La City : histoire de la plus mythique des places financières au monde

« The City has extracted privileges and freedoms from rules and laws to which the rest of Britain must submit » – Nicholas Shaxson

 

La critique faite par le journaliste Shaxson sous-entend que la cité londonienne communément appelée couramment « la City » ou « Square Mile », jouit encore de privilèges dont ne peut se targuer le reste de la Grande-Bretagne. D’où peut donc venir cette scission entre le cœur londonien et le reste du pays ? Est-ce dû à son histoire, à ses caractéristiques ? Ces privilèges accordés implicitement à la City devront-ils disparaître au fur et à mesure que la menace du Brexit s’épanche sur l’île britannique et son économie ?

 

Le quartier le plus ancestral de la Grande-Bretagne

Avant que la Cité de Londres ne devienne la plus grande place financière du monde, elle fut « Londinium », l’un des bastions des Romains à l’antiquité et une place centrale du commerce maritime romain puisqu’elle borde la Tamise : déjà lors, ce lieu était réputé pour les échanges de marchandises puisque l’un de ses quartiers fut appelé « Lundenwic » signifiant « London Market » en latin. À mesure que l’Empire romain entre dans son ère de déclin, la City est abandonnée jusqu’à ce que les royaumes unifiés britanniques la reconstruisent pour en faire une cité royale et religieuse et ceci, sous l’égide du premier roi d’Angleterre, Alfred le Grand. Cette place déjà mythique à l’époque, prévalait sur la ville de Londres, du fait de son ancienneté et de sa symbolique –qui reste forte encore aujourd’hui. Londres put tomber que la sa cité resta debout, si ce n’est lors du Great fire of London de 1666 où elle dû être rénovée. Jusqu’alors, elle peut être vue comme le cœur de Londres non pas comme une entité prévalant sur le reste du territoire britannique ; mais cela n’est sans compter sur son développement qui apparaît dès le XVIème siècle.

 

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La City, joyau financier de la couronne britannique

 

Effectivement, ce quartier britannique devient le cœur des activités bancaires et financières européennes avec la création de la Royal Exchange en 1565 par Sir Thomas Gresham qui représente encore aujourd’hui le point névralgique de la Cité de Londres et de la finance britannique. La Banque d’Angleterre, créée en 1694 transite en 1734 dans le même quartier, de même que le marché de l’assurance conquis par le mastodonte Lloyd’s Coffee House, établi à moins de cent mètres des deux autres entités financières. Le quartier jouit au XVIIIème siècle de l’essor de l’industrie, de cette révolution industrielle : Londres s’élargit et sa cité voit ses activités financières croître de façon vertigineuse du fait d’un besoin de financement très élevé de la part des entreprises anglaises mais pas que. En effet, la révolution industrielle nécessite de larges financements pour l’État dans les projets de développement urbain avec un fort potentiel de capital public.

De plus, le Square Mile devient le reflet de la puissance britannique (première mondiale au XIXème siècle) et assoit son pouvoir sur les colonies britanniques mais aussi sur les autres pays du monde : la City est considérée comme reine du monde financier tant ses pouvoirs sont importants. Le système monétaire international de l’époque était en faveur de la Grande-Bretagne avec l’hégémonie de l’or et de la livre sterling : par exemple, si elle connaissait un déficit extérieur, la Banque d’Angleterre augmentait son taux de réserve ce qui rendait le Square Mile plus attractif que les autres places financières et donc provoquait un afflux de capitaux vers ce dernier, amenant ainsi une contraction de l’activité dans le tiers-monde pour un regain sur le territoire britannique. Ainsi, le quartier britannique semblait bénéficier d’un pouvoir immense, financier, sur le reste du monde, chose qui perdurera même après le déclin de l’économie britannique au profit de celle américaine au XXème siècle.

 

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Un symbole plus qu’un hub financier

 

Nous ne pouvons pas parler de la City sans évoquer l’institution qui la définit : la Bourse londonienne. En 1697, John Castaing publie une liste de prix, The Course of the Exchange and other things au sein du Jonathant’s Cofee- House qui deviendra « Stock Exchange » en 1773. La bourse est créée en 1776 –officiellement en 1801- et se déploie réellement à partir de 1835 avec la « railway mania » qui correspond à la croissance des réseaux ferrés européens et à la mainmise de ces derniers par l’Angleterre. Les titres étaient alors peu spécialisés du fait du monopole des marchés régionaux (bourse de Liverpool et de Manchester) permis par des entreprises peu ou moyennement grandes qui n’évoluaient pas au-delà de l’échelle régionale. Toutefois, sur la bourse de Londres on pouvait retrouver les grandes banques britanniques – 59 sont cotées en 1836 – qui émettent alors des billets de banque, de la monnaie scripturale et souscrivent des actions. Depuis, la plus grande place financière du monde a toujours fait en sorte de se développer et de rester dynamique malgré la concurrence américaine puis asiatique à la fin du XXème siècle. Elle initie la vague de déréglementation financière avec le « Big Bang » de 1986 sous Thatcher, change de locaux en 2004, à Paternoster Square. Par ailleurs, le NASDAQ a voulu s’emparer de la Bourse londonienne en 2006 et 2007 mais sans succès. Aujourd’hui, elle est bien loin de la place où ne s’échangeaient que les actions simples de compagnies ferroviaires puisqu’il existe en son sein quatre grands marchés : les marchés d’actions, les services de négociation de valeurs mobilières, les marchés de produits dérivés et ceux d’information sur les données des marchés (prix, informations sur les entreprises cotées…). La City est in fine caractérisée avant tout par la Bourse de Londres.

 

Un microcosme politique, architectural et financier

La place financière britannique est bien singulière si on observe sa gouvernance qui est fort unique. En effet, elle a un modèle politique exclusif puisque le quartier est administré par la City of London Corporation elle-même régie par le Lord Maire de Londres et divisée en deux corps : la Cour d’Aldermen et la Cour du Conseil Commun. Elle a par ailleurs non pas un shérif en chef mais deux shérifs, un Lord Maire plutôt qu’un Lord Lieutenant. Le quartier est constitué de 25 wards reprenant le modèle d’un gouvernement moyen-âgeux qui permet une forte autonomie d’un quartier au sein d’une grande ville, Londres en l’occurrence. Les élections sont également uniques puisque l’électorat n’est autre que les businessmen qui occupent les bureaux de la City et les quelques résidents du quartier (10 000 pour 513 000 commuters i.e qui y travaillent seulement).

Le quartier se différencie également du reste du territoire par sa délimitation géographique et son architecture. Déjà, les Romains l’avaient isolée par des murs, aujourd’hui, la City ayant grandi, les frontières entre le Grand Londres et la City sont représentées par des statues draconiennes. Par ailleurs, le quartier d’affaires est reconnu par les gratte-ciels facilement reconnaissables de par leurs formes : le 20 Fenchurch Street appelé le « Talkie-Walkie », le Leadenhall Building surnommé le « Cheesegrater » et le 30 St Mary Axe prénommé le « Gherkin » sont les plus connus. La finance a ainsi pris le pas également sur l’architecture et transparaît donc un peu partout au sein de cette place londonienne, notamment du côté est, puisque l’ouest est connu pour accueillir les cabinets d’avocats d’affaires les plus prestigieux dont quatre du « Magic Circle » : Linklaters, Slaughter & May, Allen & Overy et Freshfields Bruckhaus Deringer.

Cependant, la finance est bien ce qui définit la City, notamment si on s’appuie sur les statistiques qui y sont affiliées. En 2019, ¾ de ses employés travaillent dans le domaine de la finance. Ce dernier est le secteur dont le taux de croissance des emplois est le plus élevé (+16% entre 2016 et 2017). De plus, il est le pôle le plus productif du secteur des services avec une moyenne de 100 000 livres sterling/employé. Enfin, on recense plus de 23 580 entreprises ancrées dans la City dont 265 qui emploient plus de 250 employés et représentent plus de 50% des emplois du quartier : par ailleurs, 75% de ces firmes sont des entités financières. La City est bien un microcosme avant tout financier.

 

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Une hégémonie financière qui tend à s’effacer ?

 

Prestigieuse est l’histoire de la City mais son futur est-il aussi imposant et lumineux ? Rien n’est moins sûr. Déjà, sur l’île britannique et plus particulièrement Londres, a émergé un nouveau centre financier qui pourrait parvenir à faire de l’ombre à cette place célèbre place : Canary Wharf, dans le secteur de Tower Hamlets. Ce hub financier a amené des entreprises initialement installées dans le Square Mile à changer de bureaux pour des raisons financières, d’attractivité et politiques (politiques de planification de la Corporation). Cependant, au lieu d’une confrontation entre les deux quartiers d’affaires, il semble plus probable qu’ils communiquent, se lient et fusionnent pour ne devenir qu’un. C’est là une idée partagée par Sir George Lacobescu, le CEO de Canary Wharf Group.

Par ailleurs, l’attractivité du Square Mile tendrait à s’effacer quelque peu du fait du Brexit, amenant d’autres places financières européennes à jouir d’un regain d’activité ; c’est déjà le cas pour le Luxembourg, Francfort ou Paris qui accueillent depuis 2019 quelques sections de banques autrefois installées au sein de la City : Goldman Sachs, UBS, HSBC, … Toutefois le nombre de ces migrations d’emplois reste limité et devrait le rester si une union entre la City et Canary Wharf se fait à moyen terme et si la première offre toujours autant d’avantages fiscaux aux entreprises qui y sont : rappelons-le, la cité londonienne est considérée par certains comme l’un des plus grands paradis fiscaux du monde et cela devrait continuer…car après tout, est-ce que le Royaume-Uni a intérêt à perdre son plus précieux joyau au profit d’une transparence fiscale quémandée par un groupe d’Etats qui n’est pas lié physiquement et qui ne sera plus lié d’aucune autre manière d’ici quelque temps ? On peut largement en douter.

 

Ulysse M’Boudi, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye

 


Tout savoir sur les ETFs grâce à Alexandre Roubaud, responsable du marché secondaire et optionnel des ETFs iShares chez Blackrock

Avec près de 10 ans d’expérience sur le marché des ETFs (Exchange Traded Funds) dans des institutions de renommée internationale telles que BNP Paribas, Crédit Suisse et BlackRock, Alexandre Roubaud a développé une expertise complète sur ce produit. Actuellement en poste chez Blackrock, leader du marché mondial des ETFs, il nous dévoile dans cette interview son parcours, les subtilités de ces produits – définition, construction, intérêt – ainsi que les perspectives d’emploi dans ce secteur.

 

Bonjour Alexandre, merci d’avoir accepté de répondre à̀ nos questions.

 

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

 

Après avoir été diplômé du bachelor de l’EDHEC, et un premier stage en salle des marchés chez CACIB (Crédit Agricole CIB), j’ai voulu continuer mes études en validant le Msc Financial Markets & Investment à SKEMA. A la fin de ce dernier, je suis entré en Graduate chez un Market Maker d’ETFs pour ensuite rejoindre l’équipe de structuration indicielle de BNP Paribas. Après un an à la BNP, j’ai eu l’opportunité d’intégrer l’équipe ETF Global Markets de Crédit Suisse. L’émetteur ETF de Crédit Suisse s’étant fait racheter par BlackRock en 2013, j’ai intégré l’équipe Global Markets EMEA de BlackRock dans laquelle je suis actuellement responsable du marché secondaire et optionnel.

 

Qu’est-ce qu’un ETF ?

 

Pour expliquer un ETF simplement, partons d’un indice que tout le monde connaît : le CAC 40. Celui-ci est composé de 40 actions. Si une personne souhaite investir dans le CAC 40, elle peut soit acheter les 40 actions de cet indice selon une certaine pondération prédéfinie par la méthodologie de l’indice, soit acheter une part d’un ETF qui va répliquer exactement la performance du CAC 40. Ainsi, un ETF est un moyen facile d’accéder à la performance d’un indice sans avoir à gérer un panier d’actions comme le ferait un gérant de portefeuille.

 

Comment se construit un ETF ? Blackrock utilise-t-il une méthode en particulier ?

 

Il y a deux méthodologies principales pour construire un ETF : physique ou synthétique. La méthode physique consiste simplement à répliquer un indice en achetant directement les sous-jacents. C’est la méthode la plus utilisée, notamment aux USA. La méthode synthétique quant à elle consiste à recevoir la performance d’un indice via un swap conclu avec une banque d’investissement.

Les institutions américaines comme Blackrock utilisent historiquement la méthode physique.

Les émetteurs français ont quant à eux historiquement plutôt tendance à utiliser la méthode synthétique, car l’émetteur d’ETFs est souvent une entité appartenant à̀ une banque d’investissement.

De manière générique, il n’y a pas de méthodologie à privilégier. Chacune a ses avantages et inconvénients et c’est vraiment du cas par cas en fonction du type de sous-jacent, de la domiciliation de l’ETF etc…

LA4Lire aussi : Le métier de Sales : tips et décryptage, une interview AlumnEye

 

A qui s’adresse ce type de produit ? Quelle est la tendance des ventes en Europe ?

 

Du fait de la diversité des produits proposés, les ETFs s’adressent à tout le monde. Vous trouverez du thématique, facteurs, crédits, matières premières, fx hedge, duration hedge etc… bref tout pour construire et optimiser un portefeuille. Notre clientèle est donc très diversifiée, Asset Managers, Assurances, Fonds structurés, banques centrales etc… c’est en partie ce qui rend notre business si intéressant.

Maintenant la grosse différence avec les US, c’est le marché retail. On peut y voir là-bas ~50% de l’activité venant de ce segment. En Europe la pénétration est pour le moment négligeable. Comment expliquer une telle différence ? Avant toute chose la culture financière y est bien mieux implémentée aux USA. Mais aussi les banques de réseaux en Europe auront tendance à limiter l’accès aux ETFs à leurs clients et privilégieront avant toute chose leurs fonds mutuels. Essayez donc d’acheter des ETFs via une assurance vie…très peu de contrats offrent cette possibilité…mais les choses évoluent dans le bon sens.

 

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Travailler avec des ETFs requiert une certaine technicité. Selon toi, quelles sont les qualités recherchées à l’embauche d’un candidat ?

 

Concernant les juniors, il est toujours appréciable qu’ils aient une expertise en codage. A mon époque c’était VBA, maintenant la tendance se tourne plutôt vers Python ou SQL.

Étant dans une institution américaine, on ne s’intéresse pas réellement aux connaissances techniques en premier lieu. D’ailleurs, il est fréquent que les Graduates chez BlackRocks soient issus d’un master en philosophie ou en histoire de l’art par exemple. On recherche avant tout la flexibilité i.e. que le candidat n’ait pas une approche trop académique des sujets afin qu’il soit capable de se remettre en question.

On attend également que le candidat ait un esprit créatif et soit capable d’être innovant dans son approche. C’est d’ailleurs une question que l’on pose souvent à nos juniors : quel genre d’ETF tu créerais ? L’objectif est que le candidat soit capable de développer une idée novatrice.

 

En quoi consiste ton poste au quotidien ?

 

Je travaille au sein de l’équipe « Global Markets » qui est en charge des interactions entre l’émetteur et le marché. Son but premier de l’équipe est d’assurer la liquidité des ETFs. Chez Blackrock l’équipe est scindée en 2 divisions : le marché primaire, qui assure le bon fonctionnement du processus de création et rédemption des ETFs et le marché secondaire. Je suis en charge de cette seconde équipe dont l’objectif est de stimuler la croissance et l’efficience de l’activité de trading sur nos produits.

Cela se fait par plusieurs axes :

1) Gérer et développer un réseau de market makers et brokers faisant des prix sur nos produits,

2) Travailler avec les bourses et régulateurs pour améliorer l’écosystème européen,

3) Travailler sur des projets annexes ayant un impact direct sur la liquidité de nos produits comme le business optionnel ou de prêt emprunt,

4) Accompagner nos clients lors de leurs exécutions,

5) Un aspect de plus en plus important dans notre industrie, travailler en continue avec nos équipes « tech » pour créer ou améliorer divers outils informatiques nous fournissant un avantage compétitif.

Donc du fait de la diversité des tâches, je n’ai pas vraiment de day to day.

 

Comment s’est porté le marché des ETFs en 2018 ? Quelles seront les prochaines innovations selon toi ? 

 

Ce qu’il faut revenir de 2018 pour le marché ETF, c’est l’implémentation de MiFID II, une directive concernant les marchés d’instruments financiers ayant eu un impact multiple sur notre business.

Le marché des ETFs en Europe est structurellement problématique car il est fragmenté entre plusieurs marchés organisés (chaque pays européen ayant sa bourse), et une grande partie de l’activité se fait OTC (~70%). Donc il était historiquement très difficile d’avoir une visibilité sur l’ensemble des exécutions.

Avec MIFID II, chaque exécution doit être maintenant reportée et rendue public. C’est ce que l’on nomme la Post Trade Transparency. Cela fut déterminant car maintenant le marché peut avoir une vision précise de ce qui se traite réellement sur les ETFs, et cela apaise certaines inquiétudes que pouvaient avoir des clients finaux sur la liquidité des produits – dans certains cas, nous avons observé des volumes moyens sur certains ETFs être multipliés par 20. Cela accélère l’adoption de l’utilisation des ETFs notamment par les clients qui n’étaient pas convaincus initialement de la liquidité de ces produits.

En ce qui concerne les innovations, on observe actuellement un « boom » de la demande sur l’investissement socialement responsable ou encore de l’investissement sur des thématiques particulières. Aujourd’hui, les ETFs peuvent donner un accès très aisé à des thématiques comme la robotique.

 

Peux-tu nous expliquer les différences entre une gestion active et une gestion indicielle d’un ETF ? L’une est-elle préférable à l’autre ? 

La gestion indicielle consiste à suivre la performance d’un indice, le rôle du gérant de l’ETF est de minimiser l’erreur de réplication. Au contraire, la gestion active consiste à offrir aux investisseurs une vision de marché dans le but de surperformer un indice. Les deux sont en théorie opposés, mais finalement elles sont assez complémentaires dans la construction d’un portefeuille.

 

Avez-vous déjà encadré des stagiaires ou des juniors ? Si oui, quelles étaient leurs missions ?  

 

Oui dans les deux cas. Concernant les Summer Interns, nous donnons habituellement un projet à court terme (environ 1 mois) sur différentes thématiques : création d’un outil, veille de marché, etc. Le but du projet est de voir si le stagiaire sait gérer son temps, montrer une certaine indépendance etc…dans l’optique de l’embaucher pour le graduate program de l’année suivante.

Concernant les juniors, en plus du day to day, il est important de leur donner le contrôle de projets plus stratégiques qui vont développer chez eux sur le moyen terme de nouvelles compétences qu’ils pourront réutiliser pour occuper un poste de plus grande ampleur.

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En quoi le milieu des ETFs a-t-il évolué depuis ses débuts ?

 

Lors de ma première expérience du côté trading, le pricing était pour la plupart des boites encore très manuel et pouvait se faire encore sur un fichier excel. Maintenant la plupart des process ont été entièrement automatisés. Même les demandes OTC, qui historiquement étaient faites au téléphone ou par chat Bloomberg, sont maintenant électroniques avec des algorithmes qui auto-quotent. Tout est de plus en plus automatisé et l’humain a de moins en moins sa place. Mais cela n’est pas spécifique aux ETFs…

 

Quelles sont les perspectives d’emploi dans ce secteur ?

 

En raison de l’évolution du marché décrite à l’instant, le métier de « Sales Trader » est voué à̀ disparaître, un peu comme ce qui s’est passé en Cash Equity. Mais les « Sales Specialists » ont eux un bel avenir. En effet, les ETFs ne se contentent plus de suivre un indice « basique ». Nous voyons de plus en plus d’innovations dans le secteur avec l’arrivée des thématiques, smart beta etc… et les émetteurs vont de plus en plus chercher des Sales avec une expertise produit précise. Concernant le trading, les profils d’ingénieurs vont continuer d’attirer pour leur qualité d’expertise sur la technologie. Enfin, je pense qu’il y aura une forte demande sur les métiers liés à la régulation qui devient de plus en plus un point central de notre métier.

 

Nicolas Sombret, étudiant à l’ESSEC et contributeur du blog AlumnEye

 


Front Office et Asset Management ? Les conseils de Tamila Chaouche, ex-JP Morgan

A travers chacune de ses expériences professionnelles, Tamila Chaouche a cherché la relation directe avec les clients. Savoir démarcher des clients, comprendre leurs besoins et créer un lien avec eux sont des compétences nécessaires en Front Office, que ce soit en banque d’investissement ou dans une boutique d’Asset Management. Quelles sont les qualités requises pour réussir ? Quelle structure choisir ? Quels stages faut-il décrocher pour y parvenir ? Dans cette interview, Tamila Chaouche vous livre les réponses à ces questions en revenant sur les différents postes qu’elle a occupés en France et à l’international.

Bonjour Tamila, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

Après avoir été diplômée de Kedge Business School, j’ai commencé ma carrière à Londres en Sales & Trading en 2011 au sein de HSBC Investment Bank, spécialisée sur les Exchange Traded Funds. Ensuite, j’ai déménagé à Washington D.C. où j’ai travaillé en tant que portfolio manager assistant dans une boutique de gestion. De retour en Europe, j’ai rejoint une équipe de sales/traders cross-assets chez BNP Paribas. Les mandats comprenaient les opérations de Change, d’Equities, de Fixed Income et Commodities. C’est à cette période-là que j’ai reçu une proposition de JP Morgan, chez qui je suis restée trois années. En 2017, j’ai décidé de retourner dans le monde du family office et de l’asset management.

Quel était ton job au quotidien chez JPMorgan ?

J’étais au sein des équipes Alternative Investments à savoir hedge funds et Private Equity. Une partie de mon travail consistait à faire part des particularités techniques de chacun de ces fonds aux investisseurs afin de déterminer les fonds les mieux adaptés aux clients compte tenu de leur profil, de leur domiciliation ou de leur calendrier d’investissement.

On dit souvent que pour intégrer une banque comme JPMorgan, il faut venir de ce qu’on appelle une « target school ». Venant de Kedge, peux-tu nous expliquer ce qui selon toi a fait ta réussite ?

L’école est un facteur non négligeable, mais elle n’est qu’une pièce de la mosaïque. Lorsque de beaux groupes comme JP Morgan se penchent sur un CV, ils voient le parcours académique, mais leurs regards englobent aussi ce que le candidat a réussi à construire autour. Quelle que soit la notoriété de l’école, il ne faut pas se contenter d’assister aux cours et d’aller aux soirées. Il faut, et ce le plus tôt possible, trouver un moyen d’établir des bases professionnelles solides, celles qui feront en sorte que l’étudiant arrive sur le marché du travail… en ayant déjà travaillé.  La démocratisation de l’année de césure, le tissu associatif des écoles, les Juniors Entreprises sont autant d’outils qui sont aujourd’hui mis à la disposition des étudiants.

 

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Tu vis depuis 5 ans à Genève, qui a une image de ville parfaite pour une carrière en finance, mais où il ne se passe pas grand-chose en dehors. Qu’en penses-tu ?

Viens passer une semaine avec nous et je te mets au défi de poser cette même question en partant !

Tu es passée de JPMorgan à une boutique d’Asset Management/Family Office, quelles ont été les raisons de ce choix ?

En 2012, aux États-Unis, j’ai rejoint Liberty Wealth Management, une boutique d’Asset Management fondée par un ancien de TDAmeritrade et un ancien de Morgan Stanley. Nous étions quatre et nous travaillions dans une même pièce – pour ne pas dire sur un même bureau ! Présentations, élaboration de portefeuille, backtesting, rencontres clients, passages des ordres… Là où les grandes structures ont des équipes dédiées à chacune de ces étapes, nous travaillions tous sur chacune d’entre elles.

Nous sommes tous dans le même bateau, barreurs et rameurs à la fois, où la communication et la réactivité sont les mots d’ordre.  C’est cet esprit d’équipe qui m’a énormément plu et qui est souvent mis en exergue dans les « boutiques ». L’idée de rejoindre une entité en plein développement a également pesé dans la balance.

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En quoi consiste le poste de Relationship Manager ou de Sales au sein d’une boutique? 

Je souhaiterais commencer par expliquer la différence entre un Sales et un Relationship Manager et à préciser que les dénominations varient au sein de la même industrie. Le terme de Sales s’emploie généralement en banque d’investissement pour désigner une personne dont le métier est de vendre des produits spécifiques aux clients. En banque privée, on aura tendance à utiliser la dénomination Relationship Manager car le Relationship Manager ne se contente pas de proposer des solutions d’investissement mais il doit avant tout construire une relation de confiance avec les clients.

En tant que responsable de la clientèle notamment institutionnelle, une partie de mes journées est rythmée par les rencontres avec les clients ou avec des clients potentiels. Nous discutons ensemble afin de bien comprendre leurs besoins, leur stratégie d’allocation sur les marchés, leurs objectifs de rendement et les risques auxquels ils s’exposent. Mon rôle est d’assimiler les facteurs endogènes et exogènes qui pourraient avoir un impact sur l’évolution des différents placements et proposer, lorsque cela est nécessaire, des outils pour pérenniser les rendements tout en maîtrisant le risque.

Nous commençons aussi nos journées par nous informer de l’actualité des marchés afin de déterminer leurs tendances. Il y a les incontournables clôtures des marchés US et asiatiques mais il faut également prendre connaissance des calendriers et des données économiques et politiques des pays (élections, ajustement des taux, etc.) qui pourraient avoir un impact sur nos positions ou nos propositions. En complément, d’autres banques et cabinets nous fournissent des analyses spécifiques. Absorber l’information puis la trier est une partie peu visible mais cruciale du métier.

 

En quoi est-ce différent de travailler pour une banque d’affaires ou un cabinet indépendant ?

On peut trouver plus de spontanéité au sein d’un cabinet indépendant. Les strates décisionnelles y sont moins nombreuses et apportent un avantage face à une hiérarchisation accrue des process en banque d’investissement. Il y a souvent moins de temps d’inertie dans les cabinets indépendants; c’est une des raisons pour lesquelles les relations clients et le travail au quotidien diffèrent d’une structure à l’autre.

As-tu une histoire drôle à nous raconter au sujet d’un client avec qui tu as traité ?

Pour être honnête, ce n’est pas lorsque l’on traite que l’on a les meilleurs fou-rires, mais je me souviens de ce client qui après avoir passé ses ordres avait toujours une chanson à entonner dans son intégralité ! Il était talentueux et avait un large répertoire, donc c’était agréable !

Selon toi, quelles sont les qualités requises pour devenir Sales ou Relation Manager ? à part le classique « bon relationnel ».

S’il y a des qualités requises pour réussir dans ce milieu, les principales qui me viennent à l’esprit seraient : la technicité, la lucidité et l’ouverture d’esprit. Il faut avoir de la technicité et de bonnes capacités analytiques pour comprendre les stratégies mises en place et savoir expliquer les solutions que l’on serait amené à proposer. Il est aussi primordial de faire preuve de lucidité notamment quant à l’évolution d’une discussion : cela permet d’éviter certaines impasses tout en maintenant un discours fluide et sensé.
Enfin, être d’un naturel curieux et avoir des centres d’intérêt variés peut s’avérer précieux. Au cours d’un déjeuner avec un client, nous avons bien entendu parlé des marchés mais il se peut que la discussion dérive sur une exposition d’art, sur un prochain voyage, ou sur le score du match de la veille : pouvoir rebondir sur des sujets variés permet d’établir un dialogue et le partage de passions respectives ne rendra le moment – et le métier – que plus plaisant.

Est-ce un avantage ou inconvénient d’être une femme sur un poste en Front Office ? Cet univers historiquement plutôt masculin est-il difficile à appréhender ?

Il l’était historiquement, et il l’est toujours. Même aujourd’hui il n’est pas rare de se retrouver en meeting avec dix personnes et d’être l’unique femme. Cependant, je ne me considère pas « femme dans une équipe d’hommes ». J’estime que ce qui définit un individu dans son travail ce sont ses responsabilités, son efficacité ou son esprit d’équipe. L’absence – ou non – du chromosome Y dans son caryotype, après tout, ce n’est pas vraiment mon problème. Ceci étant, je suis consciente que les gens peuvent percevoir encore les choses de manière différente. Dans ce cas, faire partie d‘une minorité peut être là une belle chance à saisir.

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Tu n’as jamais travaillé en France, est-ce le hasard ou une volonté de ta part ?

J’ai travaillé en France mais il est vrai que sur les 10 dernières années je n’y ai passé que très peu de temps. Même si ce n’était pas prémédité, je suis très heureuse d’évoluer hors de mes zones de confort. Si un jour je dois revenir en France, mes années passées à l’étranger joueront peut-être en ma faveur.

Selon toi, quels premiers stages peuvent permettre à un étudiant, par la suite, de postuler en Sales ou en Asset Management ?

Je pense que les stages en trading-floors IB (front office) sont vraiment formateurs. C’est un environnement qui ne laisse pas de place à l’erreur, et dans lequel on apprend énormément, tant au niveau technique que physique et mental.

Dans un autre registre, il y a les stages en boutiques d’Asset Management ou family-office. L’ambiance y est souvent plus feutrée mais le travail y est tout aussi intense. La hiérarchie étant aussi moins complexe, le centre névralgique de l’entreprise est bien plus accessible.

C’est un milieu méconnu des étudiants et jeunes professionnels et à une époque où l’humain est revenu au cœur des réflexions, ces sociétés offrent une expérience de très grande qualité : travailler au sein de structures plus flexibles est un moyen d’être jaugé au plus juste, au besoin corrigé, avant d’être responsabilisé. Nous avons eu dernièrement un stagiaire qui a appris énormément en l’espace de quelques mois et à qui nous avons fait une proposition de CDI.

De manière générale, je pense qu’il faut préconiser les environnements challenging, ceux qui permettent de se surpasser. Il est vrai qu’obtenir un stage hautement valorisé par le marché est une des clefs pour s’offrir un large panel de possibilités à l’heure du choix du premier travail !

 

 

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye.


Netflix, le salut par le M&A ?

Alors qu’elle n’était qu’une petite structure de location de DVD à ses débuts, l’entreprise américaine Netflix est rapidement devenue une référence sur le marché des films et séries en ligne. Son expansion rapide depuis 2010 et son approche marketing judicieuse lui ont permis de se muer en leader du marché. La société se positionne sur les moins de 35 ans, technophiles, avec un abonnement abordable démarrant à 7,99 €/mois. Grâce à une très bonne gestion, l’exercice 2018 a été clôturé avec un chiffre d’affaires en hausse à 13.8 Md€. La progression est importante et la société semble passer la vitesse supérieure avec des opérations de croissance externes récentes.

Un pari gagnant

En 1997, lorsque Reed Hastings, diplômé de l’université de Standford et Marc Randolph, programmateur, s’associent pour fonder Netflix, personne n’est prêt à parier que cette société de location de VHS et DVD pourrait révolutionner le marché. Reed Hastings est pourtant persuadé que la VHS vit ses dernières heures et qu’il est temps que la vidéo vienne aux consommateurs et non l’inverse. Les débuts sont positifs et l’entreprise californienne livre des DVD issus de productions extérieures à domicile. Preuve d’une rapide expansion, la société est introduite en bourse au NASDAQ en 2002. L’essor d’internet et sa démocratisation permettent à Youtube, quelques années après, de devenir le premier site de streaming. Les dirigeants de Netflix vont s’en inspirer, tout en personnalisant le contenu en fonction des goûts de l’utilisateur. C’est en effet le but du système ingénieux imaginé par Reed Hastings : afin de capter l’attention du consommateur, le site va recommander des films et séries à partir de l’historique. La suite est une success story, les abonnés passent de 20 millions en 2011 à plus de 140 millions en 2019 au niveau mondial. Cette croissance extraordinaire vient entre autres de la phase d’internationalisation de la marque. Le nombre d’abonnés hors Etats-Unis a été multiplié par 40 en 8 ans passant de 2 millions à 80 millions. Le coup d’accélérateur intervient autour de 2014 lorsque la société décide de lancer un plan d’investissement massif sur la production de films et séries. Avec un chiffre d’affaires proche de 14 Md€ dans le monde en 2018, Netflix confirme une nouvelle fois sa domination du marché du streaming.

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Alliance et croissance externe

La société californienne compte 5 millions d’abonnés en France et 140 millions dans le monde. Netflix chouchoute ses fidèles et leur propose un nombre de séries pléthorique. Depuis la décision de Reed Hastings, en 2013, de produire son propre contenu original, l’entreprise a investi près de 30 Md$ dans « House of Cards », « Orange is the new black », « Stranger Things » ou encore « Narcos » pour ne citer qu’eux. Ce modèle est un véritable succès. Cependant, Netflix ne mise pas tout sur ses propres ressources. A l’image de l’alliance inédite signée avec TF1 en mars dernier, le géant américain cherche à baisser le coût de ses productions. En effet, la firme californienne va participer à l’élaboration d’une série qui sera tout d’abord diffusée sur la première chaîne européenne, avant d’être disponible sur la plateforme de streaming californienne. La chaîne française pourra compter sur le soutien financier de Netflix pour cette série, dont le coût total est estimé à 2 M€ pour chacun des 8 épisodes. Grâce à cette alliance, TF1 va également bénéficier d’une meilleure visibilité à l’international. En s’investissant dans une telle alliance, Netflix s’offre également une protection face à une nouvelle réglementation : la directive européenne va imposer un minimum de 30% de diffusions d’œuvres européennes d’ici 2020. Par ailleurs, la plateforme de streaming ne compte pas s’appuyer uniquement sur sa croissance organique puisque la société a lancé des opérations de croissance externe dont la dernière – rachats de l’éditeur de bandes dessinées Millarworld et du studio de production ABQ – s’élève à un coût total de 30 millions de dollars afin de booster sa production de contenu original. Millarworld, la société de Mark Millar, scénariste britannique, a été en 2017, la première acquisition de l’histoire de Netflix et permettra une adaptation de comic-books. Il en va de même pour le complexe de studios de production comme ABQ studio, utilisé entre autres pour certaines parties d’Avengers, qui a fait l’objet d’une acquisition par Netflix en 2018. Par ailleurs, d’autres acquisitions peuvent sembler étonnantes. C’est le cas de centaines de droits de livres qui sont passés sous pavillon de la firme californienne. La plateforme souhaite adapter des récits auxquels ses concurrents n’auront pas accès. Près de 50 d’entre eux sont déjà en cours d’adaptation.  L’objectif est donc clair, le leader du secteur souhaite asseoir sa suprématie à coups d’acquisitions verticales, en intégrant des studios de productions cinématographiques, mais également des maisons d’éditions à fort potentiel. Les intégrations horizontales seraient moins importantes pour Netflix, qui souhaite davantage créer des alliances avec des productions afin de limiter le risque et de racheter des droits de diffusion à un prix très abordable.

 

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Un gouffre financier ?

Avec un chiffre d’affaires qui a presque triplé entre 2014 et 2018, Netflix connaît une croissance exponentielle sans précédent. Le résultat net semble lui aussi décoller pour atteindre 1 Md€. Seulement, pour arriver à ces montants colossaux, Netflix ne compte pas uniquement sur de l’autofinancement mais en grande partie sur de la dette. Elle représente en effet 3 fois les fonds propres. Le modèle de la société est très agressif et repose sur des investissements conséquents ne permettant un break-even des cash flows qu’à long terme. Sa valorisation de 155 Md€, en grande partie influencée par la qualité des films et séries proposés sur sa plateforme permet donc de masquer le fait que le cash-burn de la société est très important puisque les free cash flows restent négatifs depuis 2014. La quasi-totalité de la trésorerie part en effet dans les opérations de croissances externes et la production de contenus originaux. Cela peut ressembler à un cercle infernal mais Morgan Stanley se veut très rassurante. Pour la banque américaine, les cash-flows de Netflix devraient repasser en positif d’ici 2021. Une menace existe toutefois concernant sa valorisation au Nasdaq. En juillet 2018, Netflix a annoncé des résultats légèrement en baisse par rapport aux attentes. La sanction fut directe avec une nette baisse de la valeur boursière. La différence de gain était pourtant minime. L’entreprise tablait sur + 6 millions d’abonnés aux Etats-Unis et n’en a obtenu « que » + 5 millions. Résultat, le titre a perdu presque 100$ en 1 mois. Ce léger vent de panique peut tout d’abord s’expliquer par une valeur capitalistique qui peut sembler surévaluée. En effet, Netflix est valorisée à plus de 2 fois les 10 premiers groupes européens de télévision réunis. La société est solide et semble portée sur l’avenir mais la bulle internet du début des années 2000 reste dans les mémoires. Par ailleurs, l’entreprise californienne n’aurait-elle pas atteint le nombre d’abonnés américains critique compte tenu de la taille actuelle du marché ? Les abonnements permettent en effet à plusieurs personnes de partager le même compte. Sachant que Netflix compte plus de 70 millions d’abonnés aux États-Unis et que la concurrence s’installe, les parts de marchés vont être de plus en plus disputées.

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La menace des concurrents

En se lançant tôt sur le secteur, Netflix est parvenue à opérer seule ou presque pendant quelques années. Avec une capitalisation boursière de 155 Md€, l’entreprise américaine dépasse entre autre Disney. Ce secteur prolifique a attiré l’œil de nombreux géants du secteur du TMT. Hulu, Disney, Amazon, Youtube Premium ou encore Apple, ces sociétés américaines se présentent aujourd’hui comme les concurrents de Netflix les plus crédibles.  Amazon Prime Video compte près de 100 millions d’abonnés dans le monde après plus de 12 ans d’existence lorsque ceux d’Hulu s’élèvent à 25 millions. L’entreprise Disney compte quant à elle sur sa fusion avec Century Fox ainsi que la participation à hauteur de 60% dans Hulu pour gagner progressivement des parts de marché. Bien au courant que ce secteur révolutionne la télévision classique, J.P Morgan a conseillé en février 2019 à Apple, l’acquisition de Netflix avant que la marque à la pomme ne lance finalement son propre service de vidéos à la demande, Apple TV+. « Netflix peut dormir tranquille » lance toutefois Pascal Lechevallier, président de l’agence de conseil média What’s Hot. Deux exemples pourraient cependant venir contredire le spécialiste. A l’aube de 2015 lorsqu’Apple music est lancé, Spotify est le leader incontestable du marché. Quatre années plus tard, les deux services de streaming musical ont suivi le même rythme de croissance et se placent respectivement au 2e et 1er rang mondial du nombre d’abonnés sur une plateforme de musique à 50 millions d’abonnés contre 83 millions pour Spotify. La force de frappe d’Apple vient du fait que tous les utilisateurs de ses appareils peuvent obtenir un compte Apple music.  En comptant plus d’1 milliard d’objets actifs Apple dans le monde, la plateforme de streaming partait donc avec un potentiel énorme. Autre exemple de belle réussite, celle d’Instagram. A la suite de son acquisition par Facebook en 2012, la plateforme de partage de photos a su bénéficier de l’expérience du géant américain. En 2016, Instagram a lancé une fonctionnalité similaire au leader du moment, Snapchat, avec un système de « stories » permettant de partager des événements sur 24h. A compter de ce moment-là, le cours de la société au petit fantôme n’a cessé de descendre au NYSE atteignant 5$ début 2019 contre 27$ début 2017. Instagram revendique désormais plus de 250 millions d’utilisateurs quotidiens contre 160 millions pour Snapchat.  Autant de bonnes raisons pour que Netflix surveille ses arrières.

 

Netflix n’échappe pas à la menace de la concurrence. Certains mastodontes sont prêts à faire de l’ombre à Netflix sur le marché de la SVOD, conscients du potentiel du marché. La différence étant qu’Apple, Amazon ou encore Disney n’ont pas mis tous leurs œufs dans le même panier et diversifient leur activités jusqu’à devenir des entreprises universelles. Au contraire, Netflix jusqu’ici ne propose qu’une activité dans le cadre de séries et films. La firme Californienne va donc devoir continuer à innover afin de réaliser ses objectifs ambitieux et de garder cette place de membre à part entière du FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Google).

 

Benjamin Guetienne, étudiant à Paris School of Business et contributeur du blog AlumnEye.

 


Financia, la Business School 100% dédiée à la Finance

Faire carrière en finance demande aux candidats un investissement important et une motivation à toute épreuve afin d’atteindre l’excellence académique et la maturité professionnelle attendues. Afin d’y parvenir de nombreuses écoles, universités et DUT offrent des cursus de qualité mais tous manquent d’un élément selon Alfonso Lopez de Castro, fondateur et directeur de Financia Business School : du pragmatisme ! Suite à ce constat, cet ancien banquier a décidé de créer Financia Business School afin de proposer des solutions nouvelles aux étudiants pour qu’ils soient plus en phase avec la réalité du monde du travail. Dans cette interview, Alfonso Lopez explique pourquoi et comment il a créé Financia, quelles ont été les facilités et les difficultés de ce projet et surtout les forces de cette école.

Bonjour Alfonso, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ? Étiez-vous destiné à monter votre entreprise ?

J’ai un parcours classique de financier. Après avoir été diplômé de Kedge Business School, j’ai intégré la Deutsch Bank en tant que trader. Ensuite, j’ai rejoint les équipes trading d’ING avant de partir travailler pour la Financière d’Uzes en tant que gérant action. A cette époque, j’avais déjà une volonté forte de créer une entreprise mais je ne me sentais pas encore prêt. A la Financière d’Uzes, je suis devenu intrapreneur en créant tout un département Corporate au sein de l’entreprise. Il y a quelques années, en parallèle de mon poste à la Financière D’Uzes, j’ai décidé de créer une école à haut niveau en finance. J’avais en projet de construire une école proposant une excellence académique tout en restant très pragmatique, portée vers l’emploi et l’insertion professionnelle dans le secteur de la finance. Pour atteindre cet objectif, je me suis entouré de quelques personnes du milieu de la finance (présidents de banques, fonds d’investissement, family office) partageant le même constat : en France, il y a d’excellentes formations en finance mais elles sont trop éloignées des réalités professionnelles.  Ainsi, en 2014, j’ai créé Financia Business School dont je suis le directeur depuis.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Financia Business School sachant que vous êtes déjà « au chaud » en tant que Directeur d’une société d’investissement ?

Ce qui m’a donné l’envie de créer Financia Business School c’est le besoin de recruter des étudiants. En effet, au fur et à mesure de ma carrière, j’ai dû recruter des étudiants et j’ai observé que les candidats avaient des connaissances théoriques exceptionnelles mais qu’ils manquaient de réalisme, de pragmatisme, d’indépendance et parfois même de maturité. Suite à ce constat, j’ai décidé de créer Financia Business School, une école alliant excellence académique et réponse aux problématiques professionnelles actuelles. Par exemple, chez Financia, on organise des formations de savoir-être afin d’apprendre aux étudiants la manière de se comporter en entreprise (rédaction d’un mail, dress-code, règles d’un déjeuner d’affaires, etc.). L’excellence académique est quant à elle assurée par un corps enseignant dont la plupart sont des praticiens en activité à très haut niveau.

 

Dans le contexte actuel de multiplication des diplômes, on peut légitimement se demander si on a besoin d’une n-ième Business School : qu’est-ce qui différencie Financia des autres écoles de commerce ? 

Chez Financia, on est totalement en phase avec le marché du travail. En effet, en tant que fondateur et président de l’école, mon travail est de trouver un emploi aux étudiants et je fais en sorte d’y arriver. La vraie force de Financia est d’être portée sur un emploi dès la sortie d’école. Pour vous donner des chiffres : 100% de nos étudiants sont en CDI dont 35% l’ont signé avant la fin de leurs études.

Par rapport aux autres écoles, nous recrutons davantage d’étudiants venant de tout horizon (prépa, université, IUT, etc.) car nous aimons que nos étudiants aient une expérience différente à apporter aux autres. Notre mantra est de se dire qu’il n’y a pas un parcours qui garantit un meilleur succès en finance. Le succès vient de l’étudiant quand il a une idée assez précise d’où il veut aller et que l’école est capable de l’aider à atteindre cet objectif.

 

Comment fait-on en année 0 pour convaincre des étudiants de rejoindre une école qui n’existe pas ?

La différence s’est faite sur le programme pédagogique et la qualité du corps professoral. Être une nouvelle école c’est avoir une image d’innovation, de nouveauté et nous avons beaucoup insisté dessus pour convaincre nos élèves. Par exemple, en M&A, contrairement à d’autres cursus, nous avons des cours de psychologie du cédant. C’est en proposant des enseignements originaux tout en assurant une excellence académique que nous plaisons à autant d’étudiants.

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Quel profil d’étudiant recherchez-vous ?

Premièrement, nous recherchons des étudiants intéressés par la finance car nous sommes une école 100% finance. Deuxièmement, nous souhaitons que nos étudiants soient excessivement motivés et impliqués afin de faire face aux exigences d’une carrière en finance.  Par exemple, une de nos missions est d’assurer à nos alternants un poste à responsabilité et un haut niveau académique. Pour cela, l’étudiant doit accepter d’entièrement s’impliquer tant au niveau professionnel que scolaire.

Le processus d’intégration se déroule de la manière suivante. Nous demandons un dossier d’inscription très complet aux candidats. S’ils passent le screening, ils devront valider un examen en ligne. Les candidats ayant eu la moyenne à cet examen sont ensuite convoqués à un oral durant lequel nous allons regarder le CV, le parcours académique, les potentielles expériences professionnelles et les passions du candidat afin de comprendre non seulement son projet professionnel mais également sa personnalité. Si nous nous apercevons que le candidat a un projet cohérent et que Financia Business School peut réellement lui apporter une valeur ajoutée alors il rejoindra l’un de nos programmes. Nous ne cherchons pas à recruter à tour de bras mais à tirer vers le haut des étudiants prometteurs.

 

Monter une telle entreprise demande forcément des financements. Comment avez-vous réussi à financer ce projet ?

L’éducation de qualité demande en effet un investissement très important. J’ai eu la chance d’être directeur du Corporate à la Financière d’Uzes donc de maitriser les opérations de haut de bilan i.e. les levées de fonds et d’avoir tissé un important réseau professionnel. Mon expertise professionnelle m’a donc permis de créer un dossier de présentation complet et solide puis de le présenter à mon réseau.

La difficulté d’un tel projet d’investissement est qu’il n’est pas basé sur des objectifs de rentabilité mais sur un équilibre financier. Je recherchais donc des investisseurs qui pensaient non pas en termes d’argent mais selon un idéal, celui de créer LA grande école de finance de France. Au début, trouver des investisseurs n’a pas été évident car ces derniers trouvaient le projet sympathique mais trop risqué. C’est en faisant visiter nos locaux et rencontrer nos élèves et nos professeurs que certains se sont finalement décidés à investir. Au contraire, deux ans après la création de l’école et les premiers succès des élèves, trouver des fonds n’étaient plus vraiment difficile car nous avions tenu nos promesses.

Nos investisseurs comprennent très bien la problématique du recrutement de jeunes diplômés car ils y sont confrontés au quotidien. Rejoindre le projet Financia Business c’est réaliser un bon investissement et apporter son expérience, son savoir-faire et son réseau.

 

De très prestigieux professeurs participent à l’aventure Financia, tels que Messieurs De Boissieu et Raimbourg. Comment avez-vous fait pour les convaincre de rejoindre le projet ?

Dès la première année nous avons commencé à enseigner à nos élèves avec de très grands professeurs. Ce point était essentiel pour assurer l’excellence académique de l’école dès ses débuts. Cela n’a pas été facile de les recruter car nous n’avions qu’un dossier à leur présenter donc j’ai écumé de nombreux refus.

Le déclic des professeurs est venu de leur rencontre avec nos étudiants. En effet, je les ai conviés à nos oraux de sélection donc ils ont pu rencontrer et admirer le niveau de nos candidats. Comme nous leur avions assuré, les étudiants qui rejoignent Financia Business School ont le même niveau que les autres étudiants auxquels ils enseignent. J’ai également créé un conseil scientifique grâce auquel les professeurs peuvent améliorer le programme académique ce qui leur a beaucoup plu.

 

Financia est une entreprise en très forte croissance si l’on en croit le nombre d’étudiants : comment gérez-vous la croissance ? comment avez-vous structuré l’école pour y faire face ?

Nous avons une forte croissance que nous contenons et maitrisons grâce à des solutions originales. Nous augmentons petit à petit notre niveau de sélectivité tout en ouvrant des programmes et en augmentant le nombre de places dans ceux existant. En septembre 2019, deux programmes seront désormais accessibles aux étudiants, un sur la cybersécurité et l’autre sur la blockchain. Le seul point sur lequel nous restons intransigeant c’est le fait d’avoir des classes à taille humaine afin de permettre aux élèves de mieux se concentrer et aux professeurs de s’impliquer davantage (25/30 élèves maximum).

 

En quoi votre quotidien de fondateur est-il différent aujourd’hui qu’aux débuts de l’aventure ?

Au départ, mon travail de fondateur était très administratif car je devais embaucher du personnel et répondre aux normes académiques et administratives. J’aimais être en contact quotidien avec les professeurs et les élèves.  Aujourd’hui, j’ai mis en place une équipe administrative de 7 personnes qui gère l’ensemble des besoins de l’école et des étudiants ainsi qu’une équipe de direction des programmes qui assure la qualité académique. Je me suis forcé à déléguer au maximum mon travail pour que l’école tourne d’elle-même.

 

Quels sont les projets à venir pour Financia ? 

A court-terme, nous sommes très fiers d’avoir trouvé un corps professoral de qualité dans la cybersécurité et la blockchain afin d’assurer nos deux nouveaux programmes à la rentrée prochaine. A moyen/long-terme, nous aimerions créer un programme finance et ressources humaines qui aurait pour objectif de former des futurs directeurs financiers de PME à avoir également une casquette RH.

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Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Chers lecteurs, n’hésitez pas à en apprendre davantage sur Financia Business School. Nos classes sont ouvertes à toutes et à tous selon vos besoins et vos envies. Je vous invite donc à nous rejoindre sur nos réseaux sociaux car vous y suivrez toute l’actualité de l’école.

 

Pour en savoir plus sur Financia Business School : http://www.financia-business-school.com/la-business-school.html

 

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et responsable éditorial du blog AlumnEye

 

 


HSBC, le pouvoir d’une banque

« Depuis une dizaine d’années, les plus grandes banques internationales sont impliquées dans de multiples scandales. Un nom incarne les excès de cette finance hors la loi : HSBC ». Après Goldman Sachs, Arte, dans son documentaire « les gangsters de la finance », passe au crible HSBC, la banque sino-britannique.  Au cœur des controverses, elle est l’une des banques les plus puissantes au monde et attire toujours de nombreux étudiants en quête d’une carrière ambitieuse en finance.

La banque HSBC (Hong Kong & Shanghai Banking Corporation) dont le siège se situe à Canary Wharf, à Londres, est devenue une puissance incontournable du secteur financier. Quelle stratégie a fait de cette institution financière un empire ?

 

 

Une stratégie ambitieuse pour conquérir le monde

 

Thomas Sutherland, commerçant écossais, a fondé HSBC en 1865 à Hong Kong pour financer le commerce de la soie et de l’opium entre l’Europe, l’Inde et la Chine mais aussi répondre aux besoins des communautés d’affaires. Un mois après sa création, elle s’établit à Shanghai, puis ouvrit un réseau de succursales le long des routes commerciales d’Asie du Sud-Est afin de soutenir les flux croissants d’échanges de marchandises. Au début du XXe siècle, la banque chercha à renforcer et à élargir ses marchés asiatiques. Elle renforça son activité dans l’octroi de prêts aux gouvernements nationaux, notamment chinois, visant à financer des projets de modernisation et d’infrastructures, tels que la construction de chemins de fer.

 

La récession économique des années 1930 marqua le début d’une période d’incertitude pour HSBC. Toutefois, c’est seulement au cours de la Seconde Guerre mondiale que la banque fit face à de réelles difficultés. Ce fut l’un des moments les plus prénibles de son existence. En décembre 1941, les succursales fermèrent les unes après les autres à mesure de l’avancée des troupes japonaises à travers l’Asie, et la majorité des employés britanniques furent faits prisonniers. Afin de réaffirmer sa puissance, HSBC décida de fortement s’impliquer dans la reconstruction de l’économie hongkongaise après la Seconde Guerre mondiale. Avec l’essor de l’industrie textile, Hong Kong devint un important centre manufacturier. La banque se lança dans le financement de ce nouveau secteur d’activité par l’octroi de prêts pour la construction des usines de coton, de crédits pour l’importation de matières premières et de devises pour couvrir les échanges.

 

Implantée progressivement dans 16 pays, HSBC finança le commerce dans le monde entier.  Vers la fin des années 1970, la direction de HSBC avait conçu la stratégie du « tabouret à trois pieds », représentant les trois marchés des régions d’Asie-Pacifique, des États-Unis et du Royaume-Uni. En effet, dans les années 1980, l’achat de la Marine Midland Bank aux États-Unis a représenté l’acquisition de la deuxième jambe du tabouret. Puis, HSBC a recherché un achat similaire au Royaume-Uni ce qui a amené la banque a acquérir la Midland Bank en 1992. Ces deux principaux investissements leur donneront une envergure internationale. C’est ainsi que HSBC est devenue la plus chinoise des banques occidentales et la plus européenne des banques chinoises.

 

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Diversification et capacité d’adaptation

 

En 1997, après un siècle et demi de domination, la Grande Bretagne restitue Hong Kong à la Chine. HSBC doit alors choisir entre ces deux pays. Les dirigeants optent pour un déménagement du siège à Londres tout en conservant le cœur de ses affaires à Hong Kong. HSBC profite de l’ouverture des frontières de la Chine, pionnière de la mondialisation. La banque fructifie son ADN chinois et se différencie par rapport aux banques américaines par sa présence de longue date sur le sol asiatique, lui permettant de s’affirmer comme un partenaire privilégié.

 

En septembre 2007, la crise financière frappe les rues de Londres. Le gouvernement britannique engage un plan de sauvetage des institutions financières mais HSBC refuse une recapitalisation par fonds publics pour affirmer son indépendance et son pouvoir par rapport aux états. Les banquiers d’HSBC préfèrent se tourner vers les hommes d’affaires de Hong Kong qui ont fait commerce avec la Chine pour renflouer financièrement l’institution. De plus, ce sont les banques d’investissement qui sont devenues les plus tributaires des béquilles étatiques après la crise.

 

Contrairement à elles, l’activité d’HSBC ne repose pas uniquement sur la banque d’investissement, c’est une banque globale, qui peut s’appuyer sur ses différentes entités : Retail Banking and Wealth Management, Commercial Banking, Global Banking and Markets, and Global Private Banking. L’offre d’HSBC est globale et ambitieuse afin de répondre en tout point aux besoins de sa clientèle, c’est ce qui fait d’elle une institution incontournable dans la sphère financière.

 

L’offre de la banque a su se réinventer pour suivre les mutations en matière de développement durable et environnemental qu’impose le monde de demain. En effet, la banque britannique a fait du développement durable un des fondements de sa stratégie pour répondre à ses ambitions au niveau international. Elle a d’ailleurs annoncé qu’elle allait cesser de financer de nouvelles centrales à charbon et s’est engagée à ne plus fournir ses services financiers pour les projets d’exploitation des ressources énergétiques en Arctique. Fin 2015, le groupe a annoncé son engagement à hauteur de 1 milliard de dollars dans un portefeuille obligataire « vert » afin d’investir dans des actifs liquides de haute qualité issus d’obligations vertes, sociales ou responsables.

 

 

 

« Too Big to Jail »

 

En 2012, quatre ans après la crise, la banque a failli perdre sa licence pour exercer aux États-Unis du fait de son implication dans le financement des cartels mexicains. Elle est condamnée. Georges Osborne, porte-parole du gouvernement britannique, intervient auprès du gouvernement américain pour défendre la cause de la banque et protéger la stabilité financière mondiale. La fin de ses activités sur le continent nord-américain aurait des conséquences dramatiques sur l’activité de l’institution. Grâce à cette intervention, la banque a pu conserver sa licence et, en même temps, afficher sa supériorité face à la première puissance mondiale. 

 

L’influence de la banque dépasse la sphère financière, premier employeur de la City, pilier de l’économie britannique. Elle a su s’entourer de personnes au sein du gouvernement Cameron lui permettant d’être intouchable. Par exemple, l’ancien président d’HSBC Stephen Green fut nommé ministre d’état sous ce gouvernement. Les liens étroits avec la Chine permettent à HSBC d’affirmer à nouveau sa présence dans l’accompagnement de projets internationaux de financement et les levées de fonds. Elle est d’ailleurs le partenaire privilégié entre EDF et la Chine sur le projet de construction de deux réacteurs nucléaires en Grande Bretagne : Hinkley Point.

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Quel avenir pour HSBC après le Brexit ?

 

L’empreinte d’HSBC à Londres suffira-t-elle à retenir la banque dans l’incertitude prolongée autour de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne ? Ses ambitions d’accompagner le financement de projets internationaux va à l’encontre du Brexit. Il contraint d’ailleurs le groupe à revoir ses ambitions stratégiques. Paris pourrait bel est bien être la place financière où HSBC pourrait rapatrier certaines de ses activités. Cette nouvelle organisation permettra aux clients de continuer de bénéficier des services de financement et d’investissement de la banque.

 

 

Aujourd’hui, HSBC est la première banque européenne en termes d’actifs. Avec plus de 6 200 bureaux aussi bien dans des pays développés qu’émergents, elle est un empire colossal, employant plus de 235 000 personnes, et a su historiquement afficher sa puissance face aux gouvernements. L’institution profite de sa position unique à Hong Kong, le nouvel eldorado de la finance mondiale pour être au cœur des projets internationaux ambitieux. Malgré les scandales, la stratégie globale d’HSBC lui permettra sans aucun doute d’être la banque qui accompagnera la Chine dans sa quête de devenir la nouvelle place financière mondiale. C’est à travers cette banque que la Chine pourra investir dans la finance mondiale et imposer le Yuan comme une nouvelle monnaie d’échange.

 

Nicolas Sombret, étudiant à Kedge Business School et contributeur du blog AlumnEye