Du conseil en stratégie à l'univers de la mode : rencontre avec Olivier, fondateur d'Office Artist

Après avoir côtoyé les bancs de Dauphine, de la Bocconi ou encore de LSE, Olivier Cothenet se lance dans une carrière dans le conseil en stratégie. En 2009, il obtient sa place chez A.T. Kearney, où il reste deux ans. De retour d’une mission en Argentine, Oliver est décidé : il va monter sa propre marque de chemises pour hommes, Office Artist. 

Retour sur son parcours plein d’enseignements.

Bonjour Olivier, tout d’abord peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours professionnel ?

Je m’appelle Olivier et j’ai 32 ans. J’ai fait mes études à Dauphine et à la London School of Economics et je me suis dirigé vers un parcours en conseil en stratégie, plus précisément dans le marketing de grande consommation. Pour mon dernier stage, j’ai été assistant du Directeur Général chez Hediard. Après mes études et mes nombreux stages, je suis resté consultant plus de 2 ans chez AT Kearney à Londres, jusqu’à ce que l’on me propose une mission de conseil en Argentine très enrichissante pendant 4 mois. Une fois rentré en France, j’avais envie d’entreprendre. Et c’est là que ma marque Office Artist est née.

 

Tu as fait du conseil en stratégie chez AT Kearney alors que tu viens de Dauphine, qui n’est pas target pour ce type de cabinet. Peux-tu nous expliquer ta démarche pour contourner ce problème ?

Dauphine n’est pas target, mais n’est pas non plus à des kilomètres de l’ESCP. J’ai vite fait le diagnostic de mes chances de rentrée en stratégie, et elles étaient en effet faibles. Pourtant, j’ai postulé à LSE, et j’ai fait des stages en rapport avec le conseil en stratégie, pour avoir un CV cohérent avec mon projet de parcours. J’ai également fait beaucoup de networking pour créer mes opportunités notamment à Londres, et consulté des forums pour comprendre la réalité du process de recrutement. C’était compliqué car à Dauphine, je n’avais pas d’alumni pour m’expliquer tout cela et me donner les bons conseils pour réussir. Le Forum Hardware m’a beaucoup aidé pour discuter avec des gens du métier et obtenir quelques conseils. J’ai dû démarcher pendant plus de 2 ans avant de rentrer en conseil. J’ai cherché à Paris et à Londres fin 2009, et la crise financière ne m’a pas aidé.  J’ai eu 2 opportunités : une au BCG à Paris, où j’ai atteint le final round des entretiens mais ils n’avaient pas réellement besoin de quelqu’un, puis chez AT Kearney à Londres. Ils m’ont proposé une offre qui ne commençait pas avant quatre mois, alors j’en ai profité pour voyager un peu avant de commencer chez eux. En arrivant, je m’étais extrêmement bien préparé, j’avais fait beaucoup de cas, et beaucoup de personnes m’ont aidé à m’entraîner. Lorsque l’on ne vient pas d’une école cible, il faut mettre les chances de son côté et travailler dur sans se démotiver.

 

Tu es formateur AlumnEye sur le conseil en stratégie : quelle est selon toi le domaine où les candidats ont souvent le plus besoin de progresser pour leurs entretiens ?

Ce qu’on donne le plus chez AlumnEye, c’est une méthode, une façon de progresser. On a cette capacité à accompagner les élèves et à leur donner les outils qui leur permettront de progresser plus vite. En 2 sessions de 2h, on les entraîne sur 4 différents cas, la progression est donc très forte et le travail beaucoup plus efficace qu’en étant seul. La plupart des candidats a plus de mal en fit mais ont les capacités pour progresser en travaillant les cas. Cependant, il ne faut pas se contenter du minimum, il faut être excellent. Il faut penser aux questions que le recruteur va se poser en vous voyant : Est-ce que j’ai envie de présenter cette personne à un client important ? Est-ce quelqu’un de sympa avec qui j’ai envie de travailler ? L’aspect social demandé n’est pas toujours acquis mais peut être travaillé. On cherche des personnes capables de construire des réponses à valeur ajoutée, et d’interagir avec des interlocuteurs de tous niveaux, dans beaucoup de situations différentes. Il faut savoir quel comportement adopter lors d’une conversation autant avec le CEO qu’avec des salariés et donc s’adapter à ses interlocuteurs.

 

Quelle est la plus grande différence en termes de business que tu as pu constater lors de tes missions entre Londres et Paris ?

Londres est beaucoup plus internationale, et plus sélective. Un sortant de HEC va toujours postuler à Paris et à Londres, un sortant de la Bocconi va toujours postuler à Milan et à Londres. Les bureaux sont costauds, et servent de véritables hubs pour les internationaux. Il est plus facile d’avoir des consultants à Londres pour les envoyer dans les Nordiques que le contraire par exemple.

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Qu’est-ce qui t’a donné envie de monter ta propre marque de chemise ?

Tout d’abord, j’avais vraiment envie d’entreprendre, et d’être mon propre patron. Après des années en tant que consultant en stratégie pour de grandes entreprises, je me suis rendu compte que les métiers du conseil ne me permettaient pas de couvrir tous les aspects du lancement d’un projet, surtout en tant que Junior, puisque les missions n’excèdent pas 4 mois. En montant ma boîte, j’étais à même de mener à bien mon projet de A à Z. J’ai pu m’occuper autant du développement, que de la commercialisation et du financement, et ainsi avoir une vraie vision opérationnelle sur la création d’une entreprise.

Dans un second temps, j’ai voulu créer ma propre marque de chemises car c’est un produit que j’affectionne et que je mets beaucoup. L’avantage de la chemise selon moi, c’est que l’on peut rester monoproduit et couvrir pour autant, tous les styles de looks. Office Artist mêle le décontracté avec des chemises en jean par exemple, au formel, avec des chemises plus sobres et aux tissus plus nobles .

