Saudi Aramco : l'IPO du siècle

En ce début d’année, le Financial Times a recensé les événements qui marqueront 2018. Cette dernière sera rythmée par de nombreuses élections présidentielles (Russie, Brésil, Venezuela…), des événements sportifs comme les Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud, ou la coupe du monde de football en Russie, mais aussi des faits économiques d’ampleur internationale. Le plus attendu par les investisseurs du monde entier n’est autre que l’introduction en bourse de la compagnie saoudienne d’hydrocarbures Aramco.

En effet, cette IPO, qualifiée « d’opération du siècle » en raison du montant sans précédent (100 milliards de dollars) que cette dernière permettra de lever pour l’entreprise saoudienne, aura aussi son importance stratégique dans le plan de transformation économique Vision 2030 mené par l’Arabie Saoudite.

 

Saudi Aramco, première compagnie pétrolière au monde

 

Saudi Aramco, officiellement Saudi Arabian Oil Company, est l’entreprise nationale saoudienne spécialisée dans l’exploitation d’hydrocarbures. Créée en 1933 et dirigée par Amin H. Nasser, elle possède la quasi-totalité des réserves du royaume, lui permettant de surclasser ses concurrents.

À titre comparatif, ses réserves prouvées sont estimées à 267 milliards de barils grâce notamment au site de Ghawar, le plus important gisement mondial contre 25 milliards de barils pour son principal concurrent, l’américain Exxon Mobil. Cela permet au géant saoudien d’extraire près de cinq fois plus de barils par  jour à des coûts dérisoires se situant entre deux et quatre dollars par baril.

 

Une IPO de tous les records

 

Afin de préparer son introduction avec une volonté de transparence vis-à-vis des investisseurs, Saudi Aramco a commencé l’année passée par une forte restructuration financière. En effet, étant une société publique, les dirigeants se sont attelés à séparer les comptes de l’entreprise de ceux du royaume mais aussi à redéfinir les activités du groupe.

Dans le but de ressembler à une entreprise pétrolière plus traditionnelle et non étatique, cette dernière se devait de dresser une limite entre les travaux réalisés au nom du gouvernement et ceux exécutés pour son propre développement. En ce début d’année, l’entreprise a également modifié ses statuts pour devenir une société par actions. 

Cette phase étant terminée, l’IPO semble se préciser. Elle devrait avoir lieu au second semestre et concernera environ 5% du capital de la compagnie. Malgré cette infime part, elle permettra de lever jusqu’à 100 milliards de dollars (84 milliards d’euros), balayant au passage le précédent record de 25 milliards de dollars détenu par Alibaba lors de son introduction en bourse en 2014.

Et ce ne sera pas le seul record pour Aramco, qui, à la suite de cette opération, devrait être valorisée à 2,000 milliards de dollars (1,683 milliards d’euros), ce qui constitue de très loin la plus forte valorisation au monde. Les comparatifs sur le marché n’existent pas, elle sera supérieure aux trois plus fortes valorisations (Apple, Alphabet et Microsoft) réunies.

Seul le PIB des sept premières puissances économiques mondiales lui est supérieur.

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Une course effrénée pour les banques et les bourses mondiales

 

Compte tenu de ces chiffres vertigineux, l’ensemble des grandes banques mondiales s’est précipité pour réaliser cette opération. Mais le 30 mars 2017, le groupe pétrolier public a désigné JP Morgan, Morgan Stanley et HSBC, toutes anglo-saxonnes, pour être les book runners de l’opération. Ces banques rejoignent Moelis & Co. et Evercore retenues en tant que conseillers financiers indépendants et chargés de définir le calendrier de cette introduction. S’ajoutent aussi à ce grand projet les établissements saoudiens NCB Capital et Samba Capital, qui représenteront les banques de conseil locales ainsi que le cabinet d’avocats White & Case.

Cependant, les bourses qui accueilleront cette opération sont encore inconnues et la bataille fait rage. Il est certain que la bourse de Ryad, Tadawul, accueillera une partie de ce capital. Khalid Abdullah Al Hussan, le patron de cette place boursière, a même affirmé : « Nous voulons obtenir l’exclusivité de la cotation d’Aramco ». Toutefois, selon de nombreux analystes, une introduction uniquement locale ne permettra pas aux autorités saoudiennes de réaliser leurs objectifs.

Ils doivent alors penser à une introduction multiple, et sur une place étrangère au minimum. Les critères de choix comprennent notamment la profondeur de la place financière en termes de volume d’échange quotidien et de capitalisation boursière, mais aussi les exigences légales en matière de cotation.

Les autorités saoudiennes ont néanmoins une préférence pour le NYSE, non seulement pour son nombre record d’investisseurs, mais aussi dans le but d’entretenir les liens déjà très forts entre les pouvoirs Saoudien et Américain depuis le pacte du Quincy. Pour rappel, ce dernier garantit la protection de la famille saoudienne en contrepartie d’une garantie de l’approvisionnement en pétrole des Etats-Unis. Donald Trump a même expressément invité Aramco à suivre cette voie.

 

Londres fait également les yeux doux à l’Arabie Saoudite puisque cela lui permettrait de montrer à l’ensemble des investisseurs mondiaux que, malgré le Brexit, la City demeure une place forte et attractive. Cette dernière remplit les critères de Ryad et possède l’avantage d’être très tournée vers les matières premières avec notamment la cotation de nombreuses compagnies minières (BHP, Rio Tinto, …). Afin d’appuyer sa candidature, le gouvernement britannique a mis en place une garantie à hauteur de 2 milliards de dollars pour faciliter les achats d’Aramco au Royaume-Uni.

La dernière place susceptible d’accueillir cette cotation est Hong-Kong pour des raisons commerciales. En effet, cet accord permettrait de pérenniser et sécuriser les échanges entre Ryad et Pékin. A l’heure actuelle, l’Arabie Saoudite est le premier exportateur de pétrole vers la Chine.

L’hypothèse d’un placement privé est également à l’étude.

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Pierre angulaire du programme Vision 2030

 

Le 25 avril 2016, le prince héritier Mohammed Ben Salmane Al Saoud, et également président du Conseil suprême d’Aramco, a annoncé la création du plan Vision 2030.

Celui-ci a l’ambitieux projet de restructurer la société saoudienne à l’aide de réformes économiques, politiques et sociales.

Les réformes économiques auront pour principal objectif de diversifier les activités du royaume et mettre fin à l’ultra-dépendance vis-à-vis de l’or noir (en 2015, 90 % des recettes publiques du pays provenaient du pétrole). En effet, depuis la baisse brutale des cours du pétrole, l’Arabie Saoudite connaît un ralentissement de sa croissance et est en proie à des difficultés budgétaires avec l’apparition d’un déficit qui est aujourd’hui évalué à 72 milliards de riyals, soit 16,3 milliards d’euros.

Cependant, cette volonté de transition a un coût exorbitant et pour la financer, l’Arabie Saoudite souhaite mettre en place le plus grand fonds souverain au monde, à l’instar de la Norvège qui a créé en 1990 un fonds souverain permettant de capitaliser ses revenus pétroliers présents pour en faire profiter son économie future. Ce fonds est aujourd’hui évalué à 1 000 milliards de dollars, soit 2,7 fois son propre PIB.

Pour alimenter son fonds, l’Arabie Saoudite compte sur l’IPO d’Aramco. Celle-ci lui permettra de se doter d’une puissance financière évaluée à 2.000 milliards de dollars, et ainsi de pouvoir mener à bien l’ensemble de ses projets, comme celui lancé en octobre 2017, appelé NEOM. Ce projet oeuvre à créer la “nouvelle Silicon Valley” c’est-à-dire une gigantesque cité économique, 2 fois plus grande que la région Île-de-France, ultra-connectée, offrant des conditions de vie inédites et dont la population pourrait être majoritairement des robots. 

