Tout savoir sur les ETFs grâce à Alexandre Roubaud, responsable du marché secondaire et optionnel des ETFs iShares chez Blackrock

Avec près de 10 ans d’expérience sur le marché des ETFs (Exchange Traded Funds) dans des institutions de renommée internationale telles que BNP Paribas, Crédit Suisse et BlackRock, Alexandre Roubaud a développé une expertise complète sur ce produit. Actuellement en poste chez Blackrock, leader du marché mondial des ETFs, il nous dévoile dans cette interview son parcours, les subtilités de ces produits – définition, construction, intérêt – ainsi que les perspectives d’emploi dans ce secteur.

 

Bonjour Alexandre, merci d’avoir accepté de répondre à̀ nos questions.

 

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

 

Après avoir été diplômé du bachelor de l’EDHEC, et un premier stage en salle des marchés chez CACIB (Crédit Agricole CIB), j’ai voulu continuer mes études en validant le Msc Financial Markets & Investment à SKEMA. A la fin de ce dernier, je suis entré en Graduate chez un Market Maker d’ETFs pour ensuite rejoindre l’équipe de structuration indicielle de BNP Paribas. Après un an à la BNP, j’ai eu l’opportunité d’intégrer l’équipe ETF Global Markets de Crédit Suisse. L’émetteur ETF de Crédit Suisse s’étant fait racheter par BlackRock en 2013, j’ai intégré l’équipe Global Markets EMEA de BlackRock dans laquelle je suis actuellement responsable du marché secondaire et optionnel.

 

Qu’est-ce qu’un ETF ?

 

Pour expliquer un ETF simplement, partons d’un indice que tout le monde connaît : le CAC 40. Celui-ci est composé de 40 actions. Si une personne souhaite investir dans le CAC 40, elle peut soit acheter les 40 actions de cet indice selon une certaine pondération prédéfinie par la méthodologie de l’indice, soit acheter une part d’un ETF qui va répliquer exactement la performance du CAC 40. Ainsi, un ETF est un moyen facile d’accéder à la performance d’un indice sans avoir à gérer un panier d’actions comme le ferait un gérant de portefeuille.

 

Comment se construit un ETF ? Blackrock utilise-t-il une méthode en particulier ?

 

Il y a deux méthodologies principales pour construire un ETF : physique ou synthétique. La méthode physique consiste simplement à répliquer un indice en achetant directement les sous-jacents. C’est la méthode la plus utilisée, notamment aux USA. La méthode synthétique quant à elle consiste à recevoir la performance d’un indice via un swap conclu avec une banque d’investissement.

Les institutions américaines comme Blackrock utilisent historiquement la méthode physique.

Les émetteurs français ont quant à eux historiquement plutôt tendance à utiliser la méthode synthétique, car l’émetteur d’ETFs est souvent une entité appartenant à̀ une banque d’investissement.

De manière générique, il n’y a pas de méthodologie à privilégier. Chacune a ses avantages et inconvénients et c’est vraiment du cas par cas en fonction du type de sous-jacent, de la domiciliation de l’ETF etc…

LA4Lire aussi : Le métier de Sales : tips et décryptage, une interview AlumnEye

 

A qui s’adresse ce type de produit ? Quelle est la tendance des ventes en Europe ?

 

Du fait de la diversité des produits proposés, les ETFs s’adressent à tout le monde. Vous trouverez du thématique, facteurs, crédits, matières premières, fx hedge, duration hedge etc… bref tout pour construire et optimiser un portefeuille. Notre clientèle est donc très diversifiée, Asset Managers, Assurances, Fonds structurés, banques centrales etc… c’est en partie ce qui rend notre business si intéressant.

Maintenant la grosse différence avec les US, c’est le marché retail. On peut y voir là-bas ~50% de l’activité venant de ce segment. En Europe la pénétration est pour le moment négligeable. Comment expliquer une telle différence ? Avant toute chose la culture financière y est bien mieux implémentée aux USA. Mais aussi les banques de réseaux en Europe auront tendance à limiter l’accès aux ETFs à leurs clients et privilégieront avant toute chose leurs fonds mutuels. Essayez donc d’acheter des ETFs via une assurance vie…très peu de contrats offrent cette possibilité…mais les choses évoluent dans le bon sens.

 

    TÉLÉCHARGE LE GUIDE DE LA FINANCE GRATUITEMENT

Rédigé par des pro, ce guide décrit les métiers de la finance et t'aidera à y voir + clair dans ton orientation !

 

Travailler avec des ETFs requiert une certaine technicité. Selon toi, quelles sont les qualités recherchées à l’embauche d’un candidat ?

 

Concernant les juniors, il est toujours appréciable qu’ils aient une expertise en codage. A mon époque c’était VBA, maintenant la tendance se tourne plutôt vers Python ou SQL.

Étant dans une institution américaine, on ne s’intéresse pas réellement aux connaissances techniques en premier lieu. D’ailleurs, il est fréquent que les Graduates chez BlackRocks soient issus d’un master en philosophie ou en histoire de l’art par exemple. On recherche avant tout la flexibilité i.e. que le candidat n’ait pas une approche trop académique des sujets afin qu’il soit capable de se remettre en question.

On attend également que le candidat ait un esprit créatif et soit capable d’être innovant dans son approche. C’est d’ailleurs une question que l’on pose souvent à nos juniors : quel genre d’ETF tu créerais ? L’objectif est que le candidat soit capable de développer une idée novatrice.

 

En quoi consiste ton poste au quotidien ?

 

Je travaille au sein de l’équipe « Global Markets » qui est en charge des interactions entre l’émetteur et le marché. Son but premier de l’équipe est d’assurer la liquidité des ETFs. Chez Blackrock l’équipe est scindée en 2 divisions : le marché primaire, qui assure le bon fonctionnement du processus de création et rédemption des ETFs et le marché secondaire. Je suis en charge de cette seconde équipe dont l’objectif est de stimuler la croissance et l’efficience de l’activité de trading sur nos produits.

Cela se fait par plusieurs axes :

1) Gérer et développer un réseau de market makers et brokers faisant des prix sur nos produits,

2) Travailler avec les bourses et régulateurs pour améliorer l’écosystème européen,

3) Travailler sur des projets annexes ayant un impact direct sur la liquidité de nos produits comme le business optionnel ou de prêt emprunt,

4) Accompagner nos clients lors de leurs exécutions,

5) Un aspect de plus en plus important dans notre industrie, travailler en continue avec nos équipes « tech » pour créer ou améliorer divers outils informatiques nous fournissant un avantage compétitif.

Donc du fait de la diversité des tâches, je n’ai pas vraiment de day to day.

 

Comment s’est porté le marché des ETFs en 2018 ? Quelles seront les prochaines innovations selon toi ? 

 

Ce qu’il faut revenir de 2018 pour le marché ETF, c’est l’implémentation de MiFID II, une directive concernant les marchés d’instruments financiers ayant eu un impact multiple sur notre business.

Le marché des ETFs en Europe est structurellement problématique car il est fragmenté entre plusieurs marchés organisés (chaque pays européen ayant sa bourse), et une grande partie de l’activité se fait OTC (~70%). Donc il était historiquement très difficile d’avoir une visibilité sur l’ensemble des exécutions.

Avec MIFID II, chaque exécution doit être maintenant reportée et rendue public. C’est ce que l’on nomme la Post Trade Transparency. Cela fut déterminant car maintenant le marché peut avoir une vision précise de ce qui se traite réellement sur les ETFs, et cela apaise certaines inquiétudes que pouvaient avoir des clients finaux sur la liquidité des produits – dans certains cas, nous avons observé des volumes moyens sur certains ETFs être multipliés par 20. Cela accélère l’adoption de l’utilisation des ETFs notamment par les clients qui n’étaient pas convaincus initialement de la liquidité de ces produits.

En ce qui concerne les innovations, on observe actuellement un « boom » de la demande sur l’investissement socialement responsable ou encore de l’investissement sur des thématiques particulières. Aujourd’hui, les ETFs peuvent donner un accès très aisé à des thématiques comme la robotique.

 

Peux-tu nous expliquer les différences entre une gestion active et une gestion indicielle d’un ETF ? L’une est-elle préférable à l’autre ? 

La gestion indicielle consiste à suivre la performance d’un indice, le rôle du gérant de l’ETF est de minimiser l’erreur de réplication. Au contraire, la gestion active consiste à offrir aux investisseurs une vision de marché dans le but de surperformer un indice. Les deux sont en théorie opposés, mais finalement elles sont assez complémentaires dans la construction d’un portefeuille.

 

Avez-vous déjà encadré des stagiaires ou des juniors ? Si oui, quelles étaient leurs missions ?  

 

Oui dans les deux cas. Concernant les Summer Interns, nous donnons habituellement un projet à court terme (environ 1 mois) sur différentes thématiques : création d’un outil, veille de marché, etc. Le but du projet est de voir si le stagiaire sait gérer son temps, montrer une certaine indépendance etc…dans l’optique de l’embaucher pour le graduate program de l’année suivante.

Concernant les juniors, en plus du day to day, il est important de leur donner le contrôle de projets plus stratégiques qui vont développer chez eux sur le moyen terme de nouvelles compétences qu’ils pourront réutiliser pour occuper un poste de plus grande ampleur.

LA4Lire aussi : Le métier de Broker est-il en danger ?

 

En quoi le milieu des ETFs a-t-il évolué depuis ses débuts ?

 

Lors de ma première expérience du côté trading, le pricing était pour la plupart des boites encore très manuel et pouvait se faire encore sur un fichier excel. Maintenant la plupart des process ont été entièrement automatisés. Même les demandes OTC, qui historiquement étaient faites au téléphone ou par chat Bloomberg, sont maintenant électroniques avec des algorithmes qui auto-quotent. Tout est de plus en plus automatisé et l’humain a de moins en moins sa place. Mais cela n’est pas spécifique aux ETFs…

 

Quelles sont les perspectives d’emploi dans ce secteur ?

 

En raison de l’évolution du marché décrite à l’instant, le métier de « Sales Trader » est voué à̀ disparaître, un peu comme ce qui s’est passé en Cash Equity. Mais les « Sales Specialists » ont eux un bel avenir. En effet, les ETFs ne se contentent plus de suivre un indice « basique ». Nous voyons de plus en plus d’innovations dans le secteur avec l’arrivée des thématiques, smart beta etc… et les émetteurs vont de plus en plus chercher des Sales avec une expertise produit précise. Concernant le trading, les profils d’ingénieurs vont continuer d’attirer pour leur qualité d’expertise sur la technologie. Enfin, je pense qu’il y aura une forte demande sur les métiers liés à la régulation qui devient de plus en plus un point central de notre métier.

 

Nicolas Sombret, étudiant à l’ESSEC et contributeur du blog AlumnEye

 


Front Office et Asset Management ? Les conseils de Tamila Chaouche, ex-JP Morgan

A travers chacune de ses expériences professionnelles, Tamila Chaouche a cherché la relation directe avec les clients. Savoir démarcher des clients, comprendre leurs besoins et créer un lien avec eux sont des compétences nécessaires en Front Office, que ce soit en banque d’investissement ou dans une boutique d’Asset Management. Quelles sont les qualités requises pour réussir ? Quelle structure choisir ? Quels stages faut-il décrocher pour y parvenir ? Dans cette interview, Tamila Chaouche vous livre les réponses à ces questions en revenant sur les différents postes qu’elle a occupés en France et à l’international.

Bonjour Tamila, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

Après avoir été diplômée de Kedge Business School, j’ai commencé ma carrière à Londres en Sales & Trading en 2011 au sein de HSBC Investment Bank, spécialisée sur les Exchange Traded Funds. Ensuite, j’ai déménagé à Washington D.C. où j’ai travaillé en tant que portfolio manager assistant dans une boutique de gestion. De retour en Europe, j’ai rejoint une équipe de sales/traders cross-assets chez BNP Paribas. Les mandats comprenaient les opérations de Change, d’Equities, de Fixed Income et Commodities. C’est à cette période-là que j’ai reçu une proposition de JP Morgan, chez qui je suis restée trois années. En 2017, j’ai décidé de retourner dans le monde du family office et de l’asset management.

Quel était ton job au quotidien chez JPMorgan ?

J’étais au sein des équipes Alternative Investments à savoir hedge funds et Private Equity. Une partie de mon travail consistait à faire part des particularités techniques de chacun de ces fonds aux investisseurs afin de déterminer les fonds les mieux adaptés aux clients compte tenu de leur profil, de leur domiciliation ou de leur calendrier d’investissement.

On dit souvent que pour intégrer une banque comme JPMorgan, il faut venir de ce qu’on appelle une « target school ». Venant de Kedge, peux-tu nous expliquer ce qui selon toi a fait ta réussite ?

L’école est un facteur non négligeable, mais elle n’est qu’une pièce de la mosaïque. Lorsque de beaux groupes comme JP Morgan se penchent sur un CV, ils voient le parcours académique, mais leurs regards englobent aussi ce que le candidat a réussi à construire autour. Quelle que soit la notoriété de l’école, il ne faut pas se contenter d’assister aux cours et d’aller aux soirées. Il faut, et ce le plus tôt possible, trouver un moyen d’établir des bases professionnelles solides, celles qui feront en sorte que l’étudiant arrive sur le marché du travail… en ayant déjà travaillé.  La démocratisation de l’année de césure, le tissu associatif des écoles, les Juniors Entreprises sont autant d’outils qui sont aujourd’hui mis à la disposition des étudiants.

 

LA4Lire aussi : Etudiant en école post-bac, il décroche un Summer chez Barclays

Tu vis depuis 5 ans à Genève, qui a une image de ville parfaite pour une carrière en finance, mais où il ne se passe pas grand-chose en dehors. Qu’en penses-tu ?

Viens passer une semaine avec nous et je te mets au défi de poser cette même question en partant !

Tu es passée de JPMorgan à une boutique d’Asset Management/Family Office, quelles ont été les raisons de ce choix ?

En 2012, aux États-Unis, j’ai rejoint Liberty Wealth Management, une boutique d’Asset Management fondée par un ancien de TDAmeritrade et un ancien de Morgan Stanley. Nous étions quatre et nous travaillions dans une même pièce – pour ne pas dire sur un même bureau ! Présentations, élaboration de portefeuille, backtesting, rencontres clients, passages des ordres… Là où les grandes structures ont des équipes dédiées à chacune de ces étapes, nous travaillions tous sur chacune d’entre elles.

Nous sommes tous dans le même bateau, barreurs et rameurs à la fois, où la communication et la réactivité sont les mots d’ordre.  C’est cet esprit d’équipe qui m’a énormément plu et qui est souvent mis en exergue dans les « boutiques ». L’idée de rejoindre une entité en plein développement a également pesé dans la balance.

    ENTRETIEN EN FINANCE : PRÉPARE LES BRAINTEASERS

Découvre gratuitement les Brainteasers posés en entretien avec les réponses détaillées par un pro de la finance.

En quoi consiste le poste de Relationship Manager ou de Sales au sein d’une boutique? 

Je souhaiterais commencer par expliquer la différence entre un Sales et un Relationship Manager et à préciser que les dénominations varient au sein de la même industrie. Le terme de Sales s’emploie généralement en banque d’investissement pour désigner une personne dont le métier est de vendre des produits spécifiques aux clients. En banque privée, on aura tendance à utiliser la dénomination Relationship Manager car le Relationship Manager ne se contente pas de proposer des solutions d’investissement mais il doit avant tout construire une relation de confiance avec les clients.

En tant que responsable de la clientèle notamment institutionnelle, une partie de mes journées est rythmée par les rencontres avec les clients ou avec des clients potentiels. Nous discutons ensemble afin de bien comprendre leurs besoins, leur stratégie d’allocation sur les marchés, leurs objectifs de rendement et les risques auxquels ils s’exposent. Mon rôle est d’assimiler les facteurs endogènes et exogènes qui pourraient avoir un impact sur l’évolution des différents placements et proposer, lorsque cela est nécessaire, des outils pour pérenniser les rendements tout en maîtrisant le risque.

Nous commençons aussi nos journées par nous informer de l’actualité des marchés afin de déterminer leurs tendances. Il y a les incontournables clôtures des marchés US et asiatiques mais il faut également prendre connaissance des calendriers et des données économiques et politiques des pays (élections, ajustement des taux, etc.) qui pourraient avoir un impact sur nos positions ou nos propositions. En complément, d’autres banques et cabinets nous fournissent des analyses spécifiques. Absorber l’information puis la trier est une partie peu visible mais cruciale du métier.

 

En quoi est-ce différent de travailler pour une banque d’affaires ou un cabinet indépendant ?

On peut trouver plus de spontanéité au sein d’un cabinet indépendant. Les strates décisionnelles y sont moins nombreuses et apportent un avantage face à une hiérarchisation accrue des process en banque d’investissement. Il y a souvent moins de temps d’inertie dans les cabinets indépendants; c’est une des raisons pour lesquelles les relations clients et le travail au quotidien diffèrent d’une structure à l’autre.

As-tu une histoire drôle à nous raconter au sujet d’un client avec qui tu as traité ?

Pour être honnête, ce n’est pas lorsque l’on traite que l’on a les meilleurs fou-rires, mais je me souviens de ce client qui après avoir passé ses ordres avait toujours une chanson à entonner dans son intégralité ! Il était talentueux et avait un large répertoire, donc c’était agréable !

Selon toi, quelles sont les qualités requises pour devenir Sales ou Relation Manager ? à part le classique « bon relationnel ».

S’il y a des qualités requises pour réussir dans ce milieu, les principales qui me viennent à l’esprit seraient : la technicité, la lucidité et l’ouverture d’esprit. Il faut avoir de la technicité et de bonnes capacités analytiques pour comprendre les stratégies mises en place et savoir expliquer les solutions que l’on serait amené à proposer. Il est aussi primordial de faire preuve de lucidité notamment quant à l’évolution d’une discussion : cela permet d’éviter certaines impasses tout en maintenant un discours fluide et sensé.
Enfin, être d’un naturel curieux et avoir des centres d’intérêt variés peut s’avérer précieux. Au cours d’un déjeuner avec un client, nous avons bien entendu parlé des marchés mais il se peut que la discussion dérive sur une exposition d’art, sur un prochain voyage, ou sur le score du match de la veille : pouvoir rebondir sur des sujets variés permet d’établir un dialogue et le partage de passions respectives ne rendra le moment – et le métier – que plus plaisant.

Est-ce un avantage ou inconvénient d’être une femme sur un poste en Front Office ? Cet univers historiquement plutôt masculin est-il difficile à appréhender ?

Il l’était historiquement, et il l’est toujours. Même aujourd’hui il n’est pas rare de se retrouver en meeting avec dix personnes et d’être l’unique femme. Cependant, je ne me considère pas « femme dans une équipe d’hommes ». J’estime que ce qui définit un individu dans son travail ce sont ses responsabilités, son efficacité ou son esprit d’équipe. L’absence – ou non – du chromosome Y dans son caryotype, après tout, ce n’est pas vraiment mon problème. Ceci étant, je suis consciente que les gens peuvent percevoir encore les choses de manière différente. Dans ce cas, faire partie d‘une minorité peut être là une belle chance à saisir.

LA4Lire aussi : La garde-robe féminine idéale pour son premier job : les tips indispensables

Tu n’as jamais travaillé en France, est-ce le hasard ou une volonté de ta part ?

J’ai travaillé en France mais il est vrai que sur les 10 dernières années je n’y ai passé que très peu de temps. Même si ce n’était pas prémédité, je suis très heureuse d’évoluer hors de mes zones de confort. Si un jour je dois revenir en France, mes années passées à l’étranger joueront peut-être en ma faveur.

Selon toi, quels premiers stages peuvent permettre à un étudiant, par la suite, de postuler en Sales ou en Asset Management ?

Je pense que les stages en trading-floors IB (front office) sont vraiment formateurs. C’est un environnement qui ne laisse pas de place à l’erreur, et dans lequel on apprend énormément, tant au niveau technique que physique et mental.

Dans un autre registre, il y a les stages en boutiques d’Asset Management ou family-office. L’ambiance y est souvent plus feutrée mais le travail y est tout aussi intense. La hiérarchie étant aussi moins complexe, le centre névralgique de l’entreprise est bien plus accessible.

C’est un milieu méconnu des étudiants et jeunes professionnels et à une époque où l’humain est revenu au cœur des réflexions, ces sociétés offrent une expérience de très grande qualité : travailler au sein de structures plus flexibles est un moyen d’être jaugé au plus juste, au besoin corrigé, avant d’être responsabilisé. Nous avons eu dernièrement un stagiaire qui a appris énormément en l’espace de quelques mois et à qui nous avons fait une proposition de CDI.

De manière générale, je pense qu’il faut préconiser les environnements challenging, ceux qui permettent de se surpasser. Il est vrai qu’obtenir un stage hautement valorisé par le marché est une des clefs pour s’offrir un large panel de possibilités à l’heure du choix du premier travail !

 

 

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye

 


Faut-il passer la Certification AMF ?

Le 1er juillet 2010, l’Autorité des Marchés Financiers a créé la certification AMF dont l’obtention est conditionnée à un examen théorique. C’est dans le cadre de son rôle de contrôleur des marchés, de protecteur des épargnants et d’informateur des investisseurs que l’AMF a rendu obligatoire l’obtention de ce certificat pour exercer certains métiers de services d’investissement. Ainsi, si vous souhaitez travailler dans ce secteur, il est fort probable que la certification AMF vous soit demandé lors de votre premier emploi. De plus, et comme toute certification, son obtention vous permettra de densifier votre CV et de consolider vos connaissances en un laps de temps réduit, et à moindre prix.

 

A qui s’adresse la certification AMF ?

La certification AMF revêt d’un caractère obligatoire pour trois grandes catégories de professions au sein des PSI (Prestataires de Services d’Investissements) :

  • Vendeurs, gérants et responsables post-marché
  • Négociateurs, compensateurs et analystes financiers
  • Fonctions de conformité

 

Pour résumer, vous aurez affaire à l’AMF si vous travaillez en relation avec les marchés financiers, en conseil financier, en gestion de fonds ou encore dans un métier de conformité. Le champ d’application s’étend d’ailleurs à différents types de structures : banques, cabinets de conseil et d’investissement ou encore sociétés de gestion de portefeuille. Seule entorse à la règle : la clause dite « grand-père », qui permet aux employés exerçant déjà ces professions au 1er juillet 2010 d’être automatiquement certifiés.

LA4Lire aussi : Les métiers et secteurs de la finance : interviews AlumnEye

 

Comment s’organise l’épreuve ?

L’épreuve de certification de l’AMF a un format unique : il s’agit d’un QCM, jusqu’à 4 choix – 1 seule bonne réponse, composé de 100 questions et à finir en 2 heures. On y trouve autant de questions de catégorie A, portant sur la réglementation et la déontologie, que de questions de catégorie C, portant sur des connaissances techniques. Pour réussir ce test, il faut obtenir au minimum 85% de réussite sur les questions de catégorie A et 75% sur les questions de catégorie C ; aucun pourcentage global n’étant requis. Ces questions, et quelques soient leurs catégories, sont réparties sur 12 thématiques. A titre indicatif, voici quelques-uns des 12 thèmes parmi lesquelles sont classées les questions : fondamentaux du code monétaire et financier et du règlement général de l’AMF, organisation et rôle des marchés financiers, règles fiscales pour les entreprises et particuliers ou encore distinction des différents types d’instruments financiers.

L’Autorité des Marchés Financiers ne proposant elle-même aucune session d’examen, il existe deux façons d’être certifié. La première, nommée « vérification », est un passage obligatoire dans les 6 premiers mois suivant votre arrivée dans l’entreprise. Cette dernière permet à ses employés d’obtenir ce certificat via un processus interne de vérification des connaissances minimales. Ce processus est bien sûr suivi par l’AMF, qui est garant et certifie ce test, permettant ainsi aux employés d’être certifiés. Cependant, cette méthode possède un inconvénient majeur : si l’employé change d’entreprise, il devra à nouveau passer ce processus de vérification. Pour prendre les devants et éviter cet inconvénient, il peut être préférable d’opter pour la seconde méthode, dite de « certification ». Après étude et vérification, l’AMF autorise certains organismes à proposer des tests qui certifieront les candidats le réussissant. Aujourd’hui, seuls quelques organismes proposent ces tests : le CFPB, le CNAM, First Finance ou encore Bärchen Education par exemple. Quel que soit l’organisme finalement choisi, l’examen final prend la forme décrit ci-dessus.

 

    LES SECRETS DU RECRUTEMENT EN FINANCE

Obtiens gratuitement 30 min de vidéo pour comprendre comment faire la différence sur des milliers de candidats.

Quelques conseils pour réussir l’AMF

En début de carrière, la certification AMF peut être relativement difficile à valider si l’individu manque d’expérience et de technique. Le taux d’échec serait même de 90% pour les personnes n’ayant jamais révisé cet examen auparavant. Dans ce cas, le point clef de la réussite de cet examen se trouve dans le « bachotage » de la base de questions de l’AMF. En effet les 100 questions proposées à l’examen sont toutes issues d’une base de 600 questions. Certaines sont évidentes ou de bon sens, certaines se ressemblent, mais d’autres sont à apprendre.

La plupart des organismes offrant le passage de cet examen proposent aussi des packs de révision en ligne, aux alentours de la centaine d’euros (examen compris). On y trouve généralement l’ensemble des questions triées par thématique ainsi que des tests blancs. La répartition par thématique permet d’identifier facilement ses points forts et ses points faibles, et ainsi de mieux cibler ses révisions. Attention cependant à l’équilibre questions type A/questions type C. Un excellent score dans une des deux catégories ne vous permet pas de vous relâcher dans l’autre, il faut donc aussi travailler dans cet axe.

Vous l’aurez compris, la difficulté de l’examen ne se situe pas dans sa complexité mais dans le volume de connaissances à acquérir. Pour ceci, il est important de s’y prendre à l’avance et de jauger son niveau dès le début. En fonction des connaissances déjà emmagasinées, 15h à 40h de travail peuvent être nécessaires pour obtenir la certification. Évidemment, un bon niveau de « culture générale » dans ce domaine, acquis via vos études ou expériences, vous donnera de l’avance sur votre programme de révision.

Etes-vous prêts à répondre à ces questions :

Dans le cadre du mécanisme de la garantie des dépôts titres, quels produits sont concernés ?

  1. Les actions, les titres de créances, les parts ou actions d’OPC
  2. l’assurance-vie
  3. les obligations uniquement

Parmi les sanctions suivantes, laquelle est du ressort de la Commission des sanctions de l’AMF ?

  1. Le licenciement
  2. L’emprisonnement
  3. Les interdictions d’exercer

      En matière d’abus de marché, les sanctions administratives et pénales sont cumulables

  1. VRAI
  2. FAUX

La détention d’une carte de démarchage est-elle nécessaire pour vendre un produit financier à un client se présentant au guichet d’une banque ?

  1. Oui, toujours
  2. Non
  3. Oui, mais uniquement s’il s’agit d’un nouveau client

LA4Lire aussi : Préparer le CFA : quand, où, comment ?

Une certification réellement reconnue ?

De par sa nature quantitative plus que qualitative, la certification AMF n’est pas une certification de référence. De plus, elle est spécifiquement française et ne bénéficie donc que de peu de reconnaissance à l’international.

Les certifications plus renommées sont le CFA (Chartered Finance Analsyt), le CAIA (Chartered Alternative Investment Analyst), l’ICCF (International Certificate in Corporate Finance) ou encore le FRM (Financial Risk Manager) pour les métiers du risque. Ces dernières sont bien plus reconnues et représentent de vrais atouts pour vos CV et candidatures à des postes ou MBA de grandes écoles. Elles bénéficient toutes d’une reconnaissance internationale puisqu’elles sont essentiellement issues d’organisations américaines et sont composées de plusieurs niveaux. Ces niveaux demandant 100h à 300h de travail personnel permettent d’échelonner le niveau des certifiés en fonction de l’avancement de leurs connaissances. Leur sélectivité est aussi plus forte, aux alentours de 50% pour le CFA contre 90% pour le certificat AMF, et permettent ainsi une vraie distinction entre les candidats.

 

 

En conclusion, vous devrez certainement passer l’examen de l’AMF si vous vous dirigez vers la finance de marché, l’analyse ou le conseil financier, la gestion de fonds ou encore les métiers de la conformité. Si vous en êtes certain, autant prendre les devants et le passer en candidat libre car celle-ci vous permettra de vous distinguer par rapport à d’autres candidats, et de ne pas avoir à la repasser si vous changez d’entreprise. Bien que peu technique, le passage de cet examen requiert une quantité de connaissances très importante et nécessite donc une préparation adéquate. Une fois en poche et votre carrière entamée, cette certification ne sera en revanche plus un critère de différentiation premier sur votre CV. Peu reconnu, très récent et exclusivement français, la certification AMF n’est nullement comparable au CFA ou à l’ICCF…

 

Réponses : 1, 3, 2, 2

 

Théophile Augustin, étudiant à HEI Lille et contributeur du blog AlumnEye

 


Développer la Finance dans les pays émergents, la mission de Céline Ho à la Banque Mondiale

Passer de la banque d’affaires à la banque institutionnelle peut paraître assez atypique. C’est pourtant le choix de carrière de Céline Ho. Après des expériences en M&A et en Leveraged Finance, Céline a décidé d’intégrer la banque d’Angleterre avant de rejoindre la Banque Mondiale. Travailler avec des gouvernements et des banques centrales sur le développement du secteur financier dans les zones les plus reculées, c’est le nouveau quotidien de Céline. Avec des processus de recrutement aussi sélectifs qu’en banque d’affaires, intégrer une institution n’est pas toujours aisé. Dans cette interview, Céline Ho vous raconte son parcours et vous livre ses conseils pour réussir une carrière en institutions.

Bonjour Céline, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

J’ai fait un Master banque & finance à la Sorbonne durant lequel j’ai validé 6 mois de stage en M&A dans une boutique parisienne puis 6 mois de stage à l’ONU dans le département budget et management. Cette césure a été décisive pour moi car j’ai compris que je voulais intégrer la Banque Mondiale et j’ai ensuite articulé ma carrière professionnelle autour de cet objectif. A la fin de mes études et avant de postuler à la Banque Mondiale, on m’a conseillée de commencer en Investment Banking car peu de juniors sont embauchés à la Banque Mondiale. J’ai alors décidé de remettre ma candidature à plus tard afin d’améliorer ma technique et mon expertise pour maximiser mes chances. Ainsi, j’ai commencé par un VIE au Crédit Agricole en Leveraged Finance dans le secteur des TMT. C’était une expérience passionnante. Ensuite, j’ai eu envie de découvrir un environnement de travail plus anglophone et pour cela j’ai intégré la banque d’Angleterre. J’étais superviseur c’est-à-dire que j’interagissais avec les banques afin de m’assurer de leur santé globale (gouvernance, business plan, stratégie, systèmes en place, etc.). C’était également une très bonne expérience car je travaillais sur des missions très variées et je rencontrais des professionnels très hauts placés alors que je n’étais que junior. J’apprenais beaucoup tout en ayant des responsabilités. Par exemple, après le vote du Brexit, j’ai été exposée sur les process post-brexit notamment la manière avec laquelle les banques allaient gérer leur transition. Après 2 ans et demi, j’ai finalement décidé de rejoindre la Banque Mondiale en postulant à leur programme spécial de recrutement pour les jeunes (Young Professional Program pour les moins de 28 ans). J’ai été prise et je travaille dorénavant là-bas dans le département Finance and Market.

Tu as effectué durant tes études un stage en Leveraged Finance chez CACIB. La banque d’affaires ne t’a pas convaincue ?

Ce n’est pas la banque d’affaires qui ne m’a pas convaincue car j’ai énormément appris chez CACIB mais mon objectif était d’intégrer la Banque Mondiale. Travailler en banque d’affaires est un très bon tremplin pour débuter une carrière car on y apprend beaucoup et cela ne nous ferme pas de portes. Si je devais conseiller un endroit en particulier où commencer sa carrière, je dirais que les banques anglaises sont généralement plus dynamiques et flexibles (horaires/méthodes de travail) que les banques françaises donc c’est plus agréable d’y travailler.

Après CACIB, direction la banque centrale d’Angleterre, en quoi est-ce différent de travailler dans une banque d’affaires et dans une banque institutionnelle ?

Je ne travaillais pas sur les mêmes missions donc c’est difficile de réellement comparer les deux. D’une part, les clients ne sont pas les mêmes, en banque d’affaires on traite avec des entreprises alors qu’en banque institutionnelle on interagit avec des banques. D’autre part, les rapports de force sont différents. En banque institutionnelle, je travaillais dans la régulation des banques donc j’étais en position de force face à mes interlocuteurs ce qui est plus difficile à assimiler quand on est junior. Par exemple, j’étais amenée à donner des recommandations à des CEO bien plus expérimentés que moi. Au contraire, en banque d’affaires, on est beaucoup plus soumis au client car il faut respecter leurs besoins et leurs deadlines.

Pourquoi as-tu ensuite décidé de partir travailler pour la Banque Mondiale ?

Comme je l’ai déjà expliqué, intégrer la Banque Mondiale a toujours été mon projet, mon objectif final, mon rêve depuis ma césure. Si j’ai acquis de l’expérience avant c’était pour m’assurer d’avoir un bon bagage avant de postuler. Pour construire ma carrière j’ai beaucoup consulté de personnes qui travaillaient à la Banque Mondiale et qui avaient de l’expérience dans le recrutement. Demander des conseils c’est essentiel pour faire évoluer sa carrière professionnelle.

Les processus de recrutement sont-ils les mêmes en banque institutionnelle qu’en banque d’affaires ?

Postuler en banque institutionnelle (banque d’Angleterre, Banque Mondiale, etc.) est plus ou moins similaire qu’en banque d’affaires pour les postes juniors. La première étape est de postuler en ligne et si on a un bon dossier alors on passe le screening (ou non). Ensuite, on passe des tests numériques qui sont un peu différents de ceux des banques d’affaires, mais le fait de m’être préparée aux tests d’investment banking m’a beaucoup aidée à réussir. Si ces premiers tests sont réussis, on ne passe pas directement à l’étape des entretiens car il faut encore valider d’autres tests. Ces derniers sont des test Excel suivis de la rédaction d’une note de synthèse. Enfin, il y a une série d’entretiens physiques et si le feeling est bien passé alors le candidat est retenu. A la banque d’Angleterre, j’ai eu un business case en groupe à faire en plus.

LA4Lire aussi : Comment réussir les HireVues des banques ? 3 AlumnEye témoignent

Peux-tu nous en dire plus sur ton poste actuel et tes missions au sein de la Banque Mondiale ?

Je travaille actuellement dans le département Finance and Market au développement du secteur financier en Amérique Latine. Mes deux thèmes principaux sont, d’une part, la finance inclusive i.e. s’assurer que la population ait accès à la finance et, d’autre part, la finance digitale. Par exemple, en ce moment, je développe des moyens de paiement digitaux et je travaille à l’éducation financière des populations dans des zones rurales colombiennes. Mon poste est donc très opérationnel mais il est également très analytique car je réalise beaucoup de rapports de stabilité financière à travers des études économiques et financières de l’Amérique Latine. Ce que j’apprécie particulièrement dans mon poste, ce sont mes interlocuteurs car je vais interagir avec des gouvernements, des ministères de finance, des banques centrales, etc. Mon expérience à la Banque d’Angleterre est notamment un vrai plus quand je suis en relation avec des régulateurs.

Beaucoup d’étudiants en finance souhaitent donner du sens à leur carrière, à leur job. Est-ce selon toi un bon moyen d’allier finance et sens à sa vie que de travailler dans de telles structures ?

Je pense qu’il est très important de commencer sa carrière dans le secteur privé car c’est très formateur. Ceux passés par le privé sont plus proactifs (respect des deadlines, concision, efficacité, attention aux détails, beau PowerPoint, méthodes de travail sur Excel, etc.). C’est donc une très bonne première étape pour les juniors qui souhaitent ensuite se spécialiser dans un secteur qui les intéresse plus (technologie, pharmaceutique, retail, luxe, etc.). Personnellement, ce qui me motive vraiment dans mon travail, ce sont l’engagement et la valeur ajoutée que j’apporte. Je travaille sur des projets stimulants dont je vois réellement les impacts sur la société et l’économie. Je ne vois pas mon travail comme une tâche à exécuter mais comme un devoir qui me passionne. Mon métier est hyper intéressant car j’apporte des recommandations et des solutions concrètes aux gouvernements tout en étant en contact direct avec des populations parfois très reculées.

Quel(s) profil(s) de candidats une institution comme la Banque Mondiale recherche-t-elle ?

Pour commencer, la Banque mondiale emploie très rarement des personnes ayant moins qu’un niveau doctorat sauf si ces personnes s’inscrivent au Young Professionals Program, un programme de formation très sélectif développé par la Banque Mondiale spécialement pour les jeunes. C’est l’équivalent du Graduate Program des banques d’affaires en plus dur. Le YPP a pour objectif de vraiment attirer les jeunes de moins de 28 ans avec un minimum 2-3 ans d’expérience professionnelle car seulement 7% du staff de la Banque Mondiale a moins de 35 ans. De manière générale, les recruteurs recherchent des personnes ayant débutées leur carrière dans le secteur privé (et non seulement public) et qui ont acquis de bonnes bases techniques. Ils vont particulièrement s’intéresser aux personnes ayant développé une expertise dans un domaine précis afin de déterminer quelle valeur ajoutée tel ou tel candidat va leur apporter. Dans mon cas, mon expérience à la Banque d’Angleterre m’a permis de développer une expertise dans la régulation bancaire. Un bon candidat est également une personne engagée qui partage les valeurs de la Banque Mondiale. Le candidat doit croire au système et à l’idée que l’on peut allier finance et impact positif sur la société. Enfin, les recruteurs vont également regarder les langues, à la Banque Mondiale, tout le monde est minimum trilingue.

Avoir le CFA est-il important pour intégrer des institutions comme la Bank of England ou la Banque Mondiale ?

Je ne sais pas si avoir le CFA m’a réellement aidée à intégrer une institution. Par contre, ce qui est sûr, c’est que cela m’a aidée à décrocher des entretiens. En effet, détenir la CFA apporte de la crédibilité à une candidature.

LA4Lire aussi : Préparer le CFA : quand, où, comment ?

Quels conseils concrets peux-tu donner à nos lecteurs qui souhaitent s’orienter vers une carrière institutionnelle ?

Je le redis, mais je pense qu’avant de s’orienter vers une carrière institutionnelle, il faut avoir une expérience dans le secteur privé car c’est très formateur et cela apporte un bagage technique qui sera ensuite très utile dans le secteur public. De plus, il me parait qu’il est tout à fait possible et même préférable de tester différents métiers tout en gardant une ligne directrice afin d’être sûr de ses choix de carrière à long terme. C’est d’autant préférable que n’importe quelle expérience dans n’importe quel milieu est un moyen de développer sa technicité et son network. Enfin, quand on passe des entretiens, il faut se survendre, montrer que l’on est hyper motivé, persévérant, proactif, déterminé et sympa.

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye.

M&A : Londres vs Paris — où débuter sa carrière ?

Tandis que les nouvelles générations de banquiers français cumulent les stages à Paris et les Summer Internships à Londres, nombreux sont ceux qui doivent se poser la question fatidique quant à la localisation de leur premier emploi : Paris ou Londres ? Si le Brexit a quelque peu rebattu les cartes et laisse planer de vraies incertitudes sur les embauches des équipes au UK, beaucoup d’étudiants français sont tentés de plier bagages vers Londres pour commencer leur carrière.

Choisir de faire ses années d’Analyst à Londres ou à Paris n’est pas anodin et présente de véritables différences à prendre en compte : nature du travail, ambiance, opportunités de carrière, aspect financier. Bien que le métier ne soit pas fondamentalement différent, le rôle d’un Analyst varie considérablement qu’il soit chez JP Morgan à Londres ou chez Lazard à Paris, tout comme l’environnement dans lequel il évolue.

 

Banques sectorisées VS banques généralistes et bureaux locaux

La première différence fondamentale entre Londres et Paris réside dans l’organisation des banques. Si les banques au UK sont quasi-exclusivement divisées en équipes secteurs (TMT, FIG, Industrials, Retail, etc.) et en équipe produits (M&A, ECM, DCM, LevFin), les banques parisiennes, elles, sont très majoritairement généralistes (à quelques exceptions : BNP CIB, Crédit Suisse, Lazard TMT/FIG, Morgan Stanley Real Estate). De fait, là où les Analysts parisiens peuvent être confrontés à une multitude de secteurs au cours de leurs premières années, les équipes londoniennes se « spécialisent » dans un secteur. L’impact sur le travail quotidien des Analysts est réel : un Analyst généraliste à Paris sera souvent impliqué sur 5-6 dossiers et autant de secteurs alors qu’un Analyst sectorisé à Londres fera un travail de coverage, apportant sa connaissance sectorielle sur des dossiers de façon parfois ponctuelle et faisant un travail permanent de couverture de son secteur (mise à jour de fichiers de multiples boursiers et de transactions, etc). Cela prend aussi un aspect technique dans la mesure où certains secteurs (Real Estate, FIG, Infrastructure) ont des méthodes de valorisation et des metrics qui leurs sont propres et qui permettent aux Analysts d’acquérir des compétences très spécifiques. Enfin, l’organisation matricielle des équipes à Londres et le faible nombre de stagiaires (hors période de Summer) ont tendance à agrandir les équipes sur les deals et à naturellement éloigner l’Analyst du client, celui-ci étant quelque peu « juniorisé ».

Une deuxième variable relative à la structure des banques est la différence entre les bureaux régionaux et les headquarters. Au contraire des banques françaises, les bureaux de banques étrangères à Paris ne sont que des antennes locales et restent très dépendants du bureau londonien. Si rejoindre Goldman Sachs ou JP Morgan à Paris plutôt qu’à Londres n’est en aucun cas plus simple, il demeure que les problématiques les plus stratégiques sont très souvent traitées à Londres, les bureaux locaux étant en charge du travail de relation commerciale avec les clients français et des deals ne nécessitant que peu d’implication de Londres. Aller à Londres permet donc de se retrouver au « cœur » du système et fait sens pour les Analysts souhaitant à terme progresser au sein de l’état-major d’une banque.

 

LA4Lire aussi : M&A : Analyst, Associate, VP, etc., quel rôle selon votre grade ?

Ambiance policée VS ambiance plus rugueuse

Si la structure des banques varie considérablement entre Londres et Paris, l’ambiance se veut elle aussi très différente et certaines cultures d’entreprise à Paris sont aux antipodes de celles que l’on retrouve au UK. Très influencés par la culture anglaise (notamment au niveau RH), les bureaux londoniens se veulent beaucoup plus policés que leurs équivalents parisiens. Les relations hiérarchiques, le mode d’apprentissage ou encore la façon d’interagir au sein du groupe sont autant d’éléments codifiés au sein des structures londoniennes et font partie intégrante de la culture d’entreprise. Élément clé de la culture anglo-saxonne, le networking est un travail à part entière et l’instrumentalisation des relations humaines est totalement acceptée en Angleterre ; le networking étant pris en considération au moment du ranking annuel des Analysts au sein des banques et de l’attribution des bonus.

Au contraire, l’ambiance à Paris se veut plus anarchique et moins sujet aux problématiques RH. A l’exception de certaines branches de banques étrangères (Goldman Sachs par exemple), la culture en banque d’investissement à Paris se veut beaucoup plus « tough » que celle à Londres et le tact anglo-saxon laisse place à un franc-parler beaucoup plus français. Si les RH ont un rôle majeur au sein des banques au UK, à Paris la culture est plutôt dictée par les opérationnels. Bien que les banques parisiennes aient tendance à adoucir leur culture dans un souci d’image, cela demeure sans commune mesure avec Londres ; certaines pratiques comme le networking étant totalement inexistantes.

Enfin, l’aspect international et multiculturel de Londres tranche avec l’environnement très franco-français des banques en France, à la limite de l’entre-soi parisien. Là où à Londres une quinzaine de nationalités pour autant d’écoles peuvent se côtoyer au sein d’une équipe, les profils parisiens sont très similaires, souvent issus d’un ensemble réduit d’écoles, voire de classes préparatoires. Là encore, la forte dichotomie entre ces deux environnements implique pour un jeune diplômé de faire un choix entre des univers très différents, qui sera pour partie influencé par les problématiques de recrutement.

 

    LES SECRETS DU RECRUTEMENT EN FINANCE

Obtiens gratuitement 30 min de vidéo pour comprendre comment faire la différence sur des milliers de candidats.

 

Londres, une place moins élitiste que Paris

 Les différences culturelles influençant l’ambiance au sein des banques à Paris et à Londres ont aussi un impact sur le mode de recrutement, et in fine les profils que l’on retrouve sur ces deux places. Très élitiste et conservateur, le M&A parisien valorise avant tout le cursus académique et limite son recrutement à un nombre très restreint d’écoles. Si quelques profils parviennent à franchir cette barrière, le système français conserve un plafond de verre et réduit fortement les possibilités de carrière pour les étudiants sortant de ce giron à mesure qu’ils progressent dans la hiérarchie.

Bien que la concurrence soit plus forte à Londres (en raison du nombre beaucoup plus important de candidats), le système anglo-saxon accorde beaucoup plus d’importance aux expériences (professionnelles et extracurriculaires) et suit une politique de quotas. De fait, certains profils francophones ne correspondant pas aux prérequis français voient leurs chances s’accroitre en Angleterre et l’école tend à s’effacer beaucoup plus rapidement de l’autre côté de la Manche.

De fait, si le recrutement n’est pas une problématique majeure pour les étudiants issues d’écoles parisiennes (commerces ou ingénieurs), la question se pose pour les étudiants aux écoles moins prestigieuses et qui ont tout intérêt à se tourner vers un début de carrière au UK.

 

Londres, une voie royale vers le buy-side

Première place financière du monde, Londres héberge un nombre de fonds d’investissement sans commune mesure avec Paris. Fonds de private equity, Real Estate, VC, Hedge fund, activistes, dette ; les possibilités sont extrêmement nombreuses en Angleterre en comparaison à Paris.

Si le passage du sell-side (banque d’affaires) au buy-side est structurellement compliqué et très compétitif, il demeure plus simple à Londres qu’à Paris. Effectivement, si le nombre de concurrents est beaucoup plus élevé à Londres, il en va de même pour le nombre d’offres.

A la différence de Londres, les offres se font rare à Paris et les fonds d’investissement représentent in fine un micromarché limité à une trentaine de recrutements annuels sur la place parisienne. Si a priori le nombre de candidats est plus faible, il faut prendre en compte le nombre important de banquiers français basés à Londres souhaitant rentrer à Paris et postulant aux offres proposées par les fonds parisiens. Cette composante tend par ailleurs à avantager les banquiers français travaillant dans les banques américaines à Londres, leurs profils étant les plus convoités avec les juniors travaillant en boutique d’élites (Rothschild & Co et Lazard).

De fait, commencer à Londres augmente considérablement les chances de pouvoir rejoindre un fonds d’investissement et est un choix cohérent pour les étudiants voulant à tout prix passer du sell-side au buy-side. Par ailleurs les chasseurs de tête et recruteurs excluent bien souvent les profils parisiens dans leurs recherches pour des postes à Londres, restreignant les possibilités d’exit pour les banquiers basés en France.

 

LA4Lire aussi : Qu’est-ce-que le Private Equity ?

 

Avantage financier pour Paris

Brexit oblige, l’incertitude régnant autour du pound a grandement impacté la rémunération absolue des postes à Londres. En effet, si longtemps un pound élevé incitait les jeunes banquiers français à travailler à Londres avant de revenir en France, la situation est moins glorieuse à l’heure actuelle. Par ailleurs, le coût de la vie sans commune mesure entre Paris et Londres joue en défaveur de la capitale anglaise et il est beaucoup plus avantageux financièrement pour un junior de commencer en France qu’au UK (Entre 80 et 120 000€ annuel en large cap à Paris VS 70 à 100 000£ à Londres) compte tenu du coût de la vie.

De même, l’accession à la propriété immobilière est quasiment impossible à Londres alors qu’un Analyst parisien pourra très rapidement obtenir un prêt à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros afin de financer l’achat d’un appartement. Si à long terme les rémunérations tendent à jouer en faveur de Londres (à partir du niveau VP), à court terme les salaires parisiens permettent d’accéder à un niveau de vie bien supérieur qu’en Angleterre.

 

Un choix de carrière décisif

Au-delà des préférences personnelles liées aux villes en elles-mêmes, les différences entre Londres et Paris sont considérables et peuvent avoir un impact fort sur le début voire sur toute une carrière en banque d’affaires. En effet, bien qu’il ne soit pas évident de se projeter au sortir de l’école, ce choix peut avoir des conséquences difficilement réversibles sur le reste de la carrière. Entre autres, commencer à Paris peut complexifier un départ vers l’Angleterre au bout de quelques années, notamment pour les fonds d’investissement. De même, commencer à Paris peut être beaucoup plus complexe pour des profils moins valorisés et subissant une concurrence accrue. Toutefois, la place de Paris offre des avantages certains : une sécurité de l’emploi plus forte au regard du droit du travail, une exposition client souvent plus importante, un solide marché midcap totalement inaccessible aux personnes non francophone

 

  Paris Londres
Ambiance Franco/français
Entre soi parisien
Moins « policé »
Internationale
Equipes plus jeunes
Importance du networking
Rémunération Meilleur niveau de vie Plus compliqué (coût de la vie élevé)
Sélectivité Très axé sur l’école Plus ouvert
Opportunités Moins de fonds de Private Equity Enormément de fonds
Plus de Corporates
Nature du travail Varie en fonction des équipes mais niveau de base des Analysts très élevé avec dès lors des responsabilités sans commune mesure Dépend des équipes, tendance à junioriser les Analysts

 


Du M&A au rap, retour sur le parcours d’un ex-Goldman Sachs

Prépa, HEC, Summer Internship puis Graduate chez Goldman Sachs, notre témoin du jour a un parcours quasi sans faute, très élitiste. Toutefois il a récemment pris un tournant dans sa carrière professionnelle en intégrant la direction financière d’une application qui permet à de jeunes rappeurs de percer. Quitter la banque d’affaires a été un choix audacieux et nécessaire pour notre témoin. Comment se déroulent un Summer et un Graduate chez GS ? Quelles sont les fautes à éviter en M&A ? Quels débouchés après une carrière en banque d’affaires ? Dans cette interview, il vous livre les réponses à toutes ces questions.

Bonjour, tout d’abord, peux-tu nous décrire ton parcours ?

Mon parcours est assez classique pour de la banque d’affaires : j’ai fait un bac S puis une prépa avant d’intégrer HEC Paris. Pendant mes années à HEC je me suis spécialisé en Corporate Finance et j’ai eu l’occasion de faire 3 stages : 6 mois dans une banque Suisse à Paris dans l’équipe M&A généraliste, 6 mois au bureau de Paris d’un fonds de Private Equity américain et un Summer chez Goldman Sachs. Mon Summer s’étant très bien déroulé, Goldman Sachs m’a proposé un Graduate donc je suis parti travailler pour leur équipe M&A Consumer, Retail and Healthcare à Londres. Après 1 an et demi chez GS, j’ai décidé de quitter le monde de la banque d’aiffaires. J’ai alors profité d’avoir du temps libre pour partir à l’étranger et ai récemment rejoint une application qui propose un mini-studio d’enregistrement à des rappeurs souhaitant se faire connaître. Je suis dorénavant responsable de la gestion financière et administrative quotidienne de cette entreprise, principalement en lien avec une levée de fonds à venir.

Peux-tu nous raconter un peu comment se déroulent un Summer et un Graduate chez Goldman ?

Mon Summer chez Goldman s’est déroulé en deux temps. J’ai d’abord passé 1 semaine à Londres avec tous les autres Summer interns durant laquelle j’ai principalement été formé à la comptabilité et à la valorisation financière. On m’a également sensibilisé à l’importance de la communication et de la gestion du temps dans un environnement où la clientèle est très exigeante. Pour un stagiaire Français, généralement déjà au point techniquement, cette semaine est surtout une excellente occasion de créer du lien au sein de la promotion de Summer interns. Dans un second temps, j’ai travaillé avec l’équipe parisienne de Goldman sur un mandat de vente dans le secteur de l’hôtellerie. Travailler sous la supervision directe d’un Associate (6 ans d’expérience) a été particulièrement formateur. Je travaillais sur la construction du modèle qui servait de base au Business Plan présenté aux acheteurs potentiels, sur la rédaction de l’IM (document marketing présentant l’actif) et sur tout le volet « gestion de projet » en lien avec les avocats et les banques en co-mandat avec GS.  En fait, je dois avouer que je me suis senti bien plus exposé en Summer à Paris qu’en tant qu’Analyste à Londres.

Deux semaines après la fin de mon Summer, Goldman m’a fait une proposition de Graduate à Londres, comme j’en avais fait la demande. Avec le recul, Paris aurait sans doute été un meilleur choix : même si Londres est la plateforme européenne de GS où la plupart des clients se trouvent, l’exécution des deals se fait davantage au niveau local. Avec l’équipe de Londres, je faisais beaucoup d’origination, travail généralement moins valorisant pour un junior.

LA4Lire aussi : « Les tips qui m’ont permis de décrocher un Summer Internship… »

Certains disent que dans les américaines, l’ambiance est très (trop) policée, au point de rendre fous certains français. T’en penses quoi ?

 Je suis d’accord pour dire que l’ambiance est plus policée dans les banques américaines. Dans le cas de Goldman Sachs, je dirai que l’ambiance est plus policée d’avantage par souci de respect d’autrui que par snobisme. J’ai adoré travailler là-bas car je me sentais impliqué dans les deals et considéré à ma juste valeur contrairement à des expériences précédentes en banque d’affaires durant lesquelles j’ai eu le sentiment d’être seulement utilisé comme une ressource pour le travail de petite main. En effet, quand tu es stagiaire, tu peux tomber sur des banques qui ne cherchent pas à te former et à te prendre comme un membre à part entière de l’équipe.

Selon toi, quelles sont les qualités requises pour faire du M&A ? et le défaut rédhibitoire ?

Pour moi, les qualités requises en M&A sont la motivation, l’autonomie, l’envie d’apprendre et surtout le fait d’être pro-actif dans son apprentissage. Il faut également avoir une capacité de travail importante et savoir ravaler son égo (i.e. ne pas être trop sensible à la critique). Et surtout, il faut absolument éviter d’être trop grande gueule.

Tu travailles maintenant pour une application permettant à de jeunes rappeurs de se lancer. Peux-tu nous raconter comment tu en es arrivé à travailler dans cet univers ?

Ce n’est pas ma passion pour le rap mais le créateur de l’appli qui m’a convaincu de rejoindre l’équipe. C’est un visionnaire et je vois beaucoup de potentiel dans le business. Mon expérience en banque d’affaires les intéressait et je me suis bien entendu avec l’équipe, c’est donc naturellement que j’ai saisi l’opportunité de travailler avec eux.

    PRÉPARE TES ENTRETIENS TECHNIQUES EN CORPORATE FINANCE

Découvre gratuitement les questions techniques en entretien de M&A, Private Equity, etc., corrigées par un pro.

Quel est ton job au quotidien ?

Je m’occupe de toute la partie finance administrative, et en particulier du projet de levée de fonds.

Si tu devais nous donner le nom d’un ou deux rappeurs inconnus du grand public mais qui mériteraient de l’être ?

Axiom, un ancien rappeur et producteur venant de Lille. Il est très engagé politiquement donc il a une vision assez intéressante du monde de la musique et il souhaite vraiment aider de jeunes talents à percer. Il a également fait beaucoup pour les jeunes des quartiers.

Tu as eu un parcours très classique et élitiste avec du M&A, du PE, etc. Et te voilà dans l’industrie du rap, où les gens ont parfois des préjugés. Ça n’a pas surpris tes proches ?

Cette décision n’a pas du tout surpris mes proches car j’avais vraiment besoin de changer d’air et de découvrir de nouveaux horizons. Travailler dans un tel environnement après avoir été en banque d’affaires où tout le monde vient du même milieu représente un réel changement qui pousse à l’ouverture d’esprit. Je découvre des manières de travailler différentes des miennes et c’est très enrichissant car j’apprends énormément de ces personnes-là.

LA4Lire aussi : Entretien en M&A : les questions techniques fréquentes

Certains Analysts en M&A se plaignent que leur boss partent parfois en « freestyle ». Es-tu d’accord avec cela ?

Pas du tout, je dirais même que c’est le contraire. En M&A, les gens ont très peur de produire le moindre élément de jugement qui ne puisse être soutenu par une analyse numérique ou la voix d’un expert. Aucune place n’est laissée à l’improvisation.

Qu’est-ce que tu gardes de ton passé de banquier d’affaires dans ta vie actuelle ?

Je n’ai aucun regret sur mon passage en finance de haut de bilan qui a été particulièrement formateur. Lorsque je travaillais en fonds, j’ai appris à regarder une entreprise sous tous les angles et à réfléchir à un marché en profondeur. J’ai ensuite pu développer plus avant cette compréhension chez Goldman. J’ai non seulement acquis de la rigueur et de l’efficacité, mais surtout, j’ai appris à hiérarchiser les priorités dans un environnement exigeant et amélioré ma compréhension de la façon dont on présente de l’information devant des personnes occupant un haut niveau de responsabilité. La banque d’affaires m’a apporté des compétences techniques et m’a appris à communiquer de façon plus efficace.

Beaucoup de nos lecteurs souhaitent se diriger vers une carrière en banque d’affaires. Quel message tu pourrais leur faire passer, et que tu aurais aimé entendre quand tu étais étudiant ?

Si je devais donner un conseil à mon jeune moi ce serait d’élargir ses horizons et de découvrir d’autres métiers/entreprises avant de se lancer dans la banque d’affaires juste parce que ça brille. J’aurais, par exemple, aimé découvrir des métiers où l’on travaille davantage de façon transversale plutôt qu’en silos hiérarchiques.

Ariane Guillaume, étudiante à l’EDHEC Business School et Responsable Editorial du blog AlumnEye