Blockchain, crypto, ICO : au-delà du buzz

Par Clément Jeanneau, cofondateur de Blockchain Partner, auteur du rapport « L’Age du web décentralisé » (avril 2018)

Impossible de ne pas avoir entendu parler de cryptomonnaies, des levées de fonds en ICO (Initial Coin Offering) ou de blockchain ces derniers mois. Après une envolée vertigineuse, les cryptomonnaies ont subi une forte correction début 2018. Est-ce la fin d’une « bulle sans fondement », comme l’affirment de nombreux économistes ? Et s’il fallait plutôt, à l’inverse, considérer les cryptomonnaies sous un tout autre angle ?

Evoluant dans le domaine des cryptomonnaies depuis plusieurs années, je suis régulièrement interrogé par des proches ou des journalistes sur les variations de leurs cours et sur mes pronostics d’évolution pour les semaines à venir. Ma réponse est toujours la même : ces variations sont, le plus souvent, anecdotiques, et ne méritent pas que l’on s’y intéresse d’aussi près. Personne, ou presque, ne se souviendra dans un mois que les cours ont aujourd’hui baissé ou monté.

Les cryptomonnaies sont le plus souvent abordées en surface, sous l’angle de leurs cours. Ce qui mérite bien plus d’attention est ce que les cryptomonnaies vont permettre.

 

Une nouvelle économie numérique

Depuis plusieurs mois, il est beaucoup question d’intelligence artificielle (IA), présentée comme l’innovation de rupture par excellence. Ma conviction est la suivante : l’intelligence artificielle est une nouvelle étape de l’économie numérique, alors que la blockchain et les cryptomonnaies forment une nouvelle économie numérique à elles seules. Ces dernières permettent de rebattre entièrement les cartes, ce qui n’est pas le cas de l’IA qui consolidera parfois, si ce n’est souvent, des positions déjà existantes.

La blockchain et les cryptomonnaies ne concernent en effet pas juste les applications numériques (comme le sont Facebook, Google, etc.) : elles touchent aussi, et surtout, à la structure même d’Internet, via la création de nouveaux protocoles (comme l’est par exemple Http, à l’origine du web actuel), c’est-à-dire les couches situées sous les applications.

Cette nouvelle économie numérique repose sur de nouvelles règles, permet l’émergence de nouveaux business models, et fera ainsi apparaître de nouveaux acteurs, et donc, de nouveaux champions.

Pour la comprendre, il faut d’abord voir de quoi l’on parle.

Plutôt que de parler (uniquement) de cryptomonnaies, il est préférable d’employer le mot de cryptoactifs, qui va au-delà des seules cryptomonnaies. Les cryptoactifs constitue une nouvelle classe d’actifs à part entière. Celle-ci englobe deux notions : les cryptomonnaies d’un côté, et un « ovni » encore méconnu, appelé token.

Les tokens sont le cœur de cette nouvelle économie numérique. De la même façon la blockchain a fait beaucoup parler depuis deux ans, les tokens deviendront le hot topic des deux prochaines années.

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What are you token about ?

Comprendre les tokens implique de partir du problème qu’ils résolvent. Fondamentalement, ils permettent de faire une grande chose qu’Internet ne permet pas.

Aujourd’hui, lorsqu’on envoie un fichier sur Internet (document écrit, vidéo, chanson…), le destinataire ne reçoit en réalité pas le fichier en lui-même, mais une copie. Le fichier est conservé par l’émetteur. Ce système, qui fonctionne bien pour les fichiers échangés d’habitude, n’est pas viable pour les actifs de valeur fondés sur de la rareté : si l’on envoie 1 euro à un autre internaute et que l’on conserve en même temps cet euro, celui-ci perd de sa valeur. Internet tel qu’il est conçu empêche donc de pouvoir s’envoyer de la rareté numérique en pair à pair, sans devoir passer par une autorité centrale comme une banque.

C’est ce problème que résolvent les cryptoactifs dont les tokens. Un token est donc est un actif numérique qui peut être échangé entre deux individus sur Internet sans intermédiaire, et sans être dupliqué.

Il a 3 autres particularités :

1/ Un token est toujours personnalisable par son auteur. Autrement dit, il peut représenter ce que son auteur veut : un droit d’usage d’un service (sans token, le service ne sera alors pas utilisable) ; un moyen de paiement (le token sera alors la seule façon de payer pour un service donné) ; un droit de vote (pour la gouvernance d’une organisation) ; etc.

2/ N’importe qui peut créer et émettre son propre token. Ainsi il est possible de dire que les tokens sont à la valeur ce qu’Internet a été à l’information. Grâce à Internet, n’importe qui peut publier et échanger l’information qu’il veut, instantanément, auprès du monde entier, sans besoin d’autorisation préalable. Avec les tokens, n’importe qui peut créer de la valeur et l’échanger à qui il veut instantanément, sans besoin d’autorisation préalable.

3/ Les tokens sont vendable et achetable à tout moment sur des plateformes, au prix fixé par l’offre et la demande : ils sont donc extrêmement liquides.

Illustration: Storj est un service de stockage cloud décentralisé qui n’est utilisable qu’en faisant usage d’un token appelé Storjcoin. Tout utilisateur peut louer l’espace libre de son ordinateur sur le réseau en échange de Storjcoin, et inversement peut acheter de l’espace de stockage sur le réseau Storj contre des Storjcoin. En résumé, lorsqu’un utilisateur achète ou reçoit des Storjcoin, il peut ensuite soit acheter de l’espace sur le réseau (à un coût censé être moindre qu’avec les services existants, et sans devoir placer ses fichiers chez un tiers de confiance), soit les garder dans une perspective de spéculation pour réaliser ensuite une plus-value, soit les convertir dans sa monnaie traditionnelle (euro, dollar…).

Avec les tokens, les règles de l’économie numérique sont renversées. Les tokens, lorsqu’ils seront intégrés au modèle d’applications dites décentralisées, permettront par exemple à des services numériques d’émerger et de se développer bien plus facilement, et ainsi de lutter contre l’effet dominateur dont bénéficient aujourd’hui les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).

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Une bataille mondiale déjà engagée

On dit souvent que la data est le pétrole du web actuel. Le token est le pétrole du web de demain. Ses implications iront même bien au-delà du web, d’où le fait que l’on parle de plus en plus de « token économie » :

– il deviendra possible de « tokeniser » des actifs traditionnels, c’est-à-dire digitaliser des actifs financiers, immobiliers, etc., sous forme de tokens. Ce mécanisme permettra de créer des fractions de propriété d’actifs et de se les échanger de façon quasi-instantanée. La digitalisation des actifs sous forme de tokens rendue possible par la blockchain constituera le pendant de la digitalisation de l’information rendue possible par Internet.

– les entreprises pourront elles-mêmes émettre leurs propres tokens, et donc ouvrir la voie à de nouveaux modèles d’affaires. Futuriste ? Pas tant que ça : en mars, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, confiait, à propos des cryptoactifs et tokens, « beaucoup y réfléchir en ce moment. On ne pourra pas passer à côté de cette transformation-là. Ce n’est pas une mode, ça ne va pas passer ».

Partout dans le monde, bien loin des préoccupations liées aux cours des cryptomonnaies, des dizaines de milliers d’individus travaillent d’ores et déjà sur cette token économie. Une bataille mondiale s’est engagée, dont nous ne sommes qu’aux prémices. En Russie, Vladimir Poutine a rencontré dès juin 2017 le fondateur de la blockchain appelée Ethereum, sur laquelle sont construits la majorité des tokens actuels. Aux Etats-Unis, d’après Naval Ravikant, un des grands noms de la « Silicon Valley », « la blockchain est en train d’aspirer les talents de la Silicon Valley plus vite que tous les booms depuis Internet ». Il ajoute, malicieux, que « le jeune Bill Gates construirait aujourd’hui une startup blockchain »…Une façon de dire que les opportunités de cette nouvelle économie numérique, qui rebat les cartes, sont considérables pour tout entrepreneur passionné. Dans les années 1990, la France et l’Europe ont laissé passer le train de la révolution Internet. Saurons-nous, cette fois-ci, (ré)agir à temps ?

Pour en savoir plus :

-« L’Age du web décentralisé », premier rapport en France sur les cryptoactifs et la token économie (avril 2018) : https://www.thedigitalnewdeal.org/lage-du-web-decentralise/

-« Le web de demain sera décentralisé », TEDx donné en février 2018 : https://www.youtube.com/watch?v=ISYmB5HBpP4

-Intervention devant la commission des finances de l’Assemblée Nationale (23 avril 2018) : https://bit.ly/2qZah37


Le CEO Jamie Dimon décrypte les challenges de JPMorgan

Le 05 Avril 2018, James « Jamie » Dimon, le PDG de J.P. Morgan, a rendu public sa lettre annuelle destinée aux actionnaires. Il nous explique quels sont, selon lui, les leviers de croissance sur lesquels la banque peut s’appuyer mais aussi les risques les plus importants auxquels elle va devoir faire face. Son opinion sur la politique publique américaine et les solutions qu’il développe font de cette lettre un « must read » avant vos entretiens.

 

Les 3 points importants à retenir de cette lettre sont :

    • Les raisons pour lesquelles la croissance organique est la meilleur façon de croître
    • La mise en application de cette stratégie de croissance, division par division, pays par pays
    • Les moyens qui vont être mis en oeuvre pour contre-carrer la mauvaise politique publique américaine

Vous pouvez la retrouver en cliquant sur le lien ci-dessous ! 

Jamie Dimon – sa lettre aux actionnaires de JPMorgan

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M&A : les transactions qui ont marqué l'histoire

« Quand une femme vous résiste il suffit de revenir avec un bouquet de fleur plus gros ». C’est avec ces propos qu’en février 2000, Klaus Esser, dirigeant de Mannesman expliquait comment il avait réussi à convaincre Hutchison Whampoa de lui céder sa filiale Orange. Cette citation illustre bien l’état d’esprit adopté ces 20 dernières années par les multinationales désireuses d’affirmer leur position au travers d’acquisitions et pour des montants toujours plus importants.

L’année 2017 s’annonce quant à elle comme une année record en termes de deals M&A : Danone acquiert un géant du bio américain, Whitewave, pour un montant de 11,4 milliards de dollars du groupe, Unibail-Rodamco rachète son concurrent australien Westfield pour 24 milliards de dollars ou encore Essilor qui rachète l’italien Luxottica (Ray Ban) pour un montant de 46 milliards d’euros.

Cette hausse est due au regain de confiance dans les milieux d’affaires avec notamment la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle. De plus, le climat favorable est porté par des politiques pro-entreprises et des conditions de financement facilitées par les marchés. Les transactions M&A ont bondi de 50% en 2017 pour atteindre près de 245,8 milliards de dollars. Ces montants stratosphériques ne suffisent pourtant pas pour figurer parmi les plus importantes fusions et acquisitions de l’histoire. Pour dire, 8 des plus importantes transactions totalisent près de 993 milliards de dollars à elles seules. L’occasion de faire un retour sur ces opérations qui ont marqué l’histoire.

 

Exxon – Mobil : 85,6 milliards de dollars

Secteur : Energy, Oil & Gas
Date opération : novembre 1999
Banques impliquées : JP Morgan, Goldman Sachs

En 1998, Exxon est la 2ème plus importante compagnie pétrolière. Elle initie alors l’acquisition de Mobil Corp pour 85,6 milliards de dollars afin de consolider sa position et devenir le n°1 mondial du pétrole. Mais pour affirmer sa position, le nouveau groupe a dû se plier aux exigences des autorités de la concurrence et faire des sacrifices. En Europe notamment, le groupe s’est retiré du raffinage et de la distribution de produits pétroliers. Aux États-Unis, il a dû céder plus de 2000 stations-service. Cependant, il s’agit toutefois de la plus grosse transaction industrielle jamais réalisé.

 

Pfizer – Warner Lambert : 88,9 milliards de dollars

Secteur : Pharma & Healthcare
Date opération :  juin 2000
Principales banques impliquées : Bank of America, Goldman Sachs, Guggenheim

Le secteur pharmaceutique se démarque également par son dynamisme et ses montants colossaux engagés. C’est le cas notamment de l’entreprise américaine Pfizer qui rachetait son concurrent Américain Warner-Lambert en 2000, pour devenir le n°1 mondial du secteur pharmaceutique.
L’entreprise Warner-Lambert, également le résultat d’une fusion, était reconnue pour son médicament Liptor, le plus vendu au monde dans les années 90. Cette fusion a donné lieu au plus grand centre mondial de recherche pharmaceutique.

 

Royal Dutch Petroleum – Shell Transport & Trading : 95,4 milliards de dollars

Secteur : Energy, Oil & Gas
Date opération : juillet 2005
Principales banques impliquées : Citi, Rothschild, Deutsche Bank, ABN Amro

L’entreprise pétrolière britannique Shell Transport and Trading ainsi que l’entreprise néerlandaise Royal Dutch étaient liées dès 1907. Il s’agit ici plus d’une rationalisation d’entités que d’une conquête. En effet, c’est en 2005 que l’unification des 2 sièges sociaux eu lieu, regroupant ainsi les deux entreprises en une seule entité juridique. L’opération de fusion aboutit à la création d’une nouvelle structure dénommée Royal Dutch Shell. Celle-ci est cotée à la bourse de Londres mais son siège social reste aux Pays-Bas.

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RFS Holdings – ABN Amro : 100 milliards de dollars

Secteur d’activité : Energy, Oil & Gas
Date de l’opération : octobre 2007
Principales banques impliquées : Goldman Sachs, Merill Lynch, Barclays

Le rachat de ABN Armo par le pool bancaire constitué de Royal Bank of Scotland, Fortis et Banco Santander demeure encore aujourd’hui la plus grosse opération dans le secteur bancaire. L’achat de ABN Amro par le pool mené par RBS reste une opération aujourd’hui très critiquée. En effet, la crise financière de 2008 a fragilisé les banques ayant participé à l’opération, si bien que l’état britannique a dû acquérir 81% du capital de RBS pour éviter sa chute. Fortis et Santander ont également été affaiblies par cette opération et ont dû faire appel à une aide financière de l’Union Européenne.

 

AB Inbev- SABMiller : 110,3 milliards de dollars

Secteur d’activité : Financial services
Date opération : novembre 2015
Principales banques impliquées : Lazard, Deutsche Bank, BNP Paribas, Morgan Stanley, J.P. Morgan

Traditionnellement le marché des spiritueux est un marché très fragmenté et soumis à une forte concurrence international. Les grandes entreprises ont dû réagir face à l’émergence de nombreux producteurs indépendants. AB Inbev, elle-même issue d’une fusion entre l’entreprise belge Interbrew et le brésilien AmBev, a racheté le brasseur anglais SABMiller (entreprise issue de la fusion entre le sud-africain South African Brewries et Miller) pour un montant de 110,3 milliards de dollars.

Aujourd’hui la nouvelle entité formée détient un nombre impressionnant de marques : Corona, Leffe, Stella Artois, Fosters, Hoegarden, et d’autres.

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Rachat des parts de Vodafone par Verizon : 130 milliards de dollars

Secteur d’activité : Technology, Media & Telecommunications
Date opération : février 2014
Principales banques impliquées : JPMorgan, Morgan Stanley, Goldman Sachs, UBS, Merill Lynch

Après la crise financière de 2008, les opérations de fusions-acquisitions battent de l’aile. Il faudra attendre 2013 pour revoir un gain spectaculaire, et c’est une fois de plus le secteur des télécommunications qui se fait entendre, puisque Verizon rachète 45% des actions de sa filiale Verizon Wireless détenues par Vodafone. Grâce à cette transaction, Verizon contrôle désormais la totalité de sa filiale mobile. Cette opération a permis à l’opérateur de consolider sa position de leader sur le marché américain avec près de 116 millions d’abonnés.

 

AOL – Time Warner : 181 milliards de dollars

Secteur d’activité : Technology, Media & Telecommunications
Date opération : janvier 2000
Principales banques impliquées : Goldman Sachs, Merrill Lynch, Salomon Smith Barney, Morgan Stanley

Time Warner rêve de créer un empire mêlant média et nouvelles technologies. C’est dans cette optique qu’en janvier 2000 Time Warner et American On Line (AOL) ont décidé de fusionner pour un montant de 181 milliards de dollars. Deux mondes se rencontrent, d’un côté AOL, leader d’internet et fournisseur d’accès, et de l’autre, Time Warner, champion du divertissement. AOL avait un chiffre d’affaires de 4,8 milliards de dollars en 1999 avec une capitalisation boursière de 164 milliards de dollars, soit deux fois celle de Time Warner (73 milliards de dollars). Ce rapprochement historique par son montant sera aussi l’un des plus gros échecs de l’histoire. L’opération s’est finalisée peu avant l’éclatement de la bulle internet. En 2002, AOL enregistre une perte de 100 milliards de dollars, un autre record. Ce mariage qui s’annonçait comme l’opération du siècle voit fin en 2009 lorsque Time Warner se sépare d’AOL.

LA4Lire aussi : Saudi Aramco : l’IPO du siècle

 

Vodafone AirTouch – Mannesmann AG : 202 milliards de dollars

Secteur d’activité : Technology, Media & Telecommunications
Date opération : février 2000
Principales banques impliquées : Warburg Dillon Read, Morgan Stanley, Merrill Lynch, JP Morgan and Deutsche Bank

En Février 2000, Vodafone, entreprise britannique dans le secteur des télécommunications, achètait son concurrent Mannesmann, spécialisé dans la téléphonie mobile. Au plus haut de la bulle internet, les valorisations d’entreprises atteignaient des montants colossaux, mais Vodafone AirTouch souhaitait à tout prix racheter son concurrent Allemand. Une première offre en titre est effectuée, valorisant Mannesman à 106 milliards de dollars. L’offre est ensuite portée à 137 puis à 202 milliards, en faisant aujourd’hui l’opération la plus importante de l’histoire. Vodafon multiplie par la suite les acquisitions internationales en Espagne, en Irlande ou encore au Japon. L’entreprise s’impose ainsi comme le leader incontestable de la téléphonie mobile dans le monde.

Mamadou Dembele


Saudi Aramco : l'IPO du siècle

En ce début d’année, le Financial Times a recensé les événements qui marqueront 2018. Cette dernière sera rythmée par de nombreuses élections présidentielles (Russie, Brésil, Venezuela…), des événements sportifs comme les Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud, ou la coupe du monde de football en Russie, mais aussi des faits économiques d’ampleur internationale. Le plus attendu par les investisseurs du monde entier n’est autre que l’introduction en bourse de la compagnie saoudienne d’hydrocarbures Aramco.

En effet, cette IPO, qualifiée « d’opération du siècle » en raison du montant sans précédent (100 milliards de dollars) que cette dernière permettra de lever pour l’entreprise saoudienne, aura aussi son importance stratégique dans le plan de transformation économique Vision 2030 mené par l’Arabie Saoudite.

 

Saudi Aramco, première compagnie pétrolière au monde

 

Saudi Aramco, officiellement Saudi Arabian Oil Company, est l’entreprise nationale saoudienne spécialisée dans l’exploitation d’hydrocarbures. Créée en 1933 et dirigée par Amin H. Nasser, elle possède la quasi-totalité des réserves du royaume, lui permettant de surclasser ses concurrents.

À titre comparatif, ses réserves prouvées sont estimées à 267 milliards de barils grâce notamment au site de Ghawar, le plus important gisement mondial contre 25 milliards de barils pour son principal concurrent, l’américain Exxon Mobil. Cela permet au géant saoudien d’extraire près de cinq fois plus de barils par  jour à des coûts dérisoires se situant entre deux et quatre dollars par baril.

 

Une IPO de tous les records

 

Afin de préparer son introduction avec une volonté de transparence vis-à-vis des investisseurs, Saudi Aramco a commencé l’année passée par une forte restructuration financière. En effet, étant une société publique, les dirigeants se sont attelés à séparer les comptes de l’entreprise de ceux du royaume mais aussi à redéfinir les activités du groupe.

Dans le but de ressembler à une entreprise pétrolière plus traditionnelle et non étatique, cette dernière se devait de dresser une limite entre les travaux réalisés au nom du gouvernement et ceux exécutés pour son propre développement. En ce début d’année, l’entreprise a également modifié ses statuts pour devenir une société par actions. 

Cette phase étant terminée, l’IPO semble se préciser. Elle devrait avoir lieu au second semestre et concernera environ 5% du capital de la compagnie. Malgré cette infime part, elle permettra de lever jusqu’à 100 milliards de dollars (84 milliards d’euros), balayant au passage le précédent record de 25 milliards de dollars détenu par Alibaba lors de son introduction en bourse en 2014.

Et ce ne sera pas le seul record pour Aramco, qui, à la suite de cette opération, devrait être valorisée à 2,000 milliards de dollars (1,683 milliards d’euros), ce qui constitue de très loin la plus forte valorisation au monde. Les comparatifs sur le marché n’existent pas, elle sera supérieure aux trois plus fortes valorisations (Apple, Alphabet et Microsoft) réunies.

Seul le PIB des sept premières puissances économiques mondiales lui est supérieur.

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Une course effrénée pour les banques et les bourses mondiales

 

Compte tenu de ces chiffres vertigineux, l’ensemble des grandes banques mondiales s’est précipité pour réaliser cette opération. Mais le 30 mars 2017, le groupe pétrolier public a désigné JP Morgan, Morgan Stanley et HSBC, toutes anglo-saxonnes, pour être les book runners de l’opération. Ces banques rejoignent Moelis & Co. et Evercore retenues en tant que conseillers financiers indépendants et chargés de définir le calendrier de cette introduction. S’ajoutent aussi à ce grand projet les établissements saoudiens NCB Capital et Samba Capital, qui représenteront les banques de conseil locales ainsi que le cabinet d’avocats White & Case.

Cependant, les bourses qui accueilleront cette opération sont encore inconnues et la bataille fait rage. Il est certain que la bourse de Ryad, Tadawul, accueillera une partie de ce capital. Khalid Abdullah Al Hussan, le patron de cette place boursière, a même affirmé : « Nous voulons obtenir l’exclusivité de la cotation d’Aramco ». Toutefois, selon de nombreux analystes, une introduction uniquement locale ne permettra pas aux autorités saoudiennes de réaliser leurs objectifs.

Ils doivent alors penser à une introduction multiple, et sur une place étrangère au minimum. Les critères de choix comprennent notamment la profondeur de la place financière en termes de volume d’échange quotidien et de capitalisation boursière, mais aussi les exigences légales en matière de cotation.

Les autorités saoudiennes ont néanmoins une préférence pour le NYSE, non seulement pour son nombre record d’investisseurs, mais aussi dans le but d’entretenir les liens déjà très forts entre les pouvoirs Saoudien et Américain depuis le pacte du Quincy. Pour rappel, ce dernier garantit la protection de la famille saoudienne en contrepartie d’une garantie de l’approvisionnement en pétrole des Etats-Unis. Donald Trump a même expressément invité Aramco à suivre cette voie.

 

Londres fait également les yeux doux à l’Arabie Saoudite puisque cela lui permettrait de montrer à l’ensemble des investisseurs mondiaux que, malgré le Brexit, la City demeure une place forte et attractive. Cette dernière remplit les critères de Ryad et possède l’avantage d’être très tournée vers les matières premières avec notamment la cotation de nombreuses compagnies minières (BHP, Rio Tinto, …). Afin d’appuyer sa candidature, le gouvernement britannique a mis en place une garantie à hauteur de 2 milliards de dollars pour faciliter les achats d’Aramco au Royaume-Uni.

La dernière place susceptible d’accueillir cette cotation est Hong-Kong pour des raisons commerciales. En effet, cet accord permettrait de pérenniser et sécuriser les échanges entre Ryad et Pékin. A l’heure actuelle, l’Arabie Saoudite est le premier exportateur de pétrole vers la Chine.

L’hypothèse d’un placement privé est également à l’étude.

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Pierre angulaire du programme Vision 2030

 

Le 25 avril 2016, le prince héritier Mohammed Ben Salmane Al Saoud, et également président du Conseil suprême d’Aramco, a annoncé la création du plan Vision 2030.

Celui-ci a l’ambitieux projet de restructurer la société saoudienne à l’aide de réformes économiques, politiques et sociales.

Les réformes économiques auront pour principal objectif de diversifier les activités du royaume et mettre fin à l’ultra-dépendance vis-à-vis de l’or noir (en 2015, 90 % des recettes publiques du pays provenaient du pétrole). En effet, depuis la baisse brutale des cours du pétrole, l’Arabie Saoudite connaît un ralentissement de sa croissance et est en proie à des difficultés budgétaires avec l’apparition d’un déficit qui est aujourd’hui évalué à 72 milliards de riyals, soit 16,3 milliards d’euros.

Cependant, cette volonté de transition a un coût exorbitant et pour la financer, l’Arabie Saoudite souhaite mettre en place le plus grand fonds souverain au monde, à l’instar de la Norvège qui a créé en 1990 un fonds souverain permettant de capitaliser ses revenus pétroliers présents pour en faire profiter son économie future. Ce fonds est aujourd’hui évalué à 1 000 milliards de dollars, soit 2,7 fois son propre PIB.

Pour alimenter son fonds, l’Arabie Saoudite compte sur l’IPO d’Aramco. Celle-ci lui permettra de se doter d’une puissance financière évaluée à 2.000 milliards de dollars, et ainsi de pouvoir mener à bien l’ensemble de ses projets, comme celui lancé en octobre 2017, appelé NEOM. Ce projet oeuvre à créer la “nouvelle Silicon Valley” c’est-à-dire une gigantesque cité économique, 2 fois plus grande que la région Île-de-France, ultra-connectée, offrant des conditions de vie inédites et dont la population pourrait être majoritairement des robots. 

L’IPO d’Aramco est démesurée tant sur les montants propres à l’opération que sur les ambitions du régime saoudien. Elle est scrutée et attendue par l’ensemble des acteurs du marché. Néanmoins, le prince héritier Mohammed Ben Salmane Al Saoud a prévenu  que « seuls les rêveurs sont les bienvenus”.

 

 

Adrien Thery, étudiant à EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye


Le carton jaune du PDG de BlackRock aux entreprises

Larry Fink, le PDG de BlackRock, plus important gestionnaire d’actifs au monde avec plus de 6 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, nous dévoile sa lettre annuelle adressée aux entreprises, en particuliers celles détenues en portefeuille. Une lettre riche d’enseignements, puisqu’il exhorte les entreprises dans lesquelles il est actionnaire à plus de transparence et de réflexion concernant leur stratégie ! Moins d’exigences à court terme, et plus d’analyse dynamique de l’évolution des entreprises. Un discours qui se démarque des clichés attribués généralement aux acteurs des marchés financiers.

Voici sa lettre en français (traduction fournie par BlackRock) :

« Alors que BlackRock célèbrera son 30ème anniversaire cette année, j’ai eu l’occasion de réfléchir aux questions les plus pressantes auxquelles les investisseurs sont confrontés aujourd’hui et à la façon dont BlackRock doit s’adapter pour servir au mieux ses clients. C’est un grand privilège et une importante responsabilité de gérer les actifs que nos clients nous ont confiés, dont la plupart sont investis selon des objectifs à long terme tels que la retraite. En tant que fiduciaire, BlackRock s’engage
auprès des entreprises pour favoriser une croissance durable à long terme dont ses clients ont besoin pour atteindre leurs objectifs.
En 2017, les actions ont profité d’une croissance exceptionnelle – avec des montants record dans un large éventail de secteurs – et, pourtant, la frustration populaire et l’appréhension face à l’avenir ont atteint dans le même temps de nouveaux sommets. Nous observons ici un paradoxe entre des rendements élevés et une anxiété importante. Depuis la dernière crise financière, ceux qui détiennent du capital ont récolté d’énormes bénéfices. En parallèle, beaucoup de personnes à travers le monde font face à une combinaison de taux bas, de baisse des revenus, et des systèmes de retraite inadaptés. Beaucoup ne disposent pas des capacités financières, des ressources, ou des outils pour économiser de manière efficace; ceux qui investissent ont trop souvent surinvestis en placements monétaires. Pour des millions de personnes, la perspective d’une retraite sûre s’éloigne de plus en plus – en particulier parmi les travailleurs moins diplômés, dont les emplois sont de plus en plus précaires. Je crois que ces tendances sont majoritairement à l’origine de l’anxiété et de la polarisation que nous voyons dans le monde aujourd’hui.

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Nous constatons également que de nombreux gouvernements ne parviennent pas à préparer l’avenir, sur des questions allant de la retraite aux infrastructures en passant par l’automatisation et la formation professionnelle. Par conséquent, la société se tourne de plus en plus vers le secteur privé et demande aux entreprises de répondre à des défis sociétaux plus larges. En effet, les attentes du grand public à l’égard de votre entreprise n’ont jamais été aussi grandes. La société exige que les entreprises, à la fois publiques et privées, se mettent au service du bien commun. Pour prospérer au fil du temps, toute entreprise doit non seulement produire des résultats financiers, mais également montrer comment elle apporte une contribution positive à la société. Les entreprises doivent bénéficier à l’ensemble de leurs parties-prenantes, dont les actionnaires, les salariés, les clients et les communautés dans lesquelles elles opèrent.
Sans but clair, aucune entreprise, qu’elle soit publique ou privée, ne peut atteindre tout son potentiel. Elle finira par perdre son droit d’exercer son activité accordée par les parties-prenantes clés. Elle succombera à des pressions à court terme pour distribuer des dividendes, et, au cours de ce processus, sacrifier les investissements au développement des salariés, l’innovation, et les dépenses en capital qui sont nécessaires à une croissance à long terme. Elle restera exposée à des campagnes d’activistes qui proposent une stratégie claire, même si celle-ci ne sert seulement que les objectifs les plus court-termistes et les plus limités. Et in fine, l’entreprise distribuera des rendements plus bas aux investisseurs qui en dépendent pour financer leur retraite, l’achat d’une maison, ou des études supérieures.
Globalement, l’utilisation croissante des fonds indiciels par les investisseurs entraîne une transformation de la responsabilité fiduciaire de BlackRock et plus largement de la gouvernance d’entreprise. Au sein des 1 700 milliards de dollars de fonds actifs que nous gérons, BlackRock peut choisir de vendre les actions d’une société si nous doutons de ses orientations stratégiques ou de sa croissance à long terme. Dans la gestion de nos fonds indiciels, cependant, BlackRock ne peut pas exprimer sa désapprobation en vendant ses titres, tant que celle-ci reste dans l’indice pertinent. Par conséquent, nous avons plus que jamais la responsabilité de nous engager et de voter. En un sens, les investisseurs indiciels sont les investisseurs à long-terme ultime – proposant un capital patient pour que les entreprises puissent croître et prospérer.

Tout comme les responsabilités auxquelles doit faire face votre entreprise sont devenues plus importantes, il en est de même des responsabilités des gestionnaires d’actifs. Nous devons être des agents actifs et engagés au nom des clients qui ont choisi BlackRock pour investir, qui sont les véritables propriétaires de votre entreprise. Cette responsabilité va au-delà des votes lors des assemblée générales annuelles – cela signifie investir le temps et les ressources nécessaires pour favoriser la création de valeur à long terme.

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Le moment est venu d’adopter un nouveau modèle d’engagement actionnarial – un modèle qui renforce et approfondit la communication entre les actionnaires et les entreprises qu’ils possèdent. J’ai déjà écrit que les entreprises étaient trop centrées sur les résultats trimestriels; de la même manière, l’engagement des actionnaires a été trop focalisé sur les assemblées générales annuelles. Si l’on veut un engagement significatif et efficace – si nous nous concentrons collectivement sur les intérêts des actionnaires au lieu de gâcher du temps et de l’argent dans des « proxy fights » – alors il doit passer par des échanges toute l’année pour améliorer la création de valeur à long terme.

BlackRock reconnaît et assume sa responsabilité d’aider à conduire ce changement. Au cours des dernières années, nous avons concentré nos efforts pour faire évoluer notre approche, sous la direction de Michelle Edkins, notre responsable mondiale de l’équipe Investment Stewardship. Depuis 2011, Michelle a contribué à transformer nos pratiques d’une approche principalement axée sur les votes aux assemblées générales vers une approche basée sur l’engagement auprès des entreprises.

La croissance de l’investissement indiciel exige que nous amenions maintenant cette approche à un autre niveau. Reflétant l’importance croissance de l’Investment Stewardship, j’ai demandé à Barbara Novick, Vice-Présidente et co-fondatrice de BlackRock, de superviser les efforts de BlackRock en ce sens. Michelle continuera de diriger l’Investment Stewardship du groupe au quotidien. Nous avons également l’intention de doubler la taille de notre équipe Investment Stewardship au cours des trois prochaines années. Augmenter la taille de notre équipe va nous aider à développer un engagement encore plus efficace aux côtés de votre entreprise en établissant un cadre pour des échanges plus fréquents et approfondis.

Afin de rendre l’engagement avec les actionnaires aussi productif que possible, les entreprises doivent être en mesure de décrire leur stratégie de croissance à long terme. Je tiens à réitérer notre demande, formulée dans les lettres précédentes, que vous exprimiez publiquement le cadre stratégique de votre entreprise pour la création de valeur à long terme et que vous affirmiez explicitement que ce cadre a été examiné par votre conseil d’administration. Cela démontre aux investisseurs que votre conseil s’engage dans la direction stratégique de l’entreprise. Lorsque nous rencontrons des administrateurs, nous nous attendons également à ce qu’ils décrivent le processus de supervision de votre stratégie par le conseil d’administration.
Il est essentiel d’exprimer une stratégie de long terme afin de comprendre les actions et les méthodes d’une entreprise, son degré de préparation à des défis potentiels et le contexte dans lequel elle prend des décisions à court terme. La stratégie de votre entreprise doit dégager un chemin pour réaliser une performance financière. Cependant, pour maintenir cette performance, vous devez également appréhender l’impact sociétal de votre entreprise, ainsi que la manière dont les grandes tendances structurelles – de la croissance lente des salaires à l’automatisation croissante en passant par le changement climatique – affectent votre potentiel de croissance.

Ces plans stratégiques ne sont pas destinés à être gravés dans le marbre – ils devraient plutôt continuer à évoluer en même temps que l’environnement des affaires et reconnaître explicitement les sujets d’insatisfaction possibles pour les investisseurs. Bien sûr, nous reconnaissons que le marché est beaucoup plus à l’aise avec les résultats financier trimestriels qu’avec les discussions stratégiques complexes. Mais une cause majeure de la montée de l’activisme – et des luttes intempestives en assemblée générale – est que les entreprises n’ont pas été assez explicites sur leurs stratégies à long terme.
Aux États-Unis, par exemple, les entreprises devraient expliquer aux investisseurs comment les changements importants apportés à la législation fiscale s’inscrivent dans leur stratégie à long terme. Que ferez-vous avec l’augmentation des flux de trésorerie après impôt, et comment allez-vous l’utiliser pour créer de la valeur à long terme ? C’est un moment particulièrement délicat pour les entreprises pour expliquer leurs stratégies de long terme aux investisseurs. Les changements fiscaux encourageront les activistes avec des perspectives de court terme à exiger des réponses sur l’usage d’une trésorerie plus conséquente, et les entreprises qui n’ont pas encore développé et expliqué leurs stratégies auront des difficultés à se défendre contre ces campagnes. La réforme fiscale américaine n’est qu’un exemple – quelle que soit la juridiction d’une société, il est de votre responsabilité d’expliquer aux actionnaires à quel point les changements législatifs ou réglementaires auront un impact non seulement sur le bilan de l’année prochaine mais également sur votre stratégie de croissance à long terme.
Là où les activistes offrent des contributions de valeur – ce qui est plus souvent le cas que ce que certains détracteurs insinuent – nous encourageons les entreprises à entamer des discussions plus tôt, à s’engager avec des actionnaires comme BlackRock et à amener d’autres parties prenantes importantes à la table des discussions. Mais lorsqu’une entreprise attend une qu’une résolution actionnariale soit déposée pour engager une discussion ou ne parvient pas à exprimer sa stratégie de long terme d’une manière convaincante, nous considérons que l’opportunité d’un dialogue significatif a d’ores et déjà été manquée.

L’engagement du conseil dans l’élaboration de votre stratégie de long terme est essentiel, car un conseil engagé et une approche de long terme sont des indicateurs précieux de la capacité d’une société à créer de la valeur pour ses actionnaires à long terme. Tout comme nous cherchons à approfondir la discussion entre les entreprises et les actionnaires, nous demandons également aux administrateurs de s’impliquer davantage dans la stratégie de long terme d’une entreprise. Les conseils ne se rencontrent qu’occasionnellement, mais leur responsabilité est permanente. Les administrateurs dont les connaissances proviennent uniquement de réunions occasionnelles ne remplissent pas leur devoir envers les actionnaires. De même, les dirigeants qui considèrent les conseils d’administration comme une nuisance ne font que se nuire à eux-mêmes ainsi qu’aux perspectives de croissance à long terme de l’entreprise.

Nous continuerons également de souligner l’importance d’un conseil d’administration diversifié. Les conseils mélangeant genres, nationalités, expériences et façons de penser ont, à leur tour, une manière de penser plus diversifiée et plus avertie. Ils sont moins susceptibles de succomber à la pensée de groupe ou de passer à côté de nouvelles menaces pour le business model de l’entreprise. Et ils sont mieux à même d’identifier les opportunités qui favorisent la croissance de long terme.

De plus, le conseil d’administration est essentiel pour aider une entreprise à définir et à poursuivre son objectif, ainsi qu’à répondre à des questions de plus en plus importantes pour ses investisseurs, ses consommateurs et les communautés dans lesquelles elle opère. Dans le contexte actuel, ces parties prenantes exigent que les entreprises exercent un leadership sur un plus large éventail de questions. Et ils ont raison : la capacité d’une entreprise à gérer les questions environnementales, sociales et de gouvernance démontre la qualité du leadership et la bonne gouvernance qui sont si essentiels à une croissance durable. C’est pourquoi nous intégrons de plus en plus ces questions dans notre processus d’investissement.

Les entreprises doivent s’interroger : quel rôle jouons-nous dans la communauté ? Comment gérons- nous notre impact sur l’environnement ? Formons-nous une main-d’œuvre diversifiée ? Est-ce que nous sommes en train de nous adapter au changement technologique ? Fournissons-nous les formations et les opportunités dont nos employés et notre entreprise auront besoin pour s’adapter à un monde de plus en plus automatisé ? Utilisons-nous la finance comportementale et d’autres outils pour préparer les travailleurs à la retraite, afin qu’ils investissent de telle sorte que cela les aide à atteindre leurs objectifs ?

Alors que nous entrons en 2018, BlackRock est impatient de participer aux discussions sur la création de valeur à long terme et de travailler à l’élaboration d’un meilleur cadre pour servir toutes vos parties prenantes. Aujourd’hui, nos clients – qui sont les propriétaires de votre entreprise – vous demandent de faire preuve de leadership et de clarté, ce qui favorisera non seulement le rendement de leurs investissements, mais aussi la prospérité et la sécurité de leurs concitoyens. Nous sommes impatients de dialoguer avec vous sur ces questions.

Sincèrement,
Laurence D. Fink
Président-Directeur général »


Le guide de la finance alternative

En plein essor depuis 3 ans, la finance alternative fait beaucoup parler d’elle et vous vous y êtes peut-être déjà confronté sans le savoir. Peer-to peer, crowdfunding, cagnottes en lignes… ce financement alternatif envahit le marché français avec pas moins de 628 millions d’euros prêtés en 2016. Cette finance modifie le marché mais également le profil des investisseurs, souvent plus jeunes et moins traditionnel. L’occasion ici de découvrir les différents types de financements alternatifs, leur développement, ainsi que les principaux acteurs du marché.

Qu’est-ce que la finance alternative ?

L’expression « finance alternative » désigne l’ensemble des instruments de financement aux particuliers et aux entreprises proposés à travers de nouveaux canaux de distribution, qui se démarquent face au système financier traditionnel. Dans le langage courant, on utilise le mot crowdfunding, ou finance participative, en se référant à l’ensemble des formes de financement impliquant une plateforme web et des internautes.

Très critiquée lors de sa naissance, aujourd’hui la finance alternative connait un véritable essor. Les grandes banques d’investissement, ainsi que d’autres investisseurs institutionnels ont commencé non seulement à financer des projets à travers les nouveaux canaux proposés, mais également à acquérir des participations dans les sociétés qui mènent le développement de ces formes de financement. En 2015, 44% des sociétés opérant sur un segment de la finance alternative déclaraient la présence d’investisseurs institutionnels dans leur capital, contre 24% en 2013. Goldman Sachs a lancé en 2016 sa plateforme de prêts aux particuliers « Marcus » et BNP Paribas vient d’inaugurer un partenariat avec SmartAngels pour créer une plateforme offrant les titres de PMEs non cotées à travers la technologie Blockchain.
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Naissance et développement de la finance alternative

La naissance de la finance alternative a été poussée par deux événements majeurs : la crise économique de 2008, qui a fait douter de la fiabilité du système financier traditionnel, et la diffusion d’Internet et des réseaux sociaux. Plus précisément, la participation d’un grand nombre d’individus aux réseaux sociaux a fait gagner davantage d’importance à la voix collective des internautes sur l’attractivité d’un projet d’un individu ou d’une entreprise. De cette conception de l’espace Internet, les plateformes de la finance alternative trouvent leur légitimité.

Jusqu’à présent, beaucoup d’analystes et académiciens considéraient la finance alternative comme une mode, destinée à s’évanouir au bout de quelques années. Une récente étude menée par l’Université de Cambridge, en collaboration avec le cabinet d’études d’EY, a démontré non seulement que les instruments de la finance participative sont en train de se répandre très rapidement, mais qu’ils attirent également les investisseurs institutionnels, à la recherche d’investissements capables d’améliorer les retours de leurs portefeuilles ou de réduire leurs frais de fonctionnement.

Ainsi, le développement de ce marché s’est envolé depuis les quatre dernières années. En 2015, le volume d’affaires de la finance alternative en Europe a atteint le montant de 5,4 milliards d’euros, enregistrant une augmentation de 92% par rapport à l’année précédente. Le Royaume-Uni s’avère être le marché dominant en Europe, avec 81% des opérations européennes réalisées sur son territoire et 94 plateformes en 2016. La France représente le deuxième marché européen, avec un volume d’affaires en 2016 s’élevant à 319 millions d’euros et 39 plateformes présentes. Au niveau mondial, la Chine et les Etats-Unis dominent la scène, avec un volume d’affaires en 2016 respectivement 17 fois et 6 fois plus élevé que le niveau européen.

Pour mieux appréhender ce secteur, il faut pouvior distinguer les différents segments de la finance alternative.
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Peer-to-peer lending (P2P)

Le peer-to-peer lending, abrégé en P2P et connu aussi sous le nom de social lending, est une forme de financement qui permet aux particuliers et aux entreprises d’accéder au crédit sans passer par un intermédiaire financier. Il existe sous deux formes : consumer et business lending.

Le P2P consumer lending permet à un particulier de souscrire un prêt personnel avec plusieurs individus ou institutions, donnant une petite tranche du prêt à chacun, sans offrir de garanties. Les institutions financières détenant les plateformes permettent la rencontre entre les différents acteurs et gèrent les échanges financiers. Elles facilitent également l’accès au financement à des emprunteurs qui auront été rejetés par les institutions financières traditionnelles. Les intérêts à payer sur ces prêts peuvent être plus élevés que ceux des prêts traditionnels, mais le P2P consumer lending demeure très attractif car il élimine tout frais de dossier, coût d’intermédiation et autres frais bancaires. Les préteurs, de leur côté, doivent être prêts à accepter un risque de défaut élevé de la contrepartie.

Le P2P business lending permet aux PMEs et ETIs d’obtenir un crédit de financement de la part d’un groupe d’investisseurs (soit particuliers, soit institutionnels), en évitant la préparation d’un dossier pour une banque ou intermédiaire traditionnel et sans forcément donner des garanties en contrepartie. Cela permet un accès plus rapide au crédit à un coût compétitif par rapport aux prêts traditionnels. En même temps, les investisseurs peuvent bénéficier de l’efficience de la plateforme dans la gestion des transferts d’argent, tout en profitant d’un risque de défaut relativement faible.

Le P2P lending est le segment le plus important de la finance alternative, générant plus de 55% du volume total d’affaires du marché. En France, le chiffre d’affaires dégagé par ce business est passé de 43,2 millions d’euros en 2013 à 183 millions d’euros en 2015.

Acteurs majeurs : Prexem (France), Zopa (USA), Lending Club (USA), Prosper (USA), Upstart (USA), Funding Circle (UK), RateSetter (UK), Auxmoney (Allemagne), CreditGate24 (Suisse), Younited Credit (France), Bondora (Estonie), Geldvoorelkaar (Pays-Bas), Fixura (Finlande), Lendix (France), Mintos (Lituanie), ThinCats (UK), Smartika (Italie), Comunitae (Espagne)

Equity crowdfunding

L’equity crowdfunding, ou equity-based crowdfunding, est une forme de finance participative destinée principalement aux entrepreneurs et PME. Elle permet à ces acteurs d’attirer des investisseurs privés, ainsi que des sociétés de capital-investissement, à travers la promotion de leur business model sur une plateforme web. Les adhérents au projet reçoivent des titres de capital en fonction de leur participation financière. Ils deviennent des actionnaires à part entière de la société et, pour cela, leur rémunération est représentée par les dividendes éventuellement versés par la firme et le capital gain qu’ils peuvent réaliser sur la vente de leurs titres de participation.

L’equity crowdfunding représente le deuxième segment d’activité de la finance participative, avec un volume d’affaires en Europe s’élevant à 159 millions d’euros en 2015. En France, ce secteur a connu une croissance significative, à plus de 298% entre 2014 et 2015 et un chiffre d’affaires s’élevant à 76 millions d’euros en 2015.

Acteurs majeurs :  CircleUp (USA), AngelList (USA), Gust (USA, active en France aussi), Crowdfunder (USA), Anaxago (France), Happy Capital (France), SmartAngels (France), Companisto (Allemagne), Crowdcube (UK), Seedrs (UK), Seedmatch (Allemagne), MyMicroInvest (Belgique), Symbid (Pays-Bas), SyndicateRoom (UK).

Reward-based crowdfunding

Le reward-based crowdfunding est une forme de financement participatif qui prévoit un don en échange d’argent. Il s’agit du segment le plus créatif de la finance alternative car il permet à une multitude de projets d’obtenir des ressources financières. Entrepreneurs, artistes, sociétés technologiques, PMEs ont utilisé le reward-based crowdfunding, non seulement pour obtenir des emprunts financiers, mais aussi pour créer une base de consommateurs à laquelle elle pourra offrir un prototype, obtenir une approbation collective de leur projet, inclure des suggestions provenant de la part de ces consommateurs et créer des partenariats avec d’autres sociétés.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette forme de financement existe depuis longtemps. En 1885, John Pulitzer a lancé une campagne publicitaire à travers son journal « The World » pour financer la création du piédestal et l’installation de la Statue de la Liberté. En échange de la participation financière, l’éditeur américain avait dédié une édition spéciale de son journal aux contributeurs du projet, en publiant noms et prénoms.

En 2015, le volume d’affaires de cette forme particulière de financement s’élevait à 139 millions d’euros, dont 48 millions d’euros générés en France. Toutefois, son taux de croissance annuel en 2015 s’élève à 35%, niveau relativement faible comparé à celui d’autres branches de la finance participative.

Acteurs majeurs : Kickstarter (USA), Indiegogo (USA), Ulule (France), KissKissBankBank (France), Goteo (Spain), Boomerang (Danemark), Derev (Italie), Wemakeit.ch (Suisse).

Invoice trading

L’invoice trading est le segment de la finance alternative qui a pour ambition de bouleverser le monde de l’affacturage. Le concept derrière cette forme de financement est très simple : à travers une plateforme online, il permet à une entreprise de type PME de financer son besoin en fonds de roulement en cédant ses créances à un groupe d’investisseurs individuels ou institutionnels. La nouveauté réside dans les acteurs qui gèrent ce type de business : des start-ups et des Fintechs qui permettent aux investisseurs de choisir directement la facture et l’entreprise à financer.

Lors de sa naissance, l’invoice trading enregistrait un chiffre d’affaires d’environ un million d’euros en 2013, entièrement réalisé au Royaume-Uni. En 2015, le volume d’affaires s’élevait à 81 million d’euros, ce qui correspond à un taux de croissance moyen de 877% en seulement 3 ans. Il s’agit du 4ème segment de la finance alternative par volume d’affaires.

Acteurs majeurs : FinexCap (France), Créancio (France), MarketInvoice (UK), Sancus Finance (UK), Iwoca (UK), Cashinvoice (Italie), CashMe (Italie), Credimi (Italie), Crowdcity (Italie), Workinvoice (Italie).

Real Estate Crowdfunding

Le Real Estate Crowdfunding permet aux investisseurs de financer des projets immobiliers, en investissant dans un bien immobilier, en achetant des parts de capital ou en finançant la construction d’un bien, directement sur la plateforme online. Il s’agit d’une forme de financement de l’investissement immobilier très jeune et très attirante pour tout investisseur souhaitant diversifier un portefeuille d’actifs. En effet, cela leur permet de gagner une exposition directe aux projets immobiliers, sans passer par des agences ou d’autres investisseurs institutionnels tels que les REITs (Real Estate Investment Trustee).

Ce segment de la finance alternative est très jeune : les premières données ont été collectées en 2014 et on estime un chiffre d’affaires européen de 27 millions d’euros en 2015.

Acteurs majeurs : Co-owning (Sweden), TheHouseCrowd (UK), Companisto (Allemagne), PropertyMoose (UK), Lymo (France), WiSeed (France), Fundimmo (France), Immoinvesting (France).

Autres formes

D’autres segments de la finance alternative existent tels que le financement de la dette d’une PME par crowdfunding (crowd funded debt-based securities) ou la participation au profit de l’entreprise à travers ce qu’on appelle le profit-sharing crowdfunding. Il s’agit d’une variante de l’equity crowdfunding qui prévoit la possibilité de participer à la répartition du profit de l’entreprise. En Europe, ces deux segments de la finance alternative sont encore très jeunes et peu développés ; en 2015, on estime un volume d’affaires respectivement de 11 millions d’euros et 540 000 euros.

 

La finance alternative ou participative est une branche de la finance dynamique et innovante, elle met au défi le système financier traditionnel. Les plateformes gérées par les Fintechs permettent aux entreprises de réduire les coûts d’accès au financement et d’externaliser la rencontre avec un plus grand nombre d’investisseurs potentiels. Ces deux aspects contribuent sans doute à la croissance et à l’affirmation du marché de la finance alternative malgré les voix s’élevant pour une régulation de ce système : à titre d’exemple (absurde), en 2014, un projet de financement d’une salade de pommes de terre a permis de réunir 55 000 dollars sur Kickstarter.

 

Valentina Guerra, étudiante à Dauphine et contributrice du blog AlumnEye