Commodities

 

Durant ces derniers mois, le cours des matières premières n’a cessé de chuter face aux inquiétudes concernant l’économie mondiale avec notamment le ralentissement des pays émergents. Un tel contexte a engendré de profonds troubles dans le monde du négoce et de l’exploitation des matières premières dont Glencore est l’exemple le plus frappant.

Glencore, pour Global Energy Commodity Ressources, a récemment fait la une de l’actualité économique en secouant les marchés financiers au même titre qu’a pu le faire le scandale autour du groupe Volkswagen. Le géant du négoce, a réalisé en 2014 un chiffre d’affaire de 224 milliards de dollars. Il compte aujourd’hui, pas moins de 181 000 collaborateurs dans le monde. Fondée par Marc Rich en 1974 et implantée dans le canton de Zoug en Suisse, la société vient de traverser une zone de turbulences sans précédent. Le groupe est aujourd’hui dirigé par le milliardaire sud-africain Ivan Glasenberg.

 

Tout un secteur en difficulté

A la fin du mois d’août dernier, le Bloomberg Commodity Index1 a atteint des niveaux qu’il n’avait plus connu depuis 1999. Alors que l’on parlait il y a encore quelques années du fameux « super cycle » des matières premières, ce modèle prédisant une augmentation continue de l’appétit pour les matières premières des pays émergents, le discours est aujourd’hui bien différent. Ce « super cycle », entamé au début des années 2000, qui s’est accéléré en 2006, est aujourd’hui considéré comme une tendance caduque depuis 2014, face au ralentissement de la croissance dans les pays émergents avec au rang de principal accusé la Chine. C’est que le pays le plus peuplé du monde concentre par exemple près de 40% de la demande mondiale en cuivre. Les dévaluations du yuan chinois et plus globalement les fluctuations monétaires grandissantes ne sont également pas étrangères à cette chute vertigineuse.

Dans ce contexte, c’est le secteur des matières premières tout entier qui est touché. Le groupe Louis Dreyfus Commodities, l’un des leaders mondiaux du négoce de matières premières agricoles a ainsi vu ses bénéfices diminuer de moitié sur le premier semestre 2015. Cette baisse de l’attrait pour les matières premières est aujourd’hui symbolisée par des coûts de transport en nette baisse, avec notamment la chute du Baltic Dry Index2 au plus bas depuis 2012, du fait de l’effondrement des cours du pétrole et une baisse des échanges. Les larges suppressions d’emploi chez Caterpillar sont également révélatrices d’une baisse d’intérêt pour les métaux.

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Glencore dans le creux de la vague

Glencore, aujourd’hui dans la tourmente, qui avait pourtant traversé la crise de 2008 sans problèmes majeurs, malgré une première chute des cours des matières premières, s’est retrouvé le 28 septembre 2015 dans une situation qu’on a comparé le jour-même à la faillite de Lehman Brothers en 2008. En effet, suite à l’avis d’un analyste estimant que la dette du groupe est bien trop importante pour assurer un maintient durable des lignes de crédit essentielles à son activité de négoce, l’action a perdu en une seule journée 29,4% de sa valeur. Le choc est sans précédent. Pourtant, durant le mois de septembre, le PDG de l’entreprise, Ivan Glasenberg annonçait des mesures visant à diminuer une dette abyssale de 30 milliards de dollars avec notamment des cessions d’actifs tels que des mines de cuivre au Chili et en Australie, une diminution des investissements ainsi que le gel des dividendes jusqu’à début 2016 pour 2,4 milliards de dollars. Le tout ayant pour objectif de réduire la dette du groupe à 25 milliards de dollars sur l’exercice 2015 puis 20 milliards de dollars à la fin de l’exercice 2016. L’entreprise qui avait réalisé un bénéfice net de 1,72 milliard de dollars au premier semestre 2014 accusait une perte de 676 millions de dollars sur le premier semestre 2015.

Le géant du négoce de matières premières et de l’extraction de minerais tels que le cuivre, le zinc, l’aluminium ou encore le charbon a vu son modèle hybride de producteur-négociant sérieusement remis en question suite à la baisse générale et continue du cours des matières premières. Depuis son introduction, le 19 mai 2011 à la bourse de Londres, où le titre s’échangeait alors à 530 pences, l’action n’a cessé de perdre de la valeur jusqu’à attendre un plus bas historique à 68,6 pences le 28 septembre avant de se reprendre pour se situer aujourd’hui autour des 109 pences. Avec sa fusion avec Xstrata en 2013 pour 29 milliards de dollars, Glencore devenait donc à la fois producteur mais aussi négociant. C’est le modèle même de Glencore qui est aujourd’hui remis en question. Car un négociant n’est pas ou peu tributaire du niveau des cours des matières premières mais plutôt des volumes qu’il traite. Son rôle est de faire le lien entre l’offre et la demande en organisant les échanges à une échelle mondiale. Ce n’est absolument pas le cas pour un producteur qui voit ainsi ses marges fondre comme neige au soleil lors de l’effondrement des prix. L’idée étant à l’époque d’avoir une activité de négoce permettant de limiter les impacts de la volatilité des prix sur son activité de production avec des cours qui n’étaient pas du tout les mêmes qu’aujourd’hui. Le ralentissement de la croissance économique mondiale, est donc venu frapper de plein fouet ce choix opéré par la direction du groupe.

 

Glencore-in-Society (1)

Gérer l’urgence

La direction de l’entreprise se veut aujourd’hui rassurante et tente ainsi de retrouver l’attrait et la confiance des investisseurs. Cela passe actuellement par le rachat d’un emprunt de 400 millions de dollars ainsi que le remboursement de trois autres emprunts pour un montant de 1,94 milliards de dollars. L’un des autres leviers de cette réduction de la dette est la rétention de 500 000 tonnes de zinc et 100 000 tonnes de cuivre en attendant que les cours retrouvent des niveaux plus profitables mais également une diminution de la production de cuivre de 400 000 tonnes cette année, mettant ainsi dans une position délicate la filière cuivre en République Démocratique du Congo et en Zambie, dans un contexte de surabondance de l’offre. Cette seule annonce a permis un regain du titre à la bourse de Londres mais également une reprise des cours du cuivre qui atteignaient avant cela leurs plus bas niveaux depuis 6 ans en août 2015 au London Metal Exchange. Cette diminution de l’offre vise ainsi à suivre la diminution de l’attrait pour le cuivre, notamment en Chine. C’est précisément le décalage entre la diminution de la demande et l’adaptation en conséquence de l’offre qui a mis en péril un géant comme Glencore qui est le troisième producteur mondial de cuivre. La vente de son secteur matières premières agricoles est également envisagée pour début 2016, selon les analystes de Barclays.

LA4  Lire aussi : L’environnement n’est plus une option pour les investisseurs

 

Et après ?

Néanmoins, les incertitudes continuant à régner sur l’économie chinoise, les récessions inquiétantes du Brésil ou encore de la Russie en 2015, sont des éléments incitant encore aujourd’hui à la prudence. Si la situation venait à se dégrader encore plus qu’elle ne l’est aujourd’hui, certains émettent l’hypothèse d’une scission entre la partie production et la partie négoce de Glencore. Ce serait alors un cuisant échec pour un modèle hybride, qui avait fait le succès de la firme auprès des investisseurs de renom tel que le fond d’investissement du Qatar lors de son introduction en bourse ainsi que pour son dirigeant Ivan Glasenberg.

 

1 : indice permettant de visualiser dans leur globalité le niveau des cours des principales matières premières

2 : indice tenant compte du prix du fret maritime pour les marchandises en vrac sec comme le minerai ou les céréales

 

 

Bibliographie

http://themarketmogul.com/uncertainty-hitting-commodities-the-case-of-glencore/
http://www.bloombergview.com/articles/2015-10-06/what-companies-might-do-the-commodities-swoon-like-glencore-
http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021392999029-glencore-les-raisons-dune-tempete-boursiere-1164882.php
http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/infos-conseils-valeurs/infos/les-marches-de-matieres-premieres-sous-tension-1082524.php
http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/09/29/glencore-les-raisons-de-la-chute-du-roi-du-negoce_4776782_3234.html
http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/08/25/les-matieres-premieres-souffrent-du-ralentissement-en-asie_4736179_3234.html
http://www.letemps.ch/economie/2015/10/13/glencore-passe-sommets-aux-abimes
http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-10-11/glencore-s-longtime-lenders-eschew-panic-stand-by-trading-firm
http://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/021370794293-matieres-premieres-leffondrement-des-cours-promet-detre-durable-1161429.php
http://www.bloombergview.com/articles/2015-10-01/why-commodities-are-back-in-the-1990s
http://money.cnn.com/2015/09/28/investing/glencore-stock-crash/
http://www.lesechos.fr/20/05/2015/LesEchos/21941-120-ECH_marches-des-matieres-premieres—la-fin-des-illusions.htm
http://www.ft.com/intl/cms/s/0/21c25a02-6780-11e5-a57f-21b88f7d973f.html#axzz3r4y9fdEj
http://www.investing.com/news/commodities-news/glencore-supply-cuts-boost-copper-prices-to-1-week-high-369596
http://uk.reuters.com/article/2015/10/05/uk-glencore-outlook-markets-idUKKCN0RZ0EH20151005
http://www.wsj.com/articles/glencore-strikes-bullish-note-on-debt-trading-1446623206

 

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