Leetchi, le célèbre site internet permettant de collecter des cagnottes en ligne, a été fondé en 2009 par Céline Lazorthes, à présent Chairman du site et CEO de l’outil de transfert d’argent Mangopay. Elle a accepté de nous accorder une interview pour revenir sur les moments forts de la fulgurante ascension de cette entreprise pionnière dans le domaine de la fintech.

 

 Bonjour Céline !

Leetchi est né en 2009. A l’époque, ça n’était pas « à la mode » de monter sa boîte, qu’est-ce qui vous a convaincue que c’était le moment de se lancer ?

J’ai eu l’idée de Leetchi alors que j’étais encore étudiante en Master à HEC. J’ai été confrontée à la difficulté de récolter de l’argent auprès de plusieurs personnes pour le week-end d’intégration de ma promotion et j’ai cherché un outil qui permette de faire cela facilement sur Internet. Ça n’existait pas alors je me suis dit que j’allais le créer ! Je n’ai pas tellement réfléchi au fait que cela soit le bon moment ou pas. J’étais convaincue par mon idée, je voulais développer un service qui réponde à un besoin. J’ai été diplômée alors qu’on était en plein dans la crise financière. La période n’était pas favorable au marché de l’emploi et ça m’a encouragé à me lancer de mon côté, tout comme mon envie d’exercer un métier qui me permette d’être libre.

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A la création de Leetchi, quelles étaient vos ambitions ? Auriez-vous imaginé un tel succès ?

Quand j’ai eu l’idée de Leetchi, j’avais simplement en tête de digitaliser l’enveloppe papier pour récolter rapidement de l’argent pour des week-ends entre copains, des anniversaires. 8 ans après Leetchi est aussi utilisé pour collecter des fonds pour des projets humanitaires, solidaires, entrepreneuriaux, associatifs… La plateforme compte 10 millions d’utilisateurs depuis plus de 150 pays. Et puis il y a eu la création de MANGOPAY en 2013, une solution de paiement créée spécifiquement pour les marketplaces, les plateformes de crowdfunding et les acteurs de l’économie collaborative qui compte aujourd’hui plus de 2 500 clients. En 2017, notre volume d’affaires total était de 1,1 milliard d’euros, l’année précédente de 450 millions et en 2018 nous prévoyons 2 milliards d’euros. Je n’aurais jamais pensé réaliser une telle croissance ! Et puis, nous sommes aujourd’hui plus de 100  collaborateurs dans 5 pays différents, ça me rend très fière de les voir s’épanouir et grandir !

 

Avez-vous eu des difficultés à travailler ou échanger avec les banques qui pouvaient voir Leetchi et MANGOPAY comme un danger ?

Au moment de lancer Leetchi, j’ai eu beaucoup de mal à trouver une banque. Pas parce qu’on voyait mon projet comme un danger mais plus parce qu’on ne me prenait pas vraiment au sérieux. J’ai eu besoin de prouver ma légitimité. J’étais une jeune femme de 26 ans qui voulait monter sa banque. Je n’avais pas tout à fait le profil dans ces milieux masculins de la finance et de la tech ! La seule banque qui ait accepté de nous ouvrir un compte en banque est le Crédit Mutuel Arkéa. 5 ans et demi plus tard, la boucle était bouclée puisque c’est aussi eux qui nous ont racheté.

 

Pouvez-vous nous parler des enjeux du moment pour Leetchi et MANGOPAY ?

Le groupe Leetchi est en forte croissance. Leetchi.com est la plateforme de cagnotte en ligne leader en Europe. Sa force est de proposer un service ouvert à tous, quelle que soit la cause, le projet ou le montant de la collecte. Les cagnottes solidaires sont la part de notre activité qui grandit le plus vite et nous souhaitons poursuivre cette accélération. Nous prévoyons de collecter 200 millions d’euros sur la plateforme en 2018 dont 50 millions d’euros pour des besoins et projets solidaires. Nous en sommes très fiers. Nous continuons également à améliorer et développer le service afin d’offrir à nos utilisateurs la meilleure expérience possible. Pour MANGOPAY, l’enjeu majeur est le renforcement à l’international, en nombre de clients, de pays, de devises couvertes et aussi en terme d’équipe. Et nous prévoyons de doubler notre volume de transactions en 2018.

 

Comment faites-vous pour garder un état d’esprit et un fonctionnement start-up après tant d’années et un rachat par le Crédit Mutuel-Arkéa ?

Le rachat par Crédit Mutuel Arkéa nous a donné les moyens de notre ambition et nous a permis de poursuivre notre développement mais cela n’a en rien impacté l’ADN de Leetchi, l’esprit de l’entreprise. Nous avons toujours évolué dans un environnement très convivial et un état d’esprit bienveillant. Nous avons su conserver cela au fil des années. Il y a forcément eu de petits changements dans notre fonctionnement mais notre autonomie, notre agilité et notre créativité sont des forces précieuses que nous avons su conserver après le rachat. Et CMA nous fait entièrement confiance pour mener à bien notre développement.

 

Leetchi a été racheté par le Crédit Mutuel Arkéa en 2015 après 6 ans d’activité. Quel bilan tirez-vous de ce mariage, plus de 2 ans après ?

Je suis très fière et très heureuse que Leetchi appartienne au Crédit Mutuel Arkéa. À l’époque, Leetchi était dans une phase de rentabilité. Nous financions notre croissance et poursuivions notre développement. Je ne cherchais pas à vendre mais à lever des fonds. Et puis, CMA nous a fait une proposition qui m’a convaincue. Elle arrivait au bon moment pour faire grandir la boîte, pour passer à l’étape supérieure. CMA a acquis 86% du capital de Leetchi et a également investi 10 millions d’euros dans l’entreprise. Cela nous a permis d’accélérer notre développement tout en restant indépendants et agiles. Aujourd’hui, Leetchi c’est plus de 10 millions d’utilisateurs et MANGOPAY plus de 2500 clients. Nous prévoyons 2 milliards de volume d’affaires en 2018. Près de trois ans après, je crois que l’on peut dire que ce rapprochement est une belle réussite !

 

Vous êtes une vraie icône de l’entrepreneuriat en France. Votre portrait est aujourd’hui à la une du salon des Entrepreneurs et vous avez participé à de nombreuses conférences. Cette visibilité est sans doute un avantage pour le business. Quels en sont les inconvénients ?

Je ne pense pas qu’il y ait d’inconvénient si ce n’est que j’ai un agenda bien rempli ! Mais c’est un choix et je suis très heureuse de partager mon expérience si cela peut donner envie aux autres de se lancer, d’aller au bout de leur idée. Il est important d’avoir des modèles, notamment pour les femmes qui n’osent pas encore assez et ont moins confiance en elles pour prendre des risques.

 

 

Entreprendre à nouveau, ça vous démange ?

L’entrepreneuriat est ma passion mais je ne me sens pas prête à repasser par la création d’entreprise pour le moment. J’ai récemment passé le flambeau de Leetchi.com à Alix Poulet qui en est devenue la CEO, 8 ans après la naissance du service. J’ai désormais un rôle de Chairman pour Leetchi.com et me consacre aux enjeux btob et technologiques de MANGOPAY dont je suis toujours la CEO. Et j’ai en parallèle mon activité de business angel qui me permet d’accompagner et d’aider à mon tour de jeunes entrepreneurs. Cela m’apprend aussi énormément.

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Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération d’entrepreneurs sortis d’école ? Quels conseils avez-vous pour eux ?

Je suis assez fascinée par la créativité des plus jeunes ! Ceux qui sortent d’école ne rêvent plus forcément de travailler dans des grands groupes mais d’entreprendre, de de devenir maîtres de leur destin et de trouver du sens à leur travail.  Mon conseil : osez et provoquez votre chance. L’entrepreneuriat est une aventure extraordinaire. Ce n’est pas toujours évident mais c’est une vie tellement riche,  faite d’apprentissage et de rebondissements !