Figurine chevalier

De PSB à Citi, itinéraire peu commun d'un étudiant déterminé

Retour sur l’aventure inspirante d’un ancien étudiant de Paris School of Business qui, fort de son abnégation, est parvenu à décrocher un Summer et un Graduate chez Citi en Sales and Trading. Comment faire la différence quand on ne vient pas d’une Target School ? Comment se démarquer lors d’un Virtual Summer ? Il raconte son expérience et donne des conseils précieux à tous les étudiants qui veulent faire carrière en finance.

 

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Stade de football coucher de soleil

Je n’ai pas un parcours habituel pour ce type de carrière. Après un baccalauréat scientifique je suis allé en faculté de droit pendant deux ans. Et en parallèle à cela je jouais au football au niveau national, ce qui fait que je n’étais pas très concentré sur mes études. À la fin de ces deux ans j’ai compris que le droit n’était pas fait pour moi et j’ai dû arrêter le sport pour des raisons familiales. Par la suite, j’ai décidé de passer les concours des écoles de commerce post-bac. En dépit de la validation de mes deux années de droit, j’ai dû recommencer en première année à PSB. J’ai fait un échange universitaire à la Westminster Business School, à Londres, en troisième année et je commence actuellement ma deuxième année de master.

 

 

Alors que tu n’es qu’en première année de ton bachelor, tu fais un stage de 3 mois en tant que Summer Financial Analyst à Johannesburg, comment as-tu eu cette opportunité ?

 

J’étais à la recherche d’un stage en finance parce que je voulais en découvrir les métiers et l’industrie, et puis j’ai toujours eu une appétence plus forte pour les chiffres que pour les lettres. J’ai donc postulé à une multitude de stages en Europe, principalement en France. Bien entendu je n’ai jamais été rappelé parce que je n’avais aucune expérience, d’autant plus que les banques recherchent des stagiaires pour une période de six mois alors que je n’avais que l’été pour faire mon stage, c’est-à-dire 2 à 3 mois. Par conséquent, j’ai décidé de postuler partout dans le monde. J’ai postulé en Afrique du Sud, en Inde, dans les pays de l’Est, dans tous les pays au sein desquels je pouvais me rendre avec un visa seulement. C’est ainsi que j’ai eu cette opportunité à Johannesburg. Ils étaient à la recherche d’un stagiaire pour 3 mois, c’était un stage non rémunéré. J’ai donc dû travailler pour financer mon départ et mes 3 mois là-bas. J’y ai découvert la finance, ce n’était pas du tout de la finance de marché comme je le fais actuellement. C’était de la finance d’entreprise, des problématiques bilancielles, j’ai travaillé avec le CFO. J’ai appris beaucoup de choses et c’est ce qui m’a d’abord ouvert les portes de la finance et surtout conforté dans l’idée que je voulais en faire ma carrière.

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Riche de cette expérience, tu multiplies ensuite les stages en Sales, d’abord à La Caisse des Devises, puis chez Currencies Direct à Londres, à Natixis ensuite, jusqu’à ton Summer en Sales & Trading chez Citi. Qu’est-ce qui t’as poussé à te spécialiser en Sales ?

 

J’ai longtemps hésité entre le marché et l’Investment Banking, puis grâce à AlumnEye et à d’autres collègues de promo qui ont fait de l’IB, j’ai compris que ce n’était pas trop ce qui me correspondait. J’avais besoin de l’adrénaline du live deal et du flux de la salle des marchés. Je me suis donc orienté vers le marché. J’ai dans un premier temps été orienté vers les postes de Sales parce que les postes de Trading nécessitent de savoir coder et qu’à l’époque je ne savais pas le faire. Maintenant je code sur Python. J’ai également eu des opportunités en Sales et c’est ce qui a constitué ma porte d’entrée dans la salle des marchés. Ce sont des jobs qui prennent beaucoup de stagiaires pour préparer des présentations, des pitchs, ou pour répondre aux demandes des clients par exemple. Or, sur un desk de Trading, mis à part coder ou faire un Book, on ne peut pas faire grand-chose. Il y a donc plus d’opportunités en Sales qu’en Trading et c’est ce qui m’a orienté vers ce métier.

 

Échange à l’Université de Westminster, stages en Afrique du Sud et au Royaume-Uni, est-ce que ta stratégie pour décrocher ton Summer sans venir d’une « Target School » était de donner très tôt une dimension internationale à ton parcours ?

 

Préparation de voyage (carte, passeport)

Exactement, je savais d’ores et déjà que je partais de plus loin étant donné que je ne venais pas d’une « Target school ». Quand j’ai eu mon bac, j’ai été admis en prépa ingénieur mais j’étais plutôt concentré sur d’autres choses comme le sport. J’ai donc laissé passer ma chance et le seul moyen pour moi de rattraper ce retard c’était d’abord d’avoir des expériences à l’étranger, d’où l’Afrique du Sud et Londres, et de multiplier les expériences professionnelles pour faire la différence techniquement le jour d’un entretien. Je pouvais montrer que je savais déjà faire ce qu’ils faisaient. De plus, mes expériences en Afrique du Sud et à Londres m’ont permis de parler couramment anglais – notamment grâce aux salles de marché à Londres où je me suis retrouvé dans un milieu exclusivement anglophone – et cela m’a permis de faire la différence. Par la suite, pour mes entretiens en Summer, pour pitcher mon parcours, pour présenter mes projets, tout ceci m’a énormément aidé, surtout si l’on y ajoute les expériences professionnelles. Par exemple, en stage quand je me suis retrouvé sur un desk, la phase d’apprentissage a été beaucoup moins longue parce que j’y avais déjà été confronté.

 

 

Parallèlement à cette stratégie, est-ce que tu t’es préparé d’une certaine façon pour tes candidatures aux Summers ?

 

L’année d’avant j’avais postulé aux Springs mais je n’avais littéralement eu aucun retour. Ce sont des process qui sont particuliers, les candidatures doivent être envoyées en respectant une certaine démarche. Je n’avais pas les astuces lorsque j’y ai postulé. Selon moi, les Springs sont beaucoup plus difficiles d’accès que les Summers parce que les candidats anglo-saxons avec lesquels nous sommes en concurrence ont l’équivalent du bac avec des notes incroyables, donc la compétition est différente. Pour les Summers, j’avais rencontré Adrien d’AlumnEye longtemps avant et il m’avait donné de nombreux conseils sur les candidatures. Ensuite, j’ai fait la formation AlumnEye. Même si j’avais déjà beaucoup de bases concernant ce qui était enseigné durant la formation, je voulais être sûr de ne rien rater. Je m’y suis donc pris extrêmement tôt contrairement aux Springs, j’ai postulé dès l’ouverture. J’ai suivi les conseils d’AlumnEye en postulant à toutes les banques qui pouvaient me convenir, j’ai donc dû envoyer une candidature pour au moins 25 banques. Et je considère qu’avec 1 admis pour 8000 candidats il y a aussi une grande part de chance dans les Summer. Enfin j’ai beaucoup networké et je suis presque sûr que cela m’a aidé pour arriver chez Citi cet été. Notamment pour passer l’étape du screening car en général lorsque tu n’as pas fait une « Target School » ton CV ne passe pas. Pour résumer, j’ai été aidé par AlumnEye et par mon entourage pour passer l’étape du screening ; et une fois cette étape passée, j’ai su faire la différence grâce à mes expériences.

 

Ne venant pas d’une target school, tu considères donc que ce qui a fait la différence pour toi ce sont tes connaissances du process et ton networking ?

 

Oui mais il faut prendre conscience que lorsque je parle de networking, c’est un networking très intense. Je contactais 10 personnes par jour et même s’il n’y en avait qu’une seule qui me répondait c’était déjà ça. J’ai vraiment tout donné concernant le networking et je n’ai pas seulement utilisé les moyens de communication conventionnels. Je me suis retrouvé à Londres pour des entretiens et j’allais ensuite dans les pubs de Canary Warth et j’y contactais les personnes directement. Ce n’était vraiment pas évident parce qu’il faut avoir une histoire à vendre lorsqu’on parle à des gens qui sont déjà dans le milieu. Il faut avoir une accroche. J’imagine qu’ils doivent recevoir plusieurs coups de fil, plusieurs mails, plusieurs messages sur LinkedIn par semaine. Alors j’ai essayé de construire une petite histoire, la mienne, celle de mon parcours de façon à ce que j’éveille leur intérêt. Ça m’a permis d’avoir plusieurs interactions avec des gens de plusieurs banques ; et de faire deux Assessments Centers, ceux de Deutsche Bank et de Citi.

 

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Comment t’y es-tu pris pour préparer cette histoire ? Tu as essayé de faire du storytelling, de préparer un pitch pour les aborder directement ?

 

Oui c’est ça, j’essayais de m’imaginer à leur place. Si je travaille 70h par semaine, que je sors boire une bière tranquillement pour décompresser et que quelqu’un vient me parler, qu’est-ce qui me ferait l’écouter ? Donc j’ai décidé de faire du storytelling, je racontais mon histoire mais en laissant une once de suspens à la fin. Malgré tout, certains n’en ont strictement rien eu à faire mais d’autres ont été là pour m’écouter, me conseiller. J’ai dû parler avec une centaine de personnes sur ma recherche de Summer, il y en a peut-être eu une qui a poussé mon CV et c’est passé. Ma stratégie était de faire du storytelling et d’essayer de leur montrer que j’étais motivé, déterminé à réussir, que s’il fallait travailler 90h par semaine, je le ferais.

 

Cette année, le Summer était un Virtual Summer, est-ce que tu t’es préparé différemment lorsque tu as appris que tu serais en télétravail ?

 

Absolument. J’avais déjà un plan d’attaque pour le Summer s’il se déroulait normalement. Je comptais beaucoup sur le networking, ce qui n’a pas été possible ou du moins très peu sur le Summer en télétravail. En effet, il n’y avait pas de shadowing, on ne faisait pas de rotations dans plusieurs équipes, on n’était pas vraiment en groupe ; on avait principalement des présentations. Quand j’ai su que le Summer allait se passer en télétravail, j’ai donc changé ma stratégie et j’ai décidé de faire la différence en travaillant plus que les autres. Étant donné qu’on n’allait pas faire de rotation avec des équipes en particulier, j’ai décidé de contacter les personnes qui nous faisaient les présentations, tous ceux qui m’intéressaient sachant que je voulais faire de la vente et du trading en fixed income. Je les ai contactées directement en leur disant qu’ils pouvaient compter sur moi s’ils avaient besoin de quoi que ce soit, que même si je n’étais présent que quelques mois j’étais en mesure de leur rendre un bon travail. On m’a finalement attribué 3/4 projets et le dernier jour j’ai réalisé une présentation devant tous les desks de trading qui s’est super bien passée. Chacun avait sa petite stratégie et c’est clair que tout a été différent de ce qui se serait passé si on était en présentiel à Londres.

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J’imagine qu’un de tes atouts c’était que tu étais déjà habitué à Londres contrairement à d’autres étudiants, est-ce que ça t’a déstabilisé de ne plus avoir cet avantage ?

 

Oui clairement, je me suis dit que si j’avais acquis un certain avantage durant mes précédentes expériences, il ne me servirait pas. Et c’était le cas, ça ne m’a pas servi spécialement. En revanche, le networking que j’avais déjà effectué auparavant m’a beaucoup servi. J’avais déjà discuté au téléphone avec certaines personnes avant le Summer, ils se sont souvenus de moi et m’ont donc attribué certains projets. J’ai réussi à me retourner à ce moment-là, je suis retombé sur mes pieds parce que j’avais bien networké en amont. En revanche, je pense que ça a été très difficile pour ceux qui n’avaient pas networké avant leur Summer. Faire un réseau en 1 mois en télétravail, avec des présentations toute la journée, des projets de groupe, je pense que c’est très difficile. Donc je dirais que ça m’a déstabilisé mais seulement dans un premier temps car j’ai ensuite pu m’appuyer sur le réseau que j’avais construit avant.

 

Concrètement, c’est quoi la vie d’un Summer Intern en télétravail ? As-tu rencontré tes co-stagiaires ?

 

Plusieurs personnes travaillent ensemble sur un grand bureau

Un Summer en télétravail c’est vraiment autre chose ! Avec les Français de ma promo on s’est tous rencontrés autour d’un verre avant le Summer pour faire connaissance, donc on s’est tous déjà vus une fois. Puis il y avait également plusieurs Français à mon Assessment Center quand j’étais à Londres l’hiver dernier donc j’en connaissais déjà certains. Enfin, nos journées étaient extrêmement chargées : on commençait à 7h, la journée finissait à 19h, et le soir on devait travailler sur nos projets. On avait un groupe WhatsApp sur lequel on communiquait beaucoup avec tous les Summer Interns de ma promo pour s’échanger des conseils et s’entraider. S’il manquait une information, il y avait toujours quelqu’un pour la demander aux RH. Mais il manquait de l’interaction sociale, on aurait aimé aller boire un verre ensemble à la fin de notre journée de travail. Être staffé à deux, brainstormer sur un projet, c’est beaucoup plus simple quand on est au bureau qu’en étant à distance. Après il faut reconnaître qu’ils ont tout mis en place pour qu’on ait une vraie expérience. Ils ont mis les moyens : les systèmes étaient top, le télétravail fonctionnait bien, l’emploi du temps était super bien organisé, les présentations étaient de qualité. Je pense qu’on a eu la meilleure version possible d’un Summer en télétravail.

 

Le métier de Sales nécessite d’être en contact permanent avec ses clients, est-ce que le télétravail a rendu cela plus difficile ?

 

Pour les Sales, l’activité au quotidien a été un peu stoppée. Les Sales sont habitués à aller déjeuner avec leurs clients, à les pitcher. C’est encore plus répandu à Londres parce qu’il y a énormément d’afterworks. Donc au final ça a complètement changé leur façon de travailler. Les outils mis en place, que ce soit sur Microsoft Teams ou Zoom, leur ont permis de rester en contact avec leurs clients par vidéo. On sent qu’il manque quelque chose, mais ça reste business as usual, il manque uniquement le contact physique. Et il faut prendre en considération que lorsqu’on est en Sales avec un client, lorsqu’on va déjeuner, il y a une atmosphère particulière, beaucoup plus détendue. Alors qu’avec la situation actuelle c’était beaucoup plus formel. La relation se fait sur des calls qui ne concernent que le business et je pense que tous les vendeurs ont hâte de retrouver leurs clients et cet aspect un peu informel du meeting.

 

On parle souvent de la menace de l’automatisation en Sales, est-ce que le télétravail renforce cette crainte ou au contraire est-ce qu’il démontre que l’on a besoin de renforcer la relation clients ?

 

Il y a des métiers qui, à mon humble avis, pourraient être amenés à s’automatiser et on aura de moins en moins de force de vente. Mais si en Trading les algorithmes peuvent prendre le relai sur certaines classes d’actifs et certains produits, la relation que l’on a avec ses clients en Sales – notamment les clients institutionnels ou les gros clients corporate – n’est pas la même. Le télétravail l’a bien démontré, on aura toujours besoin d’un contact humain. D’ailleurs les clients ont été rassurés de pouvoir communiquer avec les vendeurs au téléphone pendant la crise, ces derniers ont pu leur expliquer ce qui était en train de se passer et ce qu’ils allaient faire pour que tout se passe au mieux, ce que ne peut pas faire un algorithme.

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le métier de Sales ?

 

Pour finir, est-ce que tu as des conseils à donner à des étudiants qui veulent intégrer un Summer, et décrocher un Graduate, sans venir d’une « Target school » ?

 

Sans venir d’une « Target school », c’est évident que le parcours est jalonné de plus d’embuches mais ce n’est pas impossible. Dans toutes les promos, chaque année il y en a quelques-uns. Si j’avais quelques conseils à donner, le premier serait de travailler son réseau. C’est très difficile de travailler son réseau parce qu’on a beaucoup de réponses négatives, beaucoup d’échecs. Mais il suffit que ça fonctionne une seule fois pour toucher le gros lot. Donc selon moi travailler son réseau c’est vraiment la clé du process quand on ne vient pas d’une « Target school ». Mon deuxième conseil c’est de faire preuve d’abnégation, de pugnacité. Il faut postuler à toutes les banques et encore une fois, c’est comme pour le réseau, il suffit d’une seule réponse positive. Mon dernier conseil c’est la rigueur, il faut respecter scrupuleusement les process, ce serait dommage d’être refusé pour une erreur dans la candidature, une case non remplie ou trop remplie. Réseau, abnégation et rigueur sont pour moi les maîtres-mots d’une bonne candidature.

 

Sam M’tar, étudiant à Grenoble École de Management et responsable éditorial du blog AlumnEye

 


utilisation d'une application de trading dans une voiture de marque

Faut-il se réjouir de la démocratisation du trading ?

Depuis le tournant du XXIe siècle et l’élargissement de l’accès à la Bourse, à la faveur du développement du trading en ligne, les investisseurs particuliers se voient offrir une multitude d’outils, à l’image de la plateforme Robinhood aux Etats-Unis, pour prendre part à ce phénomène. La tendance a d’ailleurs connu un coup d’accélérateur depuis le début de la pandémie de Covid-19, qui a suscité chez beaucoup d’investisseurs amateurs des vocations nouvelles, conduites par la perspective de profiter de cours en forte baisse pour entrer sur le marché des actions. Ce dernier, objet traditionnel de l’intérêt de ce type d’investisseurs, est aujourd’hui rejoint par le Forex et le marché des crypto-monnaies, qui connaissent un succès croissant. Cette démocratisation n’est toutefois pas exempte de risques pour les investisseurs et peut présenter certaines dérives qu’il est bon de rappeler.

 

Une démocratisation qui va dans le sens de l’histoire

 

Rubrique cours de la bourse d'un journal

L’apparition des premières bourses institutionnalisées date des XVIIe et XVIIIe siècles dans les pays industrialisés. La Bourse d’Amsterdam est inaugurée en 1611, au cœur d’une ville qui constitue l’un des berceaux du capitalisme moderne, à une époque où les activités de la jeune Compagnie néerlandaise des Indes orientales nécessitent le drainage d’une quantité importante de capitaux, faisant ainsi la part belle aux marchés des actions, des matières premières et des devises. Suivront la Bourse de Paris, créée en 1724, et celle de Londres en 1776. Outre-Atlantique, la première Bourse américaine est fondée à Philadelphie en 1790 ; celle de New York naît deux ans plus tard, en 1792.

Au cours de la plus grande partie des deux siècles suivants, l’activité sur les marchés boursiers reste cantonnée à un nombre relativement limité d’utilisateurs. En effet, ces derniers doivent avoir recours à des courtiers (ou brokers), des intermédiaires financiers qui effectuent les transactions sur un marché pour le compte de leurs clients (acheteurs ou vendeurs). En contrepartie, le broker est rémunéré par le biais d’une commission prélevée sur l’opération exécutée. Le métier est aussi ancien que les Bourses elles-mêmes et a pour vocation de combler le manque de connaissance des clients ayant le besoin ou le désir d’avoir recours aux marchés pour se financer ou s’enrichir, c’est pourquoi le broker a souvent également un rôle de conseil en investissement auprès de son client, service habituellement dispensé par les banques à leurs clients souhaitant placer leur épargne. Jusqu’à la fin du XXe siècle, la nécessaire présence physique du courtier à la Bourse pour pouvoir exécuter la transaction limite mécaniquement le nombre d’opérations réalisables et fait du trading actif un service difficilement accessible aux particuliers non-initiés.

Une révolution majeure se produit dans les années 1970-1980, marquées par l’informatisation des cotations boursières, alors que le volume de transactions augmente dans le contexte de la globalisation financière et de concentration des Bourses mondiales. Autrement dit, ce changement se traduit par la disparition du papier dans les transactions boursières, au profit du nouvel outil informatique.

C’est dans le sillage de ce phénomène que s’opère l’automatisation des transactions, dans les années 1980-1990, avec l’abandon progressif de la vente à la criée, système d’enchère traditionnel dans lequel le vendeur, physiquement présent dans la Bourse, interpelle à voix haute les potentiels acheteurs afin de céder son titre financier au meilleur prix. La criée perdure toujours dans certaines Bourses, à titre essentiellement symbolique, comme au NYSE de New York. Quoi qu’il en soit, l’automatisation, appuyée sur la dématérialisation informatique, permet de délocaliser la prise de décision d’investissement sur le marché et ouvre ainsi la boîte de Pandore de l’accès au trading à des populations non initiées.

En effet, le développement généralisé d’Internet dans les années 2000 amorce un large mouvement de démocratisation de l’accès au trading pour les particuliers, non seulement sur les actions, mais aussi sur d’autres actifs tels que les devises, échangées sur le Forex. La décennie 2010 voit, enfin, l’expansion du trading de crypto-monnaies, actifs dématérialisés et décentralisés qui s’appuient sur la technologie de la blockchain.

 

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Un phénomène récent structuré autour d’une multitude d’acteurs

 

Outre la désintermédiation informatique, un autre phénomène vient accentuer la démocratisation du trading actif : la baisse, voire la disparition, des commissions prélevées sur les opérations de trading par les courtiers, en particulier aux Etats-Unis sur les actions.

Cette tendance, amorcée au cours de la décennie 2010 et qui s’est accélérée à partir de février 2017, a abouti, au cours de l’automne 2019, à la suppression pure et simple des commissions pratiquées par la plupart des brokers en ligne traditionnels, tels que TD Ameritrade, Charles Schwab, E*Trade Financial ou encore Fidelity Investments. C’est une petite révolution dans un secteur où les commissions représentent entre 8 et 28% des revenus de ces firmes. Ces acteurs historiques sont désormais contraints de se réinventer et d’opérer une montée en gamme de leurs services pour faire face à la concurrence impitoyable de plateformes de trading en ligne de nouvelle génération, adeptes d’une politique agressive de « zéro commission ».

Fondée en 2013, la start-up américaine Robinhood Markets, Inc. prend en effet le parti de supprimer les commissions sur l’achat ou la vente d’actions et présente l’avantage de ne pas exiger de seuil minimum de dépôt, à la différence de beaucoup de ses concurrents, ce qui permet aux utilisateurs d’investir des sommes modestes.

En 2020, malgré d’importants succès, elle essuie quelques revers notables, notamment en mars, lorsque sa plateforme est victime de plusieurs bugs informatiques liés à un encombrement de ses systèmes au moment où les cours boursiers s’effondrent, empêchant ainsi les utilisateurs de se connecter à l’application pendant plusieurs heures. Plus récemment, début septembre, le Wall Street Journal affirme que la SEC, le gendarme boursier américain, menacerait d’imposer à Robinhood une amende de 10 millions de dollars pour avoir manqué de transparence sur la vente du droit de traitement des flux d’ordres à des firmes de trading à haute fréquence (THF). Ce type de transaction constitue le fondement du modèle économique de la société, qui n’est pas encore rentable. Cette dernière, à l’instar des autres brokers en ligne, se rémunère, d’une part, grâce à la collecte des intérêts sur les liquidités non-utilisées par les clients et, d’autre part, par la vente à ces THF tels que Citadel Securities, G1X Execution, Two Sigma Securities ou encore Virtu Americas, du droit de recueillir les flux d’ordres de leurs clients et de les traiter. En d’autres termes, ces traders à haute fréquence fournissent les actions vendues aux utilisateurs de l’application.

Quoi qu’il en soit, l’entreprise est aujourd’hui leader sur son segment aux Etats-Unis, où elle revendique plus de 13 millions d’utilisateurs. D’après Business Insider, elle a en effet dépassé tous ses rivaux du courtage en ligne en juin 2020, en générant 4,3 millions de transactions par jour, contre 3,8 millions pour TD Ameritrade et moins de 2 millions pour Charles Schwab et E*Trade Financial.

Robinhood n’est pas encore disponible en France, mais de nombreux acteurs sont déjà partis à l’assaut du marché hexagonal. Alors que les années 1990 et 2000 voient apparaître les premières banques en ligne, à l’instar de Bourse Direct, Boursorama, Fortuneo Banque, Saxo Banque ou encore BforBank, la démocratisation du trading pour les particuliers s’accentue au cours de la décennie 2010, qui voit émerger un grand nombre de jeunes pousses proposant des services de courtage en ligne. On peut notamment citer la start-up néerlandaise Degiro (apparue en France en 2014), la plateforme française Birdee (née en 2017), ou encore l’entreprise néerlandaise Bux Zero, dont les services sont proposés en France depuis cette année.

Autour du globe, les plateformes se développent et se déclinent sous de multiples formules, comme le « trading social », qui permet aux novices de répliquer les décisions d’investissement de traders expérimentés, segment sur lequel la société israélienne eToro (fondée en 2007) est leader, avec 14 millions d’utilisateurs revendiqués dans le monde, dont 10% en France. Les fintech du paiement en ligne, telles que la société britannique Revolut (lancée en 2014), sont également de plus en plus nombreuses à proposer à leurs utilisateurs des solutions de trading sur différents types d’actifs financiers, élargissant ainsi leur cœur de métier.

Ces « néo-brokers » entendent déverrouiller intégralement le marché du trading en abaissant, voire en supprimant, les commissions sur les ordres passés. Ils visent essentiellement un public jeune sans connaissances financières avancées, plus réceptif aux sollicitations numériques qu’un public plus âgé. C’est pourquoi une grande partie de leur effort marketing est concentré sur la communication via les réseaux sociaux.

De manière générale, les nouvelles plateformes en ligne offrent la possibilité de réaliser des opérations de trading sur les actions, mais également et de façon croissante, sur les indices eux-mêmes (S&P 500, Nasdaq, etc.), les devises (via le Forex), les matières premières ou encore les crypto-monnaies les plus en vue, telles que le Bitcoin, l’Ethereum ou encore le Ripple. Elles ont également rendu accessibles des opérations relevant autrefois de montages financiers trop élaborés pour être ouverts au grand public, à l’image de la vente à découvert, technique qui permet de spéculer sur la baisse d’un titre.

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Une dynamique accentuée par le contexte pandémique

 

Personne en train de faire ses comptes

Mi-février 2020, les indices boursiers américains sont historiquement hauts, suite à la bulle boursière formée dans le sillage de l’après-2008. Mais fin février, sous l’effet de la perte de confiance en la résilience de l’économie liée à la pandémie de Covid-19, les indices mondiaux connaissent un effondrement brutal de 20 à 30% en l’espace d’un mois.

Début avril, 50% de la population mondiale est confinée, soit près de 3,9 milliards d’êtres humains. Le confinement généralisé, ainsi que la perspective de bénéficier d’un extraordinaire point d’entrée sur les marchés boursiers, suscitent des vocations chez de nouveaux investisseurs plutôt jeunes et opportunistes, dotés d’une faible aversion au risque.

En effet, d’après l’Autorité des marchés financiers, le nombre de particuliers ayant acheté des actions françaises du SBF 120 a été multiplié par 4 en mars, dont plus de 150 000 nouveaux investisseurs (soit 27% des particuliers acheteurs d’actions). A titre de rappel, le SBF 120 est un indice de la Bourse de Paris composé des 40 valeurs du CAC 40, ainsi que des 80 valeurs qui suivent ces dernières par ordre d’importance. Cette évolution tranche avec le désamour antérieur des Français pour la Bourse observé à la suite de la crise de 2008. En effet, fin 2019, les petits actionnaires individuels n’étaient plus que 3 millions, contre 7 millions en 2007, chiffre record qui fait alors suite à deux décennies d’introductions en Bourse d’entreprises privatisées (Air France, Technicolor, EDF, GDF, etc.).

Pourtant, ce chiffre de 2007 reflète toujours, pour une grande part, une situation où l’investisseur particulier se positionne sur un investissement à moyen ou long terme se prêtant aisément au recours à son propre conseiller bancaire, pratique historique chez les particuliers souhaitant investir leur épargne. Il ne s’agit donc pas réellement de démocratisation du trading actif.

A l’inverse, la situation de 2020 fait apparaître de nouveaux venus ayant une moyenne d’âge de 10 à 15 ans inférieure à celle des investisseurs habituels (50% des nouveaux investisseurs ont moins de 36 ans), mais également un montant investi médian de l’ordre de 2500 euros, deux fois inférieur à celui des investisseurs historiques. Ces particuliers novices sur les marchés sont également plus que jamais portés sur les plateformes de trading en ligne, qui gagnent des parts de marché sur les services de placement proposés par les traditionnelles banques de réseau.

Le succès de ces plateformes à la faveur de la crise du Covid-19 se vérifie également aux Etats-Unis, où Robinhood a enregistré 3 millions de nouveaux utilisateurs au cours du premier trimestre 2020, un record pour la start-up californienne. Ses concurrents dans l’univers des courtiers traditionnels ont également bénéficié de ce contexte, bien que dans une moindre mesure, à l’image de E*Trade Financial, Charles Schwab ou TD Ameritrade. On peut voir dans l’ensemble de cette dynamique une conséquence du placement en actions du chèque de relance, allant jusqu’à 1200 dollars, envoyé par l’administration Trump à 70 millions d’Américains.

Cet empressement opportuniste à aller contre la tendance des marchés en tablant sur un rebond prochain apparaît comme un pari gagnant à ce jour puisque, début octobre 2020, les principaux indices boursiers mondiaux sont largement à la hausse par rapport à leur point bas de fin mars, malgré la légère correction du mois de septembre. Le FTSE britannique a ainsi gagné 18% sur cette période d’un peu plus de six mois, +29% du côté du CAC 40 français. Outre-Atlantique, les indices boursiers ont retrouvé, voire dépassé, leur niveau pré-Covid, avec des hausses de 50% pour le S&P 500 et de 61% pour le Nasdaq, principalement sous l’effet du succès des valeurs technologiques.

Le point de vue qui consisterait à affirmer que la remontée en flèche des cours au printemps et au cours de l’été 2020 serait due en grande partie à l’apparition, certes massive, de nouveaux investisseurs particuliers, est difficile à vérifier empiriquement, dans la mesure où il s’agit pour le moment de volumes relativement faibles ayant un impact sans doute marginal, de l’ordre de 1%, à en croire Bloomberg Intelligence, même si certains analystes de Wall Street commencent à s’interroger sur l’impact futur sur la spéculation de l’arrivée de ces nouveaux investisseurs en herbe. Mais en ce qui concerne la situation récente, les causes du redressement spectaculaire des cours sont certainement bien davantage à chercher du côté d’un regain d’optimisme de l’ensemble des investisseurs, en particulier sous l’effet des politiques ultra-expansionnistes des banques centrales et des plans de relance de grande ampleur initiés par les Etats.

La crise pandémique n’en a pas moins représenté un remarquable succès pour ces nouvelles plateformes, qui signent une performance inédite en bénéficiant d’une publicité phénoménale à cette occasion. Se voulant à la fois rémunératrices et ludiques pour leurs utilisateurs, elles présentent toutefois certains risques de dérives, qui ne doivent pas être ignorés.

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Les risques du trading en ligne

Dès lancés au-dessus d'une main

 

Il existe parfois une distorsion manifeste entre les volumes d’achats de titres sur Robinhood et les performances financières ou la santé économique des entreprises en question. En effet, beaucoup de plateformes récentes nourrissent un certain nombre de fantasmes existant autour du trading et, au mieux, font preuve de légèreté en ne proposant pas systématiquement des services de conseil en investissement de qualité dispensés par des analystes financiers professionnels mais, au pire, incitent leurs clients à prendre des risques à court terme, à grand renfort de sollicitations permanentes via des notifications envoyées sur leur smartphone. Cette tendance à encourager l’exécution fréquente d’ordre d’achat ou de vente, conjuguée au fait de laisser les utilisateurs débutants livrés à eux-mêmes, constitue un axe d’amélioration manifeste des procédés utilisés par ces néo-brokers.

C’est ainsi que Robinhood a été sous le feu des critiques en juin dernier, après qu’un étudiant de l’Université du Nebraska a mis fin à ses jours, pensant avoir perdu plus de 700 000 dollars en investissant via l’application. Le jeune homme avait eu recours à une stratégie à effet de levier à base d’options de vente (put options) et affichait alors une perte qui n’aurait, en réalité, été que temporaire. Pour autant, ce drame met en lumière un certain manque de clarté dans la plateforme de Robinhood et souligne les risques importants que présente l’utilisation d’un effet de levier.

Le trading avec effet de levier, qui a recours à des CFD (Contracts For Difference), est proposé par de plus en plus de ces courtiers en ligne au succès grandissant, qui le présentent comme une opportunité de maximiser son gain avec un investissement de départ modéré, ce qu’il est, à l’évidence. Mais c’est aussi un outil très risqué qui expose son utilisateur à des pertes très importantes. Le CFD est un produit dérivé qui permet de négocier une variété d’actifs financiers (à l’achat ou à la vente) sans avoir à posséder en propre ces actifs, dits « sous-jacents ». Pour investir sur une position en générant l’effet de levier, l’investisseur emprunte les fonds qui lui manquent à son courtier, ce qui a pour effet de démultiplier ses propres gains (ou pertes). Si les fonds présents sur le compte de l’investisseur ne sont plus suffisants pour couvrir la perte de sa position, le courtier lance un « appel de marge » (margin call, un nom qui ne sera pas inconnu des cinéphiles), c’est-à-dire une alerte qui laisse l’investisseur face à deux options : le réapprovisionnement de son compte ou la clôture automatique de sa position. Autrement dit, le recours aux CFD est susceptible de démultiplier les gains de l’utilisateur, mais également ses pertes, et ce en très peu de temps. Les plateformes de trading en ligne présentent généralement ces opérations complexes de façon simplifiée, ce qui a pour effet d’endormir la méfiance de beaucoup d’utilisateurs.

Robinhood est loin d’être le seul broker en ligne à proposer ce type d’outil. De nombreuses sollicitations provenant d’acteurs variés aux intentions parfois discutables sont légion, en particulier depuis le confinement au printemps 2020.

Ces derniers utilisent souvent des messageries, en particulier l’application Telegram, pour envoyer des « signaux » de trading à des utilisateurs potentiels, notamment sur le marché des devises, le Forex. Le principe est le suivant : le gérant du canal Telegram invite l’utilisateur à rejoindre une conversation privée dans laquelle sont publiés régulièrement des signaux de trading. L’adhésion à ce canal privé est conditionnée à l’ouverture d’un compte de trading auprès d’un broker partenaire (qui verse une prime au gérant du canal), tel que les célèbres Admiral Markets et Vantage FX. Une fois le compte approvisionné, l’utilisateur peut commencer à recevoir les signaux et se voit recommander une plateforme de trading renommée, à l’image de MetaTrader 4 ou 5 (MT4, MT5), pour passer ses opérations. L’objectif est donc pour le gérant du canal d’attirer le plus d’utilisateurs possibles pour toucher la prime la plus élevée possible. Les signaux qu’il envoie répondent généralement à la structure suivante : un message indiquant une paire de devises à négocier (par exemple la paire EURUSD, sur l’euro/dollar), une recommandation d’achat (buy) ou de vente (sell), un TP indicatif (take profit, c’est-à-dire un seuil de gain au-delà duquel la position est automatiquement clôturée) et un SL indicatif (stop loss, un seuil de perte au-delà duquel la position est automatiquement clôturée).

Tout l’enjeu pour l’utilisateur est de définir adéquatement la taille de son « lot », c’est-à-dire la taille de sa position. Si certains gérants de canaux mettent correctement en garde les utilisateurs qui les suivent contre les risques d’un mauvais « money management » (mauvaise gestion de son risque par le choix de lots trop élevés) et adoptent une approche suffisamment pédagogique du service qu’ils proposent, d’autres ont moins de scrupules et ont une démarche trompeuse envers les investisseurs amateurs qui suivent leurs signaux.

D’autres types de publicités sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram, sollicitent les aspirants investisseurs en ayant recours à des influenceurs, dont l’objectif est d’attiser l’intérêt d’un maximum d’entre eux afin de toucher la prime offerte par le broker auquel ils sont affiliés.

LA4Lire aussi : Les plus grosses pertes du trading : la finance de marché déconnectée

 

Les précautions à prendre

 

Aussi, les réelles opportunités côtoient-elles les acteurs malhonnêtes sur ce segment encore trop jeune pour être correctement régulé qu’est le trading en ligne, c’est pourquoi certaines précautions de base sont à prendre avant de s’impliquer dans une telle activité lorsqu’on est inexpérimenté. En premier lieu, il est capital de définir son objectif : quel montant souhaite-t-on investir, quel est le gain visé, en combien de temps, quel montant est-on prêt à perdre, etc. Si l’on investit dans les actions, il est nécessaire de se renseigner sérieusement sur l’entreprise dans laquelle on investit : quel est son segment d’activité, sa stratégie, ses perspectives futures, ses performances financières, etc.

Par ailleurs, le trader néophyte doit être conscient des biais psychologiques dont il risque d’être victime. La littérature est abondante sur le sujet, mais l’idée principale à retenir est que l’investisseur qui laisse ses émotions diriger ses arbitrages lorsqu’il effectue son activité de trading s’expose à des pertes démultipliées par l’irrationalité de sa prise de décision. C’est pourquoi la discipline, le sang-froid et la patience sont des qualités essentielles de tout bon trader.

Autre élément à garder à l’esprit : tout gain réalisé via le trading est soumis en France au barème d’imposition en vigueur (généralement de l’ordre de 15% à 30% de la plus-value réalisée) et doit, par conséquent, être déclaré à l’administration fiscale. Si l’on prévoit d’être en conformité avec cette dernière, il peut être opportun de privilégier des plateformes moins récentes telles que Boursorama ou Bourse Directe, qui présentent l’avantage de transmettre automatiquement au fisc la synthèse des gains réalisés pendant l’année sur leur plateforme, alors que les plateformes les plus récentes sont encore peu nombreuses à proposer ce service et laissent à l’utilisateur le soin de se charger des calculs et formalités afférentes à la déclaration de ces revenus. Ce détail vient à l’appui de l’idée que beaucoup de plateformes de trading récentes proposent des services qui relèvent encore souvent du « jeu » en Bourse plutôt que d’une réelle structure d’investissement pensée sur le long terme.

Ainsi, si la démocratisation du trading en ligne va dans le sens de l’histoire et présente l’avantage de proposer aux particuliers des solutions d’investissement sur-mesure et à des prix attractifs, les investisseurs en herbe doivent impérativement prendre leurs précautions et être conscients des risques et abus potentiels auxquels ils s’exposent, ce faisant.

 

Sources :

  1. Nathalie Boschat, Philippe Guillaume (19 juin 1996). Les Bourses passent la vitesse électronique, Les Echos [en ligne]
  2. Nessim Aït-Kacimi (22 janvier 2002). Les « day-traders » entre découragement et résignation, Les Echos [en ligne]
  3. Nessim Aït-Kacimi (3 novembre 2004). Actions : il y a vingt ans, la fin du papier, Les Echos [en ligne]
  4. Nessim Aït-Kacimi (15 septembre 2008). Le mauvais génie de la gestion moderne, Les Echos [en ligne]
  5. (18 octobre 2014). Les dangers du Forex, Les Echos Investir [en ligne]
  6. Daisy Maxey (2 février 2017). Schwab Cuts Trading Commission On ETFs, Fees on Mutual Funds, Wall Street Journal [en ligne]
  7. Sarah Krouse (28 février 2017). Fidelity, Charles Schwab Slash Online Trading Commissions, Wall Street Journal [en ligne]
  8. Pierre-Jean Colin (10 août 2017). Le métier de broker est-il en danger ?, AlumnEye [en ligne]. Disponible à: https://www.alumneye.fr/le-metier-de-broker-est-il-en-danger/
  9. Lisa Beilfuss (26 janvier 2018). Lured by Market Records and Hot Bets, Individual Investors Finally Dive In, Wall Street Journal [en ligne]
  10. Lisa Beilfuss (2 juillet 2018). Vanguard Will Let Investors Trade Its Rivals’ Funds Online for Free, Wall Street Journal [en ligne]
  11. Alexander Osipovich & Lisa Beilfuss (9 novembre 2018). Why ‘Free Trading’ on Robinhood Isn’t Really Free, Wall Street Journal [en ligne]
  12. Lisa Beilfuss (22 janvier 2019). The Latest Trend in Mobile Gaming: Stock-Trading Apps, Wall Street Journal [en ligne]
  13. Nessim Aït-Kacimi (14 février 2019). La féroce compétition du monde des traders haute fréquence, Les Echos [en ligne]
  14. Nessim Aït-Kacimi (14 février 2019). Alexandre Laumonier : « La plupart des traders haute fréquence ont abandonné cette course de vitesse à tout prix », Les Echos [en ligne]
  15. Nessim Aït-Kacimi (28 juin 2019). « Le Libra est un grand pas pour la démocratisation du marché des cryptos », Les Echos [en ligne]
  16. Alexander Osipovich & Lisa Beilfuss (1er octobre 2019). Schwab Cuts Fees on Online Stock Trades to Zero, Rattling Rivals, Wall Street Journal [en ligne]
  17. Alexander Osipovich & Lisa Beilfuss (5 octobre 2019). The Race to Zero Commissions, Wall Street Journal [en ligne]
  18. Nessim Aït-Kacimi (11 octobre 2019). Courtiers en ligne : année zéro, Les Echos [en ligne]
  19. Sophie Rolland (17 décembre 2019). CAC 40 à 6.000 points : pourquoi les particuliers boudent la Bourse, Les Echos [en ligne]
  20. Sophie Rolland (28 avril 2020). 000 particuliers ont fait leurs premiers pas en Bourse depuis deux mois, Les Echos [en ligne]
  21. Gunjan Banerji (12 juin 2020). ‘Volatility Is Everywhere’: The Market Tactic That’s Driving Stocks Haywire, Wall Street Journal [en ligne]
  22. Anaïs Moutot (17 juin 2020). Robinhood, l’application derrière l’effervescence des boursicoteurs aux Etats-Unis, Les Echos [en ligne]
  23. Nessim Aït-Kacimi (17 juin 2020). Le courtier Robinhood confie ses boursicoteurs aux bons soins des « Loups de Wall Street », Les Echos [en ligne]
  24. Gunjan Banerji & Alexander Osipovich (24 juin 2020). Free Trades, Jackpot Dreams Lure Small Investors to Options, Wall Street Journal [en ligne]
  25. Jennifer Nille (27 juin 2020). Robinhood, l’app qui draine une armée de nouveaux investisseurs, L’Echo [en ligne]
  26. Michael Wursthorn, Mischa Frankl-Duval & Gregory Zuckerman (5 juillet 2020). Everyone’s a Day Trader Now, Wall Street Journal [en ligne]
  27. Nessim Aït-Kacimi (15 juillet 2020). Le courtier en ligne Robinhood continue sa percée fulgurante, Les Echos [en ligne]
  28. Gabriel Nedelec (24 juillet 2020). La plateforme de trading Robinhood fait des émules en Europe, Les Echos [en ligne]
  29. Nessim Aït-Kacimi (14 août 2020). Robinhood, le franc-tireur du courtage en ligne s’impose aux Etats-Unis, Les Echos [en ligne]
  30. Michael Wursthorn & Euirim Choi (20 août 2020). Does Robinhood Make It Too Easy to Trade? From Free Stocks to Confetti, Wall Street Journal [en ligne]
  31. Dave Michaels & Alexander Osipovich (2 septembre 2020). Robinhood Faces SEC Probe for Not Disclosing Deals With High-Speed Traders, Wall Street Journal [en ligne]
  32. Nessim Aït-Kacimi (2 septembre 2020). Comment les courtiers en ligne encouragent la spéculation, Les Echos [en ligne]
  33. Chloé Marriault (10 septembre 2020). Investir en Bourse : ces boîtes vous transforment en trader amateur, Les Echos Start [en ligne]

 

Nathanaël Zobel-Pantalacci, étudiant à Grenoble École de Management et contributeur du blog AlumnEye

 


Faut-il investir dans le whisky ?

Depuis 2010, la rentabilité des Scotch Malt Whisky dépasse les 15% par an en moyenne selon le World Whisky Index. Investir dans le whisky apparaît comme une nouvelle tendance. Les amateurs de ce spiritueux sont de plus en plus nombreux à se constituer une épargne en misant sur la valeur de leurs bouteilles. Plus particulièrement en cette période de crise, le whisky alliant rareté et luxe fait figure d’actif résiliant, de quoi attirer les investisseurs. Placement sûr pour certains et arnaque potentielle pour d’autres, il est primordial d’en connaître les tenants et les aboutissants avant de se lancer dans cette activité.

Un investissement alternatif qui offre un bon rendement

whisky barrelsLes marchés de niche constituent souvent une opportunité intéressante. Les variations soudaines et incontrôlables sont fortement réduites en raison du faible nombre d’acteurs sur le marché. La tangibilité de l’actif, son rendement basé sur son luxe et sa rareté, et sa capacité à évoluer hors des circuits financiers font du whisky un actif particulièrement protégé.

La demande est forte et excède l’offre sur le marché. En effet, il existe un grand nombre d’amateurs de whisky haut de gamme mais sa production est limitée, une bonne bouteille se conservant plusieurs années avant d’être mise sur le marché. Cet élément implique que certaines bouteilles atteignent de très hautes valeurs. Le 25 octobre dernier, lors d’une vente aux enchères de Sotheby’s qui a eu lieu à Londres, une bouteille de whisky écossais, le Macallan Fine et Rare 1926 de 60 ans d’âge, a été vendue pour 1,7 million d’euros. Le record précédent avait été établi par la même distillerie, la Macallan, vendu 1,4 million d’euros.

De plus, le marché du whisky prend de plus en plus d’ampleur dans certaines régions du monde comme en Amérique latine ou en Asie, où il est marqueur d’un certain statut social, un symbole de richesse et un instrument de pouvoir au même titre qu’une montre de luxe ou une voiture de sport par exemple. La première distillerie japonaise, nommée Yamazaki, est créée dans les années 1920 par la société Suntory. Suntory est élu quatre fois distillateur de l’année en 2010, 2012, 2013 et 2014 à l’International Spirits Challenge. Le whisky japonais est aujourd’hui le quatrième whisky le plus consommé au monde.

Enfin, la valeur des bons whiskies est globalement sur une pente ascendante depuis la dernière décennie. Depuis 2010, la rentabilité annuelle des Scotch Malt Whisky est de 15% en moyenne. L’Indice Whisky Apex 1000, créé par la compagnie Rare Whisky 101, s’est apprécié de plus de 550% ces neuf dernières années. Cet indice recense une collection de mille bouteilles, parmi les plus recherchées, de Single malt Scotch. Il reflète le changement de valeur de ces mille bouteilles tous les mois.

Entre le 25 février 2020 et le 25 août 2020, ce même indice a augmenté de près de 120 points, preuve que la crise du coronavirus n’a pas affecté négativement la valeur du Scotch Whisky.

LA4Lire aussi : Pourquoi l’or comme valeur refuge en temps de crise ?

 

Comment faire pour investir ?

L’achat d’une bouteille de whisky se fait relativement aisément, le plus dur étant de trouver le bon investissement. Pour ce faire, il existe principalement deux possibilités. Premièrement, l’achat peut se faire par le biais d’un magasin de vin ou un revendeur de confiance. Ensuite, on trouve les ventes aux enchères, en réel ou en ligne. Whiskyauction.com s’impose comme le leader en Europe dans les enchères en ligne, le site propose gratuitement un guide de l’utilisateur afin de tout savoir sur l’achat et la vente du spiritueux, évalue les bouteilles ou encore fournit un glossaire renseignant les termes techniques. Autre site de ventes aux enchères de whisky, Catawiki.com propose plus de 300 bouteilles chaque semaine, dont de nombreuses raretés qui raviront les investisseurs, les collectionneurs et les connaisseurs. Il faut préférer les sites ayant déjà acquis une bonne réputation afin d’éviter l’acquisition de contrefaçon, risque majeur lorsqu’on achète une bouteille. Afin de pallier ce risque, chaque bouteille mise aux enchères sur le site de Catawiki est soumise au préalable à une évaluation par un expert, garantissant ainsi l’authenticité de la bouteille en vente.


Comment détermine-t-on la valeur d’une bouteille ?

Afin de reconnaître une bonne bouteille, il faut lire toutes les informations sur son étiquette, garantie de qualité, qui doit être parfaitement lisible. Dates de distillation et d’embouteillage, contenance, degré, type de barils utilisés pour le vieillissement, et même le numéro de lot renseignent sur la valeur du produit. Par exemple, un whisky issu d’une édition limitée gagnera en rareté au fil du temps et la valeur d’un whisky ancien progresse tout simplement parce qu’il cultive son aspect historique. Par exemple, la distillerie Macallan a produit un whisky « M » en seulement quatre exemplaires, et deux seulement ont été commercialisés. Grâce à sa rareté, une des deux bouteilles a pu être vendue à 323 000 euros lors d’une vente aux enchères.

Le renom de la bouteille est un critère important dans le choix d’investissement. Quelques marques historiques atteignent des prix élevés aux enchères : Macallan, Ardbeg, Bowmore, Highland Park, Balvenie ou encore Glenmorangie. Le scotch whisky, l’Irish whisky et les bourbons américains sont les whiskies les plus consommés au monde.

Cependant, des whiskies provenant d’une même distillerie peuvent avoir des prix très éloignés, en raison de leurs profils aromatiques différents, de leur ancienneté et du type de barriques utilisées. Pour illustrer ce propos, on peut trouver des bouteilles de Macallan à 60 euros, mais également à plus de 1 million d’euros.

Par ailleurs, outre l’aspect externe de la bouteille, il faut s’assurer de la qualité de son contenu. Les bouchons de whiskies ne sont pas aussi hermétiques que ceux des vins. Un phénomène d’évaporation se produit et libère de petites quantités d’alcool de la barrique, qu’on appelle la « part des anges ». On constate généralement une évaporation de l’ordre de 2% par an. Cette dernière est accentuée par les climats les plus chauds. Attention à ne pas acheter une bouteille avec un niveau d’évaporation anormalement bas ni déjà ouverte. Une fois le sceau brisé, elle connaît une diminution drastique de sa valeur. Pour assurer la qualité du liquide, placer la bouteille à la verticale et dans un endroit à l’abri du soleil et non humide, sans quoi le bouchon se dévisse petit à petit. Autre élément important, il est opportun de le conserver plusieurs décennies.

 

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Existe-t-il des investisseurs professionnels ?

Outre les amateurs curieux et les collectionneurs, certains professionnels ont tenté l’expérience de l’investissement dans le whisky. Ces derniers sont souvent des fonds d’investissement, ayant des pouvoirs d’achat plus élevés que les particuliers. Par exemple, le fonds asiatique Platinum Whisky Investment Fund, créé en 2014, était le premier fonds d’investissement au monde spécialisé dans les whiskies, avec un rendement cible de 17%. La tendance est ainsi relativement récente. Avant sa fermeture en 2017, le fonds leva douze millions de dollars auprès d’une cinquantaine d’investisseurs. Ce montant a servi à l’achat de milliers de bouteilles, dans des enchères et des distilleries, qui ont été ensuite revendues à des clients privés, des hôtels et des bars.

Aujourd’hui, le seul fonds d’investissement régulé, spécialisé dans le whisky, s’appelle le Single Malt fund. Il a été créé en 2019 et est côté sur le Nordic Growth Market. Il s’adresse à des investisseurs expérimentés ayant une capacité d’investissement minimum de 100 000 euros. Le fonds cible particulièrement des gestionnaires de patrimoine britanniques. Les parts du fonds achetées prennent la forme d’obligations participatives et le fonds projette de récolter 25 millions d’euros, avec un rendement de 10% par an à chaque investisseur. De plus, chacun de ces derniers a l’opportunité d’acquérir les whiskies dans lesquels le fonds a investi avant qu’ils soient mis sur le marché public.

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Benjamin Franklin's eye on the dollar bill

Quels sont les dangers de cet investissement ?

 

Il n’existe pas de rendements élevés sans risques. Le principal danger de l’investissement dans le whisky est de connaître une arnaque. Particulièrement avec la crise actuelle du coronavirus, certains épargnants soucieux de trouver une valeur refuge ont été piégés par des plateformes Internet dédiées au « whisky d’investissement » qui désignent l’acquisition de bouteilles comme un placement « anti-crise ». Contrefaçons ou encore argent encaissé sans livraison de marchandises, il est nécessaire de se renseigner véritablement sur la sûreté du site avant tout achat. Le 19 mars 2020, l’Autorité des marchés financiers (AMF) avait déjà inscrit douze plateformes proposant d’investir dans le whisky sur sa liste noire. Avec l’accroissement des plaintes des épargnants, l’AMF rappelle qu’à ce jour, aucune offre d’investissement en whisky n’a obtenu du régulateur l’enregistrement préalable obligatoire avant toute commercialisation.

L’investissement dans le whisky apparaît comme une tendance intéressante, permettant d’allier rendement et plaisir pour les épargnants amateurs de ce spiritueux. Néanmoins, il est primordial d’en connaître les enjeux, et d’être conscient des risques auxquels on s’expose. Au moindre doute, se tourner vers un expert s’avère la meilleure solution, surtout lors des premiers pas dans cette activité.

 

 

Emma Pradissitto, étudiante à l’EDHEC Business School et contributrice du blog AlumnEye

 


Monopoly Case prison

Investir des milliards grâce à un bug informatique ? L'histoire improbable d'Harouna Traoré

Diplômé en 2001 d’HEC Montréal suite à l’obtention d’un Bachelor of Business Administration, le français, âgé de 41 ans lors de l’incident l’ayant conduit au contentieux avec le courtier Valbury Capital, occupait par la suite essentiellement des fonctions dans les départements des ventes et du développement produit au sein de plusieurs entités, dont Thomson Reuters juste avant les faits.

Le profil d’Harouna Traoré ne présentait donc initialement rien d’alarmant. Considéré comme un simple trader particulier, le crédit dont il dispose sur son compte auprès de la société Valbury Capital le jeudi 29 juin 2017 est par ailleurs tout à fait raisonnable. Cependant, une faille informatique relative au système de limitation des achats de contrats va permettre à ce trader « amateur » de lever l’équivalent de 5 milliards d’euros de contrats de type « futures ». Comment en est-on arrivé à de tels montants, capables d’influencer les tendances des marchés à eux seuls ? Les marchés sont-ils en fin de compte véritablement protégés face à de tels aléas ? Retour sur l’un des épisodes financiers les plus insolites de la dernière décennie.

 

Le cas Harouna Traoré : une histoire rocambolesque

Tout est parti d’une faille émanant du broker auprès duquel le compte de ce trader particulier était domicilié, conjuguée à une erreur d’appréciation de ce dernier quant à l’essence même du compte dont il faisait usage. En effet, Harouna Traoré quitte en fin de matinée du 29 juin 2017 les locaux de Krechendo Trading, une trading arcade conçue à partir du modèle des salles de marchés londoniennes destinées à former des particuliers souhaitant développer d’importantes connaissances en matière de trading. A l’issue de sa séance matinale, il accusait une perte de 900 euros liée à ses positions.

Il envisage alors, dès l’après-midi, de poursuivre son entraînement par le biais d’une plateforme virtuelle (X trader) fournie par la société de courtage londonienne Valbury Capital. Initialement, c’est justement un compte de démonstration que s’est vu octroyer cet investisseur. Le problème réside alors dans le fait que le trader a entre-temps ouvert un compte réel, pourvu d’un montant de 20000 euros juste avant les faits.

Les comptes de démonstration, par définition virtuels, ont l’avantage d’accorder une grande liberté d’action à leurs utilisateurs. Notamment, les montants investis peuvent tout à fait être illimités, puisque cela n’exerce aucune influence sur l’activité réelle des marchés. C’est ainsi qu’en cette après-midi de juin 2017, Harouna Traoré engage l’équivalent d’un milliard de dollars sur des contrats à terme liés essentiellement à l’indice Eurostoxx50. C’est après avoir clôturé l’intégralité de ses positions, peu avant la fermeture des marchés européens, qu’il prétend avoir réalisé que sa perte, atteignant alors à ce moment la somme de 2,4 millions d’euros, était réelle. Obstinément, il profite de l’ouverture des marchés américains pour tenter de combler ses pertes par l’achat de nouveaux contrats à terme, cette fois-ci sur l’indice S&P 500. A ce moment-là, il parvient à engager la somme impressionnante de 5,3 milliards de dollars, et achève sa journée avec un solde créditeur d’environ 11 millions de dollars, ayant bénéficié d’un soudain retournement de marché.

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Une péripétie qui révèle des failles aberrantes

L’aspect le plus surprenant de cet incident demeure le rapport considérable existant entre le montant des achats effectués, et celui dont il était supposé disposer, légalement, sur son compte de trading.

A l’instant où Harouna Traoré achète des contrats de type « futures » sur l’Eurostoxx 50, son compte n’est crédité que de 20 000 euros. De plus, le contrat liant ce trader à la société Valbury Capital ne lui permet pas de dépasser, en matière d’investissement, un total de 10 contrats par jour (un contrat à terme de l’Eurostoxx correspondait à environ 34 000 euros au moment des faits, pour le S&P 500 cette valeur était de 137 500 euros). Pourtant, il est parvenu à investir un total supérieur à la valeur même de l’ensemble des transactions effectuées quotidiennement sur le CAC 40 (qui avoisine 5 milliards d’euros).

Le problème trouve en réalité son origine dans une erreur de paramétrage commise par le courtier de ce trader. Concrètement, Harouna Traoré n’était contractuellement pas supposé dépasser les limites établies concernant le nombre de contrats autorisés quotidiennement et ne pouvait en aucun cas engager un montant supérieur à 20 000 euros. Pourtant, une capture d’écran que l’agence de presse internationale Reuters a pu se procurer révèle le fait que ce particulier pouvait utiliser un crédit illimité dans le cadre de ses transactions. Cet exemple est d’autant plus préoccupant que l’issue de cette affaire s’est finalement soldée par un gain en fin de journée (bien que ce trader n’ait pu se l’approprier pour des raisons légales), mais si le scénario avait été tout autre, comme l’explique Tarek El-Marhri, le fondateur de Krechendo Trading (la société au sein de laquelle Harouna Traoré avait effectué sa formation), la perte observée aurait pu se chiffrer en centaines de millions d’euros pour une baisse du marché d’environ 3 % .

 

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Cette affaire ravive par ailleurs le spectre du marasme causé par Jérôme Kerviel dix ans plus tôt, alors qu’il évoluait en tant qu’opérateur de marché pour le compte de la Société Générale. Par le biais d’achats de contrats à terme également, il avait alors exposé l’institution bancaire à un important risque de marché alors que sévissait la crise économique de 2008. Une fois ses positions clôturées, la banque avait alors accusé une perte de 4,9 milliards d’euros sur ces contrats.

10 ans après cette affaire retentissante, le cas d’Harouna Traoré a illustré les progrès devant encore être menés en matière de gestion des risques dans les systèmes financiers, d’autant plus que des contrats tels que ceux achetés par Harouna Traoré sont généralement réservés à des traders professionnels. Tarek El-Marhri a d’ailleurs concédé que « l’on pourrait avoir un nouveau Jérôme Kerviel comme on pourrait avoir un nouveau trader fou » en raison d’une réglementation encore insuffisante malgré des efforts déployés en ce sens comme l’introduction de la loi Mifid II. De plus, lorsque les montants utilisés atteignent de tels sommets, les marchés peuvent être directement impactés à la hausse ou à la baisse, ce qui n’est pas sans conséquences pour d’autres acteurs tels que des fonds d’investissement qui peuvent en subir les effets négatifs. Une telle manœuvre est d’ailleurs qualifiée de manipulation de marché et peut être légalement répréhensible.

LA4Lire aussi : Nicolas Dumoulin, trader à Wall Street le jour, photographe la nuit

 

Les conséquences judiciaires de ce coup de folie

Suite au gain de plus de 10 millions d’euros observé à la clôture de ses différentes positions sur des contrats « futures », ce trader s’est néanmoins vu refuser leur obtention par Valbury Capital qui a décidé d’annuler l’ensemble des transactions réalisées sur cette journée alors que de son côté, l’investisseur estime que ce montant lui est dû. Les deux parties sont depuis engagées dans un affrontement juridique au sein duquel il serait reproché à Valbury Capital de ne pas avoir défini de limites en matière d’investissement, tandis que ce trader est accusé d’avoir outrepassé des conditions définies contractuellement, limitant ses possibilités de trade à 10 contrats d’achats par jour alors que celui-ci en a accumulé plus de 75 000 le 29 juin 2017 tous indices confondus. Également, le statut de ce trader se situe au cœur du débat. En effet, maîtriser des produits financiers tels que les contrats à terme nécessite de l’expérience et un certain professionnalisme, ce qui a toute son importance en matière juridique, puisque les « consommateurs », c’est-à-dire les particuliers non-initiés au milieu financier, bénéficient d’une certaine clémence dans la législation française. Harouna Traoré, qui a priori n’aurait jamais occupé de fonction nécessitant des compétences financières professionnelles, devra s’expliquer sur de telles connaissances, qu’il a notamment mises en avant lors de son ouverture de compte auprès de Valbury Capital. A l’heure actuelle, le procès opposant les deux parties est toujours en cours.

 

Nicolas Liszczynski, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog Alumneye

 


Nicolas Dumoulin, trader à Wall Street le jour, photographe la nuit

Trader à Wall Street chez Crédit Suisse, Nicolas Dumoulin est également un photographe très suivi sur Instagram, avec plus de 35 000 followers. Comment a-t-il réussi ce parcours ? Du Master 203 à Dauphine en passant par le desk de Londres de Credit Suisse, Nicolas raconte comment il a bâti brique par brique sa vie actuelle. Egalement premier formateur AlumnEye en finance de marché, il nous parle de ses candidatures aux Summers internships et nous donne de précieux conseils !

Cette interview retrace le parcours brillant de ce dauphinois qui a su se construire la vie qu’il ambitionnait au départ : un job de trader qui le challenge au quotidien, dans la ville – New York – de ses rêves, où il peut aussi se consacrer à sa passion, la photographie.

 

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

J’ai effectué un parcours de gestion puis finance à Dauphine, avant de finir par le Master 203. Lors d’un passage aux Etats-Unis en 2009, j’ai découvert New York et ai été émerveillé par la ville. J’ai su que je voulais y revenir pour y travailler et y faire une partie de ma vie !

Lors de mon Master 2, j’ai directement candidaté aux Summers ; Crédit Suisse m’a fait une offre à Londres. J’ai d’abord travaillé pendant deux ans en Derivatives Strategy (recherche sur produits derivés), en étant rattaché à l’équipe de trading d’options vanilles sur single stock. Puis, l’arrivée d’un nouveau boss au sein de cette équipe a permis la création d’un poste de junior trader sur la dispersion (une des sous-activités du desk), et je me suis vu proposer ce poste du fait de ma proximité avec l’équipe. L’équipe de dispersion a fortement grossi entre 2015 et 2017 et il a finalement été décidé par le management de la scinder en deux avec une équipe à Londres et une nouvelle équipe à New York. J’ai fait savoir au management mon intérêt pour être transféré dans cette équipe à New York et cela s’est finalement fait assez rapidement. J’ai au total passé 4 ans et demi à Londres et je suis maintenant à New York depuis 2 ans et demi.

 

Le Master 203 est une référence en finance de marché, avec la directrice Gaëlle Le Fol qui le dirige avec succès depuis plusieurs années. Que retiens-tu de cette formation ?

Que du bien ! A la fois des professeurs, des cours, des rencontres, de la préparation, etc. J’ai un très bon souvenir du master.

A l’époque, les Summers étaient relativement peu connus en France, mais le Master 203 nous formait déjà à ces processus de recrutement et était en avance sur les autres écoles et universités. Des rencontres avec des professionnels étaient organisées, ainsi qu’une semaine à Londres pour visiter des banques ; cela était vraiment bien organisé ! Par la suite, il me semble que le master a également mis en place une semaine de découverte à New York ou Hong Kong selon les années.

La plupart des étudiants formés au Master 203 recevaient des offres à Londres et y démarraient leur carrière. Plusieurs amis sont ensuite devenus des collègues, chez Crédit Suisse ou dans d’autres institutions. Un bon ami du master, qui était également mon colocataire, est même parti travailler pour un hedge fund et est devenu mon client ! Le Master 203 permet de développer un excellent réseau.

 

La légende raconte que tu as été le premier formateur en finance de marché d’AlumnEye. Peux-tu nous raconter comment l’aventure a commencé ?

Oui c’est vrai ! J’étais en cours avec Mike (i.e. le fondateur d’AlumnEye) avec qui j’ai gardé contact lorsque je suis allé à Dauphine et lui à l’Essec. Suite à une année aux Etats-Unis (j’ai effectué une année de master en finance à l’université de Rochester avant de revenir à Dauphine pour le Master 203), j’ai constaté que la préparation aux Summers étaient bien plus approfondie là-bas qu’en France. Les étudiants américains consacrent les 3 premiers mois de l’année à la préparation de leurs candidatures aux Summers internships car c’est la voie royale pour être recruté par une banque.

J’avais suivi le projet de Mike et d’AlumnEye et lors de mon retour en France, il m’a parlé de sa formation en corporate finance, et je maîtrisais suffisamment bien mon sujet pour pouvoir m’occuper de la partie finance de marché. J’ai ensuite fait cela pendant près de 3 ans en formations en école ou privées, séminaires, etc. jusqu’à ce que les voyages Londres/Paris les week-ends deviennent trop compliqués.

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Il paraît même qu’en M2, tu postulais aux Summers et formais pour AlumnEye tes propres « concurrents » d’une grande école de commerce !

J’étais bien préparé aux Summers et ne voyais pas trop les autres candidats comme des menaces. En effet, j’étais sûr de mon projet professionnel et de mon ambition ; cela matchait avec ce que les banques recherchaient. Former mes « concurrents » étaient également une manière de voir ce que je valais. Le projet d’AlumnEye m’intéressait indépendamment de mes propres candidatures et c’est pourquoi j’ai décidé de rejoindre l’équipe.

Pendant le Summer, beaucoup d’interns passaient une grande partie de leur temps à discuter avec un maximum de monde sans vraiment s’intéresser à une équipe en particulier ou travailler sur un véritable projet. Ma stratégie a consisté à me concentrer sur deux équipes en particulier, afin de bien m’intégrer au sein de celles-ci et de pouvoir me concentrer sur des projets intéressants pour eux. Bien sûr, je parlais également aux interns, mais je ne suis jamais rentré dans le jeu de commérage. Cela a payé puisqu’il y a eu peu d’embauches cette année-là, mais j’ai eu une offre !

 

Aux débuts d’AlumnEye en 2012, peu d’étudiants connaissaient les Summers internships. C’est moins le cas aujourd’hui. As-tu vu toi-même une évolution des profils étudiants intégrant les banques d’investissement ?

A l’époque, très peu de français postulaient aux Summer internships alors qu’aujourd’hui c’est très répandu. Il n’y a plus seulement les anglais qui candidatent ; les français sont très présents et sont les mieux préparés grâce aux formations comme AlumnEye. J’ai vu une grande différence dès 2014/2015 où la moitié des Summers étaient français, ce qui pouvait poser des problèmes de diversité. Aujourd’hui, cela s’est plus ou moins équilibré.

Ce qui fait la différence, c’est davantage la motivation que la préparation en tant que telle. Je n’ai pas fait passer d’entretien pour les Summers mais je voyais des interns qui venaient à mon desk. On voit tout de suite la différence entre quelqu’un qui est vraiment motivé et quelqu’un qui fait semblant. Ce que je recherche chez un intern, c’est qu’il soit curieux et intéressé par mon travail, qu’il vienne me poser des questions et me montre qu’il comprend ce que je lui explique. Les Summers doivent être smarts et motivés. Ils sont tous smarts mais tous ne sont pas réellement motivés et intéressés, et ça se voit rapidement.

 

Étant Dauphinois, que penses-tu des gens qui disent que seul un ingénieur peut travailler en trading ?

Il y a tellement de sortes de trading que cela veut tout et rien dire à la fois. Cela dépend de quel trading on parle ! Par exemple, le trading de produits vanille demande une certaine compréhension du marché mais pas de compétences mathématiques spécifiques. D’autres produits sont au contraire plus complexes et nécessitent une compréhension plus scientifique. Par exemple, il y avait deux traders dans mon équipe quand j’ai commencé ; l’un ayant fait Polytechnique et l’autre n’ayant pas suivi de formation spécifique et ayant gravi les échelons depuis le back office de la banque. Le premier a fait perdre de l’argent à la banque deux années de suite puis s’est fait remercier, tandis que le second est l’un des meilleurs traders avec qui j’ai pu travailler. Il n’y a pas de règle !

Avoir un background scientifique est un plus pour être recruté mais ce n’est pas un prérequis ! De nos jours, ce qui est vraiment utile est de savoir coder mais c’est très facile de l’apprendre par soi-même. Ce qui peut être intéressant pour un trader plus senior est d’avoir avec lui un junior qui sache coder et puisse l’aider à automatiser certaines tâches. Cela peut être un vrai plus !

 

Concrètement, que fais-tu en trading ? Comment s’organise ta journée ?

Il n’y a pas de journée type mais je vais donner les grandes lignes. Lorsque j’arrive au travail (avant que les marchés n’ouvrent), je lis mes mails et prends connaissance de l’actualité. Il y a des jours où les marchés sont plus calmes et où on peut se concentrer sur des projets à plus long terme de développement de produits, d’élaboration de nouvelles stratégies à pousser auprès des clients, etc. A l’inverse, lorsque les marchés sont volatiles, on est beaucoup plus dans le feu de l’action. Bien sûr, on passe aussi beaucoup de temps à faire des prix et trader pour les clients, à surveiller nos books pour bien comprendre nos risques. Lorsque les marchés sont fermés le soir, on traite d’avantage l’administratif.

 

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Quelles sont les différences/similarités entre les trading floors de Londres et New York ?

Le trading floor de Londres est très international. Celui de New York l’est également, mais un peu moins car il reste davantage américain. C’est à New York que tout se passe ; le trading floor est donc plus dynamique, tout va plus vite. Ma vision est peut-être propre à ma banque mais c’est l’impression que j’ai. Les différences ne sont finalement pas si grandes car je travaille toujours pour la même équipe (basée entre Londres et New York) ; je suis donc régulièrement en contact avec mes anciens collègues de Londres.

 

En parallèle de ta vie de trader, tu es passionné de photographie, avec 35 000 followers sur ton compte Instagram @nickmillers. Comment expliques-tu ce succès ?

Je me suis acheté un appareil photo Reflex avec mon premier bonus en 2013 car j’avais déjà un intérêt pour la photographie. Néanmoins, je m’y suis réellement intéressé lorsque je suis arrivé à New York. A Londres, je travaillais beaucoup car je couvrais les marchés anglais et américains. Je travaillais en général de 7 à 21h ; j’avais donc très peu de temps pour les loisirs. Lors de mon arrivée à New York, j’ai uniquement couvert le marché américain. Je me suis donc retrouvé avec pas mal de temps libre et ai commencé une collection de livres de photographies. J’ai également fait des recherches et regardé des tutos, lu des livres, etc. pour apprendre aussi bien le côté technique (manipulation de l’appareil) que la partie plus artistique sur la manière de composer une photographie.

New York est une ville qui m’a toujours fascinée ; je me suis donc lancé. Je peux parfois marcher des heures avec mon appareil photo jusqu’à trouver un endroit à photographier. C’est également une ville qui a l’avantage d’être la plus dynamique au monde en photographie. J’ai ainsi pu assister à de nombreux évènements et rencontrer des photographes qui m’ont beaucoup appris. J’ai ainsi pu créer une communauté de fidèles qui suivent mes photos. Par la suite, j’ai étudié le fonctionnement du réseau social. On dit qu’il faut 2 ans pour atteindre les 10k followers, mais cela ne m’a pris qu’un an ! Au début mes photos ont été repostées par des pages connues de photographies de rues. Suite à cela, j’ai commencé à gagner beaucoup d’abonnés. Egalement, lorsqu’une personne s’abonne à un photographe, j’apparais souvent en suggestion, ce qui aide à construire sa communauté.

 

Comment définirais-tu ton « style » de photographie ? On voit que tu aimes beaucoup les photos sombres, de nuit ou tôt le matin.

Je fais de la photographie de rue, souvent dans des conditions dramatiques telle que du brouillard, de la pluie, sous la neige etc. Je m’efforce à adopter un style très cinématique aussi bien au niveau de l’atmosphère, que des couleurs et des lumières. Je veux donner l’impression à la personne qui regarde mes photos qu’il s’agit de Gotham City et non pas de New York, ou qu’il en train de regarder un film neo-noir.

 

Est-ce qu’on te propose de bosser en tant que photographe sur des projets ?

Instagram est devenu une plateforme incontournable pour diffuser tous types de contenus. Même les plus grands photographes l’utilisent maintenant pour communiquer ; c’est devenu la manière d’exposer son travail.

On me propose souvent de faire de la publicité pour des produits, ce que je refuse dans 99,9% des cas car cela ne m’intéresse pas. Je comprends que certains photographes qui vivent de ça acceptent, mais j’ai un salaire confortable qui me permet de faire de la photographie uniquement par passion. La pureté de la photographie et de mon compte Instagram est ce qui attire ; c’est quelque chose que je souhaite conserver. Je ne suis pas non plus intéressé par les shootings photos.

Je ne souhaite pas faire de la photographie mon travail principal, je fais cela pour le plaisir non pas pour l’argent. Par contre, j’aimerais beaucoup publier un livre de photographies ou faire une exposition sur mon travail. Je pense que c’est le rêve de tout photographe.

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Tes collègues de bureau sont au courant de tout cela ? Si oui, ils en pensent quoi ?

Certaines personnes de mon entourage proche sont au courant (telles que mon boss ou quelques collègues). Ils suivent mon travail de manière admirative ! C’est marrant de voir la réaction de certains collègues lorsqu’ils apprennent ma passion pour la photographie car ce n’est pas courant. Beaucoup de collègues excellent à la fois en finance et dans leur passion, le sport le plus souvent. Mais les passions artistiques sont peu répandues.

 

Quelle qualité développée grâce à la photographie mets-tu aujourd’hui à profit dans ton travail ?

La patience ! Depuis que j’ai commencé à faire de la photographie, je me rends compte que je suis plus calme et posé dans mon travail, ce qui n’était pas toujours le cas auparavant. Pour certaines photos je peux parfois attendre durant une ou plusieurs heures le bon moment. Sur mes photos, il y a en général une composition étudiée et réfléchie. Lorsque le décor est fixé, je m’installe avec mon appareil photo et attends qu’une personne ou un sujet intéressant vienne se glisser dans ma composition. Le sujet idéal porte une trench coat et un chapeau, tel un personnage de film noir.

 

S’il faut choisir entre NYC et Londres : quelle ville pour faire du trading ? Laquelle pour faire les plus belles photos ?

New York pour les deux, il n’y a pas photo ! On ne peut pas forcément commencer sa carrière à New York en étant français ou Européen de manière générale, car les visas ne sont pas faciles à obtenir. J’aurais bien aimé commencer à New York mais ce n’était pas possible. J’ai donc commencé quelques années à Londres et ai orchestré mon move lorsque cela a été possible. En effet, il y a des visas spéciaux pour ce type de transfert en interne. Pour toute personne qui travaille en finance de marché, New York est quelque chose de plus gros que l’Europe ; c’est une belle expérience. Après c’est une jungle comparée à Paris ou Londres et il faut aimer. C’est également loin de l’Europe.

Je suis allé pour la première fois à New York en 2009 lorsque j’étais étudiant à Dauphine et je me suis pris une claque. J’ai su que c’était ici que je voulais vivre et travailler. Onze ans plus tard j’aime toujours autant cette ville ! Certaines personnes peuvent trouver cela suffoquant alors que je me sens ici comme chez moi. Au bout de quatre années passées à Londres, je me suis dit que j’y avais fait mon temps. J’aimais bien la ville mais je voulais passer à autre chose. J’étais donc content de partir à New York même si j’ai de bons souvenirs à Londres. Je suis à New York depuis deux ans et demi et je m’y sens bien. Je n’ai pas du tout envie de retourner en Europe !

Pour la photographie de rue, New York c’est une autre dimension. C’est la ville la plus impressionnante à photographier, devant Hong Kong et Tokyo.

Je n’exclus pas de rentrer un jour à Paris, mais pas pour tout de suite. Cela serait pour travailler dans un fonds d’investissement par exemple, ou dans quelque chose de différent car il n’y aura pas d’opportunités en banque. C’est comme un sportif qui va faire sa carrière dans les plus grands clubs d’Europe et qui revient au pays avant sa retraite. C’est là d’où tu viens et où tu te sens le mieux, c’est donc normal de vouloir rentrer à un moment ou un autre. J’ai des idées en tête mais n’ai pas de plan arrêté et défini.

 

Camille Hutt, étudiante à Grenoble Ecole de Management et Responsable Editoriale du blog AlumnEye

 


Universa, le hedge fund qui gagne toujours en temps de crise

En 2007, Nassim Nicholas Taleb et son associé Mark Spitznagel créent le fonds d’investissement Universa Investments. Universa n’a rien d’un fonds classique car la stratégie qu’il emploie est basée sur ce que l’on nomme le “Fat Tail Hedging”. En effet, cette stratégie se concentre sur des événements qui ne se produisent que très rarement. Les résultats ne se sont pas faits attendre puisque le fonds a enregistré des performances remarquables pendant la crise des subprimes en 2008, et plus récemment lors de la crise du Coronavirus en 2020.

 

Des fondateurs expérimentés, pionniers de la couverture contre les risques extrêmes

Nassim Nicholas Taleb est un statisticien de formation spécialisé en mathématiques financières. Il possède un MBA de l’université de Pennsylvanie et un doctorat en sciences de gestion de l’université Paris Dauphine. Taleb est connu pour avoir écrit le fameux livre “The Black Swan” appliquant la théorie du cygne noir à la prise de décision. Un cygne noir est un événement très peu probable qui, s’il se réalise, peut avoir un effet dévastateur sur l’économie. Dans ce livre, Taleb y prédit notamment la crise économique de 2008. Fort d’une expérience de plus de 20 ans sur les marchés financiers en tant que trader sur les marchés dérivés pour BNP Paribas, UBS, Crédit Suisse, Banker Trust, CIBC et la banque Indosuez, il devient un pionnier de la gestion du “tail risk” qui consiste à couvrir ses positions lorsque les mouvements sur les marchés sont très prononcés.

Mark Spitznagel, quant à lui, est diplômé en mathématiques de l’université de New York. Il commence à trader sur le marché des commodities avant de devenir trader indépendant sur le Chicago Board of Trade puis pour fonds propres pour Morgan Stanley à New York. En 2007, Taleb et Spitznagel s’associent pour créer Universa Investments, qui deviendra le premier fonds à mettre en pratique l’investissement “Black Swan”.

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Un fonds qui se distingue par sa stratégie d’investissement “Black Swan”

Universa gère un portefeuille clients de plus de 5 milliards de dollars. La stratégie du fonds consiste à parier massivement sur des événements très peu probables comme les krachs boursiers. Il assure ainsi à ses clients que leurs pertes seront minimes en temps de prospérité économique, mais que si un choc brutal intervient sur les marchés, les gains pourront atteindre des sommes astronomiques.

La stratégie du “Black Swan” employée par le fonds est basée sur la convexité. Les événements convexes sont ceux qui produisent des rentabilités importantes s’ils se produisent. En protégeant leur portefeuille contre les chutes brutales sur les marchés, les investisseurs peuvent allouer le reste de leur capital à des produits financiers à hauts risques systémiques. Cette stratégie est d’autant plus efficace lorsque les caractéristiques des actifs ne répondent plus à des critères fondamentaux comme c’est le cas pendant les crises économiques majeures.

Spitznagel s’oppose à la théorie moderne du portefeuille énoncée par Harry Markowitz en 1952 selon laquelle les valeurs des actifs qui constituent un portefeuille diversifié ne peuvent pas toutes plonger en même temps. Il avance, dans un article intitulé “The Volatility Tax” publié en 2018 sur le site officiel d’Universa, que lors des krachs économiques, les corrélations de ces actifs augmentent et deviennent moins défensifs. Même dans le cas où la diversification parvient à réduire les pertes du portefeuille, la rentabilité se retrouve finalement également réduite.

Techniquement parlant, la stratégie d’Universa consiste à prendre des positions long puts “hors de la monnaie” pour générer des gains explosifs lorsque les marchés sont fortement baissiers et à investir dans des actifs qui protègent le portefeuille lorsque les marchés sont, à l’inverse, haussiers, tels que des Fonds Négociés en Bourse (FNB). Avoir une position long puts signifie s’octroyer, en échange d’un montant versé à l’avance, appelé “premium”, le droit de vendre une quantité d’actif sous-jacent, à un prix déterminé et pendant une période donnée. Rappelons également qu’un put est dit “hors de la monnaie” lorsque le prix de l’actif sous-jacent est supérieur à son prix d’exercice. Afin de minimiser les pertes engendrées par le paiement du “premium” des puts lorsque les marchés sont haussiers, Universa sélectionne des puts “hors de la monnaie” car ceux-ci sont sous-évalués. Le fonds constitue alors un portefeuille robuste en y ajoutant des FNB ou tout autre actif qui génère des gains lorsque les marchés sont haussiers. Pour rappel, les FNB sont des fonds de placement en valeurs mobilières dont les parts peuvent être négociées en bourse. L’avantage des FNB est qu’ils sont composés des mêmes actifs que l’indice qu’ils répliquent et procurent donc un effet de diversification à moindre coût. Le portefeuille génère ainsi des gains explosifs en temps de crise grâce aux puts sous-évalués et des pertes minimes compensées par les profits d’actifs qui répliquent les indices boursiers. À titre d’exemple, en 2018, “The Wall Street Journal” annonçait qu’une stratégie qui consiste à investir 3,3 % dans le fonds d’investissement Universa et les 96,7 % restants dans l’indice S&P 500 produirait une rentabilité cumulée annuelle de 12,3 % sur 10 ans, surpassant ainsi le S&P 500 lui-même ainsi que les portefeuilles de fonds qui employaient une stratégie plus classique.

En pratique cette stratégie reste difficile à appliquer, car la proportion allouée aux actifs du portefeuille doit être optimale et la sélection des options “Out of The Money” doit se faire de façon minutieuse. De plus, les profits n’étant pas publiés en net, il est nécessaire d’avoir un excellent timing et de savoir quel est le moment opportun pour monétiser ses gains. Selon Spitznagel, une majorité d’investisseurs n’ont pas réussi à appliquer cette méthode puisqu’elle serait à l’opposé de la nature humaine. En effet, ces investisseurs finissent par baisser les bras bien avant qu’elle ne soit censée porter ses fruits.

 

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Une efficacité démontrée lors des crises économiques majeures

Selon Vanity Fair, lors de la crise des subprimes en 2008, Universa a enregistré 115 % de performance. Spitznagel et Taleb ont su profiter de cette crise économique en étudiant les choix des banques centrales. Selon eux, les injections monétaires et les modifications du niveau des taux directeurs de ces banques constitueraient un signal fort qui annonce le début d’une crise économique et financière.

En 2017, lors d’une interview accordée à Bloomberg, Taleb confie que les marchés sont plus fragiles aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été auparavant. Il pense que le pire est à venir et que nous allons faire face à des crises de plus en plus fréquentes avec une intensité de plus en plus grande. Sa prophétie se réalise en 2020. En mars 2020, la crise du Coronavirus a été une nouvelle occasion pour Universa de démontrer l’efficacité de sa stratégie. Spitznagel a confirmé que ses positions étaient perdantes 95 % du temps, mais que pour ce qui est des 5 % restants, les profits explosaient. Le fonds a enregistré une performance de plus de 3 600% sur le mois de mars et de plus de 4 100 % depuis le début de l’année.

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La vision d’Universa sur l’impact de la crise du Coronavirus

Spitznagel pense que l’intervention de la Fed pendant la crise du Coronavirus a rendu l’analyse fondamentale totalement incohérente. Les investisseurs qui basent leurs décisions sur des faits économiques seraient aveuglés par des données de marché gonflées par les prêts massifs des banques centrales. Ces dernières alimenteraient une bulle qui est à l’origine des vulnérabilités systémiques et seraient responsables de la fragilité des marchés financiers et économiques actuels.

Spitznagel pense ainsi que cette crise du Coronavirus est un avant-goût de ce qui nous attend dans un futur proche. Pendant ce temps, il vous conseille vivement d’écouter de la musique classique et de méditer pendant que les autres s’attardent à vouloir prédire les marchés.

 

Amine Chabli, Technology Trader chez First Derivatives et contributeur du blog AlumnEye