Faire carrière en M&A : les conseils d’Irakli, ex-banquier chez Rothschild

Après une carrière en M&A au sein de prestigieuses banques d’affaires telles que Rothschild & Co ou CACIB, Irakli a pris un tournant dans sa carrière en rejoignant le célèbre média Konbini. De l’exigence du M&A à l’univers start-up « à la cool », il nous raconte tout : son parcours professionnel, ses réussites et ses déceptions. Une interview sans langue de bois qui vous aidera à comprendre ce qui fera de vous (ou pas) un futur banquier d’affaires.

 

Bonjour Irakli, tout d’abord, peux-tu nous décrire ton parcours ?

Je suis Georgien d’origine mais j’ai grandi en Russie où, après ma licence, j’ai eu l’occasion de travailler 1 an dans une boutique M&A appelée Strategy Partners. En 2009, je suis arrivé en France afin de poursuivre mes études à l’ESCP. J’ai eu du mal à trouver mon premier stage pour 2 raisons : en 2010 personne n’embauchait car la crise financière avait fait des ravages et je ne parlais qu’anglais ce qui n’intéressait pas les banques sur le marché français. J’ai finalement commencé chez CACIB, une banque d’affaires française, en tant que stagiaire analyste M&A ce qui a été très enrichissant car ils m’ont très vite intégré et laissé une grande autonomie.

Ayant fait très bonne impression à mon stage, CACIB m’a ensuite proposé un travail dans leur nouvelle équipe Oil&Gas. Après trois ans d’activité chez eux, ayant l’envie de découvrir un nouvel environnement, j’ai saisi une opportunité chez Rothschild en M&A. Trois ans plus tard, j’ai finalement décidé de mettre en pause ma carrière professionnelle pour partir voyager un an, voyage à la fin duquel j’ai atterri chez Konbini en tant que Head of Corporate Development.

 

Pourquoi ce passage de CACIB à Rothschild ? En quoi est-ce différent de faire du M&A chez chacune de ces banques ?

J’ai beaucoup apprécié mon poste chez CACIB car ils me laissaient beaucoup de liberté et de responsabilités mais j’ai très vite détesté la Défense et la ligne 1 du métro. Je n’ai qu’une philosophie de vie : « il faut vivre pour vivre » et passer 30 minutes, tous les matins, dans des transports qui te frustrent et te mettent émotionnellement très bas ce n’était plus pour moi. Par contre je reste réellement reconnaissant envers mes collègues et mes supérieurs de chez CACIB qui ont cru en moi, qui ont parié sur moi et m’ont donné la chance de faire tout ce chemin. Je grandissais, j’avais envie de connaître autre chose, d’être dans un cadre de vie qui me correspondait davantage. Rothschild souhaitait m’embaucher, il s’agissait d’une banque d’affaires prestigieuse, leurs locaux étaient situés à 20 minutes à pieds de chez moi en passant par le Parc Monceau à l’époque donc j’ai saisi l’opportunité et j’ai changé de travail.

Mes débuts chez Rothschild ont été un peu compliqués car ils m’ont directement mis dans le rythme de travail en m’envoyant à New York avant même de me présenter réellement à l’équipe. Au départ, l’ambiance était beaucoup moins conviviale qu’à CACIB mais, au fur et à mesure, elle s’est détendue. L’expérience Rothschild a été très enrichissante car, même si émotionnellement c’était dur, ils me poussaient à me surpasser, à me challenger au quotidien, à structurer mes idées et mes connaissances pour atteindre un niveau d’excellence que je n’aurais atteint nulle part ailleurs (notamment car les deals traités à Rothschild étaient plus onéreux, plus stratégiques).

 

Selon toi, quelles sont les qualités requises pour être un bon stagiaire / Analyste en M&A ?

Rigueur, rigueur, rigueur et docilité sont, selon moi, les qualités requises pour être un bon stagiaire/Analyste en M&A. Dans ce métier, on ne te demandera pas de prendre des initiatives mais de bien faire le travail. La rigueur est essentielle pour trouver, calculer, analyser les bons chiffres et c’est ce qui poussera tes managers à avoir confiance en toi. Le M&A est une filière d’exigence, de passion où tu dois être capable de donner corps et âme à ton métier. Plus tu bosseras, plus tu seras bon et plus on te donnera des dossiers, donc des responsabilités.

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As-tu une anecdote drôle à nous raconter sur un candidat qui passait un entretien avec toi ? 

Je travaillais chez CACIB et je me souviens d’un candidat qui est arrivé complètement décoiffé, mal habillé à son entretien (alors que le dress-code en banque d’affaires est très strict). De plus, il n’arrêtait pas de rire durant son entretien. Il avait une personnalité intéressante mais il me paraissait totalement à côté de la plaque. Après l’entretien, mon équipe a quand même décidé de l’embaucher car il était correct et on avait vraiment besoin de quelqu’un. Il s’avère qu’aujourd’hui, ce gars-là c’est un de mes meilleurs amis. Je donne cet exemple pour montrer qu’en entretien M&A on réfléchit davantage à la capacité du candidat à exécuter le travail qu’à sa capacité à développer une personnalité hors du commun. En banques d’affaires tout est urgent donc les managers ont besoin de personnes disciplinées et responsables à qui ils pourront faire confiance. Toutefois, il ne faut pas non plus être un robot, il reste important de chercher à se différencier des autres candidats.

 

On parle souvent des horaires en M&A. Qu’est-ce qui pousse selon toi les banquiers M&A à faire un job aussi exigeant (en dehors du salaire) ?

Il est vrai que le M&A est une filière d’exigence où les horaires peuvent être à rallonge. Selon moi, ce qui pousse les banquiers à faire un job aussi exigeant c’est : le prestige, le dépassement de soi, la sécurité monétaire pour accomplir ses projets de vie. Cela peut également être à cause de la pression sociale : tu as fait une prépa, une bonne école de commerce donc tu dois faire du M&A ; c’est comme remplir des cases pour atteindre l’élite sociale. Finalement tu travailles beaucoup en M&A mais tu sécurises ton futur.

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Tu as procédé à un réel tournant dans ta carrière en devenant « Head of Corporate Development » chez Konbini. Peux-tu nous en dire plus sur ce choix professionnel et le poste que tu occupes dorénavant ?

Après avoir quitté Rothschild, je suis parti voyager à travers le monde car j’étais épuisé de ma carrière en tant que banquier d’affaires. Je recherchais une nouvelle voie professionnelle, j’ai un peu regardé le Venture Capital mais je me suis vite rendu compte que mon rêve était plutôt d’ouvrir un surf camp au Portugal et profiter de la vie. Puis, un Associé Gérant de chez Rothschild dont je suis proche m’a appelé pour me dire que Konbini cherchait quelqu’un pour les aider à se structurer et à améliorer leur stratégie pour atteindre leurs grandes ambitions. Ayant eu de très bonnes recommandations, mon profil les intéressait.  Je connaissais Konbini d’avant et j’adorais ! Je suis rentré en France pour rencontrer l’équipe et le courant est tout de suite passé. J’ai directement apprécié les projets, la culture « à la cool » de l’entreprise, le dynamisme créatif et les bureaux (de l’espace, du soleil). J’aime tellement mon nouveau métier que j’ai encore du mal à réaliser que cette opportunité est tombée sur moi.

Chez Konbini, je suis « Head of Corporate Development », je gère toute la stratégie de l’entreprise que ce soit sur la diversification des produits, les nouveaux marchés à l’international, etc. Mon but est de définir où on va aller et comment on va y aller. J’initie les projets et je m’assure que les équipes les mènent à leur réalisation et leur succès.  J’interviens également en Corporate Communication car c’est très lié au Corporate Development : aller à des évènements, assister à des conférences sont des moyens d’en connaître plus sur l’évolution de l’industrie (par exemple, j’ai organisé le partenariat entre Konbini et Web Summit, le plus gros salon de Tech au Monde, et c’était très enrichissant). Enfin la troisième partie de mon poste est de gérer les discussions et les relations avec les actionnaires.

 

Le changement de culture n’a pas été trop violent ?

Les cultures d’entreprise sont totalement différentes chez Rothschild et Konbini.  En banque d’affaires, même quand tu montes les échelons, tout est très structuré et hiérarchisé alors que chez Konbini l’organisation est désordonnée : les solutions ne sont pas données, il faut que chacun mette sa main à la patte pour les trouver, c’est comme cela que je me suis retrouvé à faire de la communication. Je suis beaucoup plus autonome chez Konbini, je dois faire preuve d’initiative et d’inventivité contrairement à mes postes en M&A. De plus, les personnes travaillant chez Konbini et l’ambiance sont exceptionnelles : c’est un rêve !

Toutefois, quand j’étais en banque d’affaires, j’ai eu la chance de travailler avec des personnes avec lesquelles je m’entendais très bien. On s’organisait des dîners, on partait en déplacement à plusieurs, on se retrouvait dans des galères professionnelles jusqu’au matin tous ensemble. Il me semble que, quel que soit le poste que l’on occupe et l’entreprise dans laquelle on travaille, se sentir bien avec ses collègues est la chose la plus importante et la plus motivante.

 

Faire du M&A, en quoi ça t’aide au quotidien dans ton nouveau job ?

Faire du M&A est très formateur car, en banque d’affaires, on t’apprend à prendre des décisions et à les prendre vite (quand on te pose une question sur les chiffres il faut trancher en quelques minutes). Mon expérience en M&A m’a permis de me surpasser au point de ne plus avoir peur de l’inconnu aujourd’hui.

De plus, mon travail actuel pour Konbini est fortement similaire à mes anciennes missions en M&A : regarder et analyser les potentielles opportunités de croissance externe, établir une stratégie à l’international c’est analyser le marché, chiffrer le potentiel de ce marché, calculer le chiffre d’affaires attendu de ce marché, etc. Je fais des Business Plans et je coordonne des équipes toute la journée exactement comme quand je travaillais en banque d’affaires.

 

Qu’est-ce qui te manque le plus de ton ancienne vie de banquier M&A ? Le moins ?

Je dirai que ce qui me manque le moins ce sont les dîners quotidiens à mon bureau car je devais finir des dossiers, les taxis, les costumes et la quantité de travail à faire qui ne servait à rien.

A contrario ce qui me manque le plus ce sont les personnes formidables que j’ai rencontrées et… mon assistante (j’avais la chance d’avoir quelqu’un pour m’aider dans mon travail chez Rothschild).

 

Beaucoup de nos lecteurs souhaitent se diriger vers une carrière en M&A, aurais-tu des conseils ou mises en garde à leur donner ?

J’ai envie de leur dire qu’il faut travailler dur, qu’il faut se préparer aux entretiens (savoir répondre aux questions techniques basiques) mais qu’il faut surtout avoir confiance en soi. Ce n’est pas facile de comprendre pourquoi tu le fais mais une fois que tu l’as compris, alors il faut foncer et tracer sa route. Travailler en M&A est dur, physiquement et émotionnellement, mais si tu sais pourquoi tu le fais alors tu réussiras.

Mon dernier conseil serait de prendre rendez-vous avec soi-même tous les ans pour vérifier que l’on est toujours heureux dans ce que l’on fait, que tous les curseurs sont alignés.

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Boris Paillard, l'ancien Quant qui aide les banquiers à monter leur start-up avec Le Wagon

Après une carrière en tant que Quant chez HSBC, Boris Paillard s’est lancé dans l’aventure entrepreneuriale en créant le Wagon, célèbre école internationale de codage. Retour sur les tenants et aboutissants de cette reconversion hors norme.

Bonjour Boris, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions !

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

Mon parcours scolaire est assez classique : après une classe préparatoire scientifique, j’ai intégré Centrale Paris. J’y ai effectué une année de césure à Hong Kong chez HSBC dans une équipe spécialisée dans les risques financiers pour découvrir les enjeux de la finance de marché. En 2008, en parallèle de ma dernière année à Centrale spécialisée dans les mathématiques appliquées, j’ai effectué un master de recherche à Paris 7. J’ai donc le parcours de quelqu’un qui aime bien les mathématiques appliqués et les probabilités avec une spécialisation en finance.

A ma sortie d’école, mon boss d’Hong Kong m’a proposé un emploi chez HSBC à Paris en tant que Quant. J’ai beaucoup aimé mon équipe, elle était aux antipodes des clichés de la salle de marché emplie de personnes arrogantes.

Je suis parti au bout de 3 ans et demi, et après quelques mois de réflexion et de préparation, j’ai monté ma boite avec deux amis : Le Wagon.

 

Tu t’es très rapidement orienté vers la finance de marché ; quelles ont été les raisons de ce choix ?

Les manipulations de calculs stochastiques ou de probabilités étaient un peu le prolongement de la classe prépa et cela me plaisait. J’aimais le côté théorique du métier et ne me projetais pas dans un profil recherche. A l’époque, les Quant étaient des individus aimant manipuler les maths à outrance, dans un milieu dynamique et intellectuellement stimulant, tout en gagnant bien leur vie. C’était donc un choix aligné sur mes goûts.

Mais de l’autre côté, je n’avais pas l’impression que mon expertise sur les marchés soit réutilisable dans d’autres domaines. Je n’avais pas l’impression de réellement inventer quelque chose car tous les grands principes avaient déjà été élaborés. Je n’étais pas pionnier et c’est ce côté créatif qui me manquait.

 

Quant, un métier que tout le monde admire, sans le comprendre forcément. Peux-tu nous expliquer quel était ton quotidien ?

Je travaillais tout d’abord sur des modèles de taux en raison des nombreuses problématiques sur les taux d’intérêts à la suite de la crise des crédits. Puis, j’ai travaillé sur les modèles action. La finalité de mon job était d’élaborer des modèles faits pour permettre à des traders de mieux gérer leur portefeuille, les ratios de couverture, etc. Les projets des Quants sont des dossiers menés sur le long terme : il s’agit par exemple de penser un modèle pour l’implémenter sur des données réelles de marché.

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Tu as un background académique d’ingénieur, est-ce la seule voie pour devenir Quant ?

Le Quant a un profil très scientifique. C’est un milieu très élitiste. Cependant, les meilleurs Quants n’étaient pas forcément les meilleurs mathématiciens, c’étaient ceux qui savaient parler aux traders, les bons vulgarisateurs…

 

Comment t’est venue l’idée de monter une entreprise dans le domaine de l’éducation ?

Je suis resté en contact avec pas mal d’amis développeurs. J’ai commencé à me pencher sur des petits projets en parallèle de mon job pour découvrir autre chose : coder des petits projets d’application de calendriers par exemple. Même si je connaissais le codage dans le cadre de mon métier, le codage en banque était plus appliqué à implémenter des modèles pour faire du pricing ou de la couverture qu’à construire des produits utilisés par les gens à l’image de celui servant aux plateformes Uber ou Airbnb. J’ai donc redécouvert le code de façon à construire un produit, à penser sa base de données, son interface. Rien à voir avec la Méthode de Monté Carlo utilisée par le Quant.

J’ai donc découvert que ce domaine m’intéressait vraiment. J’ai quitté mon job après 3 ans et demi chez HSBC. J’ai énormément travaillé sur le développement web pendant 3 mois. Comme une de mes grandes qualités était d’être un bon pédagogue et vulgarisateur, je me suis lancé dans le projet d’enseigner le codage de la façon dont je l’ai moi-même découvert et non de la façon dont on l’apprend en école. La visée de ce projet était de donner à des entrepreneurs des bases conceptuelles pour construire un bon produit technologique. J’ai donc monté ce projet en 2012 avec l’aide d’un ami, Mathieu, développeur à San Francisco et mon frère, avocat pénal qui a beaucoup œuvré notamment dans le domaine des relations publiques.

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Quelles sont les difficultés majeures auxquelles tu as dû faire face lors de ce projet ?

Je voulais monter un vrai programme, apprendre à coder n’importe quelle idée. Afin de former notre réseau, nous avons mis en place pendant 6 mois des ateliers gratuits, des cours du soir, nous avons testé des professeurs… A l’issue de ces 6 mois, nous avons recruté une première classe d’une vingtaine de personnes voulant travailler dans la tech. J’ai écrit presque l’intégralité du programme tout seul, c’était très pénible. On faisait tout en live, il n’y avait pas de correction automatique des exercices… Progressivement, nous avons mis en place des slides, des corrections automatiques, des binômes, des dashboards et plein d’autres petites choses qui semblent bêtes mais qui font gagner un temps précieux. Au niveau du contenu, nous évoluons également perpétuellement.

Le Wagon c’est 360 heures de cours en 2 mois. C’est très dur psychologiquement pour les élèves comme pour les professeurs donc il faut enlever toutes les frictions inutiles et les pertes de temps.

 

On raconte que beaucoup de banquiers passent par le Wagon pour se lancer dans un projet entrepreneurial, est-ce vrai ?

Oui, c’est vrai. Nous avons beaucoup d’anciens banquiers londoniens. A Paris, ce sont plus des diplômés d’école de commerce ou des consultants. Leur but est d’apprendre à coder eux-mêmes un produit pour rejoindre une équipe en tant que développeur ou pour faire du freelance… Le Wagon est à présent le numéro 1 mondial dans le domaine de l’enseignement du codage et est implanté dans plusieurs dizaines de pays (https://www.lewagon.com/).

 

Quel est le background des professeurs du Wagon en général ?

Nos élèves ne veulent pas des cours magistraux, ils veulent des professeurs ayant une réelle expertise produit, sachant raisonner, des freelances qui ont travaillé pour des start-ups aussi bien que pour des grands groupes… D’ailleurs, plusieurs professeurs sont des anciens élèves s’étant mis à leur propre compte par la suite.

 

L’avenir du Wagon en deux mots ?

Sur le format actuel, nous ne sommes pas encore implantés en Afrique et aux USA, à l’exception d’un campus à Casablanca. Ce sont deux très gros marchés pour nous et nous aimerions nous y attaquer.

Nous sommes également en train de créer un format de cours différent du bootcamp initial de 2 mois : nous convenons de partenariats avec des écoles ou entreprises pour y prodiguer directement les cours.

 

Un dernier mot pour nos lecteurs souhaitant s’orienter vers la finance de marché, plus particulièrement pour être Quant ?

Cela vaut vraiment le coup que les gens se posent les bonnes questions. Certains de mes collègues n’étaient pas faits pour être Quant et ont donc migré en Trading. J’aurais aimé qu’on me prévienne avant que le métier de Quant restait dans le domaine de la recherche, j’aurai peut-être gagné du temps. Mais il n’est jamais trop tard pour trouver sa voie.


Goldman Sachs : l’heure du virage stratégique a sonné

La plus célèbre des banques américaines verra le 1er octobre David Solomon succéder à Lloyd Blankfein à sa tête.  Une occasion unique de revenir à la fois sur le chemin parcouru depuis l’accession du courtier du Bronx mais aussi de tenter de projeter le futur de Goldman Sachs avec cette passation qui résonne comme un changement de cycle stratégique pour la banque.

 

Lloyd Blankfein, le self-made-man

Ce natif du Bronx, qui admet chaque année volontiers devant les summer interns qu’il n’a jamais voulu travailler chez Goldman Sachs, se retirera de son siège de CEO le 1er octobre et de membre du conseil d’administration à la fin de l’année au profit de David Solomon jusqu’alors Co-COO.

A lui seul, il incarne la culture de la firme que Steve Bannon, ancien conseiller au président américain Donald Trump et ancien de Goldman Sachs résumait ainsi : « Goldman Sachs représente l’excellence et la méritocratie, peu importe d’où vous venez, de quelle école vous sortez, quelle est votre religion ou votre origine, ce qui compte c’est votre capacité de travail, votre intelligence et votre sens du service. ». Issu d’une famille modeste installée à New-York, il est diplômé de l’université d’Harvard et commence sa carrière chez J. Aron comme courtier en matières premières (commodities). S’il avoue avoir échoué à un premier entretien chez Goldman Sachs au moment de débuter sa carrière, il intègre finalement la banque en 1982 après le rachat par cette dernière de son employeur.

Grâce à la culture de promotion interne et au poids stratégique que les activités de commodities trading représentaient durant le début des années 2000, Lloyd Blankfein accède au poste de CEO de Goldman Sachs en 2006.

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Bilan sur fond de crise

Il succède alors à Henry Paulson qui devient directeur du trésor américain pour les deux dernières années de l’administration G. W. Bush. Ce réseau impalpable « Goldman » sera vivement dénoncé lorsqu’au moment de la crise des subprimes, le « plan Paulson » propose de racheter les titres toxiques à hauteur de 700Mds$ aux banques.  Ce plan a largement contribué à maintenir en vie Goldman Sachs dont Lloyd Blankfein annonce des bénéfices records pour l’année 2009 de 13,3Mds$, 6 fois plus élevés qu’en 2008. Au milieu de cette grave crise, il dira « Le système financier nous a conduit vers la crise, il nous en sortira aussi ». En effet, cette période a vu Merrill Lynch perdre son indépendance après son rachat par Bank of America, et Lehman Brothers ou encore Bear Stearns disparaître purement et simplement de la place financière mondiale. Les médias américains ont pris l’habitude de régulièrement dénoncer les collusions entre les membres de la banque et le monde politique sous la bannière « government Sachs ».

Lloyd Blankfein transmet donc, et ce malgré la maladie, une banque qui sort paradoxalement renforcée de la crise, dont l’influence continue de s’étendre bien au-delà des administrations américaines successives. On se souvient des déclarations de François Hollande, le 14 juillet 2016, condamnant le choix de José-Manuel Barroso (ancien président de la commission européenne) de rejoindre Goldman Sachs au moment où l’implication de l’établissement dans le maquillage des comptes publics grecs était avérée. Le 17 juillet 2018 Lloyd Blankfein a officiellement adoubé son successeur en plus d’annoncer un bénéfice trimestriel inédit depuis 2009 (2,6Mds$), et met fin à ses 36 années passées chez Goldman Sachs. Il referme aussi un cycle initié dans les années 1960, celui des traders, qui a fait la réputation de Goldman Sachs, et qui voit aujourd’hui le modèle remis en question par la technologie et la proéminence du conseil financier.

 

David Solomon, le futur de Goldman Sachs

L’annonce officielle du nouveau dirigeant était scrutée depuis des mois par les analystes et le grand public. La culture de Goldman Sachs a toujours été jusque-là de puiser dans son vivier de talents, à l’image de Lloyd Blankfein ayant effectué une immense partie de sa carrière au sein de l’établissement. Harvey Schwartz, qui était depuis 2017 le nouveau Co-COO de la banque et lui aussi ancien de J. Aron avait à cet égard manifesté son intérêt pour le poste en posant un ultimatum pour être nommé CEO, avant de voir cette stratégie échouer et devoir présenter sa démission en février 2018.

David Solomon a donc été officiellement intronisé le 17 juillet 2018, où à la suite de nombreux articles de presse nous avons pu en apprendre davantage sur ce banquier iconoclaste, qui ne manque pas de nous faire penser au Français Matthieu Pigasse responsable mondial des fusions-acquisitions chez Lazard. Fin gastronome, DJ la nuit, ce natif de Hartsdale dans l’état de New York est un banquier d’affaires qui, après un passage chez Bearn Stearns, rejoint Goldman Sachs en 1999. Là, il prend la tête de la division « Investment Banking » et participe en 2007 à l’introduction en Bourse de LuLulemon Athletica. L’anecdote raconte que lors du jour J, D. Solomon et son équipe étaient habillés de la tête aux pieds avec les vêtements de la marque plutôt qu’en costume.

En parallèle de sa carrière professionnelle et sous le nom de DJ D-Sol, il multiplie les sets avec ses platines aux Bahamas ou bien dans les soirées privées de la fashion week de New-York. Son nouveau morceau « Don’t stop believing » lui permet d’avoir plus de 550,000 visites par mois sur son compte Spotify, et on peut suivre ses performances et pérégrinations via son compte Instagram djdsolmusic. Il est évident que son profil tranche nettement avec la sobriété des cadres de Wall Street, même s’il doute lorsqu’on l’interroge que ce sera suffisant pour améliorer l’image de la finance : « Je ne sais pas si le fait de voir un président de Goldman Sachs mixer dans un club va changer la perception de l’industrie. Nous avons beaucoup de travail à faire à ce sujet ».

 

Une banque qui doit se réinventer

Il hérite en effet d’une banque qui fait face à de nombreux défis stratégiques, puisque la branche trading qui a fait sa réputation est en perte de vitesse, et qu’il faut donc trouver de nouveaux relais de croissance. L’ouverture de la banque aux particuliers qui jusqu’ici était impensable est en train d’être mise en place, et pour réussir ce défi il faudra nécessairement que l’image de Goldman Sachs soit lavée des scandales de la décennie passée. Il devra réussir dans le monde post-crise, dont les contraintes pèsent davantage sur l’industrie financière. En effet, il devrait demander aux responsables de chaque division un budget prévisionnel sur trois années afin de piloter la gestion des activités, manière d’insuffler de la rigueur dans ses équipes.

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Le changement appelé par cette nomination est donc énorme et sera mené par un banquier et non plus un courtier dans un monde où les opérations de haut de bilan prennent de plus en plus d’importance. Le 17 juillet 2018, après l’annonce de cette nomination et des bénéfices trimestriels records (+44% rapporté à la même période l’an dernier), le titre Goldman Sachs a plongé de 1,54%. Le doute du marché quant au futur de l’entreprise est acté, et D. Solomon, qui prêche depuis de nombreuses années pour une stratégie de diversification, devra réussir à réinventer la prestigieuse banque américaine. Nul doute que le top management qui suivra la prise de fonction de D. Solomon intensifiera les changements qu’il a déjà apportés : utilisation de la technologie dans le trading, migration de sales du desk corporate-trading vers la division Investment Banking pour améliorer la relation client.

Le nouveau CEO devrait voir ses premiers jours ressembler à une course contre la montre, les analystes et les observateurs estimant que la banque accuse un certain retard. Mike Mayo, qui suit le titre Goldman Sachs depuis 15 ans pour Wells Fargo, a déclaré « le plan de croissance de l’entreprise devrait faire partie de la catégorie : mieux vaut tard que jamais ».

Guillaume Baziadoly


Leetchi, aux portes de la fintech : interview de la fondatrice, Céline Lazorthes

Leetchi, le célèbre site internet permettant de collecter des cagnottes en ligne, a été fondé en 2009 par Céline Lazorthes, à présent Chairman du site et CEO de l’outil de transfert d’argent Mangopay. Elle a accepté de nous accorder une interview pour revenir sur les moments forts de la fulgurante ascension de cette entreprise pionnière dans le domaine de la fintech.

 

 Bonjour Céline !

Leetchi est né en 2009. A l’époque, ça n’était pas « à la mode » de monter sa boîte, qu’est-ce qui vous a convaincue que c’était le moment de se lancer ?

J’ai eu l’idée de Leetchi alors que j’étais encore étudiante en Master à HEC. J’ai été confrontée à la difficulté de récolter de l’argent auprès de plusieurs personnes pour le week-end d’intégration de ma promotion et j’ai cherché un outil qui permette de faire cela facilement sur Internet. Ça n’existait pas alors je me suis dit que j’allais le créer ! Je n’ai pas tellement réfléchi au fait que cela soit le bon moment ou pas. J’étais convaincue par mon idée, je voulais développer un service qui réponde à un besoin. J’ai été diplômée alors qu’on était en plein dans la crise financière. La période n’était pas favorable au marché de l’emploi et ça m’a encouragé à me lancer de mon côté, tout comme mon envie d’exercer un métier qui me permette d’être libre.

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A la création de Leetchi, quelles étaient vos ambitions ? Auriez-vous imaginé un tel succès ?

Quand j’ai eu l’idée de Leetchi, j’avais simplement en tête de digitaliser l’enveloppe papier pour récolter rapidement de l’argent pour des week-ends entre copains, des anniversaires. 8 ans après Leetchi est aussi utilisé pour collecter des fonds pour des projets humanitaires, solidaires, entrepreneuriaux, associatifs… La plateforme compte 10 millions d’utilisateurs depuis plus de 150 pays. Et puis il y a eu la création de MANGOPAY en 2013, une solution de paiement créée spécifiquement pour les marketplaces, les plateformes de crowdfunding et les acteurs de l’économie collaborative qui compte aujourd’hui plus de 2 500 clients. En 2017, notre volume d’affaires total était de 1,1 milliard d’euros, l’année précédente de 450 millions et en 2018 nous prévoyons 2 milliards d’euros. Je n’aurais jamais pensé réaliser une telle croissance ! Et puis, nous sommes aujourd’hui plus de 100  collaborateurs dans 5 pays différents, ça me rend très fière de les voir s’épanouir et grandir !

 

Avez-vous eu des difficultés à travailler ou échanger avec les banques qui pouvaient voir Leetchi et MANGOPAY comme un danger ?

Au moment de lancer Leetchi, j’ai eu beaucoup de mal à trouver une banque. Pas parce qu’on voyait mon projet comme un danger mais plus parce qu’on ne me prenait pas vraiment au sérieux. J’ai eu besoin de prouver ma légitimité. J’étais une jeune femme de 26 ans qui voulait monter sa banque. Je n’avais pas tout à fait le profil dans ces milieux masculins de la finance et de la tech ! La seule banque qui ait accepté de nous ouvrir un compte en banque est le Crédit Mutuel Arkéa. 5 ans et demi plus tard, la boucle était bouclée puisque c’est aussi eux qui nous ont racheté.

 

Pouvez-vous nous parler des enjeux du moment pour Leetchi et MANGOPAY ?

Le groupe Leetchi est en forte croissance. Leetchi.com est la plateforme de cagnotte en ligne leader en Europe. Sa force est de proposer un service ouvert à tous, quelle que soit la cause, le projet ou le montant de la collecte. Les cagnottes solidaires sont la part de notre activité qui grandit le plus vite et nous souhaitons poursuivre cette accélération. Nous prévoyons de collecter 200 millions d’euros sur la plateforme en 2018 dont 50 millions d’euros pour des besoins et projets solidaires. Nous en sommes très fiers. Nous continuons également à améliorer et développer le service afin d’offrir à nos utilisateurs la meilleure expérience possible. Pour MANGOPAY, l’enjeu majeur est le renforcement à l’international, en nombre de clients, de pays, de devises couvertes et aussi en terme d’équipe. Et nous prévoyons de doubler notre volume de transactions en 2018.

 

Comment faites-vous pour garder un état d’esprit et un fonctionnement start-up après tant d’années et un rachat par le Crédit Mutuel-Arkéa ?

Le rachat par Crédit Mutuel Arkéa nous a donné les moyens de notre ambition et nous a permis de poursuivre notre développement mais cela n’a en rien impacté l’ADN de Leetchi, l’esprit de l’entreprise. Nous avons toujours évolué dans un environnement très convivial et un état d’esprit bienveillant. Nous avons su conserver cela au fil des années. Il y a forcément eu de petits changements dans notre fonctionnement mais notre autonomie, notre agilité et notre créativité sont des forces précieuses que nous avons su conserver après le rachat. Et CMA nous fait entièrement confiance pour mener à bien notre développement.

 

Leetchi a été racheté par le Crédit Mutuel Arkéa en 2015 après 6 ans d’activité. Quel bilan tirez-vous de ce mariage, plus de 2 ans après ?

Je suis très fière et très heureuse que Leetchi appartienne au Crédit Mutuel Arkéa. À l’époque, Leetchi était dans une phase de rentabilité. Nous financions notre croissance et poursuivions notre développement. Je ne cherchais pas à vendre mais à lever des fonds. Et puis, CMA nous a fait une proposition qui m’a convaincue. Elle arrivait au bon moment pour faire grandir la boîte, pour passer à l’étape supérieure. CMA a acquis 86% du capital de Leetchi et a également investi 10 millions d’euros dans l’entreprise. Cela nous a permis d’accélérer notre développement tout en restant indépendants et agiles. Aujourd’hui, Leetchi c’est plus de 10 millions d’utilisateurs et MANGOPAY plus de 2500 clients. Nous prévoyons 2 milliards de volume d’affaires en 2018. Près de trois ans après, je crois que l’on peut dire que ce rapprochement est une belle réussite !

 

Vous êtes une vraie icône de l’entrepreneuriat en France. Votre portrait est aujourd’hui à la une du salon des Entrepreneurs et vous avez participé à de nombreuses conférences. Cette visibilité est sans doute un avantage pour le business. Quels en sont les inconvénients ?

Je ne pense pas qu’il y ait d’inconvénient si ce n’est que j’ai un agenda bien rempli ! Mais c’est un choix et je suis très heureuse de partager mon expérience si cela peut donner envie aux autres de se lancer, d’aller au bout de leur idée. Il est important d’avoir des modèles, notamment pour les femmes qui n’osent pas encore assez et ont moins confiance en elles pour prendre des risques.

 

 

Entreprendre à nouveau, ça vous démange ?

L’entrepreneuriat est ma passion mais je ne me sens pas prête à repasser par la création d’entreprise pour le moment. J’ai récemment passé le flambeau de Leetchi.com à Alix Poulet qui en est devenue la CEO, 8 ans après la naissance du service. J’ai désormais un rôle de Chairman pour Leetchi.com et me consacre aux enjeux btob et technologiques de MANGOPAY dont je suis toujours la CEO. Et j’ai en parallèle mon activité de business angel qui me permet d’accompagner et d’aider à mon tour de jeunes entrepreneurs. Cela m’apprend aussi énormément.

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Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération d’entrepreneurs sortis d’école ? Quels conseils avez-vous pour eux ?

Je suis assez fascinée par la créativité des plus jeunes ! Ceux qui sortent d’école ne rêvent plus forcément de travailler dans des grands groupes mais d’entreprendre, de de devenir maîtres de leur destin et de trouver du sens à leur travail.  Mon conseil : osez et provoquez votre chance. L’entrepreneuriat est une aventure extraordinaire. Ce n’est pas toujours évident mais c’est une vie tellement riche,  faite d’apprentissage et de rebondissements !


Pourquoi l'entrepreneuriat après Morgan Stanley et McKinsey ? Témoignage de Victor Carreau, fondateur de Comet

Après trois années passées dans le domaine du conseil en stratégie chez McKinsey, Victor Carreau, fort de rencontres humaines aussi enrichissantes que déterminantes, s’est finalement décidé à se consacrer à ce qu’il considère aujourd’hui comme sa vocation : l’entrepreneuriat. Il revient pour nous sur son expérience chez McKinsey, sur les relations humaines formidables qu’il a pu tisser au cours de sa carrière et sur son rôle nouveau de chef d’entreprise. Une nouvelle interview inspirante qui nous éclaire sur la vie après le conseil en stratégie ou la finance.

 

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Diplômé de HEC en 2012, j’ai passé un peu moins de 3 ans chez McKinsey puis j’ai rejoint PJX10, think tank créé entre autres par Pierre Kosciusko-Morizet et Jean-Romain Lhomme. Durant un an nous avons analysé en équipe plusieurs macro-secteurs (agriculture, éducation, santé, immobilier, énergie et FinTech), étudié les enjeux de demain sur chacun d’entre eux et généré plus de 2 000 idées d’entreprises à lancer. Au bout d’un an j’ai lancé Comet Meetings avec deux de mes associés et amis, Nicholas Findling et Maxime Albertus, également membres de PJX10 et anciens consultants en stratégie.

 

Entre le M&A chez Morgan Stanley et le Conseil en stratégie chez McKinsey, tu as finalement choisi la seconde option. Pour quelle(s) raison(s) ?

J’adorais les problématiques discutées en M&A, mais je n’avais pas envie d’attendre d’être Associate pour m’y confronter, avec des contacts clients limités entre temps. Je tire mon énergie de mes rencontres et de la diversité des problématiques auxquelles je suis confronté. Avec un changement d’industrie, de problématique, d’équipe et de géographie tous les 2 mois en conseil, j’ai trouvé ce qui me correspondait. Chez McKinsey aucune de mes journées ne s’est ressemblée en trois ans et je garde un souvenir heureux de ces années.

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(c) Jared Chulski

Peux-tu à présent nous présenter les services proposés par Comet Meetings ?

Avec Comet Meetings nous créons et opérons des lieux de réunion et de séminaire inspirants, pensés pour la productivité, la créativité et le bien-être des participants. En d’autres termes ces lieux dédiés aux réunions d’une journée proposent un univers « à la Facebook » et « à la Google » aux 99,9% d’entreprises qui ne sont ni Facebook, ni Google.

Comment est né Comet Meetings ? Les locaux de McKinsey était vraiment lugubres ?

Pour le coup nous étions plutôt très bien lotis chez McKinsey, quand je comparais nos bureaux à ceux de certains de nos clients ! Mais notre constat nous est effectivement venu de nos années en Conseil en Stratégie durant lesquelles nous avons organisé, participé et animé un grand nombre de séminaires, workshops, formations et réunions stratégiques pour nos clients. Alors qu’il s’agissait de moments clés de la vie de ces entreprises, durant lesquelles d’importantes décisions étaient prises, et alors que la créativité et la productivité étaient stratégiques, l’offre de lieux de réunion dédiés était très décevante. Cette offre oscillait entre des salles de réunion lugubres en sous-sol d’hôtels, avec un service de piètre qualité, et quelques lieux plus qualitatifs mais à la fois trop statutaires et nécessitant d’y consacrer un budget considérable. Avec Comet Meetings nous avons voulu proposer le service et l’expérience client des lieux les plus onéreux, dans un environnement bien plus actuel et proche de ce que l’on peut voir dans des espaces de co-working comme WeWork, le tout au prix de l’hôtellerie milieu de gamme en banlieue parisienne, mais tout en permettant à nos clients de rester dans Paris. L’enjeu était ambitieux, Comet Meetings était né.

Quelques chiffres à communiquer sur ta start-up ?

Nous avons levé environ 10M€ depuis notre lancement à l’automne 2016. Nous avons restructuré et opérons un premier bâtiment de 1500m² dans le XVIIème, dans lequel nous avons déjà accueilli près de 20 000 clients.

 

Vous recrutez actuellement : quels sont les profils que vous recherchez ?

(c) Jared Chulski

Des profils opérationnels avec un sens du service très développé de type hôtellerie, pour s’occuper des opérations et de la vie dans nos futurs bâtiments, des profils commerciaux pour venir étoffer notre équipe de « Meeting Scientists », des spécialistes des sciences cognitives et/ou des techniques de relaxation et de productivité pour accompagner nos clients durant leurs journées, et bientôt de nombreux autres profils !

 

 

Parlons stratégie : Comet Meetings a-t-il vocation à se bâtir autour de son espace actuel, en le valorisant à l’infini, ou en ouvrant de nouveaux lieux dans les années à venir ?

Nous souhaitons devenir l’acteur de référence des lieux de réunion nouvelle génération, d’échange et de co-création en France puis en Europe. Nos premiers bâtiments ne sont que les premiers petits pas d’une série que nous espérons très longue ! Nous devrions d’ailleurs ouvrir plus de 3300m² supplémentaires d’ici à la fin de l’année 2018.

 

L’entreprenariat, c’était écrit ou l’idée t’es venue progressivement ?

(c) Jared Chulski

C’est en deuxième année à HEC que j’ai été pris d’une profonde envie d’entreprendre, de créer, comme l’impression que je ne serai jamais meilleur qu’en répondant à cette envie viscérale. Depuis ce sentiment ne m’a jamais quitté. C’est pour cela que j’ai quitté McKinsey alors que j’adorais ce que j’y faisais. Je ne supportais pas l’idée de me réveiller à 30 ans sans avoir tenté cette aventure de l’entrepreneuriat qui m’énergisait tant. J’aurai 30 ans cet été et suis ravi d’avoir décidé de quitter McKinsey sans savoir exactement ce que j’allais entreprendre. Il faut se jeter à l’eau pour réellement apprendre à nager, se mettre dans une situation où il n’est plus possible de reculer pour se forcer à avancer. Je ne crois pas à l’entrepreneuriat « on the side » d’une carrière en conseil. Si l’on croit en soi il faut se donner la chance de réussir.

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L’aventure PJX10 est en revanche le fruit du plus beau des « heureux hasards ». A l’issue de ma troisième année à HEC j’avais une offre en M&A pour rejoindre Morgan Stanley et une offre en conseil pour rejoindre McKinsey. Le choix royal à l’époque. Mais je savais que ces parcours auraient beau être une superbe école, ils seraient pour moi une sorte de MBA de 3 ans destiné à mieux me préparer pour la suite, et j’hésitais entre les deux voies. C’est alors que j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et d’écrire aux deux alumni HEC qui représentaient pour moi les plus beaux succès de l’entrepreneuriat français, pour leur demander leur avis sur laquelle de ces deux « écoles » choisir pour mieux préparer la suite. L’un ne m’a jamais répondu. L’autre a pris le temps de longuement me répondre. Il s’agissait de Pierre Kosciusko-Morizet. Mon email s’intitulait « Pour entreprendre demain » et je lui demandais conseil sur d’éventuels groupes de réflexion centrés autour de l’entrepreneuriat à rejoindre pour discuter avec des entrepreneurs. Je lui demandais quel choix de carrière faire pour mettre toutes les chances de mon côté. Cinq ans plus tard Pierre décidait de se relancer dans l’entrepreneuriat en créant un groupe de réflexion. J’ai saisi ma chance, ai répondu à ce même échange datant de quelques années, qui décrivait en réalité avec une acuité déconcertante ce qui allait se passer sur les cinq années suivantes. J’ai enfin rencontré Pierre, ai rejoint l’aventure PJX10, et la création de Comet Meetings s’en est suivie un an plus tard.

Comme quoi, je retiendrai toujours qu’un email « bouteille à la mer » peut réserver de très belles surprises. Il faut oser pour réussir.

 

Enfin, nous ne serions pas là où nous sommes si nous n’avions pas développé une complémentarité hors normes avec Nicholas et Maxime, tout en ayant exactement le même mode de fonctionnement et de prise de décisions. L’équipe fait tout, absolument tout.

 

Le fait de travailler depuis plusieurs années avec des personnes comme Pierre Kosciusko-Morizet, qu’est-ce ça apporte concrètement dans la manière de gérer son business ?

Plus généralement je dirais que de travailler au contact d’entrepreneurs, financiers et consultants de grande qualité, comme cela a été le cas chez PJX10, et par la suite interagir avec des investisseurs de tout premier plan, comme c’est le cas pour Comet Meetings, apporte une richesse de points de vue et d’expériences sans précédent. Il y a très peu de problèmes que nous ne puissions pas résoudre en quelques minutes, ou d’actions précises que nous ne puissions pas identifier pour aller de l’avant. La diversité des expériences de Pierre, Jean-Romain et tous nos investisseurs représente autant d’opportunités de ne pas faire les mêmes erreurs qu’eux ont pu faire (comme nous en faisons tous) au fil des années, mais de nous laisser faire nos propres erreurs, que nous conseillons à notre tour à nos amis de ne pas faire. Je pense que le groupe PJX10, en nous forçant à sans cesse creuser les sujets au plus profond tout en restant très « 80/20 » comme on le dit en conseil, a contribué à faire de nous tous associés de ce groupe des entrepreneurs rationnels mais ambitieux, fonceurs mais curieux. Mais vous devriez demander aux autres ce qu’ils en pensent !

 

Pour finir, un conseil à nos lecteurs qui souhaitent soit intégrer le conseil en stratégie, soit monter leur boîte ?

L’équipe d’associés initiaux fait tout lorsque vous montez votre boîte. Si vous avez l’envie d’entreprendre et des associés complémentaires de qui vous entourer dès votre sortie d’école, jetez-vous à l’eau. La France est un très beau pays pour entreprendre.

Si vous n’êtes pas dans cette situation le conseil en stratégie reste une très belle formation complémentaire pour apprendre à toucher à beaucoup de sujets. Mais restez attentifs pour trouver de potentiels associés, dans l’attente du jour où vous vous déciderez à sauter le pas.

La clé si vous comptez entreprendre après le conseil en stratégie ou la banque est simple, et m’a été donnée il y a des années : « prenez tout le bon qu’il y a à prendre mais ne vous habituez pas trop aux moquettes épaisses ».


Lionel Zinsou, le franco-béninois aux mille facettes

Franck Riboud, ancien PDG de Danone, disait de Lionel Zinsou : « chaque fois que je partais en voyage avec lui, je revenais plus intelligent »

Lionel Zinsou est un personnage fascinant et singulier du paysage franco-béninois. Le 28 Juin 2017, il est nommé président du conseil d’administration de Terra Nova, think tank progressiste indépendant ayant pour but de diffuser des solutions politiques innovantes en France et en Europe.
Si son nom est inconnu du grand public, il résonne à l’oreille des banquiers, investisseurs et politiciens en France comme au Bénin. Lionel Zinsou est une figure incontournable du monde des affaires comme du monde politique.

Banquier chez Rothschild, il se lie d’amitié avec Emmanuel Macron qu’il soutiendra pendant sa campagne présidentielle. PDG de PAI Partners, le plus gros fonds d’investissement français, il restructure l’entité. Conseiller politique, il sera la plume de Laurent Fabius. Premier ministre du Bénin, il se présentera à l’élection présidentielle du pays. Avec un tel parcours, impossible de faire l’impasse sur Lionel Zinsou dans notre série de portraits consacrés aux personnalités du monde de la finance et de l’économie.

Un « béninois virtuel » mais un Français couvert d’éloges

Lionel Zinsou est né en France en 1954 d’un père béninois (médecin du président et poète sénégalais Léopold Sedar Sanghor) et d’une mère franco-suisse (infirmière à Paris). Son oncle était le président de la République du Dahomey (actuel Bénin) de 1968 jusqu’au putsch dont il est victime en 1969. Mathieu Kérékou, auteur du putsch change le nom du Dahomey en Bénin et met en place un régime répressif d’influence marxiste-léniniste, tout en persécutant l’oncle de Lionel. Le jeune franco-béninois nourrit d’abord un rapport conflictuel avec le pays de son père. Il y voyage souvent pendant les vacances, mais avec la révolution de 1974 il ne pourra se rendre au Bénin qu’après la chute du régime militaire en 1990. Il se décrit pendant cette période comme un « Béninois virtuel », tout en étant un Français couvert d’éloges.
En effet, enfant brillant, il fait ses études au lycée Louis-Le-Grand avant d’étudier sur les bancs de la rue d’Ulm pour ensuite poursuivre ses études à SciencesPo et à la London School of Economics. Son goût marqué pour l’économie et la finance se manifestera d’abord par l’enseignement de l’économie à l’ENA et à l’ENS avant de diriger le centre de sciences sociales à l’École Normale Supérieure. Un parcours académique marqué par l’excellence.

Une brillante carrière professionnelle

En parallèle de l’enseignement, il entame sa carrière professionnelle en rejoignant l’entreprise Danone. Initialement contrôleur de gestion en charge du budget, il gravit rapidement les échelons, devient responsable d’une filiale anglaise de Danone et s’occupe du développement international du groupe. Pendant onze ans, il sera « à l’heure de la conquête du monde » en dirigeant différentes filiales dont le département des fusions acquisitions. En 1997, Lionel Zinsou rencontre David de Rothschild et intègre la banque d’affaires où il travaillera pendant onze ans. Chez Rothschild & Cie il devient associé-gérant et responsable du secteur des biens de consommation. Il est également responsable du développement de la banque dans les pays émergents et en Afrique. « Je leur disais que les marchés émergents allaient finalement émerger, et qu’on devrait continuer à s’y intéresser. Ils m’ont suivi. »
Au cours de sa carrière de banquier, il développe quelques liens avec le fonds d’investissements PAI Partners. Il le conseille dans diverses opérations comme celle avec United Biscuit, entreprise cédée pour 2,636 millions d’euros.

