Le Sovereign Advisory Group de Lazard : aux frontières de la finance et de la politique

Lazard est une banque d’affaires franco-américaine indépendante avec un solide ancrage historique en France, où la banque est majoritairement connue pour occuper le haut des classements des deals M&A. Mais une activité moins médiatisée a fait la réputation de Lazard Paris et constitue une grande source de revenus pour la banque : le conseil économique aux gouvernements, ou le Sovereign Advisory Group ainsi dénommé par la banque.

 

Lazard Paris AlumnEye

Des banquiers d’élite au service des gouvernements

 

C’est dans les couloirs feutrés des ministères que les banquiers de Lazard, une équipe de choc d’une quinzaine de personnes aux CV impressionnants, conseillent les Etats sur la gestion de leur dette souveraine, des plans macroéconomiques, des privatisations, de la politique monétaire… mais aussi sur la création d’institutions financières publiques (comme les fonds souverains ou les banques publiques d’investissement). En résumé, le Sovereign Advisory Group est une interface ultra réactive entre les gouvernements et les marchés financiers.

Fondée dans les années 1990 par Michèle Lamarche et Eric Lalo, deux anciens traders de la dette souveraine des pays émergents, la division Sovereign Advisory Group s’est taillée une solide réputation dans la restructuration de la dette souveraine de certains pays notamment l’Argentine en 2002 (100 milliards de dollars de créances renégociées) et de la Grèce en 2011 pour un montant record de près de 200 milliards d’euros. La force de Lazard Paris dans ce domaine tient dans son indépendance vis-à-vis du marché de la dette (la banque ne possède pas de salle de marché) ce qui a renforcé sa crédibilité auprès des Etats après que des grandes banques eurent parié sur les marchés contre les titres des pays qu’elles conseillaient (notamment Goldman Sachs avec la Grèce). C’est d’ailleurs dans cette division que l’ancien dirigeant de Lazard France, Matthieu Pigasse, a débuté sa carrière en 2002. Il a été épaulé par Michelle Lamarche, une femme de réseau chez Lazard depuis 1982 et par l’économiste Daniel Cohen en qualité de Senior Advisor.

 

Pigasse AlumnEye

 Matthieu Pigasse

· Science Po/ENA

· Chez Lazard de 2002 à 2019, codirecteur général de Lazard France (depuis 2009) et responsable mondial en M&A et Sovereign Advisory (depuis 2015).

· A son actif : la renégociation de 100  milliards de dollars de créances pour l’Argentine en 2002, le financement de la reconstruction en Irak, la nationalisation du gaz en Bolivie et des projets gouvernementaux dans de nombreux pays comme la Mauritanie et le Gabon. Mais aussi de grosses transactions financières comme la vente du PSG à Colony Capital en 2006 et la fusion GDF-Suez en 2007.

· Banquier de gauche « rock’n’roll », il rachète le magasine Les Inrocks en 2009 et prend le contrôle du journal Le Monde avec Pierre Bergé et Xavier Niel. Il rachète Radio Nova en 2015.


 

Michele_Lamarche

  Michelle Lamarche

· HEC/MBA à Berkeley

· Recrutée chez Bank of America, elle démissionne quelques mois plus tard à cause des inégalités de salaire avec ses collègues masculins.

· Elle rejoint Lazard en 1982 et monte une entité à l’origine du Sovereign Advisory Group avec Eric Lalo. Elle fait partie des 4 femmes parmi les 15 associés-gérants de Lazard France.

· Présente sur de nombreux mandats remportés par Lazard en Argentine, en Côte d’Ivoire et au Gabon, son coup d’éclat reste la renégociation de la dette grecque en 2011 pour environ 200 milliards d’euros. Ce mandat a rapporté près de 20 millions d’euros à Lazard France.

 

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LA4  Lire aussi : Qu’est-ce que la Fed ? Indispensable en entretien

 

Une action globale et complexe dans des situations d’urgence

 

Ces « banquiers-économistes » parcourent le globe pour être au plus proche de leurs clients qui sont pour la plupart des pays africains comme l’Egypte, le Gabon, la Mauritanie mais également des pays d’Amérique du Sud comme l’Argentine ou le Venezuela pour finir par des pays européens eux aussi en délicatesse avec leurs finances publiques depuis quelques années. Sorte de « FMI de substitution», le Sovereign Advisory Group propose ces services là où l’institution internationale ne peut pas agir pour des raisons politiques ou sécuritaires et en situation d’urgence.

Le cœur de métier historique du Sovereign Advisory Group est le conseil en dette souveraine. Il peut porter sur l’obtention d’une notation de la dette par les trois grandes agences de notation (Moody’s, Standard & Poors et Fitch), sur l’assistance à l’émission de nouvelles dettes pour un pays n’ayant jamais eu recours aux marchés financiers, ou sur la restructuration d’une dette dont la charge serait devenue trop lourde à supporter. Cette restructuration s’opère par un échange pour une dette à maturité plus longue, par le rachat de dette existante à un prix de marché inférieur à sa valeur nominale, ou par l’application d’une décote ou « haircut » consistant à obtenir des créanciers une réduction de la valeur de la dette. Lazard est donc un médiateur incontournable entre un pays et les acteurs de la finance internationale.

LA4  Lire aussi : Zoom sur Matthieu Pigasse : Le « Che Guevara » de la finance chez Lazard

 

Une équipe aux responsabilités importantes, en synergie avec la branche M&A du groupe

 

Lazard propose aussi des missions de conseil macroéconomique plus larges qui s’inscrivent dans une collaboration de long terme avec le pays concernés puisque la banque conseille sur les outils généralistes de la politique économique comme la fiscalité, la politique de change ou les dépenses publiques. Si le gouvernement conseillé reste souverain dans sa décision, le rôle des membres du Sovereign Advisory Group est de faire coïncider les attentes de la communauté financière internationale (banques, agences de notation, FMI) avec les contraintes économiques et de politique intérieure qui pèsent sur un pays. Plus encore, il s’agit pour la banque d’assurer la crédibilité du pays en question aux yeux des investisseurs et des institutions internationales ce qui passe non seulement par la mise en place des mesures économiques décidées mais aussi par la communication autour de ces actions. Les responsabilités qui incombent à cette « task force» de l’ombre sont exceptionnelles pour une entreprise privée qui fait valoir une grande réactivité et une certaine souplesse dans le conseil sur la prise de décision publique. L’expertise macroéconomique du Sovereign Advisory Group peut se coupler à celle du département de fusions-acquisitions de Lazard quand il s’agit de conseiller des gouvernements dans la privatisation/nationalisation d’une entreprise ou la cession/l’achat d’une autre. Le service M&A de Lazard peut également se tourner vers le Sovereign Advisory Group pour obtenir des informations sur l’état économique d’un pays lorsque ce dernier envisage une transaction.

 

Aux confluents de la finance, de l’économie politique, de la diplomatie et de la politique, le Sovereign Advisory Group fascine. Cette équipe d’élite qui mélange hauts-fonctionnaires, financiers et économistes des écoles les plus prestigieuses sillonne le monde lors de missions très confidentielles et aux responsabilités immenses.

 

Hadrien Comte, étudiant à HEC Paris et Contributeur du blog AlumnEye

LA4  Lire aussi : Comment se déroule une transaction en M&A ?

 


Le jargon du M&A expliqué

Petit glossaire du M&A

glossaire m&a lexique

M&A… à peine évoquée, l’activité du banquier d’affaires semble déjà obscure pour le profane non initié. Les M&A ou « Mergers & Acquisitions » qui se traduisent en français par « fusions-acquisitions » est un terme employé pour décrire une transaction dans laquelle une entreprise est absorbée par une autre entreprise ou fusionne avec celle-ci. C’est également le terme qui désigne le métier de conseiller en fusions-acquisitions, aussi appelé banquier d’affaires.

Plus encore, le M&A regorge de termes spécialisés que vous rencontrerez très certainement dans votre carrière professionnelle si vous souhaitez faire carrière en banque d’affaires. Mieux vaut connaître le jargon du M&A, cela montrera que vous connaissez le lexique employé dans ce métier et vous évitera de sécher sur une question faisant appel à des termes que vous n’avez jamais rencontré. Grâce à ce lexique AlumnEye, vous serez incollable !

 

     1. Les conventions d’achat/de vente d’une entreprise

 

Une convention d’achat/de vente d’une entreprise va de pair avec l’échange de nombreux documents. Un certain nombre de termes juridiques en anglais sont à connaître. Nous mentionnons ci-dessous les plus courants, en essayant de respecter une certaine chronologie.

NDA / Non Disclosure Agreement : déclaration de confidentialité. Dans cette convention, les parties confirment qu’elles ne diffuseront pas des informations échangées dans le cadre des négociations d’acquisition. Un NDA comprend souvent d’autres clauses, telles que la convention de non-débauchage de personnel pendant les négociations.

