Davos & inégalités : 85 personnes aussi riches que 50% du reste du monde.

A Davos, les inégalités préoccupent les leaders économiques

 

Signal d’alarme à Davos

Du 22 au 25 janvier 2014 se tenait à Davos le Forum Economique Mondial réunissant les plus grands leaders économiques afin de faire le point sur la situation économique actuelle. Les problèmes majeurs ont été abordés et un constat inquiétant ressort de ce rassemblement : les inégalités économiques n’ont jamais été tant prononcées dans le monde. Tant dans les pays émergents où les ressources sont mal distribuées, que dans les pays développés où le chômage ne cesse d’augmenter, les inégalités économiques s’accentuent et deviennent de plus en plus préoccupantes.

Bien que les leaders économiques présents à Davos ne soient pas directement touchés par cette tendance, des conséquences terribles sont à prévoir si la situation continue dans ce sens.

Avant ce grand rassemblement économique mondial à Davos, l’idée selon laquelle les inégalités sont bénéfiques pour l’économie revenait souvent auprès des analystes. Boris Jonhson, le maire de Londres avait même annoncé que l’égalité économique était impossible à atteindre étant donné que les individus eux-mêmes ne naissent pas avec des aptitudes et des QI identiques. Il avait ajouté qu’il croyait en l’importance de ce ressenti d’inégalité pour stimuler l’innovation et l’envie de se surpasser et ainsi augmenter la croissance et l’activité économique.

Ainsi, longtemps perçue comme une invitation à l’innovation et à la croissance mondiale l’inégalité sociale est-elle maintenant pointée du doigt par les riches et puissants leaders mondiaux à Davos.

 

Peu avant l’ouverture du Forum, le FMI et l’ONG Britannique Oxfam ont tiré le signal d’alarme sur le sujet, ce qui a permis de lancer des discussions concrètes et chiffrées. Ainsi, le rapport d’Oxfam révèle que « les 85 personnes les plus riches du monde concentrent autant de richesse que les 3.5 milliards de personnes les plus pauvres, soit 50 % de la population mondiale ». Et, Christine Lagarde s’est inquiétée que « dans de trop nombreux pays, les bénéfices de la croissance ont profité à trop peu de gens, ce qui n’est pas la bonne recette pour la stabilité et la durabilité » de la croissance mondiale.

La conséquence est sans appel : le rapport annuel du Forum sur les risques mondiaux annonce que « le fossé persistant entre les revenus des citoyens les plus riches et ceux des plus pauvres est considéré comme le risque susceptible de provoquer les dégâts les plus graves dans le monde au cours de la prochaine décennie ».

Les causes diffèrent selon les pays

Les causes de cette montée des inégalités diffèrent selon les pays. Les pays émergents, surtout Africains souffrent d’une mauvaise répartition des richesses, de corruption et d’un manque d’équilibre et de légitimité des gouvernements. Au Nigeria par exemple, l’élite bénéficiant du pétrole du pays contraste avec les centaines de millions de Nigériens vivant sous le seuil de pauvreté. Dans les pays développés, la tendance désinflationniste a bloqué les salaires pour limiter l’inflation. La crise économique a provoqué la montée du chômage du fait de cette politique recherchant la stabilité des prix. Occupy Wall Street, « Indignés » et autres mouvements protestataires traduisent le malaise inhérent de sociétés occidentales toujours plus inégalitaires. Ainsi, le chômage, particulièrement élevé chez les jeunes, et la baisse des retraites, qui touchent les personnes les plus fragiles, accentuent encore les inégalités.

 

Des risques sociaux, économiques et politiques

Les conséquences de ces inégalités peuvent être terribles si elles sont accompagnées d’un sentiment d’injustice auprès des populations les plus pauvres. Ces dernières peuvent se sentir volées par des politiques conçues par les riches pour les riches. Et, Jennifer Blanke, économiste en chef du Forum économique mondial explique que « les inégalités de revenus engendrent des conflits sociaux comme on a pu le voir dans les pays émergents, mais également en Grèce et en Espagne, où le chômage des jeunes en particulier a explosé. Et cela inquiète les leaders ».

 

En fait, au-delà de la tension sociale, les conséquences économiques pourraient endommager fortement l’économie. Et, on pourrait même assister à un phénomène contraire à celui attendu. Alors que les inégalités sont censées stimuler l’innovation et la créativité, elles pourraient « priver des centaines de millions de personnes des fruits de leur talent et de leur travail » puisque le fruit de leur travail ne leur servirait qu’à survivre. De plus, baisse des salaires et montée du chômage s’accompagnent d’une baisse du pouvoir d’achat et du nombre de consommateurs et donc ont une influence directe sur les affaires et les entreprises. Jennifer Blanke, résume la situation : « Plus le fossé entre les riches et les pauvres se creusera, plus les tensions sociales seront fortes… Et une société au bord de l’explosion, ce n’est bon pour personne. Y compris pour les plus riches ! » Enfin, Lee Howell, directeur général du Forum inquiet de la situation conclut : « Il faut que les dirigeants politiques s’en préoccupent immédiatement, sans quoi le discours politique visant à répondre à ce malaise social parlera de nationalisme, de protectionnisme et de recul du processus de mondialisation ».

 

Les solutions avancées

Davos, après avoir souligné le problème, a proposé quelques solutions : le démantèlement des paradis fiscaux (qui bénéficieraient essentiellement au monde de la finance), la mise en place de fiscalités progressives à travers le monde. Oxfam explique tout de même qu’ « il n’y a évidemment pas une seule cause. Nous sommes bien conscients des dérives de la finance, mais les inégalités sont plus d’ordre structurelles, par exemple assouplir le marché du travail, mieux répartir et exploiter les richesses, une meilleure gouvernance, lutter contre la corruption… ». D’un point de vue social, il faut rétablir la cohésion grâce à une redistribution des richesses, et l’ONG encourage « les Etats à [..] financer une couverture universelle en matière de soins de santé, d’éducation et de protection sociale » ou encore « à défendre un salaire minimum vital dans toutes les sociétés qu’ils contrôlent ».

Le fait que Davos se préoccupe de l’aggravation constante des inégalités est une première louable. Encore faut-il que les solutions proposées par les grands de ce monde soient bel et bien mises en oeuvre.

 

 

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