Fraudes et délits d’initiés en M&A et Sales & Trading : pourquoi ?

Fraudes et délits d’initiés en M&A et Sales & Trading : pourquoi ? 

Le monde financier est souvent vu d’un mauvais oeil par l’opinion publique. Cette triste réputation est largement alimentée par les nombreux scandales de fraudes qui ont secoué ces secteurs. C’est à croire qu’aucune banque n’a pu échapper à la tentation du délit. Même JPMorgan, l’institution bancaire la plus respectée de la place vient de signer un chèque de $2.6Mds pour ses liens trop étroits avec Bernard Madoff. Plus proche de chez nous, la Société Générale a defrayé la chronique avec la fraude de son célèbre trader Jérome Kerviel. Et la liste n’en finit plus : Crédit Suisse et Serageldin, Goldman Sachs et Fabrice Tourre, UBS et Kweku Adoboli…

Le paradoxe réside dans le fait que la plupart des fraudeurs ne sont pas fondamentalement mauvais. Pour leur vaste majorité, ils n’ont jamais fréquenté le banc des accusés. Au contraire, ils vivaient une vie irréprochable avant leur mise en cause.

Pour autant, la liste des scandales financiers est longue et l’interrogation d’autant plus légitime : pourquoi tant de bons employés se mettent à mal agir ? C’est le sens de la question posée par le juge Hellerstein lors de la condamnation de Serageldin qui gérait une équipe de trading de Mortgage Backed-Securities chez Crédit Suisse pendant la crise de 2008 : « Pourquoi autant des gens bons sont-ils les auteurs d’actions répréhensibles ? »

La recherche du profit personnel

Avant d’aborder l’ensemble des éléments expliquant des comportements déviants, il est indispensable d’aborder le premier d’entre eux : la recherche du profit personnel. A ce titre, l’exemple de Rajat Gupta est effarant : ancien Managing Director de McKinsey, cet ex-membre du Board de Goldman Sachs a été condamné pour délit d’initié après avoir transmis des informations privées à un fund manager. Rien ne laissait entrevoir une telle fin pour Rajat Gupta, marié et père de 4 filles, parti à la retraite avec une fortune personnelle estimée à environ 130 millions de dollars. Malgré cela, il rentre dans le jeu risqué du délit d’initié pour s’enrichir personnellement. Incompréhensible venant d’un multimillionnaire si l’on ne prend pas en compte les fréquentations de M. Gupta : Bill Gates, Henry Kravis, Henry Paulson, autant de multimilliardaires pour qui $130mm semblent être une bagatelle.

Pression

Le contexte de crise et la recherche permanente du profit ont
favorisé une culture d’entreprise qui exerce une forte pression sur les employés pour réaliser leurs objectifs de performance. C’est l’argument principal de la défense de Jérome Kerviel lors de son procès : son avocat rappelle que ses résultats de l’année N devenaient ses objectifs de performance pour l’année N+1. Fraudes et contournement des limites de risque deviennent alors un moyen d’atteindre les objectifs de performance quand la situation est trop stressante.

Sous la pression de générer des bénéfices pour un fonds d’investissement ou une banque, les traders sont à l’affût d’informations sur le marché qui peuvent lentement les rapprocher de la ligne de l’illégalité. Au même titre, les “réseaux d’experts” auxquels font appel les banquiers M&A pour avoir des informations sectorielles sont parfois à la limite de l’information privilégiée.

Auto-persuasion

Beaucoup des fraudeurs se persuadent de ne pas être dans l’illégalité pour mieux soutenir le fondement de leurs actions. Ce type d’individu ne peut donc pas être dissuadé : il est convaincu du bien fondé de sa conduite. Si vous ne croyez pas que votre action est illégale, alors vous ne craignez pas la punition.

 

 

Banalisation

Un autre phénomène est souvent invoqué lors des procès de délits d’initiés : la banalisation des comportements répréhensibles. Ils deviennent monnaie courante et ceux qui ont cédé contribuent à la perversion des autres : si tout le monde a la conviction que l’action n’est pas répréhensible, elle ne peut l’être réellement. La manipulation des taux interbancaire, des taux de change, des devises étrangères des banques mondiales devient une habitude dont se targuent même les coupables après avoir augmenté ou diminué artificiellement un taux de référence.

Et contrairement à ce qu’invoquent systématiquement les employeurs des fraudeurs, il ne s’agit pas là de cas isolés. Pour preuve le nombre de condamnations dans le secteur financier a explosé ces 5 dernières années. Le régulateur semble être conscient du problème et soucieux de l’éradiquer.

A titre d’exemple le juge Hellerstein a été clément dans sa sentence à l’égard de Kareem Serageldin en invoquant la culture toxique qui régnait chez Crédit Suisse et ses concurrents. Ce trader de chez Crédit Suisse a été condamné à 30 mois de prison pour son rôle dans la manipulation des prix de MBS avant la crise de 2008.

Lois imprécises

Le régulateur est également partiellement fautif : les lois sur les opérations de délits d’initiés stipulent que l’information communiquée doit être «importante» (« material » en anglais) pour constituer un délit. La frontière de la légalité est alors facilement dépassée sans même s’en rendre compte du fait du caractère relatif du caractère « important ».

 Et pourtant…

Ce qui reste déroutant sur ​​les personnes qui ont mené une vie droite auparavant, c’est qu’elles sont peu susceptibles de commettre un délit s’il leur est présenté en termes clairs.

Prenez l’exemple d’un trader de Wall Street qui, si on lui demandait d’échanger des informations privées importantes obtenues par un insider de l’entreprise, refuserait sans hésiter – du moins s’il a une chance raisonnable d’être pris.

Comme le juge Hellerstein l’a souligné en condamnant M. Serageldin « Chaque personne doit regarder en lui-même et se demander ce qui est juste  et ce qui est faux. » Les affaires de criminalité en col blanc impliquent trop souvent des accusés qui ne semblent jamais s’être posés de telles questions.

 

En quoi cela concerne-t-il un candidat pour un poste en finance ? 

De plus en plus de questions d’entretien sont posées sur votre éthique personnelle. Chez Barclays par exemple, à plusieurs reprises la question est revenue : « How would you react if your client asked you to do something unethical? » ou encore « What would you do if your friend did something unethical at work? ». Ces questions doivent être prises très au sérieux car l’éthique est devenue un critère central de recrutement. En effet, les malversations ont coûté très cher aux banques en termes financiers mais également en termes d’image de marque. Il s’agit pour ces recruteurs de limiter le risque de fraude dès l’étape du recrutement.

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