Figure incontournable de la finance française et mondiale, la présidente d’Eurazeo se distingue autant par ses accomplissements à la tête d’Eurazeo que par son engagement pour l’égalité homme-femme. Portrait d’une des personnalités françaises les plus influentes dans la finance.

Des débuts tonitruants chez Lazard puis une ascension éclair chez Eurazeo

On l’entend venir de loin tant sa voix porte. Née en 1969 à Lyon, fille de médecins, Virginie Morgon est la benjamine d’une fratrie de trois garçons. Elle fait d’abord une hypokhâgne avant d’intégrer Sciences Po Paris, puis la Bocconi à Milan où elle effectue un Master d’économie et de management. Après un stage au sein de la banque d’investissement Citigroup, elle intègre la banque Lazard et son bureau new-yorkais en 1994. Elle gravit progressivement les échelons de la prestigieuse banque d’affaires à New-York, puis à Londres et enfin à Paris où âgée de 32 ans seulement, elle devient la plus jeune Associée-Gérante de la banque franco-américaine. En 2006, Virginie Morgon est promue Responsable de l’activité « Consumer » en Europe et conseille des groupes internationaux comme Air Liquide, Danone, Kingfisher, Publicis et Renault.

Deux ans après sa prise de poste, elle quitte Lazard et le conseil financier pour rejoindre le fonds de private equity Eurazeo en tant que membre du directoire. Femme d’action, fonceuse et peu économe de son énergie, elle est nommée Chief Investment Officer en 2012 puis devient Directrice Générale en 2014 et prend la présidence du fonds en 2018. Sous son impulsion, Eurazeo rachète 70% des parts du capital d’Idinvest Partners, une société de private equity comptant 7 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Dans un second temps, Eurazeo acquiert 30% du fonds de private equity international Rhône afin de renforcer sa présence des deux côtés de l’Atlantique. À la suite de ces deux opérations, Eurazeo passe de 6,7 milliards d’euros à plus de 15 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Sous sa direction, Eurazeo réalise des opérations remarquables comme la revente de ses parts au capital de Moncler, une entreprise spécialisée dans la création de doudounes et de vêtements de ski haut de gamme. Avec un produit de cession qui s’élève à 1,4 milliards d’euros et un TRI (taux de rendement interne) de 43%, l’opération est saluée par le monde du private equity.

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Une femme d’affaires « global » et de réseau

Depuis sa nomination en tant que Présidente, celle qu’on surnomme parfois « la louve de Wall Street » s’efforce de développer les activités d’Eurazeo à l’international et particulièrement aux Etats-Unis où Eurazeo a ouvert son bureau en 2016. Un vrai défi selon elle puisque « le nom Eurazeo en tant que tel n’est pas connu aux Etats-Unis » même si elle reconnait que l’entreprise est tout de même connue pour ses succès, elle dit souvent entendre « Ah, mais c’est vous derrière Moncler, Eutelsat, Farfetch, Rexel, Europcar ou Accor ». Forte de son passage dans les bureaux new-yorkais de Lazard où elle s’est constitué un réseau précieux, Virginie Morgon a multiplié par cinq ses équipes nord-américaines. C’est d’ailleurs à New York qu’elle a installé son bureau principal, d’où elle dirige le développement américain tout en pilotant la maison-mère, qui gère aujourd’hui plus de 32 milliards d’euros. 

 

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Après plus de dix-sept ans passés à marier les entreprises chez Lazard et une quinzaine d’années chez Eurazeo à les acheter pour les revendre, la « reine de la finance » s’est construit un carnet d’adresses de haut vol. On y retrouve les patrons de Goldman Sachs et JP Morgan, des entrepreneurs stars de la Sillicon Valley, Xavier Niel (fondateur de Free), Jacques-Antoine Granjon (fondateur de Veepee), les patrons de L’Oréal et Vivendi (deux entreprises dont elle est membre du conseil d’administration). « C’est bien plus qu’une liste de noms de personnalités influentes, ce sont des relations construites dans le temps. » assure-t-elle. Dotée d’un savoir-être exceptionnel, « Virginie sait connecter les bonnes personnes entre elles à une échelle mondiale pour créer une relation de confiance et d’expertise, et ça, c’est unique », affirme Patrick Sayer, son prédécesseur à la tête d’Eurazeo.

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Et ses « relations construites » sont tout aussi élogieuses envers elle : « C’est une femme très exigeante mais d’une générosité de cœur exceptionnelle » (Sébastien Bazin, PDG d’Accor), « elle est douée, forte et puissante » (Grégoire Chertok, associé-gérant chez Rothschild), « c’est une fonceuse qui a su me convaincre de l’accueillir comme investisseur, et me conseille toujours aujourd’hui » (Remo Ruffini, PDG de Moncler). Même l’une des figures les plus emblématiques de la finance Lloyd Blankfein (ancien PDG de Goldman Sachs), s’accorde avec ses confrères : « Elle sort du lot, elle est directe, européenne mais globalisée et, à New York, son nom est devenu incontournable dans notre microcosme. Mais surtout, avec elle, vous pouvez parler de tout : des deals, des droits de l’homme ou de la promotion des femmes. »

Son combat : l’égalité homme-femme

La parité homme-femme est un sujet qui lui tient à cœur et pour lequel elle s’engage avec détermination. Elle a notamment fondé le Women’s Forum for Economy & Society. Sous son mandat, Eurazeo a signé en mars 2020 la charte pour la diversité, à travers laquelle les acteurs du private equity s’engagent à favoriser la parité au sein des entreprises dans lesquelles ils investissent. Et pas question de faire de ce combat un élément uniquement marketing : Virginie Morgon affirme fièrement avoir atteint la parité homme femme au sein de son bureau new-yorkais et assure que « la promotion des femmes dans l’entreprise est impérative non seulement par principe d’égalité, mais aussi parce que la diversité est un gage de succès ».

Femme d’une influence grandissante, Virginie Morgon est en réalité une personne discrète dès qu’il s’agit d’elle-même ou des siens. À cette femme – mère de quatre enfants âgés de 10 à 19 ans – on reconnait force de caractère, engagement et loyauté. Bien qu’elle soit qualifiée de « tueuse » dans le monde professionnel, on murmure qu’elle a un doudou, une peluche mi-vache mi-girafe. Elle admire aussi, en bien ou en mal, des figures qui ont marqué leur époque : Haussmann, Mao, Simone de Beauvoir, Simone Veil… Mais tout cela, c’est son univers secret. Ce qu’elle affiche publiquement, c’est sa volonté plus forte que jamais de bâtir l’un des leaders mondiaux du private equity.

Ben Vincent, étudiant à l’ESCP et contributeur du blog AlumnEye