Souvent décrit comme un métier d’urgentiste, là pour sauver les entreprises en difficulté, le milieu du restructuring bat son plein en temps de crise. Pourtant associé à la culture du rebond, le restructuring, qui désigne les opérations nécessaires à la réorganisation d’une entreprise en difficulté selon de nouveaux principes, se heurte aux barrières psychologiques et aux biais cognitifs qui se forment à l’évocation des difficultés. De moins en moins stigmatisé et tabou, ce marché offre de nombreuses opportunités autant pour les professionnels actuels que pour les futurs professionnels du secteur.

Alors, qu’est-ce que le restructuring et quels en sont les différents types ? Quelles sont les différentes étapes d’un processus de restructuring ? Qui sont les acteurs du secteur ? Comment faire carrière en restructuring ?

 

Restructuring : de quoi parle-t-on ?

Généralement, le restructuring, retournement d’entreprise ou restructuration, est un secteur dans lequel les entreprises peuvent être en situation de sous-performance d’exploitation, de difficultés financières ou de crise de trésorerie, mais pas seulement. En effet, le restructuring est un terme polysémique qui désigne une opération de gestion, généralement décidée par le dirigeant d’une entreprise, et consistant à la réorganiser en vue d’atteindre une nouvelle configuration pour remédier à sa situation. Dans l’imaginaire collectif, il consiste à la mise en œuvre d’opérations permettant d’assurer la rentabilité d’une entreprise et est souvent associé aux licenciements ou à la fermeture d’usines. Cependant, ce n’est pas toujours le cas. En effet, il existe différents types de restructuring ; et ils peuvent avoir lieu préventivement, sans systématiquement générer de licenciements. Comme le souligne Clotilde Delemazure, Associée et directrice nationale prévention et restructuration chez Grant Thornton, « le restructuring touche des entreprises qui se portaient bien et qui se retrouvent en situation de risque le lendemain : la crise de la COVID-19 en est l’exemple. Cependant, le restructuring ne signifie pas que l’entreprise va déposer le bilan, cela serait une vision réductrice. ».

Le restructuring est un terme qui englobe tous les professionnels travaillant dans l’assistance aux entreprises et aux organisations en difficulté (cabinet d’audit, de stratégie, de conseil, d’avocats, banques d’affaires, etc.). Sur ce marché, trois principales catégories d’acteurs sont à noter : débiteurs (l’entreprise par exemple), créanciers (qui peuvent correspondre aux banques) et actionnaires (de l’entreprise en question). La particularité de ce secteur est qu’il requiert une certaine technicité financière mais aussi juridique. De fait, Matthieu Carlier, Partner M&A restructuring chez EY, énumère 3 types d’interventions dans l’accompagnement des entreprises en difficulté proposées par le cabinet d’audit : sans procédures judiciaires (40% des dossiers), dans le cadre d’une procédure amiable donc d’un mandat ad hoc ou d’une conciliation (40% des dossiers) et dans le cadre de procédures collectives de sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire (20% des dossiers). D’où l’utilité d’avoir des connaissances financières et juridiques pour connaître les spécificités de telles procédures.

 

Le restructuring, pas seulement une affaire financière

Il existe différents types de restructurations : financières, opérationnelles, sociales et stratégiques. Complémentaire aux métiers du restructuring, le distressed M&A peut être intégré à ce groupe.

 

  • Le restructuring financier

Le restructuring financier consiste à effectuer des revues financières d’une entreprise en difficulté ou en situation de sous-performance dans son secteur d’activité. En fonction des demandes, les professionnels du restructuring peuvent travailler pour l’entreprise en difficulté, les créanciers, les salariés, les actionnaires, le repreneur d’une entreprise en difficulté ou même l’Etat ; les enjeux sont donc différents. Les principaux signes de dégradation financière sont : une trésorerie négative, un besoin en fonds de roulement (BFR) trop élevé, des capitaux propres négatifs, un ratio d’endettement trop élevé (endettement/capitaux propres élevés) ou un niveau de marge insuffisant (résultat/chiffre d’affaires) par rapport aux autres entreprises du secteur. Lors de la restructuration financière, un diagnostic et une analyse de la situation financière seront effectués pour déterminer l’horizon de trésorerie dont l’entreprise dispose et donc le temps qu’il lui reste pour mettre en œuvre sa stratégie de sortie de crise.

 

  • Le restructuring stratégique

Logo DanoneLors d’une restructuration stratégique, les cabinets de stratégie construisent les plans de retournement et analysent le positionnement de l’entreprise sur le marché. Ce type de restructuration s’inscrit sur le long terme et peut intervenir lorsque l’entreprise veut effectuer un repositionnement stratégique ou tactique. Ce fut notamment le cas de Danone, fondée en 1929, lorsqu’elle a décidé de se séparer d’actifs jugés non stratégiques. De fait, en 1996, le groupe a cédé Carambar à Cadbury ; et en 1999, il s’est séparé des filières emballage et bière en vendant les Brasseries Kronenbourg et d’Alken-Maes au groupe Scottish & Newcastle. Ces cessions avaient pour objectif de repositionner Danone sur trois métiers : l’eau, les produits laitiers et les biscuits. Cette réorientation stratégique lui a permis de monter en gamme et de proposer des produits à plus fortes marges au sein d’un même métier. Au milieu des années 2000, le pôle biscuit a lui aussi été cédé afin de permettre à Danone d’être mieux aligné avec son évolution vers la santé et les « alicaments ».

 

  • Le restructuring opérationnel / social

Logo OllyGanLe restructuring opérationnel consiste en la mise en œuvre du plan de restructuring préalablement construit. Les professionnels du restructuring comme certains cabinets de stratégie peuvent mettre à disposition des entreprises en difficulté des dirigeants et managers de transition qui vont conduire le changement, négocier avec les parties prenantes et mettre en place de nouveaux processus. Le restructuring opérationnel peut être associé au restructuring social avec la mise en œuvre des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) et parfois des licenciements. Par exemple, en février 2020, une restructuration a été mise en œuvre pour la marque de prêt-à-porter pour hommes OllyGan, fermant 21 magasins et mettant en place un PSE pour 64 postes.

 

  • Le distressed M&A

Logo Saint-GobainSelon Matthieu Carlier, Partner M&A restructuring chez EY, le distressed M&A – qui correspond aux transactions de fusions-acquisitions portant sur des entreprises en difficulté – « n’est pas une branche du restructuring, mais est complémentaire aux métiers du restructuring. Ce métier consiste en la cession d’entreprises en difficultés ou en l’accompagnement de grands groupes qui se désengagent d’activités qui, même si elles génèrent des bénéfices, ne constituent pas leur cœur de métier et sont parfois moins compétitives ». Par exemple, Saint-Gobain a cédé Lapeyre au fonds allemand Mutares au premier trimestre 2021 car, selon Le Monde, “Lapeyre n’a cessé d’accuser des pertes, qui atteignaient 34 millions d’euros pour 641 millions de chiffre d’affaires en 2019. De plus, cette vente s’inscrit dans la stratégie de Pierre-André de Chalendar (PDG de Saint-Gobain) : se recentrer sur la vente aux professionnels du bâtiment, alors que Lapeyre s’adressait au grand public ; et ne conserver que les activités rentables”. Dans ce cas, Saint-Gobain a cédé Lapeyre en mauvaise situation financière mais aussi pour se recentrer sur son cœur de métier.

 

LA4Lire aussi : Le capital-retournement, un nouvel acteur dans le paysage économique français

 

Concrètement, quelles sont les différentes étapes d’un processus de restructuring ?

Il existe différents profils de parties prenantes (créanciers, débiteurs, actionnaires et investisseurs) et diverses situations initiales : un dirigeant peut consulter directement des professionnels du restructuring car il est confronté à une situation à laquelle il ne voit pas d’issue ; l’entreprise en difficulté peut être repérée et démarchée à la suite d’une veille de marché ; les professionnels du restructuring peuvent aussi accompagner les actionnaires ou rechercher un investisseur dans la reprise d’une entreprise en difficulté.

 

Selon Olivier MARION, deals leader chez PWC, associé en Transactions services, les différentes étapes dans la restructuration d’une entreprise se déroulent ainsi :

1. Le diagnostic

La première étape dans la restructuration d’une entreprise consiste à déterminer comment l’entreprise s’est retrouvée dans de telles difficultés dans le but de réaliser un diagnostic faisant état de la complexité de la situation actuelle.

 

2. Revue critique du plan de retournement et des prévisions

Ensuite, il faut comprendre quelles sont les perspectives de l’entreprise et combien elle va pouvoir générer de résultat et de trésorerie pour rembourser ses dettes à l’avenir. Il faut revoir ses prévisions en tenant compte des perspectives de marché. Dans ce cadre, il y a deux dimensions : stratégiques et commerciales au regard des prévisions qui ont été effectuées. Ensuite, une revue du plan de retournement est prévue avec en parallèle la mise en place d’actions pour relancer l’entreprise (réduire la structure de coûts, demande de délais de paiement supplémentaires aux créanciers, abandon d’une partie de la dette, nouveau financement, plan de licenciement, définir le marché le plus propice pour se relancer, etc.). Il s’agit ensuite de tenir compte de ce business plan, de jauger de son caractère réaliste et atteignable et de ce que ce plan implique en termes de besoin de financement. Cette étape fait converger toutes les dimensions de l’entreprise : communicationnelles, opérationnelles, fiscales, juridiques, etc. Ainsi, le plan de retournement consiste à répondre à la question : à l’avenir, qu’est-ce que l’entreprise peut générer en termes de rentabilité et consacrer au remboursement de sa dette ?

 

3. La définition du niveau de dette soutenable

Enfin, l’entreprise définit son niveau de dette soutenable (sustainable debt) en essayant de trouver une solution pour sa dette en cours et les besoins générés par le business plan en fonction du caractère urgent et de la somme de l’investissement envisagé. D’un point de vue financier, la restructuration financière consistera à trouver une solution autour d’un effort partagé (actionnaires qui participent, demander un effort aux créanciers). En somme, il s’agit de définir le niveau de dette soutenable issu du business plan préalablement construit et d’acter la restructuration financière.

 

Quels sont les acteurs du restructuring ?

Les acteurs du restructuring financier

  • Les banques d’affaires

Les banques d’affaires peuvent agir en tant qu’intermédiaires qui accompagnent les entreprises. Par exemple, Lazard possède une équipe spécialisée « restructuring & debt advisory ». Elle intervient pour le compte des entreprises, des banques ou des repreneurs. Rothschild & Cie intervient pour le compte d’emprunteurs ou de créanciers. Messier Maris intervient particulièrement dans le cadre des financements LBO ou des dossiers corporate et travaille en collaboration avec son département fusion-acquisition. PJT Partners et Houlihan Lokey sont aussi des acteurs majeurs du secteur. Selon un banquier, analyste en fusions-acquisitions chez PJT Partners à Londres, le restructuring pratiqué en banque d’investissement est à peu près similaire à celui pratiqué en Big 4 où ils sont souvent concurrents sur les mandats. La différence réside surtout dans les prix des services fournis qui sont moins élevés dans les Big 4. Aussi, les compétences comptables sont plus recherchées par les recruteurs en Big 4 qu’en banque d’investissement.

 

  • Les fonds de retournement

Logo PercevaLes fonds de retournement, aussi appelés fonds de capital retournement, investissent dans des entreprises en difficulté (dettes importantes, problèmes internes) dans l’objectif de « retourner » la situation en restructurant les activités de la cible, en apportant des moyens financiers et humains. Selon une étude réalisée en octobre 2020 par Businesscoot sur le marché des fonds de retournement en France, contrairement aux cabinets d’audit qui interviennent seulement en tant que conseillers, les fonds investissent directement dans les entreprises en difficulté ; c’est notamment le cas des fonds de Private Equity, comme Bridgepoint par exemple. Parmi les plus importants en France, on peut citer Impala, Butler, Perceva, et Arcole Industries. Ces fonds sont intervenus dans des reprises telles que celles de Doux ou Sephora.

 

  • Les banques judiciaires

Logo Thémis BanqueIl existe des banques judiciaires spécialisées dans le financement des entreprises en difficulté. Par exemple, Thémis Banque est une banque totalement dédiée aux entreprises en difficulté depuis 2002 et rodée aux procédures de prévention et collectives. Son objectif est d’aider les dirigeants d’entreprises à mettre en place rapidement des financements adaptés à ses difficultés pour assurer sa trésorerie et préparer le rebond d’activité. On peut aussi citer la banque judiciaire Delubac qui accompagne les entreprises en retournement ou en difficulté. Ici, la banque judiciaire est un de ses métiers parmi d’autres (banque privée, banque des entreprises…).

 

  • Les représentants des affaires spéciales en banque traditionnelle

Les représentants des affaires spéciales en banque sont chargés de défendre les créanciers et d’échanger avec les entreprises pour trouver des solutions. Alain Magnan, directeur des affaires spéciales chez HSBC, souligne que la banque a mis en place une gouvernance des risques unifiés au sein des différentes filiales des banques et a développé les affaires spéciales de manière naturelle au vu des difficultés rencontrées par les entreprises : « Le rôle de la banque est de porter un regard prospectif sur les signes avant-coureur des difficultés des entreprises pour anticiper la détérioration de leur qualité de crédit et pour mettre les entreprises en garde de la réaction des banques, dans le cas où elles ne voudraient pas accorder de financement supplémentaire. ».

 

  • Directeur Administratif et Financier (DAF) de transition

Astrup-Tellechea logoGéraldine Astrup, avocate associée chez Astrup-Tellechea et Présidente de l’Association des Jeunes professionnels du Restructuring, remarque le développement du métier de Directeur Administratif et Financier (DAF) de transition, qui « permet au directeur financier déjà présent dans l’entreprise d’y rester et l’accompagne, ce qui contribue à une perception plus positive de la part du marché grâce au maintien de ce dernier en poste. En effet, il fournira une expertise dans la gestion des difficultés et permettra au directeur financier en place, face à une équipe parfois dépassée, d’être accompagné. Enfin, pour le PDG, la présence d’un DAF de transition permettra de donner de la force et de la crédibilité à son discours. ».

 

  • Les Hedge funds

En amont de la restructuration d’une entreprise, on retrouve les Hedge funds qui sont des fonds d’investissement risqués à but spéculatif, peu ou pas réglementés et dont l’objectif est une performance maximale pour leurs investisseurs. Ils peuvent avoir recours aux produits dérivés (options par exemple), et utilisent l’effet de levier ainsi que le trading haute fréquence et algorithmique. Une de leurs stratégies possibles est la stratégie « distressed », c’est-à-dire de prendre des positions longues (achat avec une forte décote d’actifs) dans des entités en situation de détresse financière. Par exemple, selon Les Echos, Apollo (fond de capital investissement), a investi dans la dette du groupe Hertz qui a fait faillite aux Etats-Unis. Endetté à hauteur de 17,4 milliards d’euros, Hertz a déposé le bilan en mai 2020 en partie à cause de la crise de la COVID-19 qui a entrainé une chute des locations et a supprimé 10 000 emplois début 2020. Apollo a acquis une position importante dans des contrats d’assurance (credit default swaps), sur la dette d’entreprise du groupe. Ces contrats offrent aux titulaires une protection contre les défaillances lorsque les entreprises rencontrent des difficultés financières. Ainsi, Apollo espère gagner de l’argent sur la restructuration de la dette.

Selon Le Café de la Bourse, les cinq Hedge Funds les plus importants dans le monde par actifs sous gestion sont Bridgewater (100 milliards de dollars d’actifs sous gestion au 30 juin 2020), Renaissance (70 milliards de dollars d’actifs sous gestion au 30 juin 2020), Man Group (62 milliards de dollars d’actifs sous gestion au 30 juin 2020), Millenium Management (45 milliards de dollars d’actifs sous gestion au 30 septembre 2020) et Elliott Management (41 milliards de dollars d’actifs sous gestion au 31 juillet 2020).

 

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Le conseil en restructuring

  • Cabinets de conseil en stratégie

McKinsey a créé en 2010 son entité dédiée au retournement : McKinsey Recovery & Transformation Services (RTS). Le cabinet de stratégie compte sur son réseau de professionnels expérimentés et d’experts sectoriels et fonctionnels au niveau mondial pour s’adapter à chaque situation de restructuration et à chaque pays (par exemple, les lois locales régissant l’insolvabilité ne sont pas les mêmes en fonctions des zones géographiques) et aux spécificités de chaque secteur. McKinsey RTS propose du conseil stratégique et opérationnel jusqu’à la mise à disposition de dirigeants et de managers en période de crise pour l’entreprise en difficulté.

Boston Consulting Group (BCG) a créé une entité spéciale de transformation, de redressement et de restructuration : BCG Turn. Les services de restructuration proposés couvrent tous les aspects d’une crise de liquidité et sont destinés aux entreprises en difficulté ou indirectement touchées par les difficultés : prévision de trésorerie, élaboration du plan de redressement et mise à disposition de dirigeants de restructuration ou de transformation (Chief restructuring officer ou chief transformation officer) entre autres. BCG est par exemple intervenu dans la restructuration de Ford (2018-2019) et a piloté le plan de restructuration de KLM Royal Dutch Airlines en 2020, branche néerlandaise d’Air France-KLM et techniquement en faillite à la suite de la crise sanitaire de la COVID-19.

Roland Berger a aussi une branche « restructuring, performance, transformation & transaction » mais à la différence de McKinsey, le cabinet ne privilégie pas le management d’intérim et préfère une approche hybride avec la constitution d’un binôme consultant et manager.

 

  • Les cabinets de conseil et d’audit

AlixPartners, fondé en 1981, est l’un des premiers cabinets de conseil américain en restructuration. Il intervient sur le restructuring financier, organisationnel, stratégique, social ou lors de reprises aussi bien en phase amiable que judiciaire. Le cabinet a développé six branches d’activités : Turnaround & Restructuring Services ; Turnaround & Restructuring Consulting ; Interim Management and Chief Restructuring Officer Services ; Creditor Advisory Services ; Bankruptcy, Insolvency & Case Management ; et Financial Assessment. AlixPartners est notamment intervenu dans le cadre des restructurations de Toys’R’Us, Whirlpool ou NXO (entreprise de services du numérique).

 

Alvarez & Marsal est un autre cabinet de conseil leader en transformation d’entreprises et en restructuration. Il dispose d’équipes dédiées au restructuring opérationnel et développe aujourd’hui la restructuration financière. Selon Mayday, le cabinet est impliqué dans d’importants dossiers amiables ou judiciaires tels qu’Ymagis (société française spécialisée dans la fourniture de services et de technologies numériques pour l’industrie du cinéma) ou dans la reprise de Courtepaille par Buffalo Grill.

 

Eight Advisory Logo

 

Dans les cabinets de conseil leaders en matière de restructuring, on peut aussi citer Eight advisory qui a construit sa réputation en offrant du conseil en transactions et du conseil en restructuring. Le cabinet aide les entreprises en difficulté à construire et revoir leur business plan et leur plan de financement. Il les assiste également dans la construction du plan de restructuration en contexte amiable ou judiciaire. Le cabinet propose aussi des études d’opportunités d’acquisitions de cibles en difficulté, d’assister les entreprises à la levée et au suivi de nouveaux financements, dans la réorganisation des activités (cession, filialisation, cessation d’activité), dans la gestion de crise, de la comptabilité et de la trésorerie à court terme. Aujourd’hui, Eight advisory cherche à développer le conseil en transformation, c’est pourquoi le cabinet souhaite effectuer 30 recrutements dans ce domaine en 2021.

 

EY, PwC, Deloitte, KPMG, Grant Thornton, Mazars ont des services spécialisés avec des professionnels du restructuring, offrant différents services de restructuration : de l’élaboration de diagnostics stratégiques, opérationnels et financiers à l’identification des mesures de restructuration et l’assistance à leur mise en place. En complément, ils proposent de préparer le business plan de l’entreprise et les prévisions de trésorerie avec une assistance dans le cadre de refinancements, de montages financiers complexes et une optimisation des différents scénarios de sortie de crise. Les cabinets d’audit accompagnent aussi l’entreprise dans la cession ou le rachat d’une activité en difficulté et enfin dans la prévention des difficultés dans le cadre d’un redressement et liquidation judiciaire.

 

LA4Lire aussi : Le marché du Restructuring vu par Olivier Marion, Associé chez PwC

 

Les associations spécialisées dans le restructuring

  • L’ARE (Association pour le Retournement des Entreprises)

Constituée en 2002, l’ARE (Association pour le Retournement des Entreprises) a pour vocation de regrouper l’ensemble des professionnels du retournement, de refinancement ou de restructuration. Aujourd’hui, l’Association compte 250 membres, professionnels reconnus du redressement des entreprises en difficulté, et est présidée par Virginie Verfaillie Tanguy. La mission et l’objectif de ces professionnels est de promouvoir l’excellence, préserver les entreprises et l’emploi et favoriser l’investissement.

L’ARE récompense chaque année le meilleur retournement d’entreprise avec le Prix Ulysse. En 2021, la cérémonie en ligne, placée sous le haut patronage d’Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux et Ministre de la Justice, a récompensé Vertbaudet. Entreprise française de la vente spécialisée dans le monde de l’enfant, elle avait affronté une forte crise en 2010 corrélée avec une conjoncture défavorable, une hausse du coût des achats de 20% causée par la hausse du dollar et une baisse de la fréquentation des centres commerciaux après les attentats de 2015. En 2016, une procédure de conciliation avait été ouverte pour permettre à Vertbaudet de trouver les financements nécessaires à sa transformation. En effet, ses difficultés entrainaient une forte consommation de trésorerie : l’exercice 2016 se clôture avec un endettement de 61 millions d’euros et un EBITDA négatif. En 2019, l’entreprise est présente dans huit pays en Europe, exploite 77 magasins exclusifs en France et génère un chiffre d’affaires de 325 millions d’euros.

 

  • Prévention et Retournement

Créée en 2004 à Lyon, Prévention et Retournement est une association fédérant 150 professionnels des régions Auvergne Rhône-Alpes et Côte d’Azur. Elle est présidée par Bernard Valla qui a commencé sa carrière en tant qu’administrateur judiciaire à Lyon et a ensuite basculé dans le conseil en intégrant divers cabinets dont Mazars, PwC et KPMG, pour lequel il est directeur spécialisé en restructuring à Lyon. Prévention et Retournement est une association qui permet à ses adhérents d’échanger sur les pratiques du restructuring et sur les diverses problématiques rencontrées sur le terrain. Le fait que les membres soient répartis entre Marseille et Lyon apporte un ancrage régional et la possibilité d’appréhender le restructuring d’une manière différente qu’à Paris. L’association Prévention et Retournement est aussi membre de la Commission Finance, dans ce cadre elle est chargée d’aider les chefs d’entreprises à se renseigner sur les diverses possibilités de financements substituables aux Prêts Garantis par l’Etat et de réfléchir aux modalités de leur remboursement.

 

  • L’AJR (Association des Jeunes professionnels du Restructuring)

Créée en 2015 et aujourd’hui présidée par Géraldine Astrup, l’AJR est une association regroupant des professionnels entre 25 et 40 ans, exerçant un métier en lien avec le droit des entreprises en difficulté. En interne, l’association favorise le partage et l’échange entre ses membres en organisant des conférences fermées et des retours d’expérience sur des dossiers importants en faisant intervenir les praticiens. En externe, à chaque réforme, l’association crée des commissions de travail et fournit son rapport au Ministère de la Justice pour aider à l’élaboration des nouvelles lois. En parallèle, elle organise des évènements ouverts en lien avec les difficultés d’entreprises.

 

  • WiR (Women in Restructuring)

A la fois think tank féminin et lieu d’échanges, WiR (Women in Restructuring) a pour objectif de rassembler les professionnelles du restructuring et de créer un espace de partage autour des bonnes pratiques en France et à l’international. Mylène Boché-Robinet est la cofondatrice et Présidente actuelle.

 

Qualités et compétences à avoir : comment faire carrière en restructuring ?

  • Une pluridisciplinarité marquée

Comme le souligne Clotilde Delemazure, associée et directrice nationale prévention et restructuration chez Grant Thornton : « les professionnels du chiffre sont attendus comme “le Messie” car leur apport constitue l’élément pivot des négociations ». C’est pourquoi les professionnels du restructuring doivent avant tout avoir de bonnes connaissances comptables et financières (modélisation financière) pour commencer par analyser la liquidité de l’entreprise. A un niveau junior, en plus de la rigueur, du sens de l’organisation et de la maîtrise d’Excel, il est demandé d’avoir une facilité à comprendre les documents légaux et les différentes procédures possibles liées au droit des entreprises en difficulté. Ensuite, il faut savoir comprendre les enjeux liés au marketing, à la fiscalité, au contrôle de gestion car le restructuring s’opère dans un environnement vaste qui peut avoir des conséquences sur tous les services.

 

  • Des soft skills essentiels

Au-delà des compétences techniques, plusieurs soft skills sont appréciés. Virginie Verfaillie Tanguy, avocate associée chez Valoren et présidente de l’ARE met en avant quatre soft skills clés : « L’enthousiasme, la maitrise de soi, la capacité d’adaptation aux différentes situations et savoir prendre de la hauteur. ». Plusieurs professionnels du restructuring ont aussi souligné la curiosité comme qualité essentielle, dont Alain Magnan, directeur des affaires spéciales chez HSBC : « un étudiant qui veut se lancer dans le secteur du restructuring doit être d’une grande agilité intellectuelle et savoir s’informer car chaque situation intervient sur des marchés différents. Je conseille notamment de s’abonner et de lire des revues comme Challenges ou Les Echos pour enrichir sa culture et ses réflexes. Il ne faut pas être omniscient mais omni curieux ». Être créatif, avoir l’esprit entrepreneurial, vif, critique, savoir travailler en équipe et être force de proposition sont aussi des compétences appréciées. Comme le souligne Mylène Boché-Robinet, avocate et co-fondatrice du cabinet Boché Dobelle : « Le restructuring est un milieu difficile dans lequel il faut embrasser les conflits, il y a beaucoup de négociations voire de contentieux judiciaires donc des rapports de force, il faut être capable de vivre avec ces enjeux et sortir de sa zone de confort. Il faut être force de caractère et savoir supporter la pression et le stress (licenciements, dirigeants qui ont besoin d’un soutien au-delà d’une assistance juridique), tout en gardant le cap et ses valeurs. ». En somme, Véronique Pernin, fondatrice associée de VP STRAT et spécialiste en communication de crise, résume les qualités à avoir en 3 C : cerveau (pour analyser sans biais de perception), courage (pour dire les choses difficiles), cœur (savoir comprendre et écouter).

 

 

Ainsi, le marché du restructuring est en pleine évolution et il convient de se méfier des représentations biaisées et parfois fausses qu’on peut se faire à propos de ces métiers. C’est pourquoi, il ne faut pas hésiter à prendre contact avec les professionnels du secteur pour se rendre compte de la réalité du terrain. En effet, il n’y a pas vraiment de « profil type » et les portes d’entrées sont multiples en restructuring. Les divers professionnels interviewés ont surtout des points communs dans leurs compétences et qualités (appétence pour les chiffres et l’univers juridique, curiosité, capacité d’adaptation, force de caractère). En tant qu’étudiant et dans le cadre d’une recherche de stage ou d’un premier emploi, il faut garder en tête de se concentrer sur le développement de ces compétences et qualités. Avec la crise de la COVID-19, on peut imaginer qu’il y aura une plus grande ouverture sur les métiers du restructuring, notamment depuis la réception du rapport de la mission « justice économique » par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance et Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, ministre de la Justice. Grâce à celui-ci, les entreprises devraient pouvoir identifier plus en amont leurs difficultés grâce aux recommandations portées.

 

Ludivine Charenton, étudiante à l’EDHEC Business School et contributrice du blog AlumnEye