La financiarisation du football

Dans leur ouvrage L’argent du football, Luc Arrondel (directeur de recherche au CNRS) et Richard Duhautois décrivent l’ère du football « postmoderne ». Ainsi, ils étudient le poids croissant des activités financières, et surtout des acteurs financiers dans le domaine du football, phénomène communément appelé la « financiarisation du football ». Ce tournant peut d’abord sembler paradoxal, tant le monde du football paraît un mauvais calcul pour des investisseurs financiers. De surcroît il s’agit de s’interroger sur l’ampleur du phénomène, tout comme de sa nouveauté.

L’essor du trading de joueurs

Sociologue à l’université de Caen, Ludovic Lestrelin ne mâchait pas ses mots à l’occasion d’une interview : « Gerard Lopez incarne l’actuelle financiarisation du football ». Propriétaire du LOSC depuis 2017, Gerard Lopez s’inscrit en effet dans une nouvelle génération de « traders » du football. La stratégie du trading consiste à miser sur des jeunes joueurs, achetés relativement peu chers, qui seront ensuite revendus au prix fort. Au dernier mercato, le LOSC a vendu l’ivoirien Nicolas Pépé pour 80 millions d’euros alors qu’il l’avait acheté pour seulement 10 millions. De la même manière, l’avant-centre Leao a été revendu pour près de 35 millions d’euros alors qu’il avait été acheté à un prix plus faible.

La stratégie du trading a tendance aujourd’hui à se diffuser au sein des clubs de football, et est accentuée par le rôle des agents. Avant Lille en France, l’AS Monaco avait enregistré des indemnités de transfert records avec les ventes de Bernardo Silva (70 millions d’euros), Thomas Lemar (70 millions d’euros), Anthony Martial (80 millions d’euros) ou encore Kylian Mbappé (180 millions d’euros). Dans le cas monégasque, l’influence du célèbre agent portugais Jorge Mendès est fondamentale. Ces agents placent leurs poulains au gré de leurs besoins, entraînant ainsi de nombreuses rotations des effectifs et renforçant le trading des joueurs, ce qui sert leurs intérêts. Rappelons enfin, à titre de comparaison, que Zinédine Zidane, considéré en 2001 comme le meilleur joueur du monde, fut transféré de la Juventus au Real Madrid pour environ 75 millions d’euros. Bien loin des 180 millions payés par le PSG pour Kylian Mbappé, classé 6e au ballon d’or 2019.

Cette métamorphose du marché des transferts répond certes à une stratégie bien orientée : les clubs tentent de dégager des revenus grâce à l’achat-revente. Toutefois il s’agit également d’une nécessité pour ces clubs. Spécialiste de l’économie du football et auteur de plusieurs ouvrages dans le domaine, le journaliste Pierre Rondeau résume : « sans prendre en compte les revenus des transferts, 18 des 20 clubs de Ligue 1 sont en faillites. Ils en ont besoin pour survivre ». Les sanctions de la Ligue Professionnel de Football (LFP) au niveau national, tout comme l’introduction du fair-play financier ont changé la donne. Comme le suggère Pierre Rondeau, « avant on dépensait et les victoires remboursaient les dépenses. Maintenant on doit gagner, avant de pouvoir dépenser. Le fair-play financier a changé la donne ».

Dans ce contexte, la financiarisation du football apparaît comme une nécessité et une réponse à de profonds changements structurels. Toutefois, ce qu’on appelle financiarisation apparaît comme un phénomène global et ne se limite pas aux clubs de football.

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Les joueurs sont devenus des actifs, mais les clubs aussi

Fondateur de l’école française de l’économie du football et strategist chez CPR Asset Management, Bastien Drut développe : « les actifs échangés ne sont pas uniquement les joueurs mais aussi les clubs, on se retrouve aujourd’hui avec des investisseurs financiers professionnels. Les fonds de Private Equity notamment arrivent sur le marché du football ». Selon le rapport « The European Elite 2019 » publié par KPMG en 2019, la valeur combinée des 32 plus gros clubs de football a augmenté de 9% en 2018, et de près de 35% sur les trois dernières années. En effet, les clubs bénéficient de sources de revenus absolument démesurés – principalement liés aux droits de retransmission ; une réelle concurrence s’engage afin de les obtenir.

Historiquement, les clubs de football étaient dirigés et transmis entre hommes d’affaires locaux, à l’image du Royaume-Uni. Désormais, ils sont un symbole de pouvoir et de puissance pour les nouveaux investisseurs (issus de Russie, du Qatar, ou encore des Emirats Arabes Unis), mais aussi un réel choix d’investissement. Charles Baker, co-directeur à New York d’O’Melveny, conseiller sur de nombreux deals en M&A, l’atteste : « un investissement dans le secteur du football offre un potentiel de retour tout à fait significatif. Compte-tenu des taux de croissance dans le football et des niveaux de revenus, investir dans le football peut être une stratégie de portefeuille très intelligente ». Les nouvelles réglementations renforcent la stabilité des clubs de football et ont notamment sécurisé ce type d’investissement.

 

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A l’origine, les clubs de football sont à rebours de la stratégie des fonds de Private Equity, car ils sont des investissements à très long terme, avec des coûts extrêmement importants (pensons aux montants des transferts par exemple) et des gains très volatils. Pourtant, preuve de cette évolution, plusieurs fonds américains ont tenté l’aventure à l’image des investissements de Jason Levien and Steve Kaplan (Swansea City), John Henry (Liverpool), Harris Blitzer Sports & Entertainment (Crystal Palace), The Tornante Company (Portsmouth), Joe DaGrosa via son fonds GACP (Bordeaux) ou James Pallotta (AS Roma). Le co-fondateur de 23 Capital, Jason Traub résume : « nous voyons davantage d’acteurs financiers dans le football désormais ».

Enfin, le football féminin incarne lui aussi un potentiel extrêmement fort. A cet égard, les succès de l’Olympique Lyonnais mené par l’homme d’affaires Jean-Michel Aulas sont significatifs. Ebru Köksal, Senior Advisor à J. Stern & Co et Chief Executive Order du club turc de Galatasaray est d’ailleurs très enthousiaste à ce sujet : « si j’avais 10 millions d’euros à investir, je les mettrais dans le football féminin. Le potentiel de croissance est incroyable, la concurrence est moindre et il est toujours plus facile de partir d’une page blanche ».

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Un équilibre précaire : peut-on parler d’une bulle spéculative ?

La financiarisation du football est donc constatée, mais elle repose sur un équilibre fragile. Elle se base en effet grandement sur l’inflation des revenus et par ce biais, du prix des transferts. Le journaliste Pierre Rondeau décrit la situation : « tant que le prix des transferts est corrélé, il n’y a pas de bulle. Seulement il est possible que ces revenus chutent, notamment via les droits télé et dans ce cas, le football pourrait exploser ». Au moment où les droits télévisuels atteignent des sommets, il semble en effet difficile d’envisager comment les chaînes vont pouvoir continuer à payer de tels montants alors que les audiences ne suivent pas. Dans le cas où des acteurs se retireraient, une situation de monopole baisserait également ces revenus. Plusieurs théoriciens considèrent que les GAFAM pourraient alors rentrer dans le jeu du football, compensant cette perte de fonds. Toutefois leur pouvoir de négociation serait alors bien supérieur ; il existe donc un risque réel de perte des revenus qui financent les transferts.

Le football n’est pas à l’abri d’une bulle spéculative, qui remettrait profondément en cause toutes les synergies financières qui tendent à s’y installer. D’autre part, de nombreux acteurs s’interrogent : est-ce que la financiarisation ne dénature pas le football ? Certes, elle impose des logiques financières qui nuisent à la stabilité des effectifs ou à « l’amour du maillot », pourtant elle ne semble pas incompatible avec le football, comme le remarque Bastien Drut. « A Lille, tout le monde sait que le club se prête à un véritable trading de joueurs. Pourtant le club va battre cette saison son record d’abonnements, grâce aux bons résultats de la saison précédente. C’est seulement quand les résultats sportifs ne suivent pas que c’est réellement problématique ».

En résumé, l’utilisation de logiques financières peut aller de pair avec l’essence même du football, en apportant prospérité et opportunités de développement. Toutefois il semble nécessaire de renforcer les réglementations autour de cette financiarisation. La participation aux clubs doit s’inscrire dans de réelles logiques d’investissement de long terme, car le risque d’une bulle spéculative est aujourd’hui réel. Le fair-play financier mis en place par l’UEFA en 2012 avait principalement pour but d’empêcher les dérives financières mais à l’heure où les clubs disposent de fonds quasi illimités, son fonctionnement apparaît inapproprié. Il conviendrait davantage d’interroger la valeur réelle des joueurs transférés, mais aussi les inégalités croissantes qui régissent le football.

Avant tout, cette financiarisation du football semble lier de manière croissante l’économie du football à l’économie mondiale. Bastien Drut résume cette situation avec l’exemple du transfert de Cristiano Ronaldo du Real Madrid à la Juventus Turin : « Au moment du transfert de Ronaldo, tout le monde a parlé du montant et du salaire, mais personne n’a souligné que la Juventus avait doublé ses ressources économiques en cinq ans. Alors certes il y a un problème de répartition des recettes, qui sont portées vers les grands clubs, mais on ne peut vraiment pas parler d’une bulle spéculative. Dans l’optique d’une récession mondiale, les revenus des clubs pourraient stagner voire diminuer et là le problème se poserait en d’autres termes ».

Une preuve sans doute que même lorsque vous regarderez tranquillement votre PSG-OM du dimanche, la finance et l’économie auront une place essentielle sur le terrain.

 

Nathan Granier, étudiant à l’ESCP Europe et contributeur du blog AlumnEye

 


Gérard Lopez, un investisseur à la tête du LOSC

Invité au Canal Football Club en septembre 2019, cela est l’occasion de retracer le parcours de celui qui s’est lancé un nouveau challenge depuis deux ans : faire croître le LOSC et le faire arriver dans le top 5 Europe.

 

Un début de carrière sur les chapeaux de roues

Diplômé de l’Université de Miami en systèmes intégrés de gestion et en gestion opérationnelle, Gérard Lopez fait ses premiers pas en tant qu’investisseur à l’âge de 22 ans dans les fonds privés spécialisés dans les technologies et les investissements immobiliers.

Il démarre ainsi dans les années 1990 en cofondant Mangrove Capital Partner au Luxembourg, société de capital-risque ayant pour objectif d’investir dans des sociétés européennes développant des solutions logicielles innovantes pour les professionnels et les particuliers. Quelques années plus tard, forte d’une expertise avant-gardiste démontrée par un investissement prometteur dans l’entreprise estonienne Skype, Mangrove Capital Partner devient l’un des trois plus gros investisseurs européens dans les technologies. Au fil du temps, le fonds impose son modèle en favorisant notamment des investissements allant jusqu’à 15 à 20 millions d’euros – en « early stage » – dans des start-ups jugées innovantes. Stratégie payante, car Skype est revendue quelques années plus tard à eBay, pour 4,1 milliards de dollars.

Suite à cela, il cofonde en 2008 avec Eric Lux, toujours au Luxembourg, Genii Groupe et préside la société Genii Capital, cabinet international en investissements et conseils financiers, qui trouve sa spécialisation dans la gestion des marques, les nouvelles technologies ou encore le sport automobile, en préparant aussi bien les introductions en bourse que les fusions et acquisitions. Suite à une restructuration en 2011, Genii Groupe aspire Genii Capital dans sa division finance et continue de veiller sur les activités commerciales respectives de Gérard Lopez et d’Eric Lux.

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Passionné de sport et notamment de sports automobiles, c’est par le biais de Genii Capital qu’il fait l’acquisition de l’écurie de Formule 1, Lotus F1 Team et en devient le propriétaire majoritaire durant presque cinq ans. En effet, c’est fin 2010 qu’avec le Group Lotus plc que Genii Capital annonce la création de l’écurie Lotus Renault GP, qui aura pour but d’allier les deux entreprises dans une valorisation d’opportunités commerciales et technologiques dans le développement d’une gamme de voitures sportives Lotus, ce qui permet également le retour du constructeur Lotus Cars et de Proton. Cette écurie court en Formule 1 jusqu’en 2015, après deux saisons exceptionnelles en 2012 et 2013 où elle termine deux fois au 4e rang mondial derrière trois écuries au succès affirmé : Red Bull, Ferrari et Mercedes, avant d’être vendue à Renault F1 Team pour un euro symbolique.

Gérard Lopez est également actif dans le domaine de l’énergie ; il est en effet le fondateur et PDG de Nekton depuis 2015, une société d’investissement et de courtage dans ce domaine, active notamment en Amérique du Sud, en Asie, en Afrique et en Europe de l’Est.

Mais c’est une toute autre ambition qu’affiche l’investisseur luxembourgeois à l’aube de 2017 en rachetant et devenant président du LOSC, le club de foot de Lille.

 

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Sa vision et sa gestion du LOSC, ou comment accéder à la tant convoitée Ligue des Champions

Après une tentative avortée de rachat du club de l’Olympique de Marseille, Gérard Lopez met le cap sur le Nord en rachetant et devenant président du LOSC (Lille Olympique Sporting Club). Il impose rapidement sa vision entrepreneuriale des choses en déclarant que sa « stratégie consiste justement à investir fortement dans le but de recréer un cercle économique vertueux mais aussi de la croissance qui doit [nous] amener, à terme, à développer les recettes et rééquilibrer le modèle ». C’est en suivant cette stratégie et en développant un modèle économique basé sur le trading des joueurs que Gérard Lopez a su faire retrouver au LOSC ses lettres de noblesse, de là, un seul objectif, que le club joue l’Europe tous les ans.

Et comme il a pu le déclarer à la Voix du Nord, « ce sont les investissements qui amènent la Ligue des Champions » et ce n’est pas peu dire. Le Mercato de l’été 2019 aura été fructueux avec environ 37 transactions et presque 90 millions d’euros en jeu. Le LOSC s’est ainsi avéré être un bon vendeur sur le marché des transferts cet été avec une stratégie claire : transactions et croissance. Lopez s’impose et avec lui sa vision d’homme d’affaires, il gère le club comme une entreprise en plaçant et en vendant des joueurs comme des produits financiers.

Cela s’avère aujourd’hui payant, car depuis que le club est passé sous la présidence de Lopez, il ne cesse de croître et de s’améliorer, jouant aujourd’hui dans la cour des grands en faisant partie intégrante de la Champions League.

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Véritable génie des affaires, des zones d’ombres subsistent

On retient ainsi du personnage son intelligence et son aisance pour faire les bons choix au bon moment, comme la revente notable de Skype à eBay pour plus de 4 milliards de dollars alors que la start-up n’en valait qu’à peine 20 millions seulement quelques années auparavant. Cela peut paraître anodin, mais c’est pourtant assez représentatif de sa gestion globale de ses affaires, et le nouveau défi brillamment relevé du rachat du LOSC ne peut que l’attester.

Pourtant, ses premiers pas dans le monde du football restent amers et laissent toujours planer quelques doutes quant à son respect de la législation et de l’éthique. En effet, Gérard Lopez est connu pour avoir à l’époque utilisé deux de ses sociétés luxembourgeoises pour spéculer, ou faire l’acquisition de droits économiques de joueurs de football dans le but d’empocher ensuite un pourcentage non négligeable sur leur futur transfert, comme l’ont révélé Médiacité, Médiapart et France 3 Hauts- de-France. La tierce propriété ou TPO (Third Party Ownership) est maintenant interdite depuis 2015 par les règlements de la FIFA, car considérée comme de l’esclavage moderne.

Ceci n’étant que la partie émergée de l’iceberg, car son acquisition du club de Lille a également été le sujet d’une enquête, il aurait en effet usé d’un montage financier complexe impliquant un certain nombre de sociétés installées aux quatre coins du monde. Pas moins de trois autres entités auraient ainsi pris parti dans un montage offshore pour arriver jusqu’au rachat du LOSC.

Cependant, Gérard Lopez reste perçu comme un fonceur, sachant s’entourer et n’ayant pas peur de relever de nouveaux défis, avec toujours la même soif d’entreprendre, peut-être est-ce cela, le secret de la réussite. Il ne s’arrête pourtant pas là, Gérard Lopez entend en effet créer la surprise en Ligue des Champions pour cette nouvelle saison, comme il a su la créer en Ligue 1 l’année précédente, ceci n’est donc pas la finalité du LOSC, mais une étape de plus franchie.

 

Charlotte Ledru, contributrice du blog AlumnEye

 


Dans quelles boutiques postuler en M&A à Londres ?

A Londres, les boutiques M&A ont la côte

Depuis maintenant une dizaine d’années, les boutiques M&A gagnent en parts de marché et occupent désormais le devant de la scène au niveau mondial. Ainsi en 2018, elles étaient impliquées dans plus de 40% des deals mondiaux selon Dealogic.

Cette tendance se confirme également à Londres, où les grandes banques (JPMorgan, Goldman Sachs ou Citi) perdent du terrain face aux Elite Boutiques telles qu’Evercore. En 2018 selon Bloomberg, 4 des 10 plus gros « deal makers » outre-Manche étaient des boutiques (Robey Warshaw, Rothschild and Co, Evercore, PJT Partners).

 

Pourquoi un tel engouement autour de ces boutiques ?

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’essor des boutiques M&A depuis plusieurs années, lisez notre article « M&A : Pourquoi pas une boutique ? Où postuler ? »

 

Travailler dans une boutique à Londres ?

Si les boutiques sont plébiscitées par les entreprises, elles le sont également par les banquiers. A Londres, de plus en plus de Graduates et de Seniors préfèrent travailler dans une boutique plutôt qu’une banque.

Les boutiques londoniennes ont pourtant la réputation de soumettre leurs équipes à des journées de travail bien plus longues que les banques traditionnelles. Selon Wall Street Oasis, un employé d’une boutique travaille en moyenne 80h par semaine (jusque 87h pour Allen & Company !) contre 70h en moyenne pour les bulge brackets.

Ces horaires de travail vont de pair avec des salaires parfois plus élevés que la moyenne. En effet, selon Wall Street Oasis, le salaire fixe moyen dans les bulge-brackets est supérieur à celui des boutiques, mais le bonus versé y est bien inférieur.

Au-delà des considérations financières, la structure d’une boutique permet aux analystes et stagiaires d’être davantage impliqués dans les différentes étapes d’une mission. L’effectif étant réduit, l’analyste joue un rôle plus important dans les deals qu’en bulge bracket. Il est parfois donc plus rapidement en contact avec les clients.

LA4Lire aussi : Pourquoi démarrer en M&A ?

Comment intégrer ces boutiques ?

Certaines boutiques proposent des offcycles à Londres. Parmi elles, on peut trouver DC Advisory, Ondra Partners, Alantra ou encore Perella Weinberg Partners.

A Londres, comme pour les bulge brackets, les plus grandes boutiques M&A proposent également des Summer Internships, accessibles via un processus très sélectif. C’est notamment le cas de : Lazard, Evercore, PJT Partners, Houlihan Lokey ou Greenhill.

La voie royale pour un étudiant français reste le Graduate Program accessible généralement via un Summer Internship. Les étudiants sélectionnés bénéficient en général d’au moins une première expérience en M&A, à Londres ou en France, dans des banques et/ou boutiques prestigieuses. Certains ont également déjà effectué un Summer Internship dans une autre structure.

 

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Voici une liste non exhaustive de boutiques londoniennes 

  • Robey Warshaw LLP

Robey Warshaw LLP est le leader incontesté du M&A londonien depuis quelques années. Fondée à Londres en 2013 par deux anciens responsables M&A chez UBS et Morgan Stanley, la boutique est devenue en l’espace de seulement quelques années l’un des plus grands dealmakers de l’autre côté de la Manche, dépassant Goldman Sachs, Bank of America ou encore Deutsche Bank en 2018 selon Bloomberg. Composée d’environ 20 employés, la boutique a notamment conseillé Comcast sur le rachat de Sky en 2018 (£22 millions).

 

  • Evercore

Présent dans plus d’une dizaine de pays à travers le monde, Evercore est classée 2ème au classement Vault 2019. Fondée en 1995 par un ancien ministre des finances américain, Roger Altman, elle emploie aujourd’hui 1 600 personnes. Cette boutique est également cotée en bourse depuis 2006.

 

  • PJT Partners Inc

Appartenant à The Blackstone Group, PJT Partners est une boutique américaine employant 600 personnes à travers le monde. Elle est composée d’une division de Restructuration ainsi que d’une division Conseil où est située la branche M&A. Si la firme est déjà très présente à Londres (11ème en M&A en 2018 selon Bloomberg), cette tendance devrait s’accroître dans les prochaines années. Selon son fondateur, Paul Taubman, l’aventure européenne de la firme sera « un de ses plus grands succès ».

 

  • Perella Weinberg Partners

Perella Weinberg Partners a été fondé en 2006 et est spécialisée dans le M&A et l’Asset Management. Elle est devenue en quelques années une des plus grandes boutiques mondiales, comme le montre sa 7ème place au classement Vault 2019.

 

  • LionTree Advisors LLC

Fondée en 2012 aux Etats-Unis, LionTree est une boutique spécialisée dans les TMT (Technologie, Media & Telecommunication). Mondialement reconnue, elle se définit comme la combinaison d’un esprit entrepreneurial et d’une expertise profonde de son secteur. En 2018, la boutique a explosé à Londres, avec une augmentation de ses revenus de plus de 500%.

 

  • Oaklins

Avec plus de 1 500 deals en cinq années, Oaklins s’est imposé comme le leader mondial du secteur du mid-market. Forte de son expérience de plus d’un siècle à Londres, elle conseille les entreprises dans un très grand nombre de secteurs : agricole, aérospatial, ou encore la santé.

 

  • Zaoui & Co

Basée à Londres, la Boutique Zaoui & Co est l’archétype de la révolution qui a été entreprise dans le M&A ces dernières années. Composée de moins d’une dizaine de salariés, la boutique fait du sur mesure en ne conseillant que très peu d’entreprises sur de très gros deals, lui permettant de générer un revenu conséquent (£13 millions en 2017). Fondée par les frères Zaoui, deux anciennes stars du M&A chez Morgan Stanley et Goldman Sachs, la boutique est revenue récemment au-devant de la scène en conseillant PSA Peugeot dans le rachat de Fiat Chrysler.

 

  • Arma Partners

Fondée en 2003 à Londres, Arma Partners est spécialisée dans les deals de « l’économie digitale » : cybersécurité, internet, etc. Depuis 2003, la firme a réalisé plus de 180 deals et a récemment conseillé Foundry dans son rachat par Roper Technologies en 2019, pour un montant de £410 millions.

LA4Lire aussi : Stage en M&A : À quoi s’attendre ? 3 AlumnEye témoignent

 

  • Gleacher Shacklock LLP

Gleacher Shacklock est une structure fondée à Londres en 2002. Elle emploie aujourd’hui 45 personnes et est reconnue à Londres pour sa spécialisation dans le mid-market.

 

  • Houlihan Lokey, spécialisés en restructuring

Boutique américaine fondée en 1972, Houlihan Lokey mène depuis quelques années une politique d’expansion sur le continent européen, notamment à Londres, où elle a récemment acquis une boutique M&A : Quayle Munro. Spécialiste du mid-market et du small-market, elle a doublé son profit européen en 2018.

 

  • Aquaa Partners

Aquaa Partners est une boutique spécialisée dans les TMT depuis bientôt 10 ans. Sa stratégie se base sur la « proprietary Techquisition », technique développée par Paul Cuatrecasas, le fondateur de la boutique. Cette stratégie propose une solution en 12 étapes, permettant à une entreprise de faire le meilleur choix lorsqu’il s’agit de s’engager dans l’acquisition d’une entreprise du secteur des TMT.

 

  • Bryan Garnier and Co

Bryan Garnier and Co est une société basée à Londres qui se concentre sur la croissance des entreprises européennes. Elle officie notamment dans le secteur de la santé, de la technologie et des business services. La boutique possède également des équipes en Equity research, en Sales and Trading, et en Private and Public Capital Raising.

 

  • Alantra

Alantra est présente à Londres depuis plus de 20 ans et emploie près de 40 personnes. La boutique est spécialisée dans le mid market et a notamment conseillé Spectris Plc, cotée à la bourse londonienne, sur son acquisition de Concept Life Sciences en 2018 pour un montant de £163 millions.

 

  • Hannam & Partners

Hannam & Partners est une boutique londonienne fondée en 2012 à la suite du rachat par Ian Hannam de Strand Partners. Ce dernier était un ancien banquier vedette de chez JP Morgan, surnommé « The King of Mining » pour sa connaissance du secteur des ressources naturelles, aujourd’hui la spécialité de la boutique.

 

  • Qatalyst Partners

Qatalyst Partners est une boutique américaine spécialisée dans l’industrie technologique. Elle a été fondée par Frank Quattrone, connu pour avoir notamment permis à Amazon de décoller dans les années 90, en participant à son introduction en bourse.

 

  • DC Advisory

DC Advisory est une boutique à dimension internationale possédant 33 filiales et employant plus de 500 personnes. Chaque boutique est divisée en 11 secteurs, notamment l’aérospatial, la santé et l’éducation.

 

  • Raymond James Financial

Raymond James Financial est l’un des groupes financiers les plus importants aux Etats-Unis. Il s’est implanté en Europe il y a 25 ans et possède des filiales à Londres, Francfort et Munich. Sa division M&A est spécialisée dans le secteur des technologies et de la santé.

 

Romain Leroy, étudiant à l’Edhec et contributeur du blog AlumnEye

 


Marc, ex PAI Partners, nous parle de Private Equity et de ses Crèches Païdou

Après 4 années passées chez PAI Partners en Private Equity, Marc Basset-Chercot a décidé de se lancer dans l’entreprenariat en co-fondant les Crèches Païdou.

Marc nous explique dans cette interview ses missions au sein de PAI Partners, les raisons l’ayant poussé à créer sa propre structure ainsi que son travail quotidien.

 

 Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai commencé mes études en licence d’économie-gestion à Dauphine, puis ai poursuivi en Master 1 en Finance. Dans ce cadre, j’ai effectué deux stages de césure : en M&A au sein de la Financière de l’Epervier – boutique M&A aujourd’hui unie à Financière de Courcelles –, ainsi qu’au bureau de Paris d’H.I.G. Capital, un fonds américain de Private Equity. J’ai ensuite intégré le Master 225 en Ingénierie Financière à Dauphine. Lors de mon stage de fin d’études, j’ai rejoint PAI Partners à Paris, avant de prolonger de 6 mois ce stage au bureau de Londres. A l’issue de ces deux stages, PAI Partners m’a proposé un poste d’analyste au bureau de Paris, où je suis resté 4 ans avant de co-fonder les Crèches Païdou avec David Uzan.

 

Tu as passé 4 ans chez PAI Partners ; peux-tu nous parler de cette expérience en Private Equity ?

J’ai choisi de m’orienter vers le Private Equity suite à mon stage chez H.I.G. Capital, où j’ai découvert un métier que je trouvais passionnant. En effet, c’est une bonne alliance entre la diversité que l’on peut avoir en M&A (découverte de nouveaux marchés et sociétés, nécessitant une certaine curiosité), tout en laissant la possibilité d’aller au fonds des choses. En Private Equity, il s’agit de déterminer si l’entreprise est un bon investissement ; il est donc nécessaire de l’étudier en détails. De plus, une grosse partie du travail commence une fois la société rachetée, car nous devons l’accompagner dans le développement de ses projets afin de l’aider à grandir.

 

On dit souvent qu’il n’y a pas de place en PE pour les jeunes diplômés ; comment as-tu décroché cette opportunité chez PAI Partners ?

Je pense que j’ai pu saisir cette opportunité pour deux raisons. Premièrement, j’ai eu de la chance. En effet, une levée de fonds était en cours lorsque j’ai intégré PAI Partners pour mon stage. J’ai ensuite terminé mon second stage chez eux lorsque la levée de fonds s’est achevée ; ils avaient donc besoin de recruter des Juniors et ont naturellement pensé à moi. Deuxièmement, j’ai travaillé durant la totalité de mon stage comme s’il y avait une offre d’emploi à la clé – bien que j’ai été informé dès le début que PAI Partners ne recrutait pas. Dans les fonds de Private Equity, les équipes sont souvent de petite taille ; une bonne entente avec son équipe est donc primordiale ! Ils ont décidé de me garder car je faisais un bon travail et je m’étais bien intégré dans l’équipe.

LA4Lire aussi : Le Private Equity raconté par un directeur d’investissement

En termes de qualités, qu’est-ce qui différencie selon toi un investisseur en PE d’un banquier M&A ?

J’ai eu l’opportunité de travailler avec de nombreuses équipes M&A. Ce sont deux métiers complémentaires mais néanmoins différents. Le M&A est un métier de conseil, dont le rôle est d’accompagner le client durant le deal : réalisation de présentations et modèles financiers, obtention d’informations en off afin d’aiguiller au mieux le client, intermédiation entre l’acheteur et le vendeur, etc.

Le métier d’investisseur en Private Equity consiste quant à lui à étudier des opportunités d’investissement, tout en gérant les sociétés détenues en portefeuille.

 

Les étudiants voient souvent le PE comme un métier d’investissement, sans toute la dimension de suivi des participations. Concrètement, peux-tu nous parler de cet aspect du job ? Tu étais notamment au Board de quelques entreprises.

J’étais très Junior chez PAI Partners ; j’avais donc un rôle d’observateur au Board. Lorsqu’une société était détenue en portefeuille, on assistait au Board une fois par mois afin de rencontrer les managers pour les accompagner un maximum sur les sujets nécessitant notre expertise. Généralement, il s’agissait de sujets à dominante financière, telles que les opérations de build-up où on apportait notre savoir-faire ainsi que les réflexes à avoir. Nous avions donc un rôle de conseiller.

 

Quel a été le déclic à l’origine de la création des Crèches Païdou ? As-tu toujours souhaité être entrepreneur ?

C’est une idée que j’ai toujours eue en tête ! Il y a de nombreux entrepreneurs dans ma famille ; créer mon entreprise me tenait donc à cœur. Au bout de 4 ans chez PAI Partners, j’ai eu la chance de discuter avec l’un de mes anciens collègues, qui avait quitté PAI Partners pour s’orienter vers le domaine de la petite enfance. Nous en avons ainsi décidé de s’associer pour créer les Crèches Païdou.

 

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Peux-tu nous parler un peu plus de ces crèches ? De quel constat est partie l’idée ?

Il y a eu plusieurs constats à l’origine de la création des Crèches Païdou. Premièrement, il reste encore de belles choses à faire dans le domaine de la petite enfance en France. En effet, il y a beaucoup de familles qui sont confrontées à une vraie difficulté : elles ne trouvent pas de mode de garde adapté pour leurs enfants. La crèche est aujourd’hui l’un des modes de garde préférés des parents. Confier son ou ses enfants à une nourrice n’est, pour certains parents, pas forcément évident ; il faut avoir une confiance totale. La crèche dispose quant à elle d’une équipe de professionnels formés ainsi que de locaux parfaitement adaptés aux enfants en bas âge. Deuxièmement, c’était un métier qui nous passionnait mon associé et moi. Venant de la finance pure, j’avais besoin d’humain dans mon travail quotidien. Les crèches me permettaient ainsi de donner du sens à ce que je faisais.

 

Quels sont vos projets à court et moyen terme ? Levée de fonds par exemple ?

Notre projet à court terme est de continuer à offrir aux familles un service au-delà de leurs attentes avec des équipes de passionnés qui sont heureux de venir travailler le matin. A moyen terme, nous voulons également continuer à nous développer en restant fidèle à notre ADN, c’est-à-dire des petites structures à taille humaine avec des équipes passionnées. Ainsi, nous consacrons beaucoup de temps au recrutement de collaborateurs qualifiés et enthousiastes.

 

En quoi ton expérience en Private Equity t’aide dans ton quotidien d’entrepreneur ?

J’applique tous les jours de nombreux principes appris en Private Equity. Tout d’abord : le bon sens. Lors d’opérations de Private Equity, nous recevions des montagnes d’informations dans tous les sens. Il fallait être capable de faire le tri afin de prendre une décision rapidement. Le bon sens que j’ai développé chez PAI Partners m’aide aujourd’hui à gérer une entreprise au quotidien Ensuite, il est primordial de comprendre et interpréter les chiffres. Avec mon associé, nous nous rendons compte que de nombreuses personnes sont incapables de faire un budget, et de savoir s’ils sont rentables ou non. Grâce à ma formation académique en Ingénierie Financière à Dauphine ainsi que mon expérience professionnelle, je suis en mesure de répondre aux questions suivantes : est-il possible de réaliser cet investissement ? L’entreprise est-elle rentable ? Puis-je embaucher de nouveaux employés ?

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le Private Equity en Real Estate ? Interview AlumnEye

Recrutez-vous souvent des stagiaires ? Quelles sont leurs missions ?

Nous sommes encore une petite structure avec deux personnes au siège – les deux fondateurs. On recrute deux stagiaires pour janvier 2020 : en finance d’entreprise afin d’accompagner mon associé qui occupe le rôle de Directeur financier, ainsi qu’en commercial / marketing afin de m’épauler.

Sur la partie finance, les missions sont : aide à la recherche de financements (bancaires, obligataires, etc.) pour soutenir notre croissance, contrôle de gestion (mise en place d’un tableau de suivi des flux financiers et d’indicateurs pour optimiser le pilotage de notre entreprise), comptabilité (gestion de la paye, des factures fournisseurs et clients), etc.

 

On dit souvent chez AlumnEye qu’un stage en start-up chez un ancien banquier / investisseur peut permettre à l’étudiant de bénéficier du réseau de ses maîtres de stage pour un futur stage en banque d’affaires / fonds d’investissement. Es-tu d’accord avec cela ?

Oui tout à fait ! Mais je pense que l’intérêt principal d’un tel stage est la possibilité de travailler rapidement sur des problématiques très concrètes, tout en comprenant le fonctionnement d’une structure. Je trouve cela hyper intéressant ! Quand l’étudiant effectue une tâche, il sait immédiatement à quoi cela va servir.

 

Quel conseil aurais-tu aimé obtenir quand tu étais un jeune étudiant ?

J’ai pu décrocher des stages intéressants ainsi qu’un premier CDI chez PAI Partners, car j’ai toujours travaillé en stage comme s’il y avait une offre d’emploi à la clé. Cela a fait la différence car mes maîtres de stage m’ont toujours recommandé pour les stages suivants. Lors de mon entretien chez PAI Partners, la personne qui m’a reçu connaissait mon précédent maître de stage et l’a appelé. Ce dernier m’a recommandé, ce qui m’a permis de décrocher mon stage de fin d’études !

 

Camille Hutt, étudiante à Grenoble Ecole de Management et Responsable Editoriale du blog AlumnEye

 


Charles La Flèche, du conseil en stratégie au Private Equity

Après 3 années passées au BCG en conseil en stratégie, Charles La Flèche a décidé de se tourner vers le monde du Private Equity chez PSP Investments.

Basé à Montréal, Charles nous explique dans cette interview ses différentes missions et nous donne de précieux conseils pour intégrer ces univers, en particulier au Canada.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

J’ai tout d’abord commencé à étudier l’économie politique ainsi que l’histoire, avant de me réorienter en comptabilité et finance à HEC Montréal – l’école de business francophone de Montréal. Durant mes études, j’ai pu effectuer de nombreux stages dont un chez Dunnhumby à Londres, qui fut ma première expérience dans le monde du conseil. J’ai également passé 4 mois au sein d’EY à Montréal, où j’ai réalisé que je ne souhaitais pas faire carrière en comptabilité. J’ai donc décidé de postuler au MBB (McKinsey, BCG, Bain), et ai décroché une offre d’emploi au BCG. J’ai ainsi passé les 3 premières années de ma vie professionnelle au BCG en tant qu’analyste, principalement dans les domaines « industrials » et « consumer goods ». J’ai ensuite été promu au rang de consultant avec des attributions quasi inchangées, dans un contexte néanmoins plus senior. Depuis plus d’un an, je travaille chez PSP Investments (Public Sector Pension) à Montréal.

 

Vous avez fait un stage de 3 mois à Londres durant votre scolarité. Comment compareriez-vous la culture anglaise de travail / recrutement vs la culture canadienne ?

Je n’ai pas observé de réelles différences entre les deux cultures. Néanmoins, je pense que mon expérience est un peu biaisée car j’ai eu l’opportunité de travailler dans des firmes très internationales où j’ai été confronté à une culture assez « neutre ». Selon moi, les visions anglaise et canadienne sont assez similaires, tant sur le plan économique que politique. Les différentes entreprises dans lesquelles j’ai pu effectuer un stage et travailler étaient toutes très collaboratives et mettaient en avant l’importance du bien-être au travail. Sur le plan du recrutement, le processus est également comparable : 1er round d’entrevue, case study en groupe, etc.

 

Pourquoi avoir choisi de démarrer votre carrière dans le conseil en stratégie ?

Tout d’abord, j’étais assez convaincu que je ne voulais pas faire d’Investment Banking, car la culture ne me correspondait pas. Ensuite, à moins d’avoir une idée très précise de ce que l’on veut faire dès l’université, je pense que le choix de carrière est orienté par le programme universitaire que l’on suit et se fait au fur et à mesure des rencontres, événements (participation à des sessions de recrutement, compétitions, etc.). Suite à mon stage chez Dunnhumby j’étais curieux de découvrir le conseil en stratégie, domaine que je trouvais inspirant. Lors de mes études à HEC Montréal, j’ai eu l’opportunité de participer au McKinsey challenge – un 1er round d’interview chez McKinsey pour leur stage d’été. Lors de cette compétition, des étudiants sont invités une journée dans leur bureau afin de participer à un case competition. Cela a été pour moi l’opportunité de découvrir l’entreprise ainsi que ce que l’on attend de nous dans un case study. Une présentation est ensuite faite devant un jury et un prix est décerné aux vainqueurs ; prix que mon équipe a eu la chance de remporter ! C’est à ce moment-là que mon intérêt pour le conseil en stratégie s’est renforcé. En parallèle, j’étais en processus de recrutement dans diverses firmes comptables quand j’ai eu un déclic. J’avais un fort intérêt pour la compréhension et la résolution de problèmes complexes dans des environnements internationaux et souhaitais me diriger vers le conseil en stratégie ! Par-dessus tout, j’ai la conviction que les gens qui sont attirés par le conseil en stratégie – et réussissent dans ce métier – ont naturellement une capacité de réflexion assez structurée et similaire ; je me voyais vraiment dans ce type de framework de travail !

LA4Lire aussi : Quels stages pour intégrer le conseil en stratégie ?

Quelles étaient vos missions au BCG ?

Dans les grands cabinets de conseil tels que le BCG, on a l’opportunité de travailler sur plusieurs types de missions en lien avec : les réductions de coûts (optimisation des processus, renégociation des contrats d’achats, restructuration de l’organigramme de l’entreprise, etc.), la croissance (les stratégies à 5 ans : pricing, croissance des revenus, développement de nouveaux produits, stratégie technologique). Il n’y a donc pas de réelle routine ni de journée type ! Sur une base journalière, je dirais que mes missions étaient un mix de courriels, rencontres clients, réalisation de présentations destinées aux clients sur la base de recherches et d’analyses – ce qui représente l’expertise même du BCG.

 

Pourquoi avoir choisi de vous orienter en Private Equity après le conseil ?

Je voulais m’ouvrir à de nouveaux horizons, et m’orienter vers le domaine de la finance pour mieux comprendre le côté légal, fiscal et financier d’une transaction – ce que nous offre le Private Equity.

 

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Pouvez-vous nous en dire plus sur PSP Investments ? Positionnement, taille de l’équipe, etc.

PSP est un fonds de pension de 168 milliards de dollars canadiens d’actifs, dont 50% se retrouvent dans les marchés publics, 15-20% en real estate, 15% en Private Equity, 15% en infrastructure, le reste étant en credits investment (fixed income et dette privée). Notre équipe de Private Equity est présente à Hong Kong, Londres et Montréal. Elle est dirigée par Guthrie Stewart, Senior Vice-President Head of Private Investment, en charge du Private Equity ainsi que de la division Infrastructure, un autre de nos départements. L’équipe est répartie en 2 branches : l’équipe « fund » et l’équipe « direct » – les fonds étant répartis de manière équitable entre les deux.

  • L’équipe fund investit via des fonds, ce qui donne accès aux meilleurs investisseurs au monde mais se révèle très coûteux (environ 2% annuel + 20% de plus-value à la vente des actifs prélevés par les assets managers).
  • L’équipe direct, reposant sur une stratégie plus traditionnelle de co-investissement, investit pour une opération donnée aux côtés d’un investisseur privé.

L’équipe direct, dont je fais partie, a pour mission d’évaluer les sociétés : réalisation du modèle financier et analyse, rencontre des dirigeants ainsi que des potentiels co-investisseurs, etc.

Notre objectif est de déployer 200 à 500 millions de dollars US dans des investissements à l’international en possédant 20 à 40% du capital de l’entreprise. On souhaite pouvoir jouer un rôle de gouvernance pertinent au Board, afin de suivre nos entreprises sans nécessairement en être l’actionnaire majoritaire. Cela nous permet également de déployer plus de capital.

PSP Investments est un fonds de pension en croissance avec une importante force de frappe mise à disposition d’une équipe de petite taille (environ 40 investisseurs en Private Equity).

 

Quel serait l’objectif de PSP Investments ? S’agrandir ou continuer à utiliser sa relative petite taille comme une force ?

À mon avis, le monde du Private Equity est en évolution constante, les fonds de pensions américains sont en croissance, alors que les fonds de pensions canadiens sont plus matures. De plus, les grands fonds américains, anglais, français et même asiatiques lèvent de plus en plus d’argent « d’un coup » en créant ce que l’on appelle des « mega funds » allant jusqu’à 20 milliards de dollars. Dans ce contexte de croissance, notre modèle de co-investissement fonctionne très bien. Les relations construites avec nos co-investisseurs nous apportent régulièrement des propositions d’investissement intéressantes, pertinentes et créatrices de valeur car on est en mesure d’aller à la même vitesse que nos partenaires. Néanmoins, l’équipe peut continuer de grandir. Le fonds devrait atteindre une taille de 300 milliards de dollars canadiens d’ici 5 à 10 ans ; il est donc nécessaire de croître en conséquence pour couvrir le capital à déployer.

 

Selon vous, quels types de qualités apporte un consultant en stratégie vs un banquier d’affaires dans un fonds de Private Equity ?

Je suis le seul consultant de l’équipe ! Je pense que les deux profils sont complémentaires. Les personnes issues de banque d’affaires disposent de plus de connaissances sur les plans financier, fiscal et légal. Les profils consultants sont quant à eux plus à l’aise en communication et gestion d’équipes. Ils sont pragmatiques et savent aller à l’essentiel, ce qui leur permet de mieux manager par la suite. On réalise vite qu’à moyen-long terme l’expertise technique s’apprend facilement. En somme, cela crée une équipe assez « well-rounded » !

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le Private Equity ?

PSP Investments a récemment ouvert une branche à Londres (2016). Intervenez-vous parfois dans les deals en Europe ?

Chez PSP Investments, l’équipe basée à Montréal est en charge de la couverture Nord-Américaine. Nos transactions nous amènent donc à voyager régulièrement à New-York, Los Angeles, San Francisco et Chicago. D’autre part, Montréal étant une ville francophone, je couvre la France avec quelques Seniors de mon équipe. Je travaille ainsi sur des transactions françaises, et suis également actif dans la gestion d’entreprises basées en France, en participant au Board par exemple. Dans ce cadre, je me déplace régulièrement à Paris. Le bureau de Londres s’occupe quant à lui des investissements européens hors France, tandis que le bureau d’Hong Kong couvre toute l’Asie. Sur le plan de la mobilité interne, on est assez flexible. Par exemple, des membres de l’équipe basés à Montréal vont bientôt se rendre à Londres pour aider le bureau sur certaines transactions. Un autre employé du bureau canadien est quant à lui à Hong Kong pour 3 mois, tandis qu’un employé du bureau asiatique est à Montréal durant cette période. Les employés travaillent sur des transactions à l’international et voyagent entre bureaux ; je pense que l’environnement de travail est assez diversifié !

 

Quels types de profils recrutez-vous ? Recrutez-vous parfois des français ?

Le bureau de Londres est plus optimal pour un Français souhaitant rejoindre nos équipes ! Le bureau cherche d’ailleurs à recruter plus de français afin de pouvoir couvrir Paris à terme. Nous sommes 100% ouverts au recrutement de Français ! Les écoles françaises telles qu’HEC ou l’ESSEC sont d’ailleurs excellentes. Rien n’empêche les étudiants français d’aller à Londres rencontrer nos équipes !

 

Beaucoup d’étudiants français rêvent de travailler en Amérique du Nord. Que pouvez-vous nous dire sur le marché canadien, aussi bien dans le Conseil qu’en Finance ?

Ce n’est pas facile pour un étudiant français de commencer sa carrière au Canada. En effet, les Québécois ne sont pas toujours très éduqués sur le système francophone ainsi que sur les grandes écoles françaises, et ont tendance à recruter des étudiants issus d’écoles canadiennes. Personnellement, j’ai une bonne idée des Grandes Ecoles grâce à mon passage au BCG. Pour venir travailler dans le monde de la Finance ou du Conseil au Canada, le meilleur moyen est de venir étudier ici ; cela permet d’augmenter la proximité ! Un autre moyen peut être de commencer sa carrière en Europe durant 1 à 2 ans. Des établissements tels que la BNP ou HSBC sont d’excellentes sources de recrutement pour le Private Equity ou les banques d’affaires canadiennes. Typiquement, PSP Investments ne recrute en général que suite à une ou deux années d’expérience. Ainsi, les entreprises canadiennes sont réellement capables de reconnaître la crédibilité de l’expérience du candidat français, et donc de recruter les personnes talentueuses !

 

Camille Hutt, étudiante à Grenoble Ecole de Management et Responsable Editoriale du blog AlumnEye

 


Private Equity, dette privée et infrastructure : le non coté comme classe d’actifs

Depuis quelques années, les marchés boursiers connaissent une désaffection croissante de la part de nombreux dirigeants d’entreprise et d’investisseurs, qu’ils soient institutionnels ou privés. De leur côté, les CEO avancent comme principales raisons des coûts d’accès très élevés, une volatilité importante des cours et des contraintes liées au statut de société cotée impliquant des coûts significatifs, aussi bien en termes de moyens financiers mobilisés que de temps (IPO complexes, exigences de reporting, organisation de roadshows…). Également, pour les investisseurs, la Bourse n’agit plus comme un indicateur de valeur fiable et pertinent. La valorisation boursière des sociétés cotées, qui varie régulièrement à la suite d’évènements exogènes (les tensions commerciales sino-américaines par exemple), est par conséquent souvent détachée de leur véritable valeur. Enfin la crise de 2008 a été le déclencheur d’une méfiance croissante des investisseurs et du grand public pour les marchés financiers. Ainsi, toujours plus nombreux sont les investisseurs qui se tournent vers l’investissement privé et le non coté, réputés plus rémunérateurs sur le long terme, compte tenu du risque. L’investissement dans le non coté peut prendre alors plusieurs formes : Private Equity, immobilier, dette privée et dette infrastructure qui en constituent les principaux véhicules.

 

Le Private Equity, solution d’avenir pour financer la croissance des entreprises

 

En 2018, 426 milliards de dollars à destination du Private Equity ont été levés par 1 175 fonds. Et, même si ce montant n’égale pas le record atteint en 2017 avec 566 milliards de dollars levés dans le monde, le Private Equity continue de s’inscrire dans une dynamique de croissance. En Europe par exemple, le Private Equity et le capital-risque représentent 34% des actifs alternatifs et affichent une progression de 25% depuis 2015. En outre, l’intérêt croissant des investisseurs pour le Private Equity s’explique par la recherche à la fois d’une source de diversification des risques et de rendements supérieurs. Ainsi selon Philippe Ithurbide, directeur de la recherche chez Amundi, « plus de 95% des catégories d’actifs ont généré des pertes en 2018 contre 6% en 2017 ». Selon lui, « la prime d’illiquidité, la prime de risque, la capacité à dégager de l’alpha (capacité à surperformer un indice de référence sur les marchés actions cotés/ mesure de performance comparativement à la rentabilité théorique prévue par le MEDAF) sont autant de facteurs qui rendent ces actifs intéressants ». D’après une étude menée par EY sur une période longue de 10 ans à partir de 2007, le Private Equity a affiché une performance de l’ordre de 8,7% par an contre 3% pour l’indice CAC40. L’un des avantages du Private Equity est qu’il permet aussi d’investir dans des sociétés de type PME ou ETI généralement à capital familial ou privé. Ces entreprises affichent comme principal objectif la croissance et la valorisation à long terme de leurs actifs. Betrand Folliet, directeur général délégué d’Entrepreneur Venture précise notamment « qu’au-delà de leur performance, [les investissements non cotés] ont des comportements décorrélés des actifs monétaires, obligataires, immobiliers et même des actions cotées. La performance d’une PME est d’abord liée à des moteurs qui lui sont propres (son équipe de direction, son marché, son innovation) puis à la situation économique, locale ou sectorielle dans laquelle elle s’inscrit. ». En Private Equity, le risque supporté par l’investisseur est davantage rémunéré en fonction de la performance réelle de la société. Investir dans le Private Equity apparait donc comme une alternative pertinente aux marchés boursiers. Pour les investisseurs privés et family offices particulièrement, la part consacrée au Private Equity doit cependant rester minoritaire dans le patrimoine (du fait du risque de faible liquidité de cette classe d’actifs). Son intérêt réside alors surtout dans une allocation de diversification patrimoniale.

 

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le Private Equity ?

 

Une source de diversification

En outre, la profondeur du marché du capital-investissement facilite notamment la construction de portefeuilles diversifiés.  Et, même si le Private Equity présente des expositions aux risques macroéconomiques similaires à celles des actifs traditionnels (actions et obligations cotées), leurs répercussions peuvent être bien différentes en ce qui concerne la volatilité et la corrélation. Dans un contexte politique et macroéconomique tendu (menace d’un « no-deal Brexit », sanctions américaines sur les produits chinois et ralentissement prévu de la croissance globale), l’investissement en Private Equity pourrait constituer une véritable opportunité pour celui qui sera capable d’adopter une stratégie adéquate, alignée sur les problématiques auxquelles l’entreprise en question fait face.

Un investissement qui reste toutefois risqué

L’investissement dans le Private Equity présente en effet des risques inhérents à son statut non coté. Ce type d’investissement s’adresse majoritairement à des investisseurs avertis et expérimentés, disposant d’un patrimoine financier conséquent et solide. D’une part, l’investissement dans le non coté, n’offre pas de garantie sur le capital engagé. En investissant en actions non cotées, l’investisseur risque la perte de tout ou partie de son capital dont la préservation dépend uniquement des performances de l’entreprise. D’autre part, investir en actions non cotées via un support FCPR (Fonds commun de placements à risques) par exemple présente un risque d’illiquidité certain. Tandis que la plupart des OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières) doivent publier une valeur liquidative journalière, les FCPI (Fonds communs de placements dans l’innovation) et FIP (Fonds d’investissement de proximité) qui sont tous deux une sous-catégorie des FCPR, ne publient une valeur liquidative que deux fois par an. Enfin, investir dans le non coté oblige l’investisseur à mobiliser des fonds sur le long-terme afin d’espérer en dégager un rendement maximal. Cela nécessite donc d’en supporter les risques sur ce même horizon d’investissement. Pour certains fonds comme les FCPI et FCP mentionnés précédemment, il s’agit même de s’engager obligatoirement sur le moyen-long terme (au moins 5-10 ans), sans possibilité de sortie.

Un intérêt croissant des institutionnels pour le Private Equity : l’avenir de la gestion d’actifs ?

2018 a été une année compliquée pour les gestionnaires d’actifs. En effet, après un premier semestre assez convaincant en termes de collecte (ce qui a certainement sauvé le bilan annuel après les décollectes du second semestre), le second semestre 2018 a été marqué par de nombreuses turbulences boursières sur fond de ralentissement de l’activité économique mondiale et de mauvaises nouvelles, notamment politiques. Ofi Asset Management relève en outre que les actions américaines ont baissé de 5% tandis que les principaux indices européens ont perdu 10% voire 15%. Dans un environnement de taux bas, les marchés obligataires comptabilisent aussi des performances négatives avec -0.2% pour l’indice des obligations de la zone Euro. Par conséquent, les actifs alternatifs pourraient permettre aux sociétés de gestion de palier les problèmes liés à la diversification des risques, auxquels les marchés financiers peinent à répondre. Également, les gestionnaires d’actifs devraient connaitre une baisse de leurs revenus dans les cinq années à venir. Selon une étude du cabinet de conseil Oliver Wyman, la croissance annuelle moyenne de ces revenus devrait tomber à 1% à comparé aux 5% annuels constatés depuis 2014. Ainsi, l’investissement en non coté pourrait compenser cette baisse de revenus sur la gestion active classique. Les sociétés de gestion structurent donc leurs offres à venir autour des actifs alternatifs et réels. A titre d’exemple, le pôle d’actifs non cotés du gestionnaire britannique Schroders, qui ne représente que 9% de ses actifs sous gestion soit environ 38 milliards de livres, a affiché une collecte nette de 2,3 milliards de livres en 2018, permettant au groupe d’amortir la décollecte de 9,5 milliards de livres subie la même année sur les autres classes d’actifs.

Après les institutionnels, attirer les investisseurs privés

Pour le moment, les investisseurs institutionnels constituent les principaux participants aux levées de fonds dans le non coté. Selon l’analyse conduite par France Invest et le cabinet Grant Thornton, les fonds de fonds, les compagnies d’assurance-mutuelles ainsi que les caisses de retraite représentent 55% des 18,7 milliards d’euros levés en France en 2018. Les caisses de retraite/ fonds de pension connaissent une très forte croissance (+83% versus 2017). Néanmoins, malgré la prépondérance des investisseurs institutionnels, les family offices, investisseurs particuliers et les fonds d’entrepreneurs occupent une place de plus en plus importante dans le capital-investissement français. Par le biais des family offices notamment, les personnes physiques représentent 15% des levées de fonds réalisées en France par les sociétés de capital-investissement en 2018. L’intérêt croissant des investisseurs privés pour le Private Equity se traduit notamment par une hausse des investissements à destination de cette nouvelle classe d’actifs dont les niveaux de rentabilité sur le long terme sont attrayants. Pour cette catégorie d’investisseurs, on peut même avancer une dimension émotionnelle à l’investissement. Les investisseurs particuliers et les gestionnaires de fonds partagent souvent une même fibre entrepreneuriale. L’année dernière, Jean-Marie Paluel-Marmont, président de l’AFFO (Association Française du Family Office), soulignait particulièrement à l’occasion d’un forum dédié, l’importance des « histoires d’entreprises », partagées par les familles d’entrepreneurs et qu’elles souhaitent soutenir et accompagner sur le long terme. Dans cette optique, un Club Family Office a été créé chez France Invest afin de renforcer les liens entre les deux mondes et en capitalisant sur les nombreux points communs qu’ils partagent. Dans le contexte actuel d’économie morose et d’une importante volatilité des cours, le capital-investissement peut être, avec l’immobilier, une solution alternative appropriée dans un soucis de diversification du patrimoine. A cet effet, Natixis Investment Managers a regroupé ses trois filiales spécialisées en Private Equity (Euro-PE, Caspian Private Equity et Eagle Asia Partners) au sein d’une nouvelle entité nommée Flexstone Partners. Cette dernière gère désormais près de 7 milliards d’euros investis principalement en capital-investissement, dette privée, infrastructure et immobilier, majoritairement en Europe et aux Etats-Unis. Un partenariat a notamment été noué avec Natixis Wealth Management. Il se traduit par une offre étendue aux investisseurs privés. Les particuliers fortunés ont donc accès à des fonds originellement réservés aux institutionnels. Ils ont par exemple la possibilité d’investir dans des fonds de Private Equity en France et en Europe ainsi que dans des fonds de co-investissement dans des PME européennes.

 

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La dette privée corporate, une alternative aux obligations

 

Un moyen de compenser les taux bas

Face à des rendements obligataires durablement faibles et une offre bancaire contrainte par les règlementations post-crise, les investisseurs sont à la recherche de produits de dette alternatifs. A ce titre, la dette privée devient une alternative aux obligations listées. Les investisseurs peuvent ainsi chercher dans cette classe d’actifs des produits qui leur fournissent des moyens de rentabilité supérieure et une source de diversification supplémentaire.

Le marché de la dette privée connait une forte croissance depuis 5 ans. En 2018, 110 milliards d’euros pour le financement d’entreprises ont été levés en Europe (Source 2019 Preqin Global Private Debt Report). La France est le deuxième marché européen avec 35% des opérations réalisées sur les 416 recensées en Europe, derrière le Royaume-Uni. Les fonds de dette privée sont en pleine croissance en France, qu’il s’agisse du nombre d’opérations réalisées (+20%) que des montants collectés (+16%). Par exemple, 6 fonds ont levé 3,5 milliards d’euros l’année dernière, ce qui représente une hausse de 48% (enquête menée conjointement par Deloitte et France Invest). Toujours pour l’activité en France, en 2018 les montants des financements en dette à la fois pour les fonds français et étrangers actifs atteignent presque 7 milliards d’euros (versus 6 milliards d’euros en 2017) pour 147 opérations réalisées contre 123 l’année précédente.

En ce qui concerne le type d’opération, le capital-transmission (LBO) concentre la majorité des opérations réalisées puisque ces dernières totalisent 4,2 milliards d’euros pour 74 opérations. Viennent ensuite les opérations de refinancement (1,5 milliards d’euros), le financement d’opérations de croissance externe (929 millions d’euros) et le financement d’opérations de croissance interne (318 millions d’euros). Si l’on s’intéresse au type de dette, on note que la dette unitranche représente la plus importante tranche car elle concentre 62% des sommes investies en 2018 avec 4,3 milliards d’euros investis dans 64 opérations. Les dettes senior (1,3 milliards d’euros), les autres dettes subordonnées (528 millions d’euros) ainsi que les mezzanine (811 millions d’euros) regroupent le reste. Enfin, les trois principaux secteurs qui sont financés au moyen de la dette privée sont les biens et services de consommation, les biens et services industriels et la chimie, et l’informatique et le numérique qui affichent une progression notable avec 18 opérations supplémentaires par rapport à 2017.

Plusieurs catégories de dette pour un financement

On relève quatre principaux types de financement en dette privée. En effet, une simple opération de dette contractée auprès d’une banque peut suffire pour des besoins en financement inférieurs à 10 millions d’euros. Cependant, lorsqu’il s’agit d’opérations plus importantes et complexes, un schéma de financement par dette est mis en place avec différentes échéances de remboursement et des niveaux de risques répartis.

Tout d’abord, on note la dette senior qui est une dette classique, semblable aux dettes bancaires. Elle bénéficie de garanties spécifiques et de covenants, et sera remboursée en priorité par rapport aux dettes dites subordonnées. La dette senior est composée de plusieurs tranches classées en fonction du risque (tranches A, B voire C aussi appelée « Second Lien » ), auxquelles sont donc attribués différents taux d’intérêt correspondants.

Ensuite, la dette subordonnée se présente sous la forme d’une dette obligataire à haut rendement (high yield), le plus souvent cotée. La dette subordonnée est remboursable in fine après 7 à 10 ans. On parle de dette subordonnée car son remboursement n’intervient qu’une fois celui de la dette senior réalisé.

Également, la dette mezzanine est une dette subordonnée souscrite par des fonds spécialisés de dette privée. Cette dette n’est en revanche pas cotée. Compte-tenu du risque, les investisseurs obtiennent pour ce type de dette, un taux de rentabilité supérieur à celui de la dette senior et du High Yield.

Puis, on relève la dette unitranche. C’est une forme de financement qui coïncide avec des opérations de LBO petites ou moyennes. Elle peut se substituer à la dette senior et la dette subordonnée. Plus particulièrement, il s’agit d’une dette remboursable in fine, souscrite par un fonds d’investissement pour un coût qui s’intercale entre celui de la dette senior et la subordonnée. (Source Vernimmen 2019, P. Quiry et Y. Le Fur).

Enfin, il existe d’autres types de dette subordonnée tels que les seconds liens et les PIK (payment in kind ) plus risqués.

 

LA4Lire aussi : Le Private Equity raconté par un Directeur d’Investissement

 

La dette infrastructure, pour s’assurer un schéma de revenus prévisibles avec un risque maîtrisé

 

La dette privée infrastructure est une forme de dette non cotée dont le financement est à destination d’infrastructures principalement dans les secteurs des transports, de l’énergie et des bâtiments publics.

Une classe d’actifs en pleine croissance

Le marché de la dette infrastructure dispose d’un potentiel de croissance important stimulé à la fois par les transactions réalisées en Europe et en Asie-Pacifique et par le secteur du transport qui fait appel à d’importantes levées de fonds. Certains secteurs émergent et font apparaitre des perspectives de croissance assez importantes. Il s’agit par exemple de l’éolien offshore hors d’Europe, des batteries et des réseaux de communication haut-débit.

Dans le monde, le montant total des transactions réalisées en 2018 a atteint 279 milliards d’euros, soit 16% de plus par rapport à 2017.  C’est le transport notamment routier qui a particulièrement boosté les besoins en financement puisque les opérations du secteur ont enregistré une hausse de 58% par rapport à 2017. Depuis 10 ans environ, les secteurs de l’électricité conventionnelle et des énergies renouvelables composent également une grande partie du marché de la dette infrastructure. L’an dernier ces deux domaines ont levé 125 milliards de dollars et ils représentent aujourd’hui 45% du marché mondial. Sur ces 125 milliards, 82 milliards sont alloués aux énergies renouvelables (30% du marché mondial), ce qui témoigne sans doute d’une époque tournée vers les enjeux de la transition énergétique.

Une solution de diversification pour les investisseurs

Dans un environnement obligataire avec des rendements faibles, les investisseurs cherchent de nouvelles sources de rentabilité avec des risques maitrisés. A cet effet, les actifs liés au financement d’infrastructures peuvent répondre aux exigences des investisseurs puisqu’ils disposent de quatre caractéristiques principales : des flux de revenus prévisibles et stables, une longue durée de vie économique, une faible élasticité de la demande, et des barrières à l’entrée fortes.

Selon les recherches dirigées par l’agence Moody’s, la dette infrastructure peut potentiellement atténuer la volatilité d’un portefeuille crédit. Les résultats obtenus par Moody’s montrent par exemple que cette classe d’actifs présente en moyenne un taux de recouvrement supérieur aux obligations classiques et une volatilité de la notation plus faible. Aussi, ces paramètres permettent à la dette infrastructure de bénéficier d’exigences prudentielles favorables en matière de fonds propres « solvabilité II ».

Quelques risques liés à ce type de dette

Malgré ces avantages, la dette infrastructure est caractérisée par un ensemble de risques qui lui sont propres. Les titres de créances acquis dans le cadre d’un financement d’infrastructure sont, par nature, peu liquides car ils ne peuvent généralement pas être liquidés sans un risque de perte sur le capital engagé, soit ne peuvent pas être liquidés du tout. La dette infrastructure s’inscrit donc surtout dans une stratégie buy and hold.  La dette infrastructure est également exposée au risque de taux d’intérêt et au risque de défaut même si les études de Moody’s démontrent que la probabilité de défaut reste plus faible que pour d’autres actifs. Elle est aussi sujette à un risque de remboursement anticipé. Ainsi, l’emprunteur est parfois capable de rembourser le capital de manière anticipée par rapport à l’échéance prévue dans les contrats, ce qui peut réduire mécaniquement le rendement obtenu par l’investisseur. Dans cette optique, certaines clauses comme le MWC (Make Whole Call) peuvent être introduites afin de protéger l’investisseur.

Quelle place pour le non coté ?

 

Ainsi, le non coté semble occuper une place de plus en plus importante dans le portefeuille des investisseurs institutionnels. Du fait du cadre législatif et fiscal assoupli (loi PACTE) et du développement d’offres accessibles et adaptées, les particuliers fortunés s’y intéressent également. On peut donc parier sur le fait que cette classe d’actifs viendra un jour détrôner les produits boursiers. Néanmoins, en raison des risques spécifiques à ce type d’investissement, les actifs alternatifs et réels constitueront, avant tout et dans un premier temps, un moyen de diversification, de gestion des risques et une source de rentabilité supplémentaire venant palier les taux faibles proposés par les marchés.

 

Yael Jacob, contributeur du blog Alumneye