Table de mise au casino

Crise de la COVID-19, quel impact pour le financement des LBO ?

La COVID-19 a secoué l’économie mondiale en cette année 2020. Les répercussions se font particulièrement ressentir au sein des entreprises les plus sensibles, notamment celles sous LBO (Leveraged Buy-Out). Par définition, un LBO est un montage financier permettant le rachat d’entreprises grâce à l’utilisation de la dette afin de profiter d’un important effet de levier (définition d’un LBO sur le blog AlumnEye). Les entreprises rachetées se retrouvent fragilisées avec un rapport dettes/capitaux propres élevé. Ainsi, la dette détenue par la holding d’acquisition capte une grande partie des flux de trésorerie de l’entreprise achetée, très sensibles aux effets conjoncturels.

 

La crise sanitaire de 2020 n’échappe pas à ce constat. En effet, selon l’agence de notation Moody’s, le taux de défaut à l’échelle mondiale a doublé, passant de 3,2% avant la crise, à 6,4% actuellement. Cette même agence tire la sonnette d’alarme sur la situation des entreprises et fait planer un scénario de faillite systémique sur fond de crise économique. L’Etat français en a d’ailleurs pris conscience et a décidé de venir en aide aux entreprises. Les entreprises sous LBO ont ainsi pu profiter de procédures de sauvegarde, sans changer leur schéma de fonctionnement, notamment au travers de prêts garantis par l’Etat. Ces aides sont accordées sous certaines conditions. Par exemple, bien qu’une entreprise sous LBO ne soit pas un critère d’exclusion du dispositif en tant que tel, il revient toujours à la banque prêteuse de décider l’octroi du prêt. Dès lors, une situation financière trop dégradée peut conduire à un refus du prêt. Cette autorisation était essentielle puisque les entreprises sous LBO ont déjà des taux d’endettement particulièrement élevés. Ainsi, cette procédure a permis de sauvegarder l’activité de ces sociétés ainsi que leur capacité à faire face à leurs obligations au titre des emprunts bancaires.

 

Néanmoins, la récession de cette année va contraindre les entreprises sous LBO à revoir leurs objectifs à la baisse. Bien que la priorité soit de préserver les entreprises de la faillite, la situation pose problème au niveau des objectifs de TRI (Taux de Rentabilité Interne) initialement prévus. Il convient alors de se demander quel est l’impact de la crise de la COVID-19 sur les fonds de LBO et sur leurs portefeuilles d’entreprises.

LA4Lire aussi : Private Equity et Coronavirus : quels impacts ?

 

Quel constat pour les fonds LBO ?

 

Après une décennie de croissance, les fonds de Private Equity procédant à l’acquisition d’entreprise par LBO n’échappent pas à la crise sanitaire. En effet, une étude mondiale, basée sur plus de 4000 fonds d’investissement, a été publiée récemment par le groupe eFront (filiale de BlackRock). Elle établit les performances du secteur ayant recours aux LBO sur le premier semestre 2020 en termes de rentabilité et de risque.

La société eFront nous révèle une baisse de rentabilité des fonds LBO sur les 6 premiers mois de 2020. Cette baisse est illustrée par le TVPI (Total Value to Paid In), qui est un ratio couramment utilisé pour évaluer la performance des fonds. Il permet de calculer la valeur totale créée par le fond, c’est-à-dire leur performance réalisée et non réalisée. Ce ratio est calculé à partir des valeurs distribués (réalisées) et liquidatives (non réalisées) par rapport aux capitaux initialement appelés.

 

Dans le cadre de cette étude, eFront nous indique que les 6 premiers mois offrent en moyenne un TVPI de 1,36 pour les fonds de LBO : une baisse notoire par rapport à l’année précédente qui avait un TVPI de 1,45. Cette baisse de rentabilité signe un retour à des performances similaires à 2014 comme le graphique ci-dessous le montre. Une baisse justifiée par les mesures restrictives (confinement, fermeture des frontières, etc.) et l’arrêt de pans entiers de l’économie en réaction à la pandémie de la COVID-19. En effet, de nombreux secteurs ont été durablement impactés comme le tourisme, la construction ou l’aéronautique, car leurs activités ont dû s’arrêter brusquement suite à la mise en place de ces mesures. Les acteurs du LBO liés de près ou de loin à celles-ci ont alors vu leurs performances chuter.

 

Graphique : return evolution of active LBO funds
Source : eFront Insight, Q2 2020

 

Sans surprise, la baisse de rentabilité est accompagnée d’une augmentation des risques, liée au contexte économique. Cette même étude nous montre que le niveau de risques de ces fonds, représenté par la volatilité TVPI au cours du temps (TVPI Spread), est passé d’un ratio de 1,31 en décembre 2019 à 1,36 en mars 2020. Cette augmentation est directement liée à la réaction du marché face à des événements imprévus. Quant au second trimestre, la stabilisation du marché illustre une attitude passive et une volonté des managers de conserver les positions prises durant le premier trimestre. En effet, la baisse du niveau des risques et la durée moyenne d’investissement globalement faible révèlent une certaine prudence des investisseurs. De plus, eFront signale que les dirigeants ont favorisé le management des entreprises au détriment du nombre de deals effectués. Une démarche partagée par de nombreuses sociétés de capital-investissement qui préfèrent d’abord évaluer l’ampleur des dégâts (avérés ou potentiels) de la crise sur leur portefeuille.

Néanmoins, eFront souhaite souligner qu’il ne s’agit en aucun cas d’une crise. La baisse constatée semble correspondre à une correction du marché liée au contexte particulièrement favorable des années précédant la crise.Effectivement, les volumes de transactions LBO ont atteint des niveaux quasiment inégalés en 2018 et 2019 : leurs rythmes devaient logiquement chuter dans un contexte d’imprédictibilité. La preuve en est que ces performances convergent vers leurs niveaux de rentabilité moyenne à 10 ans.

 

Graphique : risk evolution of active LBO funds
Source : eFront Insight, Q2 2020

 

Un changement de stratégie

 

Selon un sondage début avril mené par le cabinet Roland Berger, la crise devrait pousser les professionnels du Private Equity à réorienter leur stratégie d’investissement. Au total, deux tiers des participations des fonds témoignent subir un impact négatif lié à la COVID-19. Concrètement, plus d’un quart des entreprises détenues par les fonds d’investissement devraient subir une baisse de 20 à 50% de leur chiffre d’affaires et 9% prévoient une baisse supérieure à 50%. Ces chutes drastiques ont évidemment des répercussions sur ces entreprises, à tel point que 45% des fonds de Private Equity ont apporté (ou vont apporter) du cash ou des fonds propres dans leurs participations. Une décision non sans conséquence, montrant une acceptation des gérants de revoir à la baisse leur taux de rentabilité interne (TRI).

 

Par ailleurs, Neha Champaneria Markle (M.D. de Morgan Stanley Investment management’s AIP Private Markets) souligne que la crise sanitaire contraint les investisseurs à se concentrer davantage à la création de valeur pour les entreprises. Ceux-ci devront favoriser des croissances rentables et durables, tout en professionnalisant et en soutenant la direction de leurs entreprises. Un procédé bien différent des pratiques qui favorisent simplement l’achat par l’effet de levier avec pour seul but d’accroitre les rendements.

 

 

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Une reprise d’activité

 

Néanmoins, la seconde moitié de l’année 2020 semble signer le redémarrage de l’activité du secteur. En septembre dernier, une étude internationale menée par Refinitiv annonce la reprise d’activité du secteur des LBO pour le second semestre. D’après cette même étude, les fonds de Private Equity ont atteint un nombre record de transactions LBO. Les principales cibles des fonds d’investissements étant les secteurs des technologies et de l’industrie, représentant 41% du nombre total de deal. A l’instar de cette dynamique, HG, TPG et Warburg Pincus ont annoncé fin août un LBO sur le groupe suédois de logiciels RH VISMA, d’un montant historique pour ce secteur. En effet, celui-ci dépasse les 10 milliards d’euros, un signal fort démontrant que les fonds de PE passent à l’action malgré la pandémie.

 

La seconde vague du COVID-19 et le marché français

 

Ces dernières semaines, les complications sanitaires ont forcé les gouvernements à prendre des mesures plus restrictives, à l’image d’un reconfinement pour la France et l’Angleterre. De telles décisions ajoutent un stress supplémentaire sur les entreprises d’ores et déjà affaiblies lors du premier semestre. Les entreprises sous LBO pourraient ainsi se retrouver noyées sous leurs dettes du fait d’une seconde perte d’activité.

 

L’évolution de l’épidémie pourrait également ralentir la reprise du secteur des LBO en France. Il convient alors d’analyser les conséquences du premier confinement afin de déterminer les probables répercussions du second sur ce marché. Début juillet, Capital Finance publiait une estimation ayant pour but de quantifier les incidences du confinement sur le marché des LBO. L’étude indiquait une baisse de 34% des transactions sur le premier semestre de 2020 par rapport à la même période en 2019. Celle-ci s’explique principalement par la diminution du nombre de nouveaux deals et non par l’annulation de deals en négociations avancées. En effet, seulement 2 des 50 deals annoncés ont été annulés alors que le volume des nouvelles transactions se traduit par un repli de 43% par rapport à l’année précédente.

Ainsi, il est clair que le confinement affecte directement l’activité de ce secteur. En fonction de la durée encore incertaine du reconfinement, il est fort probable que le marché français recule plus ou moins de la même façon qu’au printemps dernier.

 

Graphique : nombre de LBO annoncés sur des entreprises françaises

 

LA4Lire aussi : LBOs stars, quatre exemples de succès historiques

 

Quel avenir à court et moyen et terme ?

Il est évidemment trop tôt pour analyser les impacts d’une crise dont la durée et les conséquences ne sont pas encore déterminées. Cependant, il est possible d’émettre des pistes de réponse pour l’avenir de ce secteur. En effet, une étude publiée par Morgan Stanley nous indique que les fonds de Private Equity ont tendance à profiter des situations de crises. A l’aide du graphique ci-dessous, on remarque que les investissements LBO sont nettement plus abordables en période de crise que les années précédant celle-ci. Effectivement, on constate que les possibilités de rachat par LBO des années 2001 et 2002 ont un prix nettement inférieur à celles des années 1997 à 2000. La situation se reproduisant en 2009, nous pouvons supposer que la crise de la COVID-19 baissera le prix des LBO et ouvrira de nombreuses opportunités d’achats par effet de levier.

 

Graphique : US Purchase price multiples (all LBOs)
Source : Morgan Stanley « Post-crisis Private Market Investing »

 

Par ailleurs, le second graphique ci-dessus démontre que les fonds de Private Equity, qui n’hésitent pas à investir pendant ces périodes, profitent d’une augmentation significative de leur rentabilité les années suivantes. Leurs TRI (IRR en anglais) avaient augmenté nettement à la suite de la bulle internet et de la crise de 2008. La baisse de valorisation des entreprises sur ces périodes permet aux fonds d’investir sur des entreprises à des prix qui n’étaient pas envisageables et ainsi d’obtenir une rentabilité accrue dans le futur proche. Cependant, les achats par LBO sont très risqués, d’autant plus en période de crise. Dans cette situation, l’importance de l’expertise des investisseurs est fondamentale. Ils ont la responsabilité de parvenir à identifier et sélectionner les investissements rentables dans des situations conjoncturelles très complexes.

 

Graphique : Private Equity Returns by Vintage Year
Source : Morgan Stanley « Post-crisis Private Market Investing »

 

En conséquence, à court et moyen terme, les fonds de LBO pourront profiter de la situation grâce aux importants montants récoltés suite aux performances des années précédentes. De plus, tant que les taux d’intérêt restent à un niveau relativement faible (nécessaire à la relance de l’économie), les fonds de PE pourront facilement avoir recours à la dette. Cette situation pourrait conforter les investisseurs dans l’utilisation de montages financiers tels que les LBO. Bien que les fonds de LBO aient eux aussi subi les déboires de la pandémie, il se pourrait bien que certains d’entre eux puissent en tirer profit dans les années à venir.

 

Léonard Chardin, contributeur du blog AlumnEye

 


Personne dans le noir avec un laser rouge vertical au niveau des yeux

Biotechnologies : un investissement spéculatif à surveiller de près

La propagation du nouveau coronavirus au niveau mondial depuis mars 2020 a lancé la course aux vaccins et aux traitements pouvant freiner la maladie. En annonçant – le 9 novembre 2020 – avoir trouvé un vaccin efficace à 90%, les laboratoires Pfizer et BioNTech ont mis les marchés financiers en ébullition : une hausse de 2,95% pour le Dow Jones ; 7,57% pour la Bourse de Paris ; 4,67% pour Londres ; ou encore 5,43% pour Milan. Bien que le doute persiste toujours quant à son efficacité sur le long-terme, le vaccin promis par Pfizer incarne une vague d’optimisme nouvelle et démontre l’influence du secteur des biotechnologies sur la finance.

 

En vérité, la bataille fait encore rage entre les entreprises spécialisées dans la recherche médicale. Johnson & Johnson, Sanofi ou encore Pfizer – pour ne citer que les principales  –  cherchent activement la solution miracle. Mais ces entreprises ne sont pas seules à mener la course. Derrière ces géants se cachent des sociétés de biotechnologies cotées et moins connues par le grand public telles que Novacyt pour la recherche de tests de dépistage de la COVID-19 ou Regeneron, pour un traitement contre cette maladie respiratoire, et donc BioNTech pour parler de l’actualité récente. Ces dernières ont d’ailleurs profité de la vague anxiogène autour de la pandémie pour voir leurs cours de bourse bondir. On peut par exemple mentionner Eurobio Scientific qui a gagné près de 170% entre le mois de mars et le mois d’avril 2020 grâce à ses avancées sur un automate capable d’analyser 120 tests par heure. Ainsi, les sociétés de biotechnologies médicales entrent aujourd’hui progressivement sous les projecteurs.

 

Qu’est-ce qu’une société de biotechnologie médicale ?

 

Selon l’OCDE, une société de biotechnologie désigne « L’application de la science et de la technologie à des organismes vivants, de même qu’à ses composantes, produits et modélisations, pour modifier des matériaux vivants ou non-vivants aux fins de la production de connaissances, de biens et de services. » La biotechnologie ne s’applique pas uniquement au médical mais à différents domaines comme l’agroalimentaire, la cosmétique ou la chimie verte. On peut ainsi classer les sociétés de biotechnologie médicale comme un sous-segment de la Health Tech qui est composée des biotech, des medtech et des digital health tech. La France se place parmi les leaders des biotechnologies de santé au niveau européen et compte plus de 700 start-up dans ce secteur.

 

Investir dans une société de biotechnologie médicale

 

L’investissement dans les biotechnologies est bien souvent très spéculatif et réservé à des investisseurs avertis. La vie de l’entreprise et son cours de bourse sont en effet rythmés par un ensemble de facteurs plus qu’incertains.

 

Tout d’abord d’un point de vue purement financier, la société de biotechnologie ne génère pas de profit tant qu’aucun traitement n’a été découvert puis validé par les autorités sanitaires. Par ailleurs, les recherches médicales sont très consommatrices en liquidité : les apports financiers initiaux sont importants et l’endettement peut être lourd. La bourse apparait alors comme un outil essentiel à toute société de biotechnologie voulant se développer. L’introduction sur les marchés financiers permettra de lever suffisamment d’argent pour financer les coûts de développement d’un médicament. Investir dans une société de biotechnologie est donc avant tout un véritable pari sur sa capacité à gérer sa trésorerie et son endettement à moyen ou long terme.

 

Main devant une table de consultation médicale

Ensuite, lorsqu’un traitement est mis au point, celui-ci doit être testé et doit passer par différentes phases. On distingue trois phases de recherche d’une durée totale de 10 à 15 ans pour un médicament et de 3 à 5 ans pour un dispositif médical. Ces phases nécessitent notamment d’expérimenter les molécules sur quelques volontaires puis progressivement sur une population plus large. On considère en moyenne qu’une molécule sur dix passe avec succès ces trois tests, d’où le caractère une fois encore très spéculatif des biotechnologies. Les résultats des recherches en interne sont généralement présentés par les entreprises durant des conférences et des congrès (Paris Health Week, World Biotechnology Congress…). Les investisseurs suivent donc avec assiduité ces annonces qui font varier parfois fortement les cours boursiers. Les biotechnologies peuvent en effet se heurter à des problèmes de recherches en interne qu’elles doivent annoncer régulièrement, comme par exemple le rejet d’un greffon ou encore le décès d’un patient test. Ces évènements repoussent l’échéance de la commercialisation et ajoutent alors de l’incertitude pour les investisseurs.

 

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Enfin, l’approbation d’un traitement par les autorités sanitaires renforce le caractère spéculatif de ces entreprises. Toutes les étapes de recherches depuis le lancement des tests jusqu’à la mise en circulation au grand public sont soumises à vérification par les autorités. Ainsi, chaque pays possède une autorité sanitaire chargée de cette surveillance, les plus connues étant la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis, la Haute Autorité de Santé (HAS) pour l’Europe ou encore l’ANSM pour la France. Pour une société de biotechnologie américaine, l’approbation finale de la FDA en phase 3 représente l’aboutissement de la recherche et la porte d’entrée vers sa commercialisation. Ce n’est qu’à partir de ce moment que la société va générer du profit. Lorsqu’un traitement est validé aussi bien pour la phase 3 que sur les étapes intermédiaires, le cours de bourse augmente généralement fortement. Après des résultats encourageants contre le VIH le 2 mai 2017 la société Abivax a vu son cours s’envoler jusqu’à +200 % dans la séance pour clôturer à +114%. Mais, un traitement peut être refusé même au dernier moment. Du jour au lendemain, les recherches doivent repartir de zéro. Ainsi, la société DBV Technologies a vu passer son cours d’un plus haut historique de 86,64 euros à 4 euros aujourd’hui. En cause, plusieurs avis négatifs de la FDA sur le lancement d’un patch innovant contre l’allergie à l’arachide.

