Depuis 1978, la sortie annuelle du World Development Report ou Rapport sur le développement dans le monde est un évènement particulièrement attendu par beaucoup de gouvernements mondiaux. Ces réflexions de la Banque mondiale sur un thème particulier du développement économique (services publics, agriculture, pauvreté, etc.) sont une référence dans le domaine et servent de base aux calculs des principaux indicateurs mondiaux de développement (IDH par exemple).

Le rapport de l’année 2020 s’intitule : « le commerce au service du développement à l’ère de la mondialisation des chaînes de valeur ». Ce dernier est disponible gratuitement dans son intégralité (293 pages en anglais) en ligne. Il existe une version abrégée de 19 pages en anglais, arabe, espagnol, français, portugais, russe et mandarin.

 

Présentation de la Banque mondiale

Contrairement à ce que l’on peut penser au premier abord, la Banque mondiale n’est pas une banque au sens traditionnel du terme. Il s’agit en effet d’une institution financière internationale qui est une source de fonds et de savoir pour les pays en voie de développement. La Banque mondiale accorde ainsi des prêts à effet de levier et accompagne les gouvernements dans des projets d’investissements de grandes ampleurs. Le groupe compte aujourd’hui 189 pays membres, des collaborateurs issus de plus de 170 pays, plus de 130 antennes à travers le monde et est le premier prêteur d’argent d’origine publique au monde.

Le Groupe de la Banque mondiale, dont le siège est situé à Washington, est en réalité constitué de 5 institutions :

  • La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) ;
  • L’Association internationale de développement (IDA) ;
  • La Société financière internationale (IFC) ;
  • L’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) ;
  • Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).

Il faut donc rigoureusement distinguer le Groupe de la Banque mondiale qui comprend 5 institutions financières et la Banque mondiale qui comprend uniquement les deux premières organisations (BIRD et IDA). Le fonctionnement de la BIRD est assuré par le versement d’une cotisation de la part des États membres. L’IDA se concentre quant à elle exclusivement sur les pays les moins développés de la planète. De plus, environ la moitié des employés de la Banque mondiale travaille sur des projets de l’IDA qui distribue ses fonds sous forme de dons à hauteur de 20%, le reste prenant la forme de prêts à taux d’intérêt faible ou nul. En 2014, les cinq premiers emprunteurs étaient l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Nigeria et l’Éthiopie. L’Association internationale pour le développement accorde des prêts à long terme (échéances de 20, 35 ou 40 ans, assorties d’un délai de grâce de 10 ans, avant de devoir commencer à rembourser le principal) aux pays les plus pauvres de la planète. Les crédits à long terme et sans intérêt de l’IDA servent à financer des programmes qui vont permettre de construire les institutions, les infrastructures et le capital humain que requiert un développement à la fois équitable et soutenable sur le plan environnemental.

Depuis sa création, l’IDA a prêté 500 milliards de dollars à 108 pays, dont la moitié à des pays africains, ciblant des projets de développement dans des domaines tels que l’éducation, la santé, les dispositifs de sécurité sociale, l’approvisionnement en eau potable et l’assainissement (36 %), la loi, la justice et l’administration publique (23 %), les infrastructures (14 %), l’agriculture et le développement rural (8 %). Au cours de l’exercice 2019, la BIRD a réalisé des engagements d’un montant total de 23,2 milliards de dollars et l’IDA 21,9 milliards de dollars.

Créée en 1945, la Banque mondiale avait pour objectif initial d’aider l’Europe et le Japon dans leur reconstruction au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Face au rattrapage économique rapide de ces deux zones, elle se fixa pour nouvel objectif d’accompagner et d’encourager les croissances des pays en développement et des pays les moins avancés principalement en Afrique, en Asie et en Amérique Latine. Les Etats-Unis étant le principal actionnaire, c’est le gouvernement américain qui est chargé de désigner le président du Groupe de la Banque mondiale. Ce dernier est nommé pour un mandat de 5 ans.

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Les missions du groupe

Les missions de la Banque mondiale ont beaucoup évolué au fil des années mais elles sont aujourd’hui très claires : « Mettre fin à la pauvreté extrême : faire en sorte que la part de la population mondiale vivant avec moins de 1,90 USD par jour passe sous la barre des 3 % d’ici 2030. Promouvoir une prospérité partagée : favoriser, dans chaque pays, l’augmentation des revenus des 40 % les plus pauvres ». Elle a donc délaissé son objectif unique de croissance économique et se focalise également sur le développement durable, la dette et les pandémies notamment. De plus, la charte fondatrice du groupe stipule que les prêts sont accordés en fonction de considérations purement économiques. Depuis les années 2000, il est admis que le régime politique du pays bénéficiaire est largement pris en compte.

Plus précisément, la Banque mondiale a pour mission de financer et soutenir des projets que des investisseurs classiques n’oseraient pas financer : reconstruction de zones dévastées par des conflits ou des catastrophes, protection du climat, etc. Ces prêts à taux préférentiels sont accordés principalement à ses pays membres en difficulté. En échange, la Banque mondiale réclame que des dispositions politiques dites « d’ajustement structurel » soient prises dans ces pays ; les plus communes étant :

  • Dispositions contre la corruption, la bureaucratie et l’emprise de clans sur l’économie ;
  • Meilleure diffusion du savoir et encouragement de l’innovation ;
  • Amélioration générale des infrastructures et du système fiscal du pays cible.

 

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Quels métiers peut-on y exercer ?

La Banque mondiale est un important employeur de chercheurs : un quart de ses 10 000 collaborateurs ont un doctorat. Ces derniers conduisent d’important travaux de recherches en rapport avec le développement de chaque pays. On retrouve ainsi beaucoup d’économistes qui peuvent être spécialisés sur certains secteurs (agriculture, industrie, etc.) ou sur des zones géographiques.

La Banque mondiale compte également beaucoup de consultants. La BIRD en emploie un grand nombre à destination des pays à revenu intermédiaire et des pays pauvres solvables. On trouve aussi des analystes financiers, des spécialistes sectoriels (énergie, santé, éducation, climat, transports, secteur privé, secteur public, etc.) qui sont souvent associés à des consultants dans les équipes. Tous ces postes ont plusieurs grades qui conduisent naturellement à des fonctions d’encadrement dans les antennes mondiales du groupe (directeur ou économiste en chef pour une région par exemple). La Banque mondiale emploie également des développeurs, des analystes IT et des data scientists pour gérer les importants flux de données et produire des analyses « data driven ».

Les fonctions supports en comptabilité, droit, ressources humaines, communication sont évidemment pourvues. Il est aussi intéressant de signaler que le groupe compte beaucoup de traducteurs dans beaucoup de langues différentes puisque les équipes sont profondément internationales et peuvent intervenir dans plusieurs pays à la fois. Cependant, les employés de la Banque mondiale sont aussi très souvent polyglottes : certains parlent couramment 4 voire 5 langues !

 

Secteurs couverts et investissements phares

Les premiers projets financés par la Banque mondiale étaient de grands projets d’infrastructures comme des routes, des aéroports et des centrales électriques. Historiquement, le premier prêt approuvé officiellement par la Banque mondiale est un prêt de 250 millions de dollars accordé à la France en 1947. On notera aussi que depuis 1945, l’Inde a bénéficié de plus de 111 milliards de dollars de prêts et la Chine 62 milliards. Ces deux pays ont reçu respectivement 859 et 370 millions de dollars de la part de la BIRD en 2018. Cependant, des détournements d’aides sont à déplorer ; notamment dans les pays les moins avancés. Le taux de fuite moyen des aides de la Banque mondiale envers les pays pauvres vers les paradis fiscaux (comme la Suisse, le Luxembourg, les îles Caïman et Singapour) est estimé à environ 7,5 % de l’aide.

Aujourd’hui, les investissements sont beaucoup plus diversifiés. Le groupe entend par exemple investir plus de 200 milliards de dollars en faveur du climat entre 2021 et 2025. La BIRD lève la majeure partie de ses ressources sur les marchés des capitaux internationaux. Ce mode de financement lui a permis d’allouer, depuis 1946, plus de 500 milliards de dollars de prêts destinés à faire reculer la pauvreté dans le monde, sachant que ses actionnaires (les pays membres) ont versé environ 14 milliards de dollars à son capital. La Banque mondiale tire un revenu annuel du rendement de ses fonds propres et de la faible marge qu’elle réalise sur les prêts consentis. Ces revenus permettent de couvrir les frais de fonctionnement de la Banque mondiale (BIRD et IDA), de renflouer les réserves de l’institution afin de renforcer sa position de bilan et d’assurer un transfert de ressources annuel au profit de l’IDA.

En décembre 2016, la Banque mondiale approvisionne d’un montant record de 75 milliards de dollars les fonds de l’IDA, avec l’objectif principal d’intensifier la lutte contre l’extrême pauvreté. 75 pays à faibles revenus sont concernés par le projet. 3 mois plus tard, dans le cadre d’un plan d’investissement de 57 milliards de dollars à destination de l’Afrique subsaharienne, la Banque mondiale annonce que l’IDA participera à hauteur de 45 milliards de dollars à ce projet. La Banque mondiale investit aussi massivement sur des projets liés à l’éducation, l’eau potable et le développement durable qui sont selon elle des facteurs essentiels à la croissance économique. Cependant, le groupe a fait l’objet de certaines critiques notamment de la part d’organisations non gouvernementales (ONG) en faveur de la sauvegarde de l’environnement et du sort des populations des pays ciblés. En 2014, 65,6 milliards de dollars de prêts ont été accordés dont 20,9 milliards en Afrique et au Moyen-Orient. Comme projets récents en Afrique, on peut citer un projet d’énergie solaire (début 2018) qui a permis à 100 000 habitants de 9 régions du Ghana d’avoir accès à l’électricité ou un nouveau service d’assainissement en milieu urbain au Burkina Faso. D’une manière générale, la Banque mondiale offre un accès libre aux résultats de ses investissements, à ses études théoriques et à ses données. Chaque année, un rapport annuel d’une centaine de pages disponible dans 8 langues différentes et en libre accès résume les activités et les engagements clefs du groupe pour l’année. Le groupe propose enfin une cartographie interactive très exhaustive de ses projets dans le monde.

 

La Banque mondiale face à la pandémie de coronavirus

Face à la pandémie de Covid-19 (coronavirus), la Banque mondiale a mobilisé une aide initiale de 14 milliards de dollars visant à apporter un appui rapide aux pays confrontés aux conséquences sanitaires et économiques de la pandémie. Il s’agit d’aider les pays membres de l’institution à prendre des mesures efficaces pour faire face et, si possible, atténuer les conséquences tragiques du Covid-19. Ces financements seront en grande partie dirigés vers des institutions financières, afin de leur permettre de continuer à appuyer les entreprises privées confrontées à la désorganisation des chaînes d’approvisionnement. Selon les demandes des pays, la Banque mondiale pourra également fournir une assistance technique, des biens et des services, des vaccins et des traitements (dès que seront disponibles des remèdes fiables) et une aide pour étendre les capacités de soins.

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Les équipes de la Banque mondiale travaillent dans des dizaines de pays différents au titre de ce dispositif d’urgence, notamment en Afghanistan et en Éthiopie. Outre son dispositif de financement accéléré, la Banque mondiale appuie la lutte contre le Covid-19 en restructurant des projets existants. Par ailleurs, le groupe reste actif sur les projets importants qui étaient et sont encore en cours comme par exemple un projet visant à renforcer la lutte contre l’invasion de criquets pèlerins au Kenya. La Banque mondiale reste aussi vigilante face aux autres menaces.

 

Racil Kacem, étudiant à l’ISAE-SUPAERO et contributeur du blog AlumnEye