Les enjeux des récentes « méga fusions-acquisitions » en France

 

 

« Parlez moi d’un deal qui a retenu votre attention ces derniers temps. » Pour éviter de sécher sur cette question classique en entretien, voici un résumé des transactions les plus importantes si vous n’avez pas suivi l’actualité française en M&A.                                                                                                                                              

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Le retour des grandes fusions-acquisitions en France

 

Malgré les nombreuses annonces médiatiques de fusions concernant des entreprises françaises, les derniers chiffres du premier semestre 2015 déçoivent et le flux de M&A est en recul en France de 25 % sur les six premiers mois 2015, à 70 milliards de dollars selon Dealogic.

Toutefois cette baisse du M&A est à relativiser compte tenu du niveau de transactions exceptionnel de 2014. Il semblait logique au vu des chiffres très élevés de l’année passée que la tendance s’essoufflerait à un moment ou à un autre. La France a représenté 19,75% des transactions européennes de M&A en 2014, le deuxième marché le plus dynamique derrière les Etats-Unis. Au niveau mondial, le premier semestre 2015 part sur d’excellentes bases avec une augmentation de 11,6% de la valeur des transactions effectuées par rapport au premier semestre 2014 (avec 1701,7 milliards de dollars, la valeur des transactions est la plus haute pour un trimestre depuis 2007 selon Mergermarket).

 

 

 

La France a représenté 19,75% des transactions européennes de M&A en 2014, le deuxième marché le plus dynamique derrière les Etats-Unis

 

 

Outre les montants records des récentes fusions et acquisitions en France, l’âpreté des tractations a donné lieu à de véritables feuilletons riches en enseignements. Par leur taille et leurs répercussions économiques et sociales, ces opérations très médiatisées et politisées donnent un aperçu passionnant des enjeux stratégiques de la banque d’affaires. Voici un résumé des principales fusions et rachats concernant des grandes entreprises françaises et quelques éléments pour pouvoir en parler en entretien.

 

Lafarge et Holcim : la fusion incontournable cette année

 

  • Une bataille de plus d’un an pour se mettre d’accord

Annoncée en avril 2014, la fusion entre le cimentier français Lafarge et le suisse Holcim devrait être finalisée en juillet 2015 au terme d’une guerre des nerfs épuisante entre les deux entreprises. Coups bas, bataille d’ego, incompréhensions culturelles, hésitation des actionnaires… mi-mars cette fusion était sur le point d’échouer. Elle va finalement donner naissance au numéro 1 mondial du ciment à l’issue d’une transaction évaluée à 39,5 milliards d’euros (source Mergermarket) et qui devrait dégager des synergies annuelles chiffrées à 1,4 milliard d’euros sur trois ans.

  • Pourquoi ce bras de fer ?

Les négociations ont achoppé sur plusieurs points :

  • La parité des titres

Une action Holcim pour une action Lafarge, c’était la parité initiale qui a évolué suite au mécontentement des actionnaires d’Holcim qui trouvaient les conditions d’échange inégales jugeant qu’Holcim était en meilleure santé financière que Lafarge. Une parité de 9 actions Holcim pour 10 actions Lafarge a finalement été retenue.

  • La gouvernance du groupe

Au départ promise au PDG français de Lafarge Bruno Lafont, cette nomination a été perçue comme un déséquilibre au profit de l’entreprise française et c’est finalement un manager plus international qui a été retenu, le franco-américain Eric Olsen (le directeur adjoint de Lafarge).

  • Le frein des autorités de la concurrence

Devant le gigantisme de LafargeHolcim, les autorités de la concurrence américaines et européennes ont exigé la cession d’une série d’actifs du futur groupe à l’irlandais CRH pour 6,5 milliards d’euros, ce qui a retardé encore davantage la fusion.

LafargeHolcim devient le numéro 1 mondial du ciment et des granulats avec un chiffre d’affaires supérieur à 35 milliards d’euros et plus de 130 000 salariés dans le monde.


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Le rachat de SFR par Numéricable : la guerre des télécoms est déclarée

  • La bataille entre Bouygues et Numéricable

C’est avant tout un duel sans merci entre Bouygues et Numéricable pour s’offrir SFR qui a eu lieu. Les négociations sont devenues très médiatisées du fait de la prise de position du Ministre de l’économie de l’époque Arnaud Montebourg en faveur de Bouygues, une entreprise française, contre Numéricable qui appartient à la holding luxembourgeoise Altice. Finalement, c’est l’offre du patron de Numéricable Patrick Drahi qui a convaincu Vivendi -la maison-mère de SFR- pour 17,5 milliards d’euros, espérant dégager des synergies de l’ordre de 1,1 milliards d’euros par an à l’horizon 2017.

  • Un financement risqué

Patrick Drahi a fortement valorisé SFR et a proposé 13,5 milliards d’euros financé en cash complétés par des actions Numéricable représentant 20% de son capital pour atteindre 17,5 milliards d’euros. La contrepartie de ce montage financier risqué est la quantité colossale des intérêts sur la dette que devra payer Numéricable qui pourraient s’élever à 600 millions d’euros par an.

  • Des répercussions importantes dans le secteur des télécoms

Cette manœuvre a fait bouger les lignes parmi les opérateurs télécoms et la tentative avortée de rachat de Bouygues Télécom par Altice (la maison-mère de SFR-Numéricable) en Juin 2015 souligne le mouvement de consolidation du secteur qui semble inéluctable selon certains experts. Plus largement, cette fusion a relancé la vague des fusions-acquisitions dans les télécoms européens. Une hausse d’activité confirmée par la vente de l’espagnol Telefonica de sa filiale britannique O2, pour 13,96 milliards d’euros, au groupe de Hong Kong, Hutchison Whampoa en mars 2015. On peut également citer l’offre d’achat d’Orange sur l’espagnol Jazztel pour 3,4 milliards d’euros ou encore celle d’Altice sur Portugal Telecom pour 7,4 milliards d’euros toutes les deux annoncées en décembre 2014.

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La fusion d’Alcatel-Lucent et de Nokia : une nouvelle fusion pour Alcatel-Lucent

 

  • Les sept vies de Nokia

Nokia, numéro 1 du mobile jusqu’en 2012, a loupé la révolution des smartphones et a dû affronter d’énormes difficultés suite à la désintégration de cette activité finalement revendue à Microsoft. Mais la firme finlandaise qui a commencé dans la papeterie s’est redressée et a retrouvé sa profitabilité pour devenir un équipementier téléphonique. Ce virage stratégique l’a naturellement appelé à s’intéresser à l’entreprise franco-américaine Alcatel-Lucent, un des leaders des équipements de télécommunications et du cloud-computing. Les deux parties se sont entendues en avril 2015 et Nokia a racheté Alcatel-Lucent pour 15,6 milliards d’euros.

  • L’inquiétude d’un nouveau plan social

C’est la deuxième fusion pour les salariés d’Alcatel après un mariage difficile avec l’américain Lucent en 2006 suivi d’un énorme plan social et la perte de 15% de ses effectifs dans le monde. Le gouvernement français a exigé des garanties sur l’emploi suite à la crainte de la délocalisation d’une partie des activités en Finlande et un plan social pour les 6000 salariés français d’Alcatel-Lucent. Nokia a rassuré le gouvernement assurant que le centre névralgique de la R&D du groupe resterait en France. Certains observateurs se félicitent même de la création de ce champion européen, sorte « d’Airbus des télécoms », capable de rivaliser avec le leader américain du secteur Cisco.

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