Zoom sur Georges Doriot : Père du capital risque

L’industrie du Private Equity a marqué l’histoire du monde contemporain en participant au développement des grands empires coloniaux européens (français et britanniques principalement) au 18e et 19e siècle. A cette époque, certaines expéditions ne pouvaient pas lever des capitaux par les voies de financement classiques car le risque porté par les créanciers était trop important. Les initiateurs de ses expéditions se sont donc tournés vers des investisseurs privés moins frileux au risque pour financer leurs projets, en leur promettant un retour sur investissement important en cas de succès. Au 19e siècle, le capital investissement a également participé à la révolution industrielle au Royaume-Uni, puis plus tard en France, en Allemagne et aux Etats-Unis. Le Capital Investissement était encore à un stade embryonnaire et se présentait sous la forme de pool de financiers qui investissaient dans des projets de voies de chemin de fers, de compagnies maritimes… Cette activité de financement n’était pas encore structurée et elle ne représentait qu’une partie très marginale de l’activité économique. doriot1-s  , français d’origine et naturalisé américain, qui a créé en 1946 la société American Research & Development (ARD). Son pari ? Financer l’innovation de jeunes entreprises par des capitaux privés.

 

Qui est « The General » ?

Georges Frédéric Doriot est né le 24 septembre 1899 à Paris dans le 17ème arrondissement. Il est le fils de Auguste Doriot, un ingénieur industriel français connu pour être l’un des pionniers de l’automobile en France et l’un des fondateurs de l’entreprise Doriot Flandrin & Parant. Georges Doriot va grandir dans ce milieu de l’automobile qui connaît à l’époque une véritable révolution technologique. Son père a eu une très grande influence sur son éducation et c’est aussi lui qui lui a transmis cette passion pour l’innovation à travers la mécanique. L’excellente réputation de l’entreprise de son père va lui permettre de tisser un réseau avec de nombreux industriels en France mais aussi en Europe, notamment auprès des frères Bentley en Grande Bretagne. En 1917, il est mobilisé lors de la première guerre mondiale à l’âge de 18 ans comme officier dans l’artillerie française en raison de ses compétences en mécanique. Une fois la guerre terminée, il quitte l’armée française pour entreprendre des études d’ingénieur afin de parfaire ses connaissances en mécanique industrielle. C’est au cours de cette période qu’il va commencer à s’intéresser de près aux problématiques d’organisation industrielle qu’il a pu observer dans l’entreprise de son père. Il restera très marqué par les répercussions négatives de la première guerre mondiale sur l’activité économique de l’entreprise familiale DFP. En effet, après la guerre cette dernière connaitra des années difficiles avant de disparaitre définitivement en 1926.

 

Départ vers les Etats-Unis

En 1921, son père le pousse à rejoindre les Etats-Unis pour découvrir les nouvelles méthodes de travail industriel mais aussi pour que son fils puisse rencontrer les professeurs d’une discipline encore très méconnue en France : le Management Industriel. Georges Doriot se passionne à l’époque pour des personnes comme Henri Ford, qui à travers des méthodes de travail innovantes cherche à améliorer l’efficacité des chaînes de production de ses usines. Il décide donc de partir poursuivre ses études outre-Atlantique sur recommandation de A. Lawrence Lowell, un ami de son père et président de la Harvard Business School. Ayant pour projet initial de rejoindre le très prestigieux Massachusetts Institute of Technology, Georges Doriot étudiera finalement pendant un an à Harvard et obtiendra un MBA en Management et Comptabilité Industriel. C’est l’un des premiers diplômés français de la prestigieuse business school américaine.

Il reviendra enseigner à Harvard après avoir travaillé six ans dans le monde de l’industrie new yorkais. Pendant ces années passées dans des usines de la ville de New York, il a pu appréhender le savoir-faire industriel américain et mettre en application ses compétences en management à travers les différents postes qu’il a occupés. C’est l’un de ses anciens professeurs qui lui propose de rejoindre le corps professoral de Harvard, où il y enseignera jusqu’en 1966. Georges Doriot se distingue très rapidement des autres professeurs de l’école en raison de sa façon originale d’enseigner à ses élèves. En effet, alors que la Harvard Business School est très célèbre pour son enseignement par les cas, lui conçoit l’apprentissage par l’innovation. Dans ses cours les élèves sont encouragés à lancer de nouvelles idées, développer de nouveaux concepts innovants et réfléchir à la résolution de problèmes par des réponses originales. Cette nouvelle façon d’enseigner va faire de lui un professeur très populaire au sein de la célèbre business school américaine mais aussi au niveau national. Parmi les plus célèbres de ses étudiants (« Doriot Men ») on retrouve Philip Caldwell (Ford Motor Co.), John Diebold (the Diebold Group), Ralph Hoagland (CVS), Dan Lufkin (Donaldson, Lufkin & Jenrette), et James D. Robinson III (American Express).

La Seconde Guerre Mondiale éclate en 1939, opposant les forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon) aux forces Alliées (France, Royaume-Uni et URSS). Les Etats-Unis ne prennent pas part au conflit dès le début et ne rejoindront les forces Alliées qu’en 1941. Georges Doriot, gardant toujours en tête le traumatisme de la Première Guerre Mondiale, souhaite participer à l’effort de guerre en mettant à la disposition du gouvernement américain ses compétences. C’est en 1941 que l’un de ses anciens élèves, le Major Edmund B. Gregory membre de l’état-major de l’US Army, le contacte pour prendre la direction de la division du planning militaire sous le grade de Général. Cette nomination au sein de l’US Army lui vaudra le sobriquet de « The General ». Il accepte la proposition de l’Etat-Major, qui lui accorde en même temps la nationalité américaine.

Son action à la tête de la division du planning militaire a été très remarquée et récompensée par de nombreuses distinctions comme la Army Distinguished Service Medal (Etats Unis), la Légion d’Honneur (France) ainsi que l’Ordre de l’Empire Britannique. Son idée a été de réunir des scientifiques de premier plan, des chercheurs ainsi que des spécialistes de la planification industrielle pour faire émerger des synergies entre ces acteurs. Naîtront de ces synergies, de nombreuses innovations au sein de la division du planning militaire : « de nouveaux uniformes et équipements résistant à tous types de conditions climatiques, une famille complète de rations de survie et la rationalisation du process d’avitaillement des troupes, le développement de nouvelles matières plastiques résistantes à l’eau et au feu, et de nombreuses matières de synthèse ». Georges Doriot était connu pour commencer toutes ses réunions de travail à l’époque par : « Que devrions-nous faire si… ? ». Cette phrase est d’une importance capitale pour bien cerner la personnalité de ce Général, qui cherchait sans cesse à imaginer tous les scénarios différents pour mieux s’y préparer. Cette haute responsabilité qu’on lui a confiée va fortement marquer l’armée américaine en terme de R&D pour les années à venir, mais elle va aussi s’avérer être un tournant dans la carrière de Georges Doriot.

 

Les années après-guerre et initiation du Capital Risque

A la fin de la guerre, le Pentagone lui propose de prendre la direction d’un nouveau département ayant pour objectif d’investir dans des projets ou entreprises à fort potentiel d’innovation liés aux activités militaires. Il refusera cette proposition, mais acceptera d’être consultant pour Washington afin de gérer la transition de ce département après la Guerre, préférant revenir enseigner à Harvard. Néanmoins, le modèle de financement de l’innovation développé par l’armée américaine auprès de certaines entreprises lui donne l’idée d’étendre ce concept à l’économie générale. Pour que le modèle fonctionne, il faut trouver des entreprises avec des projets innovants, sérieux, à fort potentiel de développement qui ont besoin de capitaux pour se développer. Robert Lattès nous donne une définition simple de l’intuition géniale de Georges Doriot : « il s’agit de financer quelque chose dont on n’est pas sûr de se le voir rembourser. En plus, il faudra apprendre à des clients pourquoi c’est utile ! ».

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le Private Equity ?

89a62ae227699f30ad86fd73991ecb419502b953En 1946, le Général Doriot décide de créer la première société de capital risque de l’histoire avec des fonds du MIT, de la compagnie John Hancock Mutual Insurance Co et avec l’aide de Karl Compton, ex-Président de MIT, et Ralph Flanders, sénateur du Vermont. Le montant initial de la société est de $3.4M seulement. La société American Research & Development (ARD) voit le jour avec un concept très novateur pour l’époque : « ARD propose d’aider à la création d’entreprises entièrement nouvelles, bâties autour d’un projet fortement innovant et regroupant des compétences issues des mondes industriels et universitaires. Il s’agit de favoriser la création de sociétés permettant de vraies percées scientifiques ou techniques, ce qui suppose de prendre les projets très en amont et de consacrer une grosse partie des financements à la R&D. »

Le plus célèbre investissement de la société fondée par Georges Doriot a été le financement de l’entreprise américaine Digital Equipment en 1957. Cette société fondée par Ken Olsen, un ingénieur du MIT, a développé l’ordinateur à transistor. Georges Doriot vit à travers cette entreprise de nouvelle technologie, une formidable opportunité d’investissement dans un projet innovant au sein d’une industrie en pleine révolution technologique. Il décide de réaliser un investissement de 70 000 dollars dans cette société car il croyait réellement au projet ainsi qu’en son fondateur. Ces intuitions s’avéreront justes, car lors de l’IPO de DEC une décennie plus tard, la participation de ARD est alors valorisée à 355M $ (soit un TRI >100%). Les détracteurs de Georges Doriot le considèrent comme un spéculateur, pariant sur des projets fous auxquels personne ne croit et qui ne doit sa réussite qu’à la chance. A ces critiques il répondra plus tard : “If I were a speculator, the question of return would apply. But I don’t consider a speculator — in my definition of the word — constructive. I am building men and companies..

En 1972, la société ARD est rachetée par Textron et ses actifs s’élèvent à près de 500 millions de dollars, après avoir financée près de 150 projets de développement d’entreprises. En parallèle de ses activités d’investissement et de ses nombreux projets annexes, le Général Doriot restera un professeur permanent de la Harvard Business School. Tout au long de sa vie il prônera ces trois valeurs fondamentales du Capital Risque : « Investir avec beaucoup de prudence, consacrer des ressources importantes à la gestion de son portefeuille et enfin savoir sortir du capital lorsque l’entreprise arrive à maturité ».

Il décède en 1987 d’un cancer de la gorge à l’âge de 87 ans. Il restera comme l’un des personnages le plus marquants du siècle dernier de l’économie entrepreneuriale. En atteste un article du Wall Street Journal datant du 29 novembre 1999 sur les dix personnalités qui ont le plus influencé l’entreprenariat au cours du 20e siècle. On y retrouve le défunt Georges Doriot pour l’ensemble de son œuvre à la 6e place.

 

Son héritage

D’autres sociétés de Capital Risque ont succédé à ARD quelques temps après son lancement par Georges Doriot, reprenant le même modèle d’investissement. Ainsi, la société JH. Whitney and Co se fera connaître en investissant dans une société du nom de Minute Maid et fera fortune à travers de nombreuses autres opérations de Capital Risque. Désireux d’aider les jeunes entreprises à se développer et conscients des enjeux économiques que représentent ces potentiels futurs grands corporates, certains pays ou institutions lancent à leur tour des sociétés de Capital Risque.release-120423-classroom En 1962, le Canada crée la Canadian Enterprises Development Corporation (CED) et l’Europe lance l’Enterprises Development Company (EED) avec l’aide de Georges Doriot. Son expérience, ses compétences ainsi que sa vision du Venture Capital lui ont valu d’être souvent sollicité pour conseiller des sociétés sur des deals importants. Melissa Banta, la conversatrice de la HVB, disait de Georges Doriot lors d’une conférence lui rendant hommage : « Doriot emphasized that, to him, the point of venture capital was not to make a quick profit, but rather to support entrepreneurs with good ideas and to help emerging technologies and startups succeed for the long term ».

LA4Lire aussi : Venture Capital & Private Equity : quelles différences ? Où postuler ?

C’est toujours avec cet esprit de développement et d’innovation qu’il fonda en 1930 le Centre de Perfectionnement aux Affaires (CPA), un établissement d’enseignement supérieur privé français qui forme des professionnels de la direction d’entreprise grâce à des nouvelles méthodes d’enseignement. Cet organisme fait maintenant pleinement partie intégrante de HEC et s’occupe depuis 2002 du programme Executive MBA.

En 1957, il décide de créer une Business School Européenne sur le modèle de la Harvard Business School, et fonde l’INSEAD à Fontainebleau en région parisienne. Il mènera ce projet avec l’aide de deux autres français et ex alumuni de la Harvard Business School : Claude Janssen et Olivier Giscard d’Estaing. Avec le soutien de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris ainsi qu’avec l’aide de son important réseau, il créa cette école, aujourd’hui classée numéro 1 par le Financial Times pour son programme EMBA. La réussite de l’INSEAD est le fruit de l’un des plus gros projets portés par Georges Doriot au cours de sa carrière. Ce projet cristallise la vision qu’il avait du développement économique et de l’enseignement supérieur, en témoigne les propos de Laura Linard, directrice de la bibliothèque Baker à la HBS : “He personifies the impact that a faculty member can have, not only as a really inspirational teacher and mentor … but also the impact that he had in terms of industry itself, the whole creation of the public venture-capital industry. And then, finally, the impact that he had in terms of business education in Europe”. L’héritage que Georges Doriot a laissé derrière lui continue aujourd’hui d’influencer l’industrie du Capital Risque, l’enseignement supérieur ainsi que l’innovation en général.

 

Dates Clés

1899 : Naissance de Georges Doriot, fils de Auguste Doriot ingénieur industriel français et l’un des fondateurs de l’entreprise DFP

1917 : Il est mobilisé dans l’arme française en tant qu’officier dans l’artillerie

1921 : Georges Doriot part étudier aux Etats-Unis pour en savoir plus sur l’organisation industrielle

1922 : Il est l’un des premiers français diplômés de la prestigieuse Harvard Business School avec un MBA en Management et Comptabilité Industriel

1928 : Il accepte de devenir professeur assistant à la Harvard Business School

1930 : Création du Centre de Perfectionnement aux Affaires

1941 : Georges Doriot obtient la nationalité américaine et devient Général de l’US Army. Il commandera la division du planning militaire

1946 : Georges Doriot crée le premier fonds de capital risque de l’histoire : American Research & Development (AR & D)

1957 : Investissement de AR&D dans le capital de la société de DEC à hauteur de 70 000$

1957 : Il décide de créer une Business School européenne sur le modèle de la Harvard Business School, et fonde l’INSEAD à Fontainebleau en région parisienne

1966 : Georges Doriot prend sa retraite en tant que professeur à la Harvard Business School

1972 : la société AR&D est rachetée par Textron et ses actifs s’élèvent à près de 500 millions de dollars

1987 : Il décède le 2 Juin 1987 à Boston d’un cancer de la gorge à 87 ans

 

Louis Carré, étudiant à l’ESCP Europe et contributeur du blog AlumnEye

 

Bibliographie

  • http://www.investopedia.com/articles/financialcareers/10/georges-doriot-venture-capital.asp
  • http://www.frenchweb.fr/georges-doriot-saviez-vous-que-le-pere-du-capital-risque-etait-francais/99429
  • https://usafrance.wordpress.com/2012/12/13/georges-doriot-etait-francais/comment-page-1/
  • http://news.harvard.edu/gazette/story/2015/02/the-talented-georges-doriot/
  • http://news.harvard.edu/gazette/story/2015/02/the-talented-georges-doriot/
  • http://www.atelier.net/trends/articles/portrait-de-lalchimiste-capital-risque
  • http://www.lesechos.fr/22/08/2007/lesechos.fr/300196176_georges-doriot.htm
  • http://www.frenchweb.fr/georges-doriot-saviez-vous-que-le-pere-du-capital-risque-etait-francais/99429
  • General Doriot’s Dream Factory, Book


Qui était Marc Rich, énigmatique fondateur de Glencore et négociant de génie ?

Un don pour le commerce

Marc Rich, ou plutôt Marcell David Reich est né en 1934 à Antwerp en Belgique, et a grandi au sein d’une famille belge juive dont il est l’unique enfant. En 1940, en plein conflit mondial, alors que la Belgique est envahie par l’Allemagne nazie, le jeune Marc émigre pour les Etats-Unis avec ses parents. Son père ouvre alors une bijouterie à Kansas City dans l’Etat du Missouri. Leur nom de famille est américanisé et passe de Reich à Rich. La famille déménage ensuite, une dizaine d’années plus tard, dans le quartier de Queen’s, à New York, où le père de Marc, David, ouvre Melrose Bag & Burlap Co. L’activité de l’entreprise repose sur l’importation de toile de jute du Benghal qui sert à la production de sacs, et fait la fortune de son père. Il démarre ensuite une entreprise de trading de matières premières agricoles et participe à la création de l’American Bolivian Bank. De son côté, Marc suit des cours à l’université de New York dans laquelle il ne reste qu’un semestre pour partir travailler en 1954 chez Philipp Brothers, alors spécialiste du trading de métaux, aujourd’hui plus connu sous le nom de Phibro.

Grâce à son talent pour les affaires, il permet à la firme de prospérer dans des pays comme l’Espagne, la Bolivie ou encore Cuba mais il crée aussi le marché du mercure. Il apprend alors à faire affaires avec des partenaires de tous bords dont certains dictateurs. En 1974, il quitte Philipp Brothers et fonde avec Pincus Green, un ancien collègue trader, Marc Rich & Co en Suisse.large_77892_0__TN800x600L’entreprise deviendra par la suite Glencore Xstrata Plc. Il utilise ses relations acquises chez Philipp Brothers, pour devenir l’un des plus grands traders de matières premières de tous les temps, ce qui lui vaudra le surnom de « King of oil ». Il est encore aujourd’hui considéré comme étant la personne ayant révolutionné l’échange de matières premières au XXème siècle.

LA4Lire aussi : Dossier AlumnEye : le trading de commodities

 

Une créativité sans limite

Dans les années 70, son talent et son audace s’expriment par la création d’un marché spot (marché au comptant pour des livraisons rapprochées) pour le pétrole. Auparavant, les contrats étaient négociés sur des périodes longues permettant ainsi de sécuriser l’approvisionnement. Son idée lui permet de court-circuiter les grandes compagnies pétrolières appelées alors les Seven Sisters[1], et révolutionne le trading de pétrole. Dans la pratique, l’idée repose sur le trading de tankers (navires servant à transporter le pétrole) au prix du jour, pour une livraison la semaine suivante. Cette méthode est risquée mais lui a permis de réaliser d’incroyables profits car elle nécessite moins de capitaux.

 

La réussite de Marc Rich

L’entreprise Marc Rich & Co devient Glencore International en 1994 après la cession forcée de 51% de ses titres au géant mondial. Suite à de nombreuses acquisitions, l’entreprise passe du trading de mGLENCORE_Logoétaux et de pétrole à d’autres produits pétroliers, puis aux matières premières agricoles par l’acquisition d’une société de trading néerlandaise. Récemment, la société est sortie de sa politique de discrétion suite à des difficultés financières.

LA4Lire aussi : Glencore, colosse aux pieds d’argile ?

Marc Rich avait pour habitude de dire : « Je fournis un service. Certains veulent me vendre du pétrole, d’autres voulaient m’en acheter. Je suis un homme d’affaires, pas un homme politique ». Ce leitmotiv de faire des affaires, peu importe l’interlocuteur, a failli causer sa perte. La vie de cet homme d’affaires est en effet entachée de nombreuses condamnations suite aux investigations d’un jeune procureur : Rudolf Giuliani, futur maire de New-York. Les chefs d’accusations atteignent le nombre record de 65 et incluent du racket, de la fraude fiscale, ou encore la violation d’un embargo international en réalisant des affaires avec l’Iran en pleine crise des otages de l’ambassade américaine. Il a également revendu du pétrole en provenance d’URSS à l’Afrique du Sud en plein apartheid. Il encourt alors une peine de 300 ans de prison et quitte le sol américain en temps que fugitif pour se réfugier en Suisse, pays qui refuse de l’extrader pour le remettre aux autorités américaines.569468_1_01175057_12595216

 

La descente aux enfers

Bloomberg le décrit comme l’un des fugitifs en col blanc les plus recherchés des Etats-Unis pendant près de 17 ans. Il gagne alors un deuxième surnom : « El Matador », pour avoir tenu tête et échappé aux autorités américaines pendant aussi longtemps. Mais cette réputation sulfureuse finira par lui coûter cher puisque certaines banques commencent à refuser de traiter avec lui. Il est alors contraint de revendre ses parts à hauteur de 600 millions d’euros dans Glencore dont il était l’actionnaire majoritaire. L’entreprise est reprise par un groupe d’investisseurs dont fait partie son protégé Ivan Glasenberg, aujourd’hui à la tête de l’entreprise. Il ne plaidera jamais coupable et clamera toujours son innocence. Il ne pourra pas non plus assister aux obsèques de sa fille aux Etats-Unis en 1996, décédée d’une leucémie. Il est par la suite gracié par le président américain Bill Clinton en 2001, le dernier jour de son mandat, provoquant un véritable tollé au sein de l’opinion publique américaine. Cette décision controversée aurait été obtenue par son ex-épouse, Denise, pour avoir soutenu financièrement la campagne des démocrates lors de l’élection présidentielle de Bill Clinton.

La jeunesse de Marc Rich, ses démêlés avec la justice, son sens des affaires incroyable et ses capacités de visionnaire en font l’un des hommes d’affaires les plus énigmatiques, avant-gardistes et controversés du XXème siècle. Dans son livre « The King of Oil: The Secret Lives of Marc Rich », Daniel Ammann, journaliste, le décrit comme un personnage secret, difficile à approcher et ne donnant en temps normal jamais d’interview. L’un des employés de Marc Rich, dans le documentaire « Traders – Le marché secret des matières premières », considère son ancien patron comme un avant-gardiste, qui était constamment aux frontières de la légalité et qui comme Icar s’est peut-être brûlé les ailes en se rapprochant trop près du Soleil.

Jules Girard, étudiant à l’ISARA-Lyon et Contributeur du blog AlumnEye

 

Sources :

  • http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/06/27/marc-rich-mort-d-un-pirate_3437755_3234.html
  • http://www.bloomberg.com/news/articles/2013-06-26/marc-rich-fugitive-commodities-trader-in-80s-dies-78
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Marc_Rich
  • http://www.economist.com/news/obituary/21580438-marc-rich-king-commodities-died-june-26th-aged-78-marc-rich
  • http://www.bloombergview.com/articles/2013-06-26/marc-rich-s-sleazy-genius
  • Daniel Ammann, The King of Oil: The Secret Lives of Marc Rich, 2011

[1] Groupe composé des sept plus grandes compagnies pétrolières des années 40 aux années 70 : Anglo-Persian Oil Company (aujourd’hui BP), Gulf Oil, Standard Oil of California (aujourd’hui Chevron), Texaco (qui fusionnera par la suite avec Chevron), Royal Dutch Shell, Standard Oil of New Jersey (Esso/Exxon) et Standard Oil Company of New York (aujourd’hui absorbée par Exxon).


Michael Bloomberg, l'Amérique à l'état pur

New York City mayor Michael Bloomberg speaks at the annual Transforming Transportation conference at the World Bank in Washington,DC on January 18, 2013. AFP PHOTO/Nicholas KAMM (Photo credit should read NICHOLAS KAMM/AFP/Getty Images)

 

Huitième fortune des Etats-Unis, fondateur d’un des plus grands empires financiers au monde, maire de New York pendant plus de dix ans, Michael Bloomberg est par-dessus tout une personnalité insolite, qui tant dans le secteur financier, son domaine de prédilection, que dans la vie politique, fascine et inspire. Classé au Forbes 400 entre Mark Zukerberg, fondateur de Facebook, et Jim Walton, héritier du géant de la grande distribution Walmart, Bloomberg n’a jamais hésité à afficher sa proximité avec l’élite de la haute finance américaine, comme dans une interview de Juillet 2015, dans laquelle il apparaissait aux côtés de Lloyd Blankfein, le sulfureux CEO de Goldman Sachs. Mais quelles sont les principales facettes de cette figure hors-norme ?

 

Une incarnation du rêve américain

Originaire d’une banlieue de Boston, dans le Massachussets, Mike Bloomberg a grandi dans une famille de confession juive, et a été bercé dans le culte du travail et de la persévérance. Il s’est construit à l’image de son père, enfant de l’immigration russe du début du siècle, parvenu à créer sa propre agence immobilière, décédé avant que son fils ait célébré son vingtième anniversaire.

Exalté par l’extraordinaire dynamique qui pousse les Etats-Unis après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c’est avec cet exemple et celui de sa mère, soutien quasi-éternel, disparue en 2011 à l’âge de 102 ans, qu’il a débuté son parcours. Avec une soif de revanche sociale sans égal, il a obtenu un diplôme en Sciences de l’Ingénieur à l’Université John Hopkins, puis un Master en Management à la prestigieuse université de Harvard.

Parfois critiqué pour son agressivité, pour une confiance en soi démesurée ou pour son esprit de compétition exacerbé, Mike Bloomberg n’en mérite pas moins la reconnaissance et l’admiration qu’inspire son parcours, symbolique du rêve américain, et de la grandeur des Etats-Unis dans la seconde moitié du XXème siècle. C’est pour cette cause qu’il s’est personnellement impliqué tout au long de sa vie, comme l’illustre cette phrase prononcée en 2011 : « Le rêve américain ne survivra pas si nous ne cessons de faire fuir les rêveurs de ce pays. »

 

Un philanthrope engagé

Dès sa plus jeune enfance, Bloomberg a ainsi été convaincu de l’importance du patriotisme, et considéré que le succès ne pouvait exister qu’au sein d’un collectif. À ce titre, il a intégré, sous l’influence de sa mère, catholique, l’organisation scout américaine (Boy Scoots of America), au sein de laquelle il a atteint le grade d’Aigle Scout, et appris les valeurs de l’engagement, du respect, de la loyauté et de la collaboration. De même, Bloomberg était particulièrement impliqué dans le développement de l’une des principales Fraternités (confréries universitaires américaines), Phi Khappa Psi, qu’il a dirigée pendant trois ans, et dont la profession de foi défend « l’excellence intellectuelle, morale et spirituelle ».

Lui-même diplômé d’une université fondée par un grand industriel du XIXème siècle, John Hopkins, c’est logiquement que Mike Bloomberg est très largement investi dans de nombreuses causes et a mis en place, via sa fondation, plusieurs initiatives de poids : bourse d’études pour des étudiants de milieux défavorisés souhaitant accéder aux meilleures universités, concours pour accompagner la rénovation urbaine des plus grandes métropoles américaines, investissements dans les énergies renouvelables, mise en place d’un fonds visant à financer les initiatives de développement en Afrique et Amérique latine…

 

Un financier visionnaire

C’est en 1966, à peine sorti de Harvard, que Mike Bloomberg découvre le monde de la finance, et pose pour la première fois les pieds à Manhattan, au sein de Salomon Brothers, l’une des plus grosses banques d’investissement de l’époque, depuis absorbée par Travelers Group, devenu NEW YORK, NY - AUGUST 26: Mayor of New York City Michael Bloomberg speaks on stage during the opening ceremony during Day One of the 2013 US Open at USTA Billie Jean King National Tennis Center on August 26, 2013 in the Flushing neighborhood of the Queens borough of New York City. (Photo by Matthew Stockman/Getty Images)Citi Group. A son apogée dans les années 1980, Salomon Brothers marque l’histoire des marchés financiers par plusieurs innovations majeures, dont notamment les Swaps de taux d’intérêts multidevises, mis en place entre le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, et les premiers tristement célèbres Mortgage Backed Securities (créances hypothécaires).

LA4Lire aussi : Le Cercle des banques disparues

 

Alors qu’il y dirigeait depuis 1973 l’activité de trading, pourtant dynamique du fait du développement rapide du trading pour compte propre, Bloomberg est victime d’un plan de restructuration massif, à la suite duquel il recevra finalement une compensation de 10 millions de dollars. Marqué par cet épisode, et toujours inspiré par une ambition hors du commun, il emploie son savoir-faire dans un projet propre, et décide de lancer la première entreprise spécialisée dans la fourniture d’informations financières, aux côtés de Duncan MacMillan, Thomas Secunda et Charlie Zegar, trois anciens informaticiens de Salomon Brothers. La société connait une ascension fulgurante puisqu’après avoir équipé pour la première fois Merril Lynch en 1982, elle équipera plus de 300 000 professionnels de la finance en moins de 30 ans d’existence. Bloomberg LP réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires consolidé de près de 8 milliards d’euros, dans son métier historique, mais également dans la production et diffusion d’informations financières via Bloomberg News, Bloomberg TV, et même dans l’administration de marchés financiers, puisque Bloomberg a racheté en 2014 le Dow-Jones Commodity Exchange.

 

Un homme politique talentueux et charismatique

L’ambition politique, et l’idéologie clairement définie qui l’accompagne, transpirent dans le parcours de Mike Bloomberg, qui concrétisera cette énergie par une candidature aux élections municipales de New York en 2001. Signe de son rejet total du conformisme, membre historique du Parti démocrate, c’est sous la bannière républicaine que Bloomberg mènera sa campagne et son mandat.

michael-bloomberg-announced-a-big-change-to-how-new-york-city-handles-marijuana

En effet, si l’homme est indiscutablement inclassable, ses idées et ses méthodes sont complétement nouvelles pour une administration encore habituée aux profils classiques d’hommes de lois ou de professionnels de la vie politique. Sa première mesure, pratique mais marquante, concerne l’organisation des bureaux de la mairie, qu’il veut à l’image des salles de trading de Wall Street, parfaitement ouverts et configurés pour l’échange entre les services et les collaborateurs.

Sur un plan social, sa politique s’inscrit très clairement dans un courant interventionniste, presque keynésien, avec pour principaux leviers l’investissement et la demande, et comme objectifs majeurs la lutte contre l’exclusion sociale, l’amélioration du système éducatif en parallèle à une réduction des inégalités. A titre d’exemple, il est à l’origine d’un gigantesque plan de rénovation des quartiers les plus défavorisés de New York, et a créé un service dédié aux familles les plus défavorisées. Il a aussi renforcé le soutien aux écoles primaires et secondaires, améliorant les taux de succès des étudiants new-yorkais après le lycée, et augmentant significativement le taux d’accès à l’enseignement supérieur. L’autre cheval de bataille de Michael Bloomberg est la santé publique, et il s’est fait connaître pour ses campagnes de lutte contre le tabagisme et l’obésité, notamment lors d’une joute médiatisée avec Coca-Cola à propos de l’interdiction des distributeurs de sodas à volonté dans les restaurants new-yorkais.

LA4Lire aussi : Warren Buffett pour le profane

Enfin, sur le plan économique, sa politique est caractérisée par un libéralisme particulièrement marqué, avec un engagement fort pour l’innovation et l’investissement dans les hautes technologies, qui sont désormais intégrées non seulement comme un levier de croissance mais aussi de transparence et d’efficacité démocratique.

A titre de conclusion, le personnage Michael Bloomberg est atypique en bien des aspects. Son positionnement politique, son histoire personnelle et ses éclatants succès entrepreneuriaux en font une figure respectée aux Etats-Unis et sur la scène internationale. Malgré une ferme volonté de se présenter en tant qu’indépendant aux élections présidentielles, il annonce finalement en mars 2016 son retrait. En attendant de nouvelles surprises ?

Anatole Lizee, étudiant à l’ESCP Europe et contributeur du blog AlumnEye

 

 


La formidable saga de la dynastie des Rothschild

Le mythe de Midas

Midas était roi de Phrygie entre 715 et 676 avant notre ère. S’étant vu accorder un vœu de la part de Dionysos, dieu de la vigne, il demanda la faculté de transformer en or tout ce qu’il touchait, pour le meilleur, et pour le pire. Ce conte mythologique de l’antiquité gréco-romaine n’est pas sans rappeler une saga moderne : la formidable histoire de la dynastie Rothschild. Ceux que l’on désigne comme « Les plus grands financiers du monde » cultivent le mythe de cette réussite insolente. Issus d’un milieu populaire, ils deviendront la famille la plus riche d’Europe. Finançant les Etats, influençant la politique mondiale, combattant les guerres de religions, soutenant l’art, les Rothschild sont devenus au fil du temps un modèle de travail, d’audace, et de perspicacité. Retour sur une famille dont l’instinct de négociation légendaire força tant l’admiration que le mépris.

 

Le destin extraordinaire d’un juif opprimé de Francfort

famille-rothschildTout commence au XVIIIème siècle dans le ghetto juif de Francfort-sur-le-Main dans l’ouest de l’Allemagne. Mayer Amschel Rothschild, né le 23 Février 1744 et père d’une famille de dix enfants (cinq garçons et cinq filles), est un juif-orthodoxe ordinaire issu d’une famille modeste. En ce temps, les juifs vivent une période difficile, l’antisémitisme se développant d’une façon inquiétante : ils ne peuvent posséder de biens immobiliers, portent un insigne jaune sur leur vêtement et payent des impôts plus que conséquents. Ils doivent même descendre du trottoir lorsqu’ils croisent un chrétien dans la rue. La plupart des métiers leur sont interdits, mais pas la banque. Ils sont en effet libres d’accorder des prêts (donc récupérer des intérêts) et d’effectuer des opérations de change. À cette époque, l’Allemagne est divisée en de nombreuses municipalités opérant avec des monnaies différentes. Les métiers de la finance présentent donc un énorme potentiel.

Mayer Amschel Rothschild est quelqu’un d’unique : c’est un surdoué des calculs et il possède un sens commercial hors norme. Ces atouts exceptionnels lui permettent de se faire connaître auprès de la famille princière austro-hongroise et notamment de construire des liens forts avec le Prince Guillaume de Hesse-Cassel. Les affaires devenant fleurissantes, ses enfants se joignent à lui : ses cinq fils (Amschel, Nathan, Salomon, James et Carl) s’occupent des clients tandis que les filles se chargent des travaux d’écritures. La philosophie Rothschild se met alors en place : (1) Payer ses factures à temps, (2) ne jamais contracter de dettes, (3) honnêteté et franchise. En 1796, Mayer Amschel Rothschild est alors l’un des juifs les plus riches de Francfort.

 

    TÉLÉCHARGE LE GUIDE DE LA FINANCE GRATUITEMENT

Rédigé par des pro, ce guide décrit les métiers de la finance et t'aidera à y voir + clair dans ton orientation !

 

La Grande Ascension

Très vite, Mayer Amschel comprend les enjeux de l’expansion de son établissement. Nathan est le plus audacieux des cinq jeunes frères. Il est ambitieux, travailleur et désireux de monter sa propre affaire au-delà des frontières allemandes. Après s’être lancé dans le trading de textiles à Manchester, il ouvre son établissement financier, la branche londonienne de la banque de son père : NM Rothschild & Sons.

Tout s’accélère durant la période des guerres napoléoniennes. Asphyxiée économiquement par le blocus mis en place par les français, l’Angleterre n’a d’autre choix que de trouver des sources de financement pour payer son armée. Parallèlement, le prince Guillaume de Hesse-Cassel, chassé de son pays lors de la défaite de Iéna en 1806 a confié à Amschel la gestion d’une fortune estimée à 15 millions de pièces d’or. C’est une véritable opportunité commerciale pour les Rothschild qui savent tirer parti de cette position stratégique. Nathan, devenu le leader des cinq frères à la mort de son père en 1812, organise de nombreuses livraisons de marchandises et autres lingots d’or. Deux ans plus tard, le prince reprend possession de ses terres lors de la bataille des Nations à Lindenau. Il récupère l’intégralité de son trésor, intérêts compris. Le nom Rothschild devient synonyme de fidélité, de puissance et d’intégrité.

Nathan se voit alors nommé responsable du financement de l’avancée de Wellington sur le territoire français en 1814. Il bénéfice d’une aide précieuse : son frère James qui s’occupe de vendre des francs vers l’Angleterre et avec lequel il communique grâce à des pigeons voyageurs. Cet atout local accélère le refinancement du pays, se soldant par la victoire de Waterloo en 1815. Ayant eu vent de cette information bien avant les autorités, Nathan spécule sur la monnaie du vainqueur : le 20 juin 1815, il se rend à la Bourse de Londres et met en vente tous ses titres en ébruitant volontairement l’information selon laquelle Napoléon est sorti victorieux de la bataille. Pris de panique, les investisseurs suivent l’exemple de Nathan, entraînant l’effondrement des du marché des actions. Au dernier moment, le jeune stratège rachète au plus bas les titres sur le marché. Cette victoire en bourse, le « coup du siècle », assure la fortune de la famille.

Cette consécration met en avant une richesse d’un nouveau genre : l’information. Véritable précurseur de ce système de coursiers rapides, les Rothschild perçoivent bien avant les autres la valeur financière du temps.

Ainsi, le monde financier est en pleine évolution. Pour la première fois, les Rothschild mettent réellement en place un système de banque-réseau européen. Ils inventent également un nouveau concept en finance : un gouvernement peut contracter un emprunt auprès d’un organisme privé en échange d’un titre (et d’intérêts).

Mais alors que l’on pourrait penser que la famille est reconnue et respectée de tous, les Rothschild ne sont pas sollicités lors de la signature des traités de paix. Leur ascension financière attire paradoxalement les foudres de la presse. Ils sont alors victimes d’un antisémitisme généralisé. Les livres de l’époque tels que « l’Argent » où Emile Zola dénonce justement ces dérives, montrent clairement le développement d’une campagne anti-juive qui ne cessera de croître jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Néanmoins, les Rothschild font preuve d’encore plus de détermination face à cette réalité.

En ce début de XIXème siècle, les frères ont conquis l’Europe : Nathan est à Londres, James à Paris, Amschel à Francfort, Salomon à Vienne et Carl à Naples. Ce réseau international devient la fondation de leur dynastie. En 1822, ils deviennent officiellement barons de Rothschild.

 

James, roi des juifs de France

La-famille-Rothschild_FR

 Alors que Nathan s’impose définitivement comme le leader de la famille, un autre des frères voit sa côte de popularité grimper en flèche : James.

La France représente une terre d’accueil privilégiée pour le jeune frère dans la mesure où le climat est bien plus ouvert depuis la révolution de 1789. Les juifs ont d’ailleurs les mêmes droits que les chrétiens.

James est élégant, cultivé, raffiné, et possède un goût prononcé pour l’art. Dès 1840, il devine avant les autres le potentiel des machines à vapeur et de l’exploitation minière qui y est associée. Cette intuition se révèle vite payante et confirme ses qualités d’investisseur aguerri. Cela lui vaut bientôt une belle notoriété au sein de l’hexagone à tel point que le roi Louis-Philippe fait appel à lui. Cependant, en 1848, ce dernier rend les armes. On se dit que James va quitter le pays. Et bien non. Là encore, il joue parfaitement le coup et s’attire les louanges de Napoléon III. Victime de la jaunisse, il sera le dernier frère à s’éteindre en 1868.

 

Petits enfants : sur le toit du monde

Au sein des Rothschild, une nouvelle génération est en place. Conscient de l’injustice dont leur famille est victime comme tous les juifs d’Europe, ils se mettent en quête de l’obtention du pouvoir politique afin de faire évoluer les mentalités et surtout les pratiques.

Lionel est le fils de Nathan, il a d’ailleurs repris les affaires au sein de NM Rothschild & Sons. Plus motivé que jamais à défendre ses droits et ceux de la communauté juive d’Europe, il arrive à accéder au rang de député à force de persévérance. Son plus grand fait d’arme est le renflouement du gouvernement égyptien en 1874 pour empêcher l’indexation du canal de Suez par les français. Lors de son décès d’une crise cardiaque en 1879, les Rothschild sont à l’apogée de leur puissance. Ils ne reviendront jamais à un tel niveau d’influence.

 

Affaiblissements et premières tensions

 La 1ère partie du XXème siècle est très difficile pour la famille Rothschild.

La montée du nazisme représente une menace constante et croissante. Bien qu’ils arrivent pour la plupart à quitter les pays sous occupations (plusieurs sont cependant déportés), les Rothschild n’arrivent pas à mettre en place de stratégies pour gérer les perturbations économiques de ces années.

Séparés, persécutés, pillés par les nazis, tout semble à refaire. Dans les années 50, les banques de Londres et de Paris sont sur le déclin et ne s’occupent essentiellement plus que de riches clients fidèles à la famille. Les Rothschild perdent énormément d’influence sur le continent européen.

Dans les années 70, après une vingtaine d’année sans grande activité, Jacob Rothschild l’arrière, arrière, arrière petit fils de Nathan Mayer et 4ème baron Rothschild (titre britannique), souhaite relancer la branche londonienne. Il veut ouvrir l’établissement à des investisseurs étrangers afin d’être en mesure de concurrencer les grandes banques d’affaires de l’époque.

Néanmoins Evelyn, son cousin, n’est pas d’accord. Mais surtout, il a le soutien de Victor qui n’est autre que…le père de Jacob. Cette lutte de pouvoir sans précédent divise la famille : c’est le premier grand conflit au sein de la famille Rothschild. Evelyn demeurant à la tête de NM Rothschild, Jacob part avec son portefeuille de clients et fonde Rothschild Investment Trust.

Des tensions émergent, surtout en France. Dirigé par Guy de Rothschild jusqu’en 1981, la branche française est nationalisée par le gouvernement socialiste de François Mitterrand. Cette décision fait l’effet d’une bombe pour Guy.

Rothschild_logoEn 1984, avec David, son fils, ils travaillent à la reconstruction d’une banque indépendante. Deux ans plus tard, ils sont autorisés à utiliser le nom Rothschild pour leur établissement (sous le gouvernement d’Edouard Balladur), accompagné d’un préfixe ou d’un suffixe. Grâce à un « gentleman agreement » signé avec la branche cadette Edmond de Rothschild basée à Genève (Banque privée et gestion d’actifs, appartenant à la branche française), la banque parisienne prend le nom de Rothschild & Cie. Par contrat, chaque banque peut donc s’appeler Rothschild à condition de ne pas porter le nom seul.

SMALL-BPERE-MONO-RGBCette cohabitation se passe relativement bien pendant plusieurs années puisque chacun dispose de son terrain de jeu propre : la banque parisienne est une banque d’affaires, alors que son cousin suisse (bien que Benjamin soit français) se spécialise dans la gestion de fortune.

Cependant, dans les années 2000, le projet de création d’une banque en ligne « e-Rothschild Services » par Edmond de Rothschild ne plait pas à David pour qui le nom se veut volontairement universel.

En 2003, nouvel acte de guerre. La réunification des branches françaises (Rothschild & Cie) et londonienne (NM Rothschild) permet à David d’accéder à de la gestion de fortune. Edmond de Rothschild réplique en se lançant notamment dans des opérations de haut de bilan.

LA4Lire aussi : Zoom sur : Grégoire Chertok, l’homme aux 150 deals de Rothschild

 

Que nous réservent les années à venir ?

 Les Rothschild sont peut-être la seule famille dont le nom semble résister au temps. Du fondateur Mayer Amschel au sulfureux Nathaniel Philip Rothschild, 44 ans, héritier de la branche anglaise (fils de Nathaniel Charles Jacob Rothschild, 4ème baron Rothschild), ex-président du célèbre hedge fund Alticus Capital, la magie entourant cette famille demeure intacte. Enviée, jalousée, admirée, quoi qu’on en dise, la dynastie Rothschild fascine. Leur histoire est à l’image des plus grands best-sellers : rivalité familiale, coups de génie, retournements de situation, cavales, jeux de pouvoirs, guerres et fortune sont au rendez-vous. Il nous tarde simplement d’assister au prochain acte.

 

Bonus : Arbre généalogique et détails supplémentaires

Afin de bien comprendre le développement européen de la famille Rothschild, voici un arbre généalogique présentant les héritiers de Mayer Amschel Rothschild et de ses cinq fils. Seule la branche anglaise et française sont ici développées dans la mesure où les 3 autres branches de la famille (Francfort, Naples et Vienne) ont disparu.

Branche Anglaise (héritiers de Nathan) : NM Rothschild & Sons et Château Mouton

Nathan eut 7 enfants (4 fils et 3 filles). Deux des fils prirent une importance majeure au sein de la famille : Lionel Nathan de Rothschild, et Nathaniel de Rothschild :

La branche Lionel Nathan de Rothschild (1808-1879) – NM Rothschild & Sons

Banquier et homme politique britannique, il est le père de 5 fils dont Nathaniel Mayer de Rothschild (1850-1915), 1er Baron Rothschild (titre britannique – traduction de Lord, à ne pas confondre avec l’appellation générale « baron de Rothschild », titre autrichien). Ce dernier, associé au sein de la branche londonienne NM Rothschild & Sons, devint président de la filiale à la mort de son père en 1879. Le plus jeune fils de Nathan, Leopold de Rothschild (1845-1917) travaillait également au sein de NM Rothschild & Sons à Londres. Les deux fils eurent des enfants :

  • Nathaniel Mayer de Rothschild, père de Lionel Walter Rothschild, 2ème Baron Rothschild (1868-1937) et de Nathaniel Charles Rothschild (1877-1923), lui même père de Nathaniel Mayer Victor Rothschild, 3ème Baron Rothschild (1910-1990).
  • Leopold de Rothschild, père de Anthony Gustav de Rothschild (1887-1961), lui même père de Evelyn Robert Adrian de Rothschild (né en 1931), président de NM Rothschild & Sons, dont la fortune est estimée à 20 milliards de dollars.

La branche Nathaniel de Rothschild (1812-1870) – Château Mouton

Businessman et banquier, il est surtout le fondateur du célèbre domaine viticole Château Mouton Rothschild (Premier Grand Cru classé Pauillac depuis 1973).

Sans titre

Branche Française (héritiers de James) : Rothschild & Cie et Edmond de Rothschild

James est le père de 5 enfants (4 fils et 1 fille). Son fils Salomon James de Rothschild n’ayant une qu’une seule fille, nous allons nous concentrer sur ses 3 autres fils.

LA4Lire aussi : M&A : les 8 secteurs à connaître avant l’entretien

 

La branche Mayer Alphonse de Rothschild (1827-1905) – Rothschild & Cie

Le baron Mayer Alphonse de Rothschild est le fils ainé de James. Banquier et collectionneur français, il eut quatre enfants. Le cadet Edouard Alphonse James de Rothschild (1868-1949) lui succéda à la direction de Rothschild Frères, et comme régent de la Banque de France. Il hérita d’une partie du vignoble Château Lafite Rothschild (premier grand cru) appartenant autrefois à son grand-père James. Edouard est le père du baron Guy Edouard Alphonse Paul de Rothschild (1909-2007), associé gérant de la banque Rothschild Frères, renommée Banque Rothschild en 1967 puis Compagnie européenne de Banque lors de sa nationalisation en 1982 (revendue à la Barclays en 1991). Il est le fondateur de la banque indépendante Rothschild & Cie avec son fils David René James de Rothschild (né en 1942). Ce dernier, diplômé de Science-po Paris en 1966, est l’actuel dirigeant du groupe Rothschild (réunification des banques Rothschild & Cie et NM Rothschild & Sons en 2003). Ils furent rejoints par le demi-frère de David, Edouard Etienne Alphonse de Rothschild, qui dirigea le conseil de surveillance de Rothschild jusqu’en 2005.

La branche Gustave Samuel James de Rothschild (1829-1911) – les collectionneurs

Deuxième fils du baron James, Gustave fut un célèbre collectionneur d’art possédant de nombreux hôtels et châteaux. Père de 6 enfants, son fils cadet Robert Philippe Gustave de Rothschild (1880-1946) était notamment le propriétaire de l’hôtel de Marigny et du château de Laversine.

La branche Edmond James de Rothschild (1845-1934) – Edmond de Rothschild

Cadet du baron James de Rothschild, Edmond fut l’un des plus grands collectionneurs de son époque. Il finança de nombreuses campagnes d’exploration avec son frère Gustave. Son deuxième fils Maurice Edmond Charles de Rothschild (1881-1957) lui aussi un grand mécène, hérita de la fortune de la branche de Naples et déménagea en Suisse pour y développer les activités familiales. Il devint alors un « self-made » milliardaire grâce à des investissements bien pensés. Son fils Edmond Adolphe Maurice Jules Jacques de Rothschild (1926-1997) fut un banquier franco-suisse. Fort d’un trésor exceptionnel légué par ses ancêtres, il était à la tête de deux établissements bancaires spécialisés dans la gestion de patrimoine et la gestion d’actifs réunis sous le nom de « Groupe Edmond de Rothschild » depuis 2010 : La Compagnie Financière Edmond de Rothschild basée à Paris qu’il créa en 1953, et la Banque privée Edmond de Rothschild basée à Genève. Son fils unique Benjamin Edmond Maurice Adolphe Henri Isaac de Rothschild (né en 1963) est la 21ème fortune de France en 2015 selon le magazine Challenges (3,5 milliards d’euros).

 

Edouard Lancksweirt, étudiant à l’ESCP Europe et contributeur du blog AlumnEye

Sources :

  • FARINE M. (2015), Rothschild contre Rothschild. Document disponible sur internet : https://www.letemps.ch/economie/2015/05/01/rothschild-contre-rothschild, accédé le 31/01/2016
  • CHAPERON, I. (2015), Chez les Rothschild, la guerre du nom fait rage. Document disponible sur internet : http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/04/08/chez-les-rothschild-la-guerre-du-nom-fait-rage_4611593_3234.html, accédé le 31/01/2016
  • ALBERT E. (2013), Les mésaventures de « Nat » Rothschild. Document disponible sur internet : http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/02/20/les-mesaventures-de-nat-rothschild_1835315_3234.html, accédé le 27/01/2016
  • ZOLA E. (1891),l’Argent, Poche, France
  • DECHAUX, D. (2015), Entre les cousins Rothschild, la guerre est (vraiment déclarée). Document disponible sur internet : http://www.challenges.fr/entreprise/20150325.CHA4173/entre-les-cousins-rothschild-la-guerre-est-declaree.html, accédé le 14/03/2016
  • Généalogie des Rothschild, disponible sur le lien suivant : https://www.rothschildarchive.org/genealogy/
  • http://www.therichest.com/celebnetworth/celebrity-business/men/sir-evelyn-de-rothschild-net-worth/, accédé le 14/03/2016


Angus Deaton, prix Nobel d'économie et infatigable optimiste

 

Angus Deaton prix nobel economie 2015 AlumnEyeSi la Banque de Suède nous avait habitué à récompenser des ingénieurs, tels Jean Tirole en 2014 pour « son analyse du pouvoir de marché sur la régulation », ou le trio Hansen-Fama-Schiller en 2013 pour leur travaux d’économétrie sur l’incertitude, la récompense de 1,6 million de dollars revient cette année à une étude empirique sur la consommation produite par Angus Deaton. L’ensemble de ses recherches sont réunies dans son ouvrage The Great Escape: Health, Wealth and the Origins of Inequality (2013) qui vient s’ajouter à la liste des livres de référence sur ce thème. Rappelons que le Prix Nobel d'Economie, en réalité dénommé « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel » est censé récompenser ceux dont les travaux contribuent au « progrès et au bien-être de l’humanité », ce qui sera sans doute le cas avec cet économiste coupé de toute idéologie et dont les travaux sont reconnus par l’ensemble de la communauté économique.


Un point de vue nouveau sur la consommation et sa mesure

Angus Deaton a officiellement reçu le prestigieux prix Nobel d'économie pour « son analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien-être ». En ces temps de récession et de coupes budgétaires, il a paru pertinent à la Banque de Suède d’attribuer ce prix à ce professeur d'économie de Princeton qui a réussi à faire le « lien entre les déterminants individuels et leurs conséquences macroéconomiques ».

« Comment les consommateurs répartissent leur dépenses entre les différents biens ? Répondre à cette question n’est pas seulement nécessaire pour prévoir et expliquer le schéma de la consommation, mais c’est aussi crucial pour évaluer l’impact des politiques, comme les changements fiscaux, sur le bien-être des différe71LXrSLoNtLnts groupes » a déclaré le comité pour justifier son choix.

Ce travail de longue haleine commence dans les années 1980. Deaton pose alors les jalons d’un système nommé « le système d’une demande presque idéale ». C’était un moyen simple et flexible d’estimer quelle proportion de la demande d’un bien dépendait du prix de tous les autres biens et du revenu de l’individu. Il y a deux effets qui déterminent le changement de la demande d’un bien suite au changement du prix d’un autre bien : un effet revenu et un effet substitution. Prenons un bien A et un bien B (pouvant représenter tous les autres biens). Si le prix du bien B augmente, que ferez-vous ? La réponse dépend de chaque individu et de ses préférences individuelles. Deux possibilités s’offrent à chacun. Soit l’effet revenu domine : la hausse du prix de B a un impact négatif sur mon revenu, je consomme donc moins de A. Soit c’est l’effet substitution qui domine : B étant devenu trop cher, je reporte ma consommation sur A, je substitue A à B. Cet outil, qui consiste à partir de l’évolution du prix des biens à expliquer les courbes d’indifférences individuelles (représentation graphique de l'ensemble des combinaisons de deux biens, ou de deux paniers de biens, qui procurent à une personne le même niveau de satisfaction), est maintenant une référence dans le milieu. Cette manière d’appréhender la richesse des individus selon leurs préférences individuelles passées, permet d’avoir une notion plus juste de ce qu’est la « richesse » pour les habitants d’un pays. Ainsi en utilisant l’évolution des courbes d’indifférence agrégées (résultats obtenus par la méthode décrite ci-dessus), plutôt que le PIB/habitant, Angus Deaton a réussi à montrer que la pauvreté baisserait de 10% cette année au sein des pays pauvres. Cela revient à dire que l’individu a 10% de plus de son panier de biens, calibré selon ses préférences, dans les pays jugés « pauvres ».

LA4Lire aussi : Zoom sur : George Soros

 

Angus Deaton introduit donc une petite révolution au sein du cercle des économistes. En effet, par ses travaux, il va à rebours de toute la conception keynésienne de la consommation qui consistait à mesurer cette dernière par des agrégats nationaux. C’est ce que Ragnar Frischt avait nommé en 1933 la Macroéconomie. Selon Deaton, l’étude de la consommation doit reposer sur des données statistiques précisément ancrées dans les choix individuels des agents. Il convient donc de revaloriser la microéconomie qui, selon lui, a trop longtemps été écartée des théories. Comme le disait Friedman de la courbe de Philips en son temps « j’ai été amené à la rejeter car j’estime qu’elle a été contredite par l’expérience ». Voilà une phrase qui aurait pu être de Deaton. Cependant, ce dernier n’approuve pas non plus la théorie des anticipations rationnelles (à laquelle le rejet de la courbe de Phillips a donné jour). Cette théorie consiste à dire que les anticipations des agents se répartissent selon une loi normale : en somme, ceux qui surestiment la hausse d’un agrégat compensent ceux qui la sous-estiment. Cette idée a conduit les économistes à tenter de valider leurs hypothèses empiriquement par des tests aléatoires à grande échelle. Deaton critique cette approche qui ignore les déterminants individuels et donc microéconomiques de chaque individu. Pour lui, les individus ne sont pas substituables.

 

Une critique virulente des politiques d’aide au développement

Mesurer la consommation est aussi un moyen de mesurer la pauvreté. Or selon Angus Deaton, ceux qui prêtent, ont trop tendance à vouloir aider à promouvoir la consommation du panier de bien qu’ils préfèrent, c’est-à-dire la consommation d’un panier de bien occidental, qui ne tient pas compte des préférences individuelles évoquées au-dessus. Deaton utilise donc ses études sur la consommation pour vilipender les aides au développement octroyées par les pays du Nord aux pays du Sud. « Les Etats se détournent du confort de leurs citoyens pour se concentrer sur celui de leurs pourvoyeurs de fonds », déclare-t-il. Ceci vient du fait qu’il y a une « économie de l’aide internationale », elle aussi, fondée sur des chiffres illusoires. Toute aide au développement, pour être perpétuée, doit avoir des résultats concrets, notamment en termes de consommation. Plutôt que de participer au développement des institutions ou des entreprises du pays –ce qui est un processus de long terme–, les aides au développement sont plutôt allouées à des projets avec un « retour sur investissement » rapide : la consommation, au détriment de politiques plus structurelles.

En changeant la manière de mesurer la consommation, Angus Deaton change aussi la manière de mesurer la pauvreté. Il est en effet illusoire de comparer le pouvoir d’achat des différents pays. En effet, la fameuse « parité de pouvoir d’achat » se calcule pour un panier de bien identique. Or l’importance accordée aux différents biens du panier dépend de la courbe d’indifférence des individus et donc de chaque pays. Cela rend les comparaisons impossibles puisqu’il ne s’agit plus du même panier de bien. Deaton est favorable à une mesure de la pauvreté par « calorie ingurgitée », qui gomme les différences de préférences entre les denrées. Mieux, il est favorable au retour d’un indice par pays prenant en compte les différences culturelles dans la valeur attribuée aux biens. La valeur n’est pas le prix pour Angus Deaton. Il recommande d’ailleurs comme le faisait déjà Amartya Sen il y a dix ans, de prendre en compte la « capabilité » de certains groupes de population. Par exemple, le travail domestique ou intracommunautaire n’est pas pris en compte dans le PIB, car ne générant pas de revenus monétaires, alors même qu’il est un moyen efficace de lutte contre la pauvreté en zone rurale.

 

LA4Lire aussi : Jimmy Lee : focus sur le pionnier des crédits syndiqués

Angus Deaton gestures at a gathering at Princeton University after it was announced that he won the Nobel prize in economics for improving understanding of poverty and how people in poor countries respond to changes in economic policy, Monday, Oct. 12, 2015, in Princeton, N.J. Deaton, 69, won the 8 million Swedish kronor (about $975,000) prize from the Royal Swedish Academy of Sciences for work that the award committee said has had "immense importance for human welfare, not least in poor countries." (AP Photo/Mel Evans)

Angus Deaton est un économiste optimiste. Il affirme que les conditions de vie n’ont jamais été aussi bonnes qu’actuellement dans le monde. Dans son ouvrage The Great Escape, il explique comment l’économie de marché et les changements institutionnels qui l’ont accompagnée ont permis à l’homme de s’évader d’une vie misérable où ses préférences ne pouvaient même pas s’exprimer puisque soumises à l’impératif de survie. Le monde qui lui a succédé en est un où les revenus réels ont augmenté de 2000 % au cours des deux derniers siècles. La critique de cet ouvrage dans le New York Times fait état d’un « optimisme presque éclatant ». Il n’est pas aussi pessimiste que Thomas Piketty sur le sujet des inégalités. Il affirme qu’elles sont le signe d’un monde avec de plus en plus d’opportunités à saisir et que forcer une redistribution des richesses serait le meilleur moyen de tuer ce monde d’opportunités.

 

En décernant ce prix à Angus Deaton, le comité du prix Nobel d'économie vient prouver l’intérêt croissant que suscitent les questions sociales. A la suite du Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty ou des travaux d’Anthony Atkinson à la London School of Economics (qui était parmi les candidats en lice pour le Nobel), les travaux d’Angus Deaton viennent pointer du doigt que le bien-être des populations ne dépend pas d’agrégats macroéconomiques et qu’il serait illusoire et dangereux de dissoudre les choix individuels dans des notions théoriques méprisant la réalité empirique.

 

Aurélien de La Noue, étudiant à HEC Paris et Contributeur du blog AlumnEye


Zoom sur : Mario Draghi, Président de la Banque Centrale Européenne (BCE)

 

dcf42a95f557a0f8153663d512dbda2e

 

Personnalité emblématique et incontournable de ces dernières années, Mario Draghi est un économiste renommé, ancien banquier d’affaire et haut fonctionnaire italien. Il est depuis 2011 à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE). Celui que l’on surnomme « Super Mario » et qui a succédé à Jean-Claude Trichet, a hérité de la lourde tâche de sortir la zone Euro de la crise qu’elle traverse.

 

Qui est « Super Mario » ?

Mario Draghi est né en 1947 à Rome d’un père banquier (Carlo Draghi) et d’une mère pharmacienne (Gilda Mancini), marié à Serena Draghi il est aussi le père de deux enfants : Federica Draghi et Giacomo Draghi. Il a étudié à l’Institut Massimiliano Massimo (un lycée Jésuites) puis à l’Université La Sapienza où il obtiendra en 1970 une licence en économie et commerce. En 1976, il soutient sa thèse au Massachussets Institut of Technology (MIT) intitulée : « Essays on economic theory and applications[i] » pour obtenir son Doctorat en économie sous la supervision de Robert Solow (Prix Nobel d’économie 1987) et Franco Modigliani (Prix Nobel d’économie 1985). Par la suite, Il enseigne en tant que professeur à l’université de Turin et à l’université de Florence jusqu’en 1994 ainsi qu’à la prestigieuse université américaine de Harvard.

 

En plus de ses responsabilités académiques, il devient en 1984 directeur exécutif pour la délégation italienne au sein de la Banque Mondiale et le restera jusqu’en 1990. Il est ensuite nommé Directeur Général du Trésor Italien en 1991 à un moment crucial pour l’Italie car le pays est au bord de la faillite. Jusqu’en 2000, Mario Draghi va mettre en place plusieurs mesures phares afin de redresser les finances du pays : il crée de nouveaux impôts, il prend la décision de dévaluer la lire pour la rendre plus compétitive, il effectue de nombreuses coupes dans les dépenses publiques et il amorce une vague de privatisations des entreprises publiques italiennes. Ce dernier point lui a valu de nombreuses critiques en Italie car on lui reproche d’avoir « bradé[ii] » les actifs du pays auprès d’acteurs financiers majeurs tels que les  grandes banques d’affaires de la City (Goldman Sachs, Merrill Lynch, Barclays…) ou de spéculateurs financiers. Il est alors surnommé « Mister Britannia[iii] » en référence au yacht sur lequel une réunion secrète aurait eu lieu avec les acteurs financiers précédemment évoqués. C’est également à cette période qu’on lui donne le sobriquet de « Père Rigueur » en rappel aux mesures d’austérité qu’il a appliquées pendant son mandat pour redresser la situation économique de son pays et afin de réduire les déficits de manière drastique. Néanmoins, on peut lui créditer l’intégration de l’Italie à la monnaie unique, ce qui n’était pas envisageable avant la série de décisions qu’il a prise pour éviter la faillite imminente de son pays pendant les 10 années qu’il a passé à la tête du Trésor Italien.

 

L’année 2002 marque un tournant dans sa carrière puisqu’il décide de rejoindre la banque d’affaire américaine Goldman Sachs en tant que vice-président de la branche européenne. Ce choix de carrière a été très vivement critiqué par les détracteurs de Mario Draghi car cette banque aurait à l’époque aidé la Grèce à camoufler son déficit[iv] par l’utilisation de produits structurés lui permettant de continuer à s’endetter tout en respectant les clauses du traité de Maastricht. Le recours aux swap de taux (qui permet de passer d’un taux fixe à un taux variable ou inversement) aurait été effectif avant l’arrivée de Mr Draghi mais ce serait poursuivi jusqu’en 2009. Certaines voix s’élèvent donc en accusant ouvertement Mario Draghi d’avoir été informé de ces opérations financières (légales mais vivement critiquées par l’Union Européenne) et donc d’avoir aidé la Grèce à camoufler son déficit abyssal. L’ancien directeur du Trésor Italien se défend de ces accusations en affirmant s’être principalement intéressé au secteur privé plutôt qu’au secteur public lors de ses années passées au sein de la banque d’affaire américaine. Cependant, il ne s’est jamais exprimé publiquement sur la responsabilité de son ancien employeur dans cette affaire, ce qui selon ses contempteurs prouve qu’il était forcément au courant de ces opérations au vu de sa position dans la hiérarchie de la banque d’affaire américaine. Enfin, un communiqué de presse

[v]

de Goldman Sachs paru le 28 Janvier 2002 lors de sa prise de fonction dit très clairement que Mario Draghi : « will help the firm develop and execute business with major European corporations and with governments and government agencies worldwide »; relançant le débat sur sa responsabilité dans cette affaire.

 

Après son passage chez Goldman Sachs, Mario Draghi décide de revenir dans son pays. Il prend alors les commandes de la Banque d’Italie en tant que Gouverneur. En 2006 il est nommé par Silvio Berlusconi pour un mandat de 6 ans renouvelable pour pallier la démission de Antonio Fazio (soupçonné de conflit d’intérêts). C’est à ce moment là qu’il approche pour la première fois la BCE en tant que membre du Conseil des Gouverneurs des banques nationales de la zone Euro. Il est parallèlement élu Chairman du Forum de Stabilité Financière (Financial Stability Board ou FSB) par les membres du G20 en avril 2006. C’est au cours de cette période qu’il commence à acquérir une reconnaissance internationale. Le FSB deviendra en 2009 le Conseil de Stabilité Financière qui regroupe plusieurs organisations internationales ayant pour missions : de maintenir une stabilité financière internationale durable, d’améliorer le fonctionnement des marchés financiers et de réduire le risque systémique grâce l’amélioration des échanges d’informations sur les marchés.

LA4Lire aussi : Zoom sur : George Soros

 

Son engagement à la tête de la BCE

Pressenti un moment pour succéder à Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI après les déboires judiciaires de ce dernier, c’est finalement à la direction de la BCE que Mario Draghi officie depuis le 1er Novembre 2011. Il succède au français Jean-Claude Trichet en pleine crise de la dette souveraine dans la zone euro, alors que les marchés financiers anticipent déjà la sortie de la Grèce ainsi que d’autres pays de la monnaie unique. C’est donc dans un contexte économique difficile que Mario Draghi devient « l’homme le plus puissant d’Europe » avec pour mission principale : sauver la zone euro.

 

Avec sa nomination, les gouvernements de la zone euro marquent une rupture avec la politique monétaire très conservatrice mise en place jusqu’alors par Jean-Claude Trichet. Très rapidement Mario Draghi se montre plus flexible en annonçant des mesures ayant pour but de rassurer les investisseurs sur le futur de la zone euro, afin de regagner leur confiance. En effet, peu de temps après sa prise de fonction, en décembre 2011, il annonce un premier plan LTRO (Long Term Refinancing Operation – maturité de 3 ans) d’un montant de 489 milliards d’euros à destination des banques européennes. Ce premier plan de refinancement des banques européennes a pour principal objectif d’augmenter la liquidité du marché interbancaire afin d’inciter ces dernières à prêter davantage aux entreprises. A cette mesure vient s’ajouter une baisse des taux d’intérêts d’un quart de point afin de pallier l’augmentation des taux effectuée par son prédécesseur, qui allait à l’encontre d’une stratégie viable pour sortir la zone euro de la crise. Au début de l’année 2012, une seconde vague LTRO est lancée pour atteindre un total de 1000 milliards d’euros en prenant en considération le premier plan lancé auparavant en 2011. Ces décisions ne sont pas prises à la légère et Mario Draghi sait qu’en pleine crise de confiance au sein de la zone euro, à un moment où les gouvernements n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une ligne directrice commune, il convient d’agir. Il tranche dans le vif en annonçant aux marchés financiers qu’il amorce une politique de relance. Il prend ses responsabilités en reprenant la barre d’un navire trop longtemps resté à la dérive, qui a besoin de mesures drastiques pour rester à flot. Malheureusement les LTROs ne rencontrent pas le succès escompté et de nouvelles mesures doivent être mises en place par la BCE pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés.

 

Dans la continuité des LTRO initiés en 2011 et en 2012, Mr Draghi lance en 2014 les TLTRO (Targeted Long Term Refinancing Operation – maturité de 4 ans) afin de s’attaquer aux problèmes de la croissance et de l’inflation dans la zone euro. En effet le spectre de la déflation plane sur l’Europe et des mesures doivent être prises pour enrayer le plus rapidement possible ce phénomène. Les TLTRO[vi] mettent à disposition des banques européennes 400 milliards d’euros supplémentaires à des taux d’intérêts avantageux (0,15%) afin que celles-ci accordent davantage de crédit aux entreprises ainsi qu’aux ménages. Les deux premiers TLTRO n’ont pas reçu le succès escompté par la BCE avec seulement 212 milliards d’euros prêtés, un montant jugé insuffisant par les experts. Pour augmenter l’attractivité des TLTROs la BCE a pris la décision d’abaisser les taux d’intérêts de 0,15% à 0,05%, permettant aux banques européennes de s’endetter presque gratuitement. Ce cadeau fait par Mario Draghi aux banques a pour finalité de relancer l’investissement en Europe et de facto l’activité économique donc la croissance. Ces plans TLTRO pourraient continuer jusqu’en Juin 2016 avec la mise à disposition de nouveaux prêts (jusqu’à 600 milliards d’euros), malgré le succès mitigé de ces mesures de relance.

 

Le 22 janvier 2015, la BCE décide de sortir le « bazooka », une arme anti-déflation : le Quantitative Easing (le QE) ou programme d’assouplissement quantitatif en français. Cette mesure consiste à racheter massivement des titres de dettes aux institutions financières de la zone euro à partir de mars 2015 à hauteur de 60 milliards d’euros par mois. Ce programme de QE va durer jusqu’au mois de septembre 2016 et permettre à la BCE d’acheter pour plus de 1000 milliards d’euros de titres au total, principalement auprès des banques. L’institut monétaire va acheter principalement des titres d’agences européennes, des obligations souveraines (emprunts des Etats) et des obligations sécurisées de certaines institutions financières. En parallèle et pour amplifier les effets du QE, Mario Draghi annonce une baisse du taux de facilité de dépôt car selon lui il « peut aussi faciliter la transmission dans l’économie du programme de rachats d’actifs, en faisant plus rapidement circuler les réserves des banques[vii] ». Au delà de l’objectif des 2% d’inflation, le QE permet également de rassurer les marchés financiers sur la capacité d’action de la BCE, d’assurer des coûts de financement bas aux Etats, d’augmenter l’attractivité des obligations d’entreprises et enfin d’augmenter la quantité de monnaie en circulation pour rendre l’euro plus attractif[viii].

Cependant cette nouvelle politique monétaire mise en place par la BCE ne plaît pas à tout le monde et plus particulièrement au président de la Bundesbank Jens Weidmann qui déclare : « Une telle politique s’apparente trop à du financement des déficits publics par la planche à billet [ix] ». En effet, les allemands sont sceptiques sur l’efficacité du QE et vont même plus loin en déclarant qu’il peut s’avérer dangereux. Selon eux, le QE peut agir comme une « drogue » sur certains Etats, les amenant à se détourner de la discipline budgétaire prônée par le gouvernement allemand depuis le début de la crise. Mr Draghi répond aux inquiétudes allemandes en déclarant que « la BCE agira toujours dans les limites de son mandat […] Cependant, il faut comprendre que pour remplir ce mandat, nous devons parfois aller au-delà des solutions habituelles de politique monétaire[x] ».

LA4Lire aussi : Patrick Drahi : quelle est la stratégie du deal-maker du câble ?

 

Peut il sauver l’Europe ?

Super Mario a été propulsé à la tête de la BCE en 2011 car les responsables politiques de la zone euro voyaient en lui l’homme de la situation pour sortir la zone euro de la crise actuelle. C’était le candidat idéal : un économiste reconnu et un financier expérimenté. Il jouit également de nombreux soutiens politiques, y compris celui de Angela Merkel malgré les réserves que certains allemands ont par rapport à sa vision de la politique monétaire à mener dans la zone euro. Décrit comme un homme discret, voir réservé, par les gens qui le connaissent, il n’en demeure pas moins un fin politique qui sait asseoir son autorité et faire valoir ses idées. Olivier J. Blanchard, Directeur de la Recherche au FMI a déclaré à propos de Mario Draghi : « Il est pragmatique[xi]» ; très loin de la vision de quelqu’un de dogmatique que l’on peut avoir de lui.

 

Mario Draghi est également présenté par ses collaborateurs comme quelqu’un d’impassible et de ferme lorsqu’il s’agit de prendre une décision, comme en atteste Francesco Giavazzi (Professeur d’économie au MIT) qui l’a rencontré lorsque tous les deux travaillaient au Trésor Italien : « Pendant cette période, je ne dormais pas la nuit. Alors que tout le monde paniquait, lui restait impassible[xii] ». C’est quelqu’un de déterminé qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour sortir la zone euro de la crise qu’elle traverse. En effet, depuis sa prise de fonction, il n’a cessé de marteler à chaque prise de parole qu’il ferait tout ce qu’il faut pour sauver l’euro, même si cela implique d’intervenir aux marges de son mandat avec des politiques monétaires non orthodoxes. Mr Draghi est aussi quelqu’un de très influent et respecté, en témoigne la sensibilité des marchés à chacune de ses interventions qui analysent et décortiquent les différentes annonces qu’il fait tous les mois.

 

Néanmoins, Super Mario ne peut pas sauver l’Europe tout seul et ne se prive pas de le rappeler à chacune de ses interventions : « chaque pays doit mettre en place des réformes structurelles en interne pour que la politique monétaire soit optimale ». Par cette déclaration il renvoie l’ensemble des Etats de la zone euro à leurs responsabilités en les incitant à prendre les décisions qui s’imposent au niveau national pour soutenir la politique monétaire mise en place par la BCE. Mario Draghi est ainsi parfois perçu comme un « Père Fouettard » prêt à appliquer de « vraies » sanctions pour les pays de la zone euro qui ne tiennent pas leurs finances.

 

Après 4 années passées à la tête de la BCE l’ensemble des experts s’accordent à dire que son bilan est plutôt positif, Peter Vanden Houte, chef économiste chez ING Belgique déclarait il y a quelques mois : « C’est avec lui que la situation s’est améliorée. Il a calmé le jeu durant l’été 2012 en déclarant qu’il ferait tout pour sauver l’euro, au moment où on craignait que la Grèce et d’autres pays ne sortent de l’euro. Et le plus invraisemblable, c’est que c’était un discours non préparé ». D’autres économistes nuancent ce bilan positif en déclarant que le programme de rachat d’actifs lancé en 2015 par la BCE a été lancé trop tardivement et qu’il aurait fallu agir dès 2012.

Enfin, certains experts s’inquiètent de cette politique monétaire plus souple qui pourrait déboucher sur l’émergence d’une nouvelle bulle financière.

 

Mais Mario Draghi reste fidèle à la ligne de conduite qu’il s’est fixé concernant la politique monétaire à mener pour sauver l’euro : «Nous appliquerons le programme de rachats d’actifs en entier comme annoncé, et ce, jusqu’à ce que l’on constate un ajustement durable de la trajectoire de l’inflation[xiii] ». Même si l’avenir est toujours aussi incertain, une chose est sûre, la détermination de Mario Draghi à sauver la zone euro reste intacte.

LA4Lire aussi : Jimmy Lee : focus sur le pionnier des crédits syndiqués

 

Dates clés :

  • 1947 : Naissance à Rome d’un père banquier (Carlo Draghi) et d’une mère pharmacienne (Gilda Mancini)
  • 1970 : Diplômé de l’université La Sapienza à Rome avec une licence en économie et commerce
  • 1976 : Il soutient sa thèse au MIT intitulée : « Essays on economic theory and applications » pour obtenir son Doctorat en économie sous la supervision de Robert Solow et Franco Modigliani
  • 1981 : Professeur à l’université de Turin et de Florence ainsi que à la prestigieuse université américaine de Harvard
  • 1984 : Il prend la responsabilité en tant que directeur exécutif pour la délégation italienne à la Banque Mondiale jusqu’en 1990
  • 1991 : Il est ensuite nommé Directeur Général du Trésor Italien à un moment crucial pour l’Italie car le pays est au bord de la faillite
  • 2002 : Il prend la décision de rejoindre la banque d’affaire américaine Goldman Sachs en tant que vice président de la branche européenne
  • 2006 : Mario Draghi est nommé Gouverneur de la Banque d’Italie par Silvio Berlusconi pour un mandat de 6 ans
  • 2011 : Il est nommé à la tête de la Banque Centrale Européenne et succède à Jean Claude Trichet en pleine crise de la dette souveraine

Louis Carré, étudiant à l’ESCP Europe et Contributeur du blog AlumnEye

Bibliographie

[i] http://dspace.mit.edu/handle/1721.1/54263
[ii] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/banque/20120905trib000717938/six-choses-a-savoir-sur-mario-draghi-le-patron-de-la-bce.html
[iii] http://www.movisol.org/draghi2.htm
[iv] http://www.capital.fr/bourse/actualites/goldman-sachs-aurait-aide-la-grece-a-masquer-son-deficit-477900

[v]

http://www.goldmansachs.com/media-relations/press-releases/archived/2002/2002-01-28.html
[vi] http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/09/17/la-bce-lance-des-megas-prets-aux-banques-pour-relancer-l-economie_4488709_3234.html
[vii] http://www.lesechos.fr/monde/europe/021496222581-mario-draghi-la-bce-prete-a-degainer-pour-soutenir-linflation-1177056.php
[viii] http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/01/22/le-bazooka-monetaire-de-la-bce-passe-au-crible_4561760_3234.html
[ix] http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL8N13Z4U620151210
[x] http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20120829trib000716759/mario-draghi-monte-au-creneau-pour-defendre-la-politique-de-la-bce.html
[xi] http://www.nytimes.com/2011/10/30/business/mario-draghi-into-the-eye-of-europes-financial-storm.html?_r=3&ref=business&pagewanted=all%20
[xii] http://www.lepoint.fr/monde/super-mario-pour-sauver-l-euro-26-05-2011-1339376_24.php
[xiii] http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/05/15/m-draghi-admet-que-sa-politique-presente-des-risques_4633970_3234.html