Lionel Zinsou rejoint Paribas Affaires Industrielles (PAI) en 2008 au comité exécutif en tant que N°3, et en devient le PDG en 2009, un an seulement après son arrivée. Il a restructuré l’un des fonds dont la taille avait été divisée par deux et a permis la levée de 3,3 milliards d’euros. Aussi, il fut responsable de la réorganisation du management dudit fonds.

Son engagement politique, de Matignon à premier ministre du Bénin

Si son parcours professionnel est déjà singulier et impressionnant, ce prodige touche-à-tout excelle aussi dans la voie politique. Ses premiers pas dans la sphère politique se font d’abord en tant que plume et membre du cabinet de Laurent Fabius alors premier ministre sous Mitterrand. En 2006, alors banquier chez Rothschild & Cie, le président Béninois Boni Yayi propose à Lionel Zinsou de rejoindre l’exécutif en tant que ministre de l’économie et des Finances. Ce dernier refuse mais accepte bénévolement un poste mineur de conseiller économique spécial qu’il occupe jusqu’en 2011.
Au cours de sa carrière en tant que banquier d’affaires, Lionel Zinsou a conseillé plusieurs gouvernements africains, ceux du Sénégal, du Bénin, du Burkina-Faso, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, et du Cameroun.
Lorsqu’en juin 2015 le président Boni Yayi le nomme Premier Ministre, la nomination crée une véritable surprise. D’autant plus que ce poste n’existe pas constitutionnellement au Bénin, le président étant chef de l’Etat et du gouvernement. Lionel Zinsou est nommé dans un contexte difficile. En effet, le président Béninois est de plus en plus impopulaire et il ne lui reste plus que neuf mois avant la fin de son mandat non renouvelable.
Dès lors, Lionel Zinsou, premier ministre, participe à la mise en œuvre d’un régime d’assurance maladie. Il apparait rapidement comme étant le dauphin du président Boni Yayi puisqu’il se présente dans la foulée à l’élection présidentielle du Bénin. Toutefois, en un délai aussi court, l’ex patron de PAI Partners n’a pas le temps ni de faire ses preuves ni de se faire connaitre et il est battu par son adversaire Patrice Talon à l’issue du second tour de l’élection présidentielle béninoise.
De retour en France, en pleine campagne présidentielle de 2017, Lionel Zinsou reprend part à la vie de la cité cette fois en faisant partie des conseillers d’Emmanuel Macron sur les affaires étrangères durant sa campagne. Lionel Zinsou supporte le candidat à la présidentielle qu’il a rencontré chez Rothschild.

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Un Afro-optimiste

Le franco-béninois a toujours porté à cœur les intérêts du continent africain et du Bénin plus particulièrement. Il explique dans un entretien au journal en ligne Terangaweb avoir toujours pris en compte le facteur Bénin dans ses choix de carrière : « Je n’ai pas voulu passer le concours de l’École nationale d’administration car je ne souhaitais pas devenir fonctionnaire français d’autorité. J’ai toujours eu la volonté d’avoir un métier que je pourrais un jour exercer au Bénin ».


M.Zinsou se décrit comme un « afro-optimiste » : il est très attaché au développement de l’Afrique. Il estime que le continent est à la veille d’un « tsunami industriel ».
« Il y aura trois vagues qui provoqueront un tsunami industriel. Certains pays sont déjà acteurs dans les échanges internationaux : les éléments de cockpits d’Airbus fabriqués en Tunisie ou ceux des réacteurs de Safran au Maroc illustrent leur intégration dans les chaines de valeurs mondiales. L’autre vague, la plus forte, viendra de la satisfaction des besoins africains : automobiles, ciment, agroalimentaire… Enfin, troisième vague : la délocalisation, pour profiter d’éléments de compétitivité en Afrique. Et là, « le continent se substituera à l’Asie » déclare-t-il à RFI et Jeune Afrique en 2014.

Le franco-béninois est très préoccupé par les questions relatives au développement de l’Afrique. Dans cet esprit, il crée plusieurs fondations, dont l’une sous l’impulsion du gouvernement de François Hollande, AfricaFrance, dont le but est d’aider les projets entrepreneuriaux, les entreprises et l’économie du développement en Afrique.
À titre d’exemple, la fondation collabore avec celle de Jean-Louis Borloo dont l’objectif est d’électrifier tout le continent. Pour rappel, trois habitants sur quatre n’ont toujours pas d’électricité en Afrique. Des entreprises comme Danone et Mars ont contribué à hauteur de 120 millions d’euros pour investir dans l’agriculture à travers la fondation.

Porté par le même intérêt, il crée la fondation Zinsou en 2005 pilotée par sa fille Marie-Cécile. Cette fondation est réputée pour ses expositions et ses collections d’art contemporain africain. Par ailleurs, la fondation promeut l’accès à la culture en envoyant des bus à Cotonou au Bénin permettant aux enfants de visiter des expositions gratuitement.

En 2013, Lionel Zinsou rejoint le conseil des affaires étrangères du Quai d’Orsay. Cette instance lui permet une fois de plus de participer activement aux relations entre la France et le continent Africain.

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Un homme animé par le débat d’idées :  La présidence de terra nova

« En Europe comme en Afrique, et indissociablement, j’ai toujours considéré comme essentiel de participer au débat public au sein des forces progressistes » déclare l’ancien premier ministre.

Lionel Zinsou a toujours eu à cœur le débat d’idées. Il publie en 1985, Le fer de lance : essai sur les nationalisations industrielles.
De même suite à la demande du Président de la République, François Hollande, il rédige un rapport Mémoire de l’esclavage, devoir d’avenir dans le but de préfigurer une fondation pour la mémoire de l’esclavage.
L’ex premier ministre est aussi président de la fondation de l’École Normale Supérieure dont l’objectif est de développer et soutenir les activités de recherche et formation de l’ENS.
Il a toujours été proche des cercles de réflexion et a siégé près de dix ans au Conseil de surveillance du journal Libération.

C’est tout naturellement par son parcours, ses idées et ses actions que l’ancien premier ministre est choisi comme président du think tank progressiste Terra Nova en 2017. « Nous recherchions un progressiste, ouvert sur le monde, en prise avec les réalités économiques et qui s’intéresse à la vie des idées » déclare Thierry Pech, directeur général de Terra Nova. Le think tank pro-européen défend les valeurs de la social-démocratie. La proximité de Lionel Zinsou avec Emmanuel Macron aussi bien sur le plan personnel qu’idéologique permet aussi de reconfirmer l’orientation libérale progressiste du think tank qui tente de s’éloigner du PS.

Pour certains, à tout juste 62 ans, Lionel Zinsou semble être sur la fin de sa carrière. Mais son parcours riche d’expériences nous enseigne que le banquier, investisseur, politiciens, auteur, conférencier, économiste ne s’arrête jamais. Quelle autre fonction va-t-il ajouter à son CV ô combien impressionnant ?

Mamadou Dembele, étudiant à Dauphine et contributeur du blog AlumnEye