Hacina Py est Responsable Mondiale du Financement Export à la Société Générale.

Basée à Paris, elle a accepté de répondre à nos questions sur son parcours, son métier et le sens qu’elle y trouve. Une interview rare et précieuse dans le contexte de recherche de sens de beaucoup de candidats.

 

Hacina Py, pourriez-vous présenter votre parcours ?

J’ai commencé à la Société Générale comme stagiaire en risque de crédit et j’y ai fait toute ma carrière. J’ai eu la chance d’enchaîner des expériences diverses et très enrichissantes : financement de bateaux de commerce, financements immobiliers en Belgique puis financements d’infrastructures de transport en Espagne…

De retour en France j’ai alterné les postes au front office en financements structurés et les postes transversaux internes : responsable des sujets risques (appétit pour le risque, politique de crédit, portefeuille sensible, etc), puis des ressources en capital et liquidité (modèles réglementaires, sujets stratégiques liés au business mix, etc).

Toutes ces expériences m’ont permis de construire un parcours solide : technique, international, commercial, stratégie… qui s’est avéré précieux à la prise de mon poste actuel en tant que Responsable Mondiale des Financements Exports.

 

Qu’est-ce que l’Export Finance et en quoi consiste votre métier au quotidien ?

Mon activité de Financement Exports consiste à aider les exportateurs des grands pays de l’OCDE à gagner des marchés dans les pays émergents en offrant à ces derniers le financement à long terme de leurs investissements :

  • Quand un grand exportateur français entre en compétition pour un contrat de vente d’équipements industriels, il sait que son acheteur ne peut pas payer cash et a besoin d’un financement à 10 ans ou plus.
  • Les banques ne peuvent pas toujours prendre de tels risques et se tournent vers les agences de crédit export (ECA ou Export Credit Agency en anglais).
  • Dans le contexte des financements exports, les Etats exportateurs savent que leurs industriels créent des emplois avec ces contrats exports et sont prêts à apporter leur soutien. Ainsi, quand un exportateur français gagne un contrat de vente à l’étranger, l’Etat français assure une partie du risque des banques à travers BPI France Assurance Export. Les banques sont confortées et structurent au mieux des intérêts de leurs clients les financements les plus adaptés.

Notre quotidien en Export Finance est très varié :

  • Rencontrer des clients exportateurs pour leurs expliquer les différents outils à leur service,
  • Rencontrer des clients importateurs (en général les Ministères des de l’Economie et Finances dans les pays émergents),
  • Faire des recherches pour comprendre les investissements à venir et appréhender les équilibres géopolitiques des différentes régions dans lesquelles nous opérons,
  • Se former aux développements juridiques, réglementaires, technologiques car nous vivons dans un monde en mutation et nous passons du temps à nous former,
  • Gérer différents aspects administratifs,
  • Ecrire des dossiers de crédit pour analyser les risques,
  • Gérer des documentations juridiques et mener des négociations commerciales,

La liste est longue et très intéressante !

Un impact très clair car nous voyons concrètement le résultat positif de nos actions

 

Comment en êtes-vous arrivée à travailler dans la division d’export finance ?

Je voulais être diplomate quand j’étais plus jeune, et je me suis toujours intéressée aux sujets de développement. Ce poste de responsable des financements exports était mon but depuis longtemps car il coche toutes les cases pour moi. Une belle équipe dans une douzaine de pays, des clients partout dans le monde, un impact très clair car nous voyons concrètement le résultat positif de nos actions : des ponts dans tel pays, des hôpitaux dans tel autre, des barrages hydraulique ou encore des éoliennes…

 

Quels sont les plus gros challenges du métier de l’export finance ?

Nous travaillons dans un environnement sensible, avec des pays où le risque peut être élevé pour des raisons de manque de transparence. Nous sommes très vigilants. Les conflits régionaux sont également des sources de complication. Nous sommes très attentifs aux aspects géopolitiques et à leur évolution. La réglementation est aussi un sujet à surveiller car elle peut impacter très négativement nos opérations.  Tous ces challenges sont autant de sujets passionnants à comprendre et à piloter.

 

Quelles sont les différentes étapes d’un deal de financement ?

Dans le sens des aiguilles d’une montre, en commençant par « Client and credit », voici les différentes étapes techniques en partant des premiers contacts avec les clients jusqu’à la conclusion des contrats juridiques, pour finir au décaissements du prêt accordé. Ce schéma montre les disciplines auxquelles nous faisons appel :

 

Avec quelles autres divisions avez-vous besoin de travailler ?

Nous travaillons avec les financements de projets le cas échéant, avec la salle des marché pour le hedging, avec la direction des risques, avec nos juristes, nos responsables des opérations, etc comme indiqué sur le schéma ci-dessus.

 

Quelles qualités un étudiant désirant travailler en financement export doit-il avoir ?

Nous cherchons des personnalités ouvertes (aux autres cultures, aux différents profils avec qui nous coopérons, aux idées nouvelles), patientes (nous travaillons sur le long terme), créatives, responsables, engagées et aimant travailler en équipes.

 

Quels aspects du métier de l’export finance sont les plus excitants pour un jeune diplômé ?

Travailler sur des projets concrets, être dans l’économie réelle et avoir un véritable impact positif sur le monde, c’est passionnant et c’est ce qui plait le plus en premier lieu.

Ensuite les jeunes recrues goûtent au plaisir d’apprendre des techniques de financement structuré, de faire partie d’équipes multinationales, de suivre le déroulement de négociations importantes…

 

Quels sont les sujets du moment dans l’export finance ?

Nous sommes passionnés par les enjeux de développement durable :

Comment atteindre les ODD ou SDG qui ont été établis par les Nations Unies en 2015 pour faire suite aux Millenium Development Goals mis en place en 2000 ?

Comment contribuer au financement des modèles de ville durable ?

Nous avons de nombreux sujets de R&D et espérons faire avancer les choses dans le monde tout en développant un business durable pour la banque.

 

Merci Hacina Py d’avoir répondu à nos questions !

Fondateur d’AlumnEye, Michael Ohana est passionné par la Finance, la Tech, l’Entrepreneuriat, le Coaching et le Networking. Il a accompagné plus de 1600 hauts potentiels dans leurs stratégies de carrière.

Précédemment : diplômé de l’ESSEC, passé par YCombinator à San Francisco, MBA Exchange à Dartmouth, M&A chez Citadel à NYC, intervenant en finance à l’ESSEC.