 

Un secteur friand des deals M&A

 

Le secteur biotechnologique est marqué par un fort dynamisme des fusions-acquisitions. On estime qu’en 2019 le montant moyen des transactions fut de 2,5 milliards de dollars, avec près de 900 opérations au total depuis 2015. Ces dernières années, ont émergé des méga deals avec entre autres l’achat d’Allergan par AbbVie pour 85,7 milliards de dollars en juin 2019 ou encore l’acquisition de Shire par Takeda Pharmaceutical pour 80,4 milliards de dollars en avril 2018.

LA4Lire aussi : Mais au fait, à quoi sert le M&A ?

 

La puissance des grands groupes internationaux réside ainsi dans leurs multiples acquisitions au cours des années, ce qui renforce dans un même temps leur positionnement dans certaines branches de recherche médicale. En rachetant Genentech en 2011 pour 47 milliards de dollars, Roche a ainsi fortement solidifié sa place parmi les leaders de la biotechnologie. S’en est suivi une multitude de rachats comme celui du groupe InterMune en 2014 pour 8,3 milliards de dollars ou plus récemment en 2019 celui de Spark Therapeutics pour 5 milliards de dollars. L’ensemble de ces acquisitions ont permis à Roche d’atteindre une capitalisation boursière de 276 milliards de dollars en octobre 2020. Seul Johnson & Johnson réussit à dépasser cette capitalisation boursière, cette dernière s’établissant en octobre 2020 à 392 milliards de dollars.

 

Tablette avec un graphique vert sur fond noirAu niveau mondial, la plus grosse opération de l’année dans le secteur des biotechnologies est pour Gilead Sciences avec l’acquisition d’Immunomedics en septembre 2020 pour 21 milliards de dollars. L’opération s’établit à 88$ par action, prix deux fois plus élevé que l’offre initiale. Gilead financera 15 milliards de dollars en cash et 6 milliards de dollars par émission de dette. L’entreprise renforce ainsi son positionnement dans la lutte contre le cancer. Cette acquisition va effectivement lui faire profiter du médicament phare d’Immunomedics baptisé Trodelvy. Ce dernier est destiné à soigner le cancer du sein et des poumons et pourrait représenter entre 3 et 5 milliards de dollars de ventes selon Jefferies & Co.

 

 

En France, Sanofi est un acteur incontournable en fusions-acquisitions aussi bien du côté de l’achat que de la vente de sociétés de biotechnologies. Une des dernières acquisitions est celle de Principia Biopharma Inc pour un montant de 100$ par action. Cette transaction sous les conseils financiers d’Evercore a atteint pas moins de 3.68 milliards de dollars.  L’opération est en ligne avec la stratégie de développement de Sanofi qui cherche à étendre son emprise sur les entreprises de biotechnologie.

 

L’élargissement du capital : phase primordiale dans la vie d’une biotech

 

Grandes consommatrices de cash, les sociétés de biotechnologie doivent se tourner vers la levée de fonds pour continuer leurs activités de recherche. Ce financement externe est important et nécessite un choix judicieux quant aux différents apporteurs de capitaux. Les sociétés de biotechnologie doivent en effet prendre en compte les attentes des potentiels investisseurs en ce qui concerne leur horizon d’investissement ou encore le rendement espéré. Une levée de fonds est donc le fruit d’un savant mélange entre les financements d’acteurs externes à l’entreprise (placements privés, capital-risqueurs, hedge funds…) jusqu’au but ultime : l’introduction en bourse. En effet, rares sont les sociétés de biotechnologie ne visant pas à terme l’introduction en bourse pour élargir leurs capitaux. Si une IPO est onéreuse et peut atteindre parfois des millions de dollars de frais, de nombreuses biotechs passent le cap et se trouvent cotées sur les marchés financiers. Ainsi, entre janvier et septembre 2020, plus de 35 IPOs ont été lancées sur le NASDAQ. Cette période a montré un intérêt tout particulier des investisseurs pour les biotechs puisque les actions ont été vendues à un prix en moyenne 47% plus élevé que le prix de vente initial. Une bonne perspective de croissance, des avantages comparatifs pertinents et un large marché cible rendent les investisseurs plus enclins à surpayer ces actions. Plusieurs introductions en bourse ont donc été réussies à l’été 2020. Les actions CureVac B.V initialement introduites à 16.00$ le 14 août 2020 se sont ainsi envolées à 55.90$ à la clôture. De même pour les actions COMPASS Pathways plc le 18 septembre 2020 avec un prix d’introduction s’établissant à 17.00$ pour atteindre 29.00$ à la fin de la première journée de cotation. Cette flambée des cours le jour de l’introduction en bourse est monnaie courante dans ce secteur. Plusieurs biotechnologies devraient se lancer prochainement en bourse, néanmoins, les élections américaines de novembre 2020 ont ajouté de l’incertitude et de la volatilité sur les marchés.

LA4Lire aussi : Moelis & Co : un outsider pour la plus grosse IPO de l’histoire

 

Les biotechnologies : un secteur d’avenir ?

 

Investir dans des sociétés de biotechnologie pousse à examiner la pérennité du secteur dans le temps. Si le dynamisme de l’activité des sociétés de biotechnologie annonce encore de beaux jours à venir, sa croissance peut être réduite par plusieurs facteurs.

 

Tout d’abord, l’activité des biotechnologies intervient dans des secteurs très diversifiés et les initiatives entrepreneuriales se multiplient de manière exponentielle ces dernières années. Les fins des recherches de biotechnologie quel que soit le milieu sont utiles à l’Homme. Elles permettent de nombreuses avancées scientifiques grâce à la manipulation du vivant. Ces découvertes améliorent non seulement la qualité de vie et la santé générale au niveau mondial mais aussi l’activité industrielle. La biotechnologie appliquée à l’industrie contribue à la diminution de son empreinte sur l’environnement et à la transition écologique. Le développement de biocarburants est par exemple issu des biotechnologies. On peut aussi citer plusieurs succès commerciaux grâce à l’application industrielle des découvertes. La création du bioplastique a par exemple rapidement été utilisé par Toyota dans ses véhicules afin de réduire l’empreinte écologique grâce à ce plastique biodégradable et recyclable. Ainsi, investir dans une biotechnologie appliquée à l’industrie peut souvent être assimilée à un pari sur la transition écologique à venir.

 

 

Plante qui pousse à l'intérieur d'une ampoule

Toutefois, l’expansion du secteur peut être freiné par plusieurs obstacles. D’abord, les recherches expérimentales biotechnologiques posent des problèmes d’éthique. La modification des gènes humains ou la manipulation du vivant suscite des débats autour de convictions religieuses ou médicales. Par ailleurs, ces nombreuses découvertes pourraient se retourner contre l’Homme en étant utilisées comme arme et non comme moyen d’amélioration de la qualité de vie. En témoigne l’utilisation des armes chimiques au Moyen-Orient comme moyen de destruction massive en période de guerre. Plus encore, la création de traitements contre le cancer et autres maladies parfois incurables peut potentiellement être vecteur d’inégalités. L’accès à certains traitements se trouve particulièrement onéreux en atteignant parfois plusieurs centaines de milliers de dollars. De même, les garanties de sécurité vis-à-vis de ces découvertes ne sont pas systématique en témoigne la crise de la vache folle en 1996. L’utilisation d’OGM interdits dans certains pays et non dans d’autres montre également que son usage n’est pas sans danger. Enfin, les biotechnologies affrontent et vont affronter un manque de financement. Celles-ci sont par essence toujours plus consommatrices de liquidité mais l’investissement n’est pas infini. Il s’agira donc de prendre en considération tous ces freins potentiels au développement du secteur avant d’investir dans des biotechnologies.

 

Julien Chichery, contributeur du blog AlumnEye

 


Personne regardant à travers les stores d'une fenêtre

À quoi sert l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Régulation ?

Treize ans après les années dévastatrices de la crise de 2007-2008, l’ACPR apparaît comme l’un des leviers choisis par l’État français pour éviter la réapparition d’une crise financière et des signes de récession. Si son rôle est aujourd’hui devenu capital dans notre économie, nous sommes beaucoup à ignorer la véritable fonction de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Régulation.

 

Une institution récente mais indiscutablement puissante

 

Fondée au lendemain de la crise des subprimes, l’ACPR est une autorité administrative indépendante adossée à la Banque de France. Possédant sa propre autonomie financière, elle voit le jour grâce à la fusion entre deux autorités de contrôle des secteurs de la banque et de l’assurance : la Commission Bancaire et l’Autorité de Contrôle des Assurances et des Mutuelles (ACAM) et de deux autorités d’agrément : le Comité des Établissements de Crédit (CEA) et le Comité des Établissements de Crédit et des Entreprises d’Investissement (CECEI).

Depuis 2010, l’influence de l’ACPR n’a cessé de croître, tout particulièrement après la signature de la loi de régulation et de séparation des activités signée en août 2013, concernant la régulation et la stricte délimitation des activités bancaires.

Bien qu’elle soit une institution récente, le rôle de l’ACPR est indiscutablement puissant en plus d’être double :

 

  • D’un côté, elle délivre une certification bancaire appelée l’agrément d’établissement ACPR, qui est indispensable aux institutions financières pour exercer leurs activités commerciales. Ces agréments permettent de prévenir des fraudes financièreset des financements d’activités illégaux.Signature d'un contrat

 

  • D’un autre côté, l’ACPR contrôle l’application des règles de solvabilité établies par le comité de Bâle, instance en charge de la réglementation bancaire internationale ayant pour but de renforcer la solidité du système financier mondial.

 

 

Quelles sont les principales missions de l’ACPR ?

 

Le rôle de l’ACPR est vaste et touche à de nombreux domaines d’intervention. Que cela soit des missions de protection client ou bien de renforcement de la stabilité du secteur financier, les missions de l’ACPR affectent aussi bien les plus petites sociétés d’assurance ou de courtage que les plus grosses banques nationales. Malgré cette diversité d’action et de champ d’intervention, quatre missions peuvent être clairement distinguées.

  • Renforcer la stabilité du secteur bancaire et financier : en effet, l’instabilité bancaire peut avoir des répercussions négatives sur l’économie réelle. Il faut dès lors réussir à maintenir une certaine confiance dans ce système financier en veillant continuellement à sa solvabilité. Par exemple, une banque avec un ratio de solvabilité fort va pouvoir faire face aux nombreux risques potentiels liés à ses activités, comme un non-remboursement de crédit. De cette manière, plus les agents ont confiance dans le système bancaire dans sa globalité, plus ils vont participer à ce système et moins il risquera de s’effondrer.

 

  • Renforcer la stabilité financière des institutions françaises sur la scène européenne et internationale : l’ACPR va permettre d’accroître la légitimité de la régulation bancaire en France, notamment auprès d’instances européennes ou internationales comme l’Autorité Bancaire Européenne (ABE) ou encore auprès du Comité de Bâle.

 

  • Protéger la clientèle en luttant contre l’asymétrie d’information jugée comme étant la cause première de l’instabilité du secteur financier. En effet, l’asymétrie d’information accentuerait l’aléa moral en incitant les emprunteurs à se livrer à des activités augmentant les probabilités de défaillance et favoriserait ainsi la contagion des paniques bancaires comme on a pu le voir en 2007-2008. Bien que la réalité des pratiques soit difficile à résumer en quelques lignes, l’ACPR a instauré depuis 2010 un dispositif de recommandation des bonnes pratiques à adopter pour limiter les risques des institutions financières et des clients. En cas de non-respect de ce dispositif, l’ACPR se réserve le droit d’instaurer toute une série de sanctions financières mais aussi contraignantes.

 

  • Apporter une vision globale du système financier (supervision prudentielle), en essayant de comprendre de quelle manière le secteur financier peut être affecté par différents mécanismes et facteurs et surtout comment y lutter et résoudre ses problèmes avant d’arriver au stade de crise financière. L’ACPR, se voulant toujours plus précise et transparente, a développé ses capacités de recherche de manière plus fréquente et rigoureuse, en analysant par exemple l’ensemble des risques présents dans chaque secteur.

 

De cette manière, le rôle de l’ACPR est complexe et pluriel car il oscille sur des champs d’intervention aussi vastes que différents, tout en ayant la volonté de promouvoir une bonne santé des institutions financières en même temps que de devoir protéger ses clients.

LA4Lire aussi : Une nouvelle crise financière pour demain ?

 

Une institution de contrôle ramifiée

Afin d’assurer sa pluridisciplinarité et de comprendre au mieux les spécificités de chaque domaine d’intervention dont elle a la surveillance, l’ACPR est organisée en quatre structures distinctes :

 

  • Le collège de supervision, composé d’un cortège de 19 membres et présidé par le gouverneur de la Banque de France (depuis 2015, François Villeroy de Galhau), son rôle est d’établir les orientations générales de l’institution.

 

  • La commission des sanctions, présidée elle, par un conseiller d’État (Alain Ménéménis) et de 5 autres membres, est en charge de poursuivre les institutions financières qui n’auraient pas respecté les règles préétablies. Il peut s’agir aussi bien d’un simple avertissement que d’une sanction pécuniaire ou encore d’une interdiction temporaire d’exercice.

 

  • Les commissions consultatives, au nombre de quatre, ont été créé dans un but d’assister et rendre un avis concret et poussé au collège de supervision sur des domaines de compétences spécifiques comme le climat et la finance durable, les pratiques commerciales, la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ou bien encore pour traiter des affaires prudentielles.

 

  • Le comité scientifique, qui lui est composé pour la majorité d’experts, son rôle est de porter attention aux innovations bancaires qui pourraient influencer le fonctionnement des institutions financières. C’est un comité qui a avant tout un rôle d’anticipation et d’avertissement sur les évènements qui pourraient affecter la stabilité des institutions financières dans le futur.

 

Tour de contrôle sur la plage

Quelles sont les règles auxquelles doivent se soumettre les banques ?

La régulation bancaire est assurée par le Comité de Bâle, instance fondée en 1974 et rassemblant au total 27 pays. En effet, ratifiés à partir de 2015 et mis en place depuis le 1er janvier 2019, les accords de Bâle 3 ont été négocié au sein de la Banque des Règlements Internationaux. Ils visent d’abord et avant tout à lutter de manière efficace contre le risque d’illiquidité des banques. Ce sont donc des accords inédits et très différents des deux précédemment signés (accords de Bâle 1 : 1998 et accords de Bâle 2 : 2006) car ils instaurent une réglementation complète au sein du secteur financier.

 

L’étape marquante des accords de Bâle 3 repose sur la création :

  • d’un nouveau ratio d’insolvabilité : les fonds propres des banques doivent représenter au moins 3% du total de l’actif bancaire.
  • d’un nouveau ratio d’illiquidité : les engagements des banques à court terme en titres sécurisés devront représenter 100% des dépôts.
  • d’une augmentation de 2% du ratio McDonough : les fonds propres des banques doivent représenter au moins 10% des créances détenues pondérées du risque crédit.

La tendance est donc à l’équilibrage des bilans et se caractérise par la volonté continuelle de donner toujours plus de crédibilité et d’efficacité à la supervision prudentielle au sein du secteur financier.

 

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Quelles sanctions prévoit l’ACPR en cas de non-respect de ces règles ?

 

Le pouvoir disciplinaire de l’ACPR est organisé entre le collège de supervision et la commission des sanctions, les deux institutions étant totalement indépendantes.

 

Dans un souci de respect des règles, les institutions financières peuvent être sanctionnées en cas de manquement à leur devoir de conseil, de gouvernance, en cas de modification d’un contrat d’assurance, de non-respect d’une mise en demeure ou encore de leurs inactions dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

 

Les motifs sont nombreux et les sanctions peuvent être très sévères. En effet, en cas de non-respect avéré des règles préétablies, les sanctions peuvent aller du simple avertissement jusqu’à une radiation totale. C’est ainsi qu’en février 2020, le courtier en assurance Viva Conseil s’est vu pénalisé d’un blâme ainsi que de l’interdiction de commercialiser pendant deux mois des contrats d’assurances en France et à l’étranger pour insuffisance et inexactitude des informations communiquées et non-respect de son devoir de conseil.

 

Ils existent aussi et en même temps des sanctions pécuniaires pouvant osciller entre 80.000 et 10 millions d’euros. En effet, en mars 2020, Generali Vie, filiale française de l’assureur italien, a écopé d’une sanction de 10 millions d’euros ainsi que d’un blâme pour une multitude de raisons dont le non-respect de certaines règles comptables propre au Plan d’Épargne Retraite Populaire (PERP).

 

En 2017, l’ACPR aurait amassé plus de 25,86 millions d’euros. L’ensemble des sanctions décidées par l’ACPR sont ensuite inscrites dans le recueil de jurisprudence pour une durée préétablie lors du jugement de la sanction. Ce recueil lui permet ainsi d’avoir un historique des institutions financières qui ont déjà été pénalisées.

LA4Lire aussi : Les conséquences de Bâle III sur le risque systémique

 

Ne pas confondre les missions de l’ACPR et de l’AMF

 

A la différence de l’ACPR qui délivre son propre agrément, l’AMF veille à la protection de l’épargne investie dans les instruments financiers, à la bonne circulation de l’information du côté des investisseurs et au fonctionnement optimal des marchés d’instruments financiers.

Composé d’un collège (actuellement présidé par Robert Ophèle depuis août 2017) et d’une commission des sanctions indépendantes, l’Autorité des Marchés Financiers régule donc des sociétés d’investissement, des sociétés de gestion de portefeuilles et des marchés financiers tandis que l’ACPR sera davantage ciblée sur les banques et établissements de crédit, les établissements de paiement ou encore les entreprises d’investissement.

Feu vert pour piétons

 

Malgré toutes ces disparités, ces deux institutions possèdent un objectif commun : celui de la protection du consommateur.

 

 

 

 

La création d’un point d’entrée commun

 

En avril 2010, une convention a été signé afin d’instaurer un mécanisme de coordination entre l’Autorité des Marchés Financiers, l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Régulation et la Banque de France. L’Assurance Banque Épargne Info Service (ABEIS) est née. Cette étape marque le tout premier rapprochement entre deux instances qui n’avaient auparavant jamais instauré d’actions collectives d’une telle envergure.

 

Par l’intermédiaire d’un site mais aussi d’une plateforme téléphonique dédiée, le rôle de ce service est ainsi d’informer et d’orienter le public concernant des questions d’assurance, de banque, de bourse et des produits d’épargne.

 

Les informations sont éditées de manière ludique, notamment par l’intermédiaire de vidéos et de questions réponses dans lesquelles chacun, même les moins initiés, peuvent trouver les explications qu’ils cherchent.

 

Si le bilan de cette coordination a été jugé plutôt mitigé, il a cependant suscité une véritable dynamique auprès des personnes intéressées. Dans son rapport, la Cour des Comptes a affirmé vouloir continuer cette coopération mutuelle et pourquoi pas l’étendre dans le futur.

 

Augustin Berger, étudiant à NEOMA Business School et contributeur du blog AlumnEye

 


Pièce sur un plateau d'échecs (Tour)

Le FMI : une institution centrale dans l'économie mondiale

Le Fond monétaire international (FMI) est l'une des institutions financières les plus importantes au monde. Celle-ci a pour but d'encourager la stabilité financière, d'assurer la gestion des crises monétaires et financières en fournissant, par exemple, des crédits aux pays qui connaissent des difficultés économiques.

Le FMI est dirigé par 189 Etats membres, auxquels il rend compte de son action, qui a parfois été vivement contestée lors de certaines crises financières.

 

L'évolution du rôle du FMI depuis sa création

L’institution prend naissance en juillet 1944 lors de la conférence de Bretton Woods. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le risque de voir les grandes économies mondiales subir les tribulations d'une crise semblable à celle des années 1930 incite les acteurs économiques mondiaux à proposer des solutions pour assurer la stabilité du système monétaire international.

Lors de cette conférence, le représentant américain Harry Dexter White proposa un modèle reposant sur 3 règles :

  • Chaque État doit définir sa monnaie par rapport à l'or ou au dollar américain, lui-même convertible à l'or, ce qui donna naissance, pour chaque monnaie, à une parité en or ou en dollar ;
  • La fluctuation des monnaies par rapport à leur parité officielle ne doit se faire que dans une marge de 1% ;
  • Tous les États sont chargés d'assurer cette parité en veillant à équilibrer leur balance des paiements. La balance des paiements mesure les transactions entre les acteurs économiques exerçant leur activité sur le territoire national et ceux exerçant leur activité à l'étranger.

LA4Lire aussi : Le Fonds Monétaire International : une institution en crise ?

 

Ainsi, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le rôle du système monétaire est de maintenir une stabilité économique mondiale en maintenant un contexte favorable à l'essor du commerce international. De plus, il permet d'accorder des prêts à certains pays en difficulté dans un contexte de reconstruction d'après- guerre.

Le fonds monétaire agissait donc dans cette optique en se portant garant du bon fonctionnement du système monétaire de Bretton Woods. De ce fait, lorsque certains pays se retrouvaient dans l'incapacité de maintenir la valeur de leur monnaie dans une marge de 1%, ils pouvaient recourir à des dévaluations ou des réévaluations.

Cependant, à partir de 1957, les différentes inflations que connaissent les États-Unis laissent esquisser une réforme du FMI et une redéfinition de son rôle dans le contrôle du commerce international et le système de Bretton Woods. En effet, les difficultés rencontrées par les États-Unis entraînent une perte de confiance dans le dollar poursuivie jusqu'à la fin des années 60, obligeant le président américain à adopter une réforme monétaire.

Cette réforme du FMI s'accélère le 15 août 1971, lorsque le président américain Richard Nixon suspend la convertibilité du dollar en or, amorçant la fin du système de Bretton Woods. Le rôle premier du fonds international, qui consistait à garantir la stabilité des taux de change dans une marge de 1%, est alors entériné. Le choc pétrolier de 1973 déstabilise le système des taux de change fixes dès lors remplacé par le régime de changes flottants, s'établissant en fonction du marché et de ses forces. En effet, le 8 janvier 1976, les accords de Jamaïque sont signés par les membres du fonds monétaire, permettant le flottement des monnaies. Ces accords précipitent :

  • L’abandon de la définition des monnaies par rapport à l'or ;
  • L’acceptation des systèmes des changes flottants, rendant désormais les cours des monnaiestributaires de l'offre et de la demande ;
  • L'attribution du rôle de surveillance à l’institution financière et d'une place prépondérante aux droits de tirage spéciaux (DTS) qui constituent une monnaie artificielle créée par celui-ci, permettant à ses membres de compléter leurs réserves existantes.

Au lendemain des accords de Jamaïque, il est décidé que le fonds monétaire pourra accorder des crédits aux pays en voie de développement, sous réserve d'application de la politique monétaire du fonds international.

Ce nouveau rôle accordé au FMI est mis en application lors des années 80, à la suite de l'éclatement de la crise de la dette du tiers monde. Le fonds monétaire international impose alors ses politiques économiques et de lutte contre la pauvreté à de nombreux pays d'Afrique et d'Amérique Latine en échange de crédits accordés aux pays en difficulté.

Fort de son nouveau rôle de surveillance attribué lors des accords de Jamaïque, le FMI se porte garant du bon fonctionnement de l'économie mondiale en venant en aide aux pays en difficulté financière, tout en imposant une politique budgétaire aux pays créditaires de l'institution.
Cependant, la crise asiatique de 1997 souligne les limites de la gestion des politiques budgétaire et économique des pays en difficulté, par le FMI. Durant cette crise, qui toucha en premier lieu l'Indonésie, la politique d'austérité monétaire et de rigueur budgétaire imposée par l’institution a aggravé la crise, cristallisant les critiques sur la gestion de cette période de difficulté économique par l'institution. En outre, certains pays comme la Chine ont éludé cette crise en adoptant des politiques économiques et budgétaires à l'encontre des recommandations. En effet, les réformes préconisées reposaient sur une restructuration du secteur des banques en pratiquant des fusions et en fermant les établissements non viables. Les conséquences sociales du programme ont été très largement critiquées à tel point que même la Banque mondiale a fait des reproches à l’organisation financière concernant sa gestion de la crise.

Cependant, certains pays tels que la Corée du Sud ont pu résorber la crise en adoptant partiellement les mesures préconisées par l'institution.

Cette gestion hasardeuse de la crise asiatique par l'institution internationale a provoqué l'émoi et la grogne de certains pays de la région, témoins de la gestion difficile de la crise, conduisant alors le Japon à proposer, en 1997, la création d'un fonds monétaire asiatique.

 

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Les outils d'aide et de surveillance du FMI

Depuis les accords de Jamaïque, le rôle de l’institution réside essentiellement dans le soutien de pays en proie à des difficultés financières. De ce fait, lorsqu'un pays fait face à une crise financière de grande ampleur, ce-dernier se voit octroyer des prêts afin d'empêcher l'aggravation de la crise pouvant affecter et avoir des répercussions sur l'économie mondiale. Cependant, les prêts s'accompagnent d'une obligation de mise en application de politiques d'ajustement structurel afin de corriger les causes des difficultés économiques rencontrées. Le FMI se consacre donc à accorder des prêts aux pays en difficulté financière, conseiller les États membres sur leur politique économique et apporter une assistance technique aux États membres le nécessitant

De plus, une surveillance permanente de l'économie des pays membres est assurée en envoyant des inspecteurs sur place une fois par an afin d'évaluer, en concertation avec le gouvernement et la banque centrale du pays, la présence de risques pesant sur la stabilité intérieure et mondiale qui justifieraient d'ajuster les politiques économiques ou financières. Les analyses reposent notamment sur l'appréciation des politiques monétaires, budgétaires et financières qui font ensuite l'objet d'un rapport soumis au Conseil d'administration, dont l'opinion est par la suite transmise aux autorités nationales des pays concernés.

Le FMI suit également les tendances économiques mondiales et régionales et analyse les effets de débordement des politiques de ses États membres sur l'économie internationale. Il utilise différents instruments de surveillance comme ses publications régulières : Perspectives de l'économie mondiale qui dressent un bilan économique global et analysent les risques financiers à l'échelle mondiale., Rapport sur la stabilité financière dans le monde qui évalue l'évolution des marchés financiers mondiaux ainsi que les déséquilibres financiers susceptibles de déstabiliser l'économie mondiale et enfin Moniteur des finances publiques qui a pour objet la divulgation de projections budgétaires des pays en tenant compte de la politique sociale et économique de ces derniers, et permet également d'évaluer l'évolution de la situation des finances publiques des différents États.

Ces analyses visent donc à déterminer la pertinence des politiques menées par les pays membres. Cette surveillance économique est inscrite dans l'article IV des statuts du FMI, adoptés lors des accords de Jamaïque. En vertu de cet article, l'instance internationale se doit de contrôler le système monétaire mondial et la manière dont chaque pays membre remplit ses obligations.

Pour ce faire, l’organisation financière s'appuie sur des décisions votées par l'ensemble des 189 pays membres de l'institution internationale. La voix de chaque pays est pondérée en fonction de sa participation budgétaire à l'organisation. La gestion est régie par un conseil d'administration composé d'un président et de 24 administrateurs représentant chacun une nation. De même qu'à l'ONU, certains pays disposent d'un représentant permanent (les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, le Japon, la Chine, la Russie et l'Arabie Saoudite). La plupart des décisions sont prises à l'unanimité, cependant les États-Unis et l'Union européenne disposent d'un droit de véto.

Dans cette optique de surveillance économique et d'aide aux pays en difficulté financière, le FMI est intervenu à maintes reprises dans les pays en développement dans les années 80 à la suite de la crise dite du tiers monde. L'instance internationale est aussi intervenue, au cours de son histoire, dans certains pays développés comme la Corée du Sud à la fin des années 90 et plus récemment avec la Grèce en 2010 et 2011, ou encore le Portugal, l'Ukraine, l'Irlande en 2012.

LA4Lire aussi : Comment la Banque mondiale contribue à réduire la pauvreté dans le monde ?

 

Afin de résoudre les difficultés financières des pays auxquels le FMI accorde des prêts, ce dernier incite les gouvernements à suivre les recommandations politiques, économiques et sociales de l'institution. L'une des plus emblématiques est l'encouragement à la dérégulation du marché du travail. Cette politique est souvent mise en avant par l'institution internationale afin de soutenir la croissance économique. Ainsi, lors de la crise grecque en 2010, le pays sollicite l'aide du FMI et de l'Union Européenne. Après des négociations âpres entre les différentes parties, la Grèce obtient un prêt à hauteur de 110 milliards d'euros sur 3 ans, avec 80 milliards d'euros prêtés par les pays de la zone euro et 30 milliards par le FMI).

En contrepartie de ce prêt, le pays est soumis à une série de mesures étroitement surveillées par les pays de la zone euro et le FMI.
Ainsi, ces mesures imposent : La suppression des 13e et 14e mois dans la fonction publique compensée par une prime annuelle de 1000 euros pour les fonctionnaires gagnant moins de 3000 euros par mois, une augmentation de la durée des cotisations de retraite qui passe de 37 annuités à 40 annuités en 2015, une hausse de la TVA à 23%, la mise en place d'une taxe sur les résidences illégales.

Des limites avérées dans la gestion des crises financières

Certains détracteurs s’accordent à dire que le FMI est un instrument au service des pays les plus riches, qui le financeraient afin d'imposer leur politique économique et financière aux pays qui solliciteraient l'aide de l'organisation. En outre, le poste de directeur est généralement attribué à un européen, ce que fustigent certains dirigeants des pays en développement tel l'ancien président de la Commission de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré. Cette pratique est également contestée par d'autres grands pays comme la Chine, la Russie et le Brésil, qui s'estiment lésés.

Le FMI fut vivement critiqué dans la gestion de certaines crises économiques comme la crise asiatique de 1997 ou plus récemment la crise de 2008. Selon ses détracteurs, l’institution n'aurait accordé que peu d'attention à la dégradation du bilan des secteurs financiers, aux liens éventuels entre politique monétaire et déséquilibres mondiaux, ainsi qu'à l'expansion du crédit. Ce grief fait à l'organisation est également appuyé par le président russe Vladimir Poutine qui appelle à une réforme du FMI afin d'être plus rapide dans la prise de décisions dans l'environnement très variable de la finance mondiale.

Ainsi, le Bureau indépendant d'évaluation du FMI (BIE) a émis un rapport concernant la gestion de la période 2004-2007 par l’institution financière. Le rapport émet de nombreuses réserves, en soulignant une bévue de doctrine de l'institution, présentant l'autorégulation des marchés comme suffisant pour écarter tout problème majeur des institutions financières.

 

Les critiques adressées au FMI proviennent majoritairement d'organisations altermondialistes et d'économistes réputés libéraux (tels que Milton Friedman) ou de la Banque mondiale. Selon eux, les interventions du FMI dans les pays en difficulté aggravent la pauvreté et les dettes en inhibant toute capacité d'intervention de ces Etats, alors contraints d'appliquer les réformes structurelles, économiques et budgétaires imposées par l'organisation mondiale. En effet, le grief incombé à l'organisation repose sur le fait que les politiques économiques et budgétaires imposées aux pays demandeurs d'aide sont sensiblement identiques et ne tiennent pas compte des différences structurelles et économiques de ces différents pays.

LA4Lire aussi : Crise de 2020 : le pire reste à venir

 

Avec la crise du COVID-19, le FMI est revenu sur le devant de la scène afin de résorber la crise dans les pays les plus en difficulté. De ce fait, bien que l'institution soit victime de contestation et de critiques acerbes la fragilisant, la crise actuelle semble lui donner un second souffle lui permettant de consolider son influence dans la gestion et le contrôle de l'économie mondiale.

Ainsi, le FMI a mis en place différentes mesures dans l'optique de juguler la crise du COVID-19, avec notamment un allégement de la dette prononcé pour 27 pays, la création d'une ligne de liquidité à court terme afin de renforcer davantage la sécurité financière mondiale. En outre, une augmentation des ressources des programmes de prêt en vigueur a été décidée, afin de tenir compte des nouveaux besoins causés par la pandémie.

 

Salim Hadjene, étudiant à l’IMT Lille Douai et contributeur du blog AlumnEye

 


Swan on a lake (B/W)

Prévoir les grandes crises ? La théorie du cygne noir de Nassim Nicholas Taleb

Nassim Nicholas Taleb, dit NNT, est un ancien trader ayant fait ses gammes chez UBS, Crédit Suisse et BNP. Il a créé puis vendu sa société Empirica LLC spécialisée en trading et analyse du risque. Surnommé le « néo-gourou de Wall Street », il est également essayiste et a écrit Le Cygne Noir : La puissance de l’imprévisible, un best-seller aux États-Unis vendu à plus de 500 000 exemplaires en 2007. Il y expose la puissance de l’imprévisible et dénonce la sous considération des évènements hautement improbables dans les modèles de risque. Tout au long de son livre, il avance une série d’éléments pour justifier cet oubli des théories financières et économiques. Cet article a pour but d’en illustrer quelques-uns.

 

clairvoyance cards

Personne ne peut prédire l’avenir, mais certains le pensent

 

Que ce soit dans notre vie de tous les jours, en diplomatie, ou sur les marchés boursiers, NNT affirme qu’il est impossible de prédire les évènements hautement improbables qu’il nomme « cygnes noirs ». Le problème, selon lui, réside dans l’incapacité des élites à prendre conscience de leur impuissance face à ce qui doit être considéré comme imprévisible.

 

NNT a environ 15 ans lorsque la situation se détériore au Liban en 1975. A l’époque, personne ne sait combien de temps la guerre durera. Il observe que les personnes les plus instruites et informées ne sont pas meilleures en matière de prévision que les chauffeurs de taxis ; la seule différence entre ces deux populations étant leur humilité. Les chauffeurs de taxi étaient incapables de prédire la durée de cette guerre, et ils le savaient. Les penseurs de l’élite, quant à eux, « croyaient en savoir plus que les autres parce qu’ils appartenaient à l’élite, et que si l’on appartient à l’élite, on est forcément plus savant que ceux qui n’en font pas partie. » Il existe ainsi une réelle difficulté pour les élites à évaluer les limites de leur connaissance.

 

Que ce soit le Krach boursier de 1987, la guerre du Liban ou la crise de 2008, tout le monde semble être victime d’un blocage psychologique qui empêche que ces évènements soient imaginés à l’avance. Ce problème ne réside pas dans la nature des évènements mais dans la grille de lecture que nous utilisons pour essayer de penser le futur. Selon les mots de NNT, nous réfléchissons trop le monde au travers du Médiocristan et pas suffisamment sous l’angle de l’Extrémistan. Il explique alors quelles sont les différences entre ces deux modes de pensée.

 

L’analyse par le Médiocristan et l’Extrémistan

 

En Extrémistan, les inégalités sont distribuées de telle sorte qu’un seul phénomène peut avoir un impact disproportionné sur l’ensemble de la population observée. Par exemple, la richesse, le revenu, ou les ventes d’un livre d’un auteur connu font référence au domaine de l’Extrémistan. Du jour au lendemain, un auteur inconnu peut rafler l’ensemble des ventes en librairie et devenir une star littéraire ; après des dizaines d’années de crédits octroyés, une banque peut faire défaut à la suite d’une crise financière et perdre brutalement l’équivalent de toutes ses recettes accumulées. Aujourd’hui, 1 % des plus fortunés représentent à eux seuls 46 % des actifs mondiaux. La répartition des richesses relève donc de l’Extrémistan. Si un Jeff Bezos est ajouté à l’ensemble de la population mondiale, la moyenne salariale sera fortement modifiée.

 

En Médiocristan, chaque événement pris en lui-même ne représente pas grand-chose. Plus l’échantillon est large, moins un élément peut modifier de manière significative l’agrégat ou le tout. C’est la matérialisation même de la loi des grands nombres en mathématiques. Les exemples qui s’inscrivent dans cet environnement sont nombreux : le poids, la taille, les accidents de voiture, ou encore le taux de mortalité… Si un individu qui mesure 2,72 mètres est ajouté à la population française, il n’influencera que très peu la taille moyenne française.

