Financia, la Business School 100% dédiée à la Finance

Faire carrière en finance demande aux candidats un investissement important et une motivation à toute épreuve afin d’atteindre l’excellence académique et la maturité professionnelle attendues. Afin d’y parvenir de nombreuses écoles, universités et DUT offrent des cursus de qualité mais tous manquent d’un élément selon Alfonso Lopez de Castro, fondateur et directeur de Financia Business School : du pragmatisme ! Suite à ce constat, cet ancien banquier a décidé de créer Financia Business School afin de proposer des solutions nouvelles aux étudiants pour qu’ils soient plus en phase avec la réalité du monde du travail. Dans cette interview, Alfonso Lopez explique pourquoi et comment il a créé Financia, quelles ont été les facilités et les difficultés de ce projet et surtout les forces de cette école.

Bonjour Alfonso, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ? Étiez-vous destiné à monter votre entreprise ?

J’ai un parcours classique de financier. Après avoir été diplômé de Kedge Business School, j’ai intégré la Deutsch Bank en tant que trader. Ensuite, j’ai rejoint les équipes trading d’ING avant de partir travailler pour la Financière d’Uzes en tant que gérant action. A cette époque, j’avais déjà une volonté forte de créer une entreprise mais je ne me sentais pas encore prêt. A la Financière d’Uzes, je suis devenu intrapreneur en créant tout un département Corporate au sein de l’entreprise. Il y a quelques années, en parallèle de mon poste à la Financière D’Uzes, j’ai décidé de créer une école à haut niveau en finance. J’avais en projet de construire une école proposant une excellence académique tout en restant très pragmatique, portée vers l’emploi et l’insertion professionnelle dans le secteur de la finance. Pour atteindre cet objectif, je me suis entouré de quelques personnes du milieu de la finance (présidents de banques, fonds d’investissement, family office) partageant le même constat : en France, il y a d’excellentes formations en finance mais elles sont trop éloignées des réalités professionnelles.  Ainsi, en 2014, j’ai créé Financia Business School dont je suis le directeur depuis.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Financia Business School sachant que vous êtes déjà « au chaud » en tant que Directeur d’une société d’investissement ?

Ce qui m’a donné l’envie de créer Financia Business School c’est le besoin de recruter des étudiants. En effet, au fur et à mesure de ma carrière, j’ai dû recruter des étudiants et j’ai observé que les candidats avaient des connaissances théoriques exceptionnelles mais qu’ils manquaient de réalisme, de pragmatisme, d’indépendance et parfois même de maturité. Suite à ce constat, j’ai décidé de créer Financia Business School, une école alliant excellence académique et réponse aux problématiques professionnelles actuelles. Par exemple, chez Financia, on organise des formations de savoir-être afin d’apprendre aux étudiants la manière de se comporter en entreprise (rédaction d’un mail, dress-code, règles d’un déjeuner d’affaires, etc.). L’excellence académique est quant à elle assurée par un corps enseignant dont la plupart sont des praticiens en activité à très haut niveau.

 

Dans le contexte actuel de multiplication des diplômes, on peut légitimement se demander si on a besoin d’une n-ième Business School : qu’est-ce qui différencie Financia des autres écoles de commerce ? 

Chez Financia, on est totalement en phase avec le marché du travail. En effet, en tant que fondateur et président de l’école, mon travail est de trouver un emploi aux étudiants et je fais en sorte d’y arriver. La vraie force de Financia est d’être portée sur un emploi dès la sortie d’école. Pour vous donner des chiffres : 100% de nos étudiants sont en CDI dont 35% l’ont signé avant la fin de leurs études.

Par rapport aux autres écoles, nous recrutons davantage d’étudiants venant de tout horizon (prépa, université, IUT, etc.) car nous aimons que nos étudiants aient une expérience différente à apporter aux autres. Notre mantra est de se dire qu’il n’y a pas un parcours qui garantit un meilleur succès en finance. Le succès vient de l’étudiant quand il a une idée assez précise d’où il veut aller et que l’école est capable de l’aider à atteindre cet objectif.

 

Comment fait-on en année 0 pour convaincre des étudiants de rejoindre une école qui n’existe pas ?

La différence s’est faite sur le programme pédagogique et la qualité du corps professoral. Être une nouvelle école c’est avoir une image d’innovation, de nouveauté et nous avons beaucoup insisté dessus pour convaincre nos élèves. Par exemple, en M&A, contrairement à d’autres cursus, nous avons des cours de psychologie du cédant. C’est en proposant des enseignements originaux tout en assurant une excellence académique que nous plaisons à autant d’étudiants.

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Quel profil d’étudiant recherchez-vous ?

Premièrement, nous recherchons des étudiants intéressés par la finance car nous sommes une école 100% finance. Deuxièmement, nous souhaitons que nos étudiants soient excessivement motivés et impliqués afin de faire face aux exigences d’une carrière en finance.  Par exemple, une de nos missions est d’assurer à nos alternants un poste à responsabilité et un haut niveau académique. Pour cela, l’étudiant doit accepter d’entièrement s’impliquer tant au niveau professionnel que scolaire.

Le processus d’intégration se déroule de la manière suivante. Nous demandons un dossier d’inscription très complet aux candidats. S’ils passent le screening, ils devront valider un examen en ligne. Les candidats ayant eu la moyenne à cet examen sont ensuite convoqués à un oral durant lequel nous allons regarder le CV, le parcours académique, les potentielles expériences professionnelles et les passions du candidat afin de comprendre non seulement son projet professionnel mais également sa personnalité. Si nous nous apercevons que le candidat a un projet cohérent et que Financia Business School peut réellement lui apporter une valeur ajoutée alors il rejoindra l’un de nos programmes. Nous ne cherchons pas à recruter à tour de bras mais à tirer vers le haut des étudiants prometteurs.

 

Monter une telle entreprise demande forcément des financements. Comment avez-vous réussi à financer ce projet ?

L’éducation de qualité demande en effet un investissement très important. J’ai eu la chance d’être directeur du Corporate à la Financière d’Uzes donc de maitriser les opérations de haut de bilan i.e. les levées de fonds et d’avoir tissé un important réseau professionnel. Mon expertise professionnelle m’a donc permis de créer un dossier de présentation complet et solide puis de le présenter à mon réseau.

La difficulté d’un tel projet d’investissement est qu’il n’est pas basé sur des objectifs de rentabilité mais sur un équilibre financier. Je recherchais donc des investisseurs qui pensaient non pas en termes d’argent mais selon un idéal, celui de créer LA grande école de finance de France. Au début, trouver des investisseurs n’a pas été évident car ces derniers trouvaient le projet sympathique mais trop risqué. C’est en faisant visiter nos locaux et rencontrer nos élèves et nos professeurs que certains se sont finalement décidés à investir. Au contraire, deux ans après la création de l’école et les premiers succès des élèves, trouver des fonds n’étaient plus vraiment difficile car nous avions tenu nos promesses.

Nos investisseurs comprennent très bien la problématique du recrutement de jeunes diplômés car ils y sont confrontés au quotidien. Rejoindre le projet Financia Business c’est réaliser un bon investissement et apporter son expérience, son savoir-faire et son réseau.

 

De très prestigieux professeurs participent à l’aventure Financia, tels que Messieurs De Boissieu et Raimbourg. Comment avez-vous fait pour les convaincre de rejoindre le projet ?

Dès la première année nous avons commencé à enseigner à nos élèves avec de très grands professeurs. Ce point était essentiel pour assurer l’excellence académique de l’école dès ses débuts. Cela n’a pas été facile de les recruter car nous n’avions qu’un dossier à leur présenter donc j’ai écumé de nombreux refus.

Le déclic des professeurs est venu de leur rencontre avec nos étudiants. En effet, je les ai conviés à nos oraux de sélection donc ils ont pu rencontrer et admirer le niveau de nos candidats. Comme nous leur avions assuré, les étudiants qui rejoignent Financia Business School ont le même niveau que les autres étudiants auxquels ils enseignent. J’ai également créé un conseil scientifique grâce auquel les professeurs peuvent améliorer le programme académique ce qui leur a beaucoup plu.

 

Financia est une entreprise en très forte croissance si l’on en croit le nombre d’étudiants : comment gérez-vous la croissance ? comment avez-vous structuré l’école pour y faire face ?

Nous avons une forte croissance que nous contenons et maitrisons grâce à des solutions originales. Nous augmentons petit à petit notre niveau de sélectivité tout en ouvrant des programmes et en augmentant le nombre de places dans ceux existant. En septembre 2019, deux programmes seront désormais accessibles aux étudiants, un sur la cybersécurité et l’autre sur la blockchain. Le seul point sur lequel nous restons intransigeant c’est le fait d’avoir des classes à taille humaine afin de permettre aux élèves de mieux se concentrer et aux professeurs de s’impliquer davantage (25/30 élèves maximum).

 

En quoi votre quotidien de fondateur est-il différent aujourd’hui qu’aux débuts de l’aventure ?

Au départ, mon travail de fondateur était très administratif car je devais embaucher du personnel et répondre aux normes académiques et administratives. J’aimais être en contact quotidien avec les professeurs et les élèves.  Aujourd’hui, j’ai mis en place une équipe administrative de 7 personnes qui gère l’ensemble des besoins de l’école et des étudiants ainsi qu’une équipe de direction des programmes qui assure la qualité académique. Je me suis forcé à déléguer au maximum mon travail pour que l’école tourne d’elle-même.

 

Quels sont les projets à venir pour Financia ? 

A court-terme, nous sommes très fiers d’avoir trouvé un corps professoral de qualité dans la cybersécurité et la blockchain afin d’assurer nos deux nouveaux programmes à la rentrée prochaine. A moyen/long-terme, nous aimerions créer un programme finance et ressources humaines qui aurait pour objectif de former des futurs directeurs financiers de PME à avoir également une casquette RH.

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Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Chers lecteurs, n’hésitez pas à en apprendre davantage sur Financia Business School. Nos classes sont ouvertes à toutes et à tous selon vos besoins et vos envies. Je vous invite donc à nous rejoindre sur nos réseaux sociaux car vous y suivrez toute l’actualité de l’école.

 

Pour en savoir plus sur Financia Business School : http://www.financia-business-school.com/la-business-school.html

 

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et responsable éditorial du blog AlumnEye

 

 


HSBC, le pouvoir d’une banque

« Depuis une dizaine d’années, les plus grandes banques internationales sont impliquées dans de multiples scandales. Un nom incarne les excès de cette finance hors la loi : HSBC ». Après Goldman Sachs, Arte, dans son documentaire « les gangsters de la finance », passe au crible HSBC, la banque sino-britannique.  Au cœur des controverses, elle est l’une des banques les plus puissantes au monde et attire toujours de nombreux étudiants en quête d’une carrière ambitieuse en finance.

La banque HSBC (Hong Kong & Shanghai Banking Corporation) dont le siège se situe à Canary Wharf, à Londres, est devenue une puissance incontournable du secteur financier. Quelle stratégie a fait de cette institution financière un empire ?

 

 

Une stratégie ambitieuse pour conquérir le monde

 

Thomas Sutherland, commerçant écossais, a fondé HSBC en 1865 à Hong Kong pour financer le commerce de la soie et de l’opium entre l’Europe, l’Inde et la Chine mais aussi répondre aux besoins des communautés d’affaires. Un mois après sa création, elle s’établit à Shanghai, puis ouvrit un réseau de succursales le long des routes commerciales d’Asie du Sud-Est afin de soutenir les flux croissants d’échanges de marchandises. Au début du XXe siècle, la banque chercha à renforcer et à élargir ses marchés asiatiques. Elle renforça son activité dans l’octroi de prêts aux gouvernements nationaux, notamment chinois, visant à financer des projets de modernisation et d’infrastructures, tels que la construction de chemins de fer.

 

La récession économique des années 1930 marqua le début d’une période d’incertitude pour HSBC. Toutefois, c’est seulement au cours de la Seconde Guerre mondiale que la banque fit face à de réelles difficultés. Ce fut l’un des moments les plus prénibles de son existence. En décembre 1941, les succursales fermèrent les unes après les autres à mesure de l’avancée des troupes japonaises à travers l’Asie, et la majorité des employés britanniques furent faits prisonniers. Afin de réaffirmer sa puissance, HSBC décida de fortement s’impliquer dans la reconstruction de l’économie hongkongaise après la Seconde Guerre mondiale. Avec l’essor de l’industrie textile, Hong Kong devint un important centre manufacturier. La banque se lança dans le financement de ce nouveau secteur d’activité par l’octroi de prêts pour la construction des usines de coton, de crédits pour l’importation de matières premières et de devises pour couvrir les échanges.

 

Implantée progressivement dans 16 pays, HSBC finança le commerce dans le monde entier.  Vers la fin des années 1970, la direction de HSBC avait conçu la stratégie du « tabouret à trois pieds », représentant les trois marchés des régions d’Asie-Pacifique, des États-Unis et du Royaume-Uni. En effet, dans les années 1980, l’achat de la Marine Midland Bank aux États-Unis a représenté l’acquisition de la deuxième jambe du tabouret. Puis, HSBC a recherché un achat similaire au Royaume-Uni ce qui a amené la banque a acquérir la Midland Bank en 1992. Ces deux principaux investissements leur donneront une envergure internationale. C’est ainsi que HSBC est devenue la plus chinoise des banques occidentales et la plus européenne des banques chinoises.

 

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Diversification et capacité d’adaptation

 

En 1997, après un siècle et demi de domination, la Grande Bretagne restitue Hong Kong à la Chine. HSBC doit alors choisir entre ces deux pays. Les dirigeants optent pour un déménagement du siège à Londres tout en conservant le cœur de ses affaires à Hong Kong. HSBC profite de l’ouverture des frontières de la Chine, pionnière de la mondialisation. La banque fructifie son ADN chinois et se différencie par rapport aux banques américaines par sa présence de longue date sur le sol asiatique, lui permettant de s’affirmer comme un partenaire privilégié.

 

En septembre 2007, la crise financière frappe les rues de Londres. Le gouvernement britannique engage un plan de sauvetage des institutions financières mais HSBC refuse une recapitalisation par fonds publics pour affirmer son indépendance et son pouvoir par rapport aux états. Les banquiers d’HSBC préfèrent se tourner vers les hommes d’affaires de Hong Kong qui ont fait commerce avec la Chine pour renflouer financièrement l’institution. De plus, ce sont les banques d’investissement qui sont devenues les plus tributaires des béquilles étatiques après la crise.

 

Contrairement à elles, l’activité d’HSBC ne repose pas uniquement sur la banque d’investissement, c’est une banque globale, qui peut s’appuyer sur ses différentes entités : Retail Banking and Wealth Management, Commercial Banking, Global Banking and Markets, and Global Private Banking. L’offre d’HSBC est globale et ambitieuse afin de répondre en tout point aux besoins de sa clientèle, c’est ce qui fait d’elle une institution incontournable dans la sphère financière.

 

L’offre de la banque a su se réinventer pour suivre les mutations en matière de développement durable et environnemental qu’impose le monde de demain. En effet, la banque britannique a fait du développement durable un des fondements de sa stratégie pour répondre à ses ambitions au niveau international. Elle a d’ailleurs annoncé qu’elle allait cesser de financer de nouvelles centrales à charbon et s’est engagée à ne plus fournir ses services financiers pour les projets d’exploitation des ressources énergétiques en Arctique. Fin 2015, le groupe a annoncé son engagement à hauteur de 1 milliard de dollars dans un portefeuille obligataire « vert » afin d’investir dans des actifs liquides de haute qualité issus d’obligations vertes, sociales ou responsables.

 

 

 

« Too Big to Jail »

 

En 2012, quatre ans après la crise, la banque a failli perdre sa licence pour exercer aux États-Unis du fait de son implication dans le financement des cartels mexicains. Elle est condamnée. Georges Osborne, porte-parole du gouvernement britannique, intervient auprès du gouvernement américain pour défendre la cause de la banque et protéger la stabilité financière mondiale. La fin de ses activités sur le continent nord-américain aurait des conséquences dramatiques sur l’activité de l’institution. Grâce à cette intervention, la banque a pu conserver sa licence et, en même temps, afficher sa supériorité face à la première puissance mondiale. 

 

L’influence de la banque dépasse la sphère financière, premier employeur de la City, pilier de l’économie britannique. Elle a su s’entourer de personnes au sein du gouvernement Cameron lui permettant d’être intouchable. Par exemple, l’ancien président d’HSBC Stephen Green fut nommé ministre d’état sous ce gouvernement. Les liens étroits avec la Chine permettent à HSBC d’affirmer à nouveau sa présence dans l’accompagnement de projets internationaux de financement et les levées de fonds. Elle est d’ailleurs le partenaire privilégié entre EDF et la Chine sur le projet de construction de deux réacteurs nucléaires en Grande Bretagne : Hinkley Point.

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Quel avenir pour HSBC après le Brexit ?

 

L’empreinte d’HSBC à Londres suffira-t-elle à retenir la banque dans l’incertitude prolongée autour de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne ? Ses ambitions d’accompagner le financement de projets internationaux va à l’encontre du Brexit. Il contraint d’ailleurs le groupe à revoir ses ambitions stratégiques. Paris pourrait bel est bien être la place financière où HSBC pourrait rapatrier certaines de ses activités. Cette nouvelle organisation permettra aux clients de continuer de bénéficier des services de financement et d’investissement de la banque.

 

 

Aujourd’hui, HSBC est la première banque européenne en termes d’actifs. Avec plus de 6 200 bureaux aussi bien dans des pays développés qu’émergents, elle est un empire colossal, employant plus de 235 000 personnes, et a su historiquement afficher sa puissance face aux gouvernements. L’institution profite de sa position unique à Hong Kong, le nouvel eldorado de la finance mondiale pour être au cœur des projets internationaux ambitieux. Malgré les scandales, la stratégie globale d’HSBC lui permettra sans aucun doute d’être la banque qui accompagnera la Chine dans sa quête de devenir la nouvelle place financière mondiale. C’est à travers cette banque que la Chine pourra investir dans la finance mondiale et imposer le Yuan comme une nouvelle monnaie d’échange.

 

Nicolas Sombret, étudiant à Kedge Business School et contributeur du blog AlumnEye

 


Développer la Finance dans les pays émergents, la mission de Céline Ho à la Banque Mondiale.

Passer de la banque d’affaires à la banque institutionnelle peut paraître assez atypique. C’est pourtant le choix de carrière de Céline Ho. Après des expériences en M&A et en Leveraged Finance, Céline a décidé d’intégrer la banque d’Angleterre avant de rejoindre la Banque Mondiale. Travailler avec des gouvernements et des banques centrales sur le développement du secteur financier dans les zones les plus reculées, c’est le nouveau quotidien de Céline. Avec des processus de recrutement aussi sélectifs qu’en banque d’affaires, intégrer une institution n’est pas toujours aisé. Dans cette interview, Céline Ho vous raconte son parcours et vous livre ses conseils pour réussir une carrière en institutions.

Bonjour Céline, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

J’ai fait un Master banque & finance à la Sorbonne durant lequel j’ai validé 6 mois de stage en M&A dans une boutique parisienne puis 6 mois de stage à l’ONU dans le département budget et management. Cette césure a été décisive pour moi car j’ai compris que je voulais intégrer la Banque Mondiale et j’ai ensuite articulé ma carrière professionnelle autour de cet objectif. A la fin de mes études et avant de postuler à la Banque Mondiale, on m’a conseillée de commencer en Investment Banking car peu de juniors sont embauchés à la Banque Mondiale. J’ai alors décidé de remettre ma candidature à plus tard afin d’améliorer ma technique et mon expertise pour maximiser mes chances. Ainsi, j’ai commencé par un VIE au Crédit Agricole en Leveraged Finance dans le secteur des TMT. C’était une expérience passionnante. Ensuite, j’ai eu envie de découvrir un environnement de travail plus anglophone et pour cela j’ai intégré la banque d’Angleterre. J’étais superviseur c’est-à-dire que j’interagissais avec les banques afin de m’assurer de leur santé globale (gouvernance, business plan, stratégie, systèmes en place, etc.). C’était également une très bonne expérience car je travaillais sur des missions très variées et je rencontrais des professionnels très hauts placés alors que je n’étais que junior. J’apprenais beaucoup tout en ayant des responsabilités. Par exemple, après le vote du Brexit, j’ai été exposée sur les process post-brexit notamment la manière avec laquelle les banques allaient gérer leur transition. Après 2 ans et demi, j’ai finalement décidé de rejoindre la Banque Mondiale en postulant à leur programme spécial de recrutement pour les jeunes (Young Professional Program pour les moins de 28 ans). J’ai été prise et je travaille dorénavant là-bas dans le département Finance and Market.

Tu as effectué durant tes études un stage en Leveraged Finance chez CACIB. La banque d’affaires ne t’a pas convaincue ?

Ce n’est pas la banque d’affaires qui ne m’a pas convaincue car j’ai énormément appris chez CACIB mais mon objectif était d’intégrer la Banque Mondiale. Travailler en banque d’affaires est un très bon tremplin pour débuter une carrière car on y apprend beaucoup et cela ne nous ferme pas de portes. Si je devais conseiller un endroit en particulier où commencer sa carrière, je dirais que les banques anglaises sont généralement plus dynamiques et flexibles (horaires/méthodes de travail) que les banques françaises donc c’est plus agréable d’y travailler.

Après CACIB, direction la banque centrale d’Angleterre, en quoi est-ce différent de travailler dans une banque d’affaires et dans une banque institutionnelle ?

Je ne travaillais pas sur les mêmes missions donc c’est difficile de réellement comparer les deux. D’une part, les clients ne sont pas les mêmes, en banque d’affaires on traite avec des entreprises alors qu’en banque institutionnelle on interagit avec des banques. D’autre part, les rapports de force sont différents. En banque institutionnelle, je travaillais dans la régulation des banques donc j’étais en position de force face à mes interlocuteurs ce qui est plus difficile à assimiler quand on est junior. Par exemple, j’étais amenée à donner des recommandations à des CEO bien plus expérimentés que moi. Au contraire, en banque d’affaires, on est beaucoup plus soumis au client car il faut respecter leurs besoins et leurs deadlines.

Pourquoi as-tu ensuite décidé de partir travailler pour la Banque Mondiale ?

Comme je l’ai déjà expliqué, intégrer la Banque Mondiale a toujours été mon projet, mon objectif final, mon rêve depuis ma césure. Si j’ai acquis de l’expérience avant c’était pour m’assurer d’avoir un bon bagage avant de postuler. Pour construire ma carrière j’ai beaucoup consulté de personnes qui travaillaient à la Banque Mondiale et qui avaient de l’expérience dans le recrutement. Demander des conseils c’est essentiel pour faire évoluer sa carrière professionnelle.

Les processus de recrutement sont-ils les mêmes en banque institutionnelle qu’en banque d’affaires ?

Postuler en banque institutionnelle (banque d’Angleterre, Banque Mondiale, etc.) est plus ou moins similaire qu’en banque d’affaires pour les postes juniors. La première étape est de postuler en ligne et si on a un bon dossier alors on passe le screening (ou non). Ensuite, on passe des tests numériques qui sont un peu différents de ceux des banques d’affaires, mais le fait de m’être préparée aux tests d’investment banking m’a beaucoup aidée à réussir. Si ces premiers tests sont réussis, on ne passe pas directement à l’étape des entretiens car il faut encore valider d’autres tests. Ces derniers sont des test Excel suivis de la rédaction d’une note de synthèse. Enfin, il y a une série d’entretiens physiques et si le feeling est bien passé alors le candidat est retenu. A la banque d’Angleterre, j’ai eu un business case en groupe à faire en plus.

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Peux-tu nous en dire plus sur ton poste actuel et tes missions au sein de la Banque Mondiale ?

Je travaille actuellement dans le département Finance and Market au développement du secteur financier en Amérique Latine. Mes deux thèmes principaux sont, d’une part, la finance inclusive i.e. s’assurer que la population ait accès à la finance et, d’autre part, la finance digitale. Par exemple, en ce moment, je développe des moyens de paiement digitaux et je travaille à l’éducation financière des populations dans des zones rurales colombiennes. Mon poste est donc très opérationnel mais il est également très analytique car je réalise beaucoup de rapports de stabilité financière à travers des études économiques et financières de l’Amérique Latine. Ce que j’apprécie particulièrement dans mon poste, ce sont mes interlocuteurs car je vais interagir avec des gouvernements, des ministères de finance, des banques centrales, etc. Mon expérience à la Banque d’Angleterre est notamment un vrai plus quand je suis en relation avec des régulateurs.

Beaucoup d’étudiants en finance souhaitent donner du sens à leur carrière, à leur job. Est-ce selon toi un bon moyen d’allier finance et sens à sa vie que de travailler dans de telles structures ?

Je pense qu’il est très important de commencer sa carrière dans le secteur privé car c’est très formateur. Ceux passés par le privé sont plus proactifs (respect des deadlines, concision, efficacité, attention aux détails, beau PowerPoint, méthodes de travail sur Excel, etc.). C’est donc une très bonne première étape pour les juniors qui souhaitent ensuite se spécialiser dans un secteur qui les intéresse plus (technologie, pharmaceutique, retail, luxe, etc.). Personnellement, ce qui me motive vraiment dans mon travail, ce sont l’engagement et la valeur ajoutée que j’apporte. Je travaille sur des projets stimulants dont je vois réellement les impacts sur la société et l’économie. Je ne vois pas mon travail comme une tâche à exécuter mais comme un devoir qui me passionne. Mon métier est hyper intéressant car j’apporte des recommandations et des solutions concrètes aux gouvernements tout en étant en contact direct avec des populations parfois très reculées.

Quel(s) profil(s) de candidats une institution comme la Banque Mondiale recherche-t-elle ?

Pour commencer, la Banque mondiale emploie très rarement des personnes ayant moins qu’un niveau doctorat sauf si ces personnes s’inscrivent au Young Professionals Program, un programme de formation très sélectif développé par la Banque Mondiale spécialement pour les jeunes. C’est l’équivalent du Graduate Program des banques d’affaires en plus dur. Le YPP a pour objectif de vraiment attirer les jeunes de moins de 28 ans avec un minimum 2-3 ans d’expérience professionnelle car seulement 7% du staff de la Banque Mondiale a moins de 35 ans. De manière générale, les recruteurs recherchent des personnes ayant débutées leur carrière dans le secteur privé (et non seulement public) et qui ont acquis de bonnes bases techniques. Ils vont particulièrement s’intéresser aux personnes ayant développé une expertise dans un domaine précis afin de déterminer quelle valeur ajoutée tel ou tel candidat va leur apporter. Dans mon cas, mon expérience à la Banque d’Angleterre m’a permis de développer une expertise dans la régulation bancaire. Un bon candidat est également une personne engagée qui partage les valeurs de la Banque Mondiale. Le candidat doit croire au système et à l’idée que l’on peut allier finance et impact positif sur la société. Enfin, les recruteurs vont également regarder les langues, à la Banque Mondiale, tout le monde est minimum trilingue.

Avoir le CFA est-il important pour intégrer des institutions comme la Bank of England ou la Banque Mondiale ?

Je ne sais pas si avoir le CFA m’a réellement aidée à intégrer une institution. Par contre, ce qui est sûr, c’est que cela m’a aidée à décrocher des entretiens. En effet, détenir la CFA apporte de la crédibilité à une candidature.

LA4Lire aussi : Préparer le CFA : quand, où, comment ?

Quels conseils concrets peux-tu donner à nos lecteurs qui souhaitent s’orienter vers une carrière institutionnelle ?

Je le redis, mais je pense qu’avant de s’orienter vers une carrière institutionnelle, il faut avoir une expérience dans le secteur privé car c’est très formateur et cela apporte un bagage technique qui sera ensuite très utile dans le secteur public. De plus, il me parait qu’il est tout à fait possible et même préférable de tester différents métiers tout en gardant une ligne directrice afin d’être sûr de ses choix de carrière à long terme. C’est d’autant préférable que n’importe quelle expérience dans n’importe quel milieu est un moyen de développer sa technicité et son network. Enfin, quand on passe des entretiens, il faut se survendre, montrer que l’on est hyper motivé, persévérant, proactif, déterminé et sympa.

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye.

Trafigura, sur la voie de la rédemption

Trafigura est une entreprise spécialisée dans le courtage pétrolier et l’affrètement maritime. Elle a su se placer parmi les cadors du marché en moins de trente ans. En effet, l’entreprise est créée en 1993 par Claude Dauphin et Eric de Turckheim et présente un chiffre d’affaires de 180,7 milliards de dollars en 2018 pour un résultat net de 872,8 millions de dollars. Cette croissance exponentielle repose en partie sur des fusions-acquisitions stratégiques comme l’acquisition des activités pétrolières d’Essar pour 12,9 milliards de dollars avec ses partenaires Rosneft (société russe pétrolière) et UCP. L’entreprise emploie 4 316 salariés  et est présente sur tous les continents avec une forte empreinte dans les pays pétroliers en voie de développement (en particulier les pays du continent africain). Cependant, cette vue d’ensemble cache une entreprise qui a dû (et su) renouveler son image et sa stratégie pour pouvoir être ce qu’elle est aujourd’hui, à savoir l’un des principaux piliers du marché pétrolier.

 

Une success story aux débuts houleux

La création de Trafigura est avant tout liée à deux personnalités : le français Claude Dauphin et Marc Rich, le PDG de Marc Rich + Co. U.S. Ce dernier était poursuivi par les autorités américaines pour évasion fiscale, violation d’embargo, extorsion de fonds tandis que Claude Dauphin était courtier de commodities dès 1977 au sein de l’entreprise de Rich et s’occupait du marché bolivien avant de diriger l’équipe londonienne de trading pétrolier. Normand d’origine, il reprend en 1992 la société paternelle Guy Dauphin Environnement spécialisée dans le traitement des déchets après avoir quitté la société de Marc Rich : celui-ci essayait toujours d’échapper à la justice américaine en se réfugiant en Suisse, suscitant l’exaspération du français qui n’y voyait qu’une source d’instabilité pour la firme. Bien que Dauphin s’attela  à faire de l’entreprise familiale une entité internationale (et cela jusqu’à sa mort en 2015), il décide dès 1993 de créer avec cinq anciens collègues de Marc Rich + Co. U.S  Trafigura, la rivale directe de Glencore, elle-même fondée sur les vestiges de la première entreprise de Rich.

Via l’achat de firmes hollandaises et d’affrètement roumain, leur activité a pu se lancer, non sans difficultés. En effet, l’épisode de baisse de prix des matières premières s’est estompé au début des années 1990 pour laisser place à une stabilité des prix peu profitable au trading de ce secteur à laquelle on peut ajouter une demande faible qui limite la croissance d’entreprises juvéniles comme Trafigura alors. Les premières années ne sont pas glorieuses avec des difficultés à générer un résultat net positif puisque les activités sur les métaux par exemple requièrent souvent des contrats à long terme, ce qui est compliqué à avoir avec des fournisseurs qui ont leurs clients traditionnels.

Ainsi, l’eau, jusqu’en 2000, est la principale ressource de Trafigura puis est remplacée par les activités pétrolières et autres matières premières du fait d’un rebond de la demande. Cette dernière est en grande partie permise par le fort dynamisme des pays émergents dont le taux de croissance annuel moyen frôle sur certaines années la barre des 13%. (cf la Chine). Si on additionne la forte hausse de la demande avec une élasticité assez prononcée sur les marchés des matières premières, les entreprises génèrent davantage de profits avec une hausse des prix : pour ordre d’idée, le cuivre passe de 61 cents à 3,80 dollars à partir de 2000. En plus de cela, Trafigura jouit sur le sol domestique de la disparition de ses principales rivales qui se font happées dans des fusions acquisitions de grande envergure comme Elf qui est rachetée par Total alors que la firme française avait la plus grande part de marché sur le continent africain. De facto, le résultat net de Trafigura passe de 25 millions de dollars en 2000 à 500 millions en 2006 tandis que les profits atteignaient 2,2 milliards de dollars en 2013 ; la firme n’a jamais encaissé un recul de l’activité depuis 2013, jamais elle n’a été en déficit. Ces performances ne font pas de l’historique de Trafigura un petit fleuve tranquille, loin de là.

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Malgré les scandales, un fleuron du courtage pétrolier

Effectivement, Trafigura a longtemps été répudiée par l’opinion publique du fait du scandale du Probo Koala de 2006 où un pétrolier de Trafigura qui devait décharger ses déchets de matières premières à Amsterdam s’est vu refuser l’accès à la déchetterie. Suite à cela, le cargo est refusé en Estonie également pour finalement arriver à Abidjan où un opérateur local décharge les détritus un peu partout autour de la ville (18 spots). Par ce geste, toute une partie de la population (95 000 personnes) est touchée par des émanations toxiques et tombent malade, ce qui amène Dauphin à être emprisonné à Abidjan et l’entreprise à verser de lourdes amendes (198 millions de dollars) au gouvernement ivoirien. Jusqu’à sa mort en 2015, le fondateur de Trafigura cherche à redorer l’image de son joyau en luttant avec véhémence contre l’opacité des marchés des matières premières et des contrats officieux qui s’y nouent quotidiennement avec l’objectif de devenir la firme la plus transparente du secteur : Trafigura encourage les lanceurs d’alertes, les enquêtes publiques, a rejoint l’Extractive Industries Transparency –un programme qui lutte contre la corruption-,  et a été la première entreprise à révéler un rapport annuel avec toutes les données et les résultats financiers de ses multiples activités. Même après la mort de Dauphin, Trafigura continue d’aller dans ce sens et de garder l’esprit pionnier de la firme bien que des changements ont été orchestrés ces dernières années comme les activités du middle-office qui déménagent à Mumbaï (avant elles se trouvaient à Genève) ou encore de nouvelles parties contractantes comme Citigroup Inc. pour certaines des filiales de Trafigura, ici Impala.

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Toutefois, il est difficile de dire si Trafigura a réussi son pari et effacé les anciens scandales dans lesquels elle était empêtrée. Effectivement, l’entreprise suisse est toujours liée à des scandales de blanchiment d’argent de pots-de-vin avec un cas de ce type en 2016, au Brésil ; ou encore l’appétit que possède la firme envers les activités de marché risquées, celles qui lui ont permis in fine de connaître une croissance aussi rapide et puissante. Ces dernières sont d’autant plus cruciales que le ROE de Trafigura s’érode, passant de 39% en 2009 à 15% aujourd’hui et que le fleuron genevois  est bien plus endetté qu’auparavant alors que les objectifs de moyen terme au niveau du résultat net restent les mêmes depuis six ans : un résultat net d’un milliard de dollars par an environ. Mike Wainwright, un membre du conseil d’administration rappelait il y a peu que le scandale de 2006 « avait permis à la firme de passer de l’adolescence à l’âge adulte ». Il ne faudrait donc pas que de nouveaux scandales aussi résonnants mènent Trafigura de l’âge adulte à l’âge grégaire, là où la fin d’activité est reine. Heureusement, la relève, dirigée par Weir, a fait de Trafigura une firme bien plus efficiente qu’auparavant avec une réduction des coûts fixes et une hausse des volumes de transaction de matières premières : deux fois plus de barils sont échangés en 2018 qu’en 2013. Finalement, le géant pétrolier poursuit sa croissance à un rythme plus effréné que celui de croisière.

Ulysse M’Bouti, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye


JP Morgan VS Goldman Sachs : une rivalité de longue date

Demandez à un étudiant en finance dans quelle banque il rêve de travailler, il y a fort à parier qu’il évoquera le nom de l’une de ces deux grandes banques d’investissement de Wall Street : JP Morgan ou Goldman Sachs. Si ces deux banques se sont imposées comme références dans le paysage financier, c’est grâce à des cultures d’entreprise très marquées. Qui plus est, ces deux entreprises diffèrent beaucoup dans leur manière de faire des affaires, au point d’en devenir rivales. Retour sur l’histoire, ponctuée par des conflits idéologiques mais aussi d’intérêts, des banques concurrentes les plus connues au monde.

Deux banques issues de milieux sociaux différents…

En 1854, un certain Junius Morgan, natif du Massachusetts rejoint George Peabody & Co, une “boutique” londonienne dirigée par George Peabody. Issu de la haute classe américaine, il se distingue dans les meilleurs milieux, et gagne crédit auprès de ses clients. Il prend rapidement contrôle de l’entreprise, la renommant J.S. Morgan & Co, et développe ses activités financières. Il s’installe ensuite à New York, et emploie son fils John Pierpont Morgan, en 1864. John est le parfait « WASP » (White Anglo-Saxon Protestant). Issu de l’establishment protestant américain, son père Junius lui a fait suivre une éducation exemplaire au sein d’un internat suisse, avant qu’il n’intègre la prestigieuse université de Göttingen en Allemagne. En 1857, les bonnes connexions de son père lui assurent un poste à la banque new-yorkaise Duncan, Sherman & Company. Plus tard, il admettra avoir détourné l’argent de la société pour s’enrichir personnellement, pratique courante chez les notables de l’époque.  Pendant la Guerre Civile, il finance l’armée en vendant des armes à des généraux, et évite le service militaire moyennant 300 dollars (l’équivalent de 8 700 dollars aujourd’hui). En 1890, Junius meurt et John devient président de la banque, qu’il renomme JP Morgan & Company. Il se lance alors dans des fusions de petites entreprises, et les réorganise pour les revendre plus cher qu’à l’achat.

Si la route vers le succès de JP Morgan était pavée de bonnes intentions, les débuts de Goldman Sachs furent, au contraire, bien plus mouvementés.

En 1821, Mark Goldman naît en Allemagne, d’une famille juive ashkénaze de 6 enfants. Son père, Wolf, est négociateur de bétail. Il suit une éducation juive dans une synagogue, où il rencontre un certain Joseph Sachs, qui deviendra, ensuite, son ami de longue date. En 1848, il émigre aux États-Unis, pendant la première vague d’immigration massive des juifs d’Europe. Son prénom est changé en Marcus, à consonance plus américaine. Ses débuts sont difficiles : il vend des charrettes à Philadelphie. Il s’installe ensuite à Brooklyn, où il se fait un nom en tant que broker. Rapidement, il effectue des transactions à plus de 5 millions de dollars, ce qui reste menu par rapport aux montants négociés par certains banquiers installés à New York depuis plus longtemps. En 1882, son ami Joseph le rejoint dans les affaires. Contrairement aux banques de l’époque, ils décident de laisser leur chance à chacun en employant des personnes issues de l’immigration et de mariages mixtes. A partir de 1885, l’entreprise est renommée Goldman Sachs & Co – son nom actuel – et se démarque en finançant les entrepreneurs. Elle rejoint le NYSE en 1999.

Ainsi, Markus Goldman était un entrepreneur idéaliste venu réaliser son « rêve américain » alors que John Pierpont Morgan usait à bon escient des contacts de son milieu pour se hisser vers le haut.

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…Qui ont su développer leurs activités et monter en popularité.

Du fait de la réputation de ses fondateurs, JP Morgan s’impose comme principale banque aux États-Unis, accompagnant le pays dans sa transition économique. En 1895, JP Morgan & Company aide le gouvernement américain à émettre des bons du trésor en lui fournissant l’équivalent de 62 millions de dollars d’or. A partir de 1892, JP Morgan finance la construction du Hartford Railroad, qui deviendra l’un des principaux chemins de fer du pays. Au début des années 1900, John Morgan jouit déjà d’une notoriété importante, puisqu’il est considéré comme le « sauveur de l’économie américaine » après la crise de 1907. A partir de ce moment, la banque gagne en puissance en s’alliant avec de nombreuses institutions déjà bien réputées comme The Manhattan Company, fondée en 1799 pour fournir de l’eau potable à Manhattan puis reconvertie en banque. JP Morgan & Company entre en bourse en 1983. Cette démarche se profile encore aujourd’hui, notamment avec le rachat de Bear Stearns en 2008, cinquième banque américaine à l’époque : alors que la banque était au bord de la faillite, JP Morgan a racheté ses actions pour 2$, pour ensuite les revaloriser à 10$. Si l’institution s’est imposée comme telle aussi rapidement, c’est dû aux connections de ses fondateurs issus de l’establishment i.e. proches du gouvernement.

Le développement de Goldman Sachs s’est plutôt bâti sur l’exploitation des opportunités. En 1906, Henry, le fils de Markus développe l’activité de banque d’affaires en introduisant en bourse Sears, première entreprise d’une longue série. Entre 1920 et 1930, l’institution déménage à Wall Street, et lance son activité de trading. A partir des années 30, la banque qui emploie désormais 1300 employés, déplace ses activités de négoce vers la banque d’investissement. En raison de ses ressources encore limitées, Goldman Sachs ne peut se lancer dans des rachats massifs comme JP Morgan. Henry décide de racheter des petites entreprises de courtage spécialisées dans des activités stratégiques pour son développement. Il acquiert notamment des boutiques de trading en matières premières et développe rapidement une expertise dans le domaine. Aujourd’hui, cette stratégie a payé puisque Goldman Sachs est le leader du secteur commodities depuis plusieurs dizaines d’années. En 1950, Goldman Sachs s’est fait un nom, et le gouvernement lui propose même des introductions en bourse, notamment celle de Ford, en 1956. Cependant, il faudra attendre 1999 pour voir la banque elle-même s’introduire en bourse.

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Une hostilité qui ne date pas d’hier

Alors que Goldman Sachs se développe, elle subit une véritable ségrégation de la part des autres grandes banques, en raison de l’antisémitisme déclaré de l’Amérique protestante. En effet, les « banques juives » étaient exclues des grands financements industriels pendant la première moitié du 20ème siècle. Les institutions catholiques, comme Merill Lynch, n’étaient pas mieux loties, se réfugiant dans la banque commerciale. John Pierpont Morgan affiche lui-même cette hostilité en justifiant son absence dans le trading de commodities par la déclaration suivante : « laissons le petit négoce de la finance aux juifs. ».

De plus, JP Morgan affiche une certaine arrogance envers les banques moins prestigieuses. Elle se proclame banque haut de gamme : “first-class business in a first-class way” (slogan de la marque). Son fondateur a, tout le long de sa carrière, utilisé ses connexions avec le « happy few » américain. Il a même utilisé ses relations avec le gouvernement pour évincer son rival Jay Cooke, en 1873, coupant les subventions dont ce dernier bénéficiait. Goldman Sachs, victime de ségrégation, a dû se tourner vers des acteurs économiques moins traditionnels, en particulier dans les services, comme les caisses de retraite disposants de fonds considérables. Leur histoire explique le fait que leurs cultures d’entreprises soient assez divergentes.

Des banques concurrentes

Alors que les deux banques commencent à devenir des références dans le monde des affaires, elles démontrent régulièrement leur animosité. Après que son père ait fait part de sa non intention de travailler avec des « banques juives », Jack Pierpont Morgan Junior, fils de John Pierpont, essaie de les faire couler. JP Morgan profite également des attaques régulières envers sa concurrente, accusée de manipulation de cours et d’un manque de transparence, pour ternir sa réputation. Cette mauvaise presse la suit depuis lors puisque Goldman Sachs est très souvent évoquée en mal dans les médias.

A partir de 1950, les rivalités sur fonds religieux commencent à s’estomper. Petit à petit, Goldman Sachs va se créer des relations avec le gouvernement, au point de se hisser au même niveau de puissance que JP Morgan. Alors que John Pierpont avait renfloué en 1907 les caisses de l’État et s’était déjà fait des connexions, des anciens de Goldman Sachs vont s’introduire dans le gouvernement américain en toute discrétion. En 2008, quand la crise des Subprimes ternit encore la réputation de la banque, les médias accusent le ‘‘Gouvernement Sachs’’ d’avoir fermé les yeux sur des pratiques peu commodes en interne. En effet, Henry Paulson, ancien président de Goldman Sachs, devient secrétaire du Trésor entre 2006. Il se fait connaître en 2008 pour sa vaste opération de sauvetage des banques – le « plan Paulson » – où l’Etat a acheté les actifs toxiques devenus invendables par celles-ci. Il est notamment critiqué pour avoir délibérément choisi de laisser Lehman Brothers en faillite, l’excluant de son plan. D’ailleurs, cette faillite n’aurait été de si grande ampleur si JP Morgan ne l’avait pas précipitée. En effet, bien que la plus vieille banque de Wall Street aurait renfloué les caisses de la banque en faillite,  elle est aussi accusée d’avoir gelé plus de 17 milliards d’actifs à un moment crucial pour Lehman Brothers, la poussant à déposer le bilan prématurément. Cette opération montre bien que JP Morgan dominait alors la place financière avec Goldman Sachs.

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Les grands gagnants de la crise

Quoiqu’il arrive, les deux grandes banques s’en sortiront indemnes après la crise : JP Morgan, bien qu’affaiblie par l’énorme amende de 44 milliards de dollars dont elle a dû s’acquitter pour mettre fin aux poursuites (l’une des plus grosses amendes jamais infligées à une banque), s’en tire avec le statut de « plus grande banque d’investissement au monde ». De son côté, Goldman Sachs a limité la casse à 7,7 milliards de dollars, et, est désormais connue comme « la banque qui dirige le monde » (documentaire du même nom par Jérôme Fritel). Si ces banques ont su se hisser au plus haut niveau, c’est à force de stratégies gagnantes et de cultures d’entreprise très marquées. Pour les caractériser au mieux, on peut se pencher sur leurs récents dirigeants. D’un côté, Jamie Dimon, directeur de JP Morgan et incarnation de l’élitisme américain. Né à Long Island, dans une famille grecque bourgeoise, il a toujours fréquenté les meilleurs milieux dont la très prestigieuse Harvard Business School. De l’autre côté, Lloyd Blankfein, ancien patron de Goldman Sachs, récemment parti à la retraite, né dans le Bronx dans une famille modeste juive. Élevé dans les logements sociaux de New York, il rappelle les valeurs du fondateur de la banque.

Excellence et haut de gamme chez l’une, talents et opportunités chez l’autre, les deux banques semblent bien positionnées pour continuer à être les leaders de la banque d’investissement.

Si vous souhaitez approfondir vos connaissances sur ces deux maisons, voici quelques livres qui peuvent vous intéresser :

  • La Banque. Comment Goldman Sachs dirige le monde de Marc Roche
  • John Pierpont Morgan : un capitaliste américain d’Anne Kraat
  • The Partnership : The Making of Goldman Sachs
  • House of Morgan : an American banking dynasty

Sources de l’article :

  • https://www.statista.com/statistics/270610/employees-of-jp-morgan-since-2008/
  • https://www.statista.com/statistics/250641/number-of-employees-at-goldman-sachs/
  • https://www.lemonde.fr/idees/article/2010/03/30/goldman-sachs-la-banque-ennemi-public-numero-un-par-marc-roche_1326339_3232.html
  • https://m.zonebourse.com/actualite-bourse/Fusions-Acquisitions-Goldman-Sachs-JP-Morgan-et-Morgan-Stanley-sur-le-podium–27915968/
  • https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/jpmorgan-premiere-banque-d-affaires-devant-goldman-sachs-532330.html
  • https://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/07/une-vieille-rivalite-entre-banque-protestante-et-banque-juive_1103970_1101386.html
  • https://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/jpmorgan_1701494_3232.html15/les-vieilles-histoires-de-
  • https://www.google.fr/amp/s/www.lesechos.fr/amp/030805789033.php
  • https://books.google.fr/books?id=6GhaNf3ke08C&pg=PT83&lpg=PT83&dq=goldman+sachs+jp+morgan+banque+juive&source=bl&ots=lwlrErhttps://books.google.fr/books?
    https://www.atlantico.fr/decryptage/2795160/marcus-goldman-je-suis-convaincu-que-goldman-sachs-travaille-pour-le-bien-commun-jean-marc-sylvestre
  • https://www.google.fr/amp/s/www.challenges.fr/finance-et-marche/lloyd-blankfein-le-pdg-de-goldman-sachs-blinde-contre-l-adversite_479026.amp

Raphael Hassid, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye


Du M&A au rap, retour sur le parcours d’un ex-Goldman Sachs

Prépa, HEC, Summer Internship puis Graduate chez Goldman Sachs, notre témoin du jour a un parcours quasi sans faute, très élitiste. Toutefois il a récemment pris un tournant dans sa carrière professionnelle en intégrant la direction financière d’une application qui permet à de jeunes rappeurs de percer. Quitter la banque d’affaires a été un choix audacieux et nécessaire pour notre témoin. Comment se déroulent un Summer et un Graduate chez GS ? Quelles sont les fautes à éviter en M&A ? Quels débouchés après une carrière en banque d’affaires ? Dans cette interview, il vous livre les réponses à toutes ces questions.

Bonjour, tout d’abord, peux-tu nous décrire ton parcours ?

Mon parcours est assez classique pour de la banque d’affaires : j’ai fait un bac S puis une prépa avant d’intégrer HEC Paris. Pendant mes années à HEC je me suis spécialisé en Corporate Finance et j’ai eu l’occasion de faire 3 stages : 6 mois dans une banque Suisse à Paris dans l’équipe M&A généraliste, 6 mois au bureau de Paris d’un fonds de Private Equity américain et un Summer chez Goldman Sachs. Mon Summer s’étant très bien déroulé, Goldman Sachs m’a proposé un Graduate donc je suis parti travailler pour leur équipe M&A Consumer, Retail and Healthcare à Londres. Après 1 an et demi chez GS, j’ai décidé de quitter le monde de la banque d’aiffaires. J’ai alors profité d’avoir du temps libre pour partir à l’étranger et ai récemment rejoint une application qui propose un mini-studio d’enregistrement à des rappeurs souhaitant se faire connaître. Je suis dorénavant responsable de la gestion financière et administrative quotidienne de cette entreprise, principalement en lien avec une levée de fonds à venir.

Peux-tu nous raconter un peu comment se déroulent un Summer et un Graduate chez Goldman ?

Mon Summer chez Goldman s’est déroulé en deux temps. J’ai d’abord passé 1 semaine à Londres avec tous les autres Summer interns durant laquelle j’ai principalement été formé à la comptabilité et à la valorisation financière. On m’a également sensibilisé à l’importance de la communication et de la gestion du temps dans un environnement où la clientèle est très exigeante. Pour un stagiaire Français, généralement déjà au point techniquement, cette semaine est surtout une excellente occasion de créer du lien au sein de la promotion de Summer interns. Dans un second temps, j’ai travaillé avec l’équipe parisienne de Goldman sur un mandat de vente dans le secteur de l’hôtellerie. Travailler sous la supervision directe d’un Associate (6 ans d’expérience) a été particulièrement formateur. Je travaillais sur la construction du modèle qui servait de base au Business Plan présenté aux acheteurs potentiels, sur la rédaction de l’IM (document marketing présentant l’actif) et sur tout le volet « gestion de projet » en lien avec les avocats et les banques en co-mandat avec GS.  En fait, je dois avouer que je me suis senti bien plus exposé en Summer à Paris qu’en tant qu’Analyste à Londres.

Deux semaines après la fin de mon Summer, Goldman m’a fait une proposition de Graduate à Londres, comme j’en avais fait la demande. Avec le recul, Paris aurait sans doute été un meilleur choix : même si Londres est la plateforme européenne de GS où la plupart des clients se trouvent, l’exécution des deals se fait davantage au niveau local. Avec l’équipe de Londres, je faisais beaucoup d’origination, travail généralement moins valorisant pour un junior.

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Certains disent que dans les américaines, l’ambiance est très (trop) policée, au point de rendre fous certains français. T’en penses quoi ?

 Je suis d’accord pour dire que l’ambiance est plus policée dans les banques américaines. Dans le cas de Goldman Sachs, je dirai que l’ambiance est plus policée d’avantage par souci de respect d’autrui que par snobisme. J’ai adoré travailler là-bas car je me sentais impliqué dans les deals et considéré à ma juste valeur contrairement à des expériences précédentes en banque d’affaires durant lesquelles j’ai eu le sentiment d’être seulement utilisé comme une ressource pour le travail de petite main. En effet, quand tu es stagiaire, tu peux tomber sur des banques qui ne cherchent pas à te former et à te prendre comme un membre à part entière de l’équipe.

Selon toi, quelles sont les qualités requises pour faire du M&A ? et le défaut rédhibitoire ?

Pour moi, les qualités requises en M&A sont la motivation, l’autonomie, l’envie d’apprendre et surtout le fait d’être pro-actif dans son apprentissage. Il faut également avoir une capacité de travail importante et savoir ravaler son égo (i.e. ne pas être trop sensible à la critique). Et surtout, il faut absolument éviter d’être trop grande gueule.

Tu travailles maintenant pour une application permettant à de jeunes rappeurs de se lancer. Peux-tu nous raconter comment tu en es arrivé à travailler dans cet univers ?

Ce n’est pas ma passion pour le rap mais le créateur de l’appli qui m’a convaincu de rejoindre l’équipe. C’est un visionnaire et je vois beaucoup de potentiel dans le business. Mon expérience en banque d’affaires les intéressait et je me suis bien entendu avec l’équipe, c’est donc naturellement que j’ai saisi l’opportunité de travailler avec eux.

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Quel est ton job au quotidien ?

Je m’occupe de toute la partie finance administrative, et en particulier du projet de levée de fonds.

Si tu devais nous donner le nom d’un ou deux rappeurs inconnus du grand public mais qui mériteraient de l’être ?

Axiom, un ancien rappeur et producteur venant de Lille. Il est très engagé politiquement donc il a une vision assez intéressante du monde de la musique et il souhaite vraiment aider de jeunes talents à percer. Il a également fait beaucoup pour les jeunes des quartiers.

Tu as eu un parcours très classique et élitiste avec du M&A, du PE, etc. Et te voilà dans l’industrie du rap, où les gens ont parfois des préjugés. Ça n’a pas surpris tes proches ?

Cette décision n’a pas du tout surpris mes proches car j’avais vraiment besoin de changer d’air et de découvrir de nouveaux horizons. Travailler dans un tel environnement après avoir été en banque d’affaires où tout le monde vient du même milieu représente un réel changement qui pousse à l’ouverture d’esprit. Je découvre des manières de travailler différentes des miennes et c’est très enrichissant car j’apprends énormément de ces personnes-là.

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Certains Analysts en M&A se plaignent que leur boss partent parfois en « freestyle ». Es-tu d’accord avec cela ?

Pas du tout, je dirais même que c’est le contraire. En M&A, les gens ont très peur de produire le moindre élément de jugement qui ne puisse être soutenu par une analyse numérique ou la voix d’un expert. Aucune place n’est laissée à l’improvisation.

Qu’est-ce que tu gardes de ton passé de banquier d’affaires dans ta vie actuelle ?

Je n’ai aucun regret sur mon passage en finance de haut de bilan qui a été particulièrement formateur. Lorsque je travaillais en fonds, j’ai appris à regarder une entreprise sous tous les angles et à réfléchir à un marché en profondeur. J’ai ensuite pu développer plus avant cette compréhension chez Goldman. J’ai non seulement acquis de la rigueur et de l’efficacité, mais surtout, j’ai appris à hiérarchiser les priorités dans un environnement exigeant et amélioré ma compréhension de la façon dont on présente de l’information devant des personnes occupant un haut niveau de responsabilité. La banque d’affaires m’a apporté des compétences techniques et m’a appris à communiquer de façon plus efficace.

Beaucoup de nos lecteurs souhaitent se diriger vers une carrière en banque d’affaires. Quel message tu pourrais leur faire passer, et que tu aurais aimé entendre quand tu étais étudiant ?

Si je devais donner un conseil à mon jeune moi ce serait d’élargir ses horizons et de découvrir d’autres métiers/entreprises avant de se lancer dans la banque d’affaires juste parce que ça brille. J’aurais, par exemple, aimé découvrir des métiers où l’on travaille davantage de façon transversale plutôt qu’en silos hiérarchiques.

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye