Soros ou encore Peter Lynch. Cependant, Simons n’a aucune connaissance financière. Zuckerman raconte en effet dans son livre, The Man Who Solved the Market: How Jim Simons Launched the Quant Revolution, qu’un jour, lors d’une réunion pour présenter un modèle, Simons prend comme exemple l’action de Chrysler, action qui n’existait plus au moment du meeting. Simons décide alors de créer Renaissance Technologies en 1982 sur une idée peu répandue à l’époque : faire confiance aux algorithmes et au big data pour percevoir les failles du marché, plutôt qu’à l’analyse humaine. C’est le début du quantitative trading.

Paradoxalement, la réussite de Simons ne va pas dépendre de ses compétences en mathématiques. Au contraire, c’est sa capacité à construire et manager une équipe qui va permettre la réussite de Renaissance Technologies. Premièrement, alors que les traders ont la côte à Wall Street, lui fait le choix audacieux de s’en passer car il ne connaît pas le milieu et peut donc difficilement évaluer leurs compétences. Il va plutôt faire confiance à la science, en regroupant autour de lui une équipe de mathématiciens, de physiciens, d’astronomes ou encore de cryptographes. Le but est d’amasser de nombreuses données économiques et extra-économiques à un moment où il était impossible de les trouver sur ordinateur, afin de pouvoir analyser les failles du marché qu’un humain ne pourrait voir à travers des algorithmes. Il ira même jusqu’à demander que l’on analyse l’influence des phases de la lune sur les marchés financiers.

En 1988, Simons implémente le Medallion fund en se basant uniquement sur les données récoltées. Il est encore actuellement le portefeuille le plus rentable de l’histoire de la finance, tellement rentable que seulement 5 ans plus tard, il sera définitivement fermé aux investisseurs extérieurs. Aujourd’hui, le fonds gère environ 10 milliards de dollars, provenant uniquement des employés de Renaissance Technologies (depuis 2005). Les rendements de ce fonds sont extraordinaires : environ 66% en moyenne depuis sa création. C’est sur cette base que Simons va bâtir sa fortune : alors qu’un fonds moyen demande 2% de frais fixes et 20% sur les rendements du portefeuille, lui va demander 5% sur les frais fixes et 40% sur les rendements, ce qui fera de lui le manager de hedge fund le mieux payé de Wall Street en 2005 (1,5 milliard de dollars).

 

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Un philanthrope au service des mathématiques et de la basic science

Lorsqu’il prend sa retraite en 2009, Jim Simons se met au service de la Simons Foundation, créée en 1994 avec sa femme Marilyn. Cette fondation a pour but d’aider et de financer la recherche en mathématiques et dans la basic science (science fondamentale).

La Simons Foundation a par exemple créé en 2016 l’Institut Flatiron, afin de développer des programmes informatiques et faire évoluer la science grâce au big data. En effet, les scientifiques n’ont souvent pas les compétences nécessaires en codage afin d’aider efficacement la recherche ; l’institut agit donc en qualité de substitut.

Parmi les réussites de Simons, on pourra noter le projet Math for America (MfA). Créé en 2004, ce projet a pour but de venir en aide au système éducatif américain. MfA n’a pas pour but de réformer ni de corriger les pratiques des professeurs de mathématiques. Au contraire, la fondation a décidé d’encourager les professeurs les plus impliqués et les plus compétents. Uniquement implantée à New York, la fondation donne annuellement aux meilleurs professeurs (on en compte plus de 1 000) 15 000$ de bonus par personne en moyenne.

L’une des plus grandes fortunes de la planète (21,6 milliards de dollars en 2019) a donc bâti son succès en inventant une nouvelle manière de percevoir les marchés financiers. A coup de big data et d’algorithmes toujours plus performants, Jim Simons a insufflé au monde de la finance une nouvelle dynamique : celle du quantitative trading.

LA4Lire aussi : Hedge Fund : s’installer à Londres ou à New York ?

Ses dates clés

1962 : Obtention de son PhD en Mathématiques à Berkeley

1964 : Employé à la NSA en tant que codebreaker

1976 : Prix Oswald-Veblen en géométrie

1982 : Renaissance Technologies voit le jour à New York

1988 : Mise en place du portefeuille Medallion fund

1994 : Création de la Simons Foundation

2005 : Manager de hedge fund le mieux payé de Wall Street (1,5 milliard de dollars sur l’année)

2009 : Retraite de Jim Simons pour rejoindre la Simons Foundation

 

Romain Leroy, étudiant à l’Edhec et contributeur du blog AlumnEye

 


Des salles de marché à Snapchat, Rym Zerroug nous parle de sa reconversion

Rym Zerroug a décidé de se reconvertir dans la Tech après avoir travaillé 3 ans en salle des marchés. Passée notamment par Crédit Suisse et RBS, elle travaille aujourd’hui chez Snapchat en tant qu’Account Manager.

Rym revient dans cette interview sur son passé en Trading, et sur sa reconversion réussie dans le monde des start-ups.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Après deux années de maths appliquées, je me suis spécialisée en ingénierie financière pour ensuite me tourner vers le Master 203, un master spécialisé en finance de marché à Dauphine.

J’ai ensuite travaillé pendant trois ans à Londres en tant que Trader avant de rentrer à Paris et de me ré-orienter dans “le monde de la Tech”.

J’ai effectué toute ma carrière financière en finance de marché. Mon tout premier stage était en fonds d’investissement puis je me suis tournée vers des banques : j’ai notamment travaillé chez Crédit Suisse et RBS.

Avant de rejoindre Snapchat, j’ai participé au lancement d’une start-up Tech spécialisée dans le marketing programmatique où j’étais responsable des Opérations, c’est-à-dire responsable de la mise en place opérationnelle des campagnes de publicité et de l’Account Management.

 

On dit souvent qu’en Trading, le profil ingénieur est privilégié. En quoi le master 203 de Dauphine t’a aidé à faire ce métier-là, du moins à tes débuts ?

En salle de marché, j’ai toujours été entourée d’ingénieurs et notamment de Centraliens. Mais le master 203 n’a rien à envier aux formations d’ingénieurs. C’est une formation très solide au niveau théorique et pratique. En effet, c’est un diplôme très quantitatif avec par exemple des cours de calcul stochastique et de programmation assurés par des professeurs très réputés mais aussi des interventions pratiques de professionnels, traders et structureurs, ce qui nous permettait de travailler sur des cas réels.

La formation permet d’arriver en salle des marchés avec de solides bases. C’était donc pour moi un très bon combo !

 

Au-delà de l’image qu’en a le grand public, peux-tu nous expliquer réellement le métier de Trader ?

Le métier de Trader va dépendre de la structure où l’on travaille (si on est en banque ou en Hedge Fund), mais aussi des assets qu’on va traiter (taux, dérivés, Fixed Income, etc.).

Mais le but premier d’un Trader est de hedger ses positions, donc de faire en sorte de ne pas perdre d’argent et en parallèle que les positions qu’on prend soient « PnL positives ».

Certains desks ont plus de latitude sur la partie propre Trading, celle où on s’amuse un peu plus : on prend des positions non seulement pour se hedger mais aussi pour gagner le maximum d’argent. Cela dépend justement de la structure et des produits qu’on traite.

LA4Lire aussi : Pourquoi l’entrepreneuriat après Morgan Stanley et McKinsey ? Témoignage de Victor Carreau, fondateur de Comet

Tu as travaillé sur divers produits financiers, tu peux nous dire en quoi ils sont différents ? Certains produits étaient-ils plus techniques que d’autres ? 

J’ai toujours travaillé sur les dérivés actions. J’ai commencé par les dérivés vanilles, ce sont les produits simples (options de vente et d’achat).

Ensuite, j’ai travaillé sur des produits un peu plus compliqués, ceux qu’on appelle les produits structurés.

Le quotidien est différent selon les produits qu’on traite : sur des produits structurés on va prendre plus de temps à pricer un produit qui est complexe parce qu’il y a plus de paramètres à prendre en compte, là où sur des dérivés vanille les produits sont plus simples et en revanche le quotidien est beaucoup plus rythmé car il y a plus de volume à traiter.

Personnellement, je préférais les produits structurés parce que je traitais des produits complets donc je touchais un peu à tout : des dérivés, des actions, du taux d’intérêt et du FX.

 

BNP, Crédit Suisse, RBS : quelle banque avait la meilleure ambiance ?

Je garde un super souvenir de mon expérience chez Crédit Suisse probablement parce que c’était ma première expérience à Londres. Plein d’events étaient organisés pour nous : soirées, team buildings, activités caritatives, etc. ; ça permet de créer rapidement des liens avec les autres analystes et au sein de la banque.

 

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Rédigé par des pro, ce guide décrit les métiers de la finance et t'aidera à y voir + clair dans ton orientation !

Quel a été le déclic, le moment où tu t’es dit « ça y est, je quitte la finance » ?

Une reconversion réussie c’est tout un process. Cela prend du temps et de l’implication pour être sûr(e) de soi.
Plus je découvrais le monde des start-ups et de la Tech, et plus je trouvais cela passionnant !

Ensuite, en mûrissant l’idée, j’ai simplement senti que c’était le moment de me lancer !

Beaucoup prétendent qu’une carrière en finance de marché rend difficile les reconversions. Tu prouves le contraire avec tes différentes expériences post-Trading. Comment as-tu fait ?

Je suis d’accord sur le fait que ça ne soit pas facile ! Contrairement à la finance d’entreprise où on voit plus de choses, en finance de marché et surtout en Trading on est hyper spécialisé et parfois cantonné à une classe d’actifs par exemple.

Ce qui rend la reconversion pas évidente mais tout à fait possible.

A l’époque, j’étais très intéressée par le digital mais je n’y connaissais rien. J’ai eu la chance d’avoir un mentor chez Crédit Suisse qui m’a encouragé à me tourner vers la Tech, qui fascinait déjà tout le monde : c’était les débuts de Twitter, Facebook venait d’être introduit en bourse, il se passait vraiment quelque chose dans le monde de la Tech. Petit à petit j’ai suivi des cours sur le Digital Marketing, je me suis rendue à des events spécialisés puis de fil en aiguille, j’ai réussi ma reconversion post finance de marché en start-up/Tech.

 

Tu travailles à présent chez Snap, peux-tu nous expliquer tes missions ? 

Je suis commerciale chez Snap et mon travail consiste à accompagner les marques et les start-ups dans leur stratégie de communication, d’acquisition et d’expansion sur Snapchat. On a une plateforme self service qui s’appelle Snap Ads Manager qui permet aux marques de créer leurs campagnes publicitaires qui seront diffusées dans l’application Snapchat.

Mon rôle est donc de les aider dans leur stratégie pour atteindre leurs objectifs.

La plupart de mes clients ont des objectifs de performance : d’acquisition de nouveaux utilisateurs et surtout de croissance.

Snapchat est devenu maintenant incontournable dans une stratégie d’acquisition et de growth. 

 

Quels aspects de ton ancienne vie en Trading t’aident dans ton quotidien chez Snap ?

C’est une question que beaucoup de gens me posent. Je pense que le Trading est une excellente école pour apprendre à travailler sous pression, à être efficace et rigoureux.

On absorbe tellement de choses en Trading, on apprend à aller vite et à s’adapter, ce qui rend les choses plus faciles finalement lorsque l’on arrive dans un domaine/job qu’on ne connaît pas forcément.

LA4Lire aussi : Quick advice for your summer internship.

Snap est connu pour être le réseau social des adolescents. Ton expérience actuelle te permet-elle de comprendre un peu mieux la génération de demain ? Si oui, sous quels aspects ? 

Il faut savoir que sur Snapchat, plus de 80% de l’audience en France a plus de 18 ans.

C’est passionnant de travailler chez Snap parce que c’est une boite très innovante !

On a la chance d’être au cœur des changements aussi bien de communication que d’innovation, notamment sur la réalité augmentée.

Clairement, ça me permet de mieux comprendre les besoins et les habitudes de la génération de demain.

 

On dit souvent qu’en Front Office, on vit des journées très intenses. Ça ne te manque pas trop ? 

C’est vrai qu’en salle de marché, les journées sont hyper dynamiques, il y a une émulsion qui pour moi est unique, notamment à Londres (et j’imagine à NY). Le quotidien en start-up est différent mais peut être aussi très intense dans un autre style donc je m’y retrouve quand même.

 

Quels conseils tu donnerais, notamment au niveau des choix d’études et de stages, à quelqu’un qui veut faire du Trading ?

Je pense que le choix de la formation est très important tant sur ce que tu vas apprendre que pour le réseau que tu vas te faire. Selon moi, le Master 203 est une bonne porte d’entrée pour faire du Trading pour les raisons évoquées tout à l’heure.

En ce qui concerne les stages je recommanderais de faire plusieurs classes d’actifs, c’est très intéressant de faire du taux ET des actions avant de s’orienter. C’est très important de toucher à tout pendant ses stages, en M1, en M2, en Summer aussi. L’idéal serait un Summer où l’on fait plusieurs desks pour ensuite choisir ce qui nous correspond le mieux.

 

Mehdi El Moussaoui, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye

 


Commodities : panorama du marché des matières premières

Le marché des matières premières, bien que moins important en valeur relative que les marchés dérivés sur instruments financiers, est loin d’être négligeable et progresse en matière de transactions. Qu’elles soient d’origine végétale, animale, ou minérale, les commodities ont joué et jouent toujours un rôle essentiel dans le développement de tous les pays, qui en produisent, importent et exportent des volumes toujours plus élevés.

Les flux devenant de plus en plus importants et généralisés au fil du temps, la priorité a rapidement été de créer des structures physiques dans lesquelles marchands, négociants et courtiers pourraient échanger, acheter et vendre (immédiatement ou à terme) des matières premières.  C’est ainsi que dès le XVIe siècle, les bourses de commerce commencent à fleurir partout en Europe avec notamment la Bourse d’Amsterdam (1530), le Royal Exchange (1554) à Londres et deux siècles plus tard la Bourse de commerce de Paris (1767) et la London Sales Room au sein du Royal Exchange (1811). Côté américain, il faut attendre les XIXe et XXe siècles pour voir la création du Chicago Board of Trade et du New York Board of Trade. Aujourd’hui, les transactions purement financières ont largement supplanté les transactions physiques en nombre.

 

Produits échangés dans le “Commodity Market”

 

Dans une approche globale, sont considérés comme commodités :

  • des matières premières brutes extraites de la nature ou produites par elle ;
  • des biens de consommation essentiels, courants et très standardisés.

En voici une liste non exhaustive :

Énergie  charbon, pétrole brut, brent, gasoil, gaz naturel, uranium, thorium, éthanol, propane, hydrogène
Métaux aluminium, fer, or, argent, cuivre, platine, palladium, acier, zinc, étain, plomb, nickel, cobalt
Agriculture blé, riz, maïs, avoine, cacao, café, thé, farine, colza, haricot, caoutchouc, fruits, coton, algues, sucre, soja, huile de soja, huile de de palme, huile d’olive, jus d’orange, bois
Minéraux sable, gravier, argile, pierre, ardoise, sel, calcaire
Animaux lait, fromage, beurre, porc, chèvre, mouton, peaux, laine, crustacés, poissons, graisses animales, ivoire

 

 Les acteurs du marché

 

Les principales sociétés qui produisent et commercialisent des matières premières sont :

  • ExxonMobil, Total, Shell, BP et Chevron pour le pétrole ;
  • BHP Billiton, Rio Tinto et Vale pour les minerais ;
  • Nestlé, Danone, Monsanto, Tyson Foods et JBS Friboi pour les aliments.

