Charles La Flèche, du conseil en stratégie au Private Equity

Après 3 années passées au BCG en conseil en stratégie, Charles La Flèche a décidé de se tourner vers le monde du Private Equity chez PSP Investments.

Basé à Montréal, Charles nous explique dans cette interview ses différentes missions et nous donne de précieux conseils pour intégrer ces univers, en particulier au Canada.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

J’ai tout d’abord commencé à étudier l’économie politique ainsi que l’histoire, avant de me réorienter en comptabilité et finance à HEC Montréal – l’école de business francophone de Montréal. Durant mes études, j’ai pu effectuer de nombreux stages dont un chez Dunnhumby à Londres, qui fut ma première expérience dans le monde du conseil. J’ai également passé 4 mois au sein d’EY à Montréal, où j’ai réalisé que je ne souhaitais pas faire carrière en comptabilité. J’ai donc décidé de postuler au MBB (McKinsey, BCG, Bain), et ai décroché une offre d’emploi au BCG. J’ai ainsi passé les 3 premières années de ma vie professionnelle au BCG en tant qu’analyste, principalement dans les domaines « industrials » et « consumer goods ». J’ai ensuite été promu au rang de consultant avec des attributions quasi inchangées, dans un contexte néanmoins plus senior. Depuis plus d’un an, je travaille chez PSP Investments (Public Sector Pension) à Montréal.

 

Vous avez fait un stage de 3 mois à Londres durant votre scolarité. Comment compareriez-vous la culture anglaise de travail / recrutement vs la culture canadienne ?

Je n’ai pas observé de réelles différences entre les deux cultures. Néanmoins, je pense que mon expérience est un peu biaisée car j’ai eu l’opportunité de travailler dans des firmes très internationales où j’ai été confronté à une culture assez « neutre ». Selon moi, les visions anglaise et canadienne sont assez similaires, tant sur le plan économique que politique. Les différentes entreprises dans lesquelles j’ai pu effectuer un stage et travailler étaient toutes très collaboratives et mettaient en avant l’importance du bien-être au travail. Sur le plan du recrutement, le processus est également comparable : 1er round d’entrevue, case study en groupe, etc.

 

Pourquoi avoir choisi de démarrer votre carrière dans le conseil en stratégie ?

Tout d’abord, j’étais assez convaincu que je ne voulais pas faire d’Investment Banking, car la culture ne me correspondait pas. Ensuite, à moins d’avoir une idée très précise de ce que l’on veut faire dès l’université, je pense que le choix de carrière est orienté par le programme universitaire que l’on suit et se fait au fur et à mesure des rencontres, événements (participation à des sessions de recrutement, compétitions, etc.). Suite à mon stage chez Dunnhumby j’étais curieux de découvrir le conseil en stratégie, domaine que je trouvais inspirant. Lors de mes études à HEC Montréal, j’ai eu l’opportunité de participer au McKinsey challenge – un 1er round d’interview chez McKinsey pour leur stage d’été. Lors de cette compétition, des étudiants sont invités une journée dans leur bureau afin de participer à un case competition. Cela a été pour moi l’opportunité de découvrir l’entreprise ainsi que ce que l’on attend de nous dans un case study. Une présentation est ensuite faite devant un jury et un prix est décerné aux vainqueurs ; prix que mon équipe a eu la chance de remporter ! C’est à ce moment-là que mon intérêt pour le conseil en stratégie s’est renforcé. En parallèle, j’étais en processus de recrutement dans diverses firmes comptables quand j’ai eu un déclic. J’avais un fort intérêt pour la compréhension et la résolution de problèmes complexes dans des environnements internationaux et souhaitais me diriger vers le conseil en stratégie ! Par-dessus tout, j’ai la conviction que les gens qui sont attirés par le conseil en stratégie – et réussissent dans ce métier – ont naturellement une capacité de réflexion assez structurée et similaire ; je me voyais vraiment dans ce type de framework de travail !

LA4Lire aussi : Quels stages pour intégrer le conseil en stratégie ?

Quelles étaient vos missions au BCG ?

Dans les grands cabinets de conseil tels que le BCG, on a l’opportunité de travailler sur plusieurs types de missions en lien avec : les réductions de coûts (optimisation des processus, renégociation des contrats d’achats, restructuration de l’organigramme de l’entreprise, etc.), la croissance (les stratégies à 5 ans : pricing, croissance des revenus, développement de nouveaux produits, stratégie technologique). Il n’y a donc pas de réelle routine ni de journée type ! Sur une base journalière, je dirais que mes missions étaient un mix de courriels, rencontres clients, réalisation de présentations destinées aux clients sur la base de recherches et d’analyses – ce qui représente l’expertise même du BCG.

 

Pourquoi avoir choisi de vous orienter en Private Equity après le conseil ?

Je voulais m’ouvrir à de nouveaux horizons, et m’orienter vers le domaine de la finance pour mieux comprendre le côté légal, fiscal et financier d’une transaction – ce que nous offre le Private Equity.

 

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Pouvez-vous nous en dire plus sur PSP Investments ? Positionnement, taille de l’équipe, etc.

PSP est un fonds de pension de 168 milliards de dollars canadiens d’actifs, dont 50% se retrouvent dans les marchés publics, 15-20% en real estate, 15% en Private Equity, 15% en infrastructure, le reste étant en credits investment (fixed income et dette privée). Notre équipe de Private Equity est présente à Hong Kong, Londres et Montréal. Elle est dirigée par Guthrie Stewart, Senior Vice-President Head of Private Investment, en charge du Private Equity ainsi que de la division Infrastructure, un autre de nos départements. L’équipe est répartie en 2 branches : l’équipe « fund » et l’équipe « direct » – les fonds étant répartis de manière équitable entre les deux.

  • L’équipe fund investit via des fonds, ce qui donne accès aux meilleurs investisseurs au monde mais se révèle très coûteux (environ 2% annuel + 20% de plus-value à la vente des actifs prélevés par les assets managers).
  • L’équipe direct, reposant sur une stratégie plus traditionnelle de co-investissement, investit pour une opération donnée aux côtés d’un investisseur privé.

L’équipe direct, dont je fais partie, a pour mission d’évaluer les sociétés : réalisation du modèle financier et analyse, rencontre des dirigeants ainsi que des potentiels co-investisseurs, etc.

Notre objectif est de déployer 200 à 500 millions de dollars US dans des investissements à l’international en possédant 20 à 40% du capital de l’entreprise. On souhaite pouvoir jouer un rôle de gouvernance pertinent au Board, afin de suivre nos entreprises sans nécessairement en être l’actionnaire majoritaire. Cela nous permet également de déployer plus de capital.

PSP Investments est un fonds de pension en croissance avec une importante force de frappe mise à disposition d’une équipe de petite taille (environ 40 investisseurs en Private Equity).

 

Quel serait l’objectif de PSP Investments ? S’agrandir ou continuer à utiliser sa relative petite taille comme une force ?

À mon avis, le monde du Private Equity est en évolution constante, les fonds de pensions américains sont en croissance, alors que les fonds de pensions canadiens sont plus matures. De plus, les grands fonds américains, anglais, français et même asiatiques lèvent de plus en plus d’argent « d’un coup » en créant ce que l’on appelle des « mega funds » allant jusqu’à 20 milliards de dollars. Dans ce contexte de croissance, notre modèle de co-investissement fonctionne très bien. Les relations construites avec nos co-investisseurs nous apportent régulièrement des propositions d’investissement intéressantes, pertinentes et créatrices de valeur car on est en mesure d’aller à la même vitesse que nos partenaires. Néanmoins, l’équipe peut continuer de grandir. Le fonds devrait atteindre une taille de 300 milliards de dollars canadiens d’ici 5 à 10 ans ; il est donc nécessaire de croître en conséquence pour couvrir le capital à déployer.

 

Selon vous, quels types de qualités apporte un consultant en stratégie vs un banquier d’affaires dans un fonds de Private Equity ?

Je suis le seul consultant de l’équipe ! Je pense que les deux profils sont complémentaires. Les personnes issues de banque d’affaires disposent de plus de connaissances sur les plans financier, fiscal et légal. Les profils consultants sont quant à eux plus à l’aise en communication et gestion d’équipes. Ils sont pragmatiques et savent aller à l’essentiel, ce qui leur permet de mieux manager par la suite. On réalise vite qu’à moyen-long terme l’expertise technique s’apprend facilement. En somme, cela crée une équipe assez « well-rounded » !

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le Private Equity ?

PSP Investments a récemment ouvert une branche à Londres (2016). Intervenez-vous parfois dans les deals en Europe ?

Chez PSP Investments, l’équipe basée à Montréal est en charge de la couverture Nord-Américaine. Nos transactions nous amènent donc à voyager régulièrement à New-York, Los Angeles, San Francisco et Chicago. D’autre part, Montréal étant une ville francophone, je couvre la France avec quelques Seniors de mon équipe. Je travaille ainsi sur des transactions françaises, et suis également actif dans la gestion d’entreprises basées en France, en participant au Board par exemple. Dans ce cadre, je me déplace régulièrement à Paris. Le bureau de Londres s’occupe quant à lui des investissements européens hors France, tandis que le bureau d’Hong Kong couvre toute l’Asie. Sur le plan de la mobilité interne, on est assez flexible. Par exemple, des membres de l’équipe basés à Montréal vont bientôt se rendre à Londres pour aider le bureau sur certaines transactions. Un autre employé du bureau canadien est quant à lui à Hong Kong pour 3 mois, tandis qu’un employé du bureau asiatique est à Montréal durant cette période. Les employés travaillent sur des transactions à l’international et voyagent entre bureaux ; je pense que l’environnement de travail est assez diversifié !

 

Quels types de profils recrutez-vous ? Recrutez-vous parfois des français ?

Le bureau de Londres est plus optimal pour un Français souhaitant rejoindre nos équipes ! Le bureau cherche d’ailleurs à recruter plus de français afin de pouvoir couvrir Paris à terme. Nous sommes 100% ouverts au recrutement de Français ! Les écoles françaises telles qu’HEC ou l’ESSEC sont d’ailleurs excellentes. Rien n’empêche les étudiants français d’aller à Londres rencontrer nos équipes !

 

Beaucoup d’étudiants français rêvent de travailler en Amérique du Nord. Que pouvez-vous nous dire sur le marché canadien, aussi bien dans le Conseil qu’en Finance ?

Ce n’est pas facile pour un étudiant français de commencer sa carrière au Canada. En effet, les Québécois ne sont pas toujours très éduqués sur le système francophone ainsi que sur les grandes écoles françaises, et ont tendance à recruter des étudiants issus d’écoles canadiennes. Personnellement, j’ai une bonne idée des Grandes Ecoles grâce à mon passage au BCG. Pour venir travailler dans le monde de la Finance ou du Conseil au Canada, le meilleur moyen est de venir étudier ici ; cela permet d’augmenter la proximité ! Un autre moyen peut être de commencer sa carrière en Europe durant 1 à 2 ans. Des établissements tels que la BNP ou HSBC sont d’excellentes sources de recrutement pour le Private Equity ou les banques d’affaires canadiennes. Typiquement, PSP Investments ne recrute en général que suite à une ou deux années d’expérience. Ainsi, les entreprises canadiennes sont réellement capables de reconnaître la crédibilité de l’expérience du candidat français, et donc de recruter les personnes talentueuses !

 

Camille Hutt, étudiante à Grenoble Ecole de Management et Responsable Editoriale du blog AlumnEye

 


Les premiers pas de Christine Lagarde à la tête de la BCE

Le 19 octobre 2019, Christine Lagarde a été nommée à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE). Auparavant, le Conseil européen réuni à Bruxelles avait officialisé le remplacement de l’Italien Mario Draghi en ce 1er novembre « pour un mandat non-renouvelable de huit ans », selon un communiqué. Si la nomination de Christine Lagarde apparaît désormais davantage comme une évidence, les défis qui l’attendent ne sont pas moindres. Son profil de non-économiste divise, et nombreux s’accordent à dire que son prédécesseur lui aurait savonné la planche. Récemment, le conseil des gouverneurs est apparu divisé sur les nouvelles mesures de soutien à l’économie. L’arrivée de Christine Lagarde s’inscrit non seulement comme un changement de gouvernance, mais illustre bien les enjeux actuels et futurs de la BCE.

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Une entrée en sobriété appréciée

Pour son tweet de bienvenue, la nouvelle présidente de la BCE a fait sobre : « Je remercie sincèrement les dirigeants européens. J’ai hâte de travailler avec les employés talentueux pour garder les prix stables et protéger les banques ». La sobriété et l’humilité, maîtres mots des débuts réussis de Christine Lagarde à la BCE. Auditionnée début septembre par les eurodéputés, elle a passé les épreuves haut la main : « Je me suis préparée autant que j’ai pu mais l’expérience s’acquiert au fil du temps » a-t-elle concédé. Se qualifiant même de « débutante », elle n’a pas encore pris de réel positionnement stratégique, suivant surtout les pas de Mario Draghi.

L’économiste italien termine un mandat mouvementé à la tête du BCE. En 2011, celui qu’on nommait « Super Mario » a sauvé l’Union économique et monétaire en abaissant le taux refi (taux de refinancement auprès de la BCE). Il reste surtout célèbre pour avoir engagé le 22 janvier 2015, la BCE pour la première fois dans un mouvement de quantitatif easing d’environ 2 800 milliards d’euros. Pour autant, Mario Draghi a échoué à relancer la croissance européenne durablement. En septembre, il a annoncé la reprise des achats de titres de dettes publique. Cette fuite en avant des politiques monétaires expansives a offert un nouveau surnom à l’italien, baptisé par le quotidien allemand Bild « Draghila », le comte qui siphonne les comptes des épargnants.

Si Christine Lagarde a déclaré devoir poursuivre la politique expansionniste pour le moment, le Quantitative Easing est-il pour autant sans fin ?

 

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Les priorités pour Christine Lagarde

« Il est clair que la politique monétaire a besoin de rester très accommodante dans un avenir prévisible » a-t-elle précisé dans des réponses écrites au Parlement européen au cours de sa nomination. Elle a même ajouté que la BCE n’avait pas encore atteint le « plancher » de sa politique en matière de taux d’intérêt. Certes la faible expansion économique de la zone euro plébiscite les mesures de soutien, pour autant elles sont devenues une facilité. Si la BCE applique continuellement des mesures expansionnistes, elle risque de discréditer durablement sa monnaie.

L’inefficacité de la politique monétaire renforce la défiance des agents économiques, restreignant de facto leurs dépenses d’investissement et leur confiance. Le plus inquiétant demeure les conséquences des taux bas sur les marchés financiers et leurs répercussions pour les investisseurs. Pour Christine Lagarde, il paraît « clair que des taux bas ont des implications pour le secteur bancaire et la stabilité financière en général ». Préserver la crédibilité de l’Euro, rassurer l’Allemagne et son secteur bancaire ; la BCE est confrontée à défis majeurs !

Pour ses premiers pas, la nouvelle présidente a pris ses positions, mais elle a également tenté de se démarquer de son prédécesseur. Christine Lagarde a déclaré vouloir mettre davantage l’accent sur l’égalité des sexes, l’action pour le climat et renouveler la communication de la Banque Centrale, jugée trop « technocratique ». D’autre part, elle table pour l’heure sur un « impact limité » du Brexit sur l’accès aux services du secteur financier en zone euro.