LA4Lire aussi : Les crises financières du XVIIIe siècle à aujourd’hui 

 

Selon NNT, les praticiens en économie et en finance succombent trop facilement à l’utopie du Médiocristan. Cela est principalement dû au carcan dans lequel ils développent leur pensée. Les statisticiens, au cours de leurs études, sont influencés par les modèles mathématiques qui leur sont enseignés. NNT dénonce notamment la courbe en cloche comme une aberration ne permettant pas d’appréhender le réel. Avec la courbe de Gauss, la plupart des phénomènes observés oscillent autour de la moyenne. Or cette distribution n’est pas adaptée aux phénomènes économiques et sociaux que l’on peut observer. La courbe en cloche peut se révéler utile dans le cas de variables telles que la taille des citoyens d’un pays. Cependant, NNT défend l’idée qu’elle ne permet pas d’appréhender les phénomènes rares tels qu’un krach boursier. L’imprévisible s’inscrit dans le monde de l’Extrémistan. Ainsi, les évènements hautement improbables ne se distribuent pas selon une courbe gaussienne qui augmente la probabilité autour de la moyenne et qui ne laisse que peu de chance aux extrêmes.

 

Essayer d’être créatif

paper plane to the moon

Dans la théorie du cygne noir, l’exemple suivant est donné pour montrer la nécessité de penser « out of the box » : demandez à deux individus de vous donner la probabilité qu’une pièce retombe sur face au bout de 100 lancers. Le premier individu, qui a fait des études de statistiques, répondra 1/2. L’autre, moins éduqué, aura tendance à penser qu’il y a de grandes chances que la probabilité liée à l’équité de la pièce soit fausse. Par comparaison, il pensera qu’il y a plus de chance que la pièce retombe quatre-vingt-dix-neuf fois de suite sur face. Selon NNT, dans le milieu universitaire, le premier individu s’en sortirait beaucoup mieux. Mais pour une simulation écologique ou liée à la vie réelle, le second se montrerait meilleur. Il faut donc essayer de penser en dehors des sentiers battus, notamment en ce qui concerne les sujets relatifs à l’Extrémistan.

 

 

 

L’attrait pour la linéarité et l’erreur de confirmation

 

L’erreur de confirmation est aussi un enjeu essentiel pour cet ancien trader américano-libanais. Prenez une dinde que l’on nourrit chaque jour, et qui prend du poids en conséquence, de manière linéaire. Que va prédire la dinde en se basant sur l’évolution de son poids au cours du dernier mois ? Elle va penser que demain, comme après-demain, elle gagnera du poids. Or, le jour de Thanksgiving, on lui tord le cou pour la déguster autour d’une table familiale. La surprise est totale pour la dinde. En revanche, l’éleveur qui la nourrit depuis plusieurs mois et qui la fait abattre pour Thanksgiving savait très bien ce qui allait se passer.

De cette histoire, nous devons tirer deux conclusions :

  • La dinde aurait dû faire preuve de plus de scepticisme. Selon NNT, « Il ne faut pas confondre preuve de l’impossibilité et absence de preuve de la possibilité. »
  • Le point de vue depuis lequel nous observons un évènement joue un rôle crucial dans la perception que nous en avons. Il faut donc essayer de se détacher de ses prénotions pour analyser, penser et réfléchir à des évènements hautement improbables.

 

La théorie du cygne noir affirme donc que nous sommes aveuglés lors d’une prise de décision par deux phénomènes à la fois distincts et complémentaires.

 

Premièrement, notre système émotionnel est adapté à la causalité linéaire. Si vous étudiez tous les jours, vous vous attendez à ce que les choses que vous apprenez soient proportionnelles au temps que vous leur consacrez. Or il n’en est rien. L’utilité marginale du travail décroit à partir d’un certain temps d’étude.

Deuxièmement, nous avons tendance à essayer de valider nos idées préconçues. Or, le biais de confirmation joue un rôle prépondérant dans la prise de décision. La tentation d’auto-validation de nos choix est grande. Nous nous convainquons souvent, à tort, d’avoir bien évalué les options au moment de la prise de décision.

Par exemple, la cathédrale Notre-Dame brûle et ce sont des millions d’euros bien médiatisés qui sont alloués à sa reconstruction. Par biais de confirmation, qui n’encourage pas un arbitrage plus réfléchi au moment de la prise de décision, on occulte d’autres causes qui mériteraient autant d’attention, si ce n’est plus.

 

Ce livre nous invite donc à comprendre que nous privilégions la narration et la linéarité pour éviter d’avoir à appréhender l’abstrait. Il est possible de penser aux livres que nous avons déjà lus, mais le nombre de livres qu’il reste à lire est infini. Les cygnes noirs qui n’ont jamais eu lieu sont trop abstraits et impossibles à concevoir pour l’esprit humain qui raisonne plus facilement au sein d’un contexte.

 

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Les erreurs de prévision

 

Selon NNT, les spécialistes de la prévision sont bons pour prévoir l’ordinaire, mais pas ce qui s’en démarque. Or, il s’avère que les évènements qui comptent et qui ont un impact significatif sur les marchés boursiers sortent presque toujours du commun. « Un seul changement au niveau des taux d’intérêt, de 6 à 1 % dans une prévision à long terme (ce qui est arrivé entre 2000 et 2001), suffit à rendre toutes vos prévisions complètement caduques dans le cadre d’une correction de vos résultats cumulatifs. »

 

Alors pourquoi les spécialistes du risque ne parviennent-ils pas à prédire les cygnes noirs ? Leur première erreur consisterait à prendre une prévision trop au sérieux sans se soucier de son exactitude. Or, pour des raisons de planification, cette exactitude importe beaucoup plus que la prévision elle-même. La deuxième erreur consisterait à ne pas prendre en compte la fragilité croissante des prévisions au fur et à mesure de l’allongement de la période prévue. Nous n’avons pas conscience de l’ampleur de la différence entre futur proche et futur lointain. Or cette fragilité au fil du temps est bien réelle. Prévoir ce qu’il se passera demain est plus concevable que ce qu’il se passera dans 60 ans. Enfin, la troisième erreur relèverait d’une mécompréhension du caractère aléatoire des variables étudiées. Ces dernières peuvent toujours se prêter à des scénarios bien plus optimistes – ou bien plus pessimistes – que l’on ne s’y attend actuellement.

LA4Lire aussi : Angus Deaton, prix Nobel d’économie et infatigable optimiste

 

Oublier l’idée de prédictibilité totale

 

La théorie du cygne noir nous invite à comprendre qu’admettre que l’on ne peut pas prédire l’avenir n’anéantit pas notre pouvoir d’action.

 

Pour NNT, savoir que l’on ne peut rien prévoir ne signifie pas que l’on ne puisse pas tirer profit de l’imprévisibilité. Mais dans ce cas, comment tirer parti de l’incertitude ? Tout d’abord, il est nécessaire de distinguer les contingences positives des contingences négatives. Il existe des entreprises humaines où l’imprévisible peut être positif et d’autres dans lesquelles il peut être fortement négatif. Par exemple, dans le secteur du cinéma tout comme dans la recherche scientifique, c’est une affaire de cygne noir positif. On perd peu pour potentiellement gagner gros. L’exposition à un échec mineur inquiète moins NNT qu’un échec qui peut s’avérer fatal par son importance : « Le marché financier « prometteur » m’inquiète beaucoup plus, surtout les valeurs « sûres », que les opérations de spéculation – alors que les premières présentent des risques invisibles, les dernières n’offrent aucune surprise puisque l’on sait bien qu’elles sont volatiles et que l’on peut limiter les dégâts en investissant des sommes plus modestes. » La solution, selon NNT, serait de s’exposer à des cygnes noirs positifs de manière intensive, et d’être très prudent vis-à-vis des cygnes noirs négatifs. En général, les effets des cygnes noirs positifs mettent un certain temps à se faire sentir, alors que les cygnes noirs négatifs se produisent extrêmement vite – il est beaucoup plus facile et rapide de détruire que de construire.

 

La théorie du cygne noir, une invitation à embrasser le scepticisme

Black swan

Pour appréhender l’avenir, il est nécessaire d’avoir le courage de dire « je ne sais pas ». Deviner et prévoir ne sont pas les mêmes exercices, et les experts ont souvent tendance à minimiser la différence entre ces deux tâches. La société repose sur la spécialisation, qui est, de fait, une division de la connaissance. Un médecin écoute un avocat pour une question légale tandis que l’avocat écoute le médecin au sujet de ses problèmes de santé. Nous avons naturellement tendance à écouter l’expert, même dans les domaines où il n’existe pas. NNT affirme au cours de son livre que les modèles statistiques sont erronés et ne permettent pas d’évaluer le monde social et économique, trop sujet à l’imprévisible. On embauche des économistes pour raconter des histoires à des clients moins avertis. Heurtez-vous alors au doute systématiquement lorsqu’on vous offre une prévision sur ces sujets-là. N’ayez pas peur de perdre un débat lorsque vous défendez une prévision hautement improbable. Le bénéfice du doute doit primer.

 

 

 Arthur Ribes, étudiant à Sciences Po et contributeur du blog AlumnEye

 


Faut-il investir dans le whisky ?

Depuis 2010, la rentabilité des Scotch Malt Whisky dépasse les 15% par an en moyenne selon le World Whisky Index. Investir dans le whisky apparaît comme une nouvelle tendance. Les amateurs de ce spiritueux sont de plus en plus nombreux à se constituer une épargne en misant sur la valeur de leurs bouteilles. Plus particulièrement en cette période de crise, le whisky alliant rareté et luxe fait figure d’actif résiliant, de quoi attirer les investisseurs. Placement sûr pour certains et arnaque potentielle pour d’autres, il est primordial d’en connaître les tenants et les aboutissants avant de se lancer dans cette activité.

Un investissement alternatif qui offre un bon rendement

whisky barrelsLes marchés de niche constituent souvent une opportunité intéressante. Les variations soudaines et incontrôlables sont fortement réduites en raison du faible nombre d’acteurs sur le marché. La tangibilité de l’actif, son rendement basé sur son luxe et sa rareté, et sa capacité à évoluer hors des circuits financiers font du whisky un actif particulièrement protégé.

La demande est forte et excède l’offre sur le marché. En effet, il existe un grand nombre d’amateurs de whisky haut de gamme mais sa production est limitée, une bonne bouteille se conservant plusieurs années avant d’être mise sur le marché. Cet élément implique que certaines bouteilles atteignent de très hautes valeurs. Le 25 octobre dernier, lors d’une vente aux enchères de Sotheby’s qui a eu lieu à Londres, une bouteille de whisky écossais, le Macallan Fine et Rare 1926 de 60 ans d’âge, a été vendue pour 1,7 million d’euros. Le record précédent avait été établi par la même distillerie, la Macallan, vendu 1,4 million d’euros.

De plus, le marché du whisky prend de plus en plus d’ampleur dans certaines régions du monde comme en Amérique latine ou en Asie, où il est marqueur d’un certain statut social, un symbole de richesse et un instrument de pouvoir au même titre qu’une montre de luxe ou une voiture de sport par exemple. La première distillerie japonaise, nommée Yamazaki, est créée dans les années 1920 par la société Suntory. Suntory est élu quatre fois distillateur de l’année en 2010, 2012, 2013 et 2014 à l’International Spirits Challenge. Le whisky japonais est aujourd’hui le quatrième whisky le plus consommé au monde.

Enfin, la valeur des bons whiskies est globalement sur une pente ascendante depuis la dernière décennie. Depuis 2010, la rentabilité annuelle des Scotch Malt Whisky est de 15% en moyenne. L’Indice Whisky Apex 1000, créé par la compagnie Rare Whisky 101, s’est apprécié de plus de 550% ces neuf dernières années. Cet indice recense une collection de mille bouteilles, parmi les plus recherchées, de Single malt Scotch. Il reflète le changement de valeur de ces mille bouteilles tous les mois.

Entre le 25 février 2020 et le 25 août 2020, ce même indice a augmenté de près de 120 points, preuve que la crise du coronavirus n’a pas affecté négativement la valeur du Scotch Whisky.

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Comment faire pour investir ?

L’achat d’une bouteille de whisky se fait relativement aisément, le plus dur étant de trouver le bon investissement. Pour ce faire, il existe principalement deux possibilités. Premièrement, l’achat peut se faire par le biais d’un magasin de vin ou un revendeur de confiance. Ensuite, on trouve les ventes aux enchères, en réel ou en ligne. Whiskyauction.com s’impose comme le leader en Europe dans les enchères en ligne, le site propose gratuitement un guide de l’utilisateur afin de tout savoir sur l’achat et la vente du spiritueux, évalue les bouteilles ou encore fournit un glossaire renseignant les termes techniques. Autre site de ventes aux enchères de whisky, Catawiki.com propose plus de 300 bouteilles chaque semaine, dont de nombreuses raretés qui raviront les investisseurs, les collectionneurs et les connaisseurs. Il faut préférer les sites ayant déjà acquis une bonne réputation afin d’éviter l’acquisition de contrefaçon, risque majeur lorsqu’on achète une bouteille. Afin de pallier ce risque, chaque bouteille mise aux enchères sur le site de Catawiki est soumise au préalable à une évaluation par un expert, garantissant ainsi l’authenticité de la bouteille en vente.


Comment détermine-t-on la valeur d’une bouteille ?

Afin de reconnaître une bonne bouteille, il faut lire toutes les informations sur son étiquette, garantie de qualité, qui doit être parfaitement lisible. Dates de distillation et d’embouteillage, contenance, degré, type de barils utilisés pour le vieillissement, et même le numéro de lot renseignent sur la valeur du produit. Par exemple, un whisky issu d’une édition limitée gagnera en rareté au fil du temps et la valeur d’un whisky ancien progresse tout simplement parce qu’il cultive son aspect historique. Par exemple, la distillerie Macallan a produit un whisky « M » en seulement quatre exemplaires, et deux seulement ont été commercialisés. Grâce à sa rareté, une des deux bouteilles a pu être vendue à 323 000 euros lors d’une vente aux enchères.

Le renom de la bouteille est un critère important dans le choix d’investissement. Quelques marques historiques atteignent des prix élevés aux enchères : Macallan, Ardbeg, Bowmore, Highland Park, Balvenie ou encore Glenmorangie. Le scotch whisky, l’Irish whisky et les bourbons américains sont les whiskies les plus consommés au monde.

Cependant, des whiskies provenant d’une même distillerie peuvent avoir des prix très éloignés, en raison de leurs profils aromatiques différents, de leur ancienneté et du type de barriques utilisées. Pour illustrer ce propos, on peut trouver des bouteilles de Macallan à 60 euros, mais également à plus de 1 million d’euros.

Par ailleurs, outre l’aspect externe de la bouteille, il faut s’assurer de la qualité de son contenu. Les bouchons de whiskies ne sont pas aussi hermétiques que ceux des vins. Un phénomène d’évaporation se produit et libère de petites quantités d’alcool de la barrique, qu’on appelle la « part des anges ». On constate généralement une évaporation de l’ordre de 2% par an. Cette dernière est accentuée par les climats les plus chauds. Attention à ne pas acheter une bouteille avec un niveau d’évaporation anormalement bas ni déjà ouverte. Une fois le sceau brisé, elle connaît une diminution drastique de sa valeur. Pour assurer la qualité du liquide, placer la bouteille à la verticale et dans un endroit à l’abri du soleil et non humide, sans quoi le bouchon se dévisse petit à petit. Autre élément important, il est opportun de le conserver plusieurs décennies.

 

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Existe-t-il des investisseurs professionnels ?

Outre les amateurs curieux et les collectionneurs, certains professionnels ont tenté l’expérience de l’investissement dans le whisky. Ces derniers sont souvent des fonds d’investissement, ayant des pouvoirs d’achat plus élevés que les particuliers. Par exemple, le fonds asiatique Platinum Whisky Investment Fund, créé en 2014, était le premier fonds d’investissement au monde spécialisé dans les whiskies, avec un rendement cible de 17%. La tendance est ainsi relativement récente. Avant sa fermeture en 2017, le fonds leva douze millions de dollars auprès d’une cinquantaine d’investisseurs. Ce montant a servi à l’achat de milliers de bouteilles, dans des enchères et des distilleries, qui ont été ensuite revendues à des clients privés, des hôtels et des bars.

Aujourd’hui, le seul fonds d’investissement régulé, spécialisé dans le whisky, s’appelle le Single Malt fund. Il a été créé en 2019 et est côté sur le Nordic Growth Market. Il s’adresse à des investisseurs expérimentés ayant une capacité d’investissement minimum de 100 000 euros. Le fonds cible particulièrement des gestionnaires de patrimoine britanniques. Les parts du fonds achetées prennent la forme d’obligations participatives et le fonds projette de récolter 25 millions d’euros, avec un rendement de 10% par an à chaque investisseur. De plus, chacun de ces derniers a l’opportunité d’acquérir les whiskies dans lesquels le fonds a investi avant qu’ils soient mis sur le marché public.

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Quels sont les dangers de cet investissement ?

 

Il n’existe pas de rendements élevés sans risques. Le principal danger de l’investissement dans le whisky est de connaître une arnaque. Particulièrement avec la crise actuelle du coronavirus, certains épargnants soucieux de trouver une valeur refuge ont été piégés par des plateformes Internet dédiées au « whisky d’investissement » qui désignent l’acquisition de bouteilles comme un placement « anti-crise ». Contrefaçons ou encore argent encaissé sans livraison de marchandises, il est nécessaire de se renseigner véritablement sur la sûreté du site avant tout achat. Le 19 mars 2020, l’Autorité des marchés financiers (AMF) avait déjà inscrit douze plateformes proposant d’investir dans le whisky sur sa liste noire. Avec l’accroissement des plaintes des épargnants, l’AMF rappelle qu’à ce jour, aucune offre d’investissement en whisky n’a obtenu du régulateur l’enregistrement préalable obligatoire avant toute commercialisation.

L’investissement dans le whisky apparaît comme une tendance intéressante, permettant d’allier rendement et plaisir pour les épargnants amateurs de ce spiritueux. Néanmoins, il est primordial d’en connaître les enjeux, et d’être conscient des risques auxquels on s’expose. Au moindre doute, se tourner vers un expert s’avère la meilleure solution, surtout lors des premiers pas dans cette activité.

 

 

Emma Pradissitto, étudiante à l’EDHEC Business School et contributrice du blog AlumnEye