Au niveau des productions nationales, plusieurs pays se distinguent :

  • la Côte d’Ivoire pour le cacao ;
  • l’Australie et le Brésil pour le fer ;
  • le Brésil et l’Inde pour le sucre brut ;
  • la Russie pour l’aluminium ;
  • la Chine, l’Inde et les Etats-Unis pour le coton ;
  • le Brésil pour le café ;
  • les Etats-Unis, le Canada, l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Russie pour le pétrole.

Des sociétés de courtage comme Vitol, Glencore, Cargill, Archer Daniels Midland (ADM), Bunge, Louis Dreyfus Company (LDC) et Trafigura interviennent aussi dans le processus de vente des commodités et même parfois d’extraction via l’acquisition de mines par exemple. Glencore a ainsi vendu près de 80 millions de tonnes de fer au cours de l’année 2018. Ces sociétés sont pour la plupart basées en Suisse, pôle mondial pour le négoce de matières premières.

 

LA4Lire aussi : Le rôle des sociétés de courtage de matières premières

 

Les banques sont également très actives sur les marchés à terme et de gré à gré de matières premières. La plupart possèdent des divisions et des bureaux spécialisés dans les commodities où des experts des marchés suivent en permanence les tendances et les évolution des cours. Certaines se sont même dotées de structures physiques (entrepôts de stockage, raffineries, centrales électriques, tankers pétroliers…) afin d’influer directement sur les stocks de matières premières et donc sur les cours. Il s’agira principalement de stocker pour faire grimper les prix et de déstocker pour les faire baisser. Goldman Sachs a ainsi engrangé plusieurs centaines de millions de dollars de bénéfices en rachetant des entrepôts de stockage de barres d’aluminium à Détroit en 2010. En effet, sa mainmise sur ces entrepôts lui a permis de contrôler les délais de livraison de ses barres (qui sont passés de 6 semaines à 16 mois en moyenne) et donc de faire grimper les prix alors même que l’offre mondiale d’aluminium s’est accrue durant cette période.

 

Places boursières importantes et vecteurs de volatilité

 

Plusieurs places boursières focalisent l’essentiel des activités financières et sont parfois spécialisées dans certaines commodités. On retrouve ainsi :

Chicago Board of Trade (CBOT, blé, maïs, riz brut, avoine, soja, huile, farine, lait, bois)

Chicago Mercantile Exchange (CME, matière premières animales (carcasses, animaux sur pied…))

New York Mercantile Exchange (NYME, cacao, café arabica, sucre, jus d’orange, coton)

Singapore Commodity Exchange (SICOM, essence, kérosène, gasoil)

Tokyo Grain Exchange (TGE, soja, café arabica, café robusta, haricots rouges, maïs, sucre roux, soie naturelle)

London Metal Exchange (LME, aluminium, cuivre, étain, nickel, plomb, zinc, acier ainsi que de nombreux métaux stratégiques et précieux)

London Bullion Market Association (LBMA, or, argent)

International Petroleum Exchange (IPE, pétrole brut, brent, gazole)

Paris Stock Exchange (Bourse de Paris, blé, maïs, colza, carcasse de porc, argent, iridium, or, palladium, platine, rhodium)

 Afin de pouvoir bénéficier d’une approche globale des cours de chaque matière première (et de chaque action en général), des organismes financiers ont développé des indices boursiers permettant d’avoir une vue condensée de l’évolution des cours. Il s’agit d’indicateurs clés pour déterminer la performance des différents marchés. Ils se définissent principalement par trois caractéristiques :

