Portrait Anaïs Monlong

Après trois années passées en M&A chez HSBC, Anaïs Monlong a choisi de donner un tournant à sa carrière en rejoignant le Venture Capital au sein du fonds Early Stage d’AXA Venture Partners (AVP).

Dans cet article, Anaïs Monlong nous offre une vision concrète de ce secteur, de son travail au quotidien, et nous donne de précieux conseils pour intégrer le monde très fermé du Venture Capital.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

J’ai commencé mes études à Sciences Po Paris après le baccalauréat. En 3ème année, j’ai effectué un échange d’un an en Corée du Sud. Lors de cet échange, j’ai participé à un cours de stratégie mené par un professionnel du M&A qui m’a donné envie de me spécialiser en finance. De retour en France et intéressée par la Tech, j’ai réalisé un stage à pour une société de relation presse où j’écrivais des articles pour des clients, notamment tech, – sur des thèmes comme le big data. Cela m’a amenée à mon premier stage dans ce secteur chez Dassault Systèmes dans l’équipe Corporate Strategy. Ensuite, j’ai enchaîné plusieurs stages en finance : en Corporate Finance chez Detroyat Associés, en DCM chez Barclays et en Leveraged Finance Media & Telecom à la BNP. A la suite de ces expériences, j’ai pu débuter ma carrière dans le M&A chez HSBC. Après plus de trois ans à ce poste, j’ai commencé à réfléchir à l’après. Je voulais intervenir sur des projets plus jeunes et être impliquée sur le long terme. Je me suis donc intéressée au Venture Capital et j’ai rejoint AXA Venture Partners.

 

Pourquoi le M&A en début de carrière ?

A la fin de mes études, j’ai évalué plusieurs options en Corporate Finance. J’avais apprécié mon stage à la BNP, mais ils étaient en période de gel des embauches à la fin de mon stage et j’ai donc commencé à chercher dans d’autres banques. Si on est intéressé par la Corporate Finance, le M&A est intéressant car c’est un métier très transverse et « touche-à-tout » avec une partie valorisation (comme on peut voir à l’école) et une partie management de projet. Outre l’aspect purement technique, j’ai voulu rejoindre HSBC car j’ai beaucoup apprécié l’équipe. Pour celles et ceux encore hésitants sur les horaires et la charge de travail, il ne faut pas s’en inquiéter : même si vous décidez de partir après quelques mois, cette expérience restera extrêmement enrichissante et ne vous fermera aucune porte. Il ne faut pas croire tous les mythes qui circulent sur le secteur. J’ai passé de très bonnes années en M&A et j’ai rencontré des collègues extraordinaires qui sont devenus des amis. L’important est de choisir une bonne équipe et d’avoir un manager à l’écoute.

 

LA4Lire aussi : Intégrer le monde très fermé du Venture Capital

 

Vous avez fait du M&A notamment Tech, est-ce une raison de votre motivation à partir en Venture Capital ?

Quand on fait partie d’une équipe Tech en M&A on a deux options de sortie en buy-side : Le Venture Capital ou un fonds de Private Equity orienté Tech. Le plus du capital-risque est que l’on est toujours en questionnement sur des innovations naissantes. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Early stage (série A ou série B) me plaît. Cette perspective est donc très différente du Private Equity où on réalise des investissements majoritaires dans des entreprises plus matures. Dans ce cas, on n’a pas nécessairement le même genre d’interrogation sur le produit, sur le marché ou sur la technologie. Le Venture Capital offre la chance de discuter d’innovations diverses et réelles avec des entrepreneurs très brillants.

 

Quelles différences entre le M&A chez HSBC et votre poste actuel, tant sur le plan opérationnel que du lifestyle ?

Sur le plan opérationnel ce n’est pas la même perspective. En M&A on est soit en buy-side soit en sell-side. L’objectif est de défendre son client et de s’assurer que la transaction se passe dans les meilleures conditions. Il faut savoir présenter les avantages et désavantages du dossier mais la décision finale n’est jamais prise par les banquiers. En Venture Capital c’est l’inverse, on doit tout le temps prendre des décisions et se poser les bonnes questions : Est-ce que cette startup est intéressante ? Quels sont les risques pour le fonds ? Pourquoi est-ce risqué ? etc.

Sur le plan professionnel, mon expérience en M&A m’est très utile au quotidien. Le M&A permet de faire face à des situations très variées et d’accumuler des compétences financières et sectorielles très utiles. La courbe d’apprentissage est exceptionnelle et les juniors sont bien formés. Ce n’est pas forcément autant le cas en VC ou PE, où les équipes sont plus réduites et où il est parfois plus difficile de s’intégrer en sortie d’école.

Pour le lifestyle, je ne vais surprendre personne en disant qu’il n’y en a pas beaucoup en M&A. En Venture Capital, il y a une importante charge de travail, en particulier sur des périodes de rush où il faut être rapide sur des deals. Malgré tout, les horaires sont tout de même inférieurs à ceux du M&A et similaires à n’importe quel cadre en grand groupe.

Quelles sont les différences du Corporate Venture Capital par rapport à un fonds de Venture Capital ?

Globalement, il y a une différence de structure et d’ambitions entre les fonds de Venture Capital et les fonds de Corporate Venture Capital. Le but principal des fonds de Venture Capital est un retour financier pour les investisseurs, que l’on appelle des Limited Partners. Ces investisseurs confient leurs capitaux à un fonds en échange d’une gestion et d’une expertise en matière d’investissement. Les bénéfices seront ensuite récupérés sur un horizon d’environ 10 ans. Pour les fonds de Corporate Venture Capital, les capitaux proviennent généralement d’une seule et même entreprise. On peut comparer ces fonds à une sorte d’extension de l’équipe M&A avec un budget de croissance externe qui inclut l’investissement dans les startups. L’intérêt pour ce type de fonds n’est pas uniquement financier mais également stratégique. Le fonds peut alors chercher des avantages pour la société mère tels qu’obtenir de la R&D externalisée et mettre des options sur de nouvelles technologies.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, AXA Venture Partners n’est pas un fonds de Corporate Venture Capital mais bien un fonds de Venture Capital avec plusieurs LPs. Dans notre contexte, le nom d’AXA Venture Partners doit se comprendre comme faisant partie de la branche Asset Management d’AXA. En revanche, nous opérons totalement indépendamment et il n’y a aucune volonté qu’AXA fasse du M&A sur notre portefeuille d’investissement. Nous sommes structurés comme un fonds, régulé par l’Autorité des Marchés Financiers, avec des locaux séparés et une logique d’investissement qui nous est propre. Notre but n’est donc pas la réalisation de synergies comme beaucoup de fonds de Corporate Venture Capital.

 

Pouvez-vous nous décrire votre poste actuel au sein d’AXA Venture Partners et vos missions quotidiennes ?

Le travail se divise en deux parties. La première est le sourcing, elle consiste à trouver des startups où investir. Pour ce faire, on peut participer à des événements, lire la presse, suivre des levées de fonds, surveiller des secteurs, ou même parler avec les autres fonds de Venture Capital pour les opportunités d’investissement au sein de leur portefeuille. Cette partie est possible car le capital-risque est une activité très stratifiée (séries Seed, séries A, B, C, D etc.). On peut donc parler aux fonds de Venture Capital qui investissent dans des stades au-dessus ou en-dessous du nôtre. Concrètement, toute cette partie correspond à un travail de veille active. Il y a également un travail de rencontre avec les entrepreneurs, notamment avant la levée de fonds. Il est important de créer une relation, de se présenter et de réfléchir ensemble aux moyens à mettre en œuvre pour leur apporter de la valeur.

La seconde partie correspond à un important travail de qualification de l’investissement. On regarde en détail le marché, la compétition, le produit et l’équipe afin de développer une thèse d’investissement. On retrouve alors tout le travail de modélisation et de valorisation financière. A partir de ces éléments on détermine notre décision d’investissement. Dans le cas où on souhaite investir, on doit rédiger une term-sheet. Ce document établit les conditions et accords spécifiques des investissements entre la start-up et le fonds de capital-risque (prix, conditions, clauses, etc.). C’est un document préliminaire d’indication d’intérêt. Une fois ce document signé, dans la majorité des cas le deal a bien lieu. On doit cependant faire des due diligences pour s’assurer de la véracité des états financiers, des clients, des produits, etc. Pour vérifier ces éléments, on fait appel à des consultants spécialisés tels que des auditeurs financiers. On négocie ensuite un accord final d’investissement (investment agreement) et un pacte d’actionnaires (shareholders’ agreement) régissant la manière dont l’investisseur sera impliqué dans les décisions et ce qu’il se passerait dans diverses situations (départ d’un des fondateurs par exemple).

 

    LES SECRETS DU RECRUTEMENT EN FINANCE

Obtiens gratuitement 30 min de vidéo pour comprendre comment faire la différence sur des milliers de candidats.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur le fonctionnement d’AXA Venture Partners ? Secteur, organisation, taille des équipes, types d’investissement ? Prenez-vous des stagiaires ?

AXA Venture Partners s’organise en matrice : Nous avons un fonds Early Stage et un fonds Growth, les deux avec un volant Europe et un volant Etats-Unis.

Le fonds Early Stage est un fonds de 155 M$ avec des tