Des salles de marché à Snapchat, Rym Zerroug nous parle de sa reconversion

Rym Zerroug a décidé de se reconvertir dans la Tech après avoir travaillé 3 ans en salle des marchés. Passée notamment par Crédit Suisse et RBS, elle travaille aujourd’hui chez Snapchat en tant qu’Account Manager.

Rym revient dans cette interview sur son passé en Trading, et sur sa reconversion réussie dans le monde des start-ups.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Après deux années de maths appliquées, je me suis spécialisée en ingénierie financière pour ensuite me tourner vers le Master 203, un master spécialisé en finance de marché à Dauphine.

J’ai ensuite travaillé pendant trois ans à Londres en tant que Trader avant de rentrer à Paris et de me ré-orienter dans “le monde de la Tech”.

J’ai effectué toute ma carrière financière en finance de marché. Mon tout premier stage était en fonds d’investissement puis je me suis tournée vers des banques : j’ai notamment travaillé chez Crédit Suisse et RBS.

Avant de rejoindre Snapchat, j’ai participé au lancement d’une start-up Tech spécialisée dans le marketing programmatique où j’étais responsable des Opérations, c’est-à-dire responsable de la mise en place opérationnelle des campagnes de publicité et de l’Account Management.

 

On dit souvent qu’en Trading, le profil ingénieur est privilégié. En quoi le master 203 de Dauphine t’a aidé à faire ce métier-là, du moins à tes débuts ?

En salle de marché, j’ai toujours été entourée d’ingénieurs et notamment de Centraliens. Mais le master 203 n’a rien à envier aux formations d’ingénieurs. C’est une formation très solide au niveau théorique et pratique. En effet, c’est un diplôme très quantitatif avec par exemple des cours de calcul stochastique et de programmation assurés par des professeurs très réputés mais aussi des interventions pratiques de professionnels, traders et structureurs, ce qui nous permettait de travailler sur des cas réels.

La formation permet d’arriver en salle des marchés avec de solides bases. C’était donc pour moi un très bon combo !

 

Au-delà de l’image qu’en a le grand public, peux-tu nous expliquer réellement le métier de Trader ?

Le métier de Trader va dépendre de la structure où l’on travaille (si on est en banque ou en Hedge Fund), mais aussi des assets qu’on va traiter (taux, dérivés, Fixed Income, etc.).

Mais le but premier d’un Trader est de hedger ses positions, donc de faire en sorte de ne pas perdre d’argent et en parallèle que les positions qu’on prend soient « PnL positives ».

Certains desks ont plus de latitude sur la partie propre Trading, celle où on s’amuse un peu plus : on prend des positions non seulement pour se hedger mais aussi pour gagner le maximum d’argent. Cela dépend justement de la structure et des produits qu’on traite.

LA4Lire aussi : Pourquoi l’entrepreneuriat après Morgan Stanley et McKinsey ? Témoignage de Victor Carreau, fondateur de Comet

Tu as travaillé sur divers produits financiers, tu peux nous dire en quoi ils sont différents ? Certains produits étaient-ils plus techniques que d’autres ? 

J’ai toujours travaillé sur les dérivés actions. J’ai commencé par les dérivés vanilles, ce sont les produits simples (options de vente et d’achat).

Ensuite, j’ai travaillé sur des produits un peu plus compliqués, ceux qu’on appelle les produits structurés.

Le quotidien est différent selon les produits qu’on traite : sur des produits structurés on va prendre plus de temps à pricer un produit qui est complexe parce qu’il y a plus de paramètres à prendre en compte, là où sur des dérivés vanille les produits sont plus simples et en revanche le quotidien est beaucoup plus rythmé car il y a plus de volume à traiter.

Personnellement, je préférais les produits structurés parce que je traitais des produits complets donc je touchais un peu à tout : des dérivés, des actions, du taux d’intérêt et du FX.

 

BNP, Crédit Suisse, RBS : quelle banque avait la meilleure ambiance ?

Je garde un super souvenir de mon expérience chez Crédit Suisse probablement parce que c’était ma première expérience à Londres. Plein d’events étaient organisés pour nous : soirées, team buildings, activités caritatives, etc. ; ça permet de créer rapidement des liens avec les autres analystes et au sein de la banque.

 

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Quel a été le déclic, le moment où tu t’es dit « ça y est, je quitte la finance » ?

Une reconversion réussie c’est tout un process. Cela prend du temps et de l’implication pour être sûr(e) de soi.
Plus je découvrais le monde des start-ups et de la Tech, et plus je trouvais cela passionnant !

Ensuite, en mûrissant l’idée, j’ai simplement senti que c’était le moment de me lancer !

Beaucoup prétendent qu’une carrière en finance de marché rend difficile les reconversions. Tu prouves le contraire avec tes différentes expériences post-Trading. Comment as-tu fait ?

Je suis d’accord sur le fait que ça ne soit pas facile ! Contrairement à la finance d’entreprise où on voit plus de choses, en finance de marché et surtout en Trading on est hyper spécialisé et parfois cantonné à une classe d’actifs par exemple.

Ce qui rend la reconversion pas évidente mais tout à fait possible.

A l’époque, j’étais très intéressée par le digital mais je n’y connaissais rien. J’ai eu la chance d’avoir un mentor chez Crédit Suisse qui m’a encouragé à me tourner vers la Tech, qui fascinait déjà tout le monde : c’était les débuts de Twitter, Facebook venait d’être introduit en bourse, il se passait vraiment quelque chose dans le monde de la Tech. Petit à petit j’ai suivi des cours sur le Digital Marketing, je me suis rendue à des events spécialisés puis de fil en aiguille, j’ai réussi ma reconversion post finance de marché en start-up/Tech.

 

Tu travailles à présent chez Snap, peux-tu nous expliquer tes missions ? 

Je suis commerciale chez Snap et mon travail consiste à accompagner les marques et les start-ups dans leur stratégie de communication, d’acquisition et d’expansion sur Snapchat. On a une plateforme self service qui s’appelle Snap Ads Manager qui permet aux marques de créer leurs campagnes publicitaires qui seront diffusées dans l’application Snapchat.

Mon rôle est donc de les aider dans leur stratégie pour atteindre leurs objectifs.

La plupart de mes clients ont des objectifs de performance : d’acquisition de nouveaux utilisateurs et surtout de croissance.

Snapchat est devenu maintenant incontournable dans une stratégie d’acquisition et de growth. 

 

Quels aspects de ton ancienne vie en Trading t’aident dans ton quotidien chez Snap ?

C’est une question que beaucoup de gens me posent. Je pense que le Trading est une excellente école pour apprendre à travailler sous pression, à être efficace et rigoureux.

On absorbe tellement de choses en Trading, on apprend à aller vite et à s’adapter, ce qui rend les choses plus faciles finalement lorsque l’on arrive dans un domaine/job qu’on ne connaît pas forcément.

LA4Lire aussi : Quick advice for your summer internship.

Snap est connu pour être le réseau social des adolescents. Ton expérience actuelle te permet-elle de comprendre un peu mieux la génération de demain ? Si oui, sous quels aspects ? 

Il faut savoir que sur Snapchat, plus de 80% de l’audience en France a plus de 18 ans.

C’est passionnant de travailler chez Snap parce que c’est une boite très innovante !

On a la chance d’être au cœur des changements aussi bien de communication que d’innovation, notamment sur la réalité augmentée.

Clairement, ça me permet de mieux comprendre les besoins et les habitudes de la génération de demain.

 

On dit souvent qu’en Front Office, on vit des journées très intenses. Ça ne te manque pas trop ? 

C’est vrai qu’en salle de marché, les journées sont hyper dynamiques, il y a une émulsion qui pour moi est unique, notamment à Londres (et j’imagine à NY). Le quotidien en start-up est différent mais peut être aussi très intense dans un autre style donc je m’y retrouve quand même.

 

Quels conseils tu donnerais, notamment au niveau des choix d’études et de stages, à quelqu’un qui veut faire du Trading ?

