Commodities : panorama du marché des matières premières

Le marché des matières premières, bien que moins important en valeur relative que les marchés dérivés sur instruments financiers, est loin d’être négligeable et progresse en matière de transactions. Qu’elles soient d’origine végétale, animale, ou minérale, les commodities ont joué et jouent toujours un rôle essentiel dans le développement de tous les pays, qui en produisent, importent et exportent des volumes toujours plus élevés.

Les flux devenant de plus en plus importants et généralisés au fil du temps, la priorité a rapidement été de créer des structures physiques dans lesquelles marchands, négociants et courtiers pourraient échanger, acheter et vendre (immédiatement ou à terme) des matières premières.  C’est ainsi que dès le XVIe siècle, les bourses de commerce commencent à fleurir partout en Europe avec notamment la Bourse d’Amsterdam (1530), le Royal Exchange (1554) à Londres et deux siècles plus tard la Bourse de commerce de Paris (1767) et la London Sales Room au sein du Royal Exchange (1811). Côté américain, il faut attendre les XIXe et XXe siècles pour voir la création du Chicago Board of Trade et du New York Board of Trade. Aujourd’hui, les transactions purement financières ont largement supplanté les transactions physiques en nombre.

 

Produits échangés dans le “Commodity Market”

 

Dans une approche globale, sont considérés comme commodités :

  • des matières premières brutes extraites de la nature ou produites par elle ;
  • des biens de consommation essentiels, courants et très standardisés.

En voici une liste non exhaustive :

Énergie  charbon, pétrole brut, brent, gasoil, gaz naturel, uranium, thorium, éthanol, propane, hydrogène
Métaux aluminium, fer, or, argent, cuivre, platine, palladium, acier, zinc, étain, plomb, nickel, cobalt
Agriculture blé, riz, maïs, avoine, cacao, café, thé, farine, colza, haricot, caoutchouc, fruits, coton, algues, sucre, soja, huile de soja, huile de de palme, huile d’olive, jus d’orange, bois
Minéraux sable, gravier, argile, pierre, ardoise, sel, calcaire
Animaux lait, fromage, beurre, porc, chèvre, mouton, peaux, laine, crustacés, poissons, graisses animales, ivoire

 

 Les acteurs du marché

 

Les principales sociétés qui produisent et commercialisent des matières premières sont :

  • ExxonMobil, Total, Shell, BP et Chevron pour le pétrole ;
  • BHP Billiton, Rio Tinto et Vale pour les minerais ;
  • Nestlé, Danone, Monsanto, Tyson Foods et JBS Friboi pour les aliments.

Au niveau des productions nationales, plusieurs pays se distinguent :

  • la Côte d’Ivoire pour le cacao ;
  • l’Australie et le Brésil pour le fer ;
  • le Brésil et l’Inde pour le sucre brut ;
  • la Russie pour l’aluminium ;
  • la Chine, l’Inde et les Etats-Unis pour le coton ;
  • le Brésil pour le café ;
  • les Etats-Unis, le Canada, l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Russie pour le pétrole.

Des sociétés de courtage comme Vitol, Glencore, Cargill, Archer Daniels Midland (ADM), Bunge, Louis Dreyfus Company (LDC) et Trafigura interviennent aussi dans le processus de vente des commodités et même parfois d’extraction via l’acquisition de mines par exemple. Glencore a ainsi vendu près de 80 millions de tonnes de fer au cours de l’année 2018. Ces sociétés sont pour la plupart basées en Suisse, pôle mondial pour le négoce de matières premières.

 

LA4Lire aussi : Le rôle des sociétés de courtage de matières premières

 

Les banques sont également très actives sur les marchés à terme et de gré à gré de matières premières. La plupart possèdent des divisions et des bureaux spécialisés dans les commodities où des experts des marchés suivent en permanence les tendances et les évolution des cours. Certaines se sont même dotées de structures physiques (entrepôts de stockage, raffineries, centrales électriques, tankers pétroliers…) afin d’influer directement sur les stocks de matières premières et donc sur les cours. Il s’agira principalement de stocker pour faire grimper les prix et de déstocker pour les faire baisser. Goldman Sachs a ainsi engrangé plusieurs centaines de millions de dollars de bénéfices en rachetant des entrepôts de stockage de barres d’aluminium à Détroit en 2010. En effet, sa mainmise sur ces entrepôts lui a permis de contrôler les délais de livraison de ses barres (qui sont passés de 6 semaines à 16 mois en moyenne) et donc de faire grimper les prix alors même que l’offre mondiale d’aluminium s’est accrue durant cette période.

 

Places boursières importantes et vecteurs de volatilité

 

Plusieurs places boursières focalisent l’essentiel des activités financières et sont parfois spécialisées dans certaines commodités. On retrouve ainsi :

Chicago Board of Trade (CBOT, blé, maïs, riz brut, avoine, soja, huile, farine, lait, bois)

Chicago Mercantile Exchange (CME, matière premières animales (carcasses, animaux sur pied…))

New York Mercantile Exchange (NYME, cacao, café arabica, sucre, jus d’orange, coton)

Singapore Commodity Exchange (SICOM, essence, kérosène, gasoil)

Tokyo Grain Exchange (TGE, soja, café arabica, café robusta, haricots rouges, maïs, sucre roux, soie naturelle)

London Metal Exchange (LME, aluminium, cuivre, étain, nickel, plomb, zinc, acier ainsi que de nombreux métaux stratégiques et précieux)

London Bullion Market Association (LBMA, or, argent)

International Petroleum Exchange (IPE, pétrole brut, brent, gazole)

Paris Stock Exchange (Bourse de Paris, blé, maïs, colza, carcasse de porc, argent, iridium, or, palladium, platine, rhodium)

 Afin de pouvoir bénéficier d’une approche globale des cours de chaque matière première (et de chaque action en général), des organismes financiers ont développé des indices boursiers permettant d’avoir une vue condensée de l’évolution des cours. Il s’agit d’indicateurs clés pour déterminer la performance des différents marchés. Ils se définissent principalement par trois caractéristiques :

La date de création et la base de l’indice, l’échantillon considéré et le poids de chaque membre de l’échantillon au sein de l’indice. Le CAC 40 est l’indice phare de  la Bourse de Paris et représente la tendance des grandes capitalisations françaises. En ce qui  concerne les commodités, plusieurs indices ont été mis en place et sont régulièrement consultés : le Goldman Sachs Commodity Index (S&P GSCI, contient 22 commodités avec un poids d’environ 78% pour l’énergie, 6% pour les métaux, 2% pour les métaux précieux, 10% pour l’agriculture et 3% pour l’élevage), le Bloomberg Commodity Index (BCOM), le Thomson Reuters/Core Commodity CRB Index (TR/CC CRB), Rogers International Commodity Index (RICI) et le Standard & Poor’s Commodity Index (SPCI).