De plus, c’est un secteur dans lequel le marché est large, où les clients sont fidèles, et les marges sont existantes.

 

As-tu toujours été attiré par le milieu de la mode et du textile ?

Je n’ai pas spécialement été attiré par le milieu de la mode auparavant, mais j’aime beaucoup le vestiaire masculin, et je prends du plaisir à m’habiller.

 

Toi qui étais anciennement consultant, quels ont été les changements les plus marquants lors de ton passage de consultant à entrepreneur ?

Premièrement, j’ai commencé à travailler tout seul. En termes d’organisation du travail, et de temps consacré au projet, ça change beaucoup. Finalement, le travail de consultant est assez similaire à celui d’un entrepreneur. On doit être débrouillard et pragmatique. Quand on commence un projet, on est face à une feuille blanche et l’on se pose beaucoup de questions : que faire ? Comment commencer ? Je pense que c’est ici que le métier de consultant m’a vraiment aidé dans la création de mon entreprise, car j’ai acquis grâce à celui-ci, une capacité à m’organiser et à me débrouiller qui sont importantes à l’entreprenariat, au même titre que le fait de devoir être à l’aise au niveau social.. Si je n’avais pas été consultant, je ne m’y serais certainement pas pris de la même manière. Le conseil en stratégie m’a permis d’avoir un certain recul sur le secteur du fashion qui m’était inconnu, et de pouvoir mieux l’appréhender, et mieux le comprendre.

 

La vie d’entrepreneur t’a-t-elle permis de prendre du recul sur certains anciens dossiers de conseil en stratégie ?

Oui, c’est assez intéressant. Ma compréhension des marges est vraiment différente de l’idée que j’en avais à l’époque. Quand on commence en conseil, les marges sont quelque chose d’assez figé. On a l’impression qu’on peut les bouger un peu, mais en réalité, elles restent corrélées au chiffre d’affaires. Si l’on décidait d’augmenter la marge,  on réduisait le chiffre d’affaires mais on augmentait le résultat. Au moment où j’ai créé Office Artist, j’ai découvert des possibilités d’actions sur les marges intéressantes. Je pensais qu’on ne pouvait pas révolutionner les marges.

J’ai aussi pu prendre beaucoup de recul sur ma capacité d’analyse en général, cela m’a permis de collecter beaucoup de données sur mes clients rapidement, et de bien structurer mon business.

 

Ce changement de voie a-t-il été spontané ?

En vérité, mon envie de changer de voie a été assez naturelle et soudaine à la fois. Je commençais à avoir fait un peu le tour du conseil, sur la forme et la maîtrise des outils. Il fallait que je me spécialise et je me suis rendu compte que je n’en avais pas spécialement envie. Le seul domaine qui pouvait m’intéresser était le Private Equity, mais 2009 n’était pas la meilleure période pour s’y lancer. Finalement j’ai trouvé presque logique l’idée de créer ma boîte, et c’est d’ailleurs quelque chose d’assez courant dans le monde du conseil en stratégie. Environ un quart des consultants finissent par créer leur boîte.

 

Quels sont les plus gros obstacles que tu as rencontrés lors de la création de ta marque ?

Le plus gros obstacle auquel j’ai dû faire face, c’était le financement. La mode, c’est un secteur assez difficile sur lequel les banques sont très frileuses. l’Etat peut financer quelques parties du projet mais uniquement avec le concours d’une banque. Tant que l’on n’a pas de prêt d’une banque, on n’a pas d’aide de la part de l’Etat. J’ai dû avoir entre 20 et 25 rendez-vous avec des banques pour finalement avoir un financement. J’ai rencontré un banquier intelligent qui a voulu m’aider. Le reste du temps, les banques ne font pas un travail incroyable.

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Quels sont selon toi, les points les plus importants à préparer avant de se lancer dans l’entreprenariat ?

L’important, c’est la rapidité d’exécution. Par exemple, ne pas passer 10 ans à préparer le projet mais commencer à le tester assez vite et être réactif en termes de prise de décisions. Il faut également créer un projet capable de répondre à une vraie problématique, une vraie demande. Il ne faut pas se préparer outre mesure, même si c’est intéressant d’avoir des financements assez rapidement car cet aspect-là prend du temps.

 

As-tu un conseil à donner à des étudiants voulant se lancer dans la création de leur marque de vêtements ?

Envoyez-moi un email ! Je serais ravi de partager mon parcours avec vous plus en détails et de vous conseiller dans votre projet.

 


Bankin, la fintech française aux 2 millions d'utilisateurs

C’est une interview inédite que nous vous proposons. Vous utilisez sans doute l’application Bankin dans votre quotidien mais qui se cache derrière ? Nous vous proposons le portrait de Joan BURKOVIC, fondateur de cette startup incontournable de la fintech. Une interview qui met en lumière cet entrepreneur unique. L’occasion de découvrir son parcours riche en enseignements, et son analyse de l’univers des fintechs.

Pour commencer, la rumeur dit qu’AlumnEye et Bankin étaient voisins dans les couloirs de l’incubateur de l’ESSEC, c’est vrai ?

Oui c’est véridique. J’y ai rencontré Mike et aujourd’hui nous vivons la même aventure, c’est toujours agréable de suivre nos évolutions et de prendre des nouvelles.

 

Quel est votre parcours ?

Mon parcours scolaire commence par un BAC Scientifique à Chantilly, ville dans laquelle j’ai grandi, puis j’ai poursuivi mes études à HEC Lausanne (ayant la double nationalité franco-suisse) pendant deux ans et à HEC Montréal une année. Cependant, après ces trois ans en école j’ai décidé de me consacrer à ma passion, la musique. En 2008, j’ai décidé de reprendre les études en passant le concours des admissions parallèles, grâce auquel j’ai intégré l’ESSEC. Pendant ma scolarité j’ai créé « Plaidessec », le concours d’éloquence de l’ESSEC, qui a d’ailleurs toujours lieu. Mais c’est durant un cours de chinois que j’ai rencontré Robin Dauzon avec qui j’ai créé Bankin. On avait tous les deux des compétences complémentaires puisque lui était ingénieur en informatique après des études à EPITA. Notre première création fût « Ebay Sniper », il s’agissait d’un logiciel sur Ebay qui posait une enchère à la dernière seconde si le prix maximum qu’on s’était fixé n’était pas atteint. Ce premier projet nous a permis de récolter une petite mise de départ pour notre second projet, Bankin. Nous avons créé Bankin à partir d’un constat personnel : en tant qu’étudiants on a toujours eu du mal à gérer notre argent donc nous nous sommes naturellement tournés vers cette problématique de la gestion d’argent.

Bankin c’est quoi ? Quelques chiffres à partager sur l’application ?

A la création de Bankin en 2011, nous nous sommes fixés une mission : simplifier la gestion d’argent. A l’époque, nous étions quasiment la seule application permettant de consulter ses comptes bancaires directement sur son smartphone, et ce, bien avant la plupart des banques. Au lancement de notre projet on nous répondait qu’il n’allait pas fonctionner, que personne ne téléchargerait l’application mais ce fût un vrai succès, nous avons eu des milliers de téléchargements.
Aujourd’hui nous avons 2 millions d’utilisateurs répartis en France, Allemagne, Espagne et Angleterre et plus de 350 banques compatibles avec l’application. Nous sommes devenus l’application leader de la gestion d’argent grâce à notre équipe de 40 personnes qui réalise un travail remarquable.

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Quels sont vos enjeux du moment ?

Continuer notre mission de base, c’est-à-dire aider les gens à gérer leur argent. Pour cela nous développons de nouvelles fonctionnalités à notre application comme la dernière qui permet d’effectuer des virements. Mais on se tourne également vers le conseil, nous créons un coach virtuel pour aider nos clients à gérer leur argent. Par exemple, le coach virtuel conseille d’effectuer des virements entre comptes afin d’éviter des découverts. On souhaite continuer sur notre idée de départ, c’est-à-dire rendre la gestion de son argent plus simple.

Quel avenir pour Bankin ?

On souhaite devenir le leader Européen incontesté du conseil financier sur mobile d’ici 3 ans.

Votre plus grande fierté ?

Deux choses me rendent fière. La première c’est notre équipe, grâce à qui nous sommes à la pointe de l’innovation, aucune autre entreprise ne sait faire ce que l’on fait, nous sommes les premiers sur le marché. La deuxième chose c’est la fierté d’aider les gens. Nous avons plus de 20 000 commentaires 5 étoiles qui montrent que notre service a un fort impact dans le quotidien de nos utilisateurs. L’argent est un sujet compliqué, anxiogène et ennuyeux, et nous le rendons simple, positif et agréable. 

Votre plus grosse galère ?

Les 7 premières années. Nous nous sommes attaqués à un secteur pas toujours accueillant à la venue de nouveaux acteurs innovants. Je passe beaucoup de temps à faire du lobbying pour créer un environnement favorable à l’innovation des fintechs. De plus la gestion interne de nos finances fût stratégique, il fallait être malin et faire les bons choix car nous avons vécu 6 ans avec seulement 1,4 million d’euros, ce qui est très peu pour une start-up qui fait du B2C. Nous avons fait notre première levée importante avec 7 millions d’euros qu’en début d’année 2017.

 

L’Europe a voté en 2015 une résolution pour un secteur financier européen plus concurrentiel et plus innovant. Avoir un marché unique connecté est l’une des priorités politiques de la commission Juncker. La réglementation bancaire est-elle un outil de blocage au service des banques traditionnelles, ou une opportunité pour vous et pour les Fintechs ?

Comme beaucoup de startups de la Fintech à la pointe de l’innovation, nous évoluons depuis 7 ans dans un cadre juridique et réglementaire complexe avec beaucoup d’incertitudes. Mais à partir du 13 Janvier 2018 Bankin est dorénavant reconnu officiellement comme un « établissement de paiement ». Nous respectons donc un cadre réglementaire très stricte, mais officiel au même titre que les banques. Et surtout, cette réglementation nous facilite un accès à plus de 4000 banques dans toute l’Europe.

Quel conseil pour un ingénieur qui sort d’école et est attiré par les Fintechs ?

Tout d’abord ne pas croire qu’il faut connaitre la finance pour entrer dans la Fintech. Chez nous les ingénieurs n’ont pas travaillé en finance auparavant mais ils ont déjà travaillé sur des applications ou sur des technologies innovantes. La Fintech recherche des personnes passionnées prêtes à relever des défis et à apprendre constamment. De plus les innovations en Fintech BtoC sont immédiatement utilisées par des millions de personnes avec un impact direct dans la vie au quotidien. 

Quel conseil pour son homologue d’école de commerce qui ne touche pas une bille en code mais s’intéresse aux Fintechs ?

Il faut absolument avoir un esprit entrepreneurial. Les Fintechs sont des startups innovantes, il faut aimer être en constante évolution, aller vers l’inconnu, tester de nouveaux produits, échouer et réessayer. Il faut aller vite, très vite !

LA4Lire aussi : Liste des startups où postuler après de la finance ou du conseil

Un message à faire passer aux lecteurs du blog AlumnEye ?

C’est un message pour les 20-35 ans : ne pas hésiter à tenter, c’est maintenant qu’il faut le faire !  C’est un âge où l’on est assez libre de tester des choses car on n’a pas encore de vie de famille ou des impératifs financiers importants. Si on ne tente pas les choses à cet âge, on ne le fera peut-être jamais. C’est aussi important de dire que ce n’est pas grave de se planter, tout essai est bon pour apprendre.
Deuxième message, si les lecteurs veulent participer à une aventure innovante à fort impact ne pas hésiter à aller voir la section job de notre site bankin.com et à postuler.

