Christine Lagarde, de la fusion acquisition au FMI

Première femme à diriger l’un des plus gros cabinets d’avocats d’affaires au monde, Baker & McKenzie, première femme ministre de l’économie parmi les pays du G7 et première femme à présider le Fond Monétaire International. Avec un tel parcours, difficile de faire l’impasse sur Christine Lagarde dans notre série de portraits sur les personnalités les plus en vue de la finance et de l’économie. Sa carrière professionnelle est remarquable en tout point. De la sphère privée au secteur public, elle parvient aussi à s’imposer sur le plan international. Qui est donc ce personnage atypique du microcosme politique français, celle que Dominique de Villepin surnommera la « femme providentielle de l’international » et qu’en est-il de son bilan au ministère de l’économie et au FMI ?

 

Un parcours marqué par la réussite

Christine Lagarde est dès le début baignée dans un environnement scolaire exigent. Fille d’un père universitaire et d’une mère enseignante, elle excelle en classe comme en sport, qu’elle pratique à haut niveau. À 15 ans, elle obtient une médaille de bronze au championnat de France de natation synchronisée. Après l’obtention de son bac, elle effectue un an de scolarité aux États-Unis, où elle découvre la politique en effectuant un stage au Capitole à Washington. Elle y développe un intérêt pour le continent Américain et un goût pour l’international. « Cette dimension m’a transformée en profondeur. Lorsque vous vous retrouvez seule dans une culture, une langue et un mode de fonctionnement qui vous sont étrangers, vous vous renforcez. » déclare-t-elle.

À son retour, elle enchaine les formations académiques : maîtrise d’anglais, maîtrise de droit des affaires, DESS de droit social, elle poursuit sa formation à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. Malgré son goût prononcé pour les études, elle échoue à deux reprises au concours d’entrée de l’ENA.

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Une avocate d’affaires hors norme

Équipée d’un solide bagage juridique, elle devient avocate au barreau de Paris et entame sa carrière au sein du prestigieux cabinet d’avocats Baker & McKenzie. En 25 ans de carrière, elle gravit les échelons jusqu’à prendre la présidence du comité exécutif de Chicago en 1999, avant de présider le comité stratégique monde en 2004. À 43 ans, Christine Lagarde fait partie des plus jeunes associés-gérants à gouverner ce cabinet d’élite, présent dans 35 pays. Sa position la place déjà comme l’une des femmes les plus influentes au monde selon Forbes. À l’apogée de sa carrière d’avocate, elle délaisse les affaires, par esprit Républicain, afin de défendre les intérêts de la France. « La France possède d’immenses talents et d’extraordinaires savoir-faire ; ça valait la peine de tout lâcher pour ce projet-là, changer le regard des étrangers sur la France, valoriser notre pays. » dit-elle.

 

« Meilleur ministre de l’Economie de la zone euro »

C’est en 2005, à la demande de Dominique de Villepin, que l’avocate décide d’abandonner sa carrière juridique aux États-Unis pour prendre ses fonctions en tant que ministre déléguée au commerce extérieur. Elle veillera notamment aux négociations au sein de l’OMC. À la suite de l’élection de Nicolas Sarkozy, elle reste au gouvernement et après un bref passage au ministère de l’agriculture et de la pêche, elle devient, en juin 2007, la première femme ministre de l’économie et des finances en France (et parmi les pays du G7). En pleine crise financière mondiale, le chantier qui attend Christine Lagarde est de taille.

Dès l’été 2007, des mesures sont prises notamment avec la loi Travail Emploi et Pouvoir d’Achat (TEPA) qui introduit une baisse de 60% à 50 % du bouclier fiscal, la défiscalisation des heures supplémentaires (le fameux « travailler plus pour gagner plus »), ainsi que la déduction des intérêts d’emprunts. Toutefois le bilan de ces mesures reste mitigé, d’autant plus que le gouvernement fait un pas en arrière sur le bouclier fiscal et la déduction des intérêts d’emprunts. En matière d’emploi, la ministre de l’économie pilote la fusion entre l’Unedic et l’ANPE pour créer Pôle Emploi.