 

Offer Letter : lettre d’offre dans laquelle est mentionnée l’intention d’achat, laquelle n’a en général pas de caractère contraignant juridiquement, on parle alors d’une « non binding offer ».

 

LOI/Letter Of Intent : déclaration d’intention. Ce terme est utilisé pour désigner la première déclaration écrite des intentions des parties. En général, il ne s’agit de rien de plus que d’une intention de poursuivre les négociations avec seulement deux clauses contraignantes, à savoir la confidentialité et parfois l’exclusivité.

 

(Non) Binding Agreement : le caractère contraignant d’une clause ou de la convention dans son intégralité est un point important lors de la rédaction du document que les deux parties s’échangent. Dans une toute première phase, on opte souvent pour des déclarations non contraignantes lesquelles sont transformées en déclarations/documents plus contraignants au fur et à mesure que le processus de la vente progresse.

Anti-Trust Filing : annonce de l’acquisition aux autorités de régulation de la concurrence.

Closing agreement : expression de la finalisation de la convention quand les conditions ont été remplies. C’est sur base de ce document qu’ont lieu le transfert de propriété et le paiement.

LA4  Lire aussi : Il n’est jamais trop tard pour décrocher son stage de rêve en M&A

 

     2. Les clauses de garantie dans la convention

 

Une partie importante des négociations concerne les clauses de garantie qui confèrent à l’acquéreur des garanties légales lors de l’achat d’actions ainsi que d’autres garanties plus explicites et plus étendues.

 

Warranties : garanties ou garanties générales. Le vendeur ne se contente pas uniquement de faire des déclarations mais il garantit également leur exactitude. Ces garanties peuvent être limitées dans le temps et pour un montant défini.

 

Escrow : montant que l’on dépose sur un compte bancaire bloqué en garantie d’un éventuel dommage à indemniser.

 

Bank guarantee : garantie bancaire. C’est la 
garantie donnée par banque pour assurer qu’un éventuel dommage sera indemnisé. Si le vendeur ne paie pas ce qui est réclamé, la banque, après que certaines conditions ont été remplies, se substituera au vendeur et se retournera ensuite contre lui. Les banques se rémunèrent pour une telle garantie.

 

Disclosures : communications. C’est une liste d’éléments que le vendeur communique aux acquéreurs potentiels dans le but d’éviter des discussions ultérieures sur la question de savoir si certaines données ont été communiquées ou non au cours des négociations. Il est dès lors important de bien définir si ces disclosures ont un impact sur les warranties.

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     3. Le processus de transaction du point de vue de l’acquéreur

 

Le processus de vente du point de vue de l’acquéreur signifie que l’acquéreur désire disposer d’une bonne compréhension de l’entreprise qu’il acquiert, tant au niveau des risques qu’au niveau des opportunités. La due diligence, examen que l’on appelle souvent « l’examen des livres » ou « examen de prudence », comprend plusieurs composantes distinctes qu’il faut connaître.

 

Financial due diligence : examen des chiffres historiques et des projections financières de l’entreprise. On se concentre souvent sur la quality of earnings (la robustesse des résultats historiques), la quality of net debt (quels sont les éléments à prendre en considération pour la détermination de la dette financière nette ?).

 

Tax due diligence : examen de la situation fiscale historique et projetée et des risques encourus par la/des société(s), tant au niveau des impôts directs qu’indirects.

 

Legal due diligence : examen de la situation juridique de l’entreprise au regard du droit des sociétés, le contrôle des contrats, le droit social, la propriété intellectuelle (Intellectual Property, IP), les autorisations, etc.

 

Commercial due diligence : l’examen des marchés dans lesquels l’entreprise évolue et de la position commerciale de l’entreprise.

 

Operations and synergy due diligence : examen portant sur l’efficacité des opérations et la possibilité de synergies entre l’acquéreur et sa cible.

 

NB : Les examens de due diligence peuvent être très poussés et étudient également les plans de retraite de l’entreprise, la couverture d’assurance existante, les conditions de travail…

 

Data room : la salle ou le lieu (il peut même s’agir d’un endroit virtuel électronique) où l’on rassemble certaines données relatives à l’entreprise. En donnant aux acquéreurs potentiels (et ses conseillers) l’accès à cet endroit, ils peuvent prendre connaissance de ces documents et se forger une image de l’entreprise. La consultation d’une data room est régie par les « data room rules » comme l’interdiction d’emporter des documents ou de réaliser des copies.

LA4  Lire aussi : Les 8 secteurs de M&A à connaître avant l’entretien

 

     4. Le processus de transaction du point de vue du vendeur

 

Le processus de vente du point de vue du vendeur suit une séquence de phases au cours desquelles on dresse d’abord, à partir d’une long list, une short list de candidats. Ces candidats reçoivent un teaser et, après signature d’un NDA, un info memo et une process letter. Sur base des offer letters obtenues, on décide à qui donner accès à la data room et éventuellement au VDD report.

 

Long list : la «liste longue» initiale d’acquéreur potentiels de l’entreprise.

 

Short list : la «liste courte» d’entreprises qui, dans une première phase, seront contactées pour que soit sondé leur intérêt. La short list se fait souvent à partir d’une sélection en long list.

 

Teaser/Blind profile : le profil anonyme de l’entreprise en vente que l’on envoie aux acquéreurs potentiels. Il s’agit de s’enquérir si un tel achat peut les intéresser, sans que soit révélée l’identité de l’entreprise.

dico m&a

Info Memo/Information Memorandum/IM : mémorandum d’information. Après que l’acquéreur potentiel a signé un NDA, on lui envoie un info memo et une process letter. L’info memo est un document qui décrit l’entreprise et qui, en plus d’un bon résumé, contient notamment les informations suivantes : l’historique de l’entreprise, une description de ses produits et services, sa position sur le marché, son management, des informations financières, etc.

 

Process letter : la process letter contient l’information sur la manière dont le vendeur entend organiser le processus de vente, c’est-à-dire pour quelle date limite une offre est attendue, les exigences de forme auxquelles l’offre doit satisfaire et en quoi consistera la phase suivante.

 

VDD/Vendor (initiated) Due Diligence : une vendor due diligence est une analyse factuelle de due diligence exécutée par une partie indépendante (souvent la division spécialisée d’un cabinet d’audit ou un bureau d’avocats) dont le mandant initial est le vendeur.

 

     5. Les « advisors » ou conseillers »

 

Lors d’une transaction, les advisors accompagnent leur mandant et fournissent certaines prestations. On peut distinguer les rôles et rémunérations classiques suivants:

 

Deal advisor : le conseiller (souvent une banque d’affaires ou une institution de corporate finance) agit en tant que commissionnaire, ce qui signifie qu’il cherche les parties et les met en contact, qu’il conduit et organise des négociations et qu’il établit les divers documents non juridiques de vente (Teaser, Info Memo, Process letter).

 

Due diligence provider : fournisseurs spécialisés dans l’assistance en due diligence, souvent des divisions spécialisées de cabinets d’audit ou de bureaux d’avocats (voir également Due diligence).

 

Lawyer/M&A lawyer : avocats spécialisés ou juristes corporate qui établissent et négocient les contrats.

 

List of parties : on établit une list of parties dans le but d’avoir un aperçu clair des conseillers et des membres du management des parties acheteuse et vendeuse. Cette liste comprend les données de contact des diverses personnes qui sont concernées par la transaction.

 

Fees : rémunération du « deal advisor » se compose généralement de deux parties, le retainer et le success fee. Les fees des autres conseillers sont souvent fonction du temps passé et des frais générés (time and expense based).

 

Success fee : partie de la rémunération qui dépend de la conclusion de la transaction.

 

Retainer fee : la rémunération fixe ou mensuelle qui est attribuée indépendamment de la réalisation de la transaction.

 

Fairness opinion : jugement supplémentaire d’un expert indépendant quant à la valeur d’une entreprise ou par rapport aux hypothèses de valorisation sous-jacentes. Un expert peut écrire un rapport et évaluer si les termes de la transaction, principalement le prix, correspondent à la valeur sous-jacente de l’entreprise.

 

Hadrien Comte, étudiant à HEC Paris et Contributeur du blog AlumnEye

LA4  Lire aussi : Comment se déroule une transaction en M&A ?


M&A : les 8 secteurs à connaître avant l'entretien

M&A : les 8 secteurs à connaître avant l’entretien 

 

 

Les opérationnels des banques d’affaires sont spécialisés généralement par grands secteurs d’entreprises. Ils forment des équipes qui peuvent prendre des noms différents selon les banques mais regroupent généralement les mêmes industries. Certaines banques peuvent regrouper plusieurs secteurs sous une seule appellation.