La date de création et la base de l’indice, l’échantillon considéré et le poids de chaque membre de l’échantillon au sein de l’indice. Le CAC 40 est l’indice phare de  la Bourse de Paris et représente la tendance des grandes capitalisations françaises. En ce qui  concerne les commodités, plusieurs indices ont été mis en place et sont régulièrement consultés : le Goldman Sachs Commodity Index (S&P GSCI, contient 22 commodités avec un poids d’environ 78% pour l’énergie, 6% pour les métaux, 2% pour les métaux précieux, 10% pour l’agriculture et 3% pour l’élevage), le Bloomberg Commodity Index (BCOM), le Thomson Reuters/Core Commodity CRB Index (TR/CC CRB), Rogers International Commodity Index (RICI) et le Standard & Poor’s Commodity Index (SPCI).

 

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Qui fixe les prix : les producteurs ou les financiers ?

 

Pour la plupart des produits agricoles, les prix étaient au départ extrêmement dépendants de la récolte. Si cette dernière était bonne, les prix diminuaient et si elle était mauvaise, ils explosaient. Très rapidement (dès le XIXe siècle en Angleterre), les premiers contrats à terme sont mis en place par les industriels avec un prix pour une livraison quasi-immédiate, un prix pour une livraison dans trois mois, et un autre pour six mois ; les producteurs souhaitant se protéger contre la fluctuation des prix et vendre leur production à l’avance. Ces prix étaient bien entendu fixés à l’avance avec par exemple un prix fixé six mois avant la livraison.

Ce raisonnement est également valable pour le pétrole. Afin de vendre des billets d’avion plusieurs mois à l’avance, les compagnies aériennes doivent s’assurer que le prix du kérosène n’explosera pas entre le moment où le billet est vendu et le moment où le vol a lieu. Le kérosène représentant environ 30% du prix du billet, si le prix de ce dernier venait à s’envoler, la compagnie serait alors privée de toute sa marge sur les billets qu’elle a vendus à l’avance. Elle se protège donc en garantissant le coût de ses approvisionnements : si le prix du pétrole explose, elle sera protégée par son contrat avec son fournisseur. Aujourd’hui, les causes majeures de volatilité sont principalement les aléas climatiques et les incidents politiques. Une sécheresse en Europe va par exemple doper les cours du blé et du maïs alors qu’un embargo d’un pays producteur sur le pétrole aura le même effet sur le prix du baril. Les conséquences sociales d’un accroissement brutal du prix des grandes céréales sur certaines populations sont très importantes notamment dans les pays émergents et du Sud. C’est pourquoi, de nombreuses institutions proposent des solutions afin de lisser les cours agricoles : rallongement des durées des contrats, réduction du gaspillage, renforcement des infrastructures de stockages dans les pays pauvres…

Le véritable essor des marchés a donc coïncidé avec l’introduction d’instruments permettant de se couvrir contre le risque de fluctuation. Ces fluctuations s’observent aussi bien sur les prix au comptant (livraison sous 1 à 2 jours) que sur les marchés à terme. C’est cette courbe des prix en fonction de la date de livraison qui a permis l’introduction des acteurs financiers dans le marché des commodités. Le prix à trois mois d’une matière première, par exemple le blé, reflète l’opinion moyenne. Si un acteur financier a une appréciation de la récolte différente de la moyenne et pense par exemple que le prix dans trois mois sera plus élevé qu’il ne l’est actuellement, il peut acheter du blé pour une livraison dans trois mois et le revendre au comptant une fois qu’il a été livré. Dans la pratique et la plupart du temps, il n’y a aucune livraison puisque le financier s’arrange avec le vendeur pour que ce dernier lui paye la différence : c’est la spéculation. Cette non-obligation d’acheter effectivement la commodité sur laquelle on spécule, de la stocker puis de la revendre, a permis aux financiers d’intervenir quand ils le souhaitent sur les marchés en fonction de leur avis personnel.

Il est également intéressant de signaler que contrairement à d’autres actifs comme les actions et à quelques exceptions près (des matières toxiques dont les producteurs veulent parfois se débarrasser comme le soufre), les commodities ne perdront jamais totalement leur valeur : on ne trouvera jamais du coton à 0$ !

 

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Financiarisation du marché des matières premières : un vecteur de stabilité ou de volatilité ?

 

Tout individu qui a un avis sur l’évolution des cours peut donc l’exprimer en achetant ou en vendant des commodities. Les financiers, bien qu’ils n’aient rien à voir avec la production et le stockage du cacao, peuvent influer sur le prix de ce dernier. Par exemple, une anticipation d’une hausse des prix entraînera des achats massifs. Cependant, la hausse des prix est aussi une occasion pour les vendeurs de vendre leur marchandise, lissant dès lors le phénomène spéculatif. Tout cela soulève une question importante : l’intervention des acteurs financiers dans les marchés de commodités est-elle un facteur d’instabilité ?

Il s’agit d’une question difficile et plusieurs économistes théoriciens de renoms ont des avis différents sur le sujet. Milton Friedman (prix Nobel d’économie en 1976) affirme que plus il y a d’intervenants financiers sur un marché, plus le prix est juste puisque ce dernier représente l’opinion d’un plus grand nombre de personnes. À l’inverse, d’autres soutiennent que ces financiers sont source de “bruit” et donc de volatilité. En pratique, cela n’est pas réellement vérifiable puisque les acteurs financiers interviennent effectivement dans les processus de stockage et parfois même de production des commodities. Il est donc aujourd’hui illusoire de vouloir séparer les producteurs et les intervenants financiers des matières premières.

D’un autre côté, on peut penser que si les producteurs étaient les seuls à fixer les prix des commodités de base, ces derniers seraient authentiques et ne fluctueraient quasiment pas dans la mesure où ces producteurs sont des industriels qui connaissent bien mieux les marchés dans lesquelles ils interviennent que les acteurs financiers. Ce qui n’est pas forcément le cas. Dans les banques demeurent encore des spécialistes des matières premières qui suivent au quotidiens les marchés dans lesquels ils sont spécialisés, et qui connaissent parfois ces industries en question aussi bien que les producteurs, voire même mieux. Il apparaît donc légitime d’estimer que les interventions de ces professionnels de la finance stabilisent les marchés plus qu’elles ne les rendent volatiles ; d’autant plus que les prix à long terme sont beaucoup plus stables que les prix au comptant (effet Samuelson).

 

Bibliographie – Pour aller plus loin

 

Voici une liste de documents en libre accès permettant d’approfondir certains points comme les différents types de contrats à terme, les fluctuations des cours ou les solutions pour se couvrir contre ces dernières.

 

[1]       Lautier Delphine, Simon Yves. La volatilité des prix des matières premières. Revue d’économie financière, n°74, 2004. La volatilité des marchés financiers. pp. 45-84.

 

[2]      World Bank Group. Commodity Markets Outlook – Food Price Shocks : Channels and Implications. Avril 2019.

 

[3]      Food and Agriculture Organization of the United Nations. The State of Agricultural Commodity Markets – Agricultural Trade, Climate Change and Food Security. Rome, 2018.

 

[4]      Papa Gueye Fam. Marchés des matières premières agricoles et dynamique des cours : un réexamen par la financiarisation. Economies et finances. Université de Toulon, 2016.

 

[5]      République française – Centre d’analyse stratégique. Volatilité des prix des matières premières. La note d’analyse n°206. Janvier 2011.

 

Racil Kacem, étudiant à l’ISAE-SUPAERO et contributeur du blog AlumnEye