L’objectif principal de la ministre est de favoriser la concurrence et la compétitivité. Cela se traduit notamment par la mise en place de la loi de modernisation de l’économie (LME), dans l’esprit du rapport de Jacques Attali. Celle-ci instaure le statut d’auto-entrepreneur, une réduction des délais de paiement pour les petites et moyennes entreprises, ainsi que l’instauration d’une libre négociation des tarifs entre fournisseurs et distributeurs. Il en ressort un fort succès pour le statut d’auto-entrepreneur (on en recense 1,075,000 rien que sur le deuxième trimestre 2015), de même pour la réduction des délais de paiement puisque le gouvernement affirme une réduction de délai de 10 jours. Cependant, les règles visant à diminuer les prix dans la grande distribution n’aboutissent pas aux effets escomptés.

Le contexte macro-économique marqué par la crise financière ne facilite pas le travail de la ministre. Cependant, sa gestion de la crise bancaire, sa persévérance remarquée dans le sauvetage de Dexia, comme son abnégation active lors des sommets du G20, permettent d’une part à la France de surmonter la crise avec moins de difficultés que les autres pays, et d’autre part à Christine Lagarde de façonner sa stature internationale. Son travail est massivement salué par la communauté internationale, le Financial Times en 2009 va même jusqu’à la consacrer ministre des finances de l’année.

 

La construction d’une stature internationale

Femme, française, avocate dépourvue de formation universitaire en économie, comme d’expérience professionnelle en banque centrale ; a priori rien ne prédestinait Christine Lagarde à prendre les rênes de cette institution internationale. Mais, une fois de plus, la « femme providentielle de l’international » parvient à s’imposer. Depuis la crise des subprimes, elle a participé à toutes les réunions de premier rang permettant d’éviter le naufrage économique pressenti. Présidant le G20 finance, elle fait preuve de consensus avec les pays émergeants afin de corriger les inégalités. Ainsi, elle a pu démontrer ses talents de négociatrice hors pair et gagner ses galons. Désormais, la ministre possède la légitimité nécessaire afin d‘entrer dans la course à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI.

 

Première femme présidente du Fond Monétaire International

Le 5 juillet 2011, elle devient officiellement la nouvelle présidente du Fond Monétaire International. Risque de défaut de la Grèce, guerre des taux de change, nouvelles réclamations des pays émergeants, les dossiers qui attendent Christine Lagarde au FMI sont explosifs.

La première difficulté de la nouvelle patronne est la crise grecque. Si dans un premier temps le FMI est souvent décrié et pointé du doigt, c’est l’Allemagne d’Angela Merkel qui prendra le relai. Dans la gestion de ce dossier, la position de Christine Lagarde est à double sens. D’un côté, c’est la rigueur qui est préconisée au risque d’asphyxier le pays de jour en jour. De l’autre, l’institution défend une restructuration de la dette considérée comme insolvable. Sous l’impulsion de la présidente, le FMI participe à un plan d’aide de 28 milliards d’euros avec pour objectif d’éviter coûte que coûte le « Grexit ». Dès lors, la présidente du FMI sort de ses prérogatives au risque de renforcer un défaut de paiement. Le pire fut évité mais l’économie grecque s’est écroulée du fait des politiques d’austérité imposées. Le premier ministre grec Alexis Tsipras va même jusqu’à qualifier la responsabilité de l’institution de « criminelle ». Aujourd’hui la situation s’est sensiblement améliorée, il n’en est pas moins que l’avenir du pays reste incertain.

À défaut d’avoir modifié la doctrine libérale du Fond, la présidente du FMI peut être saluée pour le vent nouveau qu’elle apporte à l’institution. En effet, elle redore l’image de l’institution après le scandale DSK. L’avocate d’affaires, qui cultive l’élégance française, tout en maniant parfaitement la langue de Shakespeare, a séduit les médias du monde entier et contribué à humaniser l’image du FMI dont les politiques ultralibérales sont controversées.

Dans cet esprit d’innovation, elle mène une réforme qui donne plus de pouvoir aux pays émergents. La Chine ne possédait que 3,8 % de droits de vote au conseil d’administration, contre 6% actuellement, l’Inde, la Russie et le Brésil ont aussi gagné au change. Cette avancée est favorablement accueillie, d’autant plus qu’elle était nécessaire pour éviter la création d’institutions concurrentes comme la Banque Asiatique d’Investissement.

Elle introduit de nouveaux sujets dans les préoccupations du FMI : la place des femmes dans la société, les inégalités sociales, le réchauffement climatique. « Nous sommes arrivés à la conclusion que les inégalités fortes constituaient tout d’abord un frein à la croissance, une croissance durable, forte et équilibrée que chacun appelle de ses vœux. Si nous sommes logiques, nous ne pouvons pas admettre que ces fortes inégalités perdurent », déclara-t-elle.

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Un nouveau défi : renouer avec la mission historique de l’institution

La mission historique du FMI est de s’assurer de la stabilité du système monétaire international. Il se doit d’éviter la guerre des monnaies à travers des recommandations aux banques centrales quant à leur politique des taux d’intérêt. Lorsque la FED augmenta ses taux directeurs en décembre 2016, des pays émergents comme le Brésil ont directement étés impactés par cette décision. Le rôle du FMI dans ce cas-là est donc de s’assurer que les décisions de la FED et la BCE ne déstabilisent pas le système monétaire, en particulier celui des pays émergents. À cet égard, l’action menée par Christine Lagarde au FMI est vivement critiquée.

 

Christine Lagarde est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes de la planète, au parcours remarquable. Si son image a pu être entachée par sa condamnation pour « négligence » dans l’affaire Tapie, elle a néanmoins su s’imposer et marquer par son style et ses réformes innovantes. Contribuant à redorer l’image de cette institution, de plus en plus critiquée, elle a été reconduite pour un second mandat de cinq ans le 19 février 2016 dans une période où « l’économie mondiale connaît un passage à vide », a annoncé l’institution dans un communiqué.

 

Mamadou Dembele, étudiant à Dauphine et contributeur du blog AlumnEye


Franck Ceddaha, Professeur & Partner : HEC, Sciences Po, DegroofPetercam

AlumnEye délivre des formations en finance et conseil avec une spécificité particulière : mettre des professionnels au coeur des formations, pour délivrer le point de vue de praticiens, loin d’une approche académique purement théorique.

C’est pourquoi nous sommes allés à la rencontre de Franck Ceddaha, Managing Partner chez DegroofPetercam et Professeur affilé au Groupe HEC et enseignant à Sciences Po Paris. Tout au long de sa carrière, M. Ceddaha a combiné l’enseignement et la pratique de la banque d’affaires, pour arriver au sommet des deux arts : Partner, Professeur et Auteur. Interview.

De Sciences Po et HEC à DegroofPetercam en passant par Oddo, pourriez-vous présenter votre parcours ?

Plus de 25 ans de banque d’affaires en quelques mots : 12 ans de Paribas (devenu BNP Paribas) puis 3 ans de banque américaine Donaldson Lufkin Jenrette  (devenu Credit Suisse), puis 9 ans comme Associé Gérant chez Oddo (devenu Oddo BHF), j’ai rejoint Degroof en 2013 devenu DegroofPetercam en 2015. Les fusions acquisitions touchent aussi les banques d’affaires !

Votre parcours en tant que banquier d’affaires est impressionnant : quelle opération vous a le plus marqué, et pourquoi ?

La dernière opération annoncée est toujours la plus marquante : chaque deal est une aventure humaine et son annonce publique est toujours un moment particulier dans la vie d’un banquier d’affaires, sans parler du closing dinner ! On oublie progressivement les autres avec le temps même si elles restent prestigieuses ou importantes.

Quel souvenir gardez-vous de vos 9 ans passés chez Oddo ? Quelle différence majeure voyez-vous avec DegroofPetercam ?

Mon passage chez Oddo a été l’occasion d’approfondir ma connaissance du riche tissu de belles PME/ETI familiales et de les aider dans leur développement. Le choix de rejoindre la banque belge privée DegroofPetercam s’inscrit dans cette logique mais avec une dimension européenne plus affirmée et une culture très ancienne de banque privée au service des groupes familiaux.

Vous êtes aujourd’hui professeur de finance à HEC et Sciences Po, qu’est-ce qui vous a conduit à prendre le chemin de l’enseignement ?

Ma rencontre avec Pierre Vernimmen disparu trop tôt a été déterminante dans ma carrière professionnelle et dans ma vocation d’enseignant. J’essaie de faire partager à mes étudiants son charisme intellectuel et les grands concepts de finance d’entreprise qu’il m’a appris et que j’utilise au quotidien dans mon métier de banque d’affaires.

Sentez-vous une perte d’appétit des étudiants pour les métiers de la finance ?

Pour l’instant non, quand je vois le nombre d’étudiants qui suivent mes cours et au nombre de candidatures que nous recevons ! On est revenu à des niveaux pré-chute de Lehman Brothers ! En revanche, cette nouvelle génération plus féminine, plus exigeante mais aussi plus équilibrée dans la gestion de son temps de travail,  a soif d’être envoyée plus rapidement en clientèle et de mettre des deals sur son CV, ce qui est sain.

Quel conseil donnez-vous à vos étudiants qui souhaitent aujourd’hui s’orienter en finance ?

Etre exigeant sur la qualité des gens avec qui vous allez travailler ! Ne vous laissez pas griser par la marque et ouvrez les yeux sur le track-record de l’équipe et la personnalité des gens que vous allez côtoyer. Vous allez passer plus de temps avec eux qu’avec ceux que vous aimez et donc cela vaut le coup d’y réfléchir !

Quels sont selon vous les challenges du métier de la banque d’affaires pour la nouvelle génération de banquiers ?

La banque d’affaires devient pour certains une sorte de sous traitant ancillaire dédié à la gestion à distance d’un deal assorti de travaux d’évaluation sur tableur !  C’est à l’opposé de ma conception qui est celle d’un vrai rôle de banquier conseil (trusted advisor en franglais) qui donne un avis indépendant à son client sur un projet d’opération financière (acquisition, financement, cession , IPO…) ce qui n’est pas toujours facile au vu de la volatilité des marchés financiers ! Cela nécessite de solides compétences. Rien ne remplace l’expérience et la compréhension détaillée des enjeux de l’entreprise !

La 5e édition de votre livre Fusions-Acquisitions est parue en Juillet 2017, quel est l’objectif de cet ouvrage, et à qui s’adresse-t-il ?

Ce livre est un mélange de mes deux vies : ma vie de professeur et ma vie de banquier d’affaires. Les 21 chapitres de cette 5e édition décrivent dans un style vivant le déroulement des différentes étapes d’une opération de M&A d’un point de vue théorique et pratique, avec le souci constant de la clarté pédagogique et le recours à des exemples récents de transactions financières.

Avez-vous un ou plusieurs autres ouvrages à recommander ?

En Finance ou en général ? La dernière édition du manuel Finance d’Entreprise de P. Vernimmen auquel j’ai contribué pendant plusieurs années n’est jamais loin de mon bureau ! Tout comme la dernière édition du Valuation de Tim Koller (McKinsey)…  Pour le reste chaque étudiant devrait lire La promesse de l’aube de Romain Gary pour mesurer la richesse d’une vie !

Découvrez ces ouvrages ici : 

Merci infiniment pour cette interview !


Emmanuel Hasbanian, un parcours sans faute

C’est un portrait inédit que nous vous proposons. Un portrait de celui qui, il y a quelques années encore, était présenté comme un jeune espoir des fusions-acquisitions. En un temps record, Emmanuel Hasbanian a su s’imposer dans un milieu extrêmement concurrentiel. Son nouveau challenge, contribuer à repositionner Deutsche Bank au sommet du classement des banques européennes.

 

De HEC à PAI, une rencontre avec la banque d’affaires

Après deux années de classe préparatoire, j’ai intégré HEC en tant que major de promotion en 1993. J’ai réalisé une année de césure qui m’a conduit chez PAI Partners, à l’époque rattaché au groupe Paribas. Le métier, sa technicité et sa nature intrinsèquement unique m’ont rapidement plu, et PAI m’a soumis, à l’issue de cette année chez eux, une offre d’embauche avant même la fin de mes études. N’ayant pas la possibilité de suivre mes cours à HEC par correspondance, j’ai accepté l’offre de PAI mais à mi-temps.  Groupant mes cours le matin, chaque après-midi, je rejoignais les bureaux de Paribas. Commençait alors une deuxième journée de travail, qui ne se terminait généralement que tard dans la nuit. Si ce fut une expérience très éprouvante, elle fut surtout fort enrichissante sur le plan personnel. J’ai tenu ce rythme dix mois.

Un parcours sans faute jusqu’à la Deutsche Bank

Dans le cadre de ma dernière année de scolarité, en 1997, j’ai décidé de rejoindre Cologne pour y poursuivre mes études. PAI m’a proposé de rejoindre son équipe basée à Hong-Kong. Mais malgré mon jeune âge, j’avais déjà pu connaître plusieurs expériences, notamment à Tokyo et à New York, et mon rêve d’alors était de rejoindre Londres. Tout en restant dans le groupe Paribas, j’ai rejoint non pas les équipes de PAI à Hong Kong, mais les équipes Advisory à Londres, pour une période de 3 ans; jusqu’en 2000, et la fusion qui s’amorçait avec BNP. Celle-ci entraîne une certaine période de flottement au sein du groupe, notamment pour les plus jeunes collaborateurs, ce qui m’a poussé à prendre du recul et rejoindre les rangs de Merrill Lynch. J’y resterai jusqu’en 2009, année du rapprochement avec Bank of America. Je prends alors la décision de rejoindre la banque la plus solide du marché en Europe en 2009 : Deutsche Bank. Initialement en charge des fusions-acquisitions, j’y ai progressivement élargi mon spectre d’activités, jusqu’à superviser l’ensemble des activités de banque d’affaires en France aujourd’hui, aux côtés de Julien Fabre.

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Quelles opérations vous ont particulièrement marqué au sein de votre carrière ?

Après plus de vingt ans de carrière, difficile d’isoler une opération marquante. Cependant, la création d’Arcelor m’a profondément marqué. Ce projet sacerdotal de rapprochement était inédit par sa longueur, sa complexité et son caractère transfrontalier. Au-delà de la triple fusion Usinor, Arbed, Aceralia, d’autres sociétés de ce périmètre furent amenées à se greffer à l’opération de fusion, dans un cadre législatif communautaire bien loin d’être aussi intégré qu’aujourd’hui.

Au-delà de l’extrême complexité d’un tel dossier, ce type d’opérations m’a permis de développer des relations personnelles avec le client, mais aussi de construire ma crédibilité en interne. En effet, en parallèle de ce dossier, j’étais alors également partie prenante de l’équipe en charge de la fusion entre British Petroleum et TNK en Russie, qui représentait alors la plus grosse Joint-Venture jamais réalisée en Russie par un groupe étranger. Ce type de dossier permet de développer une vision plus acérée des divers mécanismes clés d’une opération, et donc une meilleure capacité à défricher des problématiques sensibles. A 32 ans, à la suite de ces opérations, j’ai été promu au rang de Managing Director. Tout au long de ma carrière, j’ai eu la chance d’être associé à de nombreuses opérations d’envergure qui ont marqué l’actualité. Du rapprochement entre Sanofi et Aventis, au mariage entre GDF et Suez, au total ce sont plus de 500 milliards de transactions que j’ai traitées depuis le début de ma carrière en Advisory.

Le métier de banquier d’affaires évolue pour se réinventer

A mes débuts, les marchés financiers étaient beaucoup moins intégrés qu’aujourd’hui, et les équipes en charge des dossiers beaucoup plus réduites. Actuellement, le double phénomène d’internationalisation et de sophistication rend presque impossibles des opérations menées par des équipes resserrées, de trois ou quatre personnes, quelques banques et quelques avocats. Auparavant, des équipes « commandos » étaient attribuées à chaque dossier, et devaient allier toutes les compétences indispensables à la réussite d’un deal (financement, M&A, droit boursier, fiscalité…). Pour l’anecdote, les banquiers mandatés réalisaient intégralement eux-mêmes les notes d’opérations destinées à l’AMF ; une situation impensable aujourd’hui !

Face à ces évolutions, comment attirer et retenir les talents ?

C’est cette atmosphère de travail que nous tentons de recréer chez Deutsche Bank, car les métiers de la banque d’affaires ne sont passionnants qu’à condition d’être au cœur des dossiers. Plutôt que de recruter des effectifs pléthoriques, nous proposons une courbe d’apprentissage plus importante à nos collaborateurs, car ceux-ci sont réellement impliqués sur les opérations que nous supervisons. Ici, nos jeunes sont formés à travailler en équipe, et se familiarisent donc tout autant au financement, à l’Equity et au M&A. Je connais un jeune chez Deutsche Bank qui peut se targuer d’avoir réalisé plus d’IPOs que des responsables Capital Markets chez certaines banques de la place parisienne.

Derrière cette responsabilisation des juniors, et de manière plus globale, c’est un fonctionnement entièrement tourné vers le client que nous avons souhaité construire. Notre philosophie, c’est de faire plus avec moins pour le client, multiplier les intervenants ne multiplie pas les expertises. Cette expertise, le « deal captain » seul la réunit et l’utilise pour les besoins du client, mais en aucun cas il ne la sous-traite. Il en résulte des opérations menées par des task-forces de 4 à 5 personnes, qui gèrent le dossier seules, dans une extrême confidentialité. Nous privilégions ce mode de travail car il est également plus enrichissant de comprendre les tenants et aboutissants d’une opération. Nous ne sommes pas des maitres d’œuvre, nous sommes des multi-experts. Un gage de responsabilisation des équipes, mais aussi de technicité, afin de répondre à des clients aux demandes de plus en plus sophistiquées.

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Qu’est ce qui, selon vous, fait la singularité et la force de la Deutsche Bank ?

Deutsche Bank a fait le choix de rassembler les activités de marché, de corporate finance et de banque transactionnelle au sein de d’une division commune (Corporate & Investment Bank, CIB), dans le but de recentrer notre organisation autour des clients. Les murailles de Chine sont toujours strictement respectées, mais des  synergies sont nécessaires entre marchés et banques d’affaires. A titre d’exemple, Deutsche Bank a mené 16 des dernières 18 IPO de sociétés françaises de taille conséquente. Ce track-record s’explique en très grande partie par la puissance de frappe de la banque, de ses équipes marché en distribution de l’equity, et par la coopération rodée entre nos équipes. Aujourd’hui, quand un actionnaire américain est à la recherche de papier européen, il pense très naturellement à Deutsche Bank, qui est l’un des plus grands traders de titres européens (actions et dette).  Derrière ces exemples, se pose la question du choix d’une banque « one stop shop » pour les clients corporate : une banque qui arrive à allier toutes les compétences, à haut niveau. Toutes les banques peuvent tout faire, mais cela ne dit rien de la qualité des prestations fournies. Deutsche Bank est l’une des seules banques européennes capable de rivaliser avec les banques américaines et a pour ambition de redevenir la première banque d’investissement en Europe.

Pourquoi rejoindre la Deutsche Bank aujourd’hui ?

Deutsche Bank a, au court de sa longue histoire, construit un focus plein et entier sur l’Investment Banking. Ce focus, elle a su le nourrir en développant des positions extrêmement fortes sur chaque métier, ainsi qu’un dialogue stratégique avec chacun de ses clients. Nos clients sont à la recherche de techniciens en fusions-acquisitions, qui soient aussi capable de comprendre la façon dont les investisseurs vont interpréter des mouvements annoncés par leurs entreprises. Mais ils sont surtout à la recherche de banques qui seront à leurs côtés sur le long terme. Servir les clients européens partout dans le monde, cela pourrait être notre motto.

Nous recrutons régulièrement en France. Au niveau junior, les recrutements se font sur une base internationale. Chaque année une dizaine de stagiaires et d’analystes sont ainsi recrutés à Paris. Outre une formation extrêmement complète, nous proposons également à nos jeunes recrues des perspectives d’évolution au sein de nos autres bureaux à New York, Londres ou Hong Kong dès la troisième année.

 

Merci Emmanuel Hasbanian d’avoir accepté de répondre à nos questions

Interview réalisée par Bastien Le Bars, étudiant à l’ESSEC et contributeur du blog AlumnEye


Ken Griffin, CEO de Citadel parle de Hedgefunds et de Régulation

Bloomberg a réalisé une interview de Ken Griffin, le CEO de Citadel, un des hedgefunds les plus respectés de Wall Street, avec $25 milliards sous gestion et la réputation d'être un des plus agressifs du monde.

Dans cette interview, Griffin aborde :

  • les enjeux pour Citadel dans un contexte difficile pour l'industrie des Hedgefunds
  • Comment Citadel continue à générer de l'alpha et quelles sont les stratégies
  • sa perspective sur les évolutions de la régulation du système financier aux Etats-Unis
  • l'impact du Machine Learning et de l'Intelligence Artificielle dans son métier
  • sa vision des principaux challenges pour le futur des Etats-Unis

https://www.youtube.com/watch?v=3WG00XcLFJs


Henry Kravis, le pionnier du Private Equity à la tête de KKR

Vous êtes de plus en plus nombreux à vouloir intégrer le secteur très fermé du Private Equity. Etre au fait de sa culture sera un atout déterminant pour vos candidatures et vous permettra de vous différencier.

KKR a été créé en 1976 à New York par Jerome Kohlberg, Henry Kravis et Georges Robert, tous d’anciens employés de Bear Stearns (banque d’investissement rachetée par JP Morgan après la crise de 2008).

En 2016, KKR est classé 2ème dans le Private Equity International Ranking (PEI 300) avec plus de 35 milliards de dollars levés ces 5 dernières années. L'autre classement qui compte est celui des Assets Under Management, et là, KKR arrive en 4ème position avec $131 milliards de dollars d'AUM, proche de Apollo et Carlyle Group, respectivement 2ème et 3ème; mais loin derrière Blackstone qui détient plus de $356 milliards de dollars d'AUM.

Parmi les 3 fondateurs, portrait en vidéo de Henry Kravis, qui dirige le fonds avec Georges Robert depuis le départ de Jérôme Kohlberg en 1987.

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Janet Yellen, une colombe à la tête de la Fed ?

Première femme à la tête de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen serait la seconde personne la plus influente du monde financier, selon Business Insider. Encensée tant pour ses qualités professionnelles qu’humaines, elle ouvre notre série de portraits consacrés aux femmes les plus en vue de la finance et de l’économie. Pour autant, Janet Yellen dénote dans les hautes sphères du pouvoir : à son arrivée à la tête de la Fed, on l’a affublée du surnom de colombe. Qu’en est-il du bilan de cette femme de convictions, si remarquée ?

 

Une carrière universitaire prestigieuse

Née à New York en 1946, Janet Yellen a rapidement manifesté un intérêt prononcé pour l’économie. Après des études à Brown, elle obtient un Doctorat d’économie à Yale, et intervient dans les plus prestigieuses universités du monde : Harvard, LSE, ou encore Berkeley. A la suite de ce brillant cursus universitaire, Janet Yellen intègre, dès 1977, l’équipe d’économistes de la Fed, avant d’en prendre la tête 36 ans plus tard.

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Une ascension initiée sous Bill Clinton

C’est en 1994 que, sollicitée par l’administration Clinton, Janet Yellen rejoint le Conseil des Gouverneurs de la Réserve fédérale américaine. Véritable tête pensante de la Fed, le Conseil des Gouverneurs agit en conseil d’administration, et supervise les douze réserves fédérales. Janet Yellen est alors entourée de six autres membres nommés par le Président des Etats-Unis, et dirigée par un Président du Conseil, faisant office de Président de la Fed. C’est dans ce contexte qu’elle poursuit son ascension politique, promue de gouverneur à chef des conseillers économiques de Bill Clinton, pour ensuite devenir vice-présidente de la Fed en 2010.

financialpaper-581f79cf3df78cc2e8fd8cd6Pressentie dès 2009 pour succéder à Ben Bernanke – avant que celui-ci ne soit reconduit dans ses fonctions – Janet Yellen assistera au quotidien son prédécesseur plus de trois années durant. Elle influencera alors pour partie le choix de la politique menée par la Fed. Œuvrant pour le retour de la croissance et le sauvetage de l’économie américaine au lendemain de la crise, la Fed entreprend, entre autres, une injection colossale de fonds, notamment via un rachat massif de bons du Trésor. Cette politique d’assouplissement quantitatif, visant à dynamiser l’économie tout en calmant les marchés, est encore d’actualité 8 ans après son introduction.

En compétition avec Larry Summers pour succéder à Bernanke, Yellen bénéficie d’une très forte côte de popularité dans les médias ; en témoigne le soutien affirmé du Financial Times comme du New York Times. Janet Yellen marque également sa différence en n’appartenant pas au cercle habituel du pouvoir, proche de Wall Street. Celle qui, dès 2005 avait mis en garde l’opinion au sujet d’une bulle financière en passe d’exploser aux Etats-Unis, semble imperméable à la pression des banques. Davantage préoccupée par l’emploi que par le taux d’inflation, elle se positionne en successeur logique au lendemain de la crise financière. Finalement nommée Présidente de la Fed en octobre 2013, elle prendra ses fonctions début 2014.

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Entre continuité et convictions

Si sa politique ne s’inscrit pas en profonde rupture avec celle menée par Ben Bernanke, Janet Yellen dénote d’un point de vue symbolique. Première femme et premier président démocrate de la Fed depuis 30 ans, keynésienne, elle se veut au service de l’économie réelle et fait du retour au plein emploi son cheval de bataille. Pour la première fois depuis 2006, la Fed a pris la décision de relever fin 2015 ses taux directeurs. La politique menée par Janet Yellen est résolument tournée vers une baisse du chômage à moins de 5% – au risque de voir temporairement l’inflation s’élever au-dessus de la cible affichée des 2%. Si une seconde hausse était attendue sur les marchés, et a été actée hier, la Fed semble – sous l’impulsion de sa présidente – continuer son désir de maintenir une économie dite high pressure. Afin de favoriser un cercle vertueux investissement-emploi-consommation-croissance, elle mise sur un marché du travail dynamique, boosté par des taux d’intérêts relativement bas.

background-employmentPour panser les maux de la crise de 2008, Janet Yellen considère que l’économie nécessite un stimulus monétaire afin de continuer sa croissance, et ainsi revenir au plein emploi. Conformément aux convictions de sa présidente, la lutte contre l’inflation n’est pas l’objectif prioritaire de la politique menée par la Fed. L’inflation est jugée acceptable, et ce même au delà des fameux 2%, tant que cela demeure temporaire et non structurel. A la veille des élections américaines, Yellen affirmait encore une fois sa volonté de favoriser la stabilité monétaire malgré la pression des marchés, et a, début novembre, reporté la hausse pourtant si attendue des taux d’intérêts.

 

Des priorités claires et affichées

La décision de maintenir le taux directeur autour de 0,25-0,5% faisait débat au sein du Conseil des Gouverneurs de la Fed. Pour autant, presque trois ans après sa prise de fonctions, Yellen semble en mesure de réussir son pari : loin des 8% de janvier 2013, le taux de chômage a désormais regagné les 4,9%. La « colombe » a su s’imposer au sommet de l’une des institutions financières les plus puissantes au monde, et ce, par delà les critiques – Donald Trump l’accusant notamment de plier sous la pression de l’administration Obama. Elle s’est illustrée par son calme et sa gentillesse, plébiscités par nombre de dignitaires américains. Elle n’en demeure pas moins une redoutable économiste à la vision claire, menant d’une main ferme une politique en accord avec ses convictions.

 

Femme la plus influente de la Finance, son intervention mercredi au dernier meeting de la Fed était très attendue, tout comme son annonce de relever le taux directeur. Le coup de tonnerre provoqué par la victoire de Donald Trump signe le début d’une nouvelle ère dans le mandat de Janet Yellen. Ayant tantôt soutenu puis critiqué la politique menée par la Fed, Trump a affiché son objectif d’y nommer en 2018 un président républicain et n’exclut pas d’en réformer le fonctionnement. Yellen pourrait ainsi jouer un rôle clé dans la période de transition qui s’initie aux Etats-Unis, et s’affirmer davantage en garant de la stabilité financière et économique.

 

Andrea Bossetti, étudiant à PSB et contributeur du blog AlumnEye