L’IPO d’Aramco est démesurée tant sur les montants propres à l’opération que sur les ambitions du régime saoudien. Elle est scrutée et attendue par l’ensemble des acteurs du marché. Néanmoins, le prince héritier Mohammed Ben Salmane Al Saoud a prévenu  que « seuls les rêveurs sont les bienvenus”.

 

 

Adrien Thery, étudiant à EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye


Le carton jaune du PDG de BlackRock aux entreprises

Larry Fink, le PDG de BlackRock, plus important gestionnaire d’actifs au monde avec plus de 6 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, nous dévoile sa lettre annuelle adressée aux entreprises, en particuliers celles détenues en portefeuille. Une lettre riche d’enseignements, puisqu’il exhorte les entreprises dans lesquelles il est actionnaire à plus de transparence et de réflexion concernant leur stratégie ! Moins d’exigences à court terme, et plus d’analyse dynamique de l’évolution des entreprises. Un discours qui se démarque des clichés attribués généralement aux acteurs des marchés financiers.

Voici sa lettre en français (traduction fournie par BlackRock) :

« Alors que BlackRock célèbrera son 30ème anniversaire cette année, j’ai eu l’occasion de réfléchir aux questions les plus pressantes auxquelles les investisseurs sont confrontés aujourd’hui et à la façon dont BlackRock doit s’adapter pour servir au mieux ses clients. C’est un grand privilège et une importante responsabilité de gérer les actifs que nos clients nous ont confiés, dont la plupart sont investis selon des objectifs à long terme tels que la retraite. En tant que fiduciaire, BlackRock s’engage
auprès des entreprises pour favoriser une croissance durable à long terme dont ses clients ont besoin pour atteindre leurs objectifs.
En 2017, les actions ont profité d’une croissance exceptionnelle – avec des montants record dans un large éventail de secteurs – et, pourtant, la frustration populaire et l’appréhension face à l’avenir ont atteint dans le même temps de nouveaux sommets. Nous observons ici un paradoxe entre des rendements élevés et une anxiété importante. Depuis la dernière crise financière, ceux qui détiennent du capital ont récolté d’énormes bénéfices. En parallèle, beaucoup de personnes à travers le monde font face à une combinaison de taux bas, de baisse des revenus, et des systèmes de retraite inadaptés. Beaucoup ne disposent pas des capacités financières, des ressources, ou des outils pour économiser de manière efficace; ceux qui investissent ont trop souvent surinvestis en placements monétaires. Pour des millions de personnes, la perspective d’une retraite sûre s’éloigne de plus en plus – en particulier parmi les travailleurs moins diplômés, dont les emplois sont de plus en plus précaires. Je crois que ces tendances sont majoritairement à l’origine de l’anxiété et de la polarisation que nous voyons dans le monde aujourd’hui.

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Nous constatons également que de nombreux gouvernements ne parviennent pas à préparer l’avenir, sur des questions allant de la retraite aux infrastructures en passant par l’automatisation et la formation professionnelle. Par conséquent, la société se tourne de plus en plus vers le secteur privé et demande aux entreprises de répondre à des défis sociétaux plus larges. En effet, les attentes du grand public à l’égard de votre entreprise n’ont jamais été aussi grandes. La société exige que les entreprises, à la fois publiques et privées, se mettent au service du bien commun. Pour prospérer au fil du temps, toute entreprise doit non seulement produire des résultats financiers, mais également montrer comment elle apporte une contribution positive à la société. Les entreprises doivent bénéficier à l’ensemble de leurs parties-prenantes, dont les actionnaires, les salariés, les clients et les communautés dans lesquelles elles opèrent.
Sans but clair, aucune entreprise, qu’elle soit publique ou privée, ne peut atteindre tout son potentiel. Elle finira par perdre son droit d’exercer son activité accordée par les parties-prenantes clés. Elle succombera à des pressions à court terme pour distribuer des dividendes, et, au cours de ce processus, sacrifier les investissements au développement des salariés, l’innovation, et les dépenses en capital qui sont nécessaires à une croissance à long terme. Elle restera exposée à des campagnes d’activistes qui proposent une stratégie claire, même si celle-ci ne sert seulement que les objectifs les plus court-termistes et les plus limités. Et in fine, l’entreprise distribuera des rendements plus bas aux investisseurs qui en dépendent pour financer leur retraite, l’achat d’une maison, ou des études supérieures.
Globalement, l’utilisation croissante des fonds indiciels par les investisseurs entraîne une transformation de la responsabilité fiduciaire de BlackRock et plus largement de la gouvernance d’entreprise. Au sein des 1 700 milliards de dollars de fonds actifs que nous gérons, BlackRock peut choisir de vendre les actions d’une société si nous doutons de ses orientations stratégiques ou de sa croissance à long terme. Dans la gestion de nos fonds indiciels, cependant, BlackRock ne peut pas exprimer sa désapprobation en vendant ses titres, tant que celle-ci reste dans l’indice pertinent. Par conséquent, nous avons plus que jamais la responsabilité de nous engager et de voter. En un sens, les investisseurs indiciels sont les investisseurs à long-terme ultime – proposant un capital patient pour que les entreprises puissent croître et prospérer.

Tout comme les responsabilités auxquelles doit faire face votre entreprise sont devenues plus importantes, il en est de même des responsabilités des gestionnaires d’actifs. Nous devons être des agents actifs et engagés au nom des clients qui ont choisi BlackRock pour investir, qui sont les véritables propriétaires de votre entreprise. Cette responsabilité va au-delà des votes lors des assemblée générales annuelles – cela signifie investir le temps et les ressources nécessaires pour favoriser la création de valeur à long terme.

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Le moment est venu d’adopter un nouveau modèle d’engagement actionnarial – un modèle qui renforce et approfondit la communication entre les actionnaires et les entreprises qu’ils possèdent. J’ai déjà écrit que les entreprises étaient trop centrées sur les résultats trimestriels; de la même manière, l’engagement des actionnaires a été trop focalisé sur les assemblées générales annuelles. Si l’on veut un engagement significatif et efficace – si nous nous concentrons collectivement sur les intérêts des actionnaires au lieu de gâcher du temps et de l’argent dans des « proxy fights » – alors il doit passer par des échanges toute l’année pour améliorer la création de valeur à long terme.

BlackRock reconnaît et assume sa responsabilité d’aider à conduire ce changement. Au cours des dernières années, nous avons concentré nos efforts pour faire évoluer notre approche, sous la direction de Michelle Edkins, notre responsable mondiale de l’équipe Investment Stewardship. Depuis 2011, Michelle a contribué à transformer nos pratiques d’une approche principalement axée sur les votes aux assemblées générales vers une approche basée sur l’engagement auprès des entreprises.

La croissance de l’investissement indiciel exige que nous amenions maintenant cette approche à un autre niveau. Reflétant l’importance croissance de l’Investment Stewardship, j’ai demandé à Barbara Novick, Vice-Présidente et co-fondatrice de BlackRock, de superviser les efforts de BlackRock en ce sens. Michelle continuera de diriger l’Investment Stewardship du groupe au quotidien. Nous avons également l’intention de doubler la taille de notre équipe Investment Stewardship au cours des trois prochaines années. Augmenter la taille de notre équipe va nous aider à développer un engagement encore plus efficace aux côtés de votre entreprise en établissant un cadre pour des échanges plus fréquents et approfondis.

Afin de rendre l’engagement avec les actionnaires aussi productif que possible, les entreprises doivent être en mesure de décrire leur stratégie de croissance à long terme. Je tiens à réitérer notre demande, formulée dans les lettres précédentes, que vous exprimiez publiquement le cadre stratégique de votre entreprise pour la création de valeur à long terme et que vous affirmiez explicitement que ce cadre a été examiné par votre conseil d’administration. Cela démontre aux investisseurs que votre conseil s’engage dans la direction stratégique de l’entreprise. Lorsque nous rencontrons des administrateurs, nous nous attendons également à ce qu’ils décrivent le processus de supervision de votre stratégie par le conseil d’administration.
Il est essentiel d’exprimer une stratégie de long terme afin de comprendre les actions et les méthodes d’une entreprise, son degré de préparation à des défis potentiels et le contexte dans lequel elle prend des décisions à court terme. La stratégie de votre entreprise doit dégager un chemin pour réaliser une performance financière. Cependant, pour maintenir cette performance, vous devez également appréhender l’impact sociétal de votre entreprise, ainsi que la manière dont les grandes tendances structurelles – de la croissance lente des salaires à l’automatisation croissante en passant par le changement climatique – affectent votre potentiel de croissance.

Ces plans stratégiques ne sont pas destinés à être gravés dans le marbre – ils devraient plutôt continuer à évoluer en même temps que l’environnement des affaires et reconnaître explicitement les sujets d’insatisfaction possibles pour les investisseurs. Bien sûr, nous reconnaissons que le marché est beaucoup plus à l’aise avec les résultats financier trimestriels qu’avec les discussions stratégiques complexes. Mais une cause majeure de la montée de l’activisme – et des luttes intempestives en assemblée générale – est que les entreprises n’ont pas été assez explicites sur leurs stratégies à long terme.
Aux États-Unis, par exemple, les entreprises devraient expliquer aux investisseurs comment les changements importants apportés à la législation fiscale s’inscrivent dans leur stratégie à long terme. Que ferez-vous avec l’augmentation des flux de trésorerie après impôt, et comment allez-vous l’utiliser pour créer de la valeur à long terme ? C’est un moment particulièrement délicat pour les entreprises pour expliquer leurs stratégies de long terme aux investisseurs. Les changements fiscaux encourageront les activistes avec des perspectives de court terme à exiger des réponses sur l’usage d’une trésorerie plus conséquente, et les entreprises qui n’ont pas encore développé et expliqué leurs stratégies auront des difficultés à se défendre contre ces campagnes. La réforme fiscale américaine n’est qu’un exemple – quelle que soit la juridiction d’une société, il est de votre responsabilité d’expliquer aux actionnaires à quel point les changements législatifs ou réglementaires auront un impact non seulement sur le bilan de l’année prochaine mais également sur votre stratégie de croissance à long terme.
Là où les activistes offrent des contributions de valeur – ce qui est plus souvent le cas que ce que certains détracteurs insinuent – nous encourageons les entreprises à entamer des discussions plus tôt, à s’engager avec des actionnaires comme BlackRock et à amener d’autres parties prenantes importantes à la table des discussions. Mais lorsqu’une entreprise attend une qu’une résolution actionnariale soit déposée pour engager une discussion ou ne parvient pas à exprimer sa stratégie de long terme d’une manière convaincante, nous considérons que l’opportunité d’un dialogue significatif a d’ores et déjà été manquée.

L’engagement du conseil dans l’élaboration de votre stratégie de long terme est essentiel, car un conseil engagé et une approche de long terme sont des indicateurs précieux de la capacité d’une société à créer de la valeur pour ses actionnaires à long terme. Tout comme nous cherchons à approfondir la discussion entre les entreprises et les actionnaires, nous demandons également aux administrateurs de s’impliquer davantage dans la stratégie de long terme d’une entreprise. Les conseils ne se rencontrent qu’occasionnellement, mais leur responsabilité est permanente. Les administrateurs dont les connaissances proviennent uniquement de réunions occasionnelles ne remplissent pas leur devoir envers les actionnaires. De même, les dirigeants qui considèrent les conseils d’administration comme une nuisance ne font que se nuire à eux-mêmes ainsi qu’aux perspectives de croissance à long terme de l’entreprise.

Nous continuerons également de souligner l’importance d’un conseil d’administration diversifié. Les conseils mélangeant genres, nationalités, expériences et façons de penser ont, à leur tour, une manière de penser plus diversifiée et plus avertie. Ils sont moins susceptibles de succomber à la pensée de groupe ou de passer à côté de nouvelles menaces pour le business model de l’entreprise. Et ils sont mieux à même d’identifier les opportunités qui favorisent la croissance de long terme.

De plus, le conseil d’administration est essentiel pour aider une entreprise à définir et à poursuivre son objectif, ainsi qu’à répondre à des questions de plus en plus importantes pour ses investisseurs, ses consommateurs et les communautés dans lesquelles elle opère. Dans le contexte actuel, ces parties prenantes exigent que les entreprises exercent un leadership sur un plus large éventail de questions. Et ils ont raison : la capacité d’une entreprise à gérer les questions environnementales, sociales et de gouvernance démontre la qualité du leadership et la bonne gouvernance qui sont si essentiels à une croissance durable. C’est pourquoi nous intégrons de plus en plus ces questions dans notre processus d’investissement.

Les entreprises doivent s’interroger : quel rôle jouons-nous dans la communauté ? Comment gérons- nous notre impact sur l’environnement ? Formons-nous une main-d’œuvre diversifiée ? Est-ce que nous sommes en train de nous adapter au changement technologique ? Fournissons-nous les formations et les opportunités dont nos employés et notre entreprise auront besoin pour s’adapter à un monde de plus en plus automatisé ? Utilisons-nous la finance comportementale et d’autres outils pour préparer les travailleurs à la retraite, afin qu’ils investissent de telle sorte que cela les aide à atteindre leurs objectifs ?

Alors que nous entrons en 2018, BlackRock est impatient de participer aux discussions sur la création de valeur à long terme et de travailler à l’élaboration d’un meilleur cadre pour servir toutes vos parties prenantes. Aujourd’hui, nos clients – qui sont les propriétaires de votre entreprise – vous demandent de faire preuve de leadership et de clarté, ce qui favorisera non seulement le rendement de leurs investissements, mais aussi la prospérité et la sécurité de leurs concitoyens. Nous sommes impatients de dialoguer avec vous sur ces questions.

Sincèrement,
Laurence D. Fink
Président-Directeur général »


Le guide de la finance alternative

En plein essor depuis 3 ans, la finance alternative fait beaucoup parler d’elle et vous vous y êtes peut-être déjà confronté sans le savoir. Peer-to peer, crowdfunding, cagnottes en lignes… ce financement alternatif envahit le marché français avec pas moins de 628 millions d’euros prêtés en 2016. Cette finance modifie le marché mais également le profil des investisseurs, souvent plus jeunes et moins traditionnel. L’occasion ici de découvrir les différents types de financements alternatifs, leur développement, ainsi que les principaux acteurs du marché.

Qu’est-ce que la finance alternative ?

L’expression « finance alternative » désigne l’ensemble des instruments de financement aux particuliers et aux entreprises proposés à travers de nouveaux canaux de distribution, qui se démarquent face au système financier traditionnel. Dans le langage courant, on utilise le mot crowdfunding, ou finance participative, en se référant à l’ensemble des formes de financement impliquant une plateforme web et des internautes.

Très critiquée lors de sa naissance, aujourd’hui la finance alternative connait un véritable essor. Les grandes banques d’investissement, ainsi que d’autres investisseurs institutionnels ont commencé non seulement à financer des projets à travers les nouveaux canaux proposés, mais également à acquérir des participations dans les sociétés qui mènent le développement de ces formes de financement. En 2015, 44% des sociétés opérant sur un segment de la finance alternative déclaraient la présence d’investisseurs institutionnels dans leur capital, contre 24% en 2013. Goldman Sachs a lancé en 2016 sa plateforme de prêts aux particuliers « Marcus » et BNP Paribas vient d’inaugurer un partenariat avec SmartAngels pour créer une plateforme offrant les titres de PMEs non cotées à travers la technologie Blockchain.
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Naissance et développement de la finance alternative

La naissance de la finance alternative a été poussée par deux événements majeurs : la crise économique de 2008, qui a fait douter de la fiabilité du système financier traditionnel, et la diffusion d’Internet et des réseaux sociaux. Plus précisément, la participation d’un grand nombre d’individus aux réseaux sociaux a fait gagner davantage d’importance à la voix collective des internautes sur l’attractivité d’un projet d’un individu ou d’une entreprise. De cette conception de l’espace Internet, les plateformes de la finance alternative trouvent leur légitimité.

Jusqu’à présent, beaucoup d’analystes et académiciens considéraient la finance alternative comme une mode, destinée à s’évanouir au bout de quelques années. Une récente étude menée par l’Université de Cambridge, en collaboration avec le cabinet d’études d’EY, a démontré non seulement que les instruments de la finance participative sont en train de se répandre très rapidement, mais qu’ils attirent également les investisseurs institutionnels, à la recherche d’investissements capables d’améliorer les retours de leurs portefeuilles ou de réduire leurs frais de fonctionnement.

Ainsi, le développement de ce marché s’est envolé depuis les quatre dernières années. En 2015, le volume d’affaires de la finance alternative en Europe a atteint le montant de 5,4 milliards d’euros, enregistrant une augmentation de 92% par rapport à l’année précédente. Le Royaume-Uni s’avère être le marché dominant en Europe, avec 81% des opérations européennes réalisées sur son territoire et 94 plateformes en 2016. La France représente le deuxième marché européen, avec un volume d’affaires en 2016 s’élevant à 319 millions d’euros et 39 plateformes présentes. Au niveau mondial, la Chine et les Etats-Unis dominent la scène, avec un volume d’affaires en 2016 respectivement 17 fois et 6 fois plus élevé que le niveau européen.

Pour mieux appréhender ce secteur, il faut pouvior distinguer les différents segments de la finance alternative.
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Peer-to-peer lending (P2P)

Le peer-to-peer lending, abrégé en P2P et connu aussi sous le nom de social lending, est une forme de financement qui permet aux particuliers et aux entreprises d’accéder au crédit sans passer par un intermédiaire financier. Il existe sous deux formes : consumer et business lending.

Le P2P consumer lending permet à un particulier de souscrire un prêt personnel avec plusieurs individus ou institutions, donnant une petite tranche du prêt à chacun, sans offrir de garanties. Les institutions financières détenant les plateformes permettent la rencontre entre les différents acteurs et gèrent les échanges financiers. Elles facilitent également l’accès au financement à des emprunteurs qui auront été rejetés par les institutions financières traditionnelles. Les intérêts à payer sur ces prêts peuvent être plus élevés que ceux des prêts traditionnels, mais le P2P consumer lending demeure très attractif car il élimine tout frais de dossier, coût d’intermédiation et autres frais bancaires. Les préteurs, de leur côté, doivent être prêts à accepter un risque de défaut élevé de la contrepartie.

Le P2P business lending permet aux PMEs et ETIs d’obtenir un crédit de financement de la part d’un groupe d’investisseurs (soit particuliers, soit institutionnels), en évitant la préparation d’un dossier pour une banque ou intermédiaire traditionnel et sans forcément donner des garanties en contrepartie. Cela permet un accès plus rapide au crédit à un coût compétitif par rapport aux prêts traditionnels. En même temps, les investisseurs peuvent bénéficier de l’efficience de la plateforme dans la gestion des transferts d’argent, tout en profitant d’un risque de défaut relativement faible.

Le P2P lending est le segment le plus important de la finance alternative, générant plus de 55% du volume total d’affaires du marché. En France, le chiffre d’affaires dégagé par ce business est passé de 43,2 millions d’euros en 2013 à 183 millions d’euros en 2015.

Acteurs majeurs : Prexem (France), Zopa (USA), Lending Club (USA), Prosper (USA), Upstart (USA), Funding Circle (UK), RateSetter (UK), Auxmoney (Allemagne), CreditGate24 (Suisse), Younited Credit (France), Bondora (Estonie), Geldvoorelkaar (Pays-Bas), Fixura (Finlande), Lendix (France), Mintos (Lituanie), ThinCats (UK), Smartika (Italie), Comunitae (Espagne)

Equity crowdfunding

L’equity crowdfunding, ou equity-based crowdfunding, est une forme de finance participative destinée principalement aux entrepreneurs et PME. Elle permet à ces acteurs d’attirer des investisseurs privés, ainsi que des sociétés de capital-investissement, à travers la promotion de leur business model sur une plateforme web. Les adhérents au projet reçoivent des titres de capital en fonction de leur participation financière. Ils deviennent des actionnaires à part entière de la société et, pour cela, leur rémunération est représentée par les dividendes éventuellement versés par la firme et le capital gain qu’ils peuvent réaliser sur la vente de leurs titres de participation.

L’equity crowdfunding représente le deuxième segment d’activité de la finance participative, avec un volume d’affaires en Europe s’élevant à 159 millions d’euros en 2015. En France, ce secteur a connu une croissance significative, à plus de 298% entre 2014 et 2015 et un chiffre d’affaires s’élevant à 76 millions d’euros en 2015.

Acteurs majeurs :  CircleUp (USA), AngelList (USA), Gust (USA, active en France aussi), Crowdfunder (USA), Anaxago (France), Happy Capital (France), SmartAngels (France), Companisto (Allemagne), Crowdcube (UK), Seedrs (UK), Seedmatch (Allemagne), MyMicroInvest (Belgique), Symbid (Pays-Bas), SyndicateRoom (UK).

Reward-based crowdfunding

Le reward-based crowdfunding est une forme de financement participatif qui prévoit un don en échange d’argent. Il s’agit du segment le plus créatif de la finance alternative car il permet à une multitude de projets d’obtenir des ressources financières. Entrepreneurs, artistes, sociétés technologiques, PMEs ont utilisé le reward-based crowdfunding, non seulement pour obtenir des emprunts financiers, mais aussi pour créer une base de consommateurs à laquelle elle pourra offrir un prototype, obtenir une approbation collective de leur projet, inclure des suggestions provenant de la part de ces consommateurs et créer des partenariats avec d’autres sociétés.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette forme de financement existe depuis longtemps. En 1885, John Pulitzer a lancé une campagne publicitaire à travers son journal « The World » pour financer la création du piédestal et l’installation de la Statue de la Liberté. En échange de la participation financière, l’éditeur américain avait dédié une édition spéciale de son journal aux contributeurs du projet, en publiant noms et prénoms.

En 2015, le volume d’affaires de cette forme particulière de financement s’élevait à 139 millions d’euros, dont 48 millions d’euros générés en France. Toutefois, son taux de croissance annuel en 2015 s’élève à 35%, niveau relativement faible comparé à celui d’autres branches de la finance participative.

Acteurs majeurs : Kickstarter (USA), Indiegogo (USA), Ulule (France), KissKissBankBank (France), Goteo (Spain), Boomerang (Danemark), Derev (Italie), Wemakeit.ch (Suisse).

Invoice trading

L’invoice trading est le segment de la finance alternative qui a pour ambition de bouleverser le monde de l’affacturage. Le concept derrière cette forme de financement est très simple : à travers une plateforme online, il permet à une entreprise de type PME de financer son besoin en fonds de roulement en cédant ses créances à un groupe d’investisseurs individuels ou institutionnels. La nouveauté réside dans les acteurs qui gèrent ce type de business : des start-ups et des Fintechs qui permettent aux investisseurs de choisir directement la facture et l’entreprise à financer.

Lors de sa naissance, l’invoice trading enregistrait un chiffre d’affaires d’environ un million d’euros en 2013, entièrement réalisé au Royaume-Uni. En 2015, le volume d’affaires s’élevait à 81 million d’euros, ce qui correspond à un taux de croissance moyen de 877% en seulement 3 ans. Il s’agit du 4ème segment de la finance alternative par volume d’affaires.

Acteurs majeurs : FinexCap (France), Créancio (France), MarketInvoice (UK), Sancus Finance (UK), Iwoca (UK), Cashinvoice (Italie), CashMe (Italie), Credimi (Italie), Crowdcity (Italie), Workinvoice (Italie).

Real Estate Crowdfunding

Le Real Estate Crowdfunding permet aux investisseurs de financer des projets immobiliers, en investissant dans un bien immobilier, en achetant des parts de capital ou en finançant la construction d’un bien, directement sur la plateforme online. Il s’agit d’une forme de financement de l’investissement immobilier très jeune et très attirante pour tout investisseur souhaitant diversifier un portefeuille d’actifs. En effet, cela leur permet de gagner une exposition directe aux projets immobiliers, sans passer par des agences ou d’autres investisseurs institutionnels tels que les REITs (Real Estate Investment Trustee).

Ce segment de la finance alternative est très jeune : les premières données ont été collectées en 2014 et on estime un chiffre d’affaires européen de 27 millions d’euros en 2015.

Acteurs majeurs : Co-owning (Sweden), TheHouseCrowd (UK), Companisto (Allemagne), PropertyMoose (UK), Lymo (France), WiSeed (France), Fundimmo (France), Immoinvesting (France).

Autres formes

D’autres segments de la finance alternative existent tels que le financement de la dette d’une PME par crowdfunding (crowd funded debt-based securities) ou la participation au profit de l’entreprise à travers ce qu’on appelle le profit-sharing crowdfunding. Il s’agit d’une variante de l’equity crowdfunding qui prévoit la possibilité de participer à la répartition du profit de l’entreprise. En Europe, ces deux segments de la finance alternative sont encore très jeunes et peu développés ; en 2015, on estime un volume d’affaires respectivement de 11 millions d’euros et 540 000 euros.

 

La finance alternative ou participative est une branche de la finance dynamique et innovante, elle met au défi le système financier traditionnel. Les plateformes gérées par les Fintechs permettent aux entreprises de réduire les coûts d’accès au financement et d’externaliser la rencontre avec un plus grand nombre d’investisseurs potentiels. Ces deux aspects contribuent sans doute à la croissance et à l’affirmation du marché de la finance alternative malgré les voix s’élevant pour une régulation de ce système : à titre d’exemple (absurde), en 2014, un projet de financement d’une salade de pommes de terre a permis de réunir 55 000 dollars sur Kickstarter.

 

Valentina Guerra, étudiante à Dauphine et contributrice du blog AlumnEye


Bankin, la fintech française aux 2 millions d'utilisateurs

C’est une interview inédite que nous vous proposons. Vous utilisez sans doute l’application Bankin dans votre quotidien mais qui se cache derrière ? Nous vous proposons le portrait de Joan BURKOVIC, fondateur de cette startup incontournable de la fintech. Une interview qui met en lumière cet entrepreneur unique. L’occasion de découvrir son parcours riche en enseignements, et son analyse de l’univers des fintechs.

Pour commencer, la rumeur dit qu’AlumnEye et Bankin étaient voisins dans les couloirs de l’incubateur de l’ESSEC, c’est vrai ?

Oui c’est véridique. J’y ai rencontré Mike et aujourd’hui nous vivons la même aventure, c’est toujours agréable de suivre nos évolutions et de prendre des nouvelles.

 

Quel est votre parcours ?

Mon parcours scolaire commence par un BAC Scientifique à Chantilly, ville dans laquelle j’ai grandi, puis j’ai poursuivi mes études à HEC Lausanne (ayant la double nationalité franco-suisse) pendant deux ans et à HEC Montréal une année. Cependant, après ces trois ans en école j’ai décidé de me consacrer à ma passion, la musique. En 2008, j’ai décidé de reprendre les études en passant le concours des admissions parallèles, grâce auquel j’ai intégré l’ESSEC. Pendant ma scolarité j’ai créé « Plaidessec », le concours d’éloquence de l’ESSEC, qui a d’ailleurs toujours lieu. Mais c’est durant un cours de chinois que j’ai rencontré Robin Dauzon avec qui j’ai créé Bankin. On avait tous les deux des compétences complémentaires puisque lui était ingénieur en informatique après des études à EPITA. Notre première création fût « Ebay Sniper », il s’agissait d’un logiciel sur Ebay qui posait une enchère à la dernière seconde si le prix maximum qu’on s’était fixé n’était pas atteint. Ce premier projet nous a permis de récolter une petite mise de départ pour notre second projet, Bankin. Nous avons créé Bankin à partir d’un constat personnel : en tant qu’étudiants on a toujours eu du mal à gérer notre argent donc nous nous sommes naturellement tournés vers cette problématique de la gestion d’argent.

Bankin c’est quoi ? Quelques chiffres à partager sur l’application ?

A la création de Bankin en 2011, nous nous sommes fixés une mission : simplifier la gestion d’argent. A l’époque, nous étions quasiment la seule application permettant de consulter ses comptes bancaires directement sur son smartphone, et ce, bien avant la plupart des banques. Au lancement de notre projet on nous répondait qu’il n’allait pas fonctionner, que personne ne téléchargerait l’application mais ce fût un vrai succès, nous avons eu des milliers de téléchargements.
Aujourd’hui nous avons 2 millions d’utilisateurs répartis en France, Allemagne, Espagne et Angleterre et plus de 350 banques compatibles avec l’application. Nous sommes devenus l’application leader de la gestion d’argent grâce à notre équipe de 40 personnes qui réalise un travail remarquable.

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Quels sont vos enjeux du moment ?

Continuer notre mission de base, c’est-à-dire aider les gens à gérer leur argent. Pour cela nous développons de nouvelles fonctionnalités à notre application comme la dernière qui permet d’effectuer des virements. Mais on se tourne également vers le conseil, nous créons un coach virtuel pour aider nos clients à gérer leur argent. Par exemple, le coach virtuel conseille d’effectuer des virements entre comptes afin d’éviter des découverts. On souhaite continuer sur notre idée de départ, c’est-à-dire rendre la gestion de son argent plus simple.

Quel avenir pour Bankin ?

On souhaite devenir le leader Européen incontesté du conseil financier sur mobile d’ici 3 ans.

Votre plus grande fierté ?

Deux choses me rendent fière. La première c’est notre équipe, grâce à qui nous sommes à la pointe de l’innovation, aucune autre entreprise ne sait faire ce que l’on fait, nous sommes les premiers sur le marché. La deuxième chose c’est la fierté d’aider les gens. Nous avons plus de 20 000 commentaires 5 étoiles qui montrent que notre service a un fort impact dans le quotidien de nos utilisateurs. L’argent est un sujet compliqué, anxiogène et ennuyeux, et nous le rendons simple, positif et agréable. 

Votre plus grosse galère ?

Les 7 premières années. Nous nous sommes attaqués à un secteur pas toujours accueillant à la venue de nouveaux acteurs innovants. Je passe beaucoup de temps à faire du lobbying pour créer un environnement favorable à l’innovation des fintechs. De plus la gestion interne de nos finances fût stratégique, il fallait être malin et faire les bons choix car nous avons vécu 6 ans avec seulement 1,4 million d’euros, ce qui est très peu pour une start-up qui fait du B2C. Nous avons fait notre première levée importante avec 7 millions d’euros qu’en début d’année 2017.

 

L’Europe a voté en 2015 une résolution pour un secteur financier européen plus concurrentiel et plus innovant. Avoir un marché unique connecté est l’une des priorités politiques de la commission Juncker. La réglementation bancaire est-elle un outil de blocage au service des banques traditionnelles, ou une opportunité pour vous et pour les Fintechs ?

Comme beaucoup de startups de la Fintech à la pointe de l’innovation, nous évoluons depuis 7 ans dans un cadre juridique et réglementaire complexe avec beaucoup d’incertitudes. Mais à partir du 13 Janvier 2018 Bankin est dorénavant reconnu officiellement comme un « établissement de paiement ». Nous respectons donc un cadre réglementaire très stricte, mais officiel au même titre que les banques. Et surtout, cette réglementation nous facilite un accès à plus de 4000 banques dans toute l’Europe.

Quel conseil pour un ingénieur qui sort d’école et est attiré par les Fintechs ?

Tout d’abord ne pas croire qu’il faut connaitre la finance pour entrer dans la Fintech. Chez nous les ingénieurs n’ont pas travaillé en finance auparavant mais ils ont déjà travaillé sur des applications ou sur des technologies innovantes. La Fintech recherche des personnes passionnées prêtes à relever des défis et à apprendre constamment. De plus les innovations en Fintech BtoC sont immédiatement utilisées par des millions de personnes avec un impact direct dans la vie au quotidien. 

Quel conseil pour son homologue d’école de commerce qui ne touche pas une bille en code mais s’intéresse aux Fintechs ?

Il faut absolument avoir un esprit entrepreneurial. Les Fintechs sont des startups innovantes, il faut aimer être en constante évolution, aller vers l’inconnu, tester de nouveaux produits, échouer et réessayer. Il faut aller vite, très vite !

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Un message à faire passer aux lecteurs du blog AlumnEye ?

C’est un message pour les 20-35 ans : ne pas hésiter à tenter, c’est maintenant qu’il faut le faire !  C’est un âge où l’on est assez libre de tester des choses car on n’a pas encore de vie de famille ou des impératifs financiers importants. Si on ne tente pas les choses à cet âge, on ne le fera peut-être jamais. C’est aussi important de dire que ce n’est pas grave de se planter, tout essai est bon pour apprendre.
Deuxième message, si les lecteurs veulent participer à une aventure innovante à fort impact ne pas hésiter à aller voir la section job de notre site bankin.com et à postuler.

 

Merci à Joan Burkovic d’avoir accepté de répondre à nos questions !

Interview réalisée par Arthur Pointet, étudiant à KEDGE Business School et contributeur du blog AlumnEye


Privatisation d'Aéroports de Paris : quels enjeux ?

L’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République a lancé les rumeurs sur la privatisation du groupe ADP. Pour rappel, ce dernier avait désengagé l’Etat des aéroports de Toulouse, Lyon et Nice lorsqu’il était ministre de l’Economie entre 2014 et 2016. Selon plusieurs sources, il avait envisagé la privatisation d’ADP en 2015 puis abandonné suite au refus du premier ministre, Manuel Valls. Nul doute que ses nouvelles fonctions lui permettront d’avancer sur le sujet, comme en témoigne l’annonce par l’exécutif de la création d’un fond pour l’innovation financé par des cessions de participations. Au-delà de l’agenda politique, cette privatisation est-elle souhaitable ?

Engager la réflexion

Les privatisations posent la question du rôle de l’Etat dans l’économie. Elles sont perçues par leurs détracteurs comme des renoncements face aux marchés financiers et à l’Union Européenne, qui encadre les interventions étatiques au sein du marché commun. Pour dépasser les clivages idéologiques, le régime de propriété doit s’envisager selon des indicateurs de performance opérationnelle, commerciale et financière. Les expériences à l’étranger peuvent servir d’appui à cette réflexion, cependant il n’existe pas de consensus : aux Etats-Unis, pourtant attachés au libre marché, les aéroports appartiennent tous aux pouvoirs publics. A l’inverse, la politique engagée par Margaret Thatcher en Angleterre a permis la privatisation de nombreux aéroports dont London Heathrow, aujourd’hui premier d’Europe en nombre de passagers. La solution retenue pour ADP devra également concilier les intérêts des parties prenantes. En particulier, la valorisation des parts fera l’objet de tractations entre l’Etat, le groupe ADP et les acheteurs. Selon Les Echos, la préparation de ce juteux deal a été obtenue par Crédit Suisse du côté de l’Etat français et Goldman Sachs et BNP Paribas du côté d’ADP. Concernant les acheteurs, le groupe Vinci, actif dans le secteur aéroportuaire à travers sa filiale Vinci Airport et détenteur de 8% du capital d’ADP est pressenti pour augmenter sa présence en cas de privatisation. Les instances de représentation du personnel, les collectivités territoriales et les syndicats des professions aériennes ne manqueront pas non plus de s’impliquer dans le dossier. Cette multiplicité d’acteurs aux points de vue parfois divergents rend l’exercice d’objectivation d’autant plus nécessaire.
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Le monopole n’est pas un frein à la privatisation

La spécificité du groupe ADP tient à sa position monopolistique : en effet, les coûts fixes liés aux infrastructures aéroportuaires favorisent l’entreprise déjà en place en raison de sa capacité à générer des économies d’échelle. La présence de l’Etat au capital du groupe peut donc s’envisager sous l’angle de la régulation économique. Pourtant, cet argument est ici insuffisant.  

L’intervention de l’Etat est justifiée pour les monopoles où l’importance des coûts fixes, notamment d’infrastructure, empêche d’atteindre le seuil de rentabilité. Le cas échéant, les subventions publiques versées aux entreprises déficitaires permettent de maintenir leur opérabilité. Ce scénario est inexistant chez ADP car les redevances aéroportuaires versées par les compagnies aériennes et les recettes issues des commerces et du foncier permettent de financer les coûts fixes liés aux infrastructures, comme en témoigne la rentabilité du groupe (marge nette de 15% en 2016). De manière plus générale, les Etats lourdement endettés peuvent être tentés de réduire leurs subventions aux aéroports à travers des privatisations, sources d’amélioration de la rentabilité et d’accès aux financements privés. L’augmentation continue du trafic aérien et les besoins en investissements associés, qui pèsent sur les finances publiques des Etats détenteurs d’aéroports, alimentent ces considérations et ont contribué à l’ouverture du capital d’ADP en 2006.

La présence de l’Etat peut aussi servir à empêcher les abus des monopoles. En effet, ces derniers sont libres de fixer leurs prix afin de maximiser leurs bénéfices au détriment de l’optimum sociétal qui requiert l’égalisation du prix et du coût marginal de production. Pour pallier cet effet, un Contrat de Régulation Economique (CRE) est négocié tous les quatre ans entre l’Etat et ADP afin d’encadrer les montants des redevances aéroportuaires réclamées par ADP aux compagnies aériennes et de tendre vers des tarifs optimaux pour les deux. Ce contrat, mis en place au moment de la privatisation partielle d’ADP en 2006, pourra être maintenu en cas de nouveau désengagement de l’Etat. Cependant, des craintes existent sur les impératifs de rentabilité des actionnaires privés et leurs potentiels effets à la hausse sur le montant des redevances aéroportuaires ou à la baisse sur le montant des investissements productifs. L’aéroport de Toulouse par exemple a vu une hausse des prises de dividendes après l’arrivée d’actionnaires chinois à hauteur de 49,99% de son capital. Pour l’instant, ADP reverse 60% de son résultat net en dividendes mais ce chiffre est susceptible d’augmenter en cas de privatisation. Le cas échéant et afin d’éviter une augmentation des redevances, la baisse des bénéfices non redistribués devra être compensée par une augmentation de la productivité du groupe.
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Privatisation : ne pas surestimer les effets bénéfiques

Ainsi, la nature monopolistique du groupe ADP ne semble pas préjudiciable à une privatisation en raison de sa bonne rentabilité qui lui permet d’autofinancer ses activités et à la condition qu’une régulation soit maintenue en place pour encadrer les redevances aéroportuaires, les investissements et la qualité de service. Cependant, l’absence d’obstacle à la privatisation ne constitue pas nécessairement une porte ouverte à sa mise en place. En effet, il a été démontré que les gains de productivité issus des privatisations des entreprises publiques sont en partie imputables au cadre incitatif qui les accompagne, sous forme de règles interne de corporate gouvernance et de reddition des comptes. Or, ce cadre peut exister indépendamment d’une privatisation. Les anglo-saxons utilisent le terme de corporatisation pour désigner la mise en place de principes de management proches du secteur privé au sein d’une entreprise détenue en majorité par les pouvoirs publics. Ces principes sont axés autour de la recherche de rentabilité et d’autofinancement, grâce au développement des activités commerciales et à une plus grande place accordée à la relation clients. L’ouverture du capital d’ADP en 2006 a permis d’introduire ces principes, désormais solidement ancrés dans la stratégie du groupe sans avoir eu recours à une privatisation totale. De plus, il a été démontré que les gains issus des privatisations sont plus importants si l’entreprise concernée évolue dans un environnement concurrentiel. Or, le groupe ADP qui concentre le trafic aérien parisien à travers ses aéroports de Roissy et d’Orly est peu exposé à la compétition. L’exemple Londonien a montré qu’il était possible d’ouvrir la propriété des aéroports à la concurrence, mais cela constitue un enjeu de politique industrielle éloigné des considérations actuelles du gouvernement.

De la bonne utilisation des fonds publics

Finalement, une solution intermédiaire consisterait à réduire la présence de l’Etat au capital d’ADP sans passer sous le seuil de la minorité de blocage, soit un tiers des voix plus une, afin de conserver son veto sur les décisions hautement stratégiques telles que le changement de membres, de statut ou de caractéristiques de la société. Cependant, cette décision ne serait pas sans conséquences sur les capacités de financement d’ADP, qu’une privatisation totale aurait le mérite d’élargir. Selon la Cour des Comptes, « le blocage des participations au-dessus d’un seuil souvent symbolique pénalise les entreprises en limitant les possibilités d’évolution de leur capital, l’Etat refusant d’être dilué ou n’ayant pas les moyens de suivre une augmentation de capital ».

 

Les enjeux de la privatisation d’ADP oscillent entre accès aux financements et bonnes pratiques du secteur privé d’une part et nécessité de conserver la mainmise de l’Etat sur des infrastructures stratégiques d’autre part. Indifféremment de la direction choisie, le risque de faire fausse route est minime en raison des mécanismes de compensation qui existent : présence d’actionnaires privés au capital et corporatisation si l’Etat décide de maintenir le statu quo et pouvoir du régulateur s’il décide de se désengager. En l’absence de solution uniformément supérieure, l’argument décisif pour la privatisation porte sur l’utilisation des recettes dégagées en faveur d’une politique industrielle innovante et tournée vers les enjeux industriels de demain. A ce titre, le fond pour l’innovation qui aura pour vocation d’accompagner des projets dans les domaines de l’intelligence artificielle ou de la réalité augmentée est prometteur.

 

Matthieu Caron, étudiant à Sciences Po et contributeur du blog AlumnEye


La France rate le virage de la robotique

Les robots humanoïdes cultivent les fantasmes et l’imaginaire des auteurs et cinéastes de science-fiction. Loin de ces représentations populaires, les entreprises, elles, ont depuis longtemps intégré la robotisation dans leur outil de production : les bornes de commandes de McDonalds ou encore de Pepper, le robot humanoïde développé par l’entreprise française Aldabaran Robotics et par Softbank, que l’on a vu à la SNCF, chez Nescafé, etc. Ainsi, le marché des robots se segmente comme suit : robots personnels et robots professionnels, eux même subdivisés en deux sous-segments, les robots de services et les robots industriels. Ces derniers, moins visibles du consommateur, font donc désormais partie intégrante du processus de production des entreprises industrielles et sont un facteur de gain de productivité et d’efficience. La France, réputée pour la qualité de ses ingénieurs et de sa recherche, semble pourtant ne pas avoir pris le virage radical de la robotisation industrielle.

 

Une robotisation à deux, voire trois vitesses

Le marché mondial de la robotique industrielle a été évalué à $11.1 Md en 2015 selon une étude du cabinet Xerfi. Cette même année 254 000 unités robotiques ont été vendues à des fins industrielles dans le monde, soit une hausse de 15% par rapport à 2014. Et cette dynamique s’est maintenue en 2016, avec des ventes culminant à 290,000 unités, soit une augmentation de plus de 14%. Ainsi les robots sont de plus en plus présents dans les entreprises.

Le marché de la vente de robots à usage industriel est attendu en croissance. Selon le cabinet britannique Technavio, le marché mondial des services en robotique industrielle devrait croître annuellement de 9% sur la période 2017-2021. Le développement de l’IoT (Internet of Things) permet aux fabricants de robots de proposer des services à distance rendant la robotisation de plus en plus nécessaire au maintien d’une forte productivité et d’une forte compétitivité.

Ventes mondiales de robots industriels (milliers)

Source : IFR (International Federation of Robotics)

 

Cette croissance cache des disparités fortes. Actuellement, le marché est dominé par 5 pays, qui représentent 75% des ventes mondiales. Dans l’ordre : la Chine, la Corée du Sud, le Japon, les États-Unis et l’Allemagne.

Ventes de robots industriels – 2016

Source : IFR (International Federation of Robotics)

 

L’avance de ces pays s’explique par des raisons propres à chacun d’entre eux. En Chine, le gouvernement a pris acte de son changement de modèle économique et social. Après la fin de la politique de l’enfant unique et l’émergence d’une nouvelle classe moyenne, l’ancienne « usine du monde » voit en la robotique un relais de croissance. D’ailleurs, le treizième plan quinquennal chinois (2016-2020) consacre l’importance de la robotique industrielle, en instituant des investissements massifs dans les robots.

En Corée du Sud, les aides publiques ont aussi soutenu le marché de la robotique. En effet, toute entreprise bénéficie d’un abattement fiscal de 7% sur les investissements en robotique. Par ailleurs, elle a mis au cœur de sa stratégie économique la robotique en la reconnaissant officiellement comme l’un des principaux moteurs de croissance. Enfin, le pays peut compter sur un terreau d’entreprises technologiques capables de se réunir en consortium pour développer et produire des robots (Samsung, LG, Hyundai, etc.).

Les américains, quant à eux, peuvent compter sur certaines de leurs entreprises (Amazon en tête) et leur culture du capitalisme pour accroître leur nombre de robots industriels. Les Allemands, eux, d’une culture industrielle prononcée, voit dans les robots une manne pour conserver la compétitivité de leur tissu industriel à l’échelle mondiale.

En termes de stock, ce sont les japonais qui sont sur la première marche du podium, et comptent 297,000 unités robotiques. Les chinois, qui ont fait le pari de la robotique quelques années après leur voisin de l’est, devraient très rapidement s’accaparer cette première place. C’est 1.5 millions d’unités robotiques additionnelles qui sont attendues d’ici 2020 dans l’Empire du milieu. En termes de densité (unités de robots pour 10,000 travailleurs), c’est la Corée du Sud qui fait figure de tête de proue, avec 531 robots pour 10,000 employés.

Source : IFR (International Federation of Robotics)

 

 

Les relais de croissance apportés par la robotique industrielle

La robotisation de l’industrie comporte de nombreux avantages, d’où sa croissance rapide. Déjà, cette modernisation de l’outil industriel permet des gains de productivité importants. A l’heure où la production par unité de facteur (capital et travail) a atteint son maximum dans nos économies développées et notamment en France, l’avènement de la robotique doit permettre de casser ce plafond et d’atteindre une productivité compétitive. Car c’est bien l’enjeu majeur, la compétitivité de l’appareil industriel d’un pays, qui permet de créer une dynamique économique pouvant entrainer l’ensemble des activités d’une nation. Dans une récente interview accordée à BFM Business, Louis Gallois, ancien CEO d’EADS, actuel prédisent du conseil de surveillance de PSA et auteur d’un rapport éponyme sous l’ère Sarkozy, insiste sur le fait qu’une réindustrialisation d’un pays et de la France en particulier n’a pas vocation à faire diminuer le chômage mais bien à créer une spirale vertueuse de croissance économique. La Corée du Sud, qui dispose du taux de robotisation le plus élevé, affiche fièrement une économie avec un plein emploi, c’est-à-dire un taux de chômage d’environ 4%.

De manière plus opérationnelle, la robotique industrielle favorise le raccourcissement du cycle de production, l’amélioration de la qualité du travail (élimination des travaux dangereux et dégradants) et est dorénavant accessible à tous les acteurs, même les PME. A titre d’exemple, l’entreprise Niry One a créé un bras industriel à 6 axes, imprimé en 3D et dont le code sera diffusé en open source sur GitHub, un des moins chers du marché.

Enfin, de nouvelles applications devraient rendre encore plus efficient l’usage des robots dans nos entreprises, notamment la « cobotisation ». Le cobot se définit comme un robot collaboratif pouvant travailler sans barrière de sécurité à proximité d’un opérateur selon Jacob Pascual Pape, Directeur EMEA d’Universal Robots. Le robot joue alors le rôle d’assistant, pouvant décupler les performances du travailleur.

A l’heure où la croissance des pays développés reste faible, un regain de productivité pourrait alimenter la machine économique et aider les pays développés à retrouver des taux de croissance économique à plus de 3%.

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La France, championne du retard

L’industrie la plus consommatrice de robotique industrielle est celle de l’automobile (70% du marché), puis l’électronique (18%), la métallurgie venant compléter le trio de tête (13%). Les leaders du secteur, surnommés les Big 4 de la robotique, sont Kuka, Fanuc, ABB et Yaskawa Motoman.

La France, en termes de densité, qui est l’indicateur phare pour mesurer l’essor de la robotique professionnelle industrielle dans un pays, est à la traîne par rapport à ses homologues européens. En effet, la France n’a consommé « que » 3 045 unités de robots en 2015, alors qu’Outre Rhin, 20 100 robots sont établis. Pis, l’hexagone ne comptabilise que 127 robots pour 10,000 travailleurs. Néanmoins, la France dispose d’atouts dans cette course à la robotisation, notamment grâce à la qualité de la formation de ses ingénieurs. Ainsi, l’Hexagone dénombre 46 laboratoires de robotiques et 1,300 chercheurs ingénieurs qui ont à charge de faire avancer l’état des connaissances actuelles. La France souffre de son écueil habituel, à savoir un goût du risque et du capitalisme moins développé que la plupart de ses voisins. Ainsi, l’écosystème d’ETI français, bien moins développé que l’allemand, n’a pas investi dans cette technologie au même rythme que son voisin d’Outre-Rhin. Par ailleurs, la relative faiblesse de l’industrie française joue en défaveur du développement de la robotique professionnelle qui est consommée principalement par les secteurs tels que le textile, l’automobile, l’industrie lourde, etc.

Enfin, les politiques publiques ont certainement pris conscience de l’importance de la robotique avec un temps de retard, le premier plan de robotisation « Nouvelle France Industrielle » n’arrivant qu’en 2013.

A l’aune de ces informations, il est évident que certains pays ont pris le pas sur le marché de la robotique industrielle. La culture asiatique paraît propice au développement de cet outil productif, alors que la France a tardé à prendre le train de la robotisation déjà en marche.

 

Certains freins à son expansion persistent

Cependant, des forces divergentes peuvent contraindre à son expansion. Dans un premier temps, les craintes face à la substitution des robots aux travailleurs endiguent l’accroissement de la robotique. Il faut rester lucide face à cette question. L’OCDE évalue à 9% la part des emplois à risque dans ses pays membres. Il s’agit d’emplois peu qualifiés mais ceci est une donnée brute, qui ne prend pas en compte les créations d’emplois permis par la robotisation. Par ailleurs, le Centre Européen pour la Recherche Economique établit une corrélation positive entre le nombre de robots et le nombre d’employés. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que parmi les 13 pays disposant d’une densité robotique plus élevée que dans l’Hexagone, aucun n’affiche un taux de chômage conjoncturel ni structurel supérieur à celui de la France. Par ailleurs les ETI en France sont moins impliquées, elles ne possèdent pas cette culture du risque et de l’innovation par rapport à leurs voisines européennes. La France devrait s’inspirer des « champions cachés » allemands, ces acteurs leaders de marché de niche ou dans le top 5 des marchés plus importants. Enfin, historiquement, la France a toujours eu de l’avance en matière de software, et du retard en matière d’hardware. Cela est dû à la force de la Recherche française, internationalement reconnue comme l’une des plus compétitive. Nous constatons ainsi que la France produit les logiciels utilisés par les robots, mais pas les robots eux-mêmes. Cette dynamique, si non impulsée par les entreprises, doit trouver un autre lanceur.

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L’Etat, acteur incontournable

L’Europe a constitué le programme ECHORD ++ (European Coordination Hub for Open Robtics Development) dont l’objet est de promouvoir à l’échelle européenne les interactions entre les fabricants de robots, les chercheurs et les utilisateurs finaux pour favoriser le développement de l’industrie robotique. La France, quant à elle, au travers de son plan pour l’industrie du futur, a lancé l’Alliance pour l’Industrie du Futur en 2015. L’objectif est « d’orchestrer la renaissance industrielle de la France » grâce à la réunion d’acteurs scientifiques, universitaires et industriels coordonnés à l’échelle régionale. Fin 2016, ce sont 4 100 entreprises qui ont été accompagnées, dont ADS. L’entreprise ADS a ainsi pu concrétiser son projet d’investissement dans un robot de peinture 6 axes pour fabriquer ses lunettes haut de gamme made in France. Au succès croissant, l’entreprise faisait face à des difficultés liées au triptyque industriel coût- délai-qualité. Le robot a redynamisé le travail des 19 salariés, amélioré la productivité et la qualité de la production, et a entraîné l’emploi de 3 nouveaux salariés.

Proposition phare du programme de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon, soutenue par Yanis Varoufakis et reprise par Bill Gates, l’idée d’une taxe sur les robots fait planer un sentiment d’incertitude sur l’économie française. Le but de cette taxe, selon ses défendeurs serait de rééquilibrer les forces entre le facteur travail et les robots, pour que ces derniers aussi paient des cotisations sociales et autres charges. Même Robert Shriller, prix Nobel d’économie en 2013 pour ses travaux sur la volatilité des marchés financiers, s’est rallié à la cause d’une taxe sur les robots, mais pour financer la reconversion professionnelle de ceux ayant perdu leur emploi. Par ailleurs, même s’il y avait des destructions d’emplois, il y aura aussi des créations et il est loin d’être admis que cette équation aurait un solde négatif. Les études et autres rapports de recherche donnent des résultats contrastés concernant la création ou la destruction nette d’emplois. N’oublions pas que la majorité des emplois de demain n’existe pas encore aujourd’hui. Puis, une taxe sur les robots en France aurait pour effet immédiat une perte sèche de compétitivité à l’échelle mondiale. Sous couvert de justice sociale, certains semblent prêts à gripper l’économie en oubliant que, si la robotisation n’a pas lieu en France, elle aura lieu ailleurs, et c’est beaucoup plus d’emplois qui seront détruits par une concurrence européenne et mondiale devenue plus compétitive.

Faisant fi des velléités politiques et des lubies de certains visionnaires, les entreprises françaises et européennes ont compris l’importance de la robotisation industrielle. Faurecia, Thalès, Dyson et même Scallog incorporent d’ores et déjà ces technologies. Récemment, c’est Octopus Robot, fabricant d’un robot de décontamination mobile, qui a bouclé une levée de fonds de €1.5m et Balyo, spécialiste des robots de manutention, porté par la vague des IPOs, qui s’est introduit en Bourse le 8 juin de cette année (cours en hausse de +70,1% le 24 novembre).

 

 

L’intégration de la robotique industrielle se profile comme étant le prochain défi des entreprises comme le sont toujours la digitalisation, la gestion du Big Data ou encore l’inter-connectivité. Bien qu’accusant d’un retard conséquent, la France pourrait profiter d’un « momentum économique » pour rattraper le temps perdu. Si, comme le laissent penser toutes les enquêtes d’opinions, ce regain économique s’accompagne d’une modification culturelle et des structures de pensées, de plus en plus optimistes et de moins en moins conservatrices sur le plan économique, la robotisation pourrait bien trouver en France une terre propice à son expansion.

 

Migwel Perrin, étudiant à Audencia et contributeur du blog AlumnEye