Pourquoi l'entrepreneuriat après Morgan Stanley et McKinsey ? Témoignage de Victor Carreau, fondateur de Comet

Après trois années passées dans le domaine du conseil en stratégie chez McKinsey, Victor Carreau, fort de rencontres humaines aussi enrichissantes que déterminantes, s’est finalement décidé à se consacrer à ce qu’il considère aujourd’hui comme sa vocation : l’entrepreneuriat. Il revient pour nous sur son expérience chez McKinsey, sur les relations humaines formidables qu’il a pu tisser au cours de sa carrière et sur son rôle nouveau de chef d’entreprise. Une nouvelle interview inspirante qui nous éclaire sur la vie après le conseil en stratégie ou la finance.

 

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Diplômé de HEC en 2012, j’ai passé un peu moins de 3 ans chez McKinsey puis j’ai rejoint PJX10, think tank créé entre autres par Pierre Kosciusko-Morizet et Jean-Romain Lhomme. Durant un an nous avons analysé en équipe plusieurs macro-secteurs (agriculture, éducation, santé, immobilier, énergie et FinTech), étudié les enjeux de demain sur chacun d’entre eux et généré plus de 2 000 idées d’entreprises à lancer. Au bout d’un an j’ai lancé Comet Meetings avec deux de mes associés et amis, Nicholas Findling et Maxime Albertus, également membres de PJX10 et anciens consultants en stratégie.

 

Entre le M&A chez Morgan Stanley et le Conseil en stratégie chez McKinsey, tu as finalement choisi la seconde option. Pour quelle(s) raison(s) ?

J’adorais les problématiques discutées en M&A, mais je n’avais pas envie d’attendre d’être Associate pour m’y confronter, avec des contacts clients limités entre temps. Je tire mon énergie de mes rencontres et de la diversité des problématiques auxquelles je suis confronté. Avec un changement d’industrie, de problématique, d’équipe et de géographie tous les 2 mois en conseil, j’ai trouvé ce qui me correspondait. Chez McKinsey aucune de mes journées ne s’est ressemblée en trois ans et je garde un souvenir heureux de ces années.

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(c) Jared Chulski

Peux-tu à présent nous présenter les services proposés par Comet Meetings ?

Avec Comet Meetings nous créons et opérons des lieux de réunion et de séminaire inspirants, pensés pour la productivité, la créativité et le bien-être des participants. En d’autres termes ces lieux dédiés aux réunions d’une journée proposent un univers « à la Facebook » et « à la Google » aux 99,9% d’entreprises qui ne sont ni Facebook, ni Google.

Comment est né Comet Meetings ? Les locaux de McKinsey était vraiment lugubres ?

Pour le coup nous étions plutôt très bien lotis chez McKinsey, quand je comparais nos bureaux à ceux de certains de nos clients ! Mais notre constat nous est effectivement venu de nos années en Conseil en Stratégie durant lesquelles nous avons organisé, participé et animé un grand nombre de séminaires, workshops, formations et réunions stratégiques pour nos clients. Alors qu’il s’agissait de moments clés de la vie de ces entreprises, durant lesquelles d’importantes décisions étaient prises, et alors que la créativité et la productivité étaient stratégiques, l’offre de lieux de réunion dédiés était très décevante. Cette offre oscillait entre des salles de réunion lugubres en sous-sol d’hôtels, avec un service de piètre qualité, et quelques lieux plus qualitatifs mais à la fois trop statutaires et nécessitant d’y consacrer un budget considérable. Avec Comet Meetings nous avons voulu proposer le service et l’expérience client des lieux les plus onéreux, dans un environnement bien plus actuel et proche de ce que l’on peut voir dans des espaces de co-working comme WeWork, le tout au prix de l’hôtellerie milieu de gamme en banlieue parisienne, mais tout en permettant à nos clients de rester dans Paris. L’enjeu était ambitieux, Comet Meetings était né.

Quelques chiffres à communiquer sur ta start-up ?

Nous avons levé environ 10M€ depuis notre lancement à l’automne 2016. Nous avons restructuré et opérons un premier bâtiment de 1500m² dans le XVIIème, dans lequel nous avons déjà accueilli près de 20 000 clients.

 

Vous recrutez actuellement : quels sont les profils que vous recherchez ?

(c) Jared Chulski

Des profils opérationnels avec un sens du service très développé de type hôtellerie, pour s’occuper des opérations et de la vie dans nos futurs bâtiments, des profils commerciaux pour venir étoffer notre équipe de « Meeting Scientists », des spécialistes des sciences cognitives et/ou des techniques de relaxation et de productivité pour accompagner nos clients durant leurs journées, et bientôt de nombreux autres profils !

 

 

Parlons stratégie : Comet Meetings a-t-il vocation à se bâtir autour de son espace actuel, en le valorisant à l’infini, ou en ouvrant de nouveaux lieux dans les années à venir ?

Nous souhaitons devenir l’acteur de référence des lieux de réunion nouvelle génération, d’échange et de co-création en France puis en Europe. Nos premiers bâtiments ne sont que les premiers petits pas d’une série que nous espérons très longue ! Nous devrions d’ailleurs ouvrir plus de 3300m² supplémentaires d’ici à la fin de l’année 2018.

 

L’entreprenariat, c’était écrit ou l’idée t’es venue progressivement ?

(c) Jared Chulski

C’est en deuxième année à HEC que j’ai été pris d’une profonde envie d’entreprendre, de créer, comme l’impression que je ne serai jamais meilleur qu’en répondant à cette envie viscérale. Depuis ce sentiment ne m’a jamais quitté. C’est pour cela que j’ai quitté McKinsey alors que j’adorais ce que j’y faisais. Je ne supportais pas l’idée de me réveiller à 30 ans sans avoir tenté cette aventure de l’entrepreneuriat qui m’énergisait tant. J’aurai 30 ans cet été et suis ravi d’avoir décidé de quitter McKinsey sans savoir exactement ce que j’allais entreprendre. Il faut se jeter à l’eau pour réellement apprendre à nager, se mettre dans une situation où il n’est plus possible de reculer pour se forcer à avancer. Je ne crois pas à l’entrepreneuriat « on the side » d’une carrière en conseil. Si l’on croit en soi il faut se donner la chance de réussir.

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L’aventure PJX10 est en revanche le fruit du plus beau des « heureux hasards ». A l’issue de ma troisième année à HEC j’avais une offre en M&A pour rejoindre Morgan Stanley et une offre en conseil pour rejoindre McKinsey. Le choix royal à l’époque. Mais je savais que ces parcours auraient beau être une superbe école, ils seraient pour moi une sorte de MBA de 3 ans destiné à mieux me préparer pour la suite, et j’hésitais entre les deux voies. C’est alors que j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et d’écrire aux deux alumni HEC qui représentaient pour moi les plus beaux succès de l’entrepreneuriat français, pour leur demander leur avis sur laquelle de ces deux « écoles » choisir pour mieux préparer la suite. L’un ne m’a jamais répondu. L’autre a pris le temps de longuement me répondre. Il s’agissait de Pierre Kosciusko-Morizet. Mon email s’intitulait « Pour entreprendre demain » et je lui demandais conseil sur d’éventuels groupes de réflexion centrés autour de l’entrepreneuriat à rejoindre pour discuter avec des entrepreneurs. Je lui demandais quel choix de carrière faire pour mettre toutes les chances de mon côté. Cinq ans plus tard Pierre décidait de se relancer dans l’entrepreneuriat en créant un groupe de réflexion. J’ai saisi ma chance, ai répondu à ce même échange datant de quelques années, qui décrivait en réalité avec une acuité déconcertante ce qui allait se passer sur les cinq années suivantes. J’ai enfin rencontré Pierre, ai rejoint l’aventure PJX10, et la création de Comet Meetings s’en est suivie un an plus tard.

Comme quoi, je retiendrai toujours qu’un email « bouteille à la mer » peut réserver de très belles surprises. Il faut oser pour réussir.

 

Enfin, nous ne serions pas là où nous sommes si nous n’avions pas développé une complémentarité hors normes avec Nicholas et Maxime, tout en ayant exactement le même mode de fonctionnement et de prise de décisions. L’équipe fait tout, absolument tout.

 

Le fait de travailler depuis plusieurs années avec des personnes comme Pierre Kosciusko-Morizet, qu’est-ce ça apporte concrètement dans la manière de gérer son business ?

Plus généralement je dirais que de travailler au contact d’entrepreneurs, financiers et consultants de grande qualité, comme cela a été le cas chez PJX10, et par la suite interagir avec des investisseurs de tout premier plan, comme c’est le cas pour Comet Meetings, apporte une richesse de points de vue et d’expériences sans précédent. Il y a très peu de problèmes que nous ne puissions pas résoudre en quelques minutes, ou d’actions précises que nous ne puissions pas identifier pour aller de l’avant. La diversité des expériences de Pierre, Jean-Romain et tous nos investisseurs représente autant d’opportunités de ne pas faire les mêmes erreurs qu’eux ont pu faire (comme nous en faisons tous) au fil des années, mais de nous laisser faire nos propres erreurs, que nous conseillons à notre tour à nos amis de ne pas faire. Je pense que le groupe PJX10, en nous forçant à sans cesse creuser les sujets au plus profond tout en restant très « 80/20 » comme on le dit en conseil, a contribué à faire de nous tous associés de ce groupe des entrepreneurs rationnels mais ambitieux, fonceurs mais curieux. Mais vous devriez demander aux autres ce qu’ils en pensent !

 

Pour finir, un conseil à nos lecteurs qui souhaitent soit intégrer le conseil en stratégie, soit monter leur boîte ?

L’équipe d’associés initiaux fait tout lorsque vous montez votre boîte. Si vous avez l’envie d’entreprendre et des associés complémentaires de qui vous entourer dès votre sortie d’école, jetez-vous à l’eau. La France est un très beau pays pour entreprendre.

Si vous n’êtes pas dans cette situation le conseil en stratégie reste une très belle formation complémentaire pour apprendre à toucher à beaucoup de sujets. Mais restez attentifs pour trouver de potentiels associés, dans l’attente du jour où vous vous déciderez à sauter le pas.

La clé si vous comptez entreprendre après le conseil en stratégie ou la banque est simple, et m’a été donnée il y a des années : « prenez tout le bon qu’il y a à prendre mais ne vous habituez pas trop aux moquettes épaisses ».


Lionel Zinsou, le franco-béninois aux mille facettes

Franck Riboud, ancien PDG de Danone, disait de Lionel Zinsou : « chaque fois que je partais en voyage avec lui, je revenais plus intelligent »

Lionel Zinsou est un personnage fascinant et singulier du paysage franco-béninois. Le 28 Juin 2017, il est nommé président du conseil d’administration de Terra Nova, think tank progressiste indépendant ayant pour but de diffuser des solutions politiques innovantes en France et en Europe.
Si son nom est inconnu du grand public, il résonne à l’oreille des banquiers, investisseurs et politiciens en France comme au Bénin. Lionel Zinsou est une figure incontournable du monde des affaires comme du monde politique.

Banquier chez Rothschild, il se lie d’amitié avec Emmanuel Macron qu’il soutiendra pendant sa campagne présidentielle. PDG de PAI Partners, le plus gros fonds d’investissement français, il restructure l’entité. Conseiller politique, il sera la plume de Laurent Fabius. Premier ministre du Bénin, il se présentera à l’élection présidentielle du pays. Avec un tel parcours, impossible de faire l’impasse sur Lionel Zinsou dans notre série de portraits consacrés aux personnalités du monde de la finance et de l’économie.

Un « béninois virtuel » mais un Français couvert d’éloges

Lionel Zinsou est né en France en 1954 d’un père béninois (médecin du président et poète sénégalais Léopold Sedar Sanghor) et d’une mère franco-suisse (infirmière à Paris). Son oncle était le président de la République du Dahomey (actuel Bénin) de 1968 jusqu’au putsch dont il est victime en 1969. Mathieu Kérékou, auteur du putsch change le nom du Dahomey en Bénin et met en place un régime répressif d’influence marxiste-léniniste, tout en persécutant l’oncle de Lionel. Le jeune franco-béninois nourrit d’abord un rapport conflictuel avec le pays de son père. Il y voyage souvent pendant les vacances, mais avec la révolution de 1974 il ne pourra se rendre au Bénin qu’après la chute du régime militaire en 1990. Il se décrit pendant cette période comme un « Béninois virtuel », tout en étant un Français couvert d’éloges.
En effet, enfant brillant, il fait ses études au lycée Louis-Le-Grand avant d’étudier sur les bancs de la rue d’Ulm pour ensuite poursuivre ses études à SciencesPo et à la London School of Economics. Son goût marqué pour l’économie et la finance se manifestera d’abord par l’enseignement de l’économie à l’ENA et à l’ENS avant de diriger le centre de sciences sociales à l’École Normale Supérieure. Un parcours académique marqué par l’excellence.

Une brillante carrière professionnelle

En parallèle de l’enseignement, il entame sa carrière professionnelle en rejoignant l’entreprise Danone. Initialement contrôleur de gestion en charge du budget, il gravit rapidement les échelons, devient responsable d’une filiale anglaise de Danone et s’occupe du développement international du groupe. Pendant onze ans, il sera « à l’heure de la conquête du monde » en dirigeant différentes filiales dont le département des fusions acquisitions. En 1997, Lionel Zinsou rencontre David de Rothschild et intègre la banque d’affaires où il travaillera pendant onze ans. Chez Rothschild & Cie il devient associé-gérant et responsable du secteur des biens de consommation. Il est également responsable du développement de la banque dans les pays émergents et en Afrique. « Je leur disais que les marchés émergents allaient finalement émerger, et qu’on devrait continuer à s’y intéresser. Ils m’ont suivi. »
Au cours de sa carrière de banquier, il développe quelques liens avec le fonds d’investissements PAI Partners. Il le conseille dans diverses opérations comme celle avec United Biscuit, entreprise cédée pour 2,636 millions d’euros.

Lionel Zinsou rejoint Paribas Affaires Industrielles (PAI) en 2008 au comité exécutif en tant que N°3, et en devient le PDG en 2009, un an seulement après son arrivée. Il a restructuré l’un des fonds dont la taille avait été divisée par deux et a permis la levée de 3,3 milliards d’euros. Aussi, il fut responsable de la réorganisation du management dudit fonds.

Son engagement politique, de Matignon à premier ministre du Bénin

Si son parcours professionnel est déjà singulier et impressionnant, ce prodige touche-à-tout excelle aussi dans la voie politique. Ses premiers pas dans la sphère politique se font d’abord en tant que plume et membre du cabinet de Laurent Fabius alors premier ministre sous Mitterrand. En 2006, alors banquier chez Rothschild & Cie, le président Béninois Boni Yayi propose à Lionel Zinsou de rejoindre l’exécutif en tant que ministre de l’économie et des Finances. Ce dernier refuse mais accepte bénévolement un poste mineur de conseiller économique spécial qu’il occupe jusqu’en 2011.
Au cours de sa carrière en tant que banquier d’affaires, Lionel Zinsou a conseillé plusieurs gouvernements africains, ceux du Sénégal, du Bénin, du Burkina-Faso, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, et du Cameroun.
Lorsqu’en juin 2015 le président Boni Yayi le nomme Premier Ministre, la nomination crée une véritable surprise. D’autant plus que ce poste n’existe pas constitutionnellement au Bénin, le président étant chef de l’Etat et du gouvernement. Lionel Zinsou est nommé dans un contexte difficile. En effet, le président Béninois est de plus en plus impopulaire et il ne lui reste plus que neuf mois avant la fin de son mandat non renouvelable.
Dès lors, Lionel Zinsou, premier ministre, participe à la mise en œuvre d’un régime d’assurance maladie. Il apparait rapidement comme étant le dauphin du président Boni Yayi puisqu’il se présente dans la foulée à l’élection présidentielle du Bénin. Toutefois, en un délai aussi court, l’ex patron de PAI Partners n’a pas le temps ni de faire ses preuves ni de se faire connaitre et il est battu par son adversaire Patrice Talon à l’issue du second tour de l’élection présidentielle béninoise.
De retour en France, en pleine campagne présidentielle de 2017, Lionel Zinsou reprend part à la vie de la cité cette fois en faisant partie des conseillers d’Emmanuel Macron sur les affaires étrangères durant sa campagne. Lionel Zinsou supporte le candidat à la présidentielle qu’il a rencontré chez Rothschild.

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Un Afro-optimiste

Le franco-béninois a toujours porté à cœur les intérêts du continent africain et du Bénin plus particulièrement. Il explique dans un entretien au journal en ligne Terangaweb avoir toujours pris en compte le facteur Bénin dans ses choix de carrière : « Je n’ai pas voulu passer le concours de l’École nationale d’administration car je ne souhaitais pas devenir fonctionnaire français d’autorité. J’ai toujours eu la volonté d’avoir un métier que je pourrais un jour exercer au Bénin ».


M.Zinsou se décrit comme un « afro-optimiste » : il est très attaché au développement de l’Afrique. Il estime que le continent est à la veille d’un « tsunami industriel ».
« Il y aura trois vagues qui provoqueront un tsunami industriel. Certains pays sont déjà acteurs dans les échanges internationaux : les éléments de cockpits d’Airbus fabriqués en Tunisie ou ceux des réacteurs de Safran au Maroc illustrent leur intégration dans les chaines de valeurs mondiales. L’autre vague, la plus forte, viendra de la satisfaction des besoins africains : automobiles, ciment, agroalimentaire… Enfin, troisième vague : la délocalisation, pour profiter d’éléments de compétitivité en Afrique. Et là, « le continent se substituera à l’Asie » déclare-t-il à RFI et Jeune Afrique en 2014.

Le franco-béninois est très préoccupé par les questions relatives au développement de l’Afrique. Dans cet esprit, il crée plusieurs fondations, dont l’une sous l’impulsion du gouvernement de François Hollande, AfricaFrance, dont le but est d’aider les projets entrepreneuriaux, les entreprises et l’économie du développement en Afrique.
À titre d’exemple, la fondation collabore avec celle de Jean-Louis Borloo dont l’objectif est d’électrifier tout le continent. Pour rappel, trois habitants sur quatre n’ont toujours pas d’électricité en Afrique. Des entreprises comme Danone et Mars ont contribué à hauteur de 120 millions d’euros pour investir dans l’agriculture à travers la fondation.

Porté par le même intérêt, il crée la fondation Zinsou en 2005 pilotée par sa fille Marie-Cécile. Cette fondation est réputée pour ses expositions et ses collections d’art contemporain africain. Par ailleurs, la fondation promeut l’accès à la culture en envoyant des bus à Cotonou au Bénin permettant aux enfants de visiter des expositions gratuitement.

En 2013, Lionel Zinsou rejoint le conseil des affaires étrangères du Quai d’Orsay. Cette instance lui permet une fois de plus de participer activement aux relations entre la France et le continent Africain.

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Un homme animé par le débat d’idées :  La présidence de terra nova

« En Europe comme en Afrique, et indissociablement, j’ai toujours considéré comme essentiel de participer au débat public au sein des forces progressistes » déclare l’ancien premier ministre.

Lionel Zinsou a toujours eu à cœur le débat d’idées. Il publie en 1985, Le fer de lance : essai sur les nationalisations industrielles.
De même suite à la demande du Président de la République, François Hollande, il rédige un rapport Mémoire de l’esclavage, devoir d’avenir dans le but de préfigurer une fondation pour la mémoire de l’esclavage.
L’ex premier ministre est aussi président de la fondation de l’École Normale Supérieure dont l’objectif est de développer et soutenir les activités de recherche et formation de l’ENS.
Il a toujours été proche des cercles de réflexion et a siégé près de dix ans au Conseil de surveillance du journal Libération.

C’est tout naturellement par son parcours, ses idées et ses actions que l’ancien premier ministre est choisi comme président du think tank progressiste Terra Nova en 2017. « Nous recherchions un progressiste, ouvert sur le monde, en prise avec les réalités économiques et qui s’intéresse à la vie des idées » déclare Thierry Pech, directeur général de Terra Nova. Le think tank pro-européen défend les valeurs de la social-démocratie. La proximité de Lionel Zinsou avec Emmanuel Macron aussi bien sur le plan personnel qu’idéologique permet aussi de reconfirmer l’orientation libérale progressiste du think tank qui tente de s’éloigner du PS.