LA4Lire aussi : Le phénomène des obligations à taux d’intérêt négatif

A-t-elle vraiment l’expérience pour réussir ?

L’arrivée de Christine Lagarde à la tête de la Banque Centrale Européenne vient conclure un parcours absolument brillant. Après été plusieurs fois ministre et à la tête du FMI pendant huit ans, il est certain qu’elle dispose d’une véritable stature internationale. Sa connaissance des rouages politiques européens ainsi que ses capacités de management seront ses principaux atouts à la tête de la BCE. Néanmoins, Christine Lagarde n’est ni une économiste, ni une banquière centrale de formation. Ses prédécesseurs (Draghi, Trichet ou Duisenberg) avaient tous occupé le poste de banquier central dans leurs pays respectifs.

Pour Alice Lévine, stratégiste en chef pour la banque américaine BNY Mellon Investment : « elle est davantage une figure politique qu’économiste ». A titre d’exemple, elle avait eu des déclarations peu inspirées au moment de la crise des Subprimes : « La crise de l’immobilier et la crise financière ne semblent pas avoir d’effet sur l’économie réelle américaine. Il n’y a pas de raisons de penser qu’on aura un effet sur l’économie réelle française ». Beaucoup soulignent le risque d’avoir une non-spécialiste à la tête de BCE, puisqu’il convient d’y prendre des décisions rapides et souvent techniques.

En l’espèce, Christine Lagarde n’est pas une spécialiste sans pour autant être une « débutante » comme elle l’a modestement évoqué. Ce profil peut néanmoins pleinement réussir car comme l’a récemment suggéré l’ancien Président de la BCE, Jean-Claude Trichet : « la BCE ne peut pas tout ». L’une des priorités pour la Banque Centrale est de rétablir la confiance des consommateurs, des investisseurs, mais surtout des épargnants et des financiers professionnels. Elle doit également être en mesure d’amener des pays tel que l’Allemagne à faire preuve de plus de solidarité afin de soutenir la croissance, en assouplissant son orthodoxie budgétaire. Au micro de RTL, Christine Lagarde a déjà envoyé un message fort aux pays en excédent budgétaire en soulignant qu’ils « n’ont pas vraiment fait les efforts nécessaires » pour consolider une croissance, pendant que les banques centrales « ont fait leur boulot ».

A l’heure où les économistes et les experts manquent d’innovation et d’instruments, le charisme et l’expérience managériale de Christine Lagarde ne pourraient-ils donc pas apporter un second souffle à la BCE ? En matière de politique monétaire, les nouvelles politiques de forward guidance et le mandat de Mario Draghi montrent toute l’importance des effets d’annonce. En 2012, « Super Mario » avait sauvé l’Euro affirmant à Londres que la Banque Centrale ferait « tout ce qui est nécessaire ». Toute la question demeure de savoir si Christine Lagarde sentira elle aussi les bons coups. Il demeure certain que la nouvelle présidente de la BCE, et plus globalement la Banque Centrale, ne pourra pas redresser la zone Euro seule.

 

Nathan Granier, étudiant à l’ESCP Europe et contributeur du blog AlumnEye

 


Des salles de marché à Snapchat, Rym Zerroug nous parle de sa reconversion

Rym Zerroug a décidé de se reconvertir dans la Tech après avoir travaillé 3 ans en salle des marchés. Passée notamment par Crédit Suisse et RBS, elle travaille aujourd’hui chez Snapchat en tant qu’Account Manager.

Rym revient dans cette interview sur son passé en Trading, et sur sa reconversion réussie dans le monde des start-ups.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Après deux années de maths appliquées, je me suis spécialisée en ingénierie financière pour ensuite me tourner vers le Master 203, un master spécialisé en finance de marché à Dauphine.

J’ai ensuite travaillé pendant trois ans à Londres en tant que Trader avant de rentrer à Paris et de me ré-orienter dans “le monde de la Tech”.

J’ai effectué toute ma carrière financière en finance de marché. Mon tout premier stage était en fonds d’investissement puis je me suis tournée vers des banques : j’ai notamment travaillé chez Crédit Suisse et RBS.

Avant de rejoindre Snapchat, j’ai participé au lancement d’une start-up Tech spécialisée dans le marketing programmatique où j’étais responsable des Opérations, c’est-à-dire responsable de la mise en place opérationnelle des campagnes de publicité et de l’Account Management.

 

On dit souvent qu’en Trading, le profil ingénieur est privilégié. En quoi le master 203 de Dauphine t’a aidé à faire ce métier-là, du moins à tes débuts ?

En salle de marché, j’ai toujours été entourée d’ingénieurs et notamment de Centraliens. Mais le master 203 n’a rien à envier aux formations d’ingénieurs. C’est une formation très solide au niveau théorique et pratique. En effet, c’est un diplôme très quantitatif avec par exemple des cours de calcul stochastique et de programmation assurés par des professeurs très réputés mais aussi des interventions pratiques de professionnels, traders et structureurs, ce qui nous permettait de travailler sur des cas réels.

La formation permet d’arriver en salle des marchés avec de solides bases. C’était donc pour moi un très bon combo !

 

Au-delà de l’image qu’en a le grand public, peux-tu nous expliquer réellement le métier de Trader ?

Le métier de Trader va dépendre de la structure où l’on travaille (si on est en banque ou en Hedge Fund), mais aussi des assets qu’on va traiter (taux, dérivés, Fixed Income, etc.).

Mais le but premier d’un Trader est de hedger ses positions, donc de faire en sorte de ne pas perdre d’argent et en parallèle que les positions qu’on prend soient « PnL positives ».

Certains desks ont plus de latitude sur la partie propre Trading, celle où on s’amuse un peu plus : on prend des positions non seulement pour se hedger mais aussi pour gagner le maximum d’argent. Cela dépend justement de la structure et des produits qu’on traite.

LA4Lire aussi : Pourquoi l’entrepreneuriat après Morgan Stanley et McKinsey ? Témoignage de Victor Carreau, fondateur de Comet

Tu as travaillé sur divers produits financiers, tu peux nous dire en quoi ils sont différents ? Certains produits étaient-ils plus techniques que d’autres ? 

J’ai toujours travaillé sur les dérivés actions. J’ai commencé par les dérivés vanilles, ce sont les produits simples (options de vente et d’achat).

Ensuite, j’ai travaillé sur des produits un peu plus compliqués, ceux qu’on appelle les produits structurés.

Le quotidien est différent selon les produits qu’on traite : sur des produits structurés on va prendre plus de temps à pricer un produit qui est complexe parce qu’il y a plus de paramètres à prendre en compte, là où sur des dérivés vanille les produits sont plus simples et en revanche le quotidien est beaucoup plus rythmé car il y a plus de volume à traiter.

Personnellement, je préférais les produits structurés parce que je traitais des produits complets donc je touchais un peu à tout : des dérivés, des actions, du taux d’intérêt et du FX.

 

BNP, Crédit Suisse, RBS : quelle banque avait la meilleure ambiance ?

Je garde un super souvenir de mon expérience chez Crédit Suisse probablement parce que c’était ma première expérience à Londres. Plein d’events étaient organisés pour nous : soirées, team buildings, activités caritatives, etc. ; ça permet de créer rapidement des liens avec les autres analystes et au sein de la banque.

 

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Quel a été le déclic, le moment où tu t’es dit « ça y est, je quitte la finance » ?

Une reconversion réussie c’est tout un process. Cela prend du temps et de l’implication pour être sûr(e) de soi.
Plus je découvrais le monde des start-ups et de la Tech, et plus je trouvais cela passionnant !

Ensuite, en mûrissant l’idée, j’ai simplement senti que c’était le moment de me lancer !

Beaucoup prétendent qu’une carrière en finance de marché rend difficile les reconversions. Tu prouves le contraire avec tes différentes expériences post-Trading. Comment as-tu fait ?

Je suis d’accord sur le fait que ça ne soit pas facile ! Contrairement à la finance d’entreprise où on voit plus de choses, en finance de marché et surtout en Trading on est hyper spécialisé et parfois cantonné à une classe d’actifs par exemple.

Ce qui rend la reconversion pas évidente mais tout à fait possible.

A l’époque, j’étais très intéressée par le digital mais je n’y connaissais rien. J’ai eu la chance d’avoir un mentor chez Crédit Suisse qui m’a encouragé à me tourner vers la Tech, qui fascinait déjà tout le monde : c’était les débuts de Twitter, Facebook venait d’être introduit en bourse, il se passait vraiment quelque chose dans le monde de la Tech. Petit à petit j’ai suivi des cours sur le Digital Marketing, je me suis rendue à des events spécialisés puis de fil en aiguille, j’ai réussi ma reconversion post finance de marché en start-up/Tech.

 

Tu travailles à présent chez Snap, peux-tu nous expliquer tes missions ? 

Je suis commerciale chez Snap et mon travail consiste à accompagner les marques et les start-ups dans leur stratégie de communication, d’acquisition et d’expansion sur Snapchat. On a une plateforme self service qui s’appelle Snap Ads Manager qui permet aux marques de créer leurs campagnes publicitaires qui seront diffusées dans l’application Snapchat.

Mon rôle est donc de les aider dans leur stratégie pour atteindre leurs objectifs.

La plupart de mes clients ont des objectifs de performance : d’acquisition de nouveaux utilisateurs et surtout de croissance.

Snapchat est devenu maintenant incontournable dans une stratégie d’acquisition et de growth. 

 

Quels aspects de ton ancienne vie en Trading t’aident dans ton quotidien chez Snap ?

C’est une question que beaucoup de gens me posent. Je pense que le Trading est une excellente école pour apprendre à travailler sous pression, à être efficace et rigoureux.

On absorbe tellement de choses en Trading, on apprend à aller vite et à s’adapter, ce qui rend les choses plus faciles finalement lorsque l’on arrive dans un domaine/job qu’on ne connaît pas forcément.

LA4Lire aussi : Quick advice for your summer internship.

Snap est connu pour être le réseau social des adolescents. Ton expérience actuelle te permet-elle de comprendre un peu mieux la génération de demain ? Si oui, sous quels aspects ? 

Il faut savoir que sur Snapchat, plus de 80% de l’audience en France a plus de 18 ans.

C’est passionnant de travailler chez Snap parce que c’est une boite très innovante !

On a la chance d’être au cœur des changements aussi bien de communication que d’innovation, notamment sur la réalité augmentée.

Clairement, ça me permet de mieux comprendre les besoins et les habitudes de la génération de demain.

 

On dit souvent qu’en Front Office, on vit des journées très intenses. Ça ne te manque pas trop ? 

C’est vrai qu’en salle de marché, les journées sont hyper dynamiques, il y a une émulsion qui pour moi est unique, notamment à Londres (et j’imagine à NY). Le quotidien en start-up est différent mais peut être aussi très intense dans un autre style donc je m’y retrouve quand même.

 

Quels conseils tu donnerais, notamment au niveau des choix d’études et de stages, à quelqu’un qui veut faire du Trading ?

Je pense que le choix de la formation est très important tant sur ce que tu vas apprendre que pour le réseau que tu vas te faire. Selon moi, le Master 203 est une bonne porte d’entrée pour faire du Trading pour les raisons évoquées tout à l’heure.

En ce qui concerne les stages je recommanderais de faire plusieurs classes d’actifs, c’est très intéressant de faire du taux ET des actions avant de s’orienter. C’est très important de toucher à tout pendant ses stages, en M1, en M2, en Summer aussi. L’idéal serait un Summer où l’on fait plusieurs desks pour ensuite choisir ce qui nous correspond le mieux.

 

Mehdi El Moussaoui, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye

 


Stage en M&A : à quoi s’attendre ? 3 AlumnEye témoignent

Le stage en M&A est l’expérience tant attendue de beaucoup d’étudiants en finance, mais avant de s’embarquer dans cette aventure, trop peu d’entre eux savent réellement à quoi s’attendre.  Qu’en est-il du quotidien du stagiaire en M&A ? Quelle est sa charge de travail ? Comment réussir son stage en M&A ?

Afin de vous éclairer sur le sujet, nous avons donné la parole à 3 étudiants passés par une telle expérience. Ces AlumnEye ont découvert le M&A dans des structures très différentes :  Andrea, ancien stagiaire chez Rothschild et Lazard (Large cap) ; Aurélien, qui fut stagiaire chez DC Advisory (boutique Mid cap internationale), et Camille, passée par Capitalmind (boutique Mid cap également), témoignent aujourd’hui pour vous donner un aperçu des points communs et des différences entre leurs équipes respectives.

 

Pourquoi as-tu choisi de faire un stage en M&A ?

 

Andrea : Je pense que le M&A qu’on veuille en faire ou non sa carrière, c’est une excellente école : ça permet de gérer des deadlines dans un environnement très exigent, de voir tout un tas de secteurs, côtoyer des problématiques de niveau CEO, CFO : c’est vraiment passionnant. Aussi faire un stage en M&A permet de prendre du recul sur pas mal de choses, de voir un petit peu la réalité du monde professionnel, et ça permet de commencer par ce qu’il y a de plus difficile, mettre des choses en perspectives et vérifier si c’est vraiment ce que l’on veut faire. A titre personnel j’ai choisi cette voie car c’est un métier technique, où l’on a besoin d’avoir un bon sens business, où il y a pas mal de stratégie et enfin car c’est un métier où l’on apprend en permanence que ce soit sur des entreprises, des secteurs, des façons de faire. C’est vraiment très enrichissant sur ce point-là.

 

Camille : Je dirais que c’est d’abord pour l’aspect stratégique du métier, on conseille les entreprises dans des moments clés. Notre valeur ajoutée est d’autant plus significative en Mid cap car la plupart du temps, le management des entreprises ne connaît rien aux process et se repose vraiment sur le conseil ; on est donc impliqué à 100% dans la stratégie de l’entreprise. Finalement, en M&A on a vite des responsabilités et on apprend beaucoup, c’est ce qui me motive vraiment. Tu dois te débrouiller aussi bien avec des choses basiques (maîtrise d’Excel et de PowerPoint) que dans des tâches plus compliquées comme créer un rapport pour ton client et en se plongeant dans son entreprise afin de la comprendre parfaitement en quelques jours.

 

Aurélien : Au départ, quand je suis arrivé en école de commerce, mon objectif était de faire de la finance de marché. J’ai donc décidé d’intégrer l’association finance de l’école et c’est là que j’ai appris ce qu’était un DCF ou des trading comps par exemple. Cela m’a tout de suite intéressé car contrairement à la finance de marché, la finance d’entreprise permet de se retrouver au cœur du « problème », de la machine. La réflexion stratégique est beaucoup plus présente, poussée et importante. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de changer de chemin et de me diriger en corporate finance. Et quoi de mieux que le M&A pour se retrouver au milieu de toutes ces problématiques ?

 

LA4Lire aussi : Entretien en M&A : les questions techniques fréquentes

 

Quelles ont été tes tâches au quotidien ?

 

Andrea : Chez Lazard, les stagiaires sont totalement intégrés dans les deals et les différentes opérations. En fonction du projet on peut avoir des tâches très variées : préparation de slides PowerPoint, préparation d’IM (Information Memorandum), de teasers, de documents à rendre au board. On passe aussi beaucoup de temps à chercher des informations, à les préparer pour que l’analyste puisse ensuite les traiter de la façon la plus efficiente.  Il y a également beaucoup de process, c’est-à dire organiser les différentes réunions, suivre les différentes parties prenantes d’un deal : auditeurs, avocats, consultants.

 

Camille : Il y a tout d’abord la gestion de la dataroom qui consiste à vérifier la validité des documents puis les trier. Je participe aussi au travail de valorisation : on me donne un chiffre d’affaires et un périmètre géographique et je cherche des comparables de transactions. Je collabore également à l’élaboration de pitchs : analyse de marchés, analyse de la concurrence…. Il m’arrive aussi de participer à la rédaction de rapports stratégiques ou de notes sectorielles : pour cela je revois les états financiers, j’étudie l’entreprise ou un secteur en détails.

 

Aurélien : Je ne pense pas pouvoir parler de tâches quotidiennes, car une journée ne se déroule jamais de la même manière, mais plutôt de tâches en générale. Personnellement, je pense avoir eu de la chance car j’ai eu l’occasion de travailler sur 7 mandats en 6 mois, que ce soit en buy-side, sell-side ou même pour un refinancement. Cela m’a permis d’avoir des tâches diversifiées. Bien sûr il y a les grands classiques comme faire des trading comps, des transaction comps, des profils, des screening, etc. Mais j’ai aussi pu construire un modèle de rating et faire un peu de modeling.

 

Comment s’organise ta journée ?

 

Andrea : C’est la question à laquelle il est quasiment impossible de répondre en M&A, parce que la nature du travail fait qu’en fonction des deadlines les journées sont toutes différentes. Chez Lazard, j’arrivais vers 9h, la première chose était de prendre connaissance des mails de la nuit, voir quels vont être les top priorités de la matinée puis on se met au travail et on répond aux différentes attentes. Généralement à partir de 15-16h le gros du travail commence car la hiérarchie revient de meetings et a eu des updates de la part des clients. Chez Rothschild j’avais également des side-projects comme la mise à jour de bases de données sur des boites cotées et dont je devais m’occuper lorsque j’avais le temps.

 

Camille : La journée est rythmée par le client et ton donneur d’ordre. Globalement il y a un planning sur la semaine qui te permet de ne pas être débordé et d’allouer le bon temps à chaque sujet. Pour résumer je sais à quelle heure j’arrive mais pas à quelle heure je pars mais en moyenne mes journées s’étendent de 8h30 à 22h30.

 

Aurélien : En général, je suis mobilisé sur plusieurs exécutions et/ou pitch en même temps. Typiquement il m’est arrivé d’être sur trois process simultanément, chacun à un niveau d’avancement différent, et en fonction de cela j’avais des slides à faire, des recherches à effectuer, des documents à télécharger… En début d’après-midi mes propositions étaient revues et je devais passer les marks-up (corrections). En parallèle, il est possible qu’un MD (Managing Director) me demande de travailler sur quelque chose en annexe, et ça peut aller du simple profile au petit book un peu poussé sur un marché qui l’intéresse. Il n’y a pas de journée type, je ne suis jamais entré dans une sorte de routine et c’est ce qui rend le travail passionnant.

 

Comment es-tu formé(e) au cours du stage ?

 

Camille : J’ai été formée dès mon arrivée en stage. Pour ce qui est de l’apprentissage du fonctionnement des bases de données que l’on utilise au quotidien du type CapitalIQ, les prestataires sont venus directement nous former sur place à l’utilisation de leurs outils. En parallèle, nous avons bénéficié de formations des différents membres de l’équipe : quelques heures sur la dataroom, sur les comparables, sur Excel et PowerPoint. C’était vraiment très utile et ça m’a permis d’être opérationnelle dès le début.

 

Aurélien : Il n’y avait pas vraiment de formation au début du stage chez DC Advisory, à part une formation de 2h dans les bureaux de Facset. Dans les boutiques en France, on apprend surtout sur le tas et il ne faut pas être stressé si on a l’impression de faire des tâches ingrates, c’est normal. Il y a un temps pour tout. On apprend petit à petit à se connaître entre analystes et stagiaires. On gagne petit à petit en responsabilité. Je pense qu’il faut surtout montrer que l’on a envie d’apprendre, de poser des questions et ça viendra avec le temps. J’ai beaucoup de chance aussi car l’équipe chez DCA est très pédagogue. Les analystes prennent le temps de nous expliquer ce qu’il faut faire. Il faut juste bien écouter et essayer de comprendre le plus vite possible car ils ont beaucoup de sujets différents et revenir 2, 3, 4 fois pour poser la même question, ce n’est pas faisable.

 

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Quelles sont les qualités nécessaires à la réussite de ton stage ?

 

Andrea : Les qualités nécessaires sont d’abord humaines, on n’attend pas des stagiaires qu’ils soient des brutes en finance, on cherche avant tout des gens rigoureux, disciplinés, débrouillards et surtout agréables. Rigoureux et disciplinés tout simplement car on attend du stagiaire qu’il devienne indépendant et qu’on puisse compter sur son travail. La différence entre un bon stagiaire et un mauvais c’est que le bon sera sûr de son travail, capable d’envoyer un travail sans coquilles et des chiffres surs. Ensuite débrouillard car le stagiaire doit être capable de juger si ce qu’on lui demande de faire est faisable. Par exemple, un jour on m’avait demandé de faire une recherche d’un chiffre et au bout d’une heure je me suis rendue compte que cette information était introuvable car elle n’existait pas, le rôle du stagiaire c’est de prendre son courage à deux mains et d’aller en parler avec l’analyste plutôt que de perdre du temps, il faut prendre des initiatives. Finalement le point le plus important c’est que le stagiaire soit agréable, c’est à dire qu’a niveau égal, on préfèrera le stagiaire qui est souriant, disponible et aimable à 2-3 h du matin.

 

Camille : La première chose c’est qu’il faut être extrêmement rigoureux, rendre des travaux impeccables, s’imposer une vraie discipline en autonomie. Deuxièmement, il faut être à 100% dans son boulot pour être capable de faire la petite chose en plus qu’on ne t’a pas demandé et qui fera la différence : rester 1 h de plus pour faire une recherche en plus ou arriver avant tout le monde le matin pour prendre de l’avance. Et dernièrement, il faut aimer le métier. On travaille beaucoup, il y a peu de moments dans la journée où l’on peut souffler, il ne faut pas se laisser déborder : toujours être à jour, ce n’est pas parce que l’on n’a rien à faire qu’il ne faut pas prendre de l’avance et à l’inverse lorsque l’on est débordé, il faut être capable de dire à un donneur d’ordre qu’on a une autre deadline.

 

Aurélien : La première qualité à avoir selon moi c’est la curiosité car en tant que stagiaire on est souvent amené à exécuter des tâches et si on n’est pas curieux, le travail devient de moins en moins intéressant, la progression ralentie de manière exponentielle et les personnes avec qui l’on travaille peuvent vite se rendre compte du manque d’intérêt du stagiaire et donc lui donner des tâches moins importantes. Nous ne sommes pas uniquement là pour faire des slides, si on pose des questions, les analystes nous font davantage confiance car ils nous sentent impliqués. Le deuxième conseil est d’être proactif. Au vu de la charge de travail, le temps est compté, et si l’on peut permettre à son analyste et à soi-même de gagner une heure dans sa journée en prenant de l’avance ou en commençant une tâche qu’il ne nous a pas encore demandé de faire, c’est valorisant et ça permet au stagiaire de gagner la confiance de ses pairs. Cependant, c’est une qualité qui vient avec le temps car sur un premier stage en M&A, on ne connaît pas très bien les process et on a besoin d’être guidé mais avec l’expérience, on peut mieux anticiper et sentir les choses. Enfin, je pense qu’il faut une certaine capacité de travail. En effet, les heures sont longues, la charge de travail peut-être très élevée et si l’on n’est pas capable de rester concentré 15 heures de suite, je pense que ça peut être compliqué.

 

Quels conseils donnerais-tu aux futurs stagiaires en M&A ?

 

Andrea : Je pense qu’il faut prendre les bons réflexes dès le début : imprimer ses sources, prendre les devants, être très poli, être très carré dans les mails, donner une bonne première impression, se montrer souriant et avenant et motivé. Il faut surtout ne jamais se reposer sur ses lauriers, et surtout rester humble. Ce qui a été particulièrement marquant pour moi, c’est que chez Rothschild j’étais dans une promo de rockstars et du coup ça me permettait de garder les pieds sur terre car je savais que j’avais tout à prouver.

Camille : Au début de son stage, il faut se forcer à prendre les bonnes habitudes sans attendre : apprendre rapidement les raccourcis clavier, tenir au courant ses donneurs d’ordre, prendre des notes, écouter. Au début ça prend du temps et de l’énergie, on emmagasine une importante quantité d’informations dans un laps de temps très court mais il faut prendre le pli pour pouvoir par la suite gagner du temps avec les automatismes acquis. Le deuxième conseil que je donnerais c’est d’être très organisé : il faut être très carré dans la prise de notes, bien comprendre ce que l’on nous demande, gérer ses deadlines et surtout communiquer, ne pas hésiter au début du stage à dire « je n’ai pas compris, vous pouvez me réexpliquer » car il n’y a rien de pire que de revenir à son bureau sans avoir compris ce que l’on devait faire.

Aurélien : Premier conseil sans hésiter : le networking, que ce soit par curiosité pour le milieu ou pour se faire des contacts. C’est quelque chose de beaucoup trop sous-estimé je pense. Personnellement, j’ai commencé quand j’étais en deuxième année d’école de commerce et ça m’a permis d’avoir beaucoup plus de facilités lorsque j’ai commencé à chercher des stages. Le deuxième conseil que je donnerais c’est de s’intéresser au monde de la finance : lire des articles de presse économique, des études de marchés, s’intéresser aux différentes sociétés, et pas seulement Hermès ou LVMH mais aussi les petites ou les moins connues ou reconnues, qui constituent le tissu économique. Cela permet d’avoir une certaine connaissance du marché bien utile car en entretien ça peut jouer énormément.

 

LA4Lire aussi : M&A : Analyst, Associate, VP, etc., quel rôle selon votre grade ?

 

Quel est ton ressenti sur cette expérience ?

 

Andrea : A titre personnel j’ai adoré ma césure en M&A. C’était très fatigant, j’étais vraiment épuisé à la fin mais j’ai rencontré des gens brillantissimes, j’ai vu ce que c’était la réalité du monde professionnel, j’ai travaillé sur des dossiers passionnants, j’ai vu que c’était challengeant mais pas surhumain. Finalement j’ai adoré l’ambiance : le M&A c’est une école accompagnée d’un prestige énorme.  Je me projette vraiment dans ce métier car il est en perpétuel mouvement et à mesure que l’on va progresser dans la hiérarchie, le métier va devenir de plus en plus commercial.

 

Camille : Que du positif et c’est pour cela que je me vois poursuivre ma carrière en M&A. J’ai énormément appris, que ce soit sur la méthodologie, le métier ou l’industrie, je suis toujours très stimulée au quotidien. Je pense aussi que c’est l’équipe qui fait tout, une bonne ambiance est vraiment primordiale dans un environnement aussi exigeant que celui de la banque d’affaires. C’est aussi un stage très responsabilisant car je travaille avec des Associates, VP, Director et même parfois des Partners, la proximité avec le top management est très enrichissante.

 

Aurélien : J’ai adoré. DC Advisory a une vraie culture d’entreprise, les personnes qui y travaillent sont bienveillantes et vraiment très sympas. J’y ai passé de très bons moments, que ce soit tard le soir quand la deadline est à 9h00 le lendemain ou en soirée avec eux. Je me suis vraiment beaucoup amusé et épanoui. En ce qui concerne le travail, je trouve avoir eu énormément d’exposition, ce qu’on ne peut pas ou plus retrouver dans la plupart des grandes banques de la place parisienne car les stagiaires doivent partir à 20h ou 22h. On m’a donné beaucoup de responsabilités, ce qui m’a permis d’apprendre et de comprendre beaucoup plus de choses, que ce soit en matière de process ou de technicité, que lors de mes précédents stages. Je le recommande vivement à quiconque souhaitant s’investir et apprendre.

 

Alessandra Petiot, étudiante à Dauphine et contributrice du blog AlumnEye

 


Avant de monter sa propre agence immobilière digitale, Stanislas de Dinechin a d’abord fait de la finance : Private Equity chez XAnge puis Bpifrance et Transaction Services chez Eight Advisory. Toutes ses expériences lui ont permis d’avoir le recul nécessaire pour se lancer dans l’entrepreneuriat et créer Hosman en 2017.

Stanislas nous explique dans cette interview en quoi consiste le Transaction Services, comment intégrer cet univers, et à quelles difficultés on fait face quand on devient entrepreneur.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

 

Diplômé du Master 225 de l’université Paris Dauphine, j’ai commencé ma carrière en finance en enchainant plusieurs postes : Private Equity Analyst chez XAnge puis Bpifrance, Transaction Services et restructuring chez Eight Advisory. Ensuite, je me suis lancé dans l’entreprenariat. Je suis parti travailler chez Jumia, l’« Amazon africain ». Je manageais des équipes sur le terrain dans plusieurs pays africains – Nigéria, Kenya, Sénégal – et au Pakistan. Puis, je suis passé Managing Director donc je dirigeais toute la partie East Africa de Jumia. Enfin, en 2017, j’ai créé ma propre entreprise immobilière, Hosman.

 

Pour bien comprendre, pouvez-vous nous expliquer le rôle d’une équipe de TS et le genre de missions sur lesquelles elle intervient ?

 

Au sens large, l’équipe de Transaction Services a pour objectif de donner du sens aux chiffres et aux métriques financières de leurs clients afin de les conseiller. Les clients sont des Corporate ou des fonds de Private Equity.

Il existe plusieurs branches dans le Transaction Services :

  • Le Transaction Services pur qui consiste à conseiller un client sur une opération d’acquisition ou de cession en rédigeant des due diligences i.e. des rapports sur les chiffres de l’entreprise target : buy side/vendor due diligence.
  • Le restructuring qui consiste à conseiller une entreprise en difficulté. Les métriques financières sont ici utilisées pour sauver l’entreprise. Le conseiller intervient comme un médecin urgentiste à un moment critique pour l’entreprise.
  • L’évaluation et la modélisation qui consistent à valoriser et pricer des entreprises.

Les consultants en Transaction Services peuvent également intervenir sur des missions ponctuelles comme l’identification des métriques d’une activité particulière d’une entreprise. Ces opérations interviennent lorsqu’une entreprise souhaite se séparer d’une seule activité seulement. Le Transaction Services est un métier très intéressant car il est non seulement lié à la finance mais également aux contraintes stratégiques et opérationnelles des entreprises pour donner du sens aux chiffres financiers.

 

LA4Lire aussi : Faire carrière en M&A : les conseils d’Irakli, ex-banquier chez Rothschild

 

Il est généralement difficile de décrocher un stage en Transaction Services en 1ère partie de césure, comment expliquez-vous cela ? Quelles qualités recherche-t-on chez un candidat ?

 

La difficulté de trouver un stage en 1ère partie de césure est présente quel que soit le secteur choisi car le problème vient du fait que le candidat n’est pas opérationnel tout de suite et le former pour seulement 6 mois représente un gros investissement. Ainsi, il est toujours plus facile de décrocher un stage en 2ème partie car le candidat est formé.

Les qualités requises sont un bon esprit analytique et beaucoup de rigueur car on traite avec beaucoup de chiffres. Il faut être curieux et avoir envie d’apprendre car pour donner du sens aux chiffres il faut creuser de nombreux sujets. Le candidat doit également être très travailleur comme dans tous les métiers de la finance. Enfin, le plus est d’avoir un gros capital sympathie car on travaille beaucoup en équipe donc bien s’intégrer dans celle-ci est essentiel. Une des questions qu’un recruteur se pose face à un candidat est : est-ce que je me vois travailler avec ce gars-là ?

 

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En finance, vous avez fait du Private Equity et du Transaction Services. Pourquoi pas du M&A ?

 

Je n’ai pas choisi le M&A car je voulais donner du sens au métier que j’allais faire. En Private Equity, j’investissais dans des entreprises mais j’accompagnais également l’entrepreneur dans ses stratégies de croissance. De même, en Restructring, j’intervenais dans des phases critiques de l’entreprise pour la sauver. J’avais l’impression de créer plus de valeur en travaillant en PE ou en Restructuring qu’en M&A. De plus, je pense que le Transaction Services est plus pragmatique que le M&A ce qui m’a plus servi dans ma carrière d’entrepreneur.

 

Ensuite vous êtes parti chez Jumia, le « Amazon africain », quelles ont été les raisons de ce revirement de carrière ?

 

Il y en a plusieurs. Je faisais de la finance et du conseil pour me former mais je savais que je n’en ferais pas toute ma vie. J’ai toujours voulu devenir entrepreneur et chez Jumia, on est justement formé aux meilleures techniques de l’entrepreneuriat. De plus, j’aimais l’idée de partir dans un pays émergeant pour y créer des business. Cette expérience m’a permis de sortir des sentiers battus de Paris. Enfin je voulais plus créer que conseiller comme c’était le cas en finance. Derrière chaque entrepreneur se cache une envie de concret.

Vous avez beaucoup travaillé en Afrique, à Nairobi notamment, comment c’était ? Auriez-vous une anecdote à nous raconter ?

C’était absolument passionnant ! Il y a une énergie extraordinaire en Afrique du fait de ses perspectives de développement. Dans un pays développé, beaucoup de choses sont faites alors qu’en Afrique, beaucoup de choses sont à faire. Travailler en Afrique c’est avoir le sentiment d’être un pionnier de l’entrepreneuriat.

J’ai pleins d’anecdotes à vous raconter, en voici quelques-unes selon les pays dans lesquels j’ai travaillé. À Nairobi, au retour des beaux jours après une saison de pluie, j’ai retrouvé mon bureau envahi d’un nuage d’insectes. Au Nigéria, je me souviens être arrivé au bureau sans que personne ne soit là ; j’ai finalement compris qu’à cause de la saison des pluies, tout le monde était tombé malade de la malaria.  À Dakar, il ne pleut tellement jamais que dès que la pluie arrive, tout le monde se met à danser et à chanter.

 

Finalement vous avez décidé de vous lancer dans l’entreprenariat en créant Hosman, une start-up immobilière. Comment vous est venue cette idée ?

 

L’idée est venue assez simplement d’une expérience d’acheteur. En achetant mon bien immobilier, j’ai découvert à quel point les agences immobilières étaient chères alors qu’elles utilisent des techniques dépassées. Je voulais créer une entreprise, il me manquait juste l’idée. En 6 mois je suis passé de cette idée de révolutionner le monde immobilier à un business plan concret pour créer Hosman. L’immobilier est un univers à la fois challenging et sensé car on rend service aux personnes qui cherchent à acheter. Le besoin de se loger est un besoin fondamental.

 

De nombreux lecteurs de notre blog sont de jeunes actifs qui se posent la question de l’investissement immobilier, une étape importante dans une vie. Un conseil d’expert pour eux ?

 

L’investissement immobilier c’est juste une question de timing. Mon conseil serait d’investir le plus tôt possible. C’est d’autant plus intéressant que les taux sont très bas en ce moment donc les investisseurs peuvent bénéficier d’un effet de levier important.

Pour investir il faut :

  • Le faire le plus rapidement possible
  • Avoir du bon sens
  • S’endetter significativement pour avoir un effet de levier
  • Optimiser son rendement à la vente

Qu’est-ce qui vous manque le plus/le moins dans votre carrière en Transaction Services ?

 

Ce qui me manque le plus c’est l’esprit de corps et la bonne ambiance du cabinet de conseil en TS. Au contraire, ce qui me manque le moins c’est le peu de prise de responsabilité. Personnellement, je trouve que la reconnaissance sociale et les salaires émanant des métiers de la finance sont bien trop importants comparé à la réelle création de valeur de ces métiers.

 

LA4Lire aussi : Le Private Equity raconté par un Directeur d’Investissement

 

Avez-vous des conseils pour nos lecteurs souhaitant s’orienter vers une carrière en Transaction Services/Private Equity ?

 

Quel que soit le métier de la finance que l’on souhaite faire, l’étape préalable est de se préparer à fond afin de décrocher des entretiens et les réussir. Mon vrai conseil c’est d’oser. Il faut arrêter de se dire que nos chemins sont déjà tracés car ce n’est pas le cas, tout est possible, il faut seulement oser.

 

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye

 

La City : histoire de la plus mythique des places financières au monde

« The City has extracted privileges and freedoms from rules and laws to which the rest of Britain must submit » – Nicholas Shaxson

 

La critique faite par le journaliste Shaxson sous-entend que la cité londonienne communément appelée couramment « la City » ou « Square Mile », jouit encore de privilèges dont ne peut se targuer le reste de la Grande-Bretagne. D’où peut donc venir cette scission entre le cœur londonien et le reste du pays ? Est-ce dû à son histoire, à ses caractéristiques ? Ces privilèges accordés implicitement à la City devront-ils disparaître au fur et à mesure que la menace du Brexit s’épanche sur l’île britannique et son économie ?

 

Le quartier le plus ancestral de la Grande-Bretagne

Avant que la Cité de Londres ne devienne la plus grande place financière du monde, elle fut « Londinium », l’un des bastions des Romains à l’antiquité et une place centrale du commerce maritime romain puisqu’elle borde la Tamise : déjà lors, ce lieu était réputé pour les échanges de marchandises puisque l’un de ses quartiers fut appelé « Lundenwic » signifiant « London Market » en latin. À mesure que l’Empire romain entre dans son ère de déclin, la City est abandonnée jusqu’à ce que les royaumes unifiés britanniques la reconstruisent pour en faire une cité royale et religieuse et ceci, sous l’égide du premier roi d’Angleterre, Alfred le Grand. Cette place déjà mythique à l’époque, prévalait sur la ville de Londres, du fait de son ancienneté et de sa symbolique –qui reste forte encore aujourd’hui. Londres put tomber que la sa cité resta debout, si ce n’est lors du Great fire of London de 1666 où elle dû être rénovée. Jusqu’alors, elle peut être vue comme le cœur de Londres non pas comme une entité prévalant sur le reste du territoire britannique ; mais cela n’est sans compter sur son développement qui apparaît dès le XVIème siècle.

 

LA4Lire aussi : M&A : Londres vs Paris — où débuter sa carrière ?

 

La City, joyau financier de la couronne britannique

 

Effectivement, ce quartier britannique devient le cœur des activités bancaires et financières européennes avec la création de la Royal Exchange en 1565 par Sir Thomas Gresham qui représente encore aujourd’hui le point névralgique de la Cité de Londres et de la finance britannique. La Banque d’Angleterre, créée en 1694 transite en 1734 dans le même quartier, de même que le marché de l’assurance conquis par le mastodonte Lloyd’s Coffee House, établi à moins de cent mètres des deux autres entités financières. Le quartier jouit au XVIIIème siècle de l’essor de l’industrie, de cette révolution industrielle : Londres s’élargit et sa cité voit ses activités financières croître de façon vertigineuse du fait d’un besoin de financement très élevé de la part des entreprises anglaises mais pas que. En effet, la révolution industrielle nécessite de larges financements pour l’État dans les projets de développement urbain avec un fort potentiel de capital public.

De plus, le Square Mile devient le reflet de la puissance britannique (première mondiale au XIXème siècle) et assoit son pouvoir sur les colonies britanniques mais aussi sur les autres pays du monde : la City est considérée comme reine du monde financier tant ses pouvoirs sont importants. Le système monétaire international de l’époque était en faveur de la Grande-Bretagne avec l’hégémonie de l’or et de la livre sterling : par exemple, si elle connaissait un déficit extérieur, la Banque d’Angleterre augmentait son taux de réserve ce qui rendait le Square Mile plus attractif que les autres places financières et donc provoquait un afflux de capitaux vers ce dernier, amenant ainsi une contraction de l’activité dans le tiers-monde pour un regain sur le territoire britannique. Ainsi, le quartier britannique semblait bénéficier d’un pouvoir immense, financier, sur le reste du monde, chose qui perdurera même après le déclin de l’économie britannique au profit de celle américaine au XXème siècle.

 

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Un symbole plus qu’un hub financier

 

Nous ne pouvons pas parler de la City sans évoquer l’institution qui la définit : la Bourse londonienne. En 1697, John Castaing publie une liste de prix, The Course of the Exchange and other things au sein du Jonathant’s Cofee- House qui deviendra « Stock Exchange » en 1773. La bourse est créée en 1776 –officiellement en 1801- et se déploie réellement à partir de 1835 avec la « railway mania » qui correspond à la croissance des réseaux ferrés européens et à la mainmise de ces derniers par l’Angleterre. Les titres étaient alors peu spécialisés du fait du monopole des marchés régionaux (bourse de Liverpool et de Manchester) permis par des entreprises peu ou moyennement grandes qui n’évoluaient pas au-delà de l’échelle régionale. Toutefois, sur la bourse de Londres on pouvait retrouver les grandes banques britanniques – 59 sont cotées en 1836 – qui émettent alors des billets de banque, de la monnaie scripturale et souscrivent des actions. Depuis, la plus grande place financière du monde a toujours fait en sorte de se développer et de rester dynamique malgré la concurrence américaine puis asiatique à la fin du XXème siècle. Elle initie la vague de déréglementation financière avec le « Big Bang » de 1986 sous Thatcher, change de locaux en 2004, à Paternoster Square. Par ailleurs, le NASDAQ a voulu s’emparer de la Bourse londonienne en 2006 et 2007 mais sans succès. Aujourd’hui, elle est bien loin de la place où ne s’échangeaient que les actions simples de compagnies ferroviaires puisqu’il existe en son sein quatre grands marchés : les marchés d’actions, les services de négociation de valeurs mobilières, les marchés de produits dérivés et ceux d’information sur les données des marchés (prix, informations sur les entreprises cotées…). La City est in fine caractérisée avant tout par la Bourse de Londres.

 

Un microcosme politique, architectural et financier

La place financière britannique est bien singulière si on observe sa gouvernance qui est fort unique. En effet, elle a un modèle politique exclusif puisque le quartier est administré par la City of London Corporation elle-même régie par le Lord Maire de Londres et divisée en deux corps : la Cour d’Aldermen et la Cour du Conseil Commun. Elle a par ailleurs non pas un shérif en chef mais deux shérifs, un Lord Maire plutôt qu’un Lord Lieutenant. Le quartier est constitué de 25 wards reprenant le modèle d’un gouvernement moyen-âgeux qui permet une forte autonomie d’un quartier au sein d’une grande ville, Londres en l’occurrence. Les élections sont également uniques puisque l’électorat n’est autre que les businessmen qui occupent les bureaux de la City et les quelques résidents du quartier (10 000 pour 513 000 commuters i.e qui y travaillent seulement).

Le quartier se différencie également du reste du territoire par sa délimitation géographique et son architecture. Déjà, les Romains l’avaient isolée par des murs, aujourd’hui, la City ayant grandi, les frontières entre le Grand Londres et la City sont représentées par des statues draconiennes. Par ailleurs, le quartier d’affaires est reconnu par les gratte-ciels facilement reconnaissables de par leurs formes : le 20 Fenchurch Street appelé le « Talkie-Walkie », le Leadenhall Building surnommé le « Cheesegrater » et le 30 St Mary Axe prénommé le « Gherkin » sont les plus connus. La finance a ainsi pris le pas également sur l’architecture et transparaît donc un peu partout au sein de cette place londonienne, notamment du côté est, puisque l’ouest est connu pour accueillir les cabinets d’avocats d’affaires les plus prestigieux dont quatre du « Magic Circle » : Linklaters, Slaughter & May, Allen & Overy et Freshfields Bruckhaus Deringer.

Cependant, la finance est bien ce qui définit la City, notamment si on s’appuie sur les statistiques qui y sont affiliées. En 2019, ¾ de ses employés travaillent dans le domaine de la finance. Ce dernier est le secteur dont le taux de croissance des emplois est le plus élevé (+16% entre 2016 et 2017). De plus, il est le pôle le plus productif du secteur des services avec une moyenne de 100 000 livres sterling/employé. Enfin, on recense plus de 23 580 entreprises ancrées dans la City dont 265 qui emploient plus de 250 employés et représentent plus de 50% des emplois du quartier : par ailleurs, 75% de ces firmes sont des entités financières. La City est bien un microcosme avant tout financier.

 

LA4Lire aussi : Le Luxembourg, futur hub financier européen ?

 

Une hégémonie financière qui tend à s’effacer ?

 

Prestigieuse est l’histoire de la City mais son futur est-il aussi imposant et lumineux ? Rien n’est moins sûr. Déjà, sur l’île britannique et plus particulièrement Londres, a émergé un nouveau centre financier qui pourrait parvenir à faire de l’ombre à cette place célèbre place : Canary Wharf, dans le secteur de Tower Hamlets. Ce hub financier a amené des entreprises initialement installées dans le Square Mile à changer de bureaux pour des raisons financières, d’attractivité et politiques (politiques de planification de la Corporation). Cependant, au lieu d’une confrontation entre les deux quartiers d’affaires, il semble plus probable qu’ils communiquent, se lient et fusionnent pour ne devenir qu’un. C’est là une idée partagée par Sir George Lacobescu, le CEO de Canary Wharf Group.

Par ailleurs, l’attractivité du Square Mile tendrait à s’effacer quelque peu du fait du Brexit, amenant d’autres places financières européennes à jouir d’un regain d’activité ; c’est déjà le cas pour le Luxembourg, Francfort ou Paris qui accueillent depuis 2019 quelques sections de banques autrefois installées au sein de la City : Goldman Sachs, UBS, HSBC, … Toutefois le nombre de ces migrations d’emplois reste limité et devrait le rester si une union entre la City et Canary Wharf se fait à moyen terme et si la première offre toujours autant d’avantages fiscaux aux entreprises qui y sont : rappelons-le, la cité londonienne est considérée par certains comme l’un des plus grands paradis fiscaux du monde et cela devrait continuer…car après tout, est-ce que le Royaume-Uni a intérêt à perdre son plus précieux joyau au profit d’une transparence fiscale quémandée par un groupe d’Etats qui n’est pas lié physiquement et qui ne sera plus lié d’aucune autre manière d’ici quelque temps ? On peut largement en douter.

 

Ulysse M’Boudi, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye