La dévaluation de la monnaie chinoise, le yuan, le mardi 11 août 2015 a pris de cours les investisseurs. C’est une décision qui fait suite à une série d’indicateurs décevants dont un recul inédit des exportations en juillet 2015 qui ramène la monnaie chinoise à son plus bas niveau depuis près de trois ans.

Yuan Central Bank

Une dévaluation surprise

Le 21 Juillet 2015, la Chine surprend les marchés financiers mondiaux en annonçant la suppression du contrôle du taux de change qui, depuis plus d’une décennie, avait évalué le dollar américain à 8,28 yuans. La devise chinoise a continué d’augmenter dans les années qui ont suivi. À la clôture de la bourse de Shanghai au 10 août 2015, le dollar américain valait 6,21 yuans, ce qui signifie que la monnaie chinoise s’est appréciée d’environ 33% par rapport au dollar au cours de la décennie.

 

La dévaluation du Yuan : mesure offensive ou défensive ?

La banque centrale chinoise a abaissé de presque 2% le taux de référence de sa monnaie face au dollar alors que les signaux du ralentissement économique de la Chine se multiplient. Dernier exemple en date est la forte chute des exportation en juillet 2015 (-8,3% sur un an) à laquelle cette dévaluation est évidemment une réponse directe. Depuis plusieurs mois la Chine cherche à rééquilibrer son modèle de croissance mais les réformes tardent à produire leurs effets, résultat la machine patine et les contre-performances se multiplient. Pressés d’agir, les dirigeants chinois ont donc choisi l’arme de la dévaluation au risque de raviver la guerre des monnaies, tant avec la Fed qu’avec la BCE, la Banque du Japon et plusieurs monnaies émergentes. La Chine est en effet souvent accusée de ne pas jouer le jeu des changes flottants, comme la plupart des pays développés, en maintenant sa devise sous évaluée afin de favoriser ses exportations. Cette politique monétaire dirigiste est considérée comme une forme de concurrence déloyale par ses partenaires commerciaux, en premier lieu les Etats Unis. Les spécialistes pointent du doigt l’objectif double de cette dévaluation qui est non seulement de préserver la croissance mais aussi de promouvoir la devise chinoise, le renminbi (le nom officiel du yuan).

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Le marché à marche forcée

marche forcéeLes autorités chinoises affirment que ce changement aidera à conduire la monnaie vers des mouvements plus axés sur le marché. En effet, la Chine a changé le mécanisme de fixation de son taux de change. Jusqu’à très récemment, la Chine avait un régime de change semi-fixe. Cela signifie que la Banque Populaire de Chine fixait un taux de change par rapport à un panier de devises, parmi elles le dollar, tout en laissant sa monnaie fluctuer de 2%. Mardi 11 août 2015, la Chine a annoncé une légère modification à la façon dont elle fixe son taux de change. Désormais, la valeur du yuan va se baser sur son cours lors de la séance boursière précédente, ce qui implique un rôle plus signifiant du marché dans l’établissement de sa valeur. Cette décision, qui ne semble pourtant pas changer radicalement les règles du jeu, a déclenché la plus grande dévaluation du yuan en vingt ans, envoyant des ondes de choc à travers les marchés des changes à l’échelle mondiale. Les marchés ne semblent pas saluer l’initiative ; sur les places boursières les dégâts ont été immédiats. Les principales bourses ont abandonné jusqu’à 3% en moyenne, seul le NYSE a réussi à limiter les dégâts, le Dow Jones clôturant quasiment à l’équilibre. Ces conséquences ne se sont pas arrêtées aux marchés financiers vu que les matières premières ont été atteintes elles aussi, à commencer par le pétrole qui poursuit sa dégringolade (il a cédé plus d’un quart de sa valeur depuis le début de l’été).

 

Une dévaluation inévitable ?

Le yuan a continué de s’apprécier depuis une décennie, au cours de laquelle l’économie chinoise a grandi pour se hisser au deuxième rang et sa monnaie a gagné en importance à l’échelle mondiale. La dévaluation du 11 août 2015 a été l’ajustement à la baisse le plus important du yuan depuis 1994. Le leadership de la Chine sur la scène mondiale a longtemps exhorté le FMI à déclarer le yuan une monnaie de réserve officielle tout comme le dollar, l’euro, le yen japonais et la livre. À cette fin, la Chine a aussi longtemps résisté à une dévaluation de sa devise malgré la chute des exportations, par crainte qu’un mouvement comme celui-là soit susceptible de compromettre ses chances de rejoindre le groupe élite des monnaies de réserve.

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Les Etats-Unis, premiers concernés

chineVsUsaLa chute du yuan est aussi susceptible de causer des soucis politiques. Il peut relancer les critiques de longue date qui accusent la Chine d’un contrôle trop strict sur son taux de change. En particulier au sein du Congrès américain et certaines entreprises américaines, qui ont longtemps accusé la monnaie chinoise d’être déjà trop faible et fixée à un taux qui permet aux exportateurs chinois de vendre leurs produits à un prix artificiellement bas sur les marchés mondiaux. Tout le monde semble ordonner à la Chine de laisser le marché décider de la valeur du yuan. La décision de dévalorisation pourrait également poser un défi pour la Réserve Fédérale américaine car celle-ci se prépare à relever ses taux d’intérêt plus tard cette année. La plus grande source de préoccupation pour la Fed cette année a été un dollar fort, qui altère les exportations (mais aide à maintenir l’inflation en dessous de 2%). La décision de la Chine exerce davantage de pression à la hausse sur le dollar, ce qui pourrait être exacerbé lors de l’augmentation effective des taux. La dévaluation de la monnaie chinoise est de nature à gêner les décideurs à Washington compte tenu de ce qu’ils considéraient comme des engagements de la Chine ces dernières années pour limiter l’intervention sur le marché des changes. Après des entretiens avec des responsables chinois de haut niveau en juin, le secrétaire au Trésor américain Jacob Lew affirmait que la Chine a accepté d’intervenir sur les marchés des changes « seulement quand cela est rendu nécessaire par des conditions du marché » et qu’elle a envisagé des mesures supplémentaires pour assurer la transition vers un taux de change entièrement flottant. La décision de la Chine est susceptible de créer un tollé au Congrès maintenant que la saison des élections présidentielles se rapproche.

 

Des causes structurelles avant tout

port-qingdao1Hormis les tensions internationales, la politique des changes chinoise pourrait doper le secteur affaibli des exportations, qui reste un élément déterminant de l’économie malgré les efforts de Pékin pour chercher la croissance au-delà de ses sources traditionnelles. Le taux de change fort contre l’euro a été un frein pour les exportations de la Chine en Europe. Les dernières données ont montré que les exportations vers l’Union européenne ont chuté de 12% en juillet 2015. La croissance économique de la Chine au deuxième trimestre 2015 est de 7%, le rythme le plus lent en six ans, en raison d’un marché immobilier en difficulté et d’une demande intérieure faible. La Chine a aussi déclaré d’autres mesures de soutien à l’économie comme des coupes des taux d’intérêt. Cette dévaluation relève des questions sur la capacité de la Chine à réussir sa transition tant attendue vers une économie plus tirée par sa demande intérieure que par ses exportations.

 

Amine Faddadi, étudiant à l’EDHEC et Contributeur du blog AlumnEye

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