Comprendre les enjeux de la finance islamique

 

Les opportunités de carrière dans la finance islamique au Maghreb et dans les pays du Golfe sont nombreuses et les nouveaux géants du Sud-Est asiatique comme l’Indonésie et la Malaisie sont devenus des acteurs incontournables dans ce domaine. Bien que les préceptes religieux de la finance islamique aient été théorisés au 7ème siècle, c’est dans les années 1970 en Egypte et en Malaisie que sont nées les premières banques islamiques. La finance islamique s’est fortement développée depuis et attire aujourd’hui l’attention du monde de la finance conventionnelle. Les banques islamiques sont situées à 60% dans le Golfe persique, à 20% en Asie du Sud-Est et à 20% dans le reste du monde.

finance islamique

La finance islamique : des consignes religieuses pour favoriser la prospérité et le partage du risque

La finance islamique s’adosse à plusieurs principes religieux. Ainsi, les bénéfices des parties-prenantes d’un contrat financier doivent tenir compte du risque encouru par chacun. Elle exclut par principe l’idée d’une rémunération fixe, déconnectée de la rentabilité de l’actif financé et considère que le fondement de la rémunération de l’argent placé est la rentabilité de l’actif ainsi financé et elle seule. C’est une des raisons pour laquelle le prêt à intérêt (riba en arabe) est prohibé, puisqu’il fait porter le risque, presque exclusivement, sur l’emprunteur. Pour garantir une prospérité réelle, les transactions doivent nécessairement s’appuyer sur des actifs physiques et matériels et non sur des titres financiers : une réponse directe aux accusations dont font les frais les banques occidentales suspectées de sacrifier le financement de l’activité réelle au profit de la spéculation.

 

Le principe de partage des pertes et profits est utilisé dans plusieurs techniques de financement islamique tel que le Murabaha, une forme d’emprunt sans intérêts. Son principe : lorsqu’un client veut acheter un bien, la banque en fait l’acquisition à sa place. Le client lui rembourse ensuite en une ou plusieurs fois le montant du bien, majoré d’une commission déterminée à l’avance et qui reste fixe. La banque supporte pleinement les pertes et partage les profits avec son client. A l’échéance du contrat, la banque transfère la propriété du bien à son client. Ainsi ce contrat se rapproche d’une vente à crédit conforme à la Charia car ce n’est pas une pratique usurière.

 

Un autre outil de financement, le Musharakah, permet à la banque et l’entrepreneur de s’associer dans un projet. La banque islamique va devenir propriétaire d’une partie du capital social de l’entreprise avec laquelle elle s’associe. Ces méthodes de financement se rapprochent du capital-risque où l’investisseur va financer la phase d’amorçage de l’entreprise. Les conditions de partage des profits et des pertes sont prédéfinies par la proportion de capital investi par le client et sa banque.

 

Parmi les produits que propose la finance islamique, on trouve également les Sukuks qui sont les équivalents islamiques des obligations. Il s’agit de produits financiers adossés à un actif tangible -souvent financé par un contrat Murabaha ou Musharakah– et à échéance fixe. Le porteur d’un Sukuk reçoit une partie du profit attaché au rendement de l’actif sous jacent. Ainsi, l’intérêt est remplacé par un profit prévu à l’avance à risque quasi-nul. Les Sukuks sont particulièrement utilisés pour les financements immobiliers.

Enfin, le financement des produits haram est interdit comme les armes, le porc, l’alcool, l’industrie du jeu et de la pornographie.

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Loin des préjugés, la finance islamique est une finance éthique qui peut se voir comme un instrument de régulation financière

finance islamique 1Le terme “finance islamique” passe rarement inaperçu. En effet, il s’agit pour les uns d’une tentative de retour en arrière par des pratiques médiévales d’interdiction de l’intérêt incompatibles avec la modernité. Pour les autres, il s’agit d’un concept sacré, ou carrément divin faisant partie du culte et qui doit être le seul système en place dans les pays majoritairement musulmans. Pourtant ces préjugés sont faux. Ce n’est pas une finance confessionnelle obligatoire dans les pays musulmans ni incompatible avec l’économie moderne. Bien au contraire, si elle retient de plus en plus l’attention, c’est parce qu’elle est avant tout une finance éthique, qui privilégie un système de valeurs bâti sur un équilibre entre l’intérêt personnel et l’intérêt général, mais également sur les valeurs d’équité et de transparence. La finance islamique accorde également une grande importance à la responsabilité sociale de l’investissement et interdit la spéculation. C’est la raison pour laquelle les transactions qui englobent une part non négligeable d’incertitude et de hasard sont interdites. Dans le sillage de la crise des subprimes de 2008, la finance islamique s’est posée comme une réponse à la multiplication d’actifs toxiques dans le bilan des banques de la finance conventionnelle. En effet, les produits financiers principalement responsables de la crise comme les CDO (“collateralized debt obligations”, c’est à dire des obligations adossées à des actifs titrisés), les CDO de CDO et d’autres produits structurés complexes sont des instruments de taux prohibés et spéculatifs interdits par la finance islamique.

 

La finance islamique est en plein développement

Finance islamique 2Depuis sa création, la finance islamique a connu une croissance exceptionnelle. Le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale et d’autres organismes financiers internationaux estiment que les avoirs des banques islamiques ont été multipliés par neuf entre 2003 et 2013, soit une progression de 16% par an. Ils dépasseraient actuellement les 2000 milliards en 2015 selon Standard & Poors. Plus de 40 millions de personnes dans le monde sont actuellement clientes d’une banque islamique. Ce secteur va encore doubler de volume à 4000 milliards de dollars en 2020, selon Standard & Poors. Les pistes de développement pour la finance islamique sont donc très importantes et aucun gouvernement ne reste insensible aux liquidités immenses des pays du Golfe. Les pays d’Afrique de l’Ouest commencent eux aussi à s’ouvrir à la finance islamique. De ce fait, les gouvernements et les acteurs de la finance conventionnelle s’intéressent de plus en plus à ce domaine. Le Trésor britannique a d’ailleurs émis sa première obligation islamique -un Sukuk– en 2014. Idem pour les grandes banques. Les spécialistes religieux des produits financiers “Charia-compatibles” avaient refusé que Goldman Sachs émette pour 2 milliards de dollars d’obligations islamiques en 2011. Finalement la banque américaine a émis pour 500 millions de dollars d’obligations islamiques en 2014. Idem pour la Société générale qui a lancé un programme d’obligations en Malaisie pour un montant de 226 millions d’euros en 2013.

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Quelles sont les opportunités de carrière dans la finance islamique ?

Finance islamique 3En Malaisie, la finance islamique devra embaucher près de 40 000 personnes d’ici à 2020 du fait du développement de ses activités selon la Banque Centrale malaisienne. Et ce sont 17 000 postes qui vont être crées en Indonésie dans les 5 prochaines années. Selon Moody’s, l’émission d’obligations islamiques a dépassé un nouveau record en 2014 pour un montant de près de 300 milliards de dollars dont 36% sont des obligations souveraines (115 milliards de dollars). Parmi les banques conventionnelles, les banques anglo-saxonnes ont particulièrement développé leur offre de produits de financement islamique. HSBC est la banque la plus importante sur ce marché avec 25,7% des émissions de titres, suivie par Maybank Investment Bank qui profite de sa domination sur le marché malaisien. Viennent ensuite CIMB Groupe, Standard Chartered et Deutsche Bank. Les banques françaises sont elles aussi actives dans ce secteur : BNP Paribas (Bahreïn), mais aussi Société Générale et Natixis (actives depuis Londres). Sans oublier Crédit Agricole qui a lancé récemment sa première SICAV islamique.

 

Derrière ces chiffres impressionnants se cache néanmoins une réalité plus difficile pour les jeunes diplômés souhaitant travailler en “front-office” dans ce secteur. Les équipes des grandes banques internationales restent assez réduites, surtout au Moyen-Orient, et alors que la Malaisie et l’Indonésie font figure de place importante de la finance islamique, les banques préfèrent souvent des candidats locaux. Selon un chasseur de têtes basé à Dubaï, il est préférable de se faire embaucher dans une banque conventionnelle pour ensuite développer son expertise dans le domaine de la finance islamique qui reste un secteur de niche. Une spécialisation académique en finance islamique n’est pas obligatoire et les banques préfèrent les qualifications plus communes comme le CFA, avant de former ses équipes aux principes de la finance islamique. Il n’est pas non plus nécessaire de connaître le Coran ou de maîtriser l’arabe pour travailler dans la finance islamique à moins de vouloir de devenir expert en droit musulman pour déterminer les produits “Charia-compatibles”.

 

L’importance et le particularisme de la finance islamique sont à nuancer

Si elle est en forte croissance, la finance islamique représente à peine 1% de la finance mondiale et occupe parfois une place marginale dans les pays majoritairement musulmans (en Arabie Saoudite elle ne représente “que” 50% des actifs). La plupart des banques islamiques demeurent des établissements de taille petite ou moyenne à l’ancrage régional et les grandes banques internationales font de la finance islamique une activité marginale. Bien entendu, l’introduction de produits islamiques ne va pas en elle-même réformer le système financier international et ce choix de financement reste contraignant et limité. Plus encore, certains produits financiers développés par les banques islamiques comme le Murabaha ressemblent fortement à ceux proposés par les banques conventionnelles. Pour rappel, la banque islamique ne peut pas proposer à un entrepreneur un prêt classique, mais elle pourra en revanche, avec un contrat Murabaha, acheter à sa place ses équipements, puis les lui revendre en y ajoutant une commission importante. Dans la réalité, ces frais sont égaux ou supérieurs aux sommes perçues au titre de l’intérêt par les banques conventionnelles. Difficile, donc, de justifier une différence morale entre produits islamiques et prêts classiques. Pourtant, les contrats Murabaha constituent la très grande majorité des produits utilisés dans les banques islamiques.

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Malgré un développement certain, la finance islamique reste confrontée à des problèmes insolubles

La finance islamique demeure une alternative intéressante à la finance conventionnelle dans des pays détenteurs de liquidités importantes ou dans des pays émergents. Ce développement reste néanmoins freiné plus par l’offre de produits financiers, à cause de la régulation importante autour de leur émission, plutôt que par la demande des investisseurs qui reste soutenue. Par ailleurs, une autre contrainte de la finance islamique réside dans la faible liquidité de ses produits qui sont obligatoirement adossés à des actifs tangibles. Le marché est donc peu profond. De plus, la plupart des banques islamiques opèrent dans un environnement où les marchés interbancaires et monétaires islamiques sont inexistants ou sous-développés. La majorité des emprunts et des facilités des Banques Centrales ne s’accommodent donc pas avec la Charia. Ainsi, en raison de leur accès limité au marché interbancaire islamique et aux facilités de prêteur en dernier ressort, les banques islamiques doivent “assurer” elles-mêmes leurs activités et se prémunir contre les imprévus en conservant d’importantes liquidités. Comparées aux banques conventionnelles, les banques islamiques gardent alors 40% de plus de liquidités en moyenne. Cette détention de liquidités “inactives” altère leur objectif de rentabilité et affecte leur compétitivité à long terme.

 

Hadrien Comte, étudiant à HEC Paris et Contributeur du blog AlumnEye

Sources : Islamic Finance Outlook 2014 Standard & Poor’s, La Finance islamique : modèle alternatif, postiche ou pastiche ? Revue française de l’économie 2011, La Finance islamique est-elle plus éthique ? Figaro Vox 14/11/2014,La finance islamique pèse plus de 2000 milliards de dollars, Le Figaro Economie publié le 25/11/2014

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