Une prise de conscience des investisseurs de long-terme de risques liés au climat

banque-et-developpement-durablecfinance-ethiqueJusqu’à présent, les investisseurs s’intéressaient à la question climat mais agissaient peu. On assiste désormais à l’émergence d’une prise de conscience d’un dysfonctionnement possible des marchés. Dans une perspective court-termiste, ces derniers n’apprécient pas le risque carbone encouru par certaines sociétés, soit parce qu’elles sont polluantes (et donc exposées à des formes de taxation, de la part des Etats, ou des consommateurs), soit parce qu’elles détiennent des avoirs fossiles (dont la masse globale pourrait excéder le budget de la planète, conduisant à une non-exploitation possible d’une partie ces actifs).

 

C’est donc en se fondant uniquement sur leur responsabilité fiduciaire de maximisation des profits et de minimisation des risques que les investisseurs prennent position pour comprendre, analyser et réduire leur exposition au risque carbone.

 

Il existe différentes méthodologies pour réduire ces risques (exclusion, etc.). Parmi les solutions innovantes qui ont connu un essor récent et rapide, se trouvent les indices low carbon, et ce notamment sous l’impulsion conjointe du Fonds de Réserve pour les Retraites, du fonds de pension Suédois AP4 et d’Amundi. Ces indices permettent de réduire le risque carbone à long terme sans pour autant impacter à court terme l’exposition aux marchés. Par ailleurs, grâce à des méthodologies transparentes, ces indices génèrent une compétition intra-sectorielle vers la transition énergétique (les sociétés sont exclues sur la base de règles claires et transparentes et ont donc des incitations à se reformer de manière à réintégrer les indices).

Par ailleurs, alors que ce mouvement étant encore à ses débuts, il était utile de créer une plate-forme de partage des meilleures pratiques en matière de réduction du risque carbone, afin de démontrer sa faisabilité et d’amener ce savoir-faire au plus grand nombre. La Portfolio Decarbonization Coalition a ainsi été créée sous l’égide des Nations Unies et rassemble des acteurs ayant pris des mesures concrètes pour réduire leur exposition au risque carbone et favoriser l’échange de bonnes pratiques. Après seulement quelques mois d’existence, la Coalition totalise plus de 60Md$ d’actifs engagés.

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Ces solutions d’investissement participent à l’implication de la communauté financière dans la construction d’un  « agenda des solutions »

éolienneFondés sur un partage de solutions et d’opportunités d’investissement autour de la matérialité du risque carbone et de la transition énergétique, les objectifs de la Coalition s’inscrivent pleinement dans l’agenda des solutions en amenant de nouvelles forces aux cotés des Etats.

La Banque Centrale Chinoise ou encore la Banque d’Angleterre, réfléchissent aussi à la mobilisation des investisseurs dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Plus généralement, l’intégration de la donnée carbone par les investisseurs dans leur analyse de risques permet d’influencer le comportement des entreprises. Elle permet aussi de soutenir l’écosystème, encore naissant, de courtiers, gestionnaire d’actifs et organisations non gouvernementales dédié à l’analyse des risques carbone.

Par ailleurs, l’émergence d’un consensus autour de la matérialité du risque carbone peut être accélérée par une mesure au coût politique minime à l’instar de ce que la France est en train de mettre en place: l’obligation de publication de l’exposition au risque carbone ainsi que des modalités de prise en compte de l’impact climatique, pour l’ensemble des fonds de pension publics et fonds souverains. Les investisseurs institutionnels communiquent sur l’ensemble de leurs risques à l’exception du risque carbone. Cette transparence est d’autant plus souhaitable pour les fonds publics dont les mandataires seront à terme amenés à supporter les coûts du changement climatique.

 

De plus, l’anticipation des régulations carbone à venir accélère le processus de transition énergétique et facilite le travail des régulateurs en préparant les acteurs potentiellement affectés. L’anticipation d’une régulation carbone par les marchés financiers renforce donc la probabilité de réalisation de cette dernière.

Bref, les acteurs financiers s’intéressant à la question climatique représentent aujourd’hui près de 92000Md$ d’actifs. Chaque tranche de mobilisation de 0.1% conduirait à une bascule de 100Md$. L’entrée des investisseurs dans la lutte contre le réchauffement climatique constitue donc un potentiel très important de pression sur les compagnies et entités responsables du réchauffement climatique.

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cop21Last but not least, la France, au delà de l’organisation de la COP21, montre un véritable leadership concernant la mobilisation des investisseurs institutionnels dans la lutte contre le réchauffement climatique. A travers un texte de loi sur l’empreinte carbone obligatoire, une coalition crée pour réunir les fonds de pension champions en la matière, des fonds de pensions décarbonisant leurs portefeuilles, et des gérants d’actifs développant des solutions innovantes, etc. Des synergies formidables et des innovations financières, complémentaires aux travaux des Etats, se mettent donc en place et renforcent la probabilité de réussite des négociations par une multiplicité de pressions sur les acteurs polluants.

 

 

Contact :

Frédéric Samama

Deputy Global Head of Institutional & Sovereign Clients

Amundi

Frederic.samama [at] amundi.com

 

Annexe/Citations de soutiens

Décarboner les portefeuilles d’investissements. Je sais qu’il s’est mis en place une coalition de décarbonisation des portefeuilles au sommet de New York et qu’après quelques mois d’existence, il y a déjà 45 milliards de dollars d’actifs qui sont engagés dans ce processus. Et les acteurs français ont pris leur part dans cette mobilisation.

François Hollande

Président de la République Française

 

 

“Quelques-unes des principales annonces de mon Sommet Climat – et qui portent un potentiel de changement significatif- sont venues du secteur privé. Une coalition d’investisseurs institutionnels s’est engagée à décarboniser $100 milliards d’investissements en actions.

Ban Ki-moon,

Secrétaire Général des Nations Unies

 

 

La Coalition pour la Décarbonisation des Portefeuilles est un pas positif dans cette direction. Je salue la mobilisation de ses fondateurs : Amundi, AP4, CDP et UNEPFI, ainsi que les investisseurs qui ont les ont rejoint depuis le sommet Climat, et j’ encourage tous les investisseurs institutionnels à approfondir leurs engagements en vue de la COP21. ”

Laurence Tubiana

Ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, représentante spéciale pour la conférence Paris Climat 2015 (COP21)

 

 

Nous incitons les investisseurs et gérants d’actifs, tels que ceux présents à cette rencontre clé à l’Université de Columbia, à devenir membre de laPortfolio Decarbonization Coalition” afin de partager leurs approches avec le public et les gouvernements du monde entier. La PDC sera ainsi en mesure de rendre visible aux yeux des gouvernements cette “richesse d’action” dans la période précédant la COP21 à Paris. C’est ce que, en 2015, les investisseurs peuvent concrètement faire pour aider à créer un environnement favorable au succès d’un accord sur le climat à la COP de Paris. »                

Janos Pasztor

Assistant du Secrétaire Général des Nations Unies en charge des questions relatives au Changement Climatique

 

 

“AP4 (Fjärde AP-fonden) a développé une stratégie de sous-pondération de ses actifs à haute teneur en carbone. “C’est une façon intelligente d’adopter un comportement moteur plutôt que de désinvestir directement du pétrole.”

“ Désinvestir du secteur pétrolier est en quelque sorte un exercice futile, cela ne donne aucun encouragement aux entreprises. ”

“ Avec la méthode AP4 vous obtenez l’intérêt des entreprises du secteur industriel à améliorer leur performance. AP4 s’est rendu compte que la performance avait cru pour ses instruments financiers classiques. ”

Lord Stern

Professeur à la London School of Economics

 

 

“CICC est engagé à promouvoir la décarbonisation des portefeuilles d’investissement et l’utilisation d’indices bas carbone, en particulier en Asie et en Chine.”

Jin Liqun

Président, China International Capital Corporation

 

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