 

Merci à Joan Burkovic d’avoir accepté de répondre à nos questions !

Interview réalisée par Arthur Pointet, étudiant à KEDGE Business School et contributeur du blog AlumnEye


Thierry Chetrit, fondateur de Clairfield International : de l'audit à la banque d’affaires midcap

C’est un portrait inédit que nous vous proposons. Le portrait de M. CHETRIT, directeur de Clairfield International, banque d’affaires midcap qui a pour particularité d’être présente dans plus de 20 pays ! Une performance peu commune pour cet entrepreneur ayant démarré dans l’audit. L’occasion de découvrir son parcours riche d’enseignements.

Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je suis Thierry CHETRIT, 53 ans, directeur général de Clairfield International et Vice-Chairman de Clairfield International WW. Je suis né à Paris et j’ai grandi à La Courneuve dans le 9-3. Les mathématiques m’ont facilité le parcours scolaire, notamment en m’amenant en math sup sans réfléchir, avant de diriger vers des matières plus concrètes, le commerce et la finance, c’est ainsi que je me suis dirigé vers une école de commerce. 

 

De l’audit à la banque d’affaires

Mon parcours commence en tant qu’auditeur chez PwC en 1987 et ce pendant trois ans. J’ai ensuite rejoint BBDO, agence de publicité du groupe Omnicom coté à Wall Street. J’ai débuté en tant que Directeur Financier Adjoint, puis par la suite je suis devenu Directeur Financier et enfin Directeur Général France. Durant ces huit années chez BBDO, j’ai essayé d’être moteur dans le développement du groupe en France avec une grande liberté et responsabilité que me confiaient les actionnaires américains. C’est ainsi que j’ai mené douze acquisitions en quelques années.
Ayant fait le tour de la « pub » et dans la conjoncture économique des années 90 avec le boom des nouvelles technologies, associé à une certaine fibre entrepreneuriale inassouvie, j’ai décidé de lancer mon propre cabinet de conseil en NTIC : Intuitu Capital. Au démarrage, mon ambition était le financement et l’accompagnement de start-ups du web, mais nous étions également positionnés sur du M&A. 2001, explosion de la bulle internet, les financements disparaissent et l’écosystème start-ups s’arrête. J’ai donc décidé de faire évoluer Intuitu Capital vers une activité de M&A généraliste, et non plus centrée sur les NTIC. Pour franchir ce pas stratégique, j’ai repris la franchise Translink en France 2002.

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Qu’en est-il de la création de Clairfield International ?

Translink était une entreprise très internationale, j’y ai rencontré quatre structures homologues, trois européennes et une américaine avec qui j’ai décidé de fonder Clairfield International.
Notre ambition en créant Clairfield International était de devenir un acteur de référence dans le conseil en fusions-acquisitions sur le mid-market, c’est-à-dire des entreprises entre 10 et 500 millions d’euros de valeur, avec une particularité très forte : la capacité à mettre au point des transactions « crossborder ».
Pour ce faire, nous avons étoffé notre présence à l’international avec 35 bureaux répartis dans 25 pays. C’est à la fois une structure stable avec la puissance d’un groupe international regroupant 400 personnes mais aussi une entreprise entrepreneuriale, agile où l’on retrouve une diversité de profils.

 

Quelle est votre politique de recrutement ?

Aujourd’hui nous recrutons à tous les niveaux : d’analystes débutants, y compris stagiaires, aux seniors expérimentés.
Nous recherchons essentiellement des stagiaires en fin d’études ayant une vision claire de leur envie professionnelle et très motivés par les métiers de la banque d’affaires. Nos stages de fin d’études peuvent donner lieu à une embauche. Nos stagiaires sont intégrés à nos équipes, 28 personnes en France, pas de stage photocopie ou café, ils travaillent avec des directeurs, des chargé d’affaires, des partners, c’est une réelle opportunité d’avoir une interaction forte avec nos équipes, notre clientèle et l’environnement : fonds d’investissement, banques…
Compte tenu de notre fort développement, plusieurs postes sont également ouverts pour les seniors.

 

Après la crise de 2009 : tous les feux sont à nouveau au vert ?

Oui, plusieurs facteurs matérialisent le fait que les feux sont repassés au vert.
Le premier facteur est l’excès de liquidités. Cet excès favorise les marchés financiers mais aussi celui du M&A, car les fonds d’investissements et les grands groupes disposent de liquidités importantes et ont la volonté, voire la contrainte, de les investir pour accélérer leur développement ou pour déployer les fonds qui leurs sont confiés par les institutionnels. Pour les levées de fonds, il est nécessaire de distinguer le capital-développement dont le but est de financer le développement d’entreprises matures, opérations que nous pilotons en tant que banquiers d’affaires, et le venture capital qui consiste à financer en amont des start-ups. Nous n’intervenons pas là-dessus mais je le fais à titre personnel comme avec le réseau social business « shapr » dans lequel j’ai investi. Le secteur des levées de fonds (venture capital et capital development)se porte bien profitant aussi de l’excès de liquidités.

Le second facteur se situe du côté des cibles, les entrepreneurs désireux de vendre leur entreprise. Jumelé a une bonne conjoncture économique, les rentabilités sont au rendez-vous et les valorisations aussi en conséquence. En 2012, François Hollande avait déclaré « Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance », avec la loi des finances de 2013 cela avait créé un blocage du marché. Cependant le marché commence à se débloquer à partir de 2014 : la France retrouve un taux de croissance de 1%, l’actualité politique est favorable avec l’élection d’Emmanuel Macron et une nouvelle loi sur la fiscalité prévue pour 2018 (taxe forfaitaire de 30% sur les revenus du capital, baisse de l’IS à 25%…). Cette « flat tax » de 30% sur les plus-values devrait contribuer à faciliter la prise de décision de vendre sur le plan fiscal. 

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La banque d’affaires s’engage socialement

Comme cela arrive en France, les métiers d’argent n’ont pas toujours bonne presse. Certes nous aidons des entreprises dans leur développement et des entrepreneurs dans leur réussite, mais nous voulons aussi démontrer à quel point le développement économique a un impact social majeur, en particulier dans les quartiers difficiles. C’est pour cela que Clairfield International est impliquée dans un projet sociétal fort. J’accompagne étroitement , et gracieusement,  le fonds Impact Partenaires, fonds d’impact social, qui a vocation à financer la création d’entreprises dans les quartiers. Les cités possèdent de nombreux talents, des gens doués mais éloignés de la culture et des réseaux d’entreprises. Ce fonds a été créé pour les aider à entreprendre. Ce fonds gère dorénavant 110 millions d’euros et a déjà créé plus de 500 emplois et de nombreuses grandes entreprises, institutionnels et personnalités des affaires y ont investi en misant sur notre jeunesse ! 

 

Quel tip donneriez-vous à nos lecteurs ?

Si cela les intéresse, il faut qu’ils se fassent une idée des métiers de la banque d’affaires le plus tôt possible. Il faut faire des stages pour confirmer son appétence pour ces métiers. Ce sont des métiers passionnants dans lesquels il faut entrer le plus tôt pour s’y faire une place et y progresser vite ! 

 

Merci à Thierry Chetrit d’avoir accepté de répondre à nos questions !

Interview réalisée par Arthur Pointet, étudiant à KEDGE Business School et contributeur du blog AlumnEye


Trouver du sens dans l'Export Finance ? Hacina Py, une visionnaire à la Société Générale

Hacina Py est Responsable Mondiale du Financement Export à la Société Générale.

Basée à Paris, elle a accepté de répondre à nos questions sur son parcours, son métier et le sens qu'elle y trouve. Une interview rare et précieuse dans le contexte de recherche de sens de beaucoup de candidats.

 

Hacina Py, pourriez-vous présenter votre parcours ?

J’ai commencé à la Société Générale comme stagiaire en risque de crédit et j’y ai fait toute ma carrière. J’ai eu la chance d’enchaîner des expériences diverses et très enrichissantes : financement de bateaux de commerce, financements immobiliers en Belgique puis financements d’infrastructures de transport en Espagne…

De retour en France j’ai alterné les postes au front office en financements structurés et les postes transversaux internes : responsable des sujets risques (appétit pour le risque, politique de crédit, portefeuille sensible, etc), puis des ressources en capital et liquidité (modèles réglementaires, sujets stratégiques liés au business mix, etc).

Toutes ces expériences m’ont permis de construire un parcours solide : technique, international, commercial, stratégie… qui s’est avéré précieux à la prise de mon poste actuel en tant que Responsable Mondiale des Financements Exports.

 

Qu’est-ce que l’Export Finance et en quoi consiste votre métier au quotidien ?

Mon activité de Financement Exports consiste à aider les exportateurs des grands pays de l’OCDE à gagner des marchés dans les pays émergents en offrant à ces derniers le financement à long terme de leurs investissements :

  • Quand un grand exportateur français entre en compétition pour un contrat de vente d’équipements industriels, il sait que son acheteur ne peut pas payer cash et a besoin d’un financement à 10 ans ou plus.
  • Les banques ne peuvent pas toujours prendre de tels risques et se tournent vers les agences de crédit export (ECA ou Export Credit Agency en anglais).
  • Dans le contexte des financements exports, les Etats exportateurs savent que leurs industriels créent des emplois avec ces contrats exports et sont prêts à apporter leur soutien. Ainsi, quand un exportateur français gagne un contrat de vente à l’étranger, l’Etat français assure une partie du risque des banques à travers BPI France Assurance Export. Les banques sont confortées et structurent au mieux des intérêts de leurs clients les financements les plus adaptés.

Notre quotidien en Export Finance est très varié :

  • Rencontrer des clients exportateurs pour leurs expliquer les différents outils à leur service,
  • Rencontrer des clients importateurs (en général les Ministères des de l’Economie et Finances dans les pays émergents),
  • Faire des recherches pour comprendre les investissements à venir et appréhender les équilibres géopolitiques des différentes régions dans lesquelles nous opérons,
  • Se former aux développements juridiques, réglementaires, technologiques car nous vivons dans un monde en mutation et nous passons du temps à nous former,
  • Gérer différents aspects administratifs,
  • Ecrire des dossiers de crédit pour analyser les risques,
  • Gérer des documentations juridiques et mener des négociations commerciales,

La liste est longue et très intéressante !

Un impact très clair car nous voyons concrètement le résultat positif de nos actions

 

Comment en êtes-vous arrivée à travailler dans la division d'export finance ?

Je voulais être diplomate quand j’étais plus jeune, et je me suis toujours intéressée aux sujets de développement. Ce poste de responsable des financements exports était mon but depuis longtemps car il coche toutes les cases pour moi. Une belle équipe dans une douzaine de pays, des clients partout dans le monde, un impact très clair car nous voyons concrètement le résultat positif de nos actions : des ponts dans tel pays, des hôpitaux dans tel autre, des barrages hydraulique ou encore des éoliennes…

 

Quels sont les plus gros challenges du métier de l'export finance ?

Nous travaillons dans un environnement sensible, avec des pays où le risque peut être élevé pour des raisons de manque de transparence. Nous sommes très vigilants. Les conflits régionaux sont également des sources de complication. Nous sommes très attentifs aux aspects géopolitiques et à leur évolution. La réglementation est aussi un sujet à surveiller car elle peut impacter très négativement nos opérations.  Tous ces challenges sont autant de sujets passionnants à comprendre et à piloter.

 

Quelles sont les différentes étapes d'un deal de financement ?

Dans le sens des aiguilles d’une montre, en commençant par « Client and credit », voici les différentes étapes techniques en partant des premiers contacts avec les clients jusqu’à la conclusion des contrats juridiques, pour finir au décaissements du prêt accordé. Ce schéma montre les disciplines auxquelles nous faisons appel :

 

Avec quelles autres divisions avez-vous besoin de travailler ?

Nous travaillons avec les financements de projets le cas échéant, avec la salle des marché pour le hedging, avec la direction des risques, avec nos juristes, nos responsables des opérations, etc comme indiqué sur le schéma ci-dessus.

 

Quelles qualités un étudiant désirant travailler en financement export doit-il avoir ?

Nous cherchons des personnalités ouvertes (aux autres cultures, aux différents profils avec qui nous coopérons, aux idées nouvelles), patientes (nous travaillons sur le long terme), créatives, responsables, engagées et aimant travailler en équipes.

 

Quels aspects du métier de l'export finance sont les plus excitants pour un jeune diplômé ?

Travailler sur des projets concrets, être dans l’économie réelle et avoir un véritable impact positif sur le monde, c’est passionnant et c’est ce qui plait le plus en premier lieu.

Ensuite les jeunes recrues goûtent au plaisir d’apprendre des techniques de financement structuré, de faire partie d’équipes multinationales, de suivre le déroulement de négociations importantes…

 

Quels sont les sujets du moment dans l'export finance ?

Nous sommes passionnés par les enjeux de développement durable :

Comment atteindre les ODD ou SDG qui ont été établis par les Nations Unies en 2015 pour faire suite aux Millenium Development Goals mis en place en 2000 ?

Comment contribuer au financement des modèles de ville durable ?

Nous avons de nombreux sujets de R&D et espérons faire avancer les choses dans le monde tout en développant un business durable pour la banque.

 

Merci Hacina Py d'avoir répondu à nos questions !


Christine Lagarde, de la fusion acquisition au FMI

Première femme à diriger l’un des plus gros cabinets d’avocats d’affaires au monde, Baker & McKenzie, première femme ministre de l’économie parmi les pays du G7 et première femme à présider le Fond Monétaire International. Avec un tel parcours, difficile de faire l’impasse sur Christine Lagarde dans notre série de portraits sur les personnalités les plus en vue de la finance et de l’économie. Sa carrière professionnelle est remarquable en tout point. De la sphère privée au secteur public, elle parvient aussi à s’imposer sur le plan international. Qui est donc ce personnage atypique du microcosme politique français, celle que Dominique de Villepin surnommera la « femme providentielle de l’international » et qu’en est-il de son bilan au ministère de l’économie et au FMI ?

 

Un parcours marqué par la réussite

Christine Lagarde est dès le début baignée dans un environnement scolaire exigent. Fille d’un père universitaire et d’une mère enseignante, elle excelle en classe comme en sport, qu’elle pratique à haut niveau. À 15 ans, elle obtient une médaille de bronze au championnat de France de natation synchronisée. Après l’obtention de son bac, elle effectue un an de scolarité aux États-Unis, où elle découvre la politique en effectuant un stage au Capitole à Washington. Elle y développe un intérêt pour le continent Américain et un goût pour l’international. « Cette dimension m’a transformée en profondeur. Lorsque vous vous retrouvez seule dans une culture, une langue et un mode de fonctionnement qui vous sont étrangers, vous vous renforcez. » déclare-t-elle.

À son retour, elle enchaine les formations académiques : maîtrise d’anglais, maîtrise de droit des affaires, DESS de droit social, elle poursuit sa formation à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. Malgré son goût prononcé pour les études, elle échoue à deux reprises au concours d’entrée de l’ENA.

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Une avocate d’affaires hors norme

Équipée d’un solide bagage juridique, elle devient avocate au barreau de Paris et entame sa carrière au sein du prestigieux cabinet d’avocats Baker & McKenzie. En 25 ans de carrière, elle gravit les échelons jusqu’à prendre la présidence du comité exécutif de Chicago en 1999, avant de présider le comité stratégique monde en 2004. À 43 ans, Christine Lagarde fait partie des plus jeunes associés-gérants à gouverner ce cabinet d’élite, présent dans 35 pays. Sa position la place déjà comme l’une des femmes les plus influentes au monde selon Forbes. À l’apogée de sa carrière d’avocate, elle délaisse les affaires, par esprit Républicain, afin de défendre les intérêts de la France. « La France possède d’immenses talents et d’extraordinaires savoir-faire ; ça valait la peine de tout lâcher pour ce projet-là, changer le regard des étrangers sur la France, valoriser notre pays. » dit-elle.

 

« Meilleur ministre de l’Economie de la zone euro »

C’est en 2005, à la demande de Dominique de Villepin, que l’avocate décide d’abandonner sa carrière juridique aux États-Unis pour prendre ses fonctions en tant que ministre déléguée au commerce extérieur. Elle veillera notamment aux négociations au sein de l’OMC. À la suite de l’élection de Nicolas Sarkozy, elle reste au gouvernement et après un bref passage au ministère de l’agriculture et de la pêche, elle devient, en juin 2007, la première femme ministre de l’économie et des finances en France (et parmi les pays du G7). En pleine crise financière mondiale, le chantier qui attend Christine Lagarde est de taille.

Dès l’été 2007, des mesures sont prises notamment avec la loi Travail Emploi et Pouvoir d’Achat (TEPA) qui introduit une baisse de 60% à 50 % du bouclier fiscal, la défiscalisation des heures supplémentaires (le fameux « travailler plus pour gagner plus »), ainsi que la déduction des intérêts d’emprunts. Toutefois le bilan de ces mesures reste mitigé, d’autant plus que le gouvernement fait un pas en arrière sur le bouclier fiscal et la déduction des intérêts d’emprunts. En matière d’emploi, la ministre de l’économie pilote la fusion entre l’Unedic et l’ANPE pour créer Pôle Emploi.

L’objectif principal de la ministre est de favoriser la concurrence et la compétitivité. Cela se traduit notamment par la mise en place de la loi de modernisation de l’économie (LME), dans l’esprit du rapport de Jacques Attali. Celle-ci instaure le statut d’auto-entrepreneur, une réduction des délais de paiement pour les petites et moyennes entreprises, ainsi que l’instauration d’une libre négociation des tarifs entre fournisseurs et distributeurs. Il en ressort un fort succès pour le statut d’auto-entrepreneur (on en recense 1,075,000 rien que sur le deuxième trimestre 2015), de même pour la réduction des délais de paiement puisque le gouvernement affirme une réduction de délai de 10 jours. Cependant, les règles visant à diminuer les prix dans la grande distribution n’aboutissent pas aux effets escomptés.

Le contexte macro-économique marqué par la crise financière ne facilite pas le travail de la ministre. Cependant, sa gestion de la crise bancaire, sa persévérance remarquée dans le sauvetage de Dexia, comme son abnégation active lors des sommets du G20, permettent d’une part à la France de surmonter la crise avec moins de difficultés que les autres pays, et d’autre part à Christine Lagarde de façonner sa stature internationale. Son travail est massivement salué par la communauté internationale, le Financial Times en 2009 va même jusqu’à la consacrer ministre des finances de l’année.

 

La construction d’une stature internationale

Femme, française, avocate dépourvue de formation universitaire en économie, comme d’expérience professionnelle en banque centrale ; a priori rien ne prédestinait Christine Lagarde à prendre les rênes de cette institution internationale. Mais, une fois de plus, la « femme providentielle de l’international » parvient à s’imposer. Depuis la crise des subprimes, elle a participé à toutes les réunions de premier rang permettant d’éviter le naufrage économique pressenti. Présidant le G20 finance, elle fait preuve de consensus avec les pays émergeants afin de corriger les inégalités. Ainsi, elle a pu démontrer ses talents de négociatrice hors pair et gagner ses galons. Désormais, la ministre possède la légitimité nécessaire afin d‘entrer dans la course à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI.

 

Première femme présidente du Fond Monétaire International

Le 5 juillet 2011, elle devient officiellement la nouvelle présidente du Fond Monétaire International. Risque de défaut de la Grèce, guerre des taux de change, nouvelles réclamations des pays émergeants, les dossiers qui attendent Christine Lagarde au FMI sont explosifs.

La première difficulté de la nouvelle patronne est la crise grecque. Si dans un premier temps le FMI est souvent décrié et pointé du doigt, c’est l’Allemagne d’Angela Merkel qui prendra le relai. Dans la gestion de ce dossier, la position de Christine Lagarde est à double sens. D’un côté, c’est la rigueur qui est préconisée au risque d’asphyxier le pays de jour en jour. De l’autre, l’institution défend une restructuration de la dette considérée comme insolvable. Sous l’impulsion de la présidente, le FMI participe à un plan d’aide de 28 milliards d’euros avec pour objectif d’éviter coûte que coûte le « Grexit ». Dès lors, la présidente du FMI sort de ses prérogatives au risque de renforcer un défaut de paiement. Le pire fut évité mais l’économie grecque s’est écroulée du fait des politiques d’austérité imposées. Le premier ministre grec Alexis Tsipras va même jusqu’à qualifier la responsabilité de l’institution de « criminelle ». Aujourd’hui la situation s’est sensiblement améliorée, il n’en est pas moins que l’avenir du pays reste incertain.

À défaut d’avoir modifié la doctrine libérale du Fond, la présidente du FMI peut être saluée pour le vent nouveau qu’elle apporte à l’institution. En effet, elle redore l’image de l’institution après le scandale DSK. L’avocate d’affaires, qui cultive l’élégance française, tout en maniant parfaitement la langue de Shakespeare, a séduit les médias du monde entier et contribué à humaniser l’image du FMI dont les politiques ultralibérales sont controversées.

Dans cet esprit d’innovation, elle mène une réforme qui donne plus de pouvoir aux pays émergents. La Chine ne possédait que 3,8 % de droits de vote au conseil d’administration, contre 6% actuellement, l’Inde, la Russie et le Brésil ont aussi gagné au change. Cette avancée est favorablement accueillie, d’autant plus qu’elle était nécessaire pour éviter la création d’institutions concurrentes comme la Banque Asiatique d’Investissement.

Elle introduit de nouveaux sujets dans les préoccupations du FMI : la place des femmes dans la société, les inégalités sociales, le réchauffement climatique. « Nous sommes arrivés à la conclusion que les inégalités fortes constituaient tout d’abord un frein à la croissance, une croissance durable, forte et équilibrée que chacun appelle de ses vœux. Si nous sommes logiques, nous ne pouvons pas admettre que ces fortes inégalités perdurent », déclara-t-elle.

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Un nouveau défi : renouer avec la mission historique de l’institution

La mission historique du FMI est de s’assurer de la stabilité du système monétaire international. Il se doit d’éviter la guerre des monnaies à travers des recommandations aux banques centrales quant à leur politique des taux d’intérêt. Lorsque la FED augmenta ses taux directeurs en décembre 2016, des pays émergents comme le Brésil ont directement étés impactés par cette décision. Le rôle du FMI dans ce cas-là est donc de s’assurer que les décisions de la FED et la BCE ne déstabilisent pas le système monétaire, en particulier celui des pays émergents. À cet égard, l’action menée par Christine Lagarde au FMI est vivement critiquée.

 

Christine Lagarde est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes de la planète, au parcours remarquable. Si son image a pu être entachée par sa condamnation pour « négligence » dans l’affaire Tapie, elle a néanmoins su s’imposer et marquer par son style et ses réformes innovantes. Contribuant à redorer l’image de cette institution, de plus en plus critiquée, elle a été reconduite pour un second mandat de cinq ans le 19 février 2016 dans une période où « l’économie mondiale connaît un passage à vide », a annoncé l’institution dans un communiqué.

 

Mamadou Dembele, étudiant à Dauphine et contributeur du blog AlumnEye


Franck Ceddaha, Professeur & Partner : HEC, Sciences Po, DegroofPetercam

AlumnEye délivre des formations en finance et conseil avec une spécificité particulière : mettre des professionnels au coeur des formations, pour délivrer le point de vue de praticiens, loin d’une approche académique purement théorique.

C’est pourquoi nous sommes allés à la rencontre de Franck Ceddaha, Managing Partner chez DegroofPetercam et Professeur affilé au Groupe HEC et enseignant à Sciences Po Paris. Tout au long de sa carrière, M. Ceddaha a combiné l’enseignement et la pratique de la banque d’affaires, pour arriver au sommet des deux arts : Partner, Professeur et Auteur. Interview.

De Sciences Po et HEC à DegroofPetercam en passant par Oddo, pourriez-vous présenter votre parcours ?

Plus de 25 ans de banque d’affaires en quelques mots : 12 ans de Paribas (devenu BNP Paribas) puis 3 ans de banque américaine Donaldson Lufkin Jenrette  (devenu Credit Suisse), puis 9 ans comme Associé Gérant chez Oddo (devenu Oddo BHF), j’ai rejoint Degroof en 2013 devenu DegroofPetercam en 2015. Les fusions acquisitions touchent aussi les banques d’affaires !

Votre parcours en tant que banquier d’affaires est impressionnant : quelle opération vous a le plus marqué, et pourquoi ?

La dernière opération annoncée est toujours la plus marquante : chaque deal est une aventure humaine et son annonce publique est toujours un moment particulier dans la vie d’un banquier d’affaires, sans parler du closing dinner ! On oublie progressivement les autres avec le temps même si elles restent prestigieuses ou importantes.

Quel souvenir gardez-vous de vos 9 ans passés chez Oddo ? Quelle différence majeure voyez-vous avec DegroofPetercam ?

Mon passage chez Oddo a été l’occasion d’approfondir ma connaissance du riche tissu de belles PME/ETI familiales et de les aider dans leur développement. Le choix de rejoindre la banque belge privée DegroofPetercam s’inscrit dans cette logique mais avec une dimension européenne plus affirmée et une culture très ancienne de banque privée au service des groupes familiaux.

Vous êtes aujourd’hui professeur de finance à HEC et Sciences Po, qu’est-ce qui vous a conduit à prendre le chemin de l’enseignement ?

Ma rencontre avec Pierre Vernimmen disparu trop tôt a été déterminante dans ma carrière professionnelle et dans ma vocation d’enseignant. J’essaie de faire partager à mes étudiants son charisme intellectuel et les grands concepts de finance d’entreprise qu’il m’a appris et que j’utilise au quotidien dans mon métier de banque d’affaires.

Sentez-vous une perte d’appétit des étudiants pour les métiers de la finance ?

Pour l’instant non, quand je vois le nombre d’étudiants qui suivent mes cours et au nombre de candidatures que nous recevons ! On est revenu à des niveaux pré-chute de Lehman Brothers ! En revanche, cette nouvelle génération plus féminine, plus exigeante mais aussi plus équilibrée dans la gestion de son temps de travail,  a soif d’être envoyée plus rapidement en clientèle et de mettre des deals sur son CV, ce qui est sain.

Quel conseil donnez-vous à vos étudiants qui souhaitent aujourd’hui s’orienter en finance ?

Etre exigeant sur la qualité des gens avec qui vous allez travailler ! Ne vous laissez pas griser par la marque et ouvrez les yeux sur le track-record de l’équipe et la personnalité des gens que vous allez côtoyer. Vous allez passer plus de temps avec eux qu’avec ceux que vous aimez et donc cela vaut le coup d’y réfléchir !

Quels sont selon vous les challenges du métier de la banque d’affaires pour la nouvelle génération de banquiers ?

La banque d’affaires devient pour certains une sorte de sous traitant ancillaire dédié à la gestion à distance d’un deal assorti de travaux d’évaluation sur tableur !  C’est à l’opposé de ma conception qui est celle d’un vrai rôle de banquier conseil (trusted advisor en franglais) qui donne un avis indépendant à son client sur un projet d’opération financière (acquisition, financement, cession , IPO…) ce qui n’est pas toujours facile au vu de la volatilité des marchés financiers ! Cela nécessite de solides compétences. Rien ne remplace l’expérience et la compréhension détaillée des enjeux de l’entreprise !

La 5e édition de votre livre Fusions-Acquisitions est parue en Juillet 2017, quel est l’objectif de cet ouvrage, et à qui s’adresse-t-il ?

Ce livre est un mélange de mes deux vies : ma vie de professeur et ma vie de banquier d’affaires. Les 21 chapitres de cette 5e édition décrivent dans un style vivant le déroulement des différentes étapes d’une opération de M&A d’un point de vue théorique et pratique, avec le souci constant de la clarté pédagogique et le recours à des exemples récents de transactions financières.

Prix: Rupture de stock

Avez-vous un ou plusieurs autres ouvrages à recommander ?

En Finance ou en général ? La dernière édition du manuel Finance d’Entreprise de P. Vernimmen auquel j’ai contribué pendant plusieurs années n’est jamais loin de mon bureau ! Tout comme la dernière édition du Valuation de Tim Koller (McKinsey)…  Pour le reste chaque étudiant devrait lire La promesse de l’aube de Romain Gary pour mesurer la richesse d’une vie !

Découvrez ces ouvrages ici : 

Merci infiniment pour cette interview !