« Quand une femme vous résiste il suffit de revenir avec un bouquet de fleur plus gros ». C’est avec ces propos qu’en février 2000, Klaus Esser, dirigeant de Mannesman expliquait comment il avait réussi à convaincre Hutchison Whampoa de lui céder sa filiale Orange. Cette citation illustre bien l’état d’esprit adopté ces 20 dernières années par les multinationales désireuses d’affirmer leur position au travers d’acquisitions et pour des montants toujours plus importants.

L’année 2017 s’annonce quant à elle comme une année record en termes de deals M&A : Danone acquiert un géant du bio américain, Whitewave, pour un montant de 11,4 milliards de dollars du groupe, Unibail-Rodamco rachète son concurrent australien Westfield pour 24 milliards de dollars ou encore Essilor qui rachète l’italien Luxottica (Ray Ban) pour un montant de 46 milliards d’euros.

Cette hausse est due au regain de confiance dans les milieux d’affaires avec notamment la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle. De plus, le climat favorable est porté par des politiques pro-entreprises et des conditions de financement facilitées par les marchés. Les transactions M&A ont bondi de 50% en 2017 pour atteindre près de 245,8 milliards de dollars. Ces montants stratosphériques ne suffisent pourtant pas pour figurer parmi les plus importantes fusions et acquisitions de l’histoire. Pour dire, 8 des plus importantes transactions totalisent près de 993 milliards de dollars à elles seules. L’occasion de faire un retour sur ces opérations qui ont marqué l’histoire.

 

Exxon – Mobil : 85,6 milliards de dollars

Secteur : Energy, Oil & Gas
Date opération : novembre 1999
Banques impliquées : JP Morgan, Goldman Sachs

En 1998, Exxon est la 2ème plus importante compagnie pétrolière. Elle initie alors l’acquisition de Mobil Corp pour 85,6 milliards de dollars afin de consolider sa position et devenir le n°1 mondial du pétrole. Mais pour affirmer sa position, le nouveau groupe a dû se plier aux exigences des autorités de la concurrence et faire des sacrifices. En Europe notamment, le groupe s’est retiré du raffinage et de la distribution de produits pétroliers. Aux États-Unis, il a dû céder plus de 2000 stations-service. Cependant, il s’agit toutefois de la plus grosse transaction industrielle jamais réalisé.

 

Pfizer – Warner Lambert : 88,9 milliards de dollars

Secteur : Pharma & Healthcare
Date opération :  juin 2000
Principales banques impliquées : Bank of America, Goldman Sachs, Guggenheim

Le secteur pharmaceutique se démarque également par son dynamisme et ses montants colossaux engagés. C’est le cas notamment de l’entreprise américaine Pfizer qui rachetait son concurrent Américain Warner-Lambert en 2000, pour devenir le n°1 mondial du secteur pharmaceutique.
L’entreprise Warner-Lambert, également le résultat d’une fusion, était reconnue pour son médicament Liptor, le plus vendu au monde dans les années 90. Cette fusion a donné lieu au plus grand centre mondial de recherche pharmaceutique.

 

Royal Dutch Petroleum – Shell Transport & Trading : 95,4 milliards de dollars

Secteur : Energy, Oil & Gas
Date opération : juillet 2005
Principales banques impliquées : Citi, Rothschild, Deutsche Bank, ABN Amro

L’entreprise pétrolière britannique Shell Transport and Trading ainsi que l’entreprise néerlandaise Royal Dutch étaient liées dès 1907. Il s’agit ici plus d’une rationalisation d’entités que d’une conquête. En effet, c’est en 2005 que l’unification des 2 sièges sociaux eu lieu, regroupant ainsi les deux entreprises en une seule entité juridique. L’opération de fusion aboutit à la création d’une nouvelle structure dénommée Royal Dutch Shell. Celle-ci est cotée à la bourse de Londres mais son siège social reste aux Pays-Bas.

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RFS Holdings – ABN Amro : 100 milliards de dollars

Secteur d’activité : Energy, Oil & Gas
Date de l’opération : octobre 2007
Principales banques impliquées : Goldman Sachs, Merill Lynch, Barclays

Le rachat de ABN Armo par le pool bancaire constitué de Royal Bank of Scotland, Fortis et Banco Santander demeure encore aujourd’hui la plus grosse opération dans le secteur bancaire. L’achat de ABN Amro par le pool mené par RBS reste une opération aujourd’hui très critiquée. En effet, la crise financière de 2008 a fragilisé les banques ayant participé à l’opération, si bien que l’état britannique a dû acquérir 81% du capital de RBS pour éviter sa chute. Fortis et Santander ont également été affaiblies par cette opération et ont dû faire appel à une aide financière de l’Union Européenne.

 

AB Inbev- SABMiller : 110,3 milliards de dollars

Secteur d’activité : Financial services
Date opération : novembre 2015
Principales banques impliquées : Lazard, Deutsche Bank, BNP Paribas, Morgan Stanley, J.P. Morgan

Traditionnellement le marché des spiritueux est un marché très fragmenté et soumis à une forte concurrence international. Les grandes entreprises ont dû réagir face à l’émergence de nombreux producteurs indépendants. AB Inbev, elle-même issue d’une fusion entre l’entreprise belge Interbrew et le brésilien AmBev, a racheté le brasseur anglais SABMiller (entreprise issue de la fusion entre le sud-africain South African Brewries et Miller) pour un montant de 110,3 milliards de dollars.

Aujourd’hui la nouvelle entité formée détient un nombre impressionnant de marques : Corona, Leffe, Stella Artois, Fosters, Hoegarden, et d’autres.

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Rachat des parts de Vodafone par Verizon : 130 milliards de dollars

Secteur d’activité : Technology, Media & Telecommunications
Date opération : février 2014
Principales banques impliquées : JPMorgan, Morgan Stanley, Goldman Sachs, UBS, Merill Lynch

Après la crise financière de 2008, les opérations de fusions-acquisitions battent de l’aile. Il faudra attendre 2013 pour revoir un gain spectaculaire, et c’est une fois de plus le secteur des télécommunications qui se fait entendre, puisque Verizon rachète 45% des actions de sa filiale Verizon Wireless détenues par Vodafone. Grâce à cette transaction, Verizon contrôle désormais la totalité de sa filiale mobile. Cette opération a permis à l’opérateur de consolider sa position de leader sur le marché américain avec près de 116 millions d’abonnés.

 

AOL – Time Warner : 181 milliards de dollars

Secteur d’activité : Technology, Media & Telecommunications
Date opération : janvier 2000
Principales banques impliquées : Goldman Sachs, Merrill Lynch, Salomon Smith Barney, Morgan Stanley

Time Warner rêve de créer un empire mêlant média et nouvelles technologies. C’est dans cette optique qu’en janvier 2000 Time Warner et American On Line (AOL) ont décidé de fusionner pour un montant de 181 milliards de dollars. Deux mondes se rencontrent, d’un côté AOL, leader d’internet et fournisseur d’accès, et de l’autre, Time Warner, champion du divertissement. AOL avait un chiffre d’affaires de 4,8 milliards de dollars en 1999 avec une capitalisation boursière de 164 milliards de dollars, soit deux fois celle de Time Warner (73 milliards de dollars). Ce rapprochement historique par son montant sera aussi l’un des plus gros échecs de l’histoire. L’opération s’est finalisée peu avant l’éclatement de la bulle internet. En 2002, AOL enregistre une perte de 100 milliards de dollars, un autre record. Ce mariage qui s’annonçait comme l’opération du siècle voit fin en 2009 lorsque Time Warner se sépare d’AOL.

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Vodafone AirTouch – Mannesmann AG : 202 milliards de dollars

Secteur d’activité : Technology, Media & Telecommunications
Date opération : février 2000
Principales banques impliquées : Warburg Dillon Read, Morgan Stanley, Merrill Lynch, JP Morgan and Deutsche Bank

En Février 2000, Vodafone, entreprise britannique dans le secteur des télécommunications, achètait son concurrent Mannesmann, spécialisé dans la téléphonie mobile. Au plus haut de la bulle internet, les valorisations d’entreprises atteignaient des montants colossaux, mais Vodafone AirTouch souhaitait à tout prix racheter son concurrent Allemand. Une première offre en titre est effectuée, valorisant Mannesman à 106 milliards de dollars. L’offre est ensuite portée à 137 puis à 202 milliards, en faisant aujourd’hui l’opération la plus importante de l’histoire. Vodafon multiplie par la suite les acquisitions internationales en Espagne, en Irlande ou encore au Japon. L’entreprise s’impose ainsi comme le leader incontestable de la téléphonie mobile dans le monde.

Mamadou Dembele