Je pense que le choix de la formation est très important tant sur ce que tu vas apprendre que pour le réseau que tu vas te faire. Selon moi, le Master 203 est une bonne porte d’entrée pour faire du Trading pour les raisons évoquées tout à l’heure.

En ce qui concerne les stages je recommanderais de faire plusieurs classes d’actifs, c’est très intéressant de faire du taux ET des actions avant de s’orienter. C’est très important de toucher à tout pendant ses stages, en M1, en M2, en Summer aussi. L’idéal serait un Summer où l’on fait plusieurs desks pour ensuite choisir ce qui nous correspond le mieux.

 

Mehdi El Moussaoui, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye

 


Stage en M&A : à quoi s’attendre ? 3 AlumnEye témoignent

Le stage en M&A est l’expérience tant attendue de beaucoup d’étudiants en finance, mais avant de s’embarquer dans cette aventure, trop peu d’entre eux savent réellement à quoi s’attendre.  Qu’en est-il du quotidien du stagiaire en M&A ? Quelle est sa charge de travail ? Comment réussir son stage en M&A ?

Afin de vous éclairer sur le sujet, nous avons donné la parole à 3 étudiants passés par une telle expérience. Ces AlumnEye ont découvert le M&A dans des structures très différentes :  Andrea, ancien stagiaire chez Rothschild et Lazard (Large cap) ; Aurélien, qui fut stagiaire chez DC Advisory (boutique Mid cap internationale), et Camille, passée par Capitalmind (boutique Mid cap également), témoignent aujourd’hui pour vous donner un aperçu des points communs et des différences entre leurs équipes respectives.

 

Pourquoi as-tu choisi de faire un stage en M&A ?

 

Andrea : Je pense que le M&A qu’on veuille en faire ou non sa carrière, c’est une excellente école : ça permet de gérer des deadlines dans un environnement très exigent, de voir tout un tas de secteurs, côtoyer des problématiques de niveau CEO, CFO : c’est vraiment passionnant. Aussi faire un stage en M&A permet de prendre du recul sur pas mal de choses, de voir un petit peu la réalité du monde professionnel, et ça permet de commencer par ce qu’il y a de plus difficile, mettre des choses en perspectives et vérifier si c’est vraiment ce que l’on veut faire. A titre personnel j’ai choisi cette voie car c’est un métier technique, où l’on a besoin d’avoir un bon sens business, où il y a pas mal de stratégie et enfin car c’est un métier où l’on apprend en permanence que ce soit sur des entreprises, des secteurs, des façons de faire. C’est vraiment très enrichissant sur ce point-là.

 

Camille : Je dirais que c’est d’abord pour l’aspect stratégique du métier, on conseille les entreprises dans des moments clés. Notre valeur ajoutée est d’autant plus significative en Mid cap car la plupart du temps, le management des entreprises ne connaît rien aux process et se repose vraiment sur le conseil ; on est donc impliqué à 100% dans la stratégie de l’entreprise. Finalement, en M&A on a vite des responsabilités et on apprend beaucoup, c’est ce qui me motive vraiment. Tu dois te débrouiller aussi bien avec des choses basiques (maîtrise d’Excel et de PowerPoint) que dans des tâches plus compliquées comme créer un rapport pour ton client et en se plongeant dans son entreprise afin de la comprendre parfaitement en quelques jours.

 

Aurélien : Au départ, quand je suis arrivé en école de commerce, mon objectif était de faire de la finance de marché. J’ai donc décidé d’intégrer l’association finance de l’école et c’est là que j’ai appris ce qu’était un DCF ou des trading comps par exemple. Cela m’a tout de suite intéressé car contrairement à la finance de marché, la finance d’entreprise permet de se retrouver au cœur du « problème », de la machine. La réflexion stratégique est beaucoup plus présente, poussée et importante. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de changer de chemin et de me diriger en corporate finance. Et quoi de mieux que le M&A pour se retrouver au milieu de toutes ces problématiques ?

 

LA4Lire aussi : Entretien en M&A : les questions techniques fréquentes

 

Quelles ont été tes tâches au quotidien ?

 

Andrea : Chez Lazard, les stagiaires sont totalement intégrés dans les deals et les différentes opérations. En fonction du projet on peut avoir des tâches très variées : préparation de slides PowerPoint, préparation d’IM (Information Memorandum), de teasers, de documents à rendre au board. On passe aussi beaucoup de temps à chercher des informations, à les préparer pour que l’analyste puisse ensuite les traiter de la façon la plus efficiente.  Il y a également beaucoup de process, c’est-à dire organiser les différentes réunions, suivre les différentes parties prenantes d’un deal : auditeurs, avocats, consultants.

 

Camille : Il y a tout d’abord la gestion de la dataroom qui consiste à vérifier la validité des documents puis les trier. Je participe aussi au travail de valorisation : on me donne un chiffre d’affaires et un périmètre géographique et je cherche des comparables de transactions. Je collabore également à l’élaboration de pitchs : analyse de marchés, analyse de la concurrence…. Il m’arrive aussi de participer à la rédaction de rapports stratégiques ou de notes sectorielles : pour cela je revois les états financiers, j’étudie l’entreprise ou un secteur en détails.

 

Aurélien : Je ne pense pas pouvoir parler de tâches quotidiennes, car une journée ne se déroule jamais de la même manière, mais plutôt de tâches en générale. Personnellement, je pense avoir eu de la chance car j’ai eu l’occasion de travailler sur 7 mandats en 6 mois, que ce soit en buy-side, sell-side ou même pour un refinancement. Cela m’a permis d’avoir des tâches diversifiées. Bien sûr il y a les grands classiques comme faire des trading comps, des transaction comps, des profils, des screening, etc. Mais j’ai aussi pu construire un modèle de rating et faire un peu de modeling.

 

Comment s’organise ta journée ?

 

Andrea : C’est la question à laquelle il est quasiment impossible de répondre en M&A, parce que la nature du travail fait qu’en fonction des deadlines les journées sont toutes différentes. Chez Lazard, j’arrivais vers 9h, la première chose était de prendre connaissance des mails de la nuit, voir quels vont être les top priorités de la matinée puis on se met au travail et on répond aux différentes attentes. Généralement à partir de 15-16h le gros du travail commence car la hiérarchie revient de meetings et a eu des updates de la part des clients. Chez Rothschild j’avais également des side-projects comme la mise à jour de bases de données sur des boites cotées et dont je devais m’occuper lorsque j’avais le temps.

 

Camille : La journée est rythmée par le client et ton donneur d’ordre. Globalement il y a un planning sur la semaine qui te permet de ne pas être débordé et d’allouer le bon temps à chaque sujet. Pour résumer je sais à quelle heure j’arrive mais pas à quelle heure je pars mais en moyenne mes journées s’étendent de 8h30 à 22h30.

 

Aurélien : En général, je suis mobilisé sur plusieurs exécutions et/ou pitch en même temps. Typiquement il m’est arrivé d’être sur trois process simultanément, chacun à un niveau d’avancement différent, et en fonction de cela j’avais des slides à faire, des recherches à effectuer, des documents à télécharger… En début d’après-midi mes propositions étaient revues et je devais passer les marks-up (corrections). En parallèle, il est possible qu’un MD (Managing Director) me demande de travailler sur quelque chose en annexe, et ça peut aller du simple profile au petit book un peu poussé sur un marché qui l’intéresse. Il n’y a pas de journée type, je ne suis jamais entré dans une sorte de routine et c’est ce qui rend le travail passionnant.

 

Comment es-tu formé(e) au cours du stage ?

 

Camille : J’ai été formée dès mon arrivée en stage. Pour ce qui est de l’apprentissage du fonctionnement des bases de données que l’on utilise au quotidien du type CapitalIQ, les prestataires sont venus directement nous former sur place à l’utilisation de leurs outils. En parallèle, nous avons bénéficié de formations des différents membres de l’équipe : quelques heures sur la dataroom, sur les comparables, sur Excel et PowerPoint. C’était vraiment très utile et ça m’a permis d’être opérationnelle dès le début.

 

Aurélien : Il n’y avait pas vraiment de formation au début du stage chez DC Advisory, à part une formation de 2h dans les bureaux de Facset. Dans les boutiques en France, on apprend surtout sur le tas et il ne faut pas être stressé si on a l’impression de faire des tâches ingrates, c’est normal. Il y a un temps pour tout. On apprend petit à petit à se connaître entre analystes et stagiaires. On gagne petit à petit en responsabilité. Je pense qu’il faut surtout montrer que l’on a envie d’apprendre, de poser des questions et ça viendra avec le temps. J’ai beaucoup de chance aussi car l’équipe chez DCA est très pédagogue. Les analystes prennent le temps de nous expliquer ce qu’il faut faire. Il faut juste bien écouter et essayer de comprendre le plus vite possible car ils ont beaucoup de sujets différents et revenir 2, 3, 4 fois pour poser la même question, ce n’est pas faisable.

 

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Quelles sont les qualités nécessaires à la réussite de ton stage ?

 

Andrea : Les qualités nécessaires sont d’abord humaines, on n’attend pas des stagiaires qu’ils soient des brutes en finance, on cherche avant tout des gens rigoureux, disciplinés, débrouillards et surtout agréables. Rigoureux et disciplinés tout simplement car on attend du stagiaire qu’il devienne indépendant et qu’on puisse compter sur son travail. La différence entre un bon stagiaire et un mauvais c’est que le bon sera sûr de son travail, capable d’envoyer un travail sans coquilles et des chiffres surs. Ensuite débrouillard car le stagiaire doit être capable de juger si ce qu’on lui demande de faire est faisable. Par exemple, un jour on m’avait demandé de faire une recherche d’un chiffre et au bout d’une heure je me suis rendue compte que cette information était introuvable car elle n’existait pas, le rôle du stagiaire c’est de prendre son courage à deux mains et d’aller en parler avec l’analyste plutôt que de perdre du temps, il faut prendre des initiatives. Finalement le point le plus important c’est que le stagiaire soit agréable, c’est à dire qu’a niveau égal, on préfèrera le stagiaire qui est souriant, disponible et aimable à 2-3 h du matin.

 

Camille : La première chose c’est qu’il faut être extrêmement rigoureux, rendre des travaux impeccables, s’imposer une vraie discipline en autonomie. Deuxièmement, il faut être à 100% dans son boulot pour être capable de faire la petite chose en plus qu’on ne t’a pas demandé et qui fera la différence : rester 1 h de plus pour faire une recherche en plus ou arriver avant tout le monde le matin pour prendre de l’avance. Et dernièrement, il faut aimer le métier. On travaille beaucoup, il y a peu de moments dans la journée où l’on peut souffler, il ne faut pas se laisser déborder : toujours être à jour, ce n’est pas parce que l’on n’a rien à faire qu’il ne faut pas prendre de l’avance et à l’inverse lorsque l’on est débordé, il faut être capable de dire à un donneur d’ordre qu’on a une autre deadline.

 

Aurélien : La première qualité à avoir selon moi c’est la curiosité car en tant que stagiaire on est souvent amené à exécuter des tâches et si on n’est pas curieux, le travail devient de moins en moins intéressant, la progression ralentie de manière exponentielle et les personnes avec qui l’on travaille peuvent vite se rendre compte du manque d’intérêt du stagiaire et donc lui donner des tâches moins importantes. Nous ne sommes pas uniquement là pour faire des slides, si on pose des questions, les analystes nous font davantage confiance car ils nous sentent impliqués. Le deuxième conseil est d’être proactif. Au vu de la charge de travail, le temps est compté, et si l’on peut permettre à son analyste et à soi-même de gagner une heure dans sa journée en prenant de l’avance ou en commençant une tâche qu’il ne nous a pas encore demandé de faire, c’est valorisant et ça permet au stagiaire de gagner la confiance de ses pairs. Cependant, c’est une qualité qui vient avec le temps car sur un premier stage en M&A, on ne connaît pas très bien les process et on a besoin d’être guidé mais avec l’expérience, on peut mieux anticiper et sentir les choses. Enfin, je pense qu’il faut une certaine capacité de travail. En effet, les heures sont longues, la charge de travail peut-être très élevée et si l’on n’est pas capable de rester concentré 15 heures de suite, je pense que ça peut être compliqué.

 

Quels conseils donnerais-tu aux futurs stagiaires en M&A ?

 

Andrea : Je pense qu’il faut prendre les bons réflexes dès le début : imprimer ses sources, prendre les devants, être très poli, être très carré dans les mails, donner une bonne première impression, se montrer souriant et avenant et motivé. Il faut surtout ne jamais se reposer sur ses lauriers, et surtout rester humble. Ce qui a été particulièrement marquant pour moi, c’est que chez Rothschild j’étais dans une promo de rockstars et du coup ça me permettait de garder les pieds sur terre car je savais que j’avais tout à prouver.

Camille : Au début de son stage, il faut se forcer à prendre les bonnes habitudes sans attendre : apprendre rapidement les raccourcis clavier, tenir au courant ses donneurs d’ordre, prendre des notes, écouter. Au début ça prend du temps et de l’énergie, on emmagasine une importante quantité d’informations dans un laps de temps très court mais il faut prendre le pli pour pouvoir par la suite gagner du temps avec les automatismes acquis. Le deuxième conseil que je donnerais c’est d’être très organisé : il faut être très carré dans la prise de notes, bien comprendre ce que l’on nous demande, gérer ses deadlines et surtout communiquer, ne pas hésiter au début du stage à dire « je n’ai pas compris, vous pouvez me réexpliquer » car il n’y a rien de pire que de revenir à son bureau sans avoir compris ce que l’on devait faire.

Aurélien : Premier conseil sans hésiter : le networking, que ce soit par curiosité pour le milieu ou pour se faire des contacts. C’est quelque chose de beaucoup trop sous-estimé je pense. Personnellement, j’ai commencé quand j’étais en deuxième année d’école de commerce et ça m’a permis d’avoir beaucoup plus de facilités lorsque j’ai commencé à chercher des stages. Le deuxième conseil que je donnerais c’est de s’intéresser au monde de la finance : lire des articles de presse économique, des études de marchés, s’intéresser aux différentes sociétés, et pas seulement Hermès ou LVMH mais aussi les petites ou les moins connues ou reconnues, qui constituent le tissu économique. Cela permet d’avoir une certaine connaissance du marché bien utile car en entretien ça peut jouer énormément.

 

LA4Lire aussi : M&A : Analyst, Associate, VP, etc., quel rôle selon votre grade ?

 

Quel est ton ressenti sur cette expérience ?

 

Andrea : A titre personnel j’ai adoré ma césure en M&A. C’était très fatigant, j’étais vraiment épuisé à la fin mais j’ai rencontré des gens brillantissimes, j’ai vu ce que c’était la réalité du monde professionnel, j’ai travaillé sur des dossiers passionnants, j’ai vu que c’était challengeant mais pas surhumain. Finalement j’ai adoré l’ambiance : le M&A c’est une école accompagnée d’un prestige énorme.  Je me projette vraiment dans ce métier car il est en perpétuel mouvement et à mesure que l’on va progresser dans la hiérarchie, le métier va devenir de plus en plus commercial.

 

Camille : Que du positif et c’est pour cela que je me vois poursuivre ma carrière en M&A. J’ai énormément appris, que ce soit sur la méthodologie, le métier ou l’industrie, je suis toujours très stimulée au quotidien. Je pense aussi que c’est l’équipe qui fait tout, une bonne ambiance est vraiment primordiale dans un environnement aussi exigeant que celui de la banque d’affaires. C’est aussi un stage très responsabilisant car je travaille avec des Associates, VP, Director et même parfois des Partners, la proximité avec le top management est très enrichissante.

 

Aurélien : J’ai adoré. DC Advisory a une vraie culture d’entreprise, les personnes qui y travaillent sont bienveillantes et vraiment très sympas. J’y ai passé de très bons moments, que ce soit tard le soir quand la deadline est à 9h00 le lendemain ou en soirée avec eux. Je me suis vraiment beaucoup amusé et épanoui. En ce qui concerne le travail, je trouve avoir eu énormément d’exposition, ce qu’on ne peut pas ou plus retrouver dans la plupart des grandes banques de la place parisienne car les stagiaires doivent partir à 20h ou 22h. On m’a donné beaucoup de responsabilités, ce qui m’a permis d’apprendre et de comprendre beaucoup plus de choses, que ce soit en matière de process ou de technicité, que lors de mes précédents stages. Je le recommande vivement à quiconque souhaitant s’investir et apprendre.

 

Alessandra Petiot, étudiante à Dauphine et contributrice du blog AlumnEye

 


Avant de monter sa propre agence immobilière digitale, Stanislas de Dinechin a d’abord fait de la finance : Private Equity chez XAnge puis Bpifrance et Transaction Services chez Eight Advisory. Toutes ses expériences lui ont permis d’avoir le recul nécessaire pour se lancer dans l’entrepreneuriat et créer Hosman en 2017.

Stanislas nous explique dans cette interview en quoi consiste le Transaction Services, comment intégrer cet univers, et à quelles difficultés on fait face quand on devient entrepreneur.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

 

Diplômé du Master 225 de l’université Paris Dauphine, j’ai commencé ma carrière en finance en enchainant plusieurs postes : Private Equity Analyst chez XAnge puis Bpifrance, Transaction Services et restructuring chez Eight Advisory. Ensuite, je me suis lancé dans l’entreprenariat. Je suis parti travailler chez Jumia, l’« Amazon africain ». Je manageais des équipes sur le terrain dans plusieurs pays africains – Nigéria, Kenya, Sénégal – et au Pakistan. Puis, je suis passé Managing Director donc je dirigeais toute la partie East Africa de Jumia. Enfin, en 2017, j’ai créé ma propre entreprise immobilière, Hosman.

 

Pour bien comprendre, pouvez-vous nous expliquer le rôle d’une équipe de TS et le genre de missions sur lesquelles elle intervient ?

 

Au sens large, l’équipe de Transaction Services a pour objectif de donner du sens aux chiffres et aux métriques financières de leurs clients afin de les conseiller. Les clients sont des Corporate ou des fonds de Private Equity.

Il existe plusieurs branches dans le Transaction Services :

  • Le Transaction Services pur qui consiste à conseiller un client sur une opération d’acquisition ou de cession en rédigeant des due diligences i.e. des rapports sur les chiffres de l’entreprise target : buy side/vendor due diligence.
  • Le restructuring qui consiste à conseiller une entreprise en difficulté. Les métriques financières sont ici utilisées pour sauver l’entreprise. Le conseiller intervient comme un médecin urgentiste à un moment critique pour l’entreprise.
  • L’évaluation et la modélisation qui consistent à valoriser et pricer des entreprises.

Les consultants en Transaction Services peuvent également intervenir sur des missions ponctuelles comme l’identification des métriques d’une activité particulière d’une entreprise. Ces opérations interviennent lorsqu’une entreprise souhaite se séparer d’une seule activité seulement. Le Transaction Services est un métier très intéressant car il est non seulement lié à la finance mais également aux contraintes stratégiques et opérationnelles des entreprises pour donner du sens aux chiffres financiers.

 

LA4Lire aussi : Faire carrière en M&A : les conseils d’Irakli, ex-banquier chez Rothschild

 

Il est généralement difficile de décrocher un stage en Transaction Services en 1ère partie de césure, comment expliquez-vous cela ? Quelles qualités recherche-t-on chez un candidat ?

 

La difficulté de trouver un stage en 1ère partie de césure est présente quel que soit le secteur choisi car le problème vient du fait que le candidat n’est pas opérationnel tout de suite et le former pour seulement 6 mois représente un gros investissement. Ainsi, il est toujours plus facile de décrocher un stage en 2ème partie car le candidat est formé.

Les qualités requises sont un bon esprit analytique et beaucoup de rigueur car on traite avec beaucoup de chiffres. Il faut être curieux et avoir envie d’apprendre car pour donner du sens aux chiffres il faut creuser de nombreux sujets. Le candidat doit également être très travailleur comme dans tous les métiers de la finance. Enfin, le plus est d’avoir un gros capital sympathie car on travaille beaucoup en équipe donc bien s’intégrer dans celle-ci est essentiel. Une des questions qu’un recruteur se pose face à un candidat est : est-ce que je me vois travailler avec ce gars-là ?

 

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En finance, vous avez fait du Private Equity et du Transaction Services. Pourquoi pas du M&A ?

 

Je n’ai pas choisi le M&A car je voulais donner du sens au métier que j’allais faire. En Private Equity, j’investissais dans des entreprises mais j’accompagnais également l’entrepreneur dans ses stratégies de croissance. De même, en Restructring, j’intervenais dans des phases critiques de l’entreprise pour la sauver. J’avais l’impression de créer plus de valeur en travaillant en PE ou en Restructuring qu’en M&A. De plus, je pense que le Transaction Services est plus pragmatique que le M&A ce qui m’a plus servi dans ma carrière d’entrepreneur.

 

Ensuite vous êtes parti chez Jumia, le « Amazon africain », quelles ont été les raisons de ce revirement de carrière ?

 

Il y en a plusieurs. Je faisais de la finance et du conseil pour me former mais je savais que je n’en ferais pas toute ma vie. J’ai toujours voulu devenir entrepreneur et chez Jumia, on est justement formé aux meilleures techniques de l’entrepreneuriat. De plus, j’aimais l’idée de partir dans un pays émergeant pour y créer des business. Cette expérience m’a permis de sortir des sentiers battus de Paris. Enfin je voulais plus créer que conseiller comme c’était le cas en finance. Derrière chaque entrepreneur se cache une envie de concret.

Vous avez beaucoup travaillé en Afrique, à Nairobi notamment, comment c’était ? Auriez-vous une anecdote à nous raconter ?

C’était absolument passionnant ! Il y a une énergie extraordinaire en Afrique du fait de ses perspectives de développement. Dans un pays développé, beaucoup de choses sont faites alors qu’en Afrique, beaucoup de choses sont à faire. Travailler en Afrique c’est avoir le sentiment d’être un pionnier de l’entrepreneuriat.

J’ai pleins d’anecdotes à vous raconter, en voici quelques-unes selon les pays dans lesquels j’ai travaillé. À Nairobi, au retour des beaux jours après une saison de pluie, j’ai retrouvé mon bureau envahi d’un nuage d’insectes. Au Nigéria, je me souviens être arrivé au bureau sans que personne ne soit là ; j’ai finalement compris qu’à cause de la saison des pluies, tout le monde était tombé malade de la malaria.  À Dakar, il ne pleut tellement jamais que dès que la pluie arrive, tout le monde se met à danser et à chanter.

 

Finalement vous avez décidé de vous lancer dans l’entreprenariat en créant Hosman, une start-up immobilière. Comment vous est venue cette idée ?

 

L’idée est venue assez simplement d’une expérience d’acheteur. En achetant mon bien immobilier, j’ai découvert à quel point les agences immobilières étaient chères alors qu’elles utilisent des techniques dépassées. Je voulais créer une entreprise, il me manquait juste l’idée. En 6 mois je suis passé de cette idée de révolutionner le monde immobilier à un business plan concret pour créer Hosman. L’immobilier est un univers à la fois challenging et sensé car on rend service aux personnes qui cherchent à acheter. Le besoin de se loger est un besoin fondamental.

 

De nombreux lecteurs de notre blog sont de jeunes actifs qui se posent la question de l’investissement immobilier, une étape importante dans une vie. Un conseil d’expert pour eux ?

 

L’investissement immobilier c’est juste une question de timing. Mon conseil serait d’investir le plus tôt possible. C’est d’autant plus intéressant que les taux sont très bas en ce moment donc les investisseurs peuvent bénéficier d’un effet de levier important.

Pour investir il faut :

  • Le faire le plus rapidement possible
  • Avoir du bon sens
  • S’endetter significativement pour avoir un effet de levier
  • Optimiser son rendement à la vente

Qu’est-ce qui vous manque le plus/le moins dans votre carrière en Transaction Services ?

 

Ce qui me manque le plus c’est l’esprit de corps et la bonne ambiance du cabinet de conseil en TS. Au contraire, ce qui me manque le moins c’est le peu de prise de responsabilité. Personnellement, je trouve que la reconnaissance sociale et les salaires émanant des métiers de la finance sont bien trop importants comparé à la réelle création de valeur de ces métiers.

 

LA4Lire aussi : Le Private Equity raconté par un Directeur d’Investissement

 

Avez-vous des conseils pour nos lecteurs souhaitant s’orienter vers une carrière en Transaction Services/Private Equity ?

 

Quel que soit le métier de la finance que l’on souhaite faire, l’étape préalable est de se préparer à fond afin de décrocher des entretiens et les réussir. Mon vrai conseil c’est d’oser. Il faut arrêter de se dire que nos chemins sont déjà tracés car ce n’est pas le cas, tout est possible, il faut seulement oser.

 

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye

 

La City : histoire de la plus mythique des places financières au monde

« The City has extracted privileges and freedoms from rules and laws to which the rest of Britain must submit » – Nicholas Shaxson

 

La critique faite par le journaliste Shaxson sous-entend que la cité londonienne communément appelée couramment « la City » ou « Square Mile », jouit encore de privilèges dont ne peut se targuer le reste de la Grande-Bretagne. D’où peut donc venir cette scission entre le cœur londonien et le reste du pays ? Est-ce dû à son histoire, à ses caractéristiques ? Ces privilèges accordés implicitement à la City devront-ils disparaître au fur et à mesure que la menace du Brexit s’épanche sur l’île britannique et son économie ?

 

Le quartier le plus ancestral de la Grande-Bretagne

Avant que la Cité de Londres ne devienne la plus grande place financière du monde, elle fut « Londinium », l’un des bastions des Romains à l’antiquité et une place centrale du commerce maritime romain puisqu’elle borde la Tamise : déjà lors, ce lieu était réputé pour les échanges de marchandises puisque l’un de ses quartiers fut appelé « Lundenwic » signifiant « London Market » en latin. À mesure que l’Empire romain entre dans son ère de déclin, la City est abandonnée jusqu’à ce que les royaumes unifiés britanniques la reconstruisent pour en faire une cité royale et religieuse et ceci, sous l’égide du premier roi d’Angleterre, Alfred le Grand. Cette place déjà mythique à l’époque, prévalait sur la ville de Londres, du fait de son ancienneté et de sa symbolique –qui reste forte encore aujourd’hui. Londres put tomber que la sa cité resta debout, si ce n’est lors du Great fire of London de 1666 où elle dû être rénovée. Jusqu’alors, elle peut être vue comme le cœur de Londres non pas comme une entité prévalant sur le reste du territoire britannique ; mais cela n’est sans compter sur son développement qui apparaît dès le XVIème siècle.

 

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La City, joyau financier de la couronne britannique

 

Effectivement, ce quartier britannique devient le cœur des activités bancaires et financières européennes avec la création de la Royal Exchange en 1565 par Sir Thomas Gresham qui représente encore aujourd’hui le point névralgique de la Cité de Londres et de la finance britannique. La Banque d’Angleterre, créée en 1694 transite en 1734 dans le même quartier, de même que le marché de l’assurance conquis par le mastodonte Lloyd’s Coffee House, établi à moins de cent mètres des deux autres entités financières. Le quartier jouit au XVIIIème siècle de l’essor de l’industrie, de cette révolution industrielle : Londres s’élargit et sa cité voit ses activités financières croître de façon vertigineuse du fait d’un besoin de financement très élevé de la part des entreprises anglaises mais pas que. En effet, la révolution industrielle nécessite de larges financements pour l’État dans les projets de développement urbain avec un fort potentiel de capital public.

De plus, le Square Mile devient le reflet de la puissance britannique (première mondiale au XIXème siècle) et assoit son pouvoir sur les colonies britanniques mais aussi sur les autres pays du monde : la City est considérée comme reine du monde financier tant ses pouvoirs sont importants. Le système monétaire international de l’époque était en faveur de la Grande-Bretagne avec l’hégémonie de l’or et de la livre sterling : par exemple, si elle connaissait un déficit extérieur, la Banque d’Angleterre augmentait son taux de réserve ce qui rendait le Square Mile plus attractif que les autres places financières et donc provoquait un afflux de capitaux vers ce dernier, amenant ainsi une contraction de l’activité dans le tiers-monde pour un regain sur le territoire britannique. Ainsi, le quartier britannique semblait bénéficier d’un pouvoir immense, financier, sur le reste du monde, chose qui perdurera même après le déclin de l’économie britannique au profit de celle américaine au XXème siècle.

 

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Un symbole plus qu’un hub financier

 

Nous ne pouvons pas parler de la City sans évoquer l’institution qui la définit : la Bourse londonienne. En 1697, John Castaing publie une liste de prix, The Course of the Exchange and other things au sein du Jonathant’s Cofee- House qui deviendra « Stock Exchange » en 1773. La bourse est créée en 1776 –officiellement en 1801- et se déploie réellement à partir de 1835 avec la « railway mania » qui correspond à la croissance des réseaux ferrés européens et à la mainmise de ces derniers par l’Angleterre. Les titres étaient alors peu spécialisés du fait du monopole des marchés régionaux (bourse de Liverpool et de Manchester) permis par des entreprises peu ou moyennement grandes qui n’évoluaient pas au-delà de l’échelle régionale. Toutefois, sur la bourse de Londres on pouvait retrouver les grandes banques britanniques – 59 sont cotées en 1836 – qui émettent alors des billets de banque, de la monnaie scripturale et souscrivent des actions. Depuis, la plus grande place financière du monde a toujours fait en sorte de se développer et de rester dynamique malgré la concurrence américaine puis asiatique à la fin du XXème siècle. Elle initie la vague de déréglementation financière avec le « Big Bang » de 1986 sous Thatcher, change de locaux en 2004, à Paternoster Square. Par ailleurs, le NASDAQ a voulu s’emparer de la Bourse londonienne en 2006 et 2007 mais sans succès. Aujourd’hui, elle est bien loin de la place où ne s’échangeaient que les actions simples de compagnies ferroviaires puisqu’il existe en son sein quatre grands marchés : les marchés d’actions, les services de négociation de valeurs mobilières, les marchés de produits dérivés et ceux d’information sur les données des marchés (prix, informations sur les entreprises cotées…). La City est in fine caractérisée avant tout par la Bourse de Londres.

 

Un microcosme politique, architectural et financier

La place financière britannique est bien singulière si on observe sa gouvernance qui est fort unique. En effet, elle a un modèle politique exclusif puisque le quartier est administré par la City of London Corporation elle-même régie par le Lord Maire de Londres et divisée en deux corps : la Cour d’Aldermen et la Cour du Conseil Commun. Elle a par ailleurs non pas un shérif en chef mais deux shérifs, un Lord Maire plutôt qu’un Lord Lieutenant. Le quartier est constitué de 25 wards reprenant le modèle d’un gouvernement moyen-âgeux qui permet une forte autonomie d’un quartier au sein d’une grande ville, Londres en l’occurrence. Les élections sont également uniques puisque l’électorat n’est autre que les businessmen qui occupent les bureaux de la City et les quelques résidents du quartier (10 000 pour 513 000 commuters i.e qui y travaillent seulement).

Le quartier se différencie également du reste du territoire par sa délimitation géographique et son architecture. Déjà, les Romains l’avaient isolée par des murs, aujourd’hui, la City ayant grandi, les frontières entre le Grand Londres et la City sont représentées par des statues draconiennes. Par ailleurs, le quartier d’affaires est reconnu par les gratte-ciels facilement reconnaissables de par leurs formes : le 20 Fenchurch Street appelé le « Talkie-Walkie », le Leadenhall Building surnommé le « Cheesegrater » et le 30 St Mary Axe prénommé le « Gherkin » sont les plus connus. La finance a ainsi pris le pas également sur l’architecture et transparaît donc un peu partout au sein de cette place londonienne, notamment du côté est, puisque l’ouest est connu pour accueillir les cabinets d’avocats d’affaires les plus prestigieux dont quatre du « Magic Circle » : Linklaters, Slaughter & May, Allen & Overy et Freshfields Bruckhaus Deringer.

Cependant, la finance est bien ce qui définit la City, notamment si on s’appuie sur les statistiques qui y sont affiliées. En 2019, ¾ de ses employés travaillent dans le domaine de la finance. Ce dernier est le secteur dont le taux de croissance des emplois est le plus élevé (+16% entre 2016 et 2017). De plus, il est le pôle le plus productif du secteur des services avec une moyenne de 100 000 livres sterling/employé. Enfin, on recense plus de 23 580 entreprises ancrées dans la City dont 265 qui emploient plus de 250 employés et représentent plus de 50% des emplois du quartier : par ailleurs, 75% de ces firmes sont des entités financières. La City est bien un microcosme avant tout financier.

 

LA4Lire aussi : Le Luxembourg, futur hub financier européen ?

 

Une hégémonie financière qui tend à s’effacer ?

 

Prestigieuse est l’histoire de la City mais son futur est-il aussi imposant et lumineux ? Rien n’est moins sûr. Déjà, sur l’île britannique et plus particulièrement Londres, a émergé un nouveau centre financier qui pourrait parvenir à faire de l’ombre à cette place célèbre place : Canary Wharf, dans le secteur de Tower Hamlets. Ce hub financier a amené des entreprises initialement installées dans le Square Mile à changer de bureaux pour des raisons financières, d’attractivité et politiques (politiques de planification de la Corporation). Cependant, au lieu d’une confrontation entre les deux quartiers d’affaires, il semble plus probable qu’ils communiquent, se lient et fusionnent pour ne devenir qu’un. C’est là une idée partagée par Sir George Lacobescu, le CEO de Canary Wharf Group.

Par ailleurs, l’attractivité du Square Mile tendrait à s’effacer quelque peu du fait du Brexit, amenant d’autres places financières européennes à jouir d’un regain d’activité ; c’est déjà le cas pour le Luxembourg, Francfort ou Paris qui accueillent depuis 2019 quelques sections de banques autrefois installées au sein de la City : Goldman Sachs, UBS, HSBC, … Toutefois le nombre de ces migrations d’emplois reste limité et devrait le rester si une union entre la City et Canary Wharf se fait à moyen terme et si la première offre toujours autant d’avantages fiscaux aux entreprises qui y sont : rappelons-le, la cité londonienne est considérée par certains comme l’un des plus grands paradis fiscaux du monde et cela devrait continuer…car après tout, est-ce que le Royaume-Uni a intérêt à perdre son plus précieux joyau au profit d’une transparence fiscale quémandée par un groupe d’Etats qui n’est pas lié physiquement et qui ne sera plus lié d’aucune autre manière d’ici quelque temps ? On peut largement en douter.

 

Ulysse M’Boudi, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye

 


Tout savoir sur les ETFs grâce à Alexandre Roubaud, responsable du marché secondaire et optionnel des ETFs iShares chez Blackrock

Avec près de 10 ans d’expérience sur le marché des ETFs (Exchange Traded Funds) dans des institutions de renommée internationale telles que BNP Paribas, Crédit Suisse et BlackRock, Alexandre Roubaud a développé une expertise complète sur ce produit. Actuellement en poste chez Blackrock, leader du marché mondial des ETFs, il nous dévoile dans cette interview son parcours, les subtilités de ces produits – définition, construction, intérêt – ainsi que les perspectives d’emploi dans ce secteur.

 

Bonjour Alexandre, merci d’avoir accepté de répondre à̀ nos questions.

 

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

 

Après avoir été diplômé du bachelor de l’EDHEC, et un premier stage en salle des marchés chez CACIB (Crédit Agricole CIB), j’ai voulu continuer mes études en validant le Msc Financial Markets & Investment à SKEMA. A la fin de ce dernier, je suis entré en Graduate chez un Market Maker d’ETFs pour ensuite rejoindre l’équipe de structuration indicielle de BNP Paribas. Après un an à la BNP, j’ai eu l’opportunité d’intégrer l’équipe ETF Global Markets de Crédit Suisse. L’émetteur ETF de Crédit Suisse s’étant fait racheter par BlackRock en 2013, j’ai intégré l’équipe Global Markets EMEA de BlackRock dans laquelle je suis actuellement responsable du marché secondaire et optionnel.

 

Qu’est-ce qu’un ETF ?

 

Pour expliquer un ETF simplement, partons d’un indice que tout le monde connaît : le CAC 40. Celui-ci est composé de 40 actions. Si une personne souhaite investir dans le CAC 40, elle peut soit acheter les 40 actions de cet indice selon une certaine pondération prédéfinie par la méthodologie de l’indice, soit acheter une part d’un ETF qui va répliquer exactement la performance du CAC 40. Ainsi, un ETF est un moyen facile d’accéder à la performance d’un indice sans avoir à gérer un panier d’actions comme le ferait un gérant de portefeuille.

 

Comment se construit un ETF ? Blackrock utilise-t-il une méthode en particulier ?

 

Il y a deux méthodologies principales pour construire un ETF : physique ou synthétique. La méthode physique consiste simplement à répliquer un indice en achetant directement les sous-jacents. C’est la méthode la plus utilisée, notamment aux USA. La méthode synthétique quant à elle consiste à recevoir la performance d’un indice via un swap conclu avec une banque d’investissement.

Les institutions américaines comme Blackrock utilisent historiquement la méthode physique.

Les émetteurs français ont quant à eux historiquement plutôt tendance à utiliser la méthode synthétique, car l’émetteur d’ETFs est souvent une entité appartenant à̀ une banque d’investissement.

De manière générique, il n’y a pas de méthodologie à privilégier. Chacune a ses avantages et inconvénients et c’est vraiment du cas par cas en fonction du type de sous-jacent, de la domiciliation de l’ETF etc…

LA4Lire aussi : Le métier de Sales : tips et décryptage, une interview AlumnEye

 

A qui s’adresse ce type de produit ? Quelle est la tendance des ventes en Europe ?

 

Du fait de la diversité des produits proposés, les ETFs s’adressent à tout le monde. Vous trouverez du thématique, facteurs, crédits, matières premières, fx hedge, duration hedge etc… bref tout pour construire et optimiser un portefeuille. Notre clientèle est donc très diversifiée, Asset Managers, Assurances, Fonds structurés, banques centrales etc… c’est en partie ce qui rend notre business si intéressant.

Maintenant la grosse différence avec les US, c’est le marché retail. On peut y voir là-bas ~50% de l’activité venant de ce segment. En Europe la pénétration est pour le moment négligeable. Comment expliquer une telle différence ? Avant toute chose la culture financière y est bien mieux implémentée aux USA. Mais aussi les banques de réseaux en Europe auront tendance à limiter l’accès aux ETFs à leurs clients et privilégieront avant toute chose leurs fonds mutuels. Essayez donc d’acheter des ETFs via une assurance vie…très peu de contrats offrent cette possibilité…mais les choses évoluent dans le bon sens.

 

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Travailler avec des ETFs requiert une certaine technicité. Selon toi, quelles sont les qualités recherchées à l’embauche d’un candidat ?

 

Concernant les juniors, il est toujours appréciable qu’ils aient une expertise en codage. A mon époque c’était VBA, maintenant la tendance se tourne plutôt vers Python ou SQL.

Étant dans une institution américaine, on ne s’intéresse pas réellement aux connaissances techniques en premier lieu. D’ailleurs, il est fréquent que les Graduates chez BlackRocks soient issus d’un master en philosophie ou en histoire de l’art par exemple. On recherche avant tout la flexibilité i.e. que le candidat n’ait pas une approche trop académique des sujets afin qu’il soit capable de se remettre en question.

On attend également que le candidat ait un esprit créatif et soit capable d’être innovant dans son approche. C’est d’ailleurs une question que l’on pose souvent à nos juniors : quel genre d’ETF tu créerais ? L’objectif est que le candidat soit capable de développer une idée novatrice.

 

En quoi consiste ton poste au quotidien ?

 

Je travaille au sein de l’équipe « Global Markets » qui est en charge des interactions entre l’émetteur et le marché. Son but premier de l’équipe est d’assurer la liquidité des ETFs. Chez Blackrock l’équipe est scindée en 2 divisions : le marché primaire, qui assure le bon fonctionnement du processus de création et rédemption des ETFs et le marché secondaire. Je suis en charge de cette seconde équipe dont l’objectif est de stimuler la croissance et l’efficience de l’activité de trading sur nos produits.

Cela se fait par plusieurs axes :

1) Gérer et développer un réseau de market makers et brokers faisant des prix sur nos produits,

2) Travailler avec les bourses et régulateurs pour améliorer l’écosystème européen,

3) Travailler sur des projets annexes ayant un impact direct sur la liquidité de nos produits comme le business optionnel ou de prêt emprunt,

4) Accompagner nos clients lors de leurs exécutions,

5) Un aspect de plus en plus important dans notre industrie, travailler en continue avec nos équipes « tech » pour créer ou améliorer divers outils informatiques nous fournissant un avantage compétitif.

Donc du fait de la diversité des tâches, je n’ai pas vraiment de day to day.

 

Comment s’est porté le marché des ETFs en 2018 ? Quelles seront les prochaines innovations selon toi ? 

 

Ce qu’il faut revenir de 2018 pour le marché ETF, c’est l’implémentation de MiFID II, une directive concernant les marchés d’instruments financiers ayant eu un impact multiple sur notre business.

Le marché des ETFs en Europe est structurellement problématique car il est fragmenté entre plusieurs marchés organisés (chaque pays européen ayant sa bourse), et une grande partie de l’activité se fait OTC (~70%). Donc il était historiquement très difficile d’avoir une visibilité sur l’ensemble des exécutions.

Avec MIFID II, chaque exécution doit être maintenant reportée et rendue public. C’est ce que l’on nomme la Post Trade Transparency. Cela fut déterminant car maintenant le marché peut avoir une vision précise de ce qui se traite réellement sur les ETFs, et cela apaise certaines inquiétudes que pouvaient avoir des clients finaux sur la liquidité des produits – dans certains cas, nous avons observé des volumes moyens sur certains ETFs être multipliés par 20. Cela accélère l’adoption de l’utilisation des ETFs notamment par les clients qui n’étaient pas convaincus initialement de la liquidité de ces produits.

En ce qui concerne les innovations, on observe actuellement un « boom » de la demande sur l’investissement socialement responsable ou encore de l’investissement sur des thématiques particulières. Aujourd’hui, les ETFs peuvent donner un accès très aisé à des thématiques comme la robotique.

 

Peux-tu nous expliquer les différences entre une gestion active et une gestion indicielle d’un ETF ? L’une est-elle préférable à l’autre ? 

La gestion indicielle consiste à suivre la performance d’un indice, le rôle du gérant de l’ETF est de minimiser l’erreur de réplication. Au contraire, la gestion active consiste à offrir aux investisseurs une vision de marché dans le but de surperformer un indice. Les deux sont en théorie opposés, mais finalement elles sont assez complémentaires dans la construction d’un portefeuille.

 

Avez-vous déjà encadré des stagiaires ou des juniors ? Si oui, quelles étaient leurs missions ?  

 

Oui dans les deux cas. Concernant les Summer Interns, nous donnons habituellement un projet à court terme (environ 1 mois) sur différentes thématiques : création d’un outil, veille de marché, etc. Le but du projet est de voir si le stagiaire sait gérer son temps, montrer une certaine indépendance etc…dans l’optique de l’embaucher pour le graduate program de l’année suivante.

Concernant les juniors, en plus du day to day, il est important de leur donner le contrôle de projets plus stratégiques qui vont développer chez eux sur le moyen terme de nouvelles compétences qu’ils pourront réutiliser pour occuper un poste de plus grande ampleur.

LA4Lire aussi : Le métier de Broker est-il en danger ?

 

En quoi le milieu des ETFs a-t-il évolué depuis ses débuts ?

 

Lors de ma première expérience du côté trading, le pricing était pour la plupart des boites encore très manuel et pouvait se faire encore sur un fichier excel. Maintenant la plupart des process ont été entièrement automatisés. Même les demandes OTC, qui historiquement étaient faites au téléphone ou par chat Bloomberg, sont maintenant électroniques avec des algorithmes qui auto-quotent. Tout est de plus en plus automatisé et l’humain a de moins en moins sa place. Mais cela n’est pas spécifique aux ETFs…

 

Quelles sont les perspectives d’emploi dans ce secteur ?

 

En raison de l’évolution du marché décrite à l’instant, le métier de « Sales Trader » est voué à̀ disparaître, un peu comme ce qui s’est passé en Cash Equity. Mais les « Sales Specialists » ont eux un bel avenir. En effet, les ETFs ne se contentent plus de suivre un indice « basique ». Nous voyons de plus en plus d’innovations dans le secteur avec l’arrivée des thématiques, smart beta etc… et les émetteurs vont de plus en plus chercher des Sales avec une expertise produit précise. Concernant le trading, les profils d’ingénieurs vont continuer d’attirer pour leur qualité d’expertise sur la technologie. Enfin, je pense qu’il y aura une forte demande sur les métiers liés à la régulation qui devient de plus en plus un point central de notre métier.

 

Nicolas Sombret, étudiant à l’ESSEC et contributeur du blog AlumnEye

 


Front Office et Asset Management ? Les conseils de Tamila Chaouche, ex-JP Morgan

A travers chacune de ses expériences professionnelles, Tamila Chaouche a cherché la relation directe avec les clients. Savoir démarcher des clients, comprendre leurs besoins et créer un lien avec eux sont des compétences nécessaires en Front Office, que ce soit en banque d’investissement ou dans une boutique d’Asset Management. Quelles sont les qualités requises pour réussir ? Quelle structure choisir ? Quels stages faut-il décrocher pour y parvenir ? Dans cette interview, Tamila Chaouche vous livre les réponses à ces questions en revenant sur les différents postes qu’elle a occupés en France et à l’international.

Bonjour Tamila, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

Après avoir été diplômée de Kedge Business School, j’ai commencé ma carrière à Londres en Sales & Trading en 2011 au sein de HSBC Investment Bank, spécialisée sur les Exchange Traded Funds. Ensuite, j’ai déménagé à Washington D.C. où j’ai travaillé en tant que portfolio manager assistant dans une boutique de gestion. De retour en Europe, j’ai rejoint une équipe de sales/traders cross-assets chez BNP Paribas. Les mandats comprenaient les opérations de Change, d’Equities, de Fixed Income et Commodities. C’est à cette période-là que j’ai reçu une proposition de JP Morgan, chez qui je suis restée trois années. En 2017, j’ai décidé de retourner dans le monde du family office et de l’asset management.

Quel était ton job au quotidien chez JPMorgan ?

J’étais au sein des équipes Alternative Investments à savoir hedge funds et Private Equity. Une partie de mon travail consistait à faire part des particularités techniques de chacun de ces fonds aux investisseurs afin de déterminer les fonds les mieux adaptés aux clients compte tenu de leur profil, de leur domiciliation ou de leur calendrier d’investissement.

On dit souvent que pour intégrer une banque comme JPMorgan, il faut venir de ce qu’on appelle une « target school ». Venant de Kedge, peux-tu nous expliquer ce qui selon toi a fait ta réussite ?

L’école est un facteur non négligeable, mais elle n’est qu’une pièce de la mosaïque. Lorsque de beaux groupes comme JP Morgan se penchent sur un CV, ils voient le parcours académique, mais leurs regards englobent aussi ce que le candidat a réussi à construire autour. Quelle que soit la notoriété de l’école, il ne faut pas se contenter d’assister aux cours et d’aller aux soirées. Il faut, et ce le plus tôt possible, trouver un moyen d’établir des bases professionnelles solides, celles qui feront en sorte que l’étudiant arrive sur le marché du travail… en ayant déjà travaillé.  La démocratisation de l’année de césure, le tissu associatif des écoles, les Juniors Entreprises sont autant d’outils qui sont aujourd’hui mis à la disposition des étudiants.

 

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Tu vis depuis 5 ans à Genève, qui a une image de ville parfaite pour une carrière en finance, mais où il ne se passe pas grand-chose en dehors. Qu’en penses-tu ?

Viens passer une semaine avec nous et je te mets au défi de poser cette même question en partant !

Tu es passée de JPMorgan à une boutique d’Asset Management/Family Office, quelles ont été les raisons de ce choix ?

En 2012, aux États-Unis, j’ai rejoint Liberty Wealth Management, une boutique d’Asset Management fondée par un ancien de TDAmeritrade et un ancien de Morgan Stanley. Nous étions quatre et nous travaillions dans une même pièce – pour ne pas dire sur un même bureau ! Présentations, élaboration de portefeuille, backtesting, rencontres clients, passages des ordres… Là où les grandes structures ont des équipes dédiées à chacune de ces étapes, nous travaillions tous sur chacune d’entre elles.

Nous sommes tous dans le même bateau, barreurs et rameurs à la fois, où la communication et la réactivité sont les mots d’ordre.  C’est cet esprit d’équipe qui m’a énormément plu et qui est souvent mis en exergue dans les « boutiques ». L’idée de rejoindre une entité en plein développement a également pesé dans la balance.

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En quoi consiste le poste de Relationship Manager ou de Sales au sein d’une boutique? 

Je souhaiterais commencer par expliquer la différence entre un Sales et un Relationship Manager et à préciser que les dénominations varient au sein de la même industrie. Le terme de Sales s’emploie généralement en banque d’investissement pour désigner une personne dont le métier est de vendre des produits spécifiques aux clients. En banque privée, on aura tendance à utiliser la dénomination Relationship Manager car le Relationship Manager ne se contente pas de proposer des solutions d’investissement mais il doit avant tout construire une relation de confiance avec les clients.

En tant que responsable de la clientèle notamment institutionnelle, une partie de mes journées est rythmée par les rencontres avec les clients ou avec des clients potentiels. Nous discutons ensemble afin de bien comprendre leurs besoins, leur stratégie d’allocation sur les marchés, leurs objectifs de rendement et les risques auxquels ils s’exposent. Mon rôle est d’assimiler les facteurs endogènes et exogènes qui pourraient avoir un impact sur l’évolution des différents placements et proposer, lorsque cela est nécessaire, des outils pour pérenniser les rendements tout en maîtrisant le risque.

Nous commençons aussi nos journées par nous informer de l’actualité des marchés afin de déterminer leurs tendances. Il y a les incontournables clôtures des marchés US et asiatiques mais il faut également prendre connaissance des calendriers et des données économiques et politiques des pays (élections, ajustement des taux, etc.) qui pourraient avoir un impact sur nos positions ou nos propositions. En complément, d’autres banques et cabinets nous fournissent des analyses spécifiques. Absorber l’information puis la trier est une partie peu visible mais cruciale du métier.

 

En quoi est-ce différent de travailler pour une banque d’affaires ou un cabinet indépendant ?

On peut trouver plus de spontanéité au sein d’un cabinet indépendant. Les strates décisionnelles y sont moins nombreuses et apportent un avantage face à une hiérarchisation accrue des process en banque d’investissement. Il y a souvent moins de temps d’inertie dans les cabinets indépendants; c’est une des raisons pour lesquelles les relations clients et le travail au quotidien diffèrent d’une structure à l’autre.

As-tu une histoire drôle à nous raconter au sujet d’un client avec qui tu as traité ?

Pour être honnête, ce n’est pas lorsque l’on traite que l’on a les meilleurs fou-rires, mais je me souviens de ce client qui après avoir passé ses ordres avait toujours une chanson à entonner dans son intégralité ! Il était talentueux et avait un large répertoire, donc c’était agréable !

Selon toi, quelles sont les qualités requises pour devenir Sales ou Relation Manager ? à part le classique « bon relationnel ».

S’il y a des qualités requises pour réussir dans ce milieu, les principales qui me viennent à l’esprit seraient : la technicité, la lucidité et l’ouverture d’esprit. Il faut avoir de la technicité et de bonnes capacités analytiques pour comprendre les stratégies mises en place et savoir expliquer les solutions que l’on serait amené à proposer. Il est aussi primordial de faire preuve de lucidité notamment quant à l’évolution d’une discussion : cela permet d’éviter certaines impasses tout en maintenant un discours fluide et sensé.
Enfin, être d’un naturel curieux et avoir des centres d’intérêt variés peut s’avérer précieux. Au cours d’un déjeuner avec un client, nous avons bien entendu parlé des marchés mais il se peut que la discussion dérive sur une exposition d’art, sur un prochain voyage, ou sur le score du match de la veille : pouvoir rebondir sur des sujets variés permet d’établir un dialogue et le partage de passions respectives ne rendra le moment – et le métier – que plus plaisant.

Est-ce un avantage ou inconvénient d’être une femme sur un poste en Front Office ? Cet univers historiquement plutôt masculin est-il difficile à appréhender ?

Il l’était historiquement, et il l’est toujours. Même aujourd’hui il n’est pas rare de se retrouver en meeting avec dix personnes et d’être l’unique femme. Cependant, je ne me considère pas « femme dans une équipe d’hommes ». J’estime que ce qui définit un individu dans son travail ce sont ses responsabilités, son efficacité ou son esprit d’équipe. L’absence – ou non – du chromosome Y dans son caryotype, après tout, ce n’est pas vraiment mon problème. Ceci étant, je suis consciente que les gens peuvent percevoir encore les choses de manière différente. Dans ce cas, faire partie d‘une minorité peut être là une belle chance à saisir.

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Tu n’as jamais travaillé en France, est-ce le hasard ou une volonté de ta part ?

J’ai travaillé en France mais il est vrai que sur les 10 dernières années je n’y ai passé que très peu de temps. Même si ce n’était pas prémédité, je suis très heureuse d’évoluer hors de mes zones de confort. Si un jour je dois revenir en France, mes années passées à l’étranger joueront peut-être en ma faveur.

Selon toi, quels premiers stages peuvent permettre à un étudiant, par la suite, de postuler en Sales ou en Asset Management ?

Je pense que les stages en trading-floors IB (front office) sont vraiment formateurs. C’est un environnement qui ne laisse pas de place à l’erreur, et dans lequel on apprend énormément, tant au niveau technique que physique et mental.

Dans un autre registre, il y a les stages en boutiques d’Asset Management ou family-office. L’ambiance y est souvent plus feutrée mais le travail y est tout aussi intense. La hiérarchie étant aussi moins complexe, le centre névralgique de l’entreprise est bien plus accessible.

C’est un milieu méconnu des étudiants et jeunes professionnels et à une époque où l’humain est revenu au cœur des réflexions, ces sociétés offrent une expérience de très grande qualité : travailler au sein de structures plus flexibles est un moyen d’être jaugé au plus juste, au besoin corrigé, avant d’être responsabilisé. Nous avons eu dernièrement un stagiaire qui a appris énormément en l’espace de quelques mois et à qui nous avons fait une proposition de CDI.

De manière générale, je pense qu’il faut préconiser les environnements challenging, ceux qui permettent de se surpasser. Il est vrai qu’obtenir un stage hautement valorisé par le marché est une des clefs pour s’offrir un large panel de possibilités à l’heure du choix du premier travail !

 

 

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye