Le CFA : un précieux sésame ?

Tout professionnel ou étudiant en Finance a généralement entendu parler du CFA – Chartered Financial Analyst – mais tous ne savent pas toujours ce qui se cache réellement derrière cet acronyme. Diplômé de l’ESSEC, j’ai passé les trois niveaux du CFA. Cet article aura donc pour but d’expliciter cette certification, du point de vue d’un professionnel de la gestion d’actifs qui s’y est confronté.

 

Qu’est ce que la certification CFA ?

cfa-futureEtablie en 1947 aux Etats-Unis, ses trois niveaux n’ont été mis en place qu’après coup, et sont aujourd’hui décernés par le CFA  Institute. Les premiers CFA Charterholders furent  certifiés en fonction de la qualité de leur expérience professionnelle. La CFA Society compte aujourd’hui environ 135,000 membres par le monde – principalement dans les secteurs de la gestion d’actifs, la banque d’investissement,  le courtage et l’assurance. Les plus importants employeurs de CFA Charterholders sont JP Morgan, PWC, HSBC, Bank of America Merrill Lynch, UBS, EY, RBC, Citigroup, Morgan Stanley et Wells Fargo.

Le curriculum du CFA se décompose de la manière suivante : Ethique et Standards professionnels, Méthodes Quantitatives, Economie, Analyse et Reporting financier, Finance d’Entreprise, Investissement Action, Gestion Obligataire, Dérivées, Investissements alternatifs, Gestion de portefeuille / Gestion de fortune.

Chacun des trois niveaux du CFA consiste en deux sessions d’examens de trois heures administrés une fois par an en juin (le premier niveau offre également une session en décembre). Les frais varient de 710 à 955 $ en fonction de la date d’inscription ; auxquels il faut ajouter entre 400 et 480$ lors de la  première inscription au premier niveau. D’un point de vue purement financier, si le candidat parvient à obtenir la certification, il s’assure d’un retour sur investissement ; le CFA Institute proposant par ailleurs des bourses.

Le premier niveau du CFA pose les fondements de l’analyse financière ; il expose à une quantité très importante d’informations,   dont la mémorisation  est évaluée par un QCM. Le second niveau approfondit le contenu du premier, tout en demandant des capacités d’analyse plus poussées (QCM portant sur des études de cas). Enfin, le dernier met en perspective les concepts étudiés lors des deux précédents niveaux, avec la gestion de portefeuille (Essais et QCM sur des études de cas). Cette année, les taux de réussite par niveau s’élèvent respectivement à 43%, 46% et 54%. La difficulté croît avec le niveau et obtenir la certification CFA nécessite en moyenne quatre années.

Au delà de passer les trois niveaux, obtenir le Charter CFA s’accompagne de prérequis. Ainsi, il est nécessaire de disposer d’un diplôme d’université (ou  équivalent), comme de quatre années d’expérience liées au processus de décision d’investissement. Il faut également devenir membre du CFA Institute et postuler à l’une de ses associations locales ; et enfin, adhérer au code d’éthique et au standard de conduite professionnel du CFA Institute.

 

Portraits d’illustres CFA Charterholders

Parmi les plus célèbres CFA Charterholders se distinguent des figures de la Finance :

  • Benjamin Graham est co-auteur du fameux Security Analysis, l’ouvrage de référence pour nombre d’investisseurs. Mentor de Warren Buffet, il a commencé sa carrière à Wall Street en 1914, soit  bien avant que les marchés ne soient régulés. Il a alors identifié le besoin de certifier les différents intervenants de marché et ainsi contribué à la création de l’organisation qui deviendra plus tard le CFA Institute.investment-guru-sir-john-templetons-16-rules-for-investment-success
  • Sir John Templeton fut le pionnier du Global Investing à une époque où les investissements étaient essentiellement domestiques – réalisés dans le pays d’origine des investisseurs. Sa stratégie consistait principalement à identifier les meilleures opportunités en situation de crise. Il a joué un rôle majeur dans le développement de Franklin Templeton Investments – 850 milliards de dollars sous gestion aujourd’hui – où  il  gérait le fameux Templeton Growth Fund (ayant généré 14.5% de performance annualisée entre 1954 et 1987).
  • Bill Gross est le co-fondateur de PIMCO, et ancien gérant de PIMCO Total Return Fund – Fond ayant culminé à 270 milliards de dollars sous gestion. Gérant obligataire star par excellence, il a notamment reçu le prix du Morningstar Fixed Income Manager of the Decade 2000-2009.
LA4Lire aussi : Faut-il passer son CFA pendant ses études ?

 

Pourquoi le CFA ?

Nombreux sont ceux qui s’inscrivent au programme CFA pour donner un coup d’accélérateur à leur carrière. Dans les faits, de  plus  en  plus  d’offres  d’emploi  la  mentionnent   en  avantage,  et  la certification rassure aussi bien les clients que les autorités de régulation dans le cadre des audits des CVs du personnel dît sensible. Il n’est pas non plus anodin qu’un nombre non négligeable de gérants de portefeuille soit certifié CFA.

Pour autant, l’obtention du CFA constitue une condition nécessaire mais non suffisante : le risque de frustration est important si on ne l’entreprend que dans l’optique d’un avancement de carrière. Le CFA est davantage un moyen d’étendre ses champs d’expertise initiaux – ayant opté pour la finance quantitative, je demeurais très léger en analyse fondamentale, finance d’entreprise et économie. La certification permet également d’asseoir son expérience  professionnelle  sur des bases théoriques, ceci afin de mieux comprendre ses interlocuteurs – dont les domaines d’expertise diffèrent des siens. Enfin,  si  la  courbe  d’apprentissage  tend  à  s’aplatir  avec  l’expérience, l’investissement personnel nécessaire à la préparation du CFA permet de redonner de la pente à cette courbe.

J’ai entendu parler pour la première fois du CFA dans le cadre de mon Master qui, comme beaucoup de Masters en Finance,  propose un partenariat  avec le CFA Institute pour le passage du premier niveau. Le passer en travaillant m’a permis de mettre en perspective les concepts abordés dans le cadre  du curriculum avec mon  expérience  professionnelle.  Il demeure  néanmoins  beaucoup plus facile de préparer le CFA dans le cadre de ses études ; la difficulté s’accroissant d’ailleurs avec le temps lorsque les responsabilités – professionnelles ou personnelles – s’accumulent.

 

Les tips à retenir de mon expérience du CFA

Tips n°1 : Soyez endurant. Le CFA ne requiert pas de potentiel intellectuel hors du commun, et s’apparente davantage à un marathon. La différence se fait dans la capacité à aligner des heures de révision, tout en gérant ses contraintes personnelles. Je n’en ai pas ressenti le besoin, mais afin d’entretenir leur motivation, certains candidats trouveront intéressant de réviser à plusieurs ou de s’inscrire à des groupes Whatsapp de soutien.

men-working-in-finance-300x200Tips n°2 : Informez-vous. Les forums spécialisés peuvent s’avérer très utiles, pour les informations postées, comme pour se motiver. A ce titre, citons AnalystForum où vous trouverez diverses questions relatives au curriculum du CFA. De nombreuses personnes s’y font généralement une joie de répondre, et ce, très rapidement. Par ailleurs, la section Emplois & Etude de Hardware.fr est une vraie mine d’or ; ne vous fiez pas à l’intitulé de ce forum, ses intervenants sont pour la plupart d’une qualité rare et livrent des informations indisponibles ailleurs (à ma connaissance, du moins). Enfin, il est bon de jeter un œil à Wall Street Oasis, le forum de Finance américain de référence. La première chose que l’on peut lire sur ces forums, et qui peut sembler pour le moins déroutante : il n’est pas nécessaire de lire les 3000 pages (par niveau) du curriculum officiel du CFA. Kaplan Schweser offre une alternative et notamment une synthèse du curriculum tout en parvenant à en restituer environ 95%. Le contenu proposé par cet organisme comporte une synthèse de 1500 pages en 5 livres, le « Secret Sauce » (condensé en 250 pages), des examens blancs, la « QBank » (banque de 2000/2500 questions) et enfin la « Quicksheet » (fiche synthétique de formules en 6 pages). Mon but n’est pas de faire la promotion de cet organisme, mais le fait est que je n’ai jamais ouvert un seul livre du curriculum du CFA Institute… Des organismes de formation proposent des cours portant sur le programme CFA – au coût généralement non négligeable. Personnellement, je révise mieux en lisant seul, mais cela peut s’avérer utile pour ceux qui en ressentent le besoin.

Tips n°3 : Ne faites aucune impasse. Le CFA Institute recommande de réviser environ 300 heures par niveau. Dans les faits, certains amis sont parvenus à réduire ce temps de révision pour le 1er niveau. Pour le réussir, la lecture du Secret Sauce et un entrainement sur le « QBank » se sont avérés suffisant. Prendre ce raccourci peut néanmoins signifier que des lacunes devront être comblées afin de triompher des niveaux suivants. J’ai personnellement révisé environ 250 heures le premier niveau, 300 le deuxième, et 350 le dernier niveau. A mesure que je progressais dans les différents niveaux, j’étais de moins en moins prêt à prendre le risque de devoir repasser l’examen, ce qui se traduisit par un temps de révision croissant pour chaque niveau. Tout dépend bien sûr de l’avancement de chacun dans son programme de révision, mais la plupart des forums recommandent généralement de poser au moins une semaine de vacances la semaine précédant l’examen, ceci afin de finaliser tranquillement les révisions. Ne négligez pas la partie Ethique qui, une fois maitrisée, assure des points et peut vraiment faire la différence. En effet, des rumeurs circulent sur différents forums, affirmant que le jury repêcherait les candidats ayant échoué de justesse mais reçu un honnête score en Ethique.

Tips n° 4 : Soyez stratège pour le jour J. Pour chaque niveau, j’ai commencé mes révisions environ quatre mois à l’avance. Il est relativement important de les planifier en amont et de s’y tenir afin d’éviter que le retard accumulé ne devienne trop difficile à rattraper. J’ai d’abord lu les cinq livres du Schweser avec un objectif d’environ 100/120 pages assimilées par semaine, ce qui m’a laissé un mois pour m’entrainer sur les examens blancs et le « QBank ». Je répondais en général à 1500 questions du « QBank », me permettant d’être relativement efficace lors de l’examen qui demande une bonne gestion du temps. Les deux derniers jours avant l’examen, je terminais par une relecture des formules via la « Quicksheet ».

Tips n°5 : Fixez-vous des objectifs ambitieux. Jusqu’en 1989, le score de passage de chaque niveau était défini à 70% du score maximal obtenu par un candidat. Désormais, la détermination du score de passage est établie chaque année discrétionnairement par un comité du CFA Institute, après chaque examen. Néanmoins la plupart des forums continuent de considérer qu’un score d’au moins 70% assure la réussite à l’examen (en supposant que le meilleur fasse 100%). Dans les faits, il est difficile d’infirmer ou confirmer cette assertion étant donné que les résultats aux examens sont donnés par matière dans les fourchettes de score suivantes : 0-50%, 50-70%, 70-100%.

LA4Lire aussi : Les tests standardisés (GMAT, TAGE MAGE, CFA, TOEIC…). Lesquels passer et lesquels mettre sur son CV ?

 

La certification CFA remise en question

cfaS’il est intéressant d’étudier le premier niveau, il est généralement admis que pour tirer au mieux profit du CFA, il faut passer les trois. Pour autant, vaut-il mieux dépenser 900 heures (3×300) à réviser le CFA, ou passer ce temps à développer son réseau ? Obtenir la certification CFA ne garantit aucun débouché professionnel. Il est tout à fait possible que ce temps investi n’ait que peu servi, alors qu’il peut parfois suffire d’un seul bon contact pour que sa carrière prenne le tournant souhaité. Si on pousse le raisonnement un peu plus loin, un vendeur ou un banquier privé saura très certainement beaucoup mieux valoriser son carnet d’adresses, qu’une certification CFA. Dans les faits, rejoindre un groupe de travail, un groupe de soutien WhatsApp ou autre, permet de rencontrer lors de ses révisions de nombreux financiers un minimum ambitieux, de souder des liens et donc parallèlement de développer son réseau. A l’inverse, en se focalisant sur le networking, il est fort possible de rencontrer des individus dont le savoir ne se retrouvera pas dans les livres. Je ne pense donc pas qu’il y ait de réponse tranchée à cette question même si, et bien que cela dépende évidemment de l’exigence de son travail, il est tout à fait possible de concilier révisions CFA et networking.

L’autre débat consiste à comparer MBA et CFA. Les détenteurs du CFA y voient ici le moyen d’en faire un challengeur du MBA. Sur le papier, pour un professionnel de la finance, le CFA propose un programme académique aussi solide que celui d’un MBA, des coûts de formation largement inférieurs et la possibilité d’obtenir la certification sans devoir quitter son travail (les meilleurs MBAs demandant généralement deux années d’études à temps plein). Néanmoins le CFA n’offre pas encore la même puissance de réseau qu’ont les meilleurs MBAs, ni les mêmes opportunités de reconversion. Cela peut sembler évident, mais il est beaucoup plus probable d’être reçu en entretien chez Citadel, Bridgewater, Man Group ou encore Brewan Howard, en étant diplômé d’un des meilleurs MBA, qu’en disposant d’une certification CFA. Néanmoins rien n’empêche de cumuler les deux, une certification CFA pouvant par ailleurs être utilisée pour donner plus de poids à un dossier de candidature aux MBAs.

 

Nicolas Pierre, diplômé de l’ESSEC et contributeur du blog AlumnEye

 

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