Pour certains, à tout juste 62 ans, Lionel Zinsou semble être sur la fin de sa carrière. Mais son parcours riche d’expériences nous enseigne que le banquier, investisseur, politiciens, auteur, conférencier, économiste ne s’arrête jamais. Quelle autre fonction va-t-il ajouter à son CV ô combien impressionnant ?

Mamadou Dembele, étudiant à Dauphine et contributeur du blog AlumnEye


Steve Anavi, l'ex-Deloitte qui a fondé Qonto, la nouvelle banque pour les PME

Steve Anavi, passionné par l’innovation et l’entrepreneuriat, s’est lancé en 2016 dans le projet de création d’une néobanque dédiée aux PME. Depuis son lancement officiel en 2017, Qonto connaît une croissance exponentielle et séduit toujours plus d’utilisateurs. 

 

Bonjour Steve, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Après avoir étudié la microtechnique à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, j’ai obtenu un master et ai effectué une thèse en traitement de l’image à l’université de Tokyo au Japon. J’ai ensuite travaillé pendant quatre années chez Deloitte dans le domaine du capital market et de la gestion des risques.

À 28 ans, je me suis inscrit à l’INSEAD pour y obtenir un MBA ; j’étais alors indécis sur la suite à donner à mon parcours et je souhaitais me confronter à d’autres étudiants. À la sortie de l’INSEAD, en 2012, j’ai rejoint Groupon, où j’ai exercé la fonction de directeur des opérations pour la France, puis pour l’Europe et l’Asie.

A la même époque, j’ai renoué avec un ancien camarade et nous avons décidé de monter une boite sans toutefois avoir d’emblée une idée précise du projet que nous souhaitions développer. C’est après plusieurs mois de brainstorming qu’est né Smokio, la première entreprise fabriquant des cigarettes électroniques connectées. L’aventure a duré deux ans, puis nous avons été rachetés. Quelques années plus tard, nous avons à nouveau souhaité travailler ensemble. Tout en cherchant à déceler ce qui manquait à la société, nous nous sommes concentrés sur le secteur BtoB. Nous sommes finalement partis d’une expérience personnelle dont le constat avait été la médiocre adaptation de la banque aux besoins des PME. Nous avons donc conçu le projet de création d’une néobanque des PME en 2016 ; c’est ainsi que Qonto a été lancée en juillet 2017.

 

Pour quelle raison avez-vous quitté Deloitte ?

J’ai apprécié d’être consultant en capital markets : cela m’a permis d’apprendre beaucoup et de rencontrer des gens sympathiques, mais au bout de quelques années, j’ai ressenti le besoin de connaître autre chose.

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D’où vient cet intérêt pour les domaines de l’innovation et de l’entrepreneuriat ?

Je pense que mon intérêt pour l’entrepreneuriat provient tout d’abord de ma curiosité et de mon envie d’explorer. Cela concerne aussi bien la recherche et l’analyse de sujets d’innovation que la construction d’une équipe ou la découverte de problèmes auxquels on n’est pas forcément confrontés quand on travaille pour d’autres (levées de fonds, recrutements pertinents, stratégie de base de l’entreprise).

Les premiers obstacles franchis, l’expérience se poursuit naturellement : la première aventure s’étant bien passée, j’étais motivé pour continuer dans le domaine de l’entrepreneuriat et je ne souhaitais pas retourner dans une entreprise traditionnelle, ou du moins pas d’emblée.

 

Comment est né Qonto ?

C’est notre propre expérience professionnelle chez Smokio qui nous a sensibilisés au sujet des dysfonctionnements bancaires pour les PME. Dans notre précédente boite, les opérations de virement ou de comptabilité passaient par des contraintes administratives et bureaucratiques chronophages.

 

Pouvez-vous nous présenter les fonctionnalités offertes par Qonto ?

Une PME peut créer un compte pro sur notre site internet en cinq minutes. Dès lors, elle peut déposer sur ce compte son capital social, obtenir un RIB, commander ses moyens de paiement en ligne et effectuer virements et opérations sur carte. Au-delà de ces services, nous pouvons également aider efficacement à la gestion de la PME grâce à des fonctions spécifiques d’aides à la trésorerie ou à la comptabilité. Un autre atout de Qonto est la réactivité par rapport aux demandes des clients auxquels nous répondons en moins de quinze minutes.

 

Comment expliquez-vous l’essor que connaît Qonto ?

Avec Qonto, nous avons réinventé l’expérience bancaire en mettant le client au centre de notre réflexion. C’est notre gros point de différenciation. Nous avons construit une offre customisée et parfaitement adaptée aux besoins des PME.

La simplicité d’utilisation de Qonto ainsi que son moindre coût sont également de forts atouts.

 

Quels sont les principaux défis auxquels vous devez faire face ?

Le premier, c’est de s’imposer une discipline permettant de gérer son temps afin de rester concentré, tout en assumant beaucoup de tâches variées quotidiennement.

Le deuxième défi à relever est de savoir s’entourer de gens talentueux. Quand une entreprise grossit, il faut savoir recruter des managers et accepter de leur faire une place.

Le troisième défi à relever est celui de parvenir à un équilibre harmonieux entre vie personnelle et vie professionnelle. Quand on crée une entreprise, on y consacre beaucoup de temps personnel. Il faut tout de même s’imposer une discipline afin de déconnecter de son travail et d’avoir des activités extérieures.

 

Quels sont vos projets pour Qonto ?

Nous avons beaucoup d’ambition pour l’entreprise. Nous voulons construire la meilleure équipe possible pour le meilleur service possible. Notre objectif est d’être rentable au plus vite en intéressant un grand nombre de PME qui accepteront le service payant de Qonto dès lors que nous les aideront à résoudre les points de difficultés qu’elles rencontrent sans Qonto.

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Quelle est votre plus grande fierté ; Smokio ou Qonto ?

Les start-up c’est un peu comme les enfants, on ne peut pas trop choisir. Mais ma plus grande fierté chez Qonto, c’est l’équipe que nous construisons ; elle est hyper compétente et motivée et partage notre vision des choses.

D’ailleurs, en mars dernier, moins de 9 mois après sa création, nous avons franchi le cap des 10 000 utilisateurs. Je suis très content de ce résultat.

 

Quelles sont vos galères en tant qu’entrepreneur ?  

Une grosse difficulté a été de trouver un bureau en France alors que nous ne travaillons sur le projet que depuis une année, ce qui ne représentait pas un historique solide.

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le domaine de l’entrepreneuriat ?

L’entrepreneuriat nous fait découvrir constamment des situations nouvelles, avec des problèmes techniques dont il faut trouver la solution, et avec des relations humaines constamment renouvelées.

Ensuite je trouve qu’il est à la fois motivant et excitant de porter un projet qui n’existait pas deux ans auparavant, et pour lequel nous avons créé de la valeur.

 

Vous avez le même associé depuis vos débuts dans l’entrepreneuriat. Comment choisir l’associé idéal ?

L’associé idéal n’existe pas. Je cherchais quelqu’un qui soit comme moi capable de travailler beaucoup, qui ait les mêmes ambitions que moi sur la façon de développer une start-up, et avec lequel je pourrai partager également mes aspirations personnelles. Nous n’avons pas cherché à être complémentaires lorsque nous nous sommes associés mais avons conçu une relation en binôme. Si notre binôme résiste au temps, c’est aussi dû à une volonté profonde d’entretenir la qualité de la relation avec l’associé : il n’est pas un copain, pas un parent, pas un collègue. Il a un statut unique et spécial.

 

Quel(s) conseil(s) pourriez-vous donner à nos lecteurs pour réussir dans le monde de l’entrepreneuriat ?

Il ne faut pas avoir peur de se lancer dès lors qu’une bonne idée s’impose. Il y aura toujours de bonnes idées, basées sur des observations pertinentes. Toutefois, il faut être conscient que la bonne idée ne suffit pas : pour qu’une boite naisse et vive, il faut conjuguer de nombreux talents.

Notamment il faut être préparé à l’idée d’accepter des sacrifices. Au départ lorsqu’on monte une entreprise, il faut avoir une disponibilité totale et une grande force psychologique car la concurrence est rude. On pourrait comparer l’effort à un sprint qui durerait le temps d’un marathon. Il faut s’armer de patience, de courage et de détermination.


Du M&A au journalisme : la reconversion pleine de sens d'Olivier, fondateur de Socialter

Après 2 ans en tant que banquier d’affaires M&A chez Merrill Lynch, Olivier Cohen de Timary s’est dirigé vers une toute autre voie : il a choisi de créer son propre magazine, Socialter, dont les thématiques se concentrent autour des problématiques actuelles de « l’économie nouvelle génération » et dédié aux « créateurs de solutions innovantes ».

 

Bonjour Olivier, merci de répondre à nos questions. Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Après une classe préparatoire Hypokhâgne BL, j’ai intégré Sciences Po Paris. Durant mon cursus, j’ai effectué quelques stages, notamment en M&A et en Private Equity. A la fin de mes études, j’ai entrepris avec un ami un voyage de plusieurs mois en Amérique latine, en Inde et au Vietnam à la rencontre d’entrepreneurs sociaux qui s’attaquent à des problèmes sociaux et environnementaux. A mon retour j’ai travaillé 2 ans en tant que banquier d’affaires M&A chez Bank of America Merrill Lynch. Puis je me suis lancé dans un projet qui me tenait à cœur depuis plusieurs années déjà : le lancement du magazine Socialter.

 

En quelques mots, qu’est-ce que le concept Socialter ?

Socialter publie d’une part tous les deux mois un magazine papier et d’autre part des numéros hors-séries. Tous les numéros sont distribués en kiosque et sur abonnement. Le journal possède par ailleurs un site internet : www.socialter.fr.

Nous y défendons une autre vision de l’économie, axée sur le changement, à mi-chemin entre volonté d’agir et approche critique. Nous y parlons des innovations ayant un impact positif sur la société et l’environnement, donnons la parole à des penseurs sur des problématiques contemporaines, et décryptons les solutions alternatives portées par des collectifs et des acteurs du changement.

Notre but : informer, inspirer et mobiliser des citoyens engagés. Emmener les plus critiques d’entre eux vers un peu plus d’optimisme et les plus optimistes vers un peu plus de critique.

Nous venons de mettre en place une nouvelle formule comprenant un dossier nommé “L’âge de métal” dont le thème se concentre autour des terres rares et du coût réel de la transition énergétique. Nous traitons également de sujets sociétaux en nous intéressant par exemple aux mutations du travail (nous avons publié un hors-série autour des freelances), et nous préparons en ce moment un numéro hors-série sur le zéro déchet.

 

D’où t’est venue l’idée de créer ce magazine ?

En faisant un voyage ! Comme beaucoup d’étudiants, j’avais envie de joindre l’utile à l’agréable en montant un projet qui a du sens tout en permettant d’explorer d’autres pays. J’étais alors en stage dans un gros fonds d’investissement. Je m’ennuyais un peu, il ne se passait plus grand chose car nous étions alors en pleine crise financière post subprimes et j’ai ainsi commencé à m’intéresser à d’autres domaines de la finance. Je suis tombé naturellement sur le microcrédit et la finance solidaire. Puis en approfondissant mes recherches, j’ai découvert l’entrepreneuriat social. J’ai plié bagage et suis parti avec un ami au Brésil, en Inde et au Vietnam pour y rencontrer des acteurs du changement. Nous avons créé un blog nommé Socialter pour diffuser leurs initiatives et avons réuni un millier de fans sur Facebook. En rentrant d’Inde, j’ai eu envie de poursuivre l’aventure en créant un média papier dédié à cette nouvelle façon d’appréhender l’économie et à ces pionniers qui allient intérêt général, écologie et économie. Mais une fois le business plan du magazine mis à jour, j’ai été un peu refroidi : je n’avais pas du tout les ressources nécessaires au lancement d’un magazine. J’ai donc travaillé 2 ans en conseil en fusions-acquisitions. Un autre monde.

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Qu’est-ce qui t’a fait basculer du monde de la banque d’affaires à la création de ton magazine d’infos sur l’actualité économique ?

Je n’étais pas fait pour ce type de secteur, de métier, ni d’ambiance de travail. Les personnes avec qui je travaillais s’en sont d’ailleurs assez vite rendus compte je crois. Après avoir observé la logique du monde de la finance (en deux mots la recherche du profit pour l’actionnaire), il était évident que cela ne collait pas avec ma vision des choses. Je voulais monter un projet qui avait du sens. Je trouvais que l’économie sociale souffrait d’un réel manque dans les médias. Elle était en effet présentée tantôt comme un concept enfantin qui ne remettrait pas en cause le système préexistant, tantôt comme un univers reclus de militants peu ouverts d’esprit. Pourtant, à l’époque (2012), de plus en plus de médias mainstream approchaient timidement le sujet. Des événements sur “l’économie positive”, des formations, des réseaux de jeunes émergeaient sans cesse et l’économie collaborative connaissait un essor sans précédent.

Je sentais que le sujet était en train de s’implanter dans les mœurs et qu’il était temps de faire mûrir le projet de journal papier développé 2 ans auparavant. J’ai refait un business plan, posté une annonce pour recruter de jeunes journalistes autour d’un projet qui n’était au départ qu’une page blanche. J’ai reçu 40 CV et, après une campagne de crowdfunding, nous avons, 9 mois plus tard, sorti le premier numéro.

 

Es-tu satisfait de ce changement radical de voie professionnelle ? Pourquoi ?

Monter une boîte, en plus dans le domaine journalistique, est très loin d’être une partie de plaisir. Parfois, j’ai eu des doutes. Mais clairement, le changement a été radical et bénéfique : je n’étais pas heureux dans ma profession antérieure alors qu’à présent, j’ai clairement le sentiment d’avoir monté un concept utile qui colle vraiment à mes aspirations. Je rencontre des gens incroyables, de tous horizons. La plupart sont réalistes sur les énormes efforts à fournir pour changer la donne, mais ils sont plein d’énergie et d’optimisme pour enclencher le changement.

Socialter est un média qui se situe au confluent de beaucoup de domaines, c’est passionnant. Nous pouvons investiguer dans la direction que nous souhaitons ; nous sommes très libres. Et tout cela, c’est grâce à nos lecteurs et abonnés. J’ai donc découvert l’importance de l’indépendance de la presse. Nous avons réussi à réunir une bonne soixantaine de journalistes, photographes et illustrateurs tous passionnés par leur travail autour du projet ! Même si ce que nous sommes en train de bâtir est encore petit, nous avons l’impression de ne pas subir et de grandir, c’est l’essentiel.

 

Le monde de la banque te manque-t-il ?

Lorsque je côtoie des banquiers aujourd’hui, c’est plus pour parler finance solidaire, RSE ou inclusion bancaire. Le monde de la banque ne me manque pas (je n’y suis resté que 2-3 ans), mais je garde toujours un œil attentif sur la finance qui est un outil indispensable à l’élaboration de projets utiles de toutes sortes. Je garde de très bons amis dans le secteur de la finance et qui peuvent me tenir informé des évolutions du secteur. Nous avons d’ailleurs également élaboré 2 numéros hors-série sur la finance solidaire et innovante. C’est un sujet central que nous allons continuer à traiter dans Socialter.

 

As-tu des regrets concernant ta vie professionnelle ? Par exemple, regrettes-tu ne pas avoir entrepris ce projet de magazine avant ? Ou regrettes-tu d’avoir fait autant d’années en banque d’affaires ?

Je n’éprouve aucun regret. Grâce à mon expérience en finance, j’ai appris beaucoup de choses et ai gagné un peu d’argent. Cela m’a permis de lancer un projet au cours duquel je n’allais pas être payé pendant 2 ans. Par ailleurs, le fait de travailler dans un univers qui ne me convenait pas, avec des logiques que je ne comprenais pas, m’a justement donné toute l’énergie nécessaire pour aller jusqu’au bout de mon projet. J’ai pu lancer Socialter en partie grâce à mes expériences précédentes, par le fruit d’un cheminement.

 

L’expérience en banque a-t-elle été utile pour la mise en place de ton magazine ? Si oui, comment ?

Complètement. Je ne pensais pas mais ces deux mondes se recoupent dans la rigueur du travail qu’ils exigent : la grande attention aux détails, la recherche, le recoupement et l’analyse d’informations, la capacité à travailler très vite avec des urgences…

Mon expérience en banque m’a également aussi permis de bien comprendre le monde économique des entreprises. Cela a été utile non seulement pour les analyser mais également pour comprendre leur langage, ce qui peut être utile lorsque nous concluons des partenariats.

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Dans le numéro 26 de Socialter, tu traites de reconversion professionnelle. Que conseillerais-tu aux professionnels qui recherchent du sens dans leur travail, et aimeraient peut-être changer de voie ?

Je leur conseillerai tout d’abord de prendre leur temps et de se poser les bonnes questions. Voir ce qui les anime vraiment dans la vie, ce qui est important pour eux, leurs critères de réussite, la cause qui les touche. S’ils ont le désir de s’orienter vers une nouvelle voie, ils doivent rencontrer des gens qui vont les conseiller et les faire avancer dans la réflexion. Il faut se projeter dans sa vie future mais sans se faire trop d’illusions non plus.

Beaucoup d’initiatives peuvent aider à trouver sa voie à l’image de Switch Collective qui réinvente la façon de construire des bilans de compétences collectivement avec des intervenants extérieurs, ou encore On Purpose qui forme et ouvre les portes de l’économie sociale. Il y a bien sûr d’autres façons de changer de voie : pourquoi ne pas monter un blog ou une association dans le domaine que l’on aimerait explorer ; cela permet d’acquérir des compétences et de rencontrer beaucoup de monde rapidement.

 

Quel serait le conseil que tu donnerais à des étudiants/jeunes diplômés prêts à se lancer dans la vie active ?

Je ne suis pas encore un vieux sage. Mais je dirais qu’il ne faut surtout pas dramatiser et se dire que l’on doit tout de suite trouver du sens dans son travail. Au début, on est souvent une petite main ; il est souvent violent de passer du monde étudiant à la vie active. Mais une chose est sûre, il faut développer ce qui nous fait grandir et nous rend plus libre, autonome et heureux. Aller là où nous pouvons nous déployer, tout en sortant régulièrement de notre zone de confort. Il est possible d’apprendre très vite lorsqu’on en a la volonté.

 


Consultant en stratégie la semaine, sur scène le week-end : le parcours fascinant de Julien, leader du groupe de rock Merge

Julien travaille dans le Conseil en stratégie chez Accenture depuis presque 8 ans. En parallèle de son travail, l’envie lui est venue de fonder un groupe de musique Pop/Rock, « Merge », qui connait un succès fulgurant depuis ses débuts. Consultant la semaine pour de grands groupes, sa guitare l’accompagne aux quatre coins de l’Europe et peut-être bientôt du globe pour des tournées et concerts le week-end et durant les vacances. Au cours de cette interview, il nous en dit plus sur son expérience atypique mêlant carrière professionnelle passionnante et vie de rockeur trépidante. 

 

Bonjour Julien, merci de prendre le temps de répondre à nos questions !

 

Pour commencer, peux-tu nous présenter ton parcours ?

J’ai suivi un parcours classique d’ingénieur : après avoir obtenu un baccalauréat scientifique, j’ai poursuivi en classe préparatoire Mathsup/Mathspé à Paris et j’ai intégré l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Lyon où j’ai fait des études généralistes autour des mathématiques appliquées. Après un stage de fin d’études autour de la finance qui ne m’a pas convaincu, je me suis orienté vers un Master 2 à l’université Paris-Dauphine en Stratégie & Analytics. J’ai ensuite rejoint Accenture fin 2010 en tant que consultant en stratégie.

 

Sur quels types de missions as-tu été amené à travailler ?

Pendant quatre années, j’ai fait des missions de conseil en stratégie classique, accomplissant notamment des missions de pricing, de fusions-acquisitions ou encore de rentabilité.

Puis, en 2014, Accenture a créé la marque « Accenture Digital » et, ayant des connaissances dans le domaine de l’analytique, je me suis naturellement orienté vers ce type de mission. J’interviens désormais en conseil en stratégie analytique à l’appui essentiellement de données chiffrées (datas) sur l’ensemble des secteurs d’activité (énergie, grande consommation, banque, assurance, services publics, médias, hautes technologies, etc). Je définis des cas d’usages métier et pilote leur mise en œuvre avec des équipes de Data Scientists.

 

Quelles sont selon toi les principales qualités d’un bon consultant ?

L’ouverture d’esprit, la capacité de communication, l’esprit d’analyse et de synthèse et la créativité constituent des qualités essentielles d’un bon consultant.

 

À titre personnel, qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce métier ?

Même si le métier a de fortes contraintes, il est plaisant par la variété des missions qui le couvrent. Le roulement des équipes, en fonction des secteurs nécessaires à la réalisation des missions successives, contribue en effet à renouveler sans cesse mon cadre de travail ; c’est comme si je changeais de métier continuellement.

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À côté de ton job de consultant, tu es le leader d’un groupe de rock, « Merge ». Peux-tu nous en dire plus sur cette aventure ?

« Merge » est un groupe que j’ai créé en 2012, alors que je jouais de la musique pour mon propre plaisir depuis toujours. J’ai cherché des gens motivés pour se lancer dans l’aventure avec moi et le groupe a démarré, d’abord sur un mode de rock agressif puis sur un ton un peu plus pop aujourd’hui. Nous avons très vite eu la chance de réaliser des tournées à travers la France puis en Europe. Au mois de mai prochain nous irons au Royaume-Uni pendant dix jours.

 

Comment fait-on pour concilier une vie professionnelle aussi exigeante que la tienne avec une carrière dans la musique ?

Il faut une certaine organisation pour concilier les deux activités. Je dors parfois peu, mais c’est un choix et j’ai besoin de ces deux activités pour être épanoui dans ma vie. Malgré certains préjugés, la combinaison de ces deux activités ne m’a jamais empêché d’être performant dans mon travail, ou dans la musique.

 

As-tu une anecdote sympa à nous raconter sur ta vie de rockeur ?

 

C’était au début de l’aventure, quand ça commençait à tourner avec Merge : une fois, un vendredi soir, je suis parti de mon bureau chez Accenture en costume et devais partir en tournée le soir même : nous jouions le samedi soir à Nice et le dimanche soir à Montpellier. N’ayant pas le temps de repasser chez moi, je me suis engouffré directement dans le van avec mes cinq acolytes. Nous avons passé tout le week-end sans nous doucher… Nous sommes ensuite revenus dans la nuit du dimanche au lundi sur Paris et je suis arrivé directement au bureau. C’était un week-end très éprouvant, mais un très bon souvenir. Heureusement, à présent, les conditions sont meilleures !

 

Quels sont les projets à venir pour Merge ?

Nous sortons un nouvel album le 4 mai 2018 avec un clip et peut-être élargirons nos tournées à d’autres contrées, à suivre ! Nous serons également présents au plus gros festival de rock en France, le Download festival à Paris, en juin.

 

Où te vois-tu dans 10 ans ? Plutôt sur scène ou en face de hauts dirigeants ?

En réalité, je me vois très bien concilier les deux dans 10 ans. Mon mode de vie actuel me plaît beaucoup et je souhaite à tout prix préserver cet équilibre durant de longues années à venir !

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Pour finir, quel conseil donnerais-tu à nos lecteurs qui visent le conseil en stratégie ?

Avant de vous orienter vers les métiers du conseil, interrogez-vous vraiment sur vos motivations. Le conseil peut convenir à des gens curieux et qui ont peur de s’enfermer dans une routine ou de s’ennuyer. Le conseil, c’est en effet apprendre sans arrêt, s’adapter à de nouveaux clients, à de nouveaux contextes et à de nouvelles équipes.

Au bout de deux à trois ans d’expérience, on comprend tout à fait pourquoi une entreprise est prospère ou non. Le conseil est un métier qui peut faire peur car parfois très exigeant, mais comme partout, cela reste périodique. C’est un très bon tremplin pour commencer une carrière.

 

 


La révolution du paiement mobile : rencontre avec Cyril Chiche, fondateur de Lydia

« Depuis sa création en 2011, l’application mobile Lydia connaît une popularité grandissante. Si la rapidité des transactions qu’elle permet a tout d’abord séduit le milieu étudiant pour des usages limités à la sphère privée, l’application peut à présent être utilisée dans des enseignes mondialement connues telles que Cdiscount, Undiz, Franprix ou Tupperware. Le fondateur de l’application, Cyril Chiche, a accepté de répondre à nos questions pour nous livrer les clefs de sa réussite ainsi que ses ambitions de développement».

 

Bonjour Monsieur Chiche, merci pour cette interview ! Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

J’ai intégré l’ISG en 1995. Malgré ma passion pour la mode, le luxe et plus généralement pour les sujets d’artisanat très haut de gamme, j’ai finalement exercé exclusivement dans des start-ups aux profils différenciés : business et marketing, levées de fonds ou encore ressources humaines.

J’ai travaillé dans le domaine du stockage à vendre aux banques et les ai accompagnées dans leurs projets de développement dans le secteur. J’ai également remarqué qu’en Afrique et Asie, les virements se faisaient de manière presque informelle. A travers mon implication dans le domaine des transactions en salle de marché, j’ai réalisé qu’en réalité, même dans ces endroits dotés des meilleures technologies, les transactions ne sont pas instantanées, loin de là. Si pour mes besoins personnels, un virement met au minimum deux jours avant d’être effectué, dans les salles de marchés il existe également une chambre de compensation qui effectue les transferts de propriété de l’argent une demi-journée plus tard.

A travers cette analyse, j’ai eu l’idée de mettre en place un système sur téléphone qui annihile les désagréments causés par la lenteur des virements bancaires : un système simple, instantané et transparent. Après avoir rencontré Antoine et avoir travaillé six mois sur le projet, Lydia fut créé.

 

Lydia, qu’est-ce que c’est ? Quelques chiffres à partager sur l’application ?

 

Lydia est une application de paiement mobile gratuite utilisable entre particuliers, en magasin ou encore en ligne. C’est l’application la plus importante en France avec 1 million d’utilisateurs. Chaque jour, 2000 utilisateurs supplémentaires rejoignent la communauté Lydia. Le nombre d’utilisateurs croît de manière exponentielle : il a en effet augmenté deux fois plus durant les 12 derniers mois que pendant les 40 mois consécutifs à sa création. Pour ce faire, nous répertorions des cartes bancaires ou encore des outils fournis par des banques.

 

Cela ne fait pas de nous pour autant une banque : une banque est en effet réservée à des sociétés réglementées. Son activité est la transformation des dépôts en crédits en effets de levier. Nous n’effectuons pas ce genre d’activité car notre objectif est de donner aux utilisateurs les outils pour transférer leur argent.

 

Les écoles sont-elles le terreau de vos futurs clients ?

Les écoles et université sont toujours des endroits extraordinaires pour se développer car les étudiants sont ce que l’on pourrait appeler des « mobile natives ». Les modes de vie qu’ils ont ne sont pas compatibles avec la lourdeur de la banque. Leurs attentes ne collent pas avec la stratégie des banques. Avec Lydia, nous avons analysé ces attentes et apporté la plus-value souhaitée.

Par chance, l’application s’est développée avec une grande viralité : les étudiants ont rapidement adopté le mode de paiement au sein de leurs écoles ou universités ; au fil des années, les anciens des écoles ou universités deviennent des ambassadeurs de l’application dans leur entreprise tandis que les nouveaux arrivants téléchargent rapidement l’application afin de rentrer dans la dynamique transactionnelle du campus.

Pour répandre l’application, nous avons eu recours aux associations étudiantes afin de généraliser les paiements via Lydia aux cafétérias ou bars des campus, mais nous nous sommes également imposés dans les billetteries des écoles. Les billetteries permettent en effet aux étudiants d’acheter leurs places en avance pour un évènement de l’école. Le traditionnel virement bancaire s’est effacé pour laisser place à un moyen de transaction plus rapide et plus simple pour les débiteurs comme pour les créditeurs : Lydia. La billetterie est un outil très raffiné et développé pour les campus. Le fait que tous les étudiants utilisent, pour acheter leurs billets, le mode de paiement Lydia, maximise le rendement de la billetterie. Sur les campus, il est finalement devenu presque indispensable d’utiliser l’application mobile.

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Quels sont vos enjeux du moment ?

Nous faisons face à trois grands enjeux.

Tout d’abord, nous voulons aller encore plus loin dans la fonctionnalité Lydia qui permet d’offrir à tous des solutions pour pallier à la lenteur des banques. Nous sommes en développement d’un projet de partenariat avec Applepay afin de n’avoir plus besoin d’aucune carte de crédit sur soi pour effectuer ses achats (même avec trois comptes bancaires !). Il s’agirait en effet de pouvoir payer avec Lydia la totalité des transactions journalières (même les factures mobiles ou de consommation).

Nous avons également l’ambition de nous développer à l’international en nous implantant en Irlande, au Royaume-Uni, en Espagne ou au Portugal afin de saisir les opportunités de ces pays. D’ailleurs le développement de Lydia est déjà bien entamé en Angleterre.

Nous voulons finalement doubler notre nombre d’utilisateurs pour 2018 afin de définitivement conserver le leadership sur ce domaine.

 

La réglementation bancaire est-elle un outil de blocage au service des banques traditionnelles, ou une opportunité pour vous et pour les Fintech ?

La réglementation bancaire est une opportunité extraordinaire pour nous. C’est une opportunité historique que d’avoir accès de manière carrée et sécurisée à toutes les informations sur les comptes bancaires pour offrir ensuite des services. France Fintech, dont je suis Vice-Président, fait du lobbying pour faire avancer les choses dans ce sens-là.

Mais nous nous rendons aussi compte que la fraude est un problème dans l’utilisation de l’électronique, d’où l’accroissement de l’exigence des consommateurs en terme de sécurité des données. Afin d’éviter le 3D secure que refusent les deux enseignes utilisant le paiement Lydia, Franprix et Cdiscount, la solution est de faire appel à des wallets pour gérer ces attentes. Nous n’avons aucune animosité avec les banques car nous ne marchons pas dans leur business. Nous débitons directement la carte du client, alors que le fait de retirer de l’argent au distributeur coûte à la banque. Nous réduisons les transactions en espèces donc nous rapportons même de l’argent aux banques.

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Votre plus grande fierté ?

Ma plus grande fierté est de toujours réussir des actions que les experts prétendent impossibles. Je suis fier d’être celui qui, au départ, ne connaît rien, mais qui, grâce à son ingéniosité et sa persévérance, remporte le défi. L’application recueille des notes extraordinaires sur l’Apple store ; c’est même l’une des mieux notées sur les 20 Apps les plus téléchargées. C’est une grande fierté d’avoir monté une équipe d’individus passionnés qui sont aujourd’hui des experts sur cette thématique.

Je suis très fier quand j’entends des gens utiliser Lydia ; l’autre jour au cinéma, j’ai entendu un jeune homme se faire taquiner par ses amis car il n’utilisait pas Lydia par exemple. D’un point de vue personnel aussi, mes enfants me considèrent comme « papa superman » ; c’est très gratifiant.

 

Votre plus grosse galère ?

Nous connaissons chaque jour de nombreuses galères.

Une grosse déception a été lorsque nous avons voulu généraliser le paiement Lydia pour les professionnels n’acceptant pas la carte bleue comme les médecins ou taxis. Nous avons développé le projet pendant deux ans sans se faire payer pour finalement le voir refusé.

Il est également difficile de recruter les bonnes personnes, de les garder et de les faire évoluer, surtout dans un environnement concurrentiel comme celui-ci. L’extension de Lydia au Royaume-Uni a également été une grosse galère : nous n’avions pas bien mesuré toutes les adaptations à effectuer : par exemple, les anglais n’utilisent pas les IBAN mais la combinaison sort code et account number.

Mais d’un autre côté, ce sont les défis du métier, c’est ce qui nous donne envie de nous lever le matin. Si nous n’avions pas à surmonter toutes ces galères, nous nous ennuierions ! Tout entrepreneur, même très à l’aise dans son domaine, connaît toujours des imprévus, des jours de galère et des jours de victoire.

 

Quel conseil pour un étudiant qui s’intéresse aux fintech ?

Pour être recruté dans le domaine de la fintech, il faut tout d’abord avoir très envie de travailler. La boite veut accomplir de grandes choses avec des moyens limités donc a besoin exclusivement de personnes passionnées. Pour monter sa boite, beaucoup de qualités sont requises, mais il ne faut pas oublier de passer beaucoup de temps sur la phase préalable de la création : il ne faut pas hésiter à se poser les questions qui fâchent (par exemple, combien de temps peut-on rester sans être payé ?). Le chemin est fastidieux, semé d’embûches, rien n’est sûr et tout est plus long que prévu.

 

Un message à faire passer aux lecteurs du blog AlumnEye ? 

Mon message : il ne faut pas avoir peur d’essayer. Toutes les innovations qui changent notre quotidien viennent de gens sans a priori. Il ne faut pas avoir peur de se tromper, c’est la clef du succès.