Ce français de 42 ans, sorti de l’anonymat en France en 2009 après le rachat du FC Lorient, est depuis plusieurs années en train de conquérir la City avec son hedge fund : Chenavari Investment Managers. La personnalité de cet entrepreneur dénote dans l’univers guindé de la finance où la discrétion est de mise. Loic Fery investit dans les domaines qui le passionnent. Découvrez le portrait d’un financier d’exception qui n’hésite pas à sortir des sentiers battus.

Une formation d’élite

Elève brillant, ce natif de Nancy obtient son baccalauréat scientifique avec mention très bien. Il poursuit ses études avec une classe préparatoire au prestigieux lycée du Parc à Lyon, à la suite de laquelle il intègre HEC en 1993. Son goût pour l’entreprenariat et la finance le pousse à suivre des Masters dans ces domaines, dont il sort diplômé 4 ans plus tard.

Premiers pas prometteurs  

Loic Fery gagne son premier concours entrepreneurial dès l’âge de 19 ans ce qui le motive à mettre entre parenthèses sa scolarité à HEC pendant un an pour lancer son entreprise en Europe de l’Est. Mais, contraint de terminer ses études, il ne participe pas au développement de cette société. En 2000, alors directeur des produits dérivés de crédit dans la région Asie à la Société Générale, Hong-Kong, il démissionne. Avec un ami de promotion, il lance Asiabooster, une entreprise visant à accompagner les start-ups européennes en Asie. Cependant, l’éclatement de la bulle internet écourtera cette expérience.

Loin de se laisser abattre, Loic Fery se redirige vers la banque et est embauché chez Calyon, la banque de financement et d’investissement du Groupe Crédit Agricole à Londres. Il y développe considérablement l’activité et passe d’une équipe de 5 à 250 personnes entre 2001 et 2007. Loic Fery devient alors l’un des responsables mondiaux des marchés de crédit chez Calyon. Cependant, l’aventure s’arrête brutalement en Septembre 2007 : il est licencié suite à une perte de plus de 200 millions d’euros d’un trader dont il a la responsabilité.

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Chenavari, sa plus belle réussite

En janvier 2008, malgré le contexte économique difficile, il crée, avec 5 autres associés, le groupe financier Chenavari, du nom d’un lieu-dit en Ardèche où il a passé une partie de son enfance. Il s’agit d’un gestionnaire d’actifs sur tous les aspects de crédit et de financement structuré qui se focalise principalement sur les marchés européens. Lancée avec 40 millions d’euros, la société – dont les bureaux principaux se situent à deux pas de Buckingham Palace à Londres – gère plus de 5 milliards d’euros d’actifs.

La stratégie d’investissement du fonds est selon son dirigeant « relativement simple », elle se concentre  principalement sur des entreprises notées entre BB+ et B. Dans le langage financier, on parle du marché crossover. Il s’agit de titres ni trop risqués – spéculatifs avec un risque de défaut – ni trop sûrs. Cela permet au fonds d’obtenir des rendements nettement supérieurs à ceux d’une dette d’Etat. Mais, ces investissements restent tout de même risqués. C’est la raison pour laquelle une sélection préalable des entreprises qui appartiennent au domaine du non investment grade, également appelé spéculative grade ou high yield (haut rendement), est évidemment obligatoire. Elle est réalisée par les équipes de recherches d’analyse fondamentale et quantitative de Chenavari.

Le hedge fund dirigé par Loic Fery possède désormais des bureaux dans quatre places financières majeures : Londres, Luxembourg, Hong-Kong et plus récemment New York. Avec des rendements annuels de plus de 30%, il surperforme les plus grands fonds. Ces bons résultats lui ont permis de reprendre les activités de gestion crédit de SGAM AI. En 2010, c’était la plus grosse acquisition de ce type jamais réalisée. Chenavari poursuit son développement en procédant au rachat de Buy Way Personal Finance en décembre 2013, un des leaders du crédit à la consommation en Belgique. Dernière opération en date, en août 2015, Chenavari Investment Managers et Lyxor Asset Management annoncent leur partenariat et lancent le fonds Lyxor/Chenavari Credit Fund. Avec une approche market neutral face aux écarts de crédit, ce fonds est en passe de commercialisation dans dix pays d’Europe et dans sept devises différentes, preuve du développement de Chenavari.

Le succès de Loic Féry et de son entreprise est conforté par différentes récompenses. En 2009, moins de deux ans après sa création, Chenavari est considéré par Institutionnal Investor comme l’un des hedge funds les plus performants lors des Hedge Fund Rising Star. L’entreprise récidive en 2014 et est élue « Hedge Fund of the year » lors des Risk Awards. Grâce à une croissance soutenue depuis 2008, Chenavari fait aujourd’hui partie des 100 plus gros hedge funds mondiaux. Il a fait de Loic Fery un homme à la fortune excédant les 250 millions d’euros, ce qui le classe, à seulement 42 ans, parmi les 500 plus grandes fortunes françaises. Cependant son goût du défi ne se limite pas au milieu de la finance.

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Le football, son autre passion

Marié à une ancienne joueuse de tennis professionnelle avec qui il a trois enfants, Loic Fery est un passionné de sport et plus particulièrement de football. Il a occupé le poste d’attaquant dans une équipe hongkongaise lorsqu’il était en poste en Asie. Cette passion le pousse à vouloir reprendre un club. Après une première recherche infructueuse du coté de la Premier League, il rachète en août 2009 le FC Lorient contre un chèque de 15 millions d’euros et en prend la présidence. Il impose son regard novateur et sa stratégie afin de pérenniser l’avenir du club. En s’appuyant sur son expérience dans la finance, il en modernise le fonctionnement et change notamment la politique salariale : la part fixe est diminuée et la part variable indexée sur les résultats. Cette stratégie permet au club de dégager une marge nette comprise entre 6 et 10%, situation rare pour un club de ligue 1. Sportivement aussi, les résultats sont bons : dès sa première année de présidence, le club termine 7ème et obtient le meilleur classement de son histoire. Les saisons suivantes sont plus compliquées, mais le club se maintient en ligue 1. Loic Fery est également élu au conseil d’administration de la ligue professionnelle de football en 2012, preuve de l’engagement de ce passionné dans tous les projets qu’il entreprend. On lui a prêté l’intention de racheter le club de football de l’Olympique de Marseille. Nul doute qu’un tel défi plairait à cet homme d’affaires aux multiples casquettes, qui ne semble pas prêt de s’arrêter.

Parti de rien, Loic Fery – qui a remboursé ses frais de scolarité grâce à ses premiers bonus – a réussi à se démarquer dans ce milieu extrêmement compétitif de la finance de marché. Il représente ainsi un modèle d’excellence et de persévérance pour tous les jeunes souhaitant y faire carrière.

Thomas Henry, étudiant à l’EDHEC et contributeur du blog AlumnEye