 

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Qui fixe les prix : les producteurs ou les financiers ?

 

Pour la plupart des produits agricoles, les prix étaient au départ extrêmement dépendants de la récolte. Si cette dernière était bonne, les prix diminuaient et si elle était mauvaise, ils explosaient. Très rapidement (dès le XIXe siècle en Angleterre), les premiers contrats à terme sont mis en place par les industriels avec un prix pour une livraison quasi-immédiate, un prix pour une livraison dans trois mois, et un autre pour six mois ; les producteurs souhaitant se protéger contre la fluctuation des prix et vendre leur production à l’avance. Ces prix étaient bien entendu fixés à l’avance avec par exemple un prix fixé six mois avant la livraison.

Ce raisonnement est également valable pour le pétrole. Afin de vendre des billets d’avion plusieurs mois à l’avance, les compagnies aériennes doivent s’assurer que le prix du kérosène n’explosera pas entre le moment où le billet est vendu et le moment où le vol a lieu. Le kérosène représentant environ 30% du prix du billet, si le prix de ce dernier venait à s’envoler, la compagnie serait alors privée de toute sa marge sur les billets qu’elle a vendus à l’avance. Elle se protège donc en garantissant le coût de ses approvisionnements : si le prix du pétrole explose, elle sera protégée par son contrat avec son fournisseur. Aujourd’hui, les causes majeures de volatilité sont principalement les aléas climatiques et les incidents politiques. Une sécheresse en Europe va par exemple doper les cours du blé et du maïs alors qu’un embargo d’un pays producteur sur le pétrole aura le même effet sur le prix du baril. Les conséquences sociales d’un accroissement brutal du prix des grandes céréales sur certaines populations sont très importantes notamment dans les pays émergents et du Sud. C’est pourquoi, de nombreuses institutions proposent des solutions afin de lisser les cours agricoles : rallongement des durées des contrats, réduction du gaspillage, renforcement des infrastructures de stockages dans les pays pauvres…

Le véritable essor des marchés a donc coïncidé avec l’introduction d’instruments permettant de se couvrir contre le risque de fluctuation. Ces fluctuations s’observent aussi bien sur les prix au comptant (livraison sous 1 à 2 jours) que sur les marchés à terme. C’est cette courbe des prix en fonction de la date de livraison qui a permis l’introduction des acteurs financiers dans le marché des commodités. Le prix à trois mois d’une matière première, par exemple le blé, reflète l’opinion moyenne. Si un acteur financier a une appréciation de la récolte différente de la moyenne et pense par exemple que le prix dans trois mois sera plus élevé qu’il ne l’est actuellement, il peut acheter du blé pour une livraison dans trois mois et le revendre au comptant une fois qu’il a été livré. Dans la pratique et la plupart du temps, il n’y a aucune livraison puisque le financier s’arrange avec le vendeur pour que ce dernier lui paye la différence : c’est la spéculation. Cette non-obligation d’acheter effectivement la commodité sur laquelle on spécule, de la stocker puis de la revendre, a permis aux financiers d’intervenir quand ils le souhaitent sur les marchés en fonction de leur avis personnel.

Il est également intéressant de signaler que contrairement à d’autres actifs comme les actions et à quelques exceptions près (des matières toxiques dont les producteurs veulent parfois se débarrasser comme le soufre), les commodities ne perdront jamais totalement leur valeur : on ne trouvera jamais du coton à 0$ !

 

LA4Lire aussi : Trafigura, sur la voie de la rédemption

 

Financiarisation du marché des matières premières : un vecteur de stabilité ou de volatilité ?

 

Tout individu qui a un avis sur l’évolution des cours peut donc l’exprimer en achetant ou en vendant des commodities. Les financiers, bien qu’ils n’aient rien à voir avec la production et le stockage du cacao, peuvent influer sur le prix de ce dernier. Par exemple, une anticipation d’une hausse des prix entraînera des achats massifs. Cependant, la hausse des prix est aussi une occasion pour les vendeurs de vendre leur marchandise, lissant dès lors le phénomène spéculatif. Tout cela soulève une question importante : l’intervention des acteurs financiers dans les marchés de commodités est-elle un facteur d’instabilité ?

Il s’agit d’une question difficile et plusieurs économistes théoriciens de renoms ont des avis différents sur le sujet. Milton Friedman (prix Nobel d’économie en 1976) affirme que plus il y a d’intervenants financiers sur un marché, plus le prix est juste puisque ce dernier représente l’opinion d’un plus grand nombre de personnes. À l’inverse, d’autres soutiennent que ces financiers sont source de “bruit” et donc de volatilité. En pratique, cela n’est pas réellement vérifiable puisque les acteurs financiers interviennent effectivement dans les processus de stockage et parfois même de production des commodities. Il est donc aujourd’hui illusoire de vouloir séparer les producteurs et les intervenants financiers des matières premières.

D’un autre côté, on peut penser que si les producteurs étaient les seuls à fixer les prix des commodités de base, ces derniers seraient authentiques et ne fluctueraient quasiment pas dans la mesure où ces producteurs sont des industriels qui connaissent bien mieux les marchés dans lesquelles ils interviennent que les acteurs financiers. Ce qui n’est pas forcément le cas. Dans les banques demeurent encore des spécialistes des matières premières qui suivent au quotidiens les marchés dans lesquels ils sont spécialisés, et qui connaissent parfois ces industries en question aussi bien que les producteurs, voire même mieux. Il apparaît donc légitime d’estimer que les interventions de ces professionnels de la finance stabilisent les marchés plus qu’elles ne les rendent volatiles ; d’autant plus que les prix à long terme sont beaucoup plus stables que les prix au comptant (effet Samuelson).

 

Bibliographie – Pour aller plus loin

 

Voici une liste de documents en libre accès permettant d’approfondir certains points comme les différents types de contrats à terme, les fluctuations des cours ou les solutions pour se couvrir contre ces dernières.

 

[1]       Lautier Delphine, Simon Yves. La volatilité des prix des matières premières. Revue d’économie financière, n°74, 2004. La volatilité des marchés financiers. pp. 45-84.

 

[2]      World Bank Group. Commodity Markets Outlook – Food Price Shocks : Channels and Implications. Avril 2019.

 

[3]      Food and Agriculture Organization of the United Nations. The State of Agricultural Commodity Markets – Agricultural Trade, Climate Change and Food Security. Rome, 2018.

 

[4]      Papa Gueye Fam. Marchés des matières premières agricoles et dynamique des cours : un réexamen par la financiarisation. Economies et finances. Université de Toulon, 2016.

 

[5]      République française – Centre d’analyse stratégique. Volatilité des prix des matières premières. La note d’analyse n°206. Janvier 2011.

 

Racil Kacem, étudiant à l’ISAE-SUPAERO et contributeur du blog AlumnEye

 


Le marché des Green Bonds au ralenti

Les Green Bonds, ou « Obligations Vertes » en français, sont une nouvelle forme d’obligations apparues il y a une dizaine d’années. Dans la continuité du mouvement d’une finance plus responsable et de la signature de l’accord de Paris sur le climat, ce nouveau mode de financement est de plus en plus populaire, et compte des profils d’émetteurs et d’investisseurs très variés. Mais après un succès croissant, les montants émis ces dernières années ont stagné, traduisant les doutes des investisseurs envers cet outil parfois jugé opaque…

 

Quelles différences avec une obligation classique ?

 

Les Green Bonds ont le même fonctionnement que les obligations « classiques », à quelques nuances près. Si cet outil est avant tout un moyen de financement pour l’émetteur, un Green Bonds a pour vocation, et se doit, de financer la transition énergétique. Derrière ce terme générique très large se cachent de nombreuses possibilités : énergies renouvelables, efficacité énergétique, gestion de l’eau, valorisation des déchets ou encore réduction de l’empreinte carbone des moyens de transport. L’usage des fonds est donc un engagement pris par l’émetteur, qui doit aussi produire chaque année un reporting sur la vie du projet. Cet engagement fait souvent l’objet d’une notation extra-financière, qui s’additionne donc au scoring réalisé par les agences de notation classiques.

À l’image des obligations classiques, les émetteurs peuvent être de deux natures : privés (entreprises, banques) ou publiques (états, collectivités, agences, banques supranationales). Les émetteurs s’appuient ensuite sur des arrangeurs (banques)  pour émettre leurs produits sur le marché primaire. À l’échelle mondiale, CACIB se place en première place, avec  6,9% du marché en 2018 ; suivi de près par BAML et HSBC. En termes numéraires, chacune de ces banques a piloté pour près de 7,5Md$ en 2018, parmi un marché global de 167Md$ cette même année. Enfin des organismes tiers (Vigeo Eiris, Sustainalytics, CICERO…) peuvent être impliqués dans le processus d’émission d’un Green Bond, pour certifier le caractère « vert » du projet financé. 69% des corporate Green Bonds sont certifiés, et rencontrent logiquement un plus grand succès auprès des investisseurs car jugés plus fiables, plus crédibles.

Un Green Bond suit donc le même mode de fonctionnement qu’une obligation classique, tout en ajoutant un engagement de l’émetteur à utiliser ces fonds pour un usage éthique envers l’environnement. En termes de rendement, la dernière tranche de l’OAT verte française, émise en janvier 2017, était de 1,25% à 22 ans ; c’est donc un placement à retour faible mais sécurisé pour l’investisseur.

 

LA4Lire aussi : Qu’est ce que le Debt Capital Market (DCM) ?

 

Un succès indéniable

 

Le tout premier Green Bond a été émis par la Banque Européenne d’Investissement (BEI) en juillet 2007, sous le nom de « Climate Awareness Bond ».  La Banque Mondiale fait de même en 2008, mais le véritable essor de ce marché intervient en 2012. Ce marché commence alors à se structurer autour du premier benchmark par l’International Finance Corporation, puis par la publication des « Green Bond Principles » en 2013. Un consortium de banques composé de BAML, CitiGroup, JP Morgan et CACIB promeut à travers cet ouvrage un ensemble de recommandations pour l’émission d’un Green Bond, en encourageant la transparence et l’intégrité des acteurs.

Environ 10Md$ sont émis cette année, puis 40 Md$  en 2014, 80 Md$  en 2016 et 167 Md$  en 2018 selon Moody’s. Les états et agences internationales ont été les premiers moteurs du marché, avec notamment des pays européens précurseurs (Pologne, France), plus tardivement suivis par les États-Unis et la Chine. On estime d’ailleurs que 10%  des émissions d’obligations souveraines en 2018 sont vertes.  Ce moyen de financement gagne aussi en popularité auprès des entreprises privées avec notamment EDF, Unilever, Unibail ou encore Engie en porte-étendards.

Mais au-delà d’un simple moyen de financement, l’émission d’un Green Bond peut permettre de valoriser l’image d’une entreprise auprès des investisseurs et du grand public. En 2017, Apple avait répondu à Trump en émettant un Green Bond d’1Md$ suite à la décision de Washington de se retirer de l’accord de Paris sur le climat. Succédant à un premier Green Bond de 1,5Md$ l’année précédente,  cette opération fut d’une dimension symbolique très forte, puisque la firme à la pomme disposait alors de 250Md$ de trésorerie et n’avait aucun besoin de fonds supplémentaires.

L’agence Thomson Reuters s’est penchée en 2018 sur la question de l’efficacité de ces Green Bonds, en se référant à sa propre échelle « ASSET4 » qui attribue une note ESG (Environnemental, Social, Gouvernance)  à chaque entreprise. Il en sort que chaque entreprise  ayant émis au moins un Green Bond voit son score augmenter de 6,1 points (sur 100). Reuters a aussi mesuré une proportionnalité de 17 tonnes de CO2  émis en moins par million de dollar de Green Bond émis, soit l’équivalent de l’empreinte carbone annuelle d’un foyer français. Enfin Reuters note que la part des brevets verts parmi tous les brevets émis annuellement par ces entreprises augmente de 2,1%. S’il n’est nullement question de mesurer et de commenter l’efficacité de ces Green Bonds, cette étude vient valider l’impact réel de ce nouveau moyen de financement.

 

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Absence de réglementation et Greenwashing

 

Mais après des années de forte croissance du marché, et un premier essoufflement visible en 2018 (3% de croissance), les prévisions pour 2019 ne sont pas de bon augure. HSBC table en effet sur un volume d’émission de Green Bonds compris entre 140 et 180Md$, soit une croissance très faible, voire une régression par rapport à 2018. Si Moody’s se montre plus optimiste et prévoit 200Md$, cette hypothèse avait déjà été prise en 2017 pour 2018, pour un résultat final de 167Md$…. Bien sûr cette stagnation du marché intervient alors que le marché général de l’obligataire est lui-même hésitant, avec des taux de plus en plus faibles.

Mais cette stagnation traduit plus profondément la remise en cause, et l’intensification d’une forme de défiance envers les Green Bonds. Ces derniers comptant pour moins d’1% du marché obligataire mondial, ils sont sujets à des risques de liquidité non négligeables. L’investisseur peut en effet avoir du mal à revendre son titre sur le marché secondaire, et est parfois contraint d’aller jusqu’à maturité. Seule une augmentation significative du volume de Green Bonds en circulation permettrait d’effacer ce risque de liquidité, et de les considérer alors comme des instruments financiers à part entière. De plus le marché ne comporte aucun cadre juridique clair, ce qui inquiète d’ailleurs l’AMF en France. Les engagements de l’émetteur ne figurent pas toujours sur la première page  des plaquettes, et il n’existe en général aucune clause punitive en cas de contre-performance verte ; si ce n’est la réputation de l’émetteur… Le Greenwashing, ou écoblanchiment,  apparaît alors comme un véritable risque : l’émission d’un Green Bond permet de redorer l’image d’une entreprise, même si cette dernière ne prend aucun véritable engagement envers l’environnement.

Enfin il n’existe à ce jour aucune définition universelle du mot « vert », quand associé à la finance. En mai 2017 le pétrolier espagnol Repsol émet un Green Bond de 500M€ (5 ans, 0,50%), notamment certifié conforme au Green Bond Principles par l’agence Vigeo Eiris. Le pétrolier s’engage alors à améliorer l’efficacité énergétique de ses raffineries pour réduire son empreinte carbone de 10%, mais confirme sur le long terme sa volonté de continuer à exploiter cette source d’énergie très polluante. Après de nombreuses controverses, l’obligation de Repsol a finalement été exclue de la majorité des indices de Green Bonds ainsi que de la puissante organisation « Climate Bond Initiative », mais n’a pas empêché Repsol d’être récompensé par d’autres organisations. L’incertitude qui ressort de cet exemple montre à quel point la définition de « vert » est subjective, puisque touchant à la notion d’éthique, qui est purement personnelle. Il n’existe d’ailleurs aucune organisation supranationale régulant l’attribution du label « Green » à un outil financier, et qui laisse l’investisseur, qui n’a souvent pas l’expérience et le savoir-faire pour le mesurer lui-même, seul décideur de la véracité de cette appellation.

 

LA4Lire aussi : La Finance s’intéresse aux énergies renouvelables

 

Un avenir incertain

 

Le marché des Green Bonds entre donc dans une phase critique de sa courte existence. Après une croissance initiale exponentielle, poussée par une forte demande et une première structuration du marché, ce dernier connaît une longue période de stagnation. Les investisseurs sont à présent plus exigeants en termes de certifications et de performances des engagements verts, pour éviter tous types de Greenwashing encore facilités par le manque de cadre réglementaire à l’échelle internationale. Ces investisseurs n’hésitent pas à se tourner vers d’autres Social Bonds, ou Sustainable Bonds, qui se basent sur des critères plus larges (ESG), et dont la croissance de 35% en 2018 permet à ce marché de dépasser les 35Md$.

Malgré la présence de nombreux acteurs de référence et d’agences de notation extra-financières, il faudrait dès à présent instaurer une méthode et une certification universelle. Basé sur une concertation des pouvoirs publics et des industriels concernés, un référentiel unique permettrait alors de noter et de suivre dans le temps la performance des engagements verts pris par les émetteurs. Mais comment construire une grille de notation objective, lorsque la définition d’un investissement vert comporte une grande part de subjectivité ?  Sans notation universelle, et malgré la présence des agences de notation et d’acteurs de référence, l’investisseur serait alors seul responsable et juge de la performance verte de son investissement. Quoi qu’il en soit, seuls un affermissement du cadre réglementaire et une homogénéisation des méthodes de certification permettront à court au terme de faire redécoller le marché des Green Bonds. Redonner confiance aux investisseurs est vital, pour que ces derniers puissent continuer à supporter une finance verte et vertueuse.

 

Théophile Augustin, étudiant à HEI Lille et contributeur du blog AlumnEye

 


Tout savoir sur les ETFs grâce à Alexandre Roubaud, responsable du marché secondaire et optionnel des ETFs iShares chez Blackrock

Avec près de 10 ans d’expérience sur le marché des ETFs (Exchange Traded Funds) dans des institutions de renommée internationale telles que BNP Paribas, Crédit Suisse et BlackRock, Alexandre Roubaud a développé une expertise complète sur ce produit. Actuellement en poste chez Blackrock, leader du marché mondial des ETFs, il nous dévoile dans cette interview son parcours, les subtilités de ces produits – définition, construction, intérêt – ainsi que les perspectives d’emploi dans ce secteur.

 

Bonjour Alexandre, merci d’avoir accepté de répondre à̀ nos questions.

 

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

 

Après avoir été diplômé du bachelor de l’EDHEC, et un premier stage en salle des marchés chez CACIB (Crédit Agricole CIB), j’ai voulu continuer mes études en validant le Msc Financial Markets & Investment à SKEMA. A la fin de ce dernier, je suis entré en Graduate chez un Market Maker d’ETFs pour ensuite rejoindre l’équipe de structuration indicielle de BNP Paribas. Après un an à la BNP, j’ai eu l’opportunité d’intégrer l’équipe ETF Global Markets de Crédit Suisse. L’émetteur ETF de Crédit Suisse s’étant fait racheter par BlackRock en 2013, j’ai intégré l’équipe Global Markets EMEA de BlackRock dans laquelle je suis actuellement responsable du marché secondaire et optionnel.

 

Qu’est-ce qu’un ETF ?

 

Pour expliquer un ETF simplement, partons d’un indice que tout le monde connaît : le CAC 40. Celui-ci est composé de 40 actions. Si une personne souhaite investir dans le CAC 40, elle peut soit acheter les 40 actions de cet indice selon une certaine pondération prédéfinie par la méthodologie de l’indice, soit acheter une part d’un ETF qui va répliquer exactement la performance du CAC 40. Ainsi, un ETF est un moyen facile d’accéder à la performance d’un indice sans avoir à gérer un panier d’actions comme le ferait un gérant de portefeuille.

 

Comment se construit un ETF ? Blackrock utilise-t-il une méthode en particulier ?

 

Il y a deux méthodologies principales pour construire un ETF : physique ou synthétique. La méthode physique consiste simplement à répliquer un indice en achetant directement les sous-jacents. C’est la méthode la plus utilisée, notamment aux USA. La méthode synthétique quant à elle consiste à recevoir la performance d’un indice via un swap conclu avec une banque d’investissement.

Les institutions américaines comme Blackrock utilisent historiquement la méthode physique.

Les émetteurs français ont quant à eux historiquement plutôt tendance à utiliser la méthode synthétique, car l’émetteur d’ETFs est souvent une entité appartenant à̀ une banque d’investissement.

De manière générique, il n’y a pas de méthodologie à privilégier. Chacune a ses avantages et inconvénients et c’est vraiment du cas par cas en fonction du type de sous-jacent, de la domiciliation de l’ETF etc…

LA4Lire aussi : Le métier de Sales : tips et décryptage, une interview AlumnEye

 

A qui s’adresse ce type de produit ? Quelle est la tendance des ventes en Europe ?

 

Du fait de la diversité des produits proposés, les ETFs s’adressent à tout le monde. Vous trouverez du thématique, facteurs, crédits, matières premières, fx hedge, duration hedge etc… bref tout pour construire et optimiser un portefeuille. Notre clientèle est donc très diversifiée, Asset Managers, Assurances, Fonds structurés, banques centrales etc… c’est en partie ce qui rend notre business si intéressant.

Maintenant la grosse différence avec les US, c’est le marché retail. On peut y voir là-bas ~50% de l’activité venant de ce segment. En Europe la pénétration est pour le moment négligeable. Comment expliquer une telle différence ? Avant toute chose la culture financière y est bien mieux implémentée aux USA. Mais aussi les banques de réseaux en Europe auront tendance à limiter l’accès aux ETFs à leurs clients et privilégieront avant toute chose leurs fonds mutuels. Essayez donc d’acheter des ETFs via une assurance vie…très peu de contrats offrent cette possibilité…mais les choses évoluent dans le bon sens.

 

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Travailler avec des ETFs requiert une certaine technicité. Selon toi, quelles sont les qualités recherchées à l’embauche d’un candidat ?

 

Concernant les juniors, il est toujours appréciable qu’ils aient une expertise en codage. A mon époque c’était VBA, maintenant la tendance se tourne plutôt vers Python ou SQL.

Étant dans une institution américaine, on ne s’intéresse pas réellement aux connaissances techniques en premier lieu. D’ailleurs, il est fréquent que les Graduates chez BlackRocks soient issus d’un master en philosophie ou en histoire de l’art par exemple. On recherche avant tout la flexibilité i.e. que le candidat n’ait pas une approche trop académique des sujets afin qu’il soit capable de se remettre en question.

On attend également que le candidat ait un esprit créatif et soit capable d’être innovant dans son approche. C’est d’ailleurs une question que l’on pose souvent à nos juniors : quel genre d’ETF tu créerais ? L’objectif est que le candidat soit capable de développer une idée novatrice.

 

En quoi consiste ton poste au quotidien ?

 

Je travaille au sein de l’équipe « Global Markets » qui est en charge des interactions entre l’émetteur et le marché. Son but premier de l’équipe est d’assurer la liquidité des ETFs. Chez Blackrock l’équipe est scindée en 2 divisions : le marché primaire, qui assure le bon fonctionnement du processus de création et rédemption des ETFs et le marché secondaire. Je suis en charge de cette seconde équipe dont l’objectif est de stimuler la croissance et l’efficience de l’activité de trading sur nos produits.

Cela se fait par plusieurs axes :

1) Gérer et développer un réseau de market makers et brokers faisant des prix sur nos produits,

2) Travailler avec les bourses et régulateurs pour améliorer l’écosystème européen,

3) Travailler sur des projets annexes ayant un impact direct sur la liquidité de nos produits comme le business optionnel ou de prêt emprunt,

4) Accompagner nos clients lors de leurs exécutions,

5) Un aspect de plus en plus important dans notre industrie, travailler en continue avec nos équipes « tech » pour créer ou améliorer divers outils informatiques nous fournissant un avantage compétitif.

Donc du fait de la diversité des tâches, je n’ai pas vraiment de day to day.

 

Comment s’est porté le marché des ETFs en 2018 ? Quelles seront les prochaines innovations selon toi ? 

 

Ce qu’il faut revenir de 2018 pour le marché ETF, c’est l’implémentation de MiFID II, une directive concernant les marchés d’instruments financiers ayant eu un impact multiple sur notre business.

Le marché des ETFs en Europe est structurellement problématique car il est fragmenté entre plusieurs marchés organisés (chaque pays européen ayant sa bourse), et une grande partie de l’activité se fait OTC (~70%). Donc il était historiquement très difficile d’avoir une visibilité sur l’ensemble des exécutions.

Avec MIFID II, chaque exécution doit être maintenant reportée et rendue public. C’est ce que l’on nomme la Post Trade Transparency. Cela fut déterminant car maintenant le marché peut avoir une vision précise de ce qui se traite réellement sur les ETFs, et cela apaise certaines inquiétudes que pouvaient avoir des clients finaux sur la liquidité des produits – dans certains cas, nous avons observé des volumes moyens sur certains ETFs être multipliés par 20. Cela accélère l’adoption de l’utilisation des ETFs notamment par les clients qui n’étaient pas convaincus initialement de la liquidité de ces produits.

En ce qui concerne les innovations, on observe actuellement un « boom » de la demande sur l’investissement socialement responsable ou encore de l’investissement sur des thématiques particulières. Aujourd’hui, les ETFs peuvent donner un accès très aisé à des thématiques comme la robotique.

 

Peux-tu nous expliquer les différences entre une gestion active et une gestion indicielle d’un ETF ? L’une est-elle préférable à l’autre ? 

La gestion indicielle consiste à suivre la performance d’un indice, le rôle du gérant de l’ETF est de minimiser l’erreur de réplication. Au contraire, la gestion active consiste à offrir aux investisseurs une vision de marché dans le but de surperformer un indice. Les deux sont en théorie opposés, mais finalement elles sont assez complémentaires dans la construction d’un portefeuille.

 

Avez-vous déjà encadré des stagiaires ou des juniors ? Si oui, quelles étaient leurs missions ?  

 

Oui dans les deux cas. Concernant les Summer Interns, nous donnons habituellement un projet à court terme (environ 1 mois) sur différentes thématiques : création d’un outil, veille de marché, etc. Le but du projet est de voir si le stagiaire sait gérer son temps, montrer une certaine indépendance etc…dans l’optique de l’embaucher pour le graduate program de l’année suivante.

Concernant les juniors, en plus du day to day, il est important de leur donner le contrôle de projets plus stratégiques qui vont développer chez eux sur le moyen terme de nouvelles compétences qu’ils pourront réutiliser pour occuper un poste de plus grande ampleur.

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En quoi le milieu des ETFs a-t-il évolué depuis ses débuts ?

 

Lors de ma première expérience du côté trading, le pricing était pour la plupart des boites encore très manuel et pouvait se faire encore sur un fichier excel. Maintenant la plupart des process ont été entièrement automatisés. Même les demandes OTC, qui historiquement étaient faites au téléphone ou par chat Bloomberg, sont maintenant électroniques avec des algorithmes qui auto-quotent. Tout est de plus en plus automatisé et l’humain a de moins en moins sa place. Mais cela n’est pas spécifique aux ETFs…

 

Quelles sont les perspectives d’emploi dans ce secteur ?

 

En raison de l’évolution du marché décrite à l’instant, le métier de « Sales Trader » est voué à̀ disparaître, un peu comme ce qui s’est passé en Cash Equity. Mais les « Sales Specialists » ont eux un bel avenir. En effet, les ETFs ne se contentent plus de suivre un indice « basique ». Nous voyons de plus en plus d’innovations dans le secteur avec l’arrivée des thématiques, smart beta etc… et les émetteurs vont de plus en plus chercher des Sales avec une expertise produit précise. Concernant le trading, les profils d’ingénieurs vont continuer d’attirer pour leur qualité d’expertise sur la technologie. Enfin, je pense qu’il y aura une forte demande sur les métiers liés à la régulation qui devient de plus en plus un point central de notre métier.

 

Nicolas Sombret, étudiant à l’ESSEC et contributeur du blog AlumnEye

 


"Les tips qui m’ont permis de décrocher un Summer Internship..."

Elève de dernière année à l’école d’ingénieur CentraleSupelec, une étudiante nous explique comment elle a réussi à faire de son background scientifique un atout pour les process de recrutement en finance. Elle revient également sur la stratégie qu’elle a adoptée pour obtenir le Summer Internship dont elle rêvait dans une américaine. 

 

Peux-tu nous présenter ton parcours ? 

J’ai obtenu un bac S dans un lycée à Clermont-Ferrand, puis j’ai effectué une classe préparatoire Mathsup/Mathspé en région parisienne. À la suite de cela, j’ai intégré l’école d’ingénieur CentraleSupelec, où je me suis beaucoup investie dans la vie associative. On y trouve beaucoup d’occasions de s’épanouir, d’apprendre à gérer des projets et ces expériences m’ont permis de mûrir.

 

Tu as effectué des stages à la BNP CIB : qu’en as-tu tiré ?

Mon premier stage de césure s’est déroulé chez BNP Cash Management. J’étais assistante de Gestion de Projet sur l’ouverture de comptes pour les entreprises. Ce fut une opportunité de découvrir de nombreux acteurs de la banque : commerciaux, juridiques, informatiques, gestionnaires des risques, etc. Les projets concernaient des milliers d’entreprises dans toute l’Europe. J’ai beaucoup appris sur l’organisation de la banque en général et le travail dans un contexte international.

J’ai ensuite effectué un stage au sein d’une équipe de trading de BNP Paribas dont la mission était de travailler sur un ensemble de produits dérivés. C’était une petite équipe chaleureuse et accueillante. La salle de marché est un environnement qui demande beaucoup de concentration car la moindre erreur peut être fatale. Mais on ne s’y ennuie jamais et on travaille avec des personnes vraiment très intéressantes. C’est une expérience qui ne m’a pas déçue.

 

Comment t’es venue l’idée de travailler en finance de marché ? 

L’idée m’est venue en première année d’école d’ingénieur lors de rencontres avec le club Finance et Consulting de mon école. Ils mettent à disposition des élèves de nombreux documents qui aident à découvrir les métiers de la finance. Grâce à eux j’ai réalisé que la salle de marché pouvait concilier mes deux centres d’intérêt : les mathématiques appliquées et l’actualité politique et économique. A l’époque, ma culture financière était tellement médiocre que je n’avais pas été acceptée au sein du club mais je ne me suis pas démotivée pour autant. Je ne le regrette pas.

 

Quelles sont les difficultés que tu as dû surmonter pendant tes différents stages ? 

Lorsque l’on n’étudie pas dans une école de commerce ou lorsque l’on ne prépare pas un master en finance réputé, on se sent moins « armé ». C’est une importante source de stress. Chaque salle de marché à Paris comme à Londres a ses « target schools ». Quand on sympathise avec les candidats, on réalise vite qu’ils viennent en majorité des mêmes écoles. Il ne faut pas se laisser décourager par ce constat.

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Quels ont été les moments forts des différents processus auxquels tu as pu participer ? 

J’ai participé à trois assessment centers à Londres. C’est stressant car on a l’impression que chaque minute de la journée compte mais ces expériences n’en sont que plus enrichissantes. On rencontre des personnes intéressantes dans un cadre très stimulant. Cela ressemble un peu à la télé réalité : les candidats sont sympas, on est bien accueillis, il y a même des moments assez drôles et conviviaux, mais on sait tous qu’à la fin, il n’en restera même pas la moitié.

 

Il existe des évènements de networking organisés par les banques spécifiquement pour les femmes et/ou les ingénieurs. As-tu eu l’occasion de participer à l’un d’eux ?

Au cours de la formation AlumnEye, on nous prépare aux évènements de Networking organisés par les différentes banques. C’est en suivant leurs conseils que je me suis inscrite aux événements destinés aux femmes s’intéressant à la finance de marché. Pour être précise, j’ai même postulé à tous les événements pour femmes ou ingénieurs d’une dizaine de banques différentes car je ne voulais pas rater d’opportunités.

Je me souviens d’un événement appelé « Women who trade » au cours duquel une femme appartenant à une équipe de structuring nous racontait sa carrière. Elle nous conseillait de ne rien lâcher car elle avait réussi à devenir Executive Director tout en élevant deux enfants ! Ces événements sont très motivants car nous y rencontrons d’autres candidates mais également des femmes qui se trouvaient à notre place quelques années auparavant et qui ont réussi à atteindre les objectifs que nous nous fixons.

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En quoi ces évènements t’ont-ils aidée ?

Au cours de ces événements, j’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont donné de précieux conseils pour bien préparer mes process. Les professionnels qui participent à ces évènements se sont trouvés quelques années en arrière dans la même posture que nous, et c’est pourquoi ils comprennent nos difficultés. J’ai même assisté à un entretien blanc improvisé au milieu d’un cocktail.

 

Tu as décroché un Summer Internship en Sales & Trading. Peux-tu nous en dire plus ?

J’ai postulé aux Summer Internships dans une dizaine de banques via leurs plateformes internet respectives. J’ai suivi à la lettre les conseils d’AlumnEye en ce qui concerne CV et lettre de motivation. Au bout de quelques semaines, j’ai été contactée pour planifier les premiers entretiens téléphoniques. À partir de là, tout s’est passé très vite : 1er entretien téléphonique, 2ème entretien téléphonique et enfin assessment center dans les bureaux de la banque à Canary Wharf. Il faut rester concentré jusqu’à la dernière ligne droite !

A ce titre, la formation AlumnEye m’a permis de préparer mes process de recrutement de façon méthodique. Les process ont de nombreuses étapes et les banques attendent des candidats rigoureux et bien préparés. AlumnEye nous explique de A à Z quelles sont les différentes étapes et comment les aborder. De plus, AlumnEye permet de rencontrer d’autres candidats, on peut réviser en groupe, s’échanger des astuces et aller ensemble aux événements de Networking.

J’ai finalement été frappée par la diversité des profils et des origines des candidats. Je pense que c’est une grande spécificité des banques anglo-saxonnes.

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En quoi ton background d’ingénieur t’a-t-il été utile pour tes process ou tes stages ? 

Pendant mon stage au sein d’une équipe de trading, j’ai dû m’approprier très vite les différents logiciels des traders (il y en a beaucoup). Je pense que mes études d’ingénieurs m’ont aidée à être rapide et efficace dans ces tâches.

Par la suite, les traders m’ont demandé des programmes VBA pour les aider dans leurs tâches quotidiennes. C’est le genre de choses que tout ingénieur qui a suivi des cours d’algorithmique peut faire assez facilement.

 

Certaines filles pensent que la finance est un métier très masculin, es-tu d’accord avec ça ? 

Il y a quelques métiers de la finance où l’on rencontre encore peu de femmes, c’est vrai ! Mais cela ne veut pas dire que ces métiers ne sont pas faits pour nous ! Je me souviens d’une trader de produits exotiques chez BNP Paribas. Elle était tout à fait souriante et féminine mais c’était probablement l’une des personnes les plus dynamiques et rigoureuses de toute cette salle de marché.

 

 

Comment fait-on pour s’imposer dans des équipes où les gens ont des égos parfois surdimensionnés ?

Je pense que l’important est de connaître ses atouts, ses faiblesses et de jouer là-dessus.

Je ne pense pas correspondre au stéréotype du « requin » mais je joue sur d’autres traits de caractère. J’aime rire, parler d’actualité, je suis toujours prête à filer un coup de main. Dans la salle de marchés, les gens ont apprécié cela et c’est ainsi que j’ai trouvé ma place.

 

Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui se retrouvent aujourd’hui dans la même situation que toi il y a un an ?

Je leur conseillerais de chercher à faire un maximum de rencontres avec des professionnels du métier et de profiter de ces occasions pour poser un tas de questions. C’est le meilleur moyen d’acquérir une bonne compréhension du milieu de la finance de marché et c’est ce que les recruteurs apprécient !

 


Saudi Aramco : l'IPO du siècle

En ce début d’année, le Financial Times a recensé les événements qui marqueront 2018. Cette dernière sera rythmée par de nombreuses élections présidentielles (Russie, Brésil, Venezuela…), des événements sportifs comme les Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud, ou la coupe du monde de football en Russie, mais aussi des faits économiques d’ampleur internationale. Le plus attendu par les investisseurs du monde entier n’est autre que l’introduction en bourse de la compagnie saoudienne d’hydrocarbures Aramco.

En effet, cette IPO, qualifiée « d’opération du siècle » en raison du montant sans précédent (100 milliards de dollars) que cette dernière permettra de lever pour l’entreprise saoudienne, aura aussi son importance stratégique dans le plan de transformation économique Vision 2030 mené par l’Arabie Saoudite.

 

Saudi Aramco, première compagnie pétrolière au monde

 

Saudi Aramco, officiellement Saudi Arabian Oil Company, est l’entreprise nationale saoudienne spécialisée dans l’exploitation d’hydrocarbures. Créée en 1933 et dirigée par Amin H. Nasser, elle possède la quasi-totalité des réserves du royaume, lui permettant de surclasser ses concurrents.

À titre comparatif, ses réserves prouvées sont estimées à 267 milliards de barils grâce notamment au site de Ghawar, le plus important gisement mondial contre 25 milliards de barils pour son principal concurrent, l’américain Exxon Mobil. Cela permet au géant saoudien d’extraire près de cinq fois plus de barils par  jour à des coûts dérisoires se situant entre deux et quatre dollars par baril.

 

Une IPO de tous les records

 

Afin de préparer son introduction avec une volonté de transparence vis-à-vis des investisseurs, Saudi Aramco a commencé l’année passée par une forte restructuration financière. En effet, étant une société publique, les dirigeants se sont attelés à séparer les comptes de l’entreprise de ceux du royaume mais aussi à redéfinir les activités du groupe.

Dans le but de ressembler à une entreprise pétrolière plus traditionnelle et non étatique, cette dernière se devait de dresser une limite entre les travaux réalisés au nom du gouvernement et ceux exécutés pour son propre développement. En ce début d’année, l’entreprise a également modifié ses statuts pour devenir une société par actions. 

Cette phase étant terminée, l’IPO semble se préciser. Elle devrait avoir lieu au second semestre et concernera environ 5% du capital de la compagnie. Malgré cette infime part, elle permettra de lever jusqu’à 100 milliards de dollars (84 milliards d’euros), balayant au passage le précédent record de 25 milliards de dollars détenu par Alibaba lors de son introduction en bourse en 2014.

Et ce ne sera pas le seul record pour Aramco, qui, à la suite de cette opération, devrait être valorisée à 2,000 milliards de dollars (1,683 milliards d’euros), ce qui constitue de très loin la plus forte valorisation au monde. Les comparatifs sur le marché n’existent pas, elle sera supérieure aux trois plus fortes valorisations (Apple, Alphabet et Microsoft) réunies.

Seul le PIB des sept premières puissances économiques mondiales lui est supérieur.

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Une course effrénée pour les banques et les bourses mondiales

 

Compte tenu de ces chiffres vertigineux, l’ensemble des grandes banques mondiales s’est précipité pour réaliser cette opération. Mais le 30 mars 2017, le groupe pétrolier public a désigné JP Morgan, Morgan Stanley et HSBC, toutes anglo-saxonnes, pour être les book runners de l’opération. Ces banques rejoignent Moelis & Co. et Evercore retenues en tant que conseillers financiers indépendants et chargés de définir le calendrier de cette introduction. S’ajoutent aussi à ce grand projet les établissements saoudiens NCB Capital et Samba Capital, qui représenteront les banques de conseil locales ainsi que le cabinet d’avocats White & Case.

Cependant, les bourses qui accueilleront cette opération sont encore inconnues et la bataille fait rage. Il est certain que la bourse de Ryad, Tadawul, accueillera une partie de ce capital. Khalid Abdullah Al Hussan, le patron de cette place boursière, a même affirmé : « Nous voulons obtenir l’exclusivité de la cotation d’Aramco ». Toutefois, selon de nombreux analystes, une introduction uniquement locale ne permettra pas aux autorités saoudiennes de réaliser leurs objectifs.

Ils doivent alors penser à une introduction multiple, et sur une place étrangère au minimum. Les critères de choix comprennent notamment la profondeur de la place financière en termes de volume d’échange quotidien et de capitalisation boursière, mais aussi les exigences légales en matière de cotation.

Les autorités saoudiennes ont néanmoins une préférence pour le NYSE, non seulement pour son nombre record d’investisseurs, mais aussi dans le but d’entretenir les liens déjà très forts entre les pouvoirs Saoudien et Américain depuis le pacte du Quincy. Pour rappel, ce dernier garantit la protection de la famille saoudienne en contrepartie d’une garantie de l’approvisionnement en pétrole des Etats-Unis. Donald Trump a même expressément invité Aramco à suivre cette voie.

 

Londres fait également les yeux doux à l’Arabie Saoudite puisque cela lui permettrait de montrer à l’ensemble des investisseurs mondiaux que, malgré le Brexit, la City demeure une place forte et attractive. Cette dernière remplit les critères de Ryad et possède l’avantage d’être très tournée vers les matières premières avec notamment la cotation de nombreuses compagnies minières (BHP, Rio Tinto, …). Afin d’appuyer sa candidature, le gouvernement britannique a mis en place une garantie à hauteur de 2 milliards de dollars pour faciliter les achats d’Aramco au Royaume-Uni.

La dernière place susceptible d’accueillir cette cotation est Hong-Kong pour des raisons commerciales. En effet, cet accord permettrait de pérenniser et sécuriser les échanges entre Ryad et Pékin. A l’heure actuelle, l’Arabie Saoudite est le premier exportateur de pétrole vers la Chine.

L’hypothèse d’un placement privé est également à l’étude.

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Pierre angulaire du programme Vision 2030

 

Le 25 avril 2016, le prince héritier Mohammed Ben Salmane Al Saoud, et également président du Conseil suprême d’Aramco, a annoncé la création du plan Vision 2030.

Celui-ci a l’ambitieux projet de restructurer la société saoudienne à l’aide de réformes économiques, politiques et sociales.

Les réformes économiques auront pour principal objectif de diversifier les activités du royaume et mettre fin à l’ultra-dépendance vis-à-vis de l’or noir (en 2015, 90 % des recettes publiques du pays provenaient du pétrole). En effet, depuis la baisse brutale des cours du pétrole, l’Arabie Saoudite connaît un ralentissement de sa croissance et est en proie à des difficultés budgétaires avec l’apparition d’un déficit qui est aujourd’hui évalué à 72 milliards de riyals, soit 16,3 milliards d’euros.

Cependant, cette volonté de transition a un coût exorbitant et pour la financer, l’Arabie Saoudite souhaite mettre en place le plus grand fonds souverain au monde, à l’instar de la Norvège qui a créé en 1990 un fonds souverain permettant de capitaliser ses revenus pétroliers présents pour en faire profiter son économie future. Ce fonds est aujourd’hui évalué à 1 000 milliards de dollars, soit 2,7 fois son propre PIB.

Pour alimenter son fonds, l’Arabie Saoudite compte sur l’IPO d’Aramco. Celle-ci lui permettra de se doter d’une puissance financière évaluée à 2.000 milliards de dollars, et ainsi de pouvoir mener à bien l’ensemble de ses projets, comme celui lancé en octobre 2017, appelé NEOM. Ce projet oeuvre à créer la “nouvelle Silicon Valley” c’est-à-dire une gigantesque cité économique, 2 fois plus grande que la région Île-de-France, ultra-connectée, offrant des conditions de vie inédites et dont la population pourrait être majoritairement des robots. 

L’IPO d’Aramco est démesurée tant sur les montants propres à l’opération que sur les ambitions du régime saoudien. Elle est scrutée et attendue par l’ensemble des acteurs du marché. Néanmoins, le prince héritier Mohammed Ben Salmane Al Saoud a prévenu  que « seuls les rêveurs sont les bienvenus”.

 

 

Adrien Thery, étudiant à EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye


Master in Finance de l'ESSEC : les secrets des Alumni

Le Master in Finance de l'ESSEC, classé #3 mondial par le Financial Times en 2017, sélectionne tous les ans des talents du monde entier pour un programme d'une année dédié à la finance.

Adapté aux profils venant d'école d'ingénieur comme d'école de commerce ou d'université, le Master in Finance de l'ESSEC s'adresse aux candidats souhaitant évoluer en Finance de Marché, Finance d'Entreprise ou Asset Management.

Nous avons reçus, chez AlumnEye, 4 Alumni du programme qui travaillent actuellement en Trading, en Asset Management et en Fonds d'investissement. Ils nous parlent de leur expérience au Master in Finance de l'ESSEC, de la sélection, des spécificités du programme, de la compétition avec les étudiants de la Grande Ecole, de leur métier actuel en Trading, en Asset Management, ou en Fonds d'investissement après une expérience en M&A.

Plus spécifiquement, les questions abordées par le public lors de ce live facebook s'organisaient en 3 grandes sections.

1. Sur la sélection des candidats au Master in Finance de l'ESSEC

  • Un score au Tage Mage inférieur à 300 est-il éliminatoire ?
  • Est ce qu’il est possible d’y entrer après un M1 et une année de césure dans une école de commerce du Top 10 ?
  • Que peut attendre le jury en plus des arguments qu'on peut trouver sur la brochure du Master in Finance de l'ESSEC ?
  • Quel intérêt pour un ingénieur de faire un Master in Finance ?

2. Durant le Master in Finance de l'ESSEC

  • Est il vrai que le Master in Finance de l'ESSEC est plus orienté finance de marché que finance d'entreprise ?
  • Comment avez-vous choisi entre le campus de Paris et le campus de Singapour ? Peut-on vraiment trouver un job à Singapour ?
  • Quelle force a le Master in Finance de l'ESSEC face à ceux de l'ESCP ou de l'EMLYON ?

3. Après le Master in Finance de l'ESSEC

  • Quelle est la réalité du réseau ESSEC à la sortie du Master in Finance ?
  • La marque ESSEC vous a-t-elle aidé lors de vos changements de métiers respectifs ?

Le son n'est pas excellent au début mais s'améliore, n'hésitez pas à laisser vos questions en commentaire !

https://youtu.be/jG9pObiP-rk.