Les principaux secteurs en M&A sont ceux des Télécommunications, Médias & Technologies (TMT), de l’énergie et des ressources naturelles (Energy, Mining & Utilities / Oil & Gas), de la grande consommation et de la distribution (Consumer & Retail), de l’industrie lourde, de la construction et de la chimie (Industrials & Chemicals), de la santé (Pharma & Healthcare), de l’immobilier (Real Estate), des services aux institutions financières (Financial Institutions Group ou FIG) et des services aux entreprises (Business Services).

Si vous devez choisir une spécialisation dans un de ces groupes lorsque vous postulez en M&A, il est primordial de connaître leur actualité récente et les spécificités du secteur. Une spécialisation réussie dans un secteur porteur et qui vous intéresse sera le gage de votre progression de carrière en M&A.

 

 

La M&A est à son zénith depuis la crise financière

 

Les transactions M&A ne se sont jamais aussi bien portées et le premier trimestre 2015 est le plus haut en terme de valeur des deals depuis la crise financière de 2008. Selon Thomson Reuters, les volumes d’opérations M&A ont atteint leur record historique depuis 2007 dans le monde, à 854 milliards de dollars au premier trimestre 2015, et même depuis quinze ans aux Etats-Unis (415,9 milliards de dollars). Les grandes manœuvres en M&A sont de retour et les mois d’avril et mai 2015 confirment cette tendance : après 416 milliards de dollars en avril, le total des transactions a culminé à 437 milliards de dollars en mai selon Thomson Reuters. C’est le quatrième mois le plus actif depuis le pic du printemps 2007 dans l’histoire du M&A !

 

Le retour des méga-deals (Voir article)

Cette dynamique s’explique par des récents méga-deals aux Etats-Unis comme le rachat de Time Warner par Charter Communications pour 55,1 milliards de dollars en mai 2015 ou encore celui de Broadcom par Avago pour 36 milliards de dollars en mai 2015 également. L’activité M&A en Europe est aussi très importante : Shell a signé le plus gros deal M&A depuis 10 ans et la 14ème plus grosse transaction de l’histoire avec le rachat de BG pour 70 milliards de dollars en avril 2015. Perrigo s’est illustré en rachetant Mylan dans la pharmacie (35 milliards de dollars) en avril 2015 ainsi que Nokia qui a offert 16,6 milliards de dollars pour Alcatel-Lucent à la même période.

 

Le choix de la bonne spécialisation

Certains secteurs d’entreprise apparaissent comme plus porteurs que d’autres et concentrent la plupart des transactions. Vous devez avant tout faire le choix d’un secteur qui vous intéresse particulièrement si vous le pouvez, et si possible avec un gros volume de transactions, vous progresserez plus rapidement et vous serez exposé à des deals de plus grande envergure. À plus long terme, c’est votre expertise sur un secteur qui fera votre valeur ajoutée et vous permettra de gravir la hiérarchie de la banque d’affaires.

Lire aussi : M&A : pourquoi pas une boutique ? Où postuler ?

 

Voici un graphique de Dealogic datant du premier trimestre 2015 qui montre les différentes parts de marché des industries dans les transactions M&A françaises. On y retrouve les banques spécialistes dans les secteurs en question en France :

 

 

 

Vous trouverez ci-dessous la liste non-exhaustive des différents secteurs en M&A, leur classement, leurs principales caractéristiques ainsi que 3 deals récents importants dans le secteur concerné qu’on peut vous demander en entretien :

 

Energy, Mining and Utilities / Oil & Gas :

 

    • Ce secteur regroupe les activités d’exploitation pétrolière, gazière, minière et de toutes les ressources naturelles. Cette division peut aussi comprendre des infrastructures comme les réseaux de distribution d’énergie, les aéroports, les ports …
    • C’est la division la plus importante en valeur avec 19,6% de part de marché mondiale des transactions M&A en 2014, pour un total de 632,5 milliards de dollars selon Mergermarket.

petrole m&a

  • De par la taille des acteurs du secteur, les transactions sont impressionnantes (la fusion d’Exxon et Mobil en 1998 avait eu lieu pour 80 milliards de dollars). La chute du cours du pétrole pourrait précipiter le mouvement de concentration dans ce secteur, ce qu’illustre bien le deal récent entre BG et Shell. Les privatisations sont un facteur de croissance dans ce secteur comme le confirment les récentes privatisations d’aéroports en Europe (Toulouse, Milan, Turin) et de ports (Le Pirée à Athènes par exemple) ou encore la vente des intérêts du gouvernement britannique dans Eurostar pour 1,16 milliard de dollars fin 2014.
  • 3 deals récents importants :
  • Avril 2015 : rachat de BG par Shell pour 70 milliards de dollars.
  • Novembre 2014 : l’entreprise de services pétroliers américaine Halliburton rachète Baker Hughes pour 38 milliards de dollars.
  • Août 2014 : fusion des trois filiales de Kinder Morgan (une entreprise américaine de transport de produits énergétiques) pour 58,8 milliards de dollars.

 

Shell a signé le plus gros deal M&A depuis 10 ans et la 14ème plus grosse transaction de l’histoire avec le rachat de BG pour 70 milliards de dollars en avril 2015.

 

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Technology, Media & Telecommunications (TMT) :

 

  • Câblo-opérateurs, semi-conducteurs, drones, applications, objets connectés, télévision, tablettes, smartphones, service de messagerie mobile, e-commerce … La division TMT regroupe de nombreuses activités et fait figure de secteur de l’innovation par excellence. Extrêmement dynamique et très spéculatif, il est un des secteurs stars de la M&A et conclut souvent les plus gros deals de l’année.

retail m&a

  • C’est le second secteur le plus important en valeur dans le monde avec 604,2 milliards de dollars de transactions effectuées en 2014 soit 18,7% du total des deals mondiaux selon Mergermarket. C’est le secteur le plus important en Europe en valeur des transactions avec 23% de part de marché en 2014. Les montants des deals dans ce secteur sont simplement gigantesques et le plus gros deal de l’histoire entre AOL et Time Warner s’est conclu pour 164 milliards de dollars en 2000 !
  • La course à la consolidation dans les TMT va encore s’accélérer dans les prochaines années. Pour se positionner dans l’écosystème des services (commerce en ligne, e-paiement, hébergement de données et d’applications …), les opérateurs télécoms vont devoir procéder à de lourds investissements.
  • Morgan Stanley a conseillé 8 des plus importantes transactions TMT dans le monde au premier semestre 2014 selon Mergermarket. La banque prend la première place dans ce secteur en valeur (165 milliards de dollars) et en volume (25 deals). En France, c’est Goldman Sachs qui se pose comme le spécialiste des deals TMT. La banque Lazard a également une solide réputation en TMT sous la houlette du MD Vincent le Stradic. Lazard a notamment conseillé Numéricable sur le rachat de SFR en 2014.
  • 3 deals récents importants :
  • Mai 2015 : rachat du câblo-opérateur américain Time Warner Cable par Charter Communications pour 55,1 milliards de dollars.
  • Mars 2015 : rachat de l’opérateur téléphonique britannique O2 (Telefonica UK) par Hutchison Whampoa pour 15,4 milliards de dollars.
  • Avril 2014 : rachat de SFR par Numéricable pour 23,3 milliards de dollars (17 milliards d’euros).

 

Lire aussi : 18 conseils pour maîtriser l’art du networking 

 

Pharma & Healthcare :

  • Ce secteur englobe l’industrie des laboratoires pharmaceutiques, des centres hospitaliers et de la recherche médicale. On trouve des acteurs de toutes les tailles dans cette catégorie qui est très liée au secteur des nouvelles technologies avec le développement des biotechnologies.
  • La division Pharma & Healthcare est une des plus dynamique en M&A ces dernières années. Elle représentait 11,8% du total des transactions mondiales en 2014 avec une forte progression par rapport à 2013 (+33%) selon Mergermarket.

Le premier trimestre 2015 a confirmé cette tendance puisque la division Pharma & Healthcare s’est classée deuxième derrière les TMT au niveau mondial. En Europe, c’est même la division la plus importante début 2015 avec 24,6% des transactions effectuées !

  • Ce dynamisme est d’abord lié à l’expiration de nombreux brevets des grands laboratoires pharmaceutiques qui pourraient perdre 44 milliards de dollars de ce fait en 2015. D’où le grand mouvement de consolidation et d’acquisitions mené par ces laboratoires comme l’a montré la tentative -avortée- de fusion entre Pfizer et AstraZeneca en Mai 2014. Les grands laboratoires ciblent également des entreprises plus petites de recherche médicale de pointe pour assurer leur futur (notamment les nouveaux médicaments contre le cancer comme sur le deal AbbVie/Pharmacyclics). Des causes plus structurelles comme le vieillissement de la population et le développement des nouvelles technologies médicales sont aussi à prendre en compte.

pharma m&a

  • La réforme du système de santé américain a également entraîné une augmentation des transactions M&A puisqu’elle a augmenté le nombre de personnes couvertes par une assurance maladie et rehaussé l’exigence du système de soin ce qui a conduit à une concentration des laboratoires et des hôpitaux.
  • 3 deals récents importants :
  • Mars 2015 : rachat du spécialiste américain des biotechnologies Pharmacyclics par le laboratoire pharmaceutique AbbVie pour 19 milliards de dollars.
  • Juin 2014 : l’équipementier médical américain Medtronic rachète son concurrent irlandais Covidien pour 45,9 milliards de dollars.
  • Avril 2014 : vente de la branche oncologie du laboratoire GlaxoSmithKline à Novartis pour 14,5 milliards de dollars.

 

 

 

Industrials & Chemicals :

 

  • Ce secteur rassemble l’industrie lourde comme la métallurgie, la construction, les transports, la défense, l’aéronautique et l’automobile. Il englobe également l’industrie chimique.
  • En 2014 le secteur Industrials & Chemicals s’est adjugé 10,7% des transactions M&A et il reste sur les mêmes bases au premier trimestre 2015 (10,4%) selon Mergermarket.
  • En France, dans le secteur de la défense, les changements d’équipes dirigeantes intervenus fin 2014 chez Safranet Thales pourraient ouvrir la voie à de futures transactions car des changements dans la stratégie de ces entreprises amèneraient de nouveaux mouvements de vente ou de consolidation.
  • 3 deals récents importants :
  • Mars 2015 : ChemChina rachète l’équipementier automobile italien Pirelli pour 8,8 milliards de dollars.
  • Février 2015 : le spécialiste américain de l’emballage Ball Corporation rachète l’anglais Rexam pour 8,5 milliards de dollars.
  • Avril 2014 : fusion des cimentiers européens, rachat de Lafarge par Holcim pour 39,6 milliards de dollars.

 

 

 

Consumer & Retail :

 

  • Cette division englobe les secteurs de la distribution et des produits de grande consommation, de l’agro-alimentaire, de la beauté et du luxe.
  • En 2014 le secteur Consumer & Retail s’est attribué 10,5% des parts de marché des transactions M&A dans le monde pour 338,2 milliards de dollars selon Mergermarket. Au premier semestre 2015, ce secteur détenait la plus grosse part de marché des transactions M&A au niveau mondial (19,8% contre 13,4% en 2014 à la même époque). La division Consumer & Retail reste néanmoins sensible aux variations de la demande et semble profiter du retour de la confiance des consommateurs.
  • 3 deals récents importants :
  • Mars 2015 : fusion de Kraft Foods et Heinz pour 54,5 milliards de dollars.
  • Février 2015 : le plus grand détaillant de produits de bureau Staples rachète Office Depot pour 6,3 milliards de dollars.
  • Février 2014 : L’Oréal rachète 8% de son capital détenu par Nestlé pour 8,9 milliards de dollars (6,5 milliards d’euros).

 

 

 

Real Estate (pour davantage d’information sur le M&A en Real Estate voici une interview AlumnEye sur ce métier) :

 

  • Le secteur du Real Estate regroupe tous les actifs immobiliers.
  • Avec 8% des parts de marchés des transactions européennes en 2014, le secteur du Real Estate enregistre la plus forte progression par rapport à 2013 de tous les secteurs en Europe selon Mergermarket (+41%) !
  • Très dynamique aujourd’hui, la principale problématique du Real Estate est son caractère cyclique et les pics de valorisation des actifs succèdent à des périodes moins fastes. L’Asie et l’Océanie ont été deux marchés très importants en 2014. Avec 450 deals effectués cette année, c’est le deuxième secteur le plus actif dans cette région avec un deal flow de 18,2 milliards de dollars selon Mergermarket. La pression démographique devrait accentuer la tendance à la hausse des transactions dans cette zone.
  • Le spécialiste mondial du Real Estate est le fonds de Private Equity américain Blackstone qui détient 93 milliards de dollars d’actifs immobiliers.
  • 3 deals récents importants :
  • Avril 2015 : le fonds américain Prologis spécialisé dans la gestion d’entrepôts et de bâtiments logistiques s’est offert le fonds de Private Equity expert de l’immobilier KTR Capital Partners pour 5,9 milliards de dollars.
  • Février 2015 : fusion de Novion et Federation Centres pour former le plus gros promoteur immobilier en Australie. Réalisée pour 8,2 milliards de dollars c’est la deuxième plus grosse fusion en Asie-Pacifique en 2015.
  • Août 2014 : Blackstone rachète les bâtiments de General Electric au Japon pour 1,9 milliards de dollars, c’est la deuxième plus grosse transaction au Japon en 2014.

 

 

 

Financial Services / FIG :

 

  • Le secteur des Financial Services rassemble un vaste panel d’institutions financières que conseillent les banques d’investissement sur leurs opérations de fusions-acquisitions, investissement, financement et recapitalisation. Les banques font parties de cette catégorie ainsi que les assureurs et les réassureurs.
  • Historiquement connu comme une source majeure de revenus pour les banques d’affaires, le secteur des Financial Services s’est fait plus discret depuis la crise alors qu’il était très médiatisé, notamment après la méga-fusion entre Citicorp et Travelers à la fin des années 1990, puis celle effectuée en catastrophe entre Bank of America et Merrill Lynch pendant la crise de 2008. Selon Mergermarket c’est le seul secteur dont l’activité a diminué entre 2013 et 2014 pour représenter 7% des parts de marché mondiales en M&A. En France il reste néanmoins le premier secteur avec près de 22,2% des parts de marché au premier trimestre 2015 selon Dealogic.financial services m&a
  • Les activités de M&A en Financial Services proviennent de deux facteurs : d’abord des nouvelles régulations dans le sillage de la crise financière avec notamment la règle Volcker (Volcker Rule) présentée dans le Dodd-Frank Act de 2010 ou encore les accords de Bâle III qui ont augmenté le ratio de liquidité des banques et restreint leur champ d’activité ce qui a entraîné une concentration du secteur. Ensuite, l’arrivée de nouveaux acteurs de la banque directe en ligne comme Metro Bank en 2010 a redynamisé le secteur, tout comme l’essor de la banque mobile suite au développement fulgurant de l’Internet mobile.
  • 3 deals récents importants :
  • Mars 2015 : Citigroup cède sa filiale OneMain Financial à Springleaf Financial pour 4,25 milliards de dollars.
  • Mars 2015 : le plus gros deal japonais au premier trimestre 2015 concerne le rachat de Kagoshima Bank par Higo Bank pour 1,5 milliards de dollars.
  • Juillet 2014 : la banque américaine CIT Group rachète OneWest Bank pour 3,4 milliards de dollars.

 

 

 

Business Services :

 

  • Les Business Services concentre l’activité des professionnels des services aux entreprises comme le consulting, l’audit, le conseil juridique et toutes les activités qui peuvent être sous-traitées comme le marketing, l’informatique, la logistique, la sécurité, les ressources humaines, l’entretien des bureaux …
  • Plus discret, ce secteur a concentré 5,4% du total des deals pour 2014 et figure comme un des secteurs les moins importants en valeur selon Mergermarket.
  • Les ressorts de l’activité dans les Business Services se situent dans l’internationalisation de l’économie et la nécessité de rationaliser les entreprises des pays émergents. Les deals cross-borders (transfrontaliers) sont fréquents dans ce secteur où les entreprises se développent à l’étranger pour créer une expertise locale au travers d’un réseau global. L’externalisation croissante des services des entreprises draine également de nombreuses transactions en Business Services, notamment dans les services informatiques du fait du développement du cloud-computing.
  • 3 deals récents importants :
  • Décembre 2014 : Xerox externalise ses services informatiques et vend sa branche IT pour 1 milliards de dollars (840 millions d’euros) à l’entreprise française Atos.
  • Décembre 2014 : The Advisory Board Company, une firme de consulting américaine rachète le spécialiste du recrutement Royall & Co pour 850 millions de dollars.
  • Septembre 2014 : le groupe pétrolier chinois Sinopec décide de vendre toute son activité marketing à un groupe d’investisseurs pour se concentrer sur la distribution et l’extraction. La transaction est effectuée pour 17,4 milliards de dollars.

 

Hadrien Comte, étudiant à HEC Paris et Contributeur du blog AlumnEye

Lire aussi : Les conseils de Goldman Sachs à ses nouveaux entrants en M&A et S&T


M&A : pourquoi pas une boutique ? Où postuler ?

M&A : pourquoi pas une boutique ? Où postuler ?

 

Qu’est ce qu’une « boutique » de M&A ?

boutique m&a AlumnEyeC’est une société de conseil en fusions-acquisitions indépendante et de plus petite taille que les banques les plus connues. Les boutiques se distinguent des banques ayant des activités de financement, de banque de détail, de finance de marché et de fusions-acquisitions. Ce sont les « pure players » de la finance d’entreprise qui proposent leurs services en M&A, en ECM, en DCM et en restructuration. La définition d’une boutique reste cependant assez floue. En effet, plusieurs d’entre elles se sont spécialisées dans d’autres activités que la finance d’entreprise comme le courtage, l‘equity research ou la gestion d’actifs. Si l’on veut retenir un critère commun, c’est souvent du fait de leur structure plus réduite et de la nature de leurs deals que les boutiques de M&A se différencient des grandes banques. Le plus souvent les boutiques se concentrent sur les transactions small cap (inférieures à 50 millions d’euros) et mid cap (comprises entre 50 millions et 500 millions d’euros) à l’exception des boutiques « d’élites » telles que Lazard ou Rothschild par exemple. Certaines d’entre elles se spécialisent aussi sur une industrie particulière. Depuis quelques années on assiste à un retour en force des boutiques de M&A en France et dans le monde, nous allons voir pourquoi. AlumnEye vous a aussi préparé une liste des boutiques en France auxquelles vous pouvez postuler.

Structure réduite et flexibilité : les clés du succès des boutiques

Les avantages principaux des boutiques sont l’indépendance et la flexibilité. Cette indépendance vient du fait qu’à l’inverse des grandes banques « bulge bracket », les boutiques de M&A ne disposent pas -normalement- d’une salle de marchés où pourrait naître un conflit d’intérêt avec la division fusions-acquisitions. Prenons le cas d’une société cotée, une banque d’investissement détient des informations confidentielles de cette entreprise qui pourraient fortement influencer son cours de Bourse si les services de finance de marché y avaient accès. Les grandes banques s’assurent d’une étanchéité drastique entre les différents services mais le risque de fuite ne peut pas exister pour les boutiques de M&A. L’autre force des boutiques de M&A se base sur des effectifs plus réduits qui développent souvent une expertise sectorielle. Le M&A dans une boutique se rapproche du sur-mesure plutôt que la recherche du volume des deals à tout prix. Plus agiles, plus confidentielles, à la structure de coûts allégée, les boutiques détrônent les rois du secteur sur des transactions phares. La boutique américaine Centerview Partners créée en 2006 était le conseiller exclusif de Kraft Foods lors de sa fusion annoncée avec Heinz en mars 2015 (un deal annoncé à 54 milliards de dollars).

Au niveau mondial, les boutiques ont conseillé 40,9% du volume des deals annoncés depuis 2018 selon Dealogic, un peu plus que pour la même période en 2017.

L’implication croissante des boutiques dans les plus gros deals est impressionnante : les opérations dans lesquelles elles ont été impliquées au premier semestre 2018 représentent un record de 2500 milliards d’euros selon Thomson Reuters soit une augmentation de 61% par rapport au premier semestre 2017. 

Le M&A dans une boutique se rapproche du sur-mesure plutôt que la recherche du volume des deals à tout prix.

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A l’origine des boutiques se trouvent des banquiers expérimentés

Les boutiques sont très souvent fondées par des anciens associés de grandes banques qui apportent leur expertise et leur carnet d’adresses à la société. Par exemple, Peter Weinberg est resté vingt ans chez Goldman Sachs pour ensuite s’associer à Joe Perella (un ancien partner de Morgan Stanley) et former Perella Weinberg Partners en 2006 qui se trouve à la 19ème place en terme de « deal flow » mondial en 2018. Ken Moelis faisait parti d’UBS avant de fonder sa propre structure Moelis & Company en 2007 qui se classait 15ème mondial en 2018 (source mergermarket.com). Un cas emblématique est celui des frères Michael et Yoel Zaoui, deux banquiers français devenus de véritables stars respectivement chez Goldman Sachs et Morgan Stanley. Ils ont fondé leur boutique Zaoui & Co en 2013 qui occupe aujourd’hui la 8ème place en volumes des deals de M&A en France en 2018 avec une équipe très réduite, peu de deals, mais pour des montants énormes (pour information Zaoui & Co est basée à Londres). Souvent portée par la réputation et le réseau de ses associés, la boutique a décidément le vent en poupe !

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Les boutiques parisiennes au coeur du small et du mid cap

En France, les structures de plus petites tailles sont moins médiatisées que les boutiques « d’élite » que sont Lazard et Rothschild, concurrents directs des banques les plus réputées. Les boutiques moins connues à Paris ont souvent fait le choix du small ou du mid cap (des deals dont la valeur ne dépasse pas 50 millions d’euros en small cap et 500 millions en mid cap). À ce niveau elles sont souvent en concurrence avec les services M&A des Big Four de l’audit. Certaines boutiques proposent également leurs services en levée de fonds. Les PME françaises sont très dynamiques et ce marché connaît une meilleure résistance aux fluctuations économiques. Vous gagnerez à connaître les boutiques de M&A présentes à Paris et sans doute à y postuler car rien de tel qu’une structure réduite et une expertise de niche pour vite progresser dans un environnement très concurrentiel, et pourquoi pas s’ouvrir les portes d’une banque plus prestigieuse. Bon à savoir : les boutiques échappent au plafonnement des bonus mis en place dans la plupart des banques « traditionnelles ».

Voici une liste non exhaustive des boutiques de M&A à Paris qui méritent toute votre attention !
• Natixis Partners

Natixis AlumnEye

Leader du mid cap en France depuis le rachat de la branche française de Leonardo & Co en 2015, spécialisé en LBO, Natixis Partners continue de renforcer son activité M&A. Début 2018, Natixis a annoncé sa prise de position non pas dans 1 mais 3 nouvelles boutiques : Vermilion Partners (boutique sino-britannique) , Fenchurch Advisory Partners (boutique londonienne) et Clipperton (boutique française).

Son équipe M&A va prendre encore plus d’ampleur en intégrant 50 nouveaux banquiers d’affaires. Fin 2018, le palmarès Agefi plaçait Natixis Partners à la 5ème place des banques réalisant le plus de deals sur le marchés français (34 deals midcap en 2018).

 

• Sycomore Corporate Finance

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Contrôlée majoritairement par ses trois associés et soutenue par les fondateurs de Sycomore Asset Management, Sycomore Corporate Finance s’appuie sur une équipe issue des banques d’affaires de premier rang et sur un réseau de partenaires, notamment à l’international. Fondée en 2012 par trois anciens MD de Crédit Suisse, Hawkpoint et Société Générale, Sycomore Corporate Finance compte une dizaine de collaborateurs. Dynamique, Sycomore devrait continuer à embaucher des juniors en 2019.

 

• DC Advisory

DCadvisory AlumnEyeAppartenant à un groupe asiatique, cette boutique bien implantée en Europe, se nourrit de la diversité de ses cultures pour s’affirmer en France comme le partenaire incontournable des entreprises asiatiques souhaitant acquérir des PME françaises. L’équipe dirigeante a été renouvelée récemment et le banquier français Eric Hamou, après plus de vingt ans chez Goldman Sachs, a rejoint les rangs de DC Advisory suivi de David Benin (ancien Morgan Stanley). Les deux co-CEO ont une ambition claire : consolider le rôle de conseil de DC Advisory sur les opérations de cessions de filiales non stratégiques de grands noms du CAC 40, qu’elles soient en bonne santé ou peu performantes. DC Advisory a ainsi conseillé Engie (ex GDF-Suez) dans la cession de sa filiale FSA (ingénierie automobile) au groupe canadien Doerfer Companies en 2015.

• Barber Hauler Capital Advisers

Barber AlumnEyeBarber Hauler Capital Advisers est une boutique indépendante de conseil en M&A fondée en 2009 à Paris par deux partners français, Dominique Bazy et Pascal Hervé, passés par UBS. Barber Hauler appartient aujourd’hui au fond d’investissement Investindustrial. Barber Hauler a notamment été impliquée dans la cession en février 2015 du chausseur italien Sergio Rossi qui appartenait à Kering.

 
• Clearwater (ex-Easton Corporate Finance) 

Initialement sous le nom d’Easton Corporate Finance, Clearwater est une boutique présentant une culture proche de celle de DC Advisory (elle a été fondée par trois anciens de DC Advisory), Clearwater est une société de conseil en M&A à l’identité européenne et détient plusieurs bureaux dans les villes les plus importantes de la finance en Europe (Londres, Paris, Milan, Francfort). C’est en 2016 qu’Easton CF s’est allié avec Clearwater International afin de renforcer son réseau, changeant ainsi de nom. Les secteurs historiques d’expertise sont la santé, les services BtoB, l’immobilier/construction et bien évidemment les biens de consommation/distribution. En 2018, selon Thomson Reuters, Clearwater était 15ème du classement M&A midcap avec 19 transactions réalisées.

• Canaccord (ex-Hawkpoint Partners)

canaccord- AlumnEyeLa boutique londonienne a su démontrer que le modèle de banque d’affaires indépendante anglo-saxonne s’exportait bien. Le bureau de Paris qui était une simple succursale depuis sa création en 2001, est en passe de devenir une filiale à part entière, preuve que l’équipe parisienne a atteint un degré d’expertise reconnu. Les membres de ce bureau, composé d’un peu plus d’une vingtaine de professionnels, interviennent partout en Europe et bénéficient du réseau international de la firme. Généralement, la taille des opérations réalisées varie entre 150 millions d’euros et 3 milliards d’euros, voire plus. Un grand nombre de ces opérations sont transfrontalières, et la firme travaille souvent en partenariat avec des boutiques. La différenciation d’Hawkpoint réside dans la fidélité de sa clientèle, cette dernière n’étant volontairement pas trop nombreuse, empêchant la naissance de conflits d’intérêt. Hawkpoint a développé une expertise dans certains secteurs de prédilection comme celui des FIG, de l’industrie, du retail/consumer, du business services et de la technologie. Hawkpoint a été rachetée par la société de services financiers canadienne Canaccord en 2011 et s’est classée 29ème pour l’année 2018 sur le marché français midcap selon Thomson Reuters pour un montant de 1,4 milliard d’euros de transactions effectuées.

• Messier Maris & associés

Fondée en 2005 par l’ancien PDG de Vivendi, sa reconversion dans la banque d’investissement est une réussite. Il est rejoint en 2010 par Erik Maris, ancien co-directeur de Lazard France. Pas de site internet, Messier Maris fait dans la discrétion et s’est taillée une solide réputation grâce à l’imposant carnet d’adresses de ses partners pour devenir une boutique de référence à Paris. Fortement marquée par la culture Lazard dont sont issus ses dirigeants, la société s’est également implantée à New York. Messier Maris s’est classée 23ème sur le marché du large cap en termes de deals announced en 2018 selon Thomson Reuters. En 2018, Messier Maris a réalisé un deal d’une valeur d’1,2 milliards d’euros aux côtés du géant Goldman Sachs : la cession d’Idinvest à Eurazeo.

• Bucéphale Finance

bucephale AlumnEye

Lancée en 2004 par deux anciens transfuges de Crédit Suisse, Bucéphale s’enorgueillit de son indépendance. La société de conseil en fusions acquisitions respecte fidèlement cette philosophie et ne s’est pas diversifiée dans d’autres activités, la gestion d’actifs par exemple, comme ont pu le faire certains concurrents. Bucéphale est un interlocuteur privilégié des grands groupes français qui constituent 60% de sa clientèle. L’entreprise a annoncé la nominations de 2 nouveaux directeurs : Jérôme Dian et David Orban afin de renforcer leurs équipes en conseil et M&A. Ces nominations vont permettre à Bucéphale Finance d’accélérer son développement et de renforcer sa présence auprès de ses clients existants.

 

• Clairfield International

Fondée en 1998, Clairfield est une boutique mid-cap intervenant sur des transactions d’une valeur pouvant aller jusqu’à 500 millions d’euros. Clairfield est présente aujourd’hui dans plus de 20 pays, et a développé des expertises sur plusieurs secteurs, comme la santé ou les TMT. Forte de plus de 400 collaborateurs dans le monde (dont une trentaine en France), Clairfield se distingue par la diversité de son expertise, aussi bien dans les métiers (M&A, Valuation, Fundraising, etc.) que sur le plan sectoriel ou géographique. En moins de 20 ans, et notamment grâce à l’un de ses co-fondateurs Thierry Chetrit, Clairfield a su s’imposer pour devenir l’une des rares boutiques françaises mid-cap tournée vers l’international.

• Wagram Corporate Finance

Wagram AlumnEyeDiscrète, cette boutique française fait partie du réseau MIDCAP Alliance qui est un réseau international de banques d’affaires locales indépendantes ayant une profonde connaissance de leur marché. Fondée par Paul le Clerc (un ancien MD de J.P. Morgan) en 2003, Wagram Corporate Finance se pose en amie des arts et parraine de nombreuses expositions à Paris.

• Cambon Partners

Cambon Partners s’est spécialisée dans les transactions concernant les entreprises dans le domaine des nouvelles technologies et s’est offerte une année 2017 record avec 40 opérations en France sur le Mid Market d’un montant cumulé de plus de 1,6 milliard d’euros. Cambon Partners se classe dans le top 5 des acteurs du M&A en small cap les plus actifs en France. La société est présente à Paris, Londres, San Francisco et vient d’ouvrir un bureau à Pékin, confirmant son expertise sur le secteur IT.

 

• ARJIL & Associés

Arjil AlumnEyeARJIL & Associés a été rachetée par Altium Capital -l’ancienne branche M&A du fonds de Private Equity Apax Partners- en 2005 pour former une boutique à l’expertise sectorielle portée vers l’industrie et la défense. L’ancien dirigeant d’EADS Noël Forgeard a par ailleurs rejoint Arjil en 2011. ARJIL & Associés entretient une relation privilégiée avec de nombreux fonds de Private Equity.

• Mediobanca

MedioBanca AlumnEye

La banque italienne réputée Mediobanca s’est installée en 2004 à Paris et connait depuis un réel succès. Mediobanca a récemment changé de stratégie commerciale après le départ de son managing director Philippe Deneux. Elle a jugé plus efficace de grossir par acquisition, Mediobanca discute en ce moment même d’une entrée au capital de la boutique Messier-Maris donc nous parlions ci-dessus. Mediobanca se classe 14ème en 2018 avec un deal flow large cap de près de 9 milliards d’euros selon Thomson Reuters.

 

• Lincoln International

Lincoln AlumnEye

Lincoln International, structure atypique dans le paysage de la banque d’affaires, a su tirer parti de sa singularité. Formée il y a onze ans simultanément aux Etats-Unis, en France et en Allemagne, la boutique spécialiste du mid-cap et des transactions transfrontalières compte désormais près de 20 bureaux dans le monde, 400 collaborateurs dont 70 associés. Présent sur tous les métiers de banque d’affaires (M&A, restructuration, financement), la maison a réalisé plus de 200 transactions globales en 2018 (site).

• Goetzpartners

Goetzpartners AlumnEye

Goetzpartners est une boutique allemande d’envergure européenne et installée en France. Elle est uniquement spécialisée dans le conseil en M&A et dirigée par Stephen Goetz, également co-fondateur de la boutique avec un ancien de Rothschild à Paris. Depuis le début de l’année 2015 elle cherche à se développer en France et c’est une réussite. En 2018 la boutique a conseillé McPhy dans son deal avec EDF d’un montant de 16 millions d’euros.

 

• Bryan Garnier & Co

Bryan Garnier &Co AlumnEyeAvec un effectif de 120 professionnels répartis à travers six bureaux dans le monde, Bryan, Garnier & Co s’est imposée comme une banque d’affaires de référence sur la scène européenne. Elle se présente comme un spécialiste du M&A dans les secteurs de la santé, du luxe et des technologies. Installée à Londres et Paris dès sa création en 1996, Bryan Garnier & Co s’est construite avec un pied en Europe continentale et l’autre au Royaume-Uni. La banque d’affaires se consacre aussi à la finance de marché impulsée par son cofondateur Olivier Garnier, auparavant trader chez Goldman Sachs. En 2009, Bryan Garnier ouvre une salle de marché à New York. La société peut accompagner des groupes sur des opérations de M&A, d’augmentation de capital, de retrait de cotes ou encore d’equity capital market et se démarque des « pure players » du M&A pour offrir un service plus large.

• Degroof Petercam Finance

La banque privée belge Degroof Finance a racheté la boutique de M&A Aforge Finance en 2008. Plus que de simples conseils financiers, Aforge Degroof Finance peut également accompagner ses clients sur les marchés de dette et sur les marchés d’actions, en s’appuyant sur la capacité de distribution obligataire du Groupe Degroof. La société a recruté des experts de la finance de marché passés par Goldman Sachs ou Deutsche Bank. La banque s’appelle dorénavant Degroof Petercam Finance. 

• Kepler Cheuvreux

Kepler AlumnEye

Kepler Cheuvreux est née de la fusion entre Kepler Capital Markets et Crédit Agricole Cheuvreux en 2013. Employant plus de 120 analystes, Kepler Cheuvreux s’est diversifié dans la dette, les dérivés, les solutions d’investissement et l’activité de « corporate finance ». Kepler Cheuvreux est bien implantée en Europe et détient deux bureaux aux Etats-Unis mais la boutique souhaite renforcer sa position à l’international. A cette occasion, UniCredit a augmenté sa participation de 5% à 10% dans le capital de la boutique. En 2018 elle signe également avec Atlas Merchant Capital (prise de 20% du capital de Kepler Chevreux), son plus gros investissement depuis la prise de contrôle en 2017 de Panmure Gordon. Ces nouveaux partenariats vont pousser la boutique a étendre ses activités et à embaucher.

 

• Oddo BHF

Oddo BHF partage ses activités entre les fusions-acquisitions, la gestion d’actifs et l’equity research. 2015 est une année importante pour Oddo qui a investi en Allemagne avec le rachat de CB Seydler (une boutique de M&A allemande spécialiste du mid cap). Cette opération a pour but de cibler les PME familiales allemandes qui forment un tissu industriel très dense outre-Rhin : le « Mittelstand ». En 2017, le groupe Oddo&Cie acquerra également BHF Bank dans le but de devenir numéro 1 du secteur des PME dans la zone euro. En 2016, le groupe Oddo compte 2300 collaborateurs, un chiffre qui a plus que doublé depuis 2015.

• Alantra

Créée en 2001, la banque d’affaires espagnole a décidé en janvier 2015 de lancer en France ses activités de Corporate Finance, une étape clé dans la constitution d’une banque d’affaires, leader en Europe sur le segment mid-market. Elle regroupe aujourd’hui 345 banquiers d’affaires à travers 21 pays. En 2018, les équipes d’Alantra ont conseillé 21 opérations de fusions-acquisitions, ce qui place la boutique à la 24ème position du classement M&A midcap en France. La banque a des bureaux dans le monde entier dans des métropoles parmi lesquelles Boston, Mexico City, Bogota, Sao Paolo, Buenos Aires, Santiago, Stockhom, Dublin, Londres, Amsterdam, Brussels, Paris, Barcelone, Madrid, Lisbonne, Frankfurt, Vienna, Zürich, Milan, Athens, Mumbai et Shangai.

• Capitalmind

Capitalmind accompagne les entrepreneurs, PME familiales et ETI, investisseurs et grands groupes dans leurs opérations de cession, transmission, croissance et financement (opérations allant jusqu’à 250 M€). Capitalmind est une boutique Mid cap, reconnue pour son expérience en transactions transfrontalières représentant 60% de ses opérations conseillées. Les principaux bureaux de la banque sont localisés à Paris, Amsterdam, Berlin, Stuttgart et Copenhagen.

Hadrien Comte, étudiant à HEC Paris et Contributeur du blog AlumnEye


Les enjeux des récentes «méga fusions-acquisitions» en France

Les enjeux des récentes « méga fusions-acquisitions » en France

 

 

« Parlez moi d’un deal qui a retenu votre attention ces derniers temps. » Pour éviter de sécher sur cette question classique en entretien, voici un résumé des transactions les plus importantes si vous n’avez pas suivi l’actualité française en M&A.                                                                                                                                              

   deal m&a alumneye                         

                          

 

Le retour des grandes fusions-acquisitions en France

 

Malgré les nombreuses annonces médiatiques de fusions concernant des entreprises françaises, les derniers chiffres du premier semestre 2015 déçoivent et le flux de M&A est en recul en France de 25 % sur les six premiers mois 2015, à 70 milliards de dollars selon Dealogic.

Toutefois cette baisse du M&A est à relativiser compte tenu du niveau de transactions exceptionnel de 2014. Il semblait logique au vu des chiffres très élevés de l’année passée que la tendance s’essoufflerait à un moment ou à un autre. La France a représenté 19,75% des transactions européennes de M&A en 2014, le deuxième marché le plus dynamique derrière les Etats-Unis. Au niveau mondial, le premier semestre 2015 part sur d’excellentes bases avec une augmentation de 11,6% de la valeur des transactions effectuées par rapport au premier semestre 2014 (avec 1701,7 milliards de dollars, la valeur des transactions est la plus haute pour un trimestre depuis 2007 selon Mergermarket).

 

 

 

La France a représenté 19,75% des transactions européennes de M&A en 2014, le deuxième marché le plus dynamique derrière les Etats-Unis

 

 

Outre les montants records des récentes fusions et acquisitions en France, l’âpreté des tractations a donné lieu à de véritables feuilletons riches en enseignements. Par leur taille et leurs répercussions économiques et sociales, ces opérations très médiatisées et politisées donnent un aperçu passionnant des enjeux stratégiques de la banque d’affaires. Voici un résumé des principales fusions et rachats concernant des grandes entreprises françaises et quelques éléments pour pouvoir en parler en entretien.

 

Lafarge et Holcim : la fusion incontournable cette année

 

  • Une bataille de plus d’un an pour se mettre d’accord

Annoncée en avril 2014, la fusion entre le cimentier français Lafarge et le suisse Holcim devrait être finalisée en juillet 2015 au terme d’une guerre des nerfs épuisante entre les deux entreprises. Coups bas, bataille d’ego, incompréhensions culturelles, hésitation des actionnaires… mi-mars cette fusion était sur le point d’échouer. Elle va finalement donner naissance au numéro 1 mondial du ciment à l’issue d’une transaction évaluée à 39,5 milliards d’euros (source Mergermarket) et qui devrait dégager des synergies annuelles chiffrées à 1,4 milliard d’euros sur trois ans.

  • Pourquoi ce bras de fer ?

Les négociations ont achoppé sur plusieurs points :

  • La parité des titres

Une action Holcim pour une action Lafarge, c’était la parité initiale qui a évolué suite au mécontentement des actionnaires d’Holcim qui trouvaient les conditions d’échange inégales jugeant qu’Holcim était en meilleure santé financière que Lafarge. Une parité de 9 actions Holcim pour 10 actions Lafarge a finalement été retenue.

  • La gouvernance du groupe

Au départ promise au PDG français de Lafarge Bruno Lafont, cette nomination a été perçue comme un déséquilibre au profit de l’entreprise française et c’est finalement un manager plus international qui a été retenu, le franco-américain Eric Olsen (le directeur adjoint de Lafarge).

  • Le frein des autorités de la concurrence

Devant le gigantisme de LafargeHolcim, les autorités de la concurrence américaines et européennes ont exigé la cession d’une série d’actifs du futur groupe à l’irlandais CRH pour 6,5 milliards d’euros, ce qui a retardé encore davantage la fusion.

LafargeHolcim devient le numéro 1 mondial du ciment et des granulats avec un chiffre d’affaires supérieur à 35 milliards d’euros et plus de 130 000 salariés dans le monde.


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Le rachat de SFR par Numéricable : la guerre des télécoms est déclarée

  • La bataille entre Bouygues et Numéricable

C’est avant tout un duel sans merci entre Bouygues et Numéricable pour s’offrir SFR qui a eu lieu. Les négociations sont devenues très médiatisées du fait de la prise de position du Ministre de l’économie de l’époque Arnaud Montebourg en faveur de Bouygues, une entreprise française, contre Numéricable qui appartient à la holding luxembourgeoise Altice. Finalement, c’est l’offre du patron de Numéricable Patrick Drahi qui a convaincu Vivendi -la maison-mère de SFR- pour 17,5 milliards d’euros, espérant dégager des synergies de l’ordre de 1,1 milliards d’euros par an à l’horizon 2017.

  • Un financement risqué

Patrick Drahi a fortement valorisé SFR et a proposé 13,5 milliards d’euros financé en cash complétés par des actions Numéricable représentant 20% de son capital pour atteindre 17,5 milliards d’euros. La contrepartie de ce montage financier risqué est la quantité colossale des intérêts sur la dette que devra payer Numéricable qui pourraient s’élever à 600 millions d’euros par an.

  • Des répercussions importantes dans le secteur des télécoms

Cette manœuvre a fait bouger les lignes parmi les opérateurs télécoms et la tentative avortée de rachat de Bouygues Télécom par Altice (la maison-mère de SFR-Numéricable) en Juin 2015 souligne le mouvement de consolidation du secteur qui semble inéluctable selon certains experts. Plus largement, cette fusion a relancé la vague des fusions-acquisitions dans les télécoms européens. Une hausse d’activité confirmée par la vente de l’espagnol Telefonica de sa filiale britannique O2, pour 13,96 milliards d’euros, au groupe de Hong Kong, Hutchison Whampoa en mars 2015. On peut également citer l’offre d’achat d’Orange sur l’espagnol Jazztel pour 3,4 milliards d’euros ou encore celle d’Altice sur Portugal Telecom pour 7,4 milliards d’euros toutes les deux annoncées en décembre 2014.

Logo alumneye Lire aussi : Question traditionnelle d’entretien : comment se déroule une transaction en M&A ?

 

 

La fusion d’Alcatel-Lucent et de Nokia : une nouvelle fusion pour Alcatel-Lucent

 

  • Les sept vies de Nokia

Nokia, numéro 1 du mobile jusqu’en 2012, a loupé la révolution des smartphones et a dû affronter d’énormes difficultés suite à la désintégration de cette activité finalement revendue à Microsoft. Mais la firme finlandaise qui a commencé dans la papeterie s’est redressée et a retrouvé sa profitabilité pour devenir un équipementier téléphonique. Ce virage stratégique l’a naturellement appelé à s’intéresser à l’entreprise franco-américaine Alcatel-Lucent, un des leaders des équipements de télécommunications et du cloud-computing. Les deux parties se sont entendues en avril 2015 et Nokia a racheté Alcatel-Lucent pour 15,6 milliards d’euros.

  • L’inquiétude d’un nouveau plan social

C’est la deuxième fusion pour les salariés d’Alcatel après un mariage difficile avec l’américain Lucent en 2006 suivi d’un énorme plan social et la perte de 15% de ses effectifs dans le monde. Le gouvernement français a exigé des garanties sur l’emploi suite à la crainte de la délocalisation d’une partie des activités en Finlande et un plan social pour les 6000 salariés français d’Alcatel-Lucent. Nokia a rassuré le gouvernement assurant que le centre névralgique de la R&D du groupe resterait en France. Certains observateurs se félicitent même de la création de ce champion européen, sorte « d’Airbus des télécoms », capable de rivaliser avec le leader américain du secteur Cisco.

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Qu'est ce que le métier d'Analyste en Transaction Services ? Interview AlumnEye

Le métier du Transaction Services a vu de nouveaux acteurs émerger depuis quelques années, bousculant ainsi les traditionnels Big 4 que sont PwC, EY, KPMG et Deloitte. Les plus connus sont Eight Advisory et Accuracy.

La principale différence entre les Big 4 et ces nouveaux pure players ? Ces derniers ne font pas de commissariat au compte, ils ne travaillent que dans le cadre de missions ponctuelles pour leurs clients et n’interviennent pas sur le côté légal et récurrent des missions d’audit des acteurs traditionnels.

Plus risqué, ce business model semble faire ses preuves dans un contexte économique de reprise des transactions.

AlumnEye a interviewé pour vous une membre de son réseau, Analyste chez Eight Advisory.

 

Peux-tu présenter le(s) métier(s) chez Eight Advisory ?

Eight Advisory est un cabinet indépendant spécialisé en conseil financier et opérationnel. Son activité se structure autour de quatre principaux domaines d’expertise :

  • Transaction services : Ce département assiste les clients lors d’opérations d’acquiTransaction services AlumnEyesitions ou de cessions sur des problématiques comptables et financières. Il s’agit essentiellement d’Audit d’acquisition, d’assistance à la cession (VDD – Vendor due diligence) ou d’assistance à l’acquisition (Buy side due diligence). Le cabinet accompagne également ses clients dans le cadre de revue indépendante d’activité et de Business Plan (IBR – Independant Business Review).

 

  • Restructuration : il s’agit de conseil et d’accompagnement des entreprises en difficulté dans la définition des objectifs permettant d’assurer la pérennité de l’entreprise d’un point de vue financier. Il s’agit principalement de la construction / revue de Business Plan ou de plan de financement, modélisation de plan de trésorerie, gestion de comptabilité de crise, assistance lors de plan de restructuration en contexte amiable ou judiciaire, assistance à la négociation bancaire et accompagnement dans des process de levée de nouveaux financements.

 

  • Evaluation : Il s’agit principalement de missions d’évaluation des entreprises ou d’actifs en vue d’une acquisition ou d’une cession mais également de modélisation de l’impact d’une opération de fusion, d’acquisition ou de cession.

 

  • Litigation : Ce département accompagne les entreprises principalement sur des problématiques de « contentieux et arbitrage » et « Investigation financière ». En contentieux et arbitrage, il s’agit de l’évaluation de préjudice, d’interprétation financière de clauses contractuelles mais également d’assistance dans les phases de débats techniques (arbitrage, expertise, contre-expertise). L’Investigation financière , consiste à investiguer afin de comprendre les flux financiers, mener des actions préventives ou de sensibilisation, évaluer le risque de fraude afin de formuler des recommandations.

 

  • Transformation : Le cabinet propose des missions de conseil couvrant les problématiques pré deal (synergies, carve-out, etc…) et post deal (plan de transformation, mise en place d’outil de pilotage), d’amélioration de BFR et d’optimisation de la fonction trésorerie des entreprises.

Nos clients sont essentiellement des fonds de Private Equity mais également des entreprises, communément appelés « clients corporate ».

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Quelles étaient tes motivations pour postuler dans ce secteur ?

J’ai rejoint Eight Advisory en tant qu’analyste en Transaction Services et Restructuring. Le cabinet offre la possibilité d’exercer les deux métiers au cours des trois premières années.

Après un parcours à dominante financière, ponctué par différents stages en banques d’affaire et dans les départements « corporate finance » de grands groupes. Outre le contexte stratégique des missions en Transaction Services/ Restructuring, je recherchais un juste milieu entre les compétences techniques notamment en analyse financière et une forte exposition aux clients. Ainsi, la double affectation TS/ Restructuring m’a permis de travailler pour des entreprises de tailles différentes, à tous les stades de leur développement et de leur retournement. Cette diversité des missions et des situations rencontrées offrent une belle courbe d’apprentissage et un vrai sentiment de perpétuelle progression.

En quoi consistent tes tâches quotidiennes et celles de ton équipe ?

Ma mission consiste essentiellement à venir en support aux équipes lors de la rédaction de rapport exhaustif, contenant les éléments suivants :

  • Une revue détaillée du Business plan et une validation des hypothèses avec le client.Transaction Services AliumnEye
  • Un calcul de l’EBITDA Ajusté ou EBITDA Normatif (En intégrant tous les éléments considérés comme étant non récurrents). Cet EBITDA ajusté sera utilisé pour évaluer le prix d’acquisition de la cible.
  • Une analyse approfondie du BFR et un calcul du BFR moyen et du BFR normatif (notamment pour les activités présentant une forte saisonnalité).
  • Une analyse détaillée de la performance historique de l’entreprise en générale sur une période de 3 ans (Bilan, P&L, Cash-Flow…).
  • Une étude approfondie du secteur et du business de l’entreprise afin de mieux appréhender le modèle économique de l’entreprise et les enjeux du secteur dans lequel elle évolue.

 

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Quels sont les profils des employés de ton équipe ?

Au niveau junior, le cabinet est sélectif en termes d’écoles (Ecoles de commerce et écoles d’ingénieurs) et d’expériences préalables. La majorité des juniors ont une expérience préalable en Banque d’affaire, Private Equity, Transaction services et Audit.

Au niveau expérimenté, la plupart des séniors ont quelques années d’expérience en Audit (2-3 ans minimum).

 

Peux-tu nous parler un peu plus en détail des grandes problématiques contemporaines liées à ton métier ? (gestion des risques, régulation)

Parmi les grandes problématiques contemporaines de notre métier, nous relevons, en France, depuis plusieurs années, une pénurie de sociétés performantes et en croissance. A contrario, les capitaux disponible, notamment dans les fonds d’investissement de Private Equity sont toujours aussi abondants compte tenu d’un « deal flow » en retrait.

Cette situation de déséquilibre influence les processus de due diligence aussi bien sur le timing des opérations que sur la profondeur des analyses : Nos clients, ainsi que les banques qui financement les opérations sont de plus en plus exigeantes quant à la profondeur des analyses que nous menons. Un bon nombre de processus se déroulent sur un timing beaucoup plus long que par le passé. A l’inverse, lorsqu’un actif est jugé de très bonne qualité, les processus se raccourcissent sensiblement, nos clients cherchent à saisir l’opportunité et dans ce cas, le timing se réduit sensiblement (mais pas le niveau de profondeur des analyses).

Les vendeurs se préparent de mieux en mieux et de plus en plus en amont du processus de cession. Dans une très large majorité d’opérations les vendeurs nous demandent de préparer un rapport de « VDD » (Vendor Due Diligence). Il s’agit d’un rapport indépendant par lequel le cabinet engage sa responsabilité vis-à-vis de l’investisseur final. Il permet de mieux anticiper les questions des acquéreurs potentiels et des banques, et de construire une argumentation positive mais réaliste.

De ce fait, la notion d’indépendance est donc de plus en plus importante et l’incompatibilité des missions dites d’audit légal (commissariat aux comptes) avec les métiers du conseil et notamment de la transaction est de plus en plus évidente.

Enfin, la reprise économique plus rapide en dehors de France nous conduit à intervenir de plus en plus sur des sociétés dont la composante internationale est importante. Nous constatons un élargissement géographique de nos missions.

 

Merci beaucoup pour ces réponses, à très bientôt !

 

Si vous avez des questions additionnelles concernant le métier d’Analyste en Transaction Services, n’hésitez pas à les poser en commentaires, nous les ferons passer et les ajouterons en edit de cet article.

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