Conseils si vous n’avez pas décroché de Summer Internship ou d’Offcycle

Vous trouverez ici l’interview de Michael Ohana, fondateur d’AlumnEye, par Julia Lemarchand sur eFinancialCareers,

 

Cette année encore, des dizaines de milliers de candidats ont tenté leur chance pour un stage ou un premier emploi en banque d’investissement. En vain, pour une grande majorité d’entre eux. Le taux de réussite de cette périlleuse entreprise atteint traditionnellement 2% chez Goldman Sachs. Pour les étudiants et les jeunes diplômés qui ont échoué ou raté le coche, quelles alternatives leur restent-ils ?

Les options sont nombreuses, nous explique Michael Ohana, fondateur et dirigeant d’AlumnEye, spécialiste de la préparation aux entretiens en investment banking et conseil en stratégie. La startup de ce diplômé de l’ESSEC a aidé en trois ans plus de 1.000 candidats à décrocher et réussir leurs entretiens de stage ou d’embauche. Grâce à ses partenariats, AlumnEye déploie ses formations au sein de plus de 10 Masters en Finance et Conseil, dont ceux de l’ESSEC, de Dauphine et d’EMLYON.

Evolution du marché de l’emploi et des rémunérations des juniors, stratégies de recherche de stage et d’un premier poste, conseils pour les entretiens… Michael Ohana a accepté de répondre à toutes nos questions, sans tabou.

 

La reprise est perceptible sur le marché de l’emploi en finance à Londres et dans une moindre mesure à Paris. Est-ce que cela se traduit positivement pour l’embauche des jeunes diplômés en banque d’investissement ?

Le meilleur indicateur est, à Londres, le taux de conversion moyen de summer internships engraduate jobs. Dans la période la plus noire de la crise (2009-2012), il a pu descendre à 30% mais depuis deux ans on est remonté à une moyenne de 70%, d’où l’importance clé de ce stage, véritable sésame d’entrée en banque d’investissement. En revanche, à Paris, l’embauche de jeunes en banque d’investissement reste anecdotique, c’est pourquoi j’encourage souvent les étudiants et les jeunes diplômés à chercher sur Londres.

 

Seulement, la plupart des banques d’investissement anglo-saxonnes ont maintenant bouclé leur campagne de recrutement online de jeunes diplômés et de stagiaires. Que conseillez-vous à ceux qui ont raté le coche ou n’ont pas décroché d’entretien ?

Il faut d’abord rappeler qu’il y a en réalité très peu de graduate jobs à saisir via ​les candidatures en ligne​ ouvertes par les grandes banques anglo-saxonnes à l’automne. La majorité des postes sont proposés aux ​candidats qui ont réalisé un summer internship. À l’issue de ce stage, qui dure généralement de 10-12 semaines, une promesse d’embauche peut- être faite pour l’année suivante​, une fois le diplôme obtenu.

Mais il y a beaucoup d’exceptions à ce schéma. Pour ceux qui parviennent à réaliser ce summer à la fin de leurs études,  notamment après un Master spécialisé, il existe des early starts, ​c’est-à-dire​ des embauches qui ont lieu ​dès la fin du summer. Si ce coche là-aussi est raté, il existe des off-cycles, autrement dit des stages longs (4-6 mois) qu’on a vu se développer à Londres sous l’impulsion d’équipes de Français, y compris dans des établissements étrangers. ​Leur avantage est qu’ils ne nécessitent pas de convention de stage. ​Ces stages ​ont des processus de recrutement moins standardisés que pour les summer et les graduate jobs. Il ​sont postés au fil de l’eau, ce qui nécessite une veille sur les sites Internet des banques et les intranets ​des écoles cibles.

En France, les stages de fin ​d’études sont monnaie courante. I​ls peuvent ​poser le problème de la convention de stage qu’il faut parvenir à régler avec son école ou bien en se réinscrivant dans un établissement universitaire pour une année. Quoiqu’il en soit, il est essentiel de bien jauger du caractère de pré-embauche du stage avant d’accepter une offre.

 

Et pourquoi pas chercher un VIE et ou un CDD ?

Dans le système français, les CDD sont très dévastateurs car ils inscrivent beaucoup de candidats dans la précarité et les écartent du circuit pour l’obtention d’un poste à valeur-ajoutée en banque d’investissement. De fait, les jeunes en CDD perdent leur pouvoir de négociation. ​à moins que votre CDD ne soit accompagné d’une promesse ferme de CDI. Sinon, ​mieux vaut, à mon avis, reprendre ses études pour une année de spécialisation ou opter pour ​un stage long de pré-embauche.

Quant au VIE dans des banques françaises, il apporte sans conteste de l’expérience mais il ne résout le problème qu’à court terme. À l’issue de cette mission de 18 à 24 mois à l’étranger, il n’est pas possible d’être embauché sur place. L’embauche n’est pas non plus garantie à Paris, ​et la négociation est difficile du fait de l’éloignement ​avec les centres de décisions parisiens. Il n’est pas rare de voir des candidats repartir à zéro après un VIE. En outre, si vous parvenez à être embauché à Paris ou ailleurs, souvent cette expérience n’est pas valorisée du point de vue de la rémunération et de l’ancienneté​, vous commencez ainsi sur la base salariale d’un jeune diplômé.

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Quelles sont les autres alternatives ?

Les boutiques en banque d’affaires, comme Lazard et Rothschild pour les plus établies, connaissent un retour de l’activité. Contrairement aux banques anglo-saxonnes, leur recrutement se fait au fil de l’eau. Là​, il faut vraiment jouer sur un levier en interne pour faire passer son CV et ​l’embauche passera ​très souvent par un stage​, sorte de période d’essai. Les candidats ayant déjà 12 mois d’expérience en M&A pourront tenter directement les processus pour le CDI.

Les jeunes diplômés en finance doivent également considérer les métiers en tension dans la banque d’investissement, où il est possible de décrocher des CDI. C’est le cas des métiers liés aux risques de marchés, en IT, et en middle office… avec, de surcroît, des horaires beaucoup plus tranquilles et des carrières de plus en plus valorisées au sein de la banque.

 

Et en dehors du périmètre banque ?

Après, on peut effectivement très bien sortir du périmètre banque et trouver des métiers qui embauchent au sein du secteur de l’assurance (ALM, risques, gestion…), des Big Four (audit de produits qui requiert des profil quantitatifs, conseil financier…), les cabinets de conseil en finance (risques, mise en conformité, middle office…), des cabinets spécialisés dans les transaction services comme Accuracy, et Eight​Advisory. Enfin, le private equity ​offre de nombreux stages mais ​ils ne débouchent ​que ​très rarement sur des CDI​. La seule exception à cette règle : les très gros fonds à Londres comme Blackstone ou Goldman Sachs PIA, qui recrutent des juniors. Structurellement les employés les plus juniors dans ce secteur entrent la plupart du temps avec déjà 2 ou 3 ans d’expérience en M&A.

 

Qu’en est-il des cabinets de conseil en stratégie, sont-ils aussi sélectifs que la banque d’investissement ?

Ils le sont probablement plus si l’on regarde les leaders Bain & Company, BCG et McKinsey ! Pour vous donner une idée, Bain & Company reçoit plus de 3.000 CV par an au bureau parisien​. Or ces leaders  recrutent uniquement les diplômés du Top 3 des écoles de commerce et du Top 5 des écoles d’ingénieurs, et depuis plus récemment des élèves issus de Science Po Paris. De ce point de vue, les cabinets de conseil en stratégie se montrent plus élitistes que les banques car il n’y a aucune entorse aux règles de sélectivité. La banque est d’une certaine manière plus méritocratique : à diplôme équivalent, un candidat extrêmement motivé peut avoir une chance de décrocher un poste à Londres, pas dans le trio de tête du conseil en stratégie.

Cela étant dit, pour les étudiants des écoles cibles, les acteurs du conseil en stratégie sont nombreux et recrutent essentiellement des juniors. En outre, il semble que l’activité du secteur s’améliore et que certains comme A.T. Kearney en profitent pour faire des pushs sur le recrutement à Paris. Autrement dit, un candidat dans la « cible » qui postule à 20 cabinets est quasiment certain d’avoir au moins une offre d’emploi.

 

Côté rémunérations : y a-t-il des différences avec la banque d’investissement ?

Oui. A Paris, les banques américaines et les pure players comme Lazard ou Rothschild restent imbattables sur les rémunérations avec, dès la première année 65k€ de fixe et ​plus de 20 k€ de bonus en moyenne, contre 55 k€ de package en moyenne dans les grands cabinets de conseil en stratégie. D’autant qu’à Paris, les employés des banques d’affaires américaines ont bénéficié des politiques de revalorisation salariale pour les juniors (50 k£ de fixe pour les juniors à Londres). Ce qui n’a pas été franchement le cas dans les banques françaises. En raison d’un marché de l’emploi à Paris qui leur est favorable et parce qu’elles occupent bien le terrain des grandes écoles, ces dernières n’ont pas été autant sous pression. Leur grille de rémunération pour les métiers de front office sont du coup assez proches des grands cabinets de conseil parisiens.

 

AlumnEye est un spécialiste de la préparation aux entretiens. Quels seraient vos 3 principaux conseils à ceux qui se préparent à un entretien en banque ou dans un cabinet de conseil ?

a) Il faut d’abord énormément travailler l’actualité macroéconomique, notamment les annonces des banques centrales et les débats qu’elles suscitent. ​Par ailleurs, l’aspect éthique est de plus en plus souvent testé en entretien, surtout dans les établissements anglo-saxons – et parfois par des questions détournées comme « si votre ami écrase une personne, le dénonceriez-vous ? »…

b) Ensuite, le gros point faible des candidats est qu’ils ne préparent pas leur réponse à la classique question « tell me about yourself ». Le discours doit être en fait très structuré et illustré de chiffres et de mesures concrètes de l’impact qu’a eu le candidat, ainsi que les qualités que cela démontre. À Paris, on va préférer un plan chronologique avec une démonstration de ses connaissances techniques. À Londres, le plan thématique est plus apprécié et doit plutôt mettre en valeur vos compétences transférables, donc votre potentiel.

c) Enfin, en cabinet de conseil en stratégie, l’étude de cas est un entretien très exigeant intellectuellement, pour lequel personne n’est naturellement câblé. Les intervieweurs​ veulent voir le candidat raisonner en direct en déroulant de manière structurée un arbre de décisions. Pour réussir,  l’entraînement est clé. ​Même avec un physique d’athlète, on ne fait pas le grand écart sans échauffement, là c’est pareil !

 

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