New York City mayor Michael Bloomberg speaks at the annual Transforming Transportation conference at the World Bank in Washington,DC on January 18, 2013. AFP PHOTO/Nicholas KAMM (Photo credit should read NICHOLAS KAMM/AFP/Getty Images)

 

Huitième fortune des Etats-Unis, fondateur d’un des plus grands empires financiers au monde, maire de New York pendant plus de dix ans, Michael Bloomberg est par-dessus tout une personnalité insolite, qui tant dans le secteur financier, son domaine de prédilection, que dans la vie politique, fascine et inspire. Classé au Forbes 400 entre Mark Zukerberg, fondateur de Facebook, et Jim Walton, héritier du géant de la grande distribution Walmart, Bloomberg n’a jamais hésité à afficher sa proximité avec l’élite de la haute finance américaine, comme dans une interview de Juillet 2015, dans laquelle il apparaissait aux côtés de Lloyd Blankfein, le sulfureux CEO de Goldman Sachs. Mais quelles sont les principales facettes de cette figure hors-norme ?

 

Une incarnation du rêve américain

Originaire d’une banlieue de Boston, dans le Massachussets, Mike Bloomberg a grandi dans une famille de confession juive, et a été bercé dans le culte du travail et de la persévérance. Il s’est construit à l’image de son père, enfant de l’immigration russe du début du siècle, parvenu à créer sa propre agence immobilière, décédé avant que son fils ait célébré son vingtième anniversaire.

Exalté par l’extraordinaire dynamique qui pousse les Etats-Unis après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c’est avec cet exemple et celui de sa mère, soutien quasi-éternel, disparue en 2011 à l’âge de 102 ans, qu’il a débuté son parcours. Avec une soif de revanche sociale sans égal, il a obtenu un diplôme en Sciences de l’Ingénieur à l’Université John Hopkins, puis un Master en Management à la prestigieuse université de Harvard.

Parfois critiqué pour son agressivité, pour une confiance en soi démesurée ou pour son esprit de compétition exacerbé, Mike Bloomberg n’en mérite pas moins la reconnaissance et l’admiration qu’inspire son parcours, symbolique du rêve américain, et de la grandeur des Etats-Unis dans la seconde moitié du XXème siècle. C’est pour cette cause qu’il s’est personnellement impliqué tout au long de sa vie, comme l’illustre cette phrase prononcée en 2011 : « Le rêve américain ne survivra pas si nous ne cessons de faire fuir les rêveurs de ce pays. »

 

Un philanthrope engagé

Dès sa plus jeune enfance, Bloomberg a ainsi été convaincu de l’importance du patriotisme, et considéré que le succès ne pouvait exister qu’au sein d’un collectif. À ce titre, il a intégré, sous l’influence de sa mère, catholique, l’organisation scout américaine (Boy Scoots of America), au sein de laquelle il a atteint le grade d’Aigle Scout, et appris les valeurs de l’engagement, du respect, de la loyauté et de la collaboration. De même, Bloomberg était particulièrement impliqué dans le développement de l’une des principales Fraternités (confréries universitaires américaines), Phi Khappa Psi, qu’il a dirigée pendant trois ans, et dont la profession de foi défend « l’excellence intellectuelle, morale et spirituelle ».

Lui-même diplômé d’une université fondée par un grand industriel du XIXème siècle, John Hopkins, c’est logiquement que Mike Bloomberg est très largement investi dans de nombreuses causes et a mis en place, via sa fondation, plusieurs initiatives de poids : bourse d’études pour des étudiants de milieux défavorisés souhaitant accéder aux meilleures universités, concours pour accompagner la rénovation urbaine des plus grandes métropoles américaines, investissements dans les énergies renouvelables, mise en place d’un fonds visant à financer les initiatives de développement en Afrique et Amérique latine…

 

Un financier visionnaire

C’est en 1966, à peine sorti de Harvard, que Mike Bloomberg découvre le monde de la finance, et pose pour la première fois les pieds à Manhattan, au sein de Salomon Brothers, l’une des plus grosses banques d’investissement de l’époque, depuis absorbée par Travelers Group, devenu NEW YORK, NY - AUGUST 26: Mayor of New York City Michael Bloomberg speaks on stage during the opening ceremony during Day One of the 2013 US Open at USTA Billie Jean King National Tennis Center on August 26, 2013 in the Flushing neighborhood of the Queens borough of New York City. (Photo by Matthew Stockman/Getty Images)Citi Group. A son apogée dans les années 1980, Salomon Brothers marque l’histoire des marchés financiers par plusieurs innovations majeures, dont notamment les Swaps de taux d’intérêts multidevises, mis en place entre le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, et les premiers tristement célèbres Mortgage Backed Securities (créances hypothécaires).

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Alors qu’il y dirigeait depuis 1973 l’activité de trading, pourtant dynamique du fait du développement rapide du trading pour compte propre, Bloomberg est victime d’un plan de restructuration massif, à la suite duquel il recevra finalement une compensation de 10 millions de dollars. Marqué par cet épisode, et toujours inspiré par une ambition hors du commun, il emploie son savoir-faire dans un projet propre, et décide de lancer la première entreprise spécialisée dans la fourniture d’informations financières, aux côtés de Duncan MacMillan, Thomas Secunda et Charlie Zegar, trois anciens informaticiens de Salomon Brothers. La société connait une ascension fulgurante puisqu’après avoir équipé pour la première fois Merril Lynch en 1982, elle équipera plus de 300 000 professionnels de la finance en moins de 30 ans d’existence. Bloomberg LP réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires consolidé de près de 8 milliards d’euros, dans son métier historique, mais également dans la production et diffusion d’informations financières via Bloomberg News, Bloomberg TV, et même dans l’administration de marchés financiers, puisque Bloomberg a racheté en 2014 le Dow-Jones Commodity Exchange.

 

Un homme politique talentueux et charismatique

L’ambition politique, et l’idéologie clairement définie qui l’accompagne, transpirent dans le parcours de Mike Bloomberg, qui concrétisera cette énergie par une candidature aux élections municipales de New York en 2001. Signe de son rejet total du conformisme, membre historique du Parti démocrate, c’est sous la bannière républicaine que Bloomberg mènera sa campagne et son mandat.

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En effet, si l’homme est indiscutablement inclassable, ses idées et ses méthodes sont complétement nouvelles pour une administration encore habituée aux profils classiques d’hommes de lois ou de professionnels de la vie politique. Sa première mesure, pratique mais marquante, concerne l’organisation des bureaux de la mairie, qu’il veut à l’image des salles de trading de Wall Street, parfaitement ouverts et configurés pour l’échange entre les services et les collaborateurs.

Sur un plan social, sa politique s’inscrit très clairement dans un courant interventionniste, presque keynésien, avec pour principaux leviers l’investissement et la demande, et comme objectifs majeurs la lutte contre l’exclusion sociale, l’amélioration du système éducatif en parallèle à une réduction des inégalités. A titre d’exemple, il est à l’origine d’un gigantesque plan de rénovation des quartiers les plus défavorisés de New York, et a créé un service dédié aux familles les plus défavorisées. Il a aussi renforcé le soutien aux écoles primaires et secondaires, améliorant les taux de succès des étudiants new-yorkais après le lycée, et augmentant significativement le taux d’accès à l’enseignement supérieur. L’autre cheval de bataille de Michael Bloomberg est la santé publique, et il s’est fait connaître pour ses campagnes de lutte contre le tabagisme et l’obésité, notamment lors d’une joute médiatisée avec Coca-Cola à propos de l’interdiction des distributeurs de sodas à volonté dans les restaurants new-yorkais.

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Enfin, sur le plan économique, sa politique est caractérisée par un libéralisme particulièrement marqué, avec un engagement fort pour l’innovation et l’investissement dans les hautes technologies, qui sont désormais intégrées non seulement comme un levier de croissance mais aussi de transparence et d’efficacité démocratique.

A titre de conclusion, le personnage Michael Bloomberg est atypique en bien des aspects. Son positionnement politique, son histoire personnelle et ses éclatants succès entrepreneuriaux en font une figure respectée aux Etats-Unis et sur la scène internationale. Malgré une ferme volonté de se présenter en tant qu’indépendant aux élections présidentielles, il annonce finalement en mars 2016 son retrait. En attendant de nouvelles surprises ?

Anatole Lizee, étudiant à l’ESCP Europe et contributeur du blog AlumnEye

 

 

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