Où en sont les banques avec l’innovation digitale ?

Intelligence artificielle, réalité virtuelle, big data, robots… Quantité d’innovations ont vu le jour très rapidement ces dernières années. Une multitude de nouvelles technologies est venue inonder le quotidien de chacun, et pour les plus ouverts au changement, leur lieu de travail. Des plateformes visent désormais à faire gagner du temps aux employés, comme Replicon (outil de reporting des ventes automatique), quand d’autres offrent un gage de sécurité (plateformes blockchain par exemple).

Alors que les start-ups et certaines PME, fortes de leur dynamisme, ont pris la vague de l’innovation digitale, les grandes institutions – en particulier les banques – ont du mal à s’y mettre :  elles peinent à proposer des services en ligne aux clients (BNP n’a entamé aucune réorganisation de ses réseaux jusqu’en 2017), alors que les moyens de paiement restent très restreints.

De fait, de nouveaux acteurs commencent à s’imposer dans le paysage bancaire : les FinTech. Ces entreprises utilisent la technologie pour repenser les services financiers et bancaires.

En pleine explosion depuis quelques années, l’industrie FinTech pèse désormais entre 6 et 8 milliards d’investissement. Parmi les startups créées, on compte Square par exemple, introduite au public comme moyen de paiement en ligne, qui offre désormais des prêts aux PME.

Fintech et banques ont donc grand intérêt à s’entendre. En effet, alors que les premières développent des technologies innovantes, les secondes jouissent de leur notoriété pour convaincre les clients.

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Le Constat

En 2017, l’EFMA rapportait que seulement 37% des clients étaient satisfaits de leur banque. Pour cause, une transition digitale qui se fait attendre : la plupart des banques actuelles ont à peine entamé des projets de services en ligne. Le Crédit Agricole par exemple affiche uniquement 4 millions d’utilisateurs de son application mobile (pour 21 millions de clients), alors qu’ils sont de plus en plus nombreux à abandonner les banques pour de nouveaux acteurs tout en ligne, jugés plus pratiques et rapides. En témoigne la réussite fulgurante de N26 qui permet « d’ouvrir un compte bancaire en 8 minutes seulement. »

L’année dernière, Jost Hoppermann, analyste chez Forrester, prévenait les acteurs bancaires : « ils doivent changer la manière dont ils conçoivent et développent les applications bancaires. » Forrester note aussi que la plupart des banques ont ouvert leur API (interfaces de programmation) à des tiers, preuve que le souci d’innovation pèse plus que jamais.

 

Des unions gagnantes pour les deux parties

Ce sont ces tiers -des entreprises spécialisées en technologies- qui profitent de cette transition. Par exemple, Orange Bank a déployé dès son lancement en 2016 le chatbot Watson (développé par IBM permettant de répondre automatiquement aux clients d’une plateforme). De même, la division Real Estate de la BNP a offert en 2017 un partenariat au français Vectuel (visites d’appartement en réalité virtuelle), une solution permettant aux entreprises de visiter leurs futurs locaux en réalité virtuelle. Par cette alliance, l’institution française prouve qu’elle s’adapte aux dernières technologies, offrant une expérience utilisateur unique en son genre.

Pour les banques, il s’agit de gagner en efficacité : le Crédit Mutuel estime que son outil d’intelligence artificielle permettrait de libérer 200 000 jours-homme sur la prochaine décennie, soit plus de 60 millions d’euros.

Les FinTechs associées à ces projets récupèrent en échange de leur collaboration les ressources des grands réseaux financiers : conseil, investissements conséquents, diffusion à une clientèle instituée.

ING, une des plus grandes banques néerlandaises, a même ouvert un incubateur à Amsterdam pour se rapprocher de startups prometteuses. Plus encore, Capgemini publiait en 2017 le World Retail Banking Report. Ses conclusions sont sans appel : si les banques ne se rapprochent pas des Fintechs, elles risquent de perdre des parts de marché « considérables ».

 

Quand les banques forcent le pas

D’ailleurs, ces rapprochements sont désormais forcés par les banques, qui n’hésitent pas à recourir à des offres d’achat parfois hostiles…

Par exemple, la BNP s’est introduite au capital de Nickel au bout de 4 ans d’activité seulement. Cette FinTech française créée en 2012 offre des services d’assurance de carte bancaire. À la suite de cette opération (à 200 millions d’euros), les fondateurs de la startup ne détenaient plus que 5% du capital. De même, Leetchi (cagnotte en ligne) a été acquise en 2015 par Arkéa. Bien que l’équipe dirigeante continue à gérer la structure, il est probable que ses choix stratégiques soient largement orientés et moins spontanés qu’auparavant.

Certes, ces opérations profitent aux deux parties (innovation aux banques contre marché pour les fintechs), mais elles soulignent le risque de brider – voire de détruire- la créativité de ces startups. Certains pourraient même voir dans ces campagnes de rachat une tentative d’éliminer la concurrence.

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Une fausse concurrence aux banques

En effet, certaines startups refusent de participer à des rachats. C’est le cas par exemple de Kantox (échange de devises en ligne pour les entreprises), qui a préféré se tourner en 2017 vers le fonds de capital-risque Orange Digital Ventures pour lever 17 millions d’euros. Kantox se positionnait alors comme concurrent direct des banques traditionnelles. Philippe Gelis, CEO chez Kantox, note dans une interview que certaines banques menacent leurs clients de mettre fin à leur crédit s’ils passent par une société FinTech pour échanger des devises, signe que les FinTech sont considérées par certaines comme un risque pour leur activité.

Cependant, il évoque dans la même interview « une relation de concurrence-collaboration » entre FinTech et banques, qui « semble aller de plus en plus vers la collaboration. »

En effet, la plupart des FinTech ne sont pas en concurrence avec les banques. Faute de notoriété et de moyens financiers, elles ne peuvent pas atteindre un public aussi large. Au mieux, elles posent des défis aux grandes institutions, en leur imposant des changements.

Nicolas Chatillon, directeur de la coordination banque commerciale et Assurance au groupe BPCE, affirme que les « banques doivent passer d’une approche-produit à une approche-client ». En effet, lorsque les banques offrent des produits (prêts, titres, etc.), les FinTechs mettent l’accent sur l’expérience-utilisateur.

 

Les banques face aux GAFA

Si les FinTech ne constituent pas une réelle concurrence pour les banques, d’autres acteurs devraient les inquiéter : les GAFA. Ces géants de l’Internet se sont lancés ces dernières années dans les systèmes de paiement. Par exemple, Apple a dévoilé en 2014 ApplePay, un service permettant de payer en ligne et en magasin physique grâce à son smartphone. Grâce aux technologies de son iPhone (notamment le capteur biométrique), Apple promet des paiements plus sécurisés que par carte bancaire. De même, Facebook envisage des transferts d’argent via Messenger (sa messagerie mobile) sans frais, alors que les banques prélèvent des cotisations sur les virements.

Si ces outils ne sont pas encore très avancés (Google n’a encore jamais offert de prêts à ses utilisateurs), les banques ont tout intérêt à se méfier de ces entreprises. En effet, leurs technologies pourraient leur permettre de développer des solutions bancaires très rapidement, avant même que les banques ne puissent réagir.

La concurrence des GAFA pose un réel défi aux banques : à défaut de pouvoir les racheter ou de pouvoir s’unir, elles devront employer massivement des ressources pour développer des technologies à la hauteur de leur ère.

 

Ainsi le secteur bancaire attend une révolution qui profitera à de tout nouveaux acteurs. A l’heure où les GAFA pourraient bousculer l’industrie, les banques doivent développer rapidement des solutions technologiques pour rester à la hauteur. Pour ce faire, les FinTech se présentent comme leurs meilleurs alliés dans cette course à la digitalisation.

 

Raphael Hassid, étudiant à l’EDHEC Business School

 


Investissement immobilier : acteurs et stratégies d’un marché dynamique

Un marché de l’investissement immobilier en bonne santé est conditionné par la confiance des investisseurs dans l’économie et par la dynamique positive des entreprises. Cyclique par nature, ce marché est souvent considéré comme l’un des reflets de notre activité économique.

En France, malgré la rareté des produits disponibles, 13 milliards d’euros ont été investis en immobilier (toutes catégories d’actifs confondues) au premier semestre 2018, soit une progression de 49% par rapport à 2017 sur la même période. Cette nette augmentation du volume de transactions est due à l’enregistrement de plus de 35 opérations à des montants supérieurs à 100M€. La tendance positive des indicateurs économiques (consommation des ménages, croissance du PIB…) et l’attribution des JO 2024 ayant pour effet d’accélérer les investissements autour du Grand Paris, permettent à la France d’afficher des chiffres très satisfaisants.

Par ailleurs, la politique volontariste des banques centrales ayant provoqué un afflux de liquidités sur les marchés a eu pour conséquence la nette augmentation du prix des actifs immobiliers, notamment pour les actifs parisiens de qualité. Cette augmentation des prix se traduit par des taux de rendement historiquement bas. Le taux « Prime » des actifs de bureaux à Paris s’établit aujourd’hui à 3%, contre 6,2% en 2009. En commerce, le taux atteint 2.5% sur certaines transactions, contre 5,4% en 2009.

Malgré les faibles rendements des actifs les plus prisés, certains investisseurs continuent d’adopter des stratégies risquées, en accord avec leurs objectifs de rentabilité.

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Une multitude d’acteurs et de secteurs concernés

L’investissement immobilier est un univers composé d’un grand nombre d’acteurs, aux fonctions et objectifs divers, qui interagissent au cours de leurs opérations.

  • Les principaux acteurs de ce marché sont les suivants : les banques d’investissement (Goldman Sachs, Natixis…), institutionnels (EDF, Caisse des dépôts…), Asset Managers (AEW, JP Morgan AM, Amundi…), Private Equity (Ardian, Carlyle, Blackstone…), Brokers (Savills, CBRE, JLL…), constructeurs (Eiffage, Bouygues…), développeurs/opérateurs retail (Unibail Rodamco, Klepierre…) promoteurs (ICADE, Nexity, Altarea Cogedim…) sans oublier les juristes, notaires et avocats fiscalistes.
  • Les volumes investis portent sur différentes typologies d’actifs : bureaux, centres commerciaux, boutiques, résidentiels, logistiques, hôtels, résidences étudiantes & seniors, espaces de coworking…
  • Dernièrement, deux typologies d’actifs se sont distinguées en enregistrant une forte hausse de leurs investissements : les espaces de coworking (Spaces, WeWork,…) ont vu leur nombre être multiplié par 10 depuis 2012, et l’immobilier logistique, répondant aux besoins croissants des acteurs du e-commerce (surfaces de stockage innovantes, traitement des commandes optimales…).

Ainsi, les investisseurs adoptent des stratégies répondant à des objectifs de rentabilité, à l’aversion au risque des clients, à leurs besoins en liquidités et à leurs horizons d’investissement.

Quelles sont ces stratégies d’investissement ? 

Les actifs Core / Core + :

La stratégie d’investissement « Core » vise principalement les actifs immobiliers de bureaux, neufs ou récemment rénovés, situés dans des localisations idéales (quartier central d’affaires parisien par exemple), proposant une multitude de services (conciergerie, salle de sport, crèche, spa…) et occupés par des locataires financièrement stables ayant signés des baux fermes de longues durées.

Les « Core + » sont des actifs également bien situés (Paris QCA, La Défense, Levallois, Boulogne…). Certains peuvent cependant nécessiter de légers travaux de rénovation. Ils peuvent présenter une légère vacance (surfaces inoccupées) causant une perte de cashflow impactant leur valorisation (le DCF étant une des principales méthodes de valorisation utilisée en investissement immobilier). La durée de détention moyenne de ces actifs est relativement longue, entre 10 et 12 ans.

Cette typologie d’actifs se négocie à des taux très bas, et donc à des prix très élevés. En investissement immobilier, on achète un taux de rendement cible. Ce taux correspond au risque qu’un investisseur est prêt à prendre pour l’acquisition d’un actif. Pour des actifs Core, le taux se situe aux alentours de 3%, pour les actifs Core +, le taux est rarement supérieur à 6%. Le retour sur investissement de ces opérations est lissé sur la période de détention par la perception des loyers, puis à terme par la revente de l’actif.

Les investisseurs intéressés par ce type d’actifs sont principalement des institutionnels, comme les assureurs et leurs filiales d’investissement immobilier : AXA REIM, Allianz Real Estate, Generali Real Estate etc…

D’autres acteurs adoptent cette stratégie, comme le fonds souverain norvégien, Norges Bank IM, ayant réalisé l’acquisition d’un ensemble immobilier de 26.800m² place Vendôme aux 368-374 rue Saint Honoré, négocié à plus d’1 milliard d’euros.

Amundi Immobilier, le Crédit Agricole et Primonial REIM ont eux aussi défrayé la chronique en réalisant le « Club Deal », record dans l’histoire de l’immobilier français, avec l’acquisition de l’immeuble emblématique « Cœur Défense » pour un montant de 1.8 milliard d’euros, soit 500 millions de plus que le montant déboursé par Lone Star 4 ans auparavant pour l’acquisition de cet actif, autrefois détenu par Lehman Brothers…

 

 

La stratégie Value added :

Cette stratégie, plus risquée, vise à repositionner un actif dans son marché. En réalisant des travaux visant à apporter de la fraicheur à l’immeuble ou à améliorer son efficience, l’investisseur cherche à augmenter sa rentabilité en trouvant de nouveaux locataires qui lui permettront de baisser son risque et ainsi de vendre à un taux plus faible, donc à une valeur plus importante.

Cette stratégie est, comme son nom l’indique, une opération à création de valeur. Le fonds qui orchestre l’opération ne vise pas à détenir l’actif sur une durée de plus de 5 ans. Le potentiel de TRI se situe généralement entre 8 et 12%. Le retour sur investissement de ces opérations est principalement in-fine, car il est réalisé à la revente de l’actif à un taux inférieur. La Loan To Value (LTV, faisant référence au pourcentage de dette sur le montant total d’acquisition) qui peut se situer entre 50 et 70%, a pour objectif d’améliorer cette rentabilité, à condition que le marché ne décroche pas. Une forme de LBO appliqué à l’immobilier.

Ces opérations sont donc conditionnées par le succès du repositionnement de l’actif et par le comportement de son marché. Comment se portera l’investissement immobilier dans 5 ans ? Quelle sera la valeur de l’actif dans 5 ans ?

Les acteurs majeurs de ce segment sont généralement des fonds de Private Equity Real Estate (PERE) comme Ardian, Tristan Capital Partners, Carlyle, LaSalle IM.

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Les investisseurs « Opportunistes » :

La stratégie Opportuniste vise à développer, restructurer ou transformer un actif. Il s’agit donc d’opérations nécessitant des compétences techniques permettant d’estimer les coûts, la période nécessaire au développement/transformation du projet, afin d’intégrer ces paramètres dans une étude de faisabilité et de rentabilité approfondie. A titre d’exemple, ces opérations peuvent porter sur des reconversions d’hôtels en appartements qui seront revendus « à la découpe », ou sur le rachat d’un immeuble inhabité qui sera reconverti en bureaux, etc…

Des fonds de capital-développements immobilier comme Novaxia ou la Compagnie de Phalsbourg sont spécialistes de cette stratégie. D’autres investisseurs peuvent aussi être séduits par cette approche : Tikéhau IM, Meadow Partners, Blue Colibri, Stam… ainsi que certaines foncières et autres investisseurs privés.

Cette stratégie, qui présente par nature le plus de risques, propose les meilleurs potentiels de rentabilité. Le TRI recherché par les investisseurs est généralement compris entre 13% et 20%. La nature de ces opérations induit une durée de portage plus courte, généralement comprise entre 2 et 4 ans.

 

Une période faste… mais pour qui ?

La situation du marché de l’investissement (forte demande, manque de produits, taux de rendements bas sur les actifs Core/Core+) apparait comme étant propice aux opérations à création de valeur bien exécutées.

En effet, au vu de la demande des investisseurs pour les produits de qualité, un actif dont le risque a été diminué par une restructuration ou une transformation réussie, sera susceptible de trouver preneur.

Ces opérations restent cependant conditionnées par les mouvements de l’ensemble du marché immobilier, qui lui-même est très corrélé à l’économie et à la politique de taux des banques centrales…

De plus, la forte demande couplée à la rareté des produits Core & Core +, pousse certains investisseurs « safe » à se tourner vers des actifs plus risqués, diminuant les taux de rendement et augmentant ainsi les prix de ces actifs.

Ces phénomènes apparaissent comme étant d’importants défis pour les professionnels de l’investissement, devant trouver des produits afin de placer leurs importantes liquidités, tout en considérant la nature et le risque de chaque opération.

 

Quelles sont les compétences nécessaires ?

L’investissement immobilier fait appel à de nombreuses compétences, comme une maitrise poussée des mécanismes financiers ainsi qu’une parfaite compréhension du marché et des tendances de l’immobilier.

Les stratégies Value Added et Opportuniste demandent également une maitrise des fondamentaux en matière de travaux et de constructions, ainsi qu’un esprit créatif permettant d’imaginer, de développer des projets présentant un couple rendement/risque élevé.

 

Pourquoi pas une carrière dans l’investissement immobilier ?

Il existe d’autres activités liées à ce marché, présentant des caractéristiques plus financières, comme le NPL (Non-Profit-Loan, rachat d’obligations adossées à des actifs immobiliers), les fonds de crédits hypothécaires, le financement d’infrastructures, la banque de financement, le M&A Real Estate…

Ce vaste secteur requiert donc des capacités d’analyse, de curiosité et de rigueur pouvant séduire des étudiants ayant pour ambition de travailler dans la finance, mais également des professionnels exerçant en banque d’affaires.

Ainsi, quelle que soit son activité chez un des multiples acteurs de ce secteur, un analyste pourra prendre part à l’accompagnement, au conseil, à la création et au développement de projets, qui nécessitent des analyses complexes aux impacts financiers importants, portant sur des actifs réels.

Malgré ses attraits et sa dynamique, le marché de l’immobilier reste un secteur très particulier, rendant ainsi les potentielles reconversions de carrière difficiles.

Ilan Simhon


Goldman Sachs : l’heure du virage stratégique a sonné

La plus célèbre des banques américaines verra le 1er octobre David Solomon succéder à Lloyd Blankfein à sa tête.  Une occasion unique de revenir à la fois sur le chemin parcouru depuis l’accession du courtier du Bronx mais aussi de tenter de projeter le futur de Goldman Sachs avec cette passation qui résonne comme un changement de cycle stratégique pour la banque.

 

Lloyd Blankfein, le self-made-man

Ce natif du Bronx, qui admet chaque année volontiers devant les summer interns qu’il n’a jamais voulu travailler chez Goldman Sachs, se retirera de son siège de CEO le 1er octobre et de membre du conseil d’administration à la fin de l’année au profit de David Solomon jusqu’alors Co-COO.

A lui seul, il incarne la culture de la firme que Steve Bannon, ancien conseiller au président américain Donald Trump et ancien de Goldman Sachs résumait ainsi : « Goldman Sachs représente l’excellence et la méritocratie, peu importe d’où vous venez, de quelle école vous sortez, quelle est votre religion ou votre origine, ce qui compte c’est votre capacité de travail, votre intelligence et votre sens du service. ». Issu d’une famille modeste installée à New-York, il est diplômé de l’université d’Harvard et commence sa carrière chez J. Aron comme courtier en matières premières (commodities). S’il avoue avoir échoué à un premier entretien chez Goldman Sachs au moment de débuter sa carrière, il intègre finalement la banque en 1982 après le rachat par cette dernière de son employeur.

Grâce à la culture de promotion interne et au poids stratégique que les activités de commodities trading représentaient durant le début des années 2000, Lloyd Blankfein accède au poste de CEO de Goldman Sachs en 2006.

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Bilan sur fond de crise

Il succède alors à Henry Paulson qui devient directeur du trésor américain pour les deux dernières années de l’administration G. W. Bush. Ce réseau impalpable « Goldman » sera vivement dénoncé lorsqu’au moment de la crise des subprimes, le « plan Paulson » propose de racheter les titres toxiques à hauteur de 700Mds$ aux banques.  Ce plan a largement contribué à maintenir en vie Goldman Sachs dont Lloyd Blankfein annonce des bénéfices records pour l’année 2009 de 13,3Mds$, 6 fois plus élevés qu’en 2008. Au milieu de cette grave crise, il dira « Le système financier nous a conduit vers la crise, il nous en sortira aussi ». En effet, cette période a vu Merrill Lynch perdre son indépendance après son rachat par Bank of America, et Lehman Brothers ou encore Bear Stearns disparaître purement et simplement de la place financière mondiale. Les médias américains ont pris l’habitude de régulièrement dénoncer les collusions entre les membres de la banque et le monde politique sous la bannière « government Sachs ».

Lloyd Blankfein transmet donc, et ce malgré la maladie, une banque qui sort paradoxalement renforcée de la crise, dont l’influence continue de s’étendre bien au-delà des administrations américaines successives. On se souvient des déclarations de François Hollande, le 14 juillet 2016, condamnant le choix de José-Manuel Barroso (ancien président de la commission européenne) de rejoindre Goldman Sachs au moment où l’implication de l’établissement dans le maquillage des comptes publics grecs était avérée. Le 17 juillet 2018 Lloyd Blankfein a officiellement adoubé son successeur en plus d’annoncer un bénéfice trimestriel inédit depuis 2009 (2,6Mds$), et met fin à ses 36 années passées chez Goldman Sachs. Il referme aussi un cycle initié dans les années 1960, celui des traders, qui a fait la réputation de Goldman Sachs, et qui voit aujourd’hui le modèle remis en question par la technologie et la proéminence du conseil financier.

 

David Solomon, le futur de Goldman Sachs

L’annonce officielle du nouveau dirigeant était scrutée depuis des mois par les analystes et le grand public. La culture de Goldman Sachs a toujours été jusque-là de puiser dans son vivier de talents, à l’image de Lloyd Blankfein ayant effectué une immense partie de sa carrière au sein de l’établissement. Harvey Schwartz, qui était depuis 2017 le nouveau Co-COO de la banque et lui aussi ancien de J. Aron avait à cet égard manifesté son intérêt pour le poste en posant un ultimatum pour être nommé CEO, avant de voir cette stratégie échouer et devoir présenter sa démission en février 2018.

David Solomon a donc été officiellement intronisé le 17 juillet 2018, où à la suite de nombreux articles de presse nous avons pu en apprendre davantage sur ce banquier iconoclaste, qui ne manque pas de nous faire penser au Français Matthieu Pigasse responsable mondial des fusions-acquisitions chez Lazard. Fin gastronome, DJ la nuit, ce natif de Hartsdale dans l’état de New York est un banquier d’affaires qui, après un passage chez Bearn Stearns, rejoint Goldman Sachs en 1999. Là, il prend la tête de la division « Investment Banking » et participe en 2007 à l’introduction en Bourse de LuLulemon Athletica. L’anecdote raconte que lors du jour J, D. Solomon et son équipe étaient habillés de la tête aux pieds avec les vêtements de la marque plutôt qu’en costume.

En parallèle de sa carrière professionnelle et sous le nom de DJ D-Sol, il multiplie les sets avec ses platines aux Bahamas ou bien dans les soirées privées de la fashion week de New-York. Son nouveau morceau « Don’t stop believing » lui permet d’avoir plus de 550,000 visites par mois sur son compte Spotify, et on peut suivre ses performances et pérégrinations via son compte Instagram djdsolmusic. Il est évident que son profil tranche nettement avec la sobriété des cadres de Wall Street, même s’il doute lorsqu’on l’interroge que ce sera suffisant pour améliorer l’image de la finance : « Je ne sais pas si le fait de voir un président de Goldman Sachs mixer dans un club va changer la perception de l’industrie. Nous avons beaucoup de travail à faire à ce sujet ».

 

Une banque qui doit se réinventer

Il hérite en effet d’une banque qui fait face à de nombreux défis stratégiques, puisque la branche trading qui a fait sa réputation est en perte de vitesse, et qu’il faut donc trouver de nouveaux relais de croissance. L’ouverture de la banque aux particuliers qui jusqu’ici était impensable est en train d’être mise en place, et pour réussir ce défi il faudra nécessairement que l’image de Goldman Sachs soit lavée des scandales de la décennie passée. Il devra réussir dans le monde post-crise, dont les contraintes pèsent davantage sur l’industrie financière. En effet, il devrait demander aux responsables de chaque division un budget prévisionnel sur trois années afin de piloter la gestion des activités, manière d’insuffler de la rigueur dans ses équipes.

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Le changement appelé par cette nomination est donc énorme et sera mené par un banquier et non plus un courtier dans un monde où les opérations de haut de bilan prennent de plus en plus d’importance. Le 17 juillet 2018, après l’annonce de cette nomination et des bénéfices trimestriels records (+44% rapporté à la même période l’an dernier), le titre Goldman Sachs a plongé de 1,54%. Le doute du marché quant au futur de l’entreprise est acté, et D. Solomon, qui prêche depuis de nombreuses années pour une stratégie de diversification, devra réussir à réinventer la prestigieuse banque américaine. Nul doute que le top management qui suivra la prise de fonction de D. Solomon intensifiera les changements qu’il a déjà apportés : utilisation de la technologie dans le trading, migration de sales du desk corporate-trading vers la division Investment Banking pour améliorer la relation client.

Le nouveau CEO devrait voir ses premiers jours ressembler à une course contre la montre, les analystes et les observateurs estimant que la banque accuse un certain retard. Mike Mayo, qui suit le titre Goldman Sachs depuis 15 ans pour Wells Fargo, a déclaré « le plan de croissance de l’entreprise devrait faire partie de la catégorie : mieux vaut tard que jamais ».

Guillaume Baziadoly


Le Venture Capital dans les Biotechs : un pari vraiment trop risqué ?

D’abord concentrées sur l’Internet, les start-ups ont rapidement imposé des tendances. Désormais, on parle d’intelligence artificielle, de Big Data, de Réalité Virtuelle, et de plus en plus de biotechnologies. Ces entreprises spécialisées dans les technologies médicales élaborent des systèmes d’assistance destinés au corps médical, ainsi que des médicaments d’origine organique. Depuis 2016, le nombre de création de biotech a explosé (+21%, de 6 500 en 2016 à 7 900 en 2017).

Si des grands noms comme Teva ou Biogen vous parlent, peut-être êtes-vous moins familier aux canaux d’investissement qui ont permis leur décollage : les fonds de Capital-Risque.

Relativement jeune pour le public européen, l’activité de Venture Capital s’apparente pourtant au Private Equity. Ce qui les distingue est le type d’entreprise dans lesquelles elles opèrent : alors que le PE vise des entreprises ayant atteint un certain degré de maturité, les VC accompagnent des sociétés nouvelles, notamment des startups. Le risque d’un investissement en Capital-Risque est donc bien plus élevé qu’en PE, poussant l’investisseur à chercher LA perle rare, qui offrira un potentiel de croissance exponentielle.

Ces deux dernières années, les VC ont investi massivement dans les Biotech, portant cette industrie parmi les secteurs « tendance » du moment.

L’année 2017 s’annonçait pourtant rude pour les entreprises en biotechnologie. Ces sociétés – souvent des startups fondées dans la Silicon Valley – fabriquent des médicaments à partir d’organismes biologiques, ce qui les différencie du domaine pharmaceutique, s’appuyant sur la synthèse chimique. Elles tentent aussi de faire évoluer les méthodes médicales en créant des technologies pour aider médecins et patients dans la thérapie et le dépistage des maladies.

Cette industrie a connu une forte expansion entre 2015 et 2016 (+1 400 créations d’entreprises en un an), mais les investisseurs s’attendaient à une chute pour 2017, anticipant une fin de cycle.

Contre toute attente, l’année 2017 a débuté sur l’acquisition par Johnson & Johnson (leader pharmaceutique aux US) de Swiss Bellwether Actellion (startup cofondée en 1997 par deux français) pour 30 milliards de dollars. En parallèle, 38 biotech ont été introduites en bourse l’année dernière, résultant en une capitalisation boursière du marché à 300 milliards de dollars (+53% par rapport à 2016).  S’en est suivi un élargissement du marché, avec un assouplissement des taxes appliquées aux investissements dans les biotech aux US (la Californie a opté pour une exonération partielle sur les ventes et R&D).

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De l’art du « pitch » ?

Si les dernières années ont été fructueuses, les projets entrepris dans l’industrie se sont largement complexifiés. Les fonds de Venture Capital (Capital-Risque en anglais) se heurtent désormais à un problème de stratégie : comment analyser le potentiel d’une jeune pousse, alors que ses technologies sont très – voire trop – pointues ?

Par exemple, Benjamin Hadida, fondateur de Nextbiotix, a levé 7 millions d’euros en 2018 auprès de Auriga Partners, avec pour pitch de « ramener la composante du microbiote intestinal dans l’équation de la prise en charge des patients » (source : les Echos). Difficile donc d’y voir clair pour les VC quand des projets de plus en plus complexes leur sont présentés, bien que certains sont désormais spécialisés en biotechnologies.

D’ailleurs, le début d’année a malheureusement démontré ce défaut d’analyse…

Le projet mensonger d’une personnalité hors norme

Elizabeth Holmes, alors qu’elle étudie la chimie à Stanford, fonde en 2003 (à 19 ans) la startup biotech Theranos. Avec sa gestuelle empruntée à Steve Jobs, entrée dans le classement Forbes comme milliardaire la plus jeune au monde, elle a tout de la nouvelle étoile montante de la Silicon Valley.

Son projet : réduire le volume de sang dans les échantillons cliniques et en accélérer l’analyse, le tout à très bas coût.  Une idée « disruptive », qui n’a pas manqué de séduire les fonds d’investissements. Pas moins de 17 fonds en Capital-Risque comme Draper Associates et Jupiter VC ont mordu à l’hameçon. Résultat, plus de 700 millions de dollars collectés, et une valorisation de la société estimée à 10 milliards de dollars en 2014.

Face à cette réussite fulgurante, John Carreyou, enquêteur au WSJ s’est intéressé de près à Theranos, s’interrogeant sur la validité de sa technologie. A partir de là, Holmes connaîtra une batterie d’avertissements de la part des autorités médicales et juridiques, ainsi que de la SEC.

A l’origine de ces débâcles, une accusation envers Holmes, qui aurait largement menti sur sa technologie et exagéré ses capacités. Elle aurait notamment avancé pour argument de vente que l’armée américaine avait adopté sa technologie en Afghanistan. Pis encore, elle aurait divulgué de fausses informations quant aux tests de ses analyses sanguines en 2015… qu’elle n’avait en fait pas menés.

Finalement, Holmes se verra inculpée pour fraude élaborée sur plusieurs années (« elaborate, years-long fraud », Forbes), écopera d’une amende de 500 000$, et d’une interdiction de diriger une entreprise cotée pendant 10 ans – y compris la sienne. La société échappera de près à la banqueroute à la suite de ces révélations.

Bien qu’elle se soit engagée à rembourser ses investisseurs à hauteur de 19 millions de dollars de participation en actions, il semble improbable que ceux-ci recouvrent totalement leur mise.

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Une mise en garde aux investisseurs

« Cette histoire est une leçon importante pour la Silicon Valley », déclarera ensuite Jina Choi, officier régional à la SEC de San Francisco. Derrière ce scandale se trouve un problème dans les stratégies d’investissements, notamment en Capital-Risque : les startups développent une expertise dans des domaines de plus en plus complexes à un rythme soutenu, que les financiers ne peuvent pas toujours suivre sans l’appui de spécialistes.

Cette relative « naïveté » des investisseurs trouve aussi sa source dans le statut des startupers de la Silicon Valley : par leur renommée mondiale, ces « petits génies » de la tech obtiennent facilement crédit auprès des investisseurs.

D’un côté, les VC n’ont pas forcément les capacités techniques pour analyser en profondeur un projet. De l’autre, certains entrepreneurs font l’objet d’une fascination du grand public, dont les investisseurs doivent tant bien que mal faire abstraction pour mener à bien des levées de fonds.

 

Comment échapper à cette difficulté structurelle ? Certains fonds n’hésitent pas à recruter des profils atypiques issus notamment du milieu médical en échange de rémunérations alléchantes. Par exemple, SV Life Science – un fonds gérant plus de 2 milliards de dollars – s’est vu conseillé par Dev Mishra, docteur en médecine et ancien patron d’une biotech (Cayenne Medical). Bien que la plupart des managers en VC soient issus de banques d’investissement, ces profils sont la clef de stratégies gagnantes. D’autres fonds sont dirigés par d’anciens médecins, reconvertis en investisseurs experts dans le marché médical. Sachant que le marché biotech est peu corrélé aux marchés classiques, leur analyse peut se montrer aussi pertinente que celle d’analystes en banque d’affaires.

Comme le dit Ward Capoen, Analyste chez Candriam (gestionnaire d’actifs européen) :

« En cas de crise financière, on ne vendra pas moins de médicaments contre le cancer. »

Ainsi, les VC pourront se protéger des projets mensongers en restant à la pointe du domaine biotech. En se munissant d’experts, les fonds peuvent distinguer les projets d’avenir des fraudes. Le point positif repose sur la relative jeunesse du marché biotech, et son potentiel de croissance quasi infini.

 

Raphaël Hassid, étudiant à l’EDHEC Business School


Blockchain, crypto, ICO : au-delà du buzz

Par Clément Jeanneau, cofondateur de Blockchain Partner, auteur du rapport « L’Age du web décentralisé » (avril 2018)

Impossible de ne pas avoir entendu parler de cryptomonnaies, des levées de fonds en ICO (Initial Coin Offering) ou de blockchain ces derniers mois. Après une envolée vertigineuse, les cryptomonnaies ont subi une forte correction début 2018. Est-ce la fin d’une « bulle sans fondement », comme l’affirment de nombreux économistes ? Et s’il fallait plutôt, à l’inverse, considérer les cryptomonnaies sous un tout autre angle ?

Evoluant dans le domaine des cryptomonnaies depuis plusieurs années, je suis régulièrement interrogé par des proches ou des journalistes sur les variations de leurs cours et sur mes pronostics d’évolution pour les semaines à venir. Ma réponse est toujours la même : ces variations sont, le plus souvent, anecdotiques, et ne méritent pas que l’on s’y intéresse d’aussi près. Personne, ou presque, ne se souviendra dans un mois que les cours ont aujourd’hui baissé ou monté.

Les cryptomonnaies sont le plus souvent abordées en surface, sous l’angle de leurs cours. Ce qui mérite bien plus d’attention est ce que les cryptomonnaies vont permettre.

 

Une nouvelle économie numérique

Depuis plusieurs mois, il est beaucoup question d’intelligence artificielle (IA), présentée comme l’innovation de rupture par excellence. Ma conviction est la suivante : l’intelligence artificielle est une nouvelle étape de l’économie numérique, alors que la blockchain et les cryptomonnaies forment une nouvelle économie numérique à elles seules. Ces dernières permettent de rebattre entièrement les cartes, ce qui n’est pas le cas de l’IA qui consolidera parfois, si ce n’est souvent, des positions déjà existantes.

La blockchain et les cryptomonnaies ne concernent en effet pas juste les applications numériques (comme le sont Facebook, Google, etc.) : elles touchent aussi, et surtout, à la structure même d’Internet, via la création de nouveaux protocoles (comme l’est par exemple Http, à l’origine du web actuel), c’est-à-dire les couches situées sous les applications.

Cette nouvelle économie numérique repose sur de nouvelles règles, permet l’émergence de nouveaux business models, et fera ainsi apparaître de nouveaux acteurs, et donc, de nouveaux champions.

Pour la comprendre, il faut d’abord voir de quoi l’on parle.

Plutôt que de parler (uniquement) de cryptomonnaies, il est préférable d’employer le mot de cryptoactifs, qui va au-delà des seules cryptomonnaies. Les cryptoactifs constitue une nouvelle classe d’actifs à part entière. Celle-ci englobe deux notions : les cryptomonnaies d’un côté, et un « ovni » encore méconnu, appelé token.

Les tokens sont le cœur de cette nouvelle économie numérique. De la même façon la blockchain a fait beaucoup parler depuis deux ans, les tokens deviendront le hot topic des deux prochaines années.

LA4Lire aussi : Blockchain, la plus grosse révolution depuis internet ?

 

What are you token about ?

Comprendre les tokens implique de partir du problème qu’ils résolvent. Fondamentalement, ils permettent de faire une grande chose qu’Internet ne permet pas.

Aujourd’hui, lorsqu’on envoie un fichier sur Internet (document écrit, vidéo, chanson…), le destinataire ne reçoit en réalité pas le fichier en lui-même, mais une copie. Le fichier est conservé par l’émetteur. Ce système, qui fonctionne bien pour les fichiers échangés d’habitude, n’est pas viable pour les actifs de valeur fondés sur de la rareté : si l’on envoie 1 euro à un autre internaute et que l’on conserve en même temps cet euro, celui-ci perd de sa valeur. Internet tel qu’il est conçu empêche donc de pouvoir s’envoyer de la rareté numérique en pair à pair, sans devoir passer par une autorité centrale comme une banque.

C’est ce problème que résolvent les cryptoactifs dont les tokens. Un token est donc est un actif numérique qui peut être échangé entre deux individus sur Internet sans intermédiaire, et sans être dupliqué.

Il a 3 autres particularités :

1/ Un token est toujours personnalisable par son auteur. Autrement dit, il peut représenter ce que son auteur veut : un droit d’usage d’un service (sans token, le service ne sera alors pas utilisable) ; un moyen de paiement (le token sera alors la seule façon de payer pour un service donné) ; un droit de vote (pour la gouvernance d’une organisation) ; etc.

2/ N’importe qui peut créer et émettre son propre token. Ainsi il est possible de dire que les tokens sont à la valeur ce qu’Internet a été à l’information. Grâce à Internet, n’importe qui peut publier et échanger l’information qu’il veut, instantanément, auprès du monde entier, sans besoin d’autorisation préalable. Avec les tokens, n’importe qui peut créer de la valeur et l’échanger à qui il veut instantanément, sans besoin d’autorisation préalable.

3/ Les tokens sont vendable et achetable à tout moment sur des plateformes, au prix fixé par l’offre et la demande : ils sont donc extrêmement liquides.

Illustration: Storj est un service de stockage cloud décentralisé qui n’est utilisable qu’en faisant usage d’un token appelé Storjcoin. Tout utilisateur peut louer l’espace libre de son ordinateur sur le réseau en échange de Storjcoin, et inversement peut acheter de l’espace de stockage sur le réseau Storj contre des Storjcoin. En résumé, lorsqu’un utilisateur achète ou reçoit des Storjcoin, il peut ensuite soit acheter de l’espace sur le réseau (à un coût censé être moindre qu’avec les services existants, et sans devoir placer ses fichiers chez un tiers de confiance), soit les garder dans une perspective de spéculation pour réaliser ensuite une plus-value, soit les convertir dans sa monnaie traditionnelle (euro, dollar…).

Avec les tokens, les règles de l’économie numérique sont renversées. Les tokens, lorsqu’ils seront intégrés au modèle d’applications dites décentralisées, permettront par exemple à des services numériques d’émerger et de se développer bien plus facilement, et ainsi de lutter contre l’effet dominateur dont bénéficient aujourd’hui les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).

LA4Lire aussi : Le CEO de Goldman Sachs, Loyd Blankfein, donne son avis sur le bitcoin

 

Une bataille mondiale déjà engagée

On dit souvent que la data est le pétrole du web actuel. Le token est le pétrole du web de demain. Ses implications iront même bien au-delà du web, d’où le fait que l’on parle de plus en plus de « token économie » :

– il deviendra possible de « tokeniser » des actifs traditionnels, c’est-à-dire digitaliser des actifs financiers, immobiliers, etc., sous forme de tokens. Ce mécanisme permettra de créer des fractions de propriété d’actifs et de se les échanger de façon quasi-instantanée. La digitalisation des actifs sous forme de tokens rendue possible par la blockchain constituera le pendant de la digitalisation de l’information rendue possible par Internet.

– les entreprises pourront elles-mêmes émettre leurs propres tokens, et donc ouvrir la voie à de nouveaux modèles d’affaires. Futuriste ? Pas tant que ça : en mars, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, confiait, à propos des cryptoactifs et tokens, « beaucoup y réfléchir en ce moment. On ne pourra pas passer à côté de cette transformation-là. Ce n’est pas une mode, ça ne va pas passer ».

Partout dans le monde, bien loin des préoccupations liées aux cours des cryptomonnaies, des dizaines de milliers d’individus travaillent d’ores et déjà sur cette token économie. Une bataille mondiale s’est engagée, dont nous ne sommes qu’aux prémices. En Russie, Vladimir Poutine a rencontré dès juin 2017 le fondateur de la blockchain appelée Ethereum, sur laquelle sont construits la majorité des tokens actuels. Aux Etats-Unis, d’après Naval Ravikant, un des grands noms de la « Silicon Valley », « la blockchain est en train d’aspirer les talents de la Silicon Valley plus vite que tous les booms depuis Internet ». Il ajoute, malicieux, que « le jeune Bill Gates construirait aujourd’hui une startup blockchain »…Une façon de dire que les opportunités de cette nouvelle économie numérique, qui rebat les cartes, sont considérables pour tout entrepreneur passionné. Dans les années 1990, la France et l’Europe ont laissé passer le train de la révolution Internet. Saurons-nous, cette fois-ci, (ré)agir à temps ?

Pour en savoir plus :

-« L’Age du web décentralisé », premier rapport en France sur les cryptoactifs et la token économie (avril 2018) : https://www.thedigitalnewdeal.org/lage-du-web-decentralise/

-« Le web de demain sera décentralisé », TEDx donné en février 2018 : https://www.youtube.com/watch?v=ISYmB5HBpP4

-Intervention devant la commission des finances de l’Assemblée Nationale (23 avril 2018) : https://bit.ly/2qZah37


Le CEO Jamie Dimon décrypte les challenges de JPMorgan

Le 05 Avril 2018, James « Jamie » Dimon, le PDG de J.P. Morgan, a rendu public sa lettre annuelle destinée aux actionnaires. Il nous explique quels sont, selon lui, les leviers de croissance sur lesquels la banque peut s’appuyer mais aussi les risques les plus importants auxquels elle va devoir faire face. Son opinion sur la politique publique américaine et les solutions qu’il développe font de cette lettre un « must read » avant vos entretiens.

 

Les 3 points importants à retenir de cette lettre sont :

    • Les raisons pour lesquelles la croissance organique est la meilleur façon de croître
    • La mise en application de cette stratégie de croissance, division par division, pays par pays
    • Les moyens qui vont être mis en oeuvre pour contre-carrer la mauvaise politique publique américaine

Vous pouvez la retrouver en cliquant sur le lien ci-dessous ! 

Jamie Dimon – sa lettre aux actionnaires de JPMorgan

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