C’est un portrait inédit que nous vous proposons. Un portrait de celui qui, il y a quelques années encore, était présenté comme un jeune espoir des fusions-acquisitions. En un temps record, Emmanuel Hasbanian a su s’imposer dans un milieu extrêmement concurrentiel. Son nouveau challenge, contribuer à repositionner Deutsche Bank au sommet du classement des banques européennes.

 

De HEC à PAI, une rencontre avec la banque d’affaires

Après deux années de classe préparatoire, j’ai intégré HEC en tant que major de promotion en 1993. J’ai réalisé une année de césure qui m’a conduit chez PAI Partners, à l’époque rattaché au groupe Paribas. Le métier, sa technicité et sa nature intrinsèquement unique m’ont rapidement plu, et PAI m’a soumis, à l’issue de cette année chez eux, une offre d’embauche avant même la fin de mes études. N’ayant pas la possibilité de suivre mes cours à HEC par correspondance, j’ai accepté l’offre de PAI mais à mi-temps.  Groupant mes cours le matin, chaque après-midi, je rejoignais les bureaux de Paribas. Commençait alors une deuxième journée de travail, qui ne se terminait généralement que tard dans la nuit. Si ce fut une expérience très éprouvante, elle fut surtout fort enrichissante sur le plan personnel. J’ai tenu ce rythme dix mois.

Un parcours sans faute jusqu’à la Deutsche Bank

Dans le cadre de ma dernière année de scolarité, en 1997, j’ai décidé de rejoindre Cologne pour y poursuivre mes études. PAI m’a proposé de rejoindre son équipe basée à Hong-Kong. Mais malgré mon jeune âge, j’avais déjà pu connaître plusieurs expériences, notamment à Tokyo et à New York, et mon rêve d’alors était de rejoindre Londres. Tout en restant dans le groupe Paribas, j’ai rejoint non pas les équipes de PAI à Hong Kong, mais les équipes Advisory à Londres, pour une période de 3 ans; jusqu’en 2000, et la fusion qui s’amorçait avec BNP. Celle-ci entraîne une certaine période de flottement au sein du groupe, notamment pour les plus jeunes collaborateurs, ce qui m’a poussé à prendre du recul et rejoindre les rangs de Merrill Lynch. J’y resterai jusqu’en 2009, année du rapprochement avec Bank of America. Je prends alors la décision de rejoindre la banque la plus solide du marché en Europe en 2009 : Deutsche Bank. Initialement en charge des fusions-acquisitions, j’y ai progressivement élargi mon spectre d’activités, jusqu’à superviser l’ensemble des activités de banque d’affaires en France aujourd’hui, aux côtés de Julien Fabre.

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Quelles opérations vous ont particulièrement marqué au sein de votre carrière ?

Après plus de vingt ans de carrière, difficile d’isoler une opération marquante. Cependant, la création d’Arcelor m’a profondément marqué. Ce projet sacerdotal de rapprochement était inédit par sa longueur, sa complexité et son caractère transfrontalier. Au-delà de la triple fusion Usinor, Arbed, Aceralia, d’autres sociétés de ce périmètre furent amenées à se greffer à l’opération de fusion, dans un cadre législatif communautaire bien loin d’être aussi intégré qu’aujourd’hui.

Au-delà de l’extrême complexité d’un tel dossier, ce type d’opérations m’a permis de développer des relations personnelles avec le client, mais aussi de construire ma crédibilité en interne. En effet, en parallèle de ce dossier, j’étais alors également partie prenante de l’équipe en charge de la fusion entre British Petroleum et TNK en Russie, qui représentait alors la plus grosse Joint-Venture jamais réalisée en Russie par un groupe étranger. Ce type de dossier permet de développer une vision plus acérée des divers mécanismes clés d’une opération, et donc une meilleure capacité à défricher des problématiques sensibles. A 32 ans, à la suite de ces opérations, j’ai été promu au rang de Managing Director. Tout au long de ma carrière, j’ai eu la chance d’être associé à de nombreuses opérations d’envergure qui ont marqué l’actualité. Du rapprochement entre Sanofi et Aventis, au mariage entre GDF et Suez, au total ce sont plus de 500 milliards de transactions que j’ai traitées depuis le début de ma carrière en Advisory.

Le métier de banquier d’affaires évolue pour se réinventer

A mes débuts, les marchés financiers étaient beaucoup moins intégrés qu’aujourd’hui, et les équipes en charge des dossiers beaucoup plus réduites. Actuellement, le double phénomène d’internationalisation et de sophistication rend presque impossibles des opérations menées par des équipes resserrées, de trois ou quatre personnes, quelques banques et quelques avocats. Auparavant, des équipes « commandos » étaient attribuées à chaque dossier, et devaient allier toutes les compétences indispensables à la réussite d’un deal (financement, M&A, droit boursier, fiscalité…). Pour l’anecdote, les banquiers mandatés réalisaient intégralement eux-mêmes les notes d’opérations destinées à l’AMF ; une situation impensable aujourd’hui !

Face à ces évolutions, comment attirer et retenir les talents ?

C’est cette atmosphère de travail que nous tentons de recréer chez Deutsche Bank, car les métiers de la banque d’affaires ne sont passionnants qu’à condition d’être au cœur des dossiers. Plutôt que de recruter des effectifs pléthoriques, nous proposons une courbe d’apprentissage plus importante à nos collaborateurs, car ceux-ci sont réellement impliqués sur les opérations que nous supervisons. Ici, nos jeunes sont formés à travailler en équipe, et se familiarisent donc tout autant au financement, à l’Equity et au M&A. Je connais un jeune chez Deutsche Bank qui peut se targuer d’avoir réalisé plus d’IPOs que des responsables Capital Markets chez certaines banques de la place parisienne.

Derrière cette responsabilisation des juniors, et de manière plus globale, c’est un fonctionnement entièrement tourné vers le client que nous avons souhaité construire. Notre philosophie, c’est de faire plus avec moins pour le client, multiplier les intervenants ne multiplie pas les expertises. Cette expertise, le « deal captain » seul la réunit et l’utilise pour les besoins du client, mais en aucun cas il ne la sous-traite. Il en résulte des opérations menées par des task-forces de 4 à 5 personnes, qui gèrent le dossier seules, dans une extrême confidentialité. Nous privilégions ce mode de travail car il est également plus enrichissant de comprendre les tenants et aboutissants d’une opération. Nous ne sommes pas des maitres d’œuvre, nous sommes des multi-experts. Un gage de responsabilisation des équipes, mais aussi de technicité, afin de répondre à des clients aux demandes de plus en plus sophistiquées.

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Qu’est ce qui, selon vous, fait la singularité et la force de la Deutsche Bank ?

Deutsche Bank a fait le choix de rassembler les activités de marché, de corporate finance et de banque transactionnelle au sein de d’une division commune (Corporate & Investment Bank, CIB), dans le but de recentrer notre organisation autour des clients. Les murailles de Chine sont toujours strictement respectées, mais des  synergies sont nécessaires entre marchés et banques d’affaires. A titre d’exemple, Deutsche Bank a mené 16 des dernières 18 IPO de sociétés françaises de taille conséquente. Ce track-record s’explique en très grande partie par la puissance de frappe de la banque, de ses équipes marché en distribution de l’equity, et par la coopération rodée entre nos équipes. Aujourd’hui, quand un actionnaire américain est à la recherche de papier européen, il pense très naturellement à Deutsche Bank, qui est l’un des plus grands traders de titres européens (actions et dette).  Derrière ces exemples, se pose la question du choix d’une banque « one stop shop » pour les clients corporate : une banque qui arrive à allier toutes les compétences, à haut niveau. Toutes les banques peuvent tout faire, mais cela ne dit rien de la qualité des prestations fournies. Deutsche Bank est l’une des seules banques européennes capable de rivaliser avec les banques américaines et a pour ambition de redevenir la première banque d’investissement en Europe.

Pourquoi rejoindre la Deutsche Bank aujourd’hui ?

Deutsche Bank a, au court de sa longue histoire, construit un focus plein et entier sur l’Investment Banking. Ce focus, elle a su le nourrir en développant des positions extrêmement fortes sur chaque métier, ainsi qu’un dialogue stratégique avec chacun de ses clients. Nos clients sont à la recherche de techniciens en fusions-acquisitions, qui soient aussi capable de comprendre la façon dont les investisseurs vont interpréter des mouvements annoncés par leurs entreprises. Mais ils sont surtout à la recherche de banques qui seront à leurs côtés sur le long terme. Servir les clients européens partout dans le monde, cela pourrait être notre motto.

Nous recrutons régulièrement en France. Au niveau junior, les recrutements se font sur une base internationale. Chaque année une dizaine de stagiaires et d’analystes sont ainsi recrutés à Paris. Outre une formation extrêmement complète, nous proposons également à nos jeunes recrues des perspectives d’évolution au sein de nos autres bureaux à New York, Londres ou Hong Kong dès la troisième année.

 

Merci Emmanuel Hasbanian d’avoir accepté de répondre à nos questions

Interview réalisée par Bastien Le Bars, étudiant à l’ESSEC et contributeur du blog AlumnEye

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