Fort de près de 4600 milliards de dollars sous gestion, BlackRock est le plus grand Asset Manager au monde. Créée en 1988 et benjamine des fameuses Big Four de l’Asset Management – BlackRock, Fidelity, Vanguard, State Street – l’entreprise dirigée par Laurence Finck a su s’imposer en développant une stratégie singulière et innovante. Caractérisé par la grande diversité de solutions proposées à ses clients et ayant fait de la gestion des risques l’un de ses fondements, comment BlackRock a-t-elle su prendre la tête d’un marché très concurrentiel, en moins de trois décennies ?

Une croissance fulgurante

Composée initialement de spécialistes de la gestion obligataire, Blackrock – Blackstone à l’époque – a largement fondé sa stratégie de croissance initiale sur des portefeuilles composés principalement de titres obligataires. Pour la plupart transfuges de First Boston – principal concurrent de Salomon Brothers sur le marché des asset backed securities et mortgage backed securities dans les années 1980 – les membres fondateurs de Blackrock jouissent alors d’une expertise forte sur ces marchés. Soucieux d’éviter les erreurs passées – Laurence Finck s’était vu licencié suite à une position hasardeuse prise sur le marché des MBS et à l’origine d’une perte de 100 millions de dollars – les cadres dirigeants font de la gestion des risques un des piliers de la société, en témoigne le développement de BlackRock Solutions.
Afin de s’affranchir de BlackStone, BlackRock est rachetée en 1995 par la banque américaine PNC. Stephen Schwarzman, CEO de BlackStone, qualifiera d’ailleurs cette vente de pire décision qu’il ait jamais prise. Forte de déjà 53 milliards de dollars sous gestion en 1994, BlackRock entame sa seconde phase de développement et initie alors sa stratégie d’acquisitions afin d’élargir sa gamme de produits et développer son réseau de distribution. blackstone-logoDans un premier temps, la firme acquiert dès 1998 des branches de PNC, notamment celles en charge de la gestion action et fonds mutuels. Elle continue ensuite à développer sa gamme action et se lance dans de nombreuses acquisitions : State Street Research and Management Holding, Barclays Global Investors, en passant par Merril Lynch Investment Manager. Avec le développent du produit historique Aladdin – système informatique simulant la réaction des titres des clients en fonction de la moindre perturbation – la gestion des risques est devenue une composante très forte de BlackRock, qui ne renonce toutefois pas à ses fondamentaux. Elle mène avec succès sa politique de croissance externe et connaît alors un développement de sa gamme de produits, de services, et de clients en s’appuyant sur l’expertise dont jouissent les entreprises rachetées dans leurs domaines respectifs. Symbole récent de cette stratégie de diversification depuis plus de 20 ans, la branche Financial Markets Advisory élargit davantage le cercle de clients et conseille entreprises, institutions financières comme gouvernements.

Plus de vingt ans après son émancipation de BlackStone, la stratégie d’acquisition menée durant deux décennies par BlackRock a conforté sa suprématie dans presque tous les domaines de l’Asset Management. Par ailleurs, la réussite de cette stratégie souligne la grande habileté de l’équipe dirigeante dans la gestion des entreprises rachetées. La parfaite intégration de Barclays Global Investors au sein de BlackRock est un modèle du genre, au vu des difficultés imposées à la fois par la taille de l’entreprise rachetée, et l’éloignement entre les deux sièges : New York pour l’un, San Francisco pour l’autre.

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Une culture d’entreprise affirmée

La culture Blackrock est indissociable des époustouflants résultats de l’entreprise. Régulièrement identifiée comme étant à l’Asset Management ce que Goldman Sachs est à la banque d’investissement, BlackRock s’est créée un ADN fort, fait de valeurs. Parmi elles, la passion et la loyauté envers les clients – en les mettant au centre des intérêts de la firme – sont régulièrement mises en avant. Le concept « One BlackRock » demeure le cœur de l’identité de l’entreprise : chaque employé appartient à un ensemble excédant ses responsabilités personnelles.

Soucieux d’éviter les conflits d’égos, la firme met l’accent sur le travail d’équipe et la communication afin de favoriser une cohésion générale et d’offrir les solutions les plus créatives pour répondre aux attentes de ses clients. BlackRock se distingue de ses principaux concurrents. Loin des déboires de Pimco – distorsions au sein du top management à l’origine de pertes de plusieurs milliards de dollars – ses dirigeants reflètent véritablement la culture de l’entreprise. 5 des 8 fondateurs sont d’ailleurs toujours en poste.

L’innovation constitue un autre élément essentiel de la culture BlackRock. Pionnier du Risk Management chez les gestionnaires d’actifs, la firme prône l’idée selon laquelle l’entreprise doit penser différemment et offrir en permanence de nouvelles solutions et idées. Les nombreuses acquisitions évoquées traduisent cette volonté profonde d’allier sans cesse performance et innovation, en se dotant d’entreprises à même d’apporter une compétence nouvelle.

Un CEO aux allures de prophète

Laurence Finck a joué un rôle primordial dans le modelage de la culture BlackRock et la stratégie poursuivie depuis près de 30 ans. Se définissant lui-même comme étant toujours un étudiant, il se veut l’incarnation des valeurs de l’entreprise. Diplômé de UCLA et ancien Trader obligations chez First Boston, c’est suite à une perte record sur le marché des mortgage backed securities qu’il se lance dans l’aventure BlackRock. Finck est régulièrement cité par ses pairs, du fait du poids et de la puissance de BlackRock, comme le premier à être sollicité en période de troubles. Son influence excède le secteur de l’Asset Management et couvre tous les pans de l’économie américaine. Il n’hésite pas à prendre publiquement position quand il le juge nécessaire. Pour preuve la lettre qu’il adressa aux CEOs des entreprises du S&P 500 en 2014, leur demandant « d’ignorer la demande à court terme et de se concentrer sur les retours à long-terme ».

Il affirme avoir érigé une frontière opaque entre son équipe de gérants et celle chargée d’exercer les droits de votes détenus par BlackRock en tant qu’actionnaire important dans de très nombreuses entreprises. Cependant dans les faits, Laurence Finck jouit du poids de l’entreprise au sein des conseils d’administrations pour faire prévaloir son opinion sur de nombreuses problématiques.

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Un mastodonte à l’abri du regard du grand public

Si son importance dans le secteur financier n’est plus à prouver, BlackRock s’avère méconnue de l’opinion publique – de surcroit en dehors des Etats-Unis. Nombre d’établissements ont été fustigés au moment de la crise financière à la fin des années 2000, mais le géant de l’Asset Management a été relativement épargné. C’est d’ailleurs à cette période que BlackRock connut une affluence record de sollicitations.

Face à la relative fragilité des grands établissements financiers au moment de la crise, BlackRock semble être l’un des seuls acteurs capables d’assumer les chocs et de supporter la charge d’actifs toxiques dans son bilan pour permettre la survie de poids lourds de Wall Street. Ayant, certes, elle aussi enregistré des pertes, l’entreprise reste sollicitée par les plus grands établissements : JPMorgan, Morgan Stanley, ou encore AIG. Elle a également l’oreille de l’Etat américain et des institutions financières du pays : elle prend en charge une partie des créances douteuses de la FED et du Trésor Américain. Partie prenante dans la mise en place des plans de sauvetages financiers, BlackRock est récompensée pour son travail depuis 20 ans en matière de gestion des risques. Le système Aladdin fait alors figure de graal dans l’évaluation des risques au vu du contexte économique. Notamment sollicité par le gouvernement américain après la chute de Bear Stearns, c’est l’un des outils ayant nourri l’influence de BlackRock à Washington, comme sur les marchés.

Conséquence du nombre colossal d’actifs sous gestion, BlackRock dispose de parts considérables dans beaucoup d’entreprises cotées, et peut à elle seule impacter leurs décisions les plus importantes. A titre d’exemple, en 2012 le géant américain Walmart a connu un scandale de corruption au Mexique qui l’a poussé à revoir l’élection de son CEO. BlackRock a alors usé de son poids dans l’actionnariat de l’entreprise pour s’opposer, avec succès, aux 4 candidats suggérés par le management et le conseil d’administration en place.

 

De loin le plus gros Asset Manager en termes d’actifs sous gestion, la taille de BlackRock peut entraver sa future croissance et l’obliger à assumer de nouvelles contraintes. La poursuite d’une croissance par acquisition s’avèrerait risquée notamment pour des raisons raisons réglementaires. BlackRock tomberait alors dans la catégorie des Systematically Important Financial Instituion (SIFI), et ferait face à des mesures plus strictes imposées par la Réserve Fédérale Américaine qui pourraient entraver son activité.
Siégeant à plus de 15 000 assemblées d’actionnaires à travers le monde dans des industries aussi variées que nombreuses, BlackRock dispose d’une influence difficilement mesurable. Ses participations significatives dans des entreprises telle Apple (23 milliards de dollars), JPMorgan Chase ou Wells Fargo (6 milliards chacune), en font un gestionnaire Too Big To Fail. Si elle bénéficie d’un relatif anonymat auprès du grand public, la puissance de BlackRock suscite progressivement des craintes. En témoignent les interrogations émises par le passé : des membres du Congrès Américain s’étonnaient de la voir influer sur des mesures relatives à ses propres activités durant la crise de 2008. Comme l’affirment certaines personnalités tel que l’ancien Président de la FED Paul Volcker, BlackRock serait ainsi l’entreprise financière la plus puissante au monde…

Andrea Bossetti, étudiant à PSB et contributeur du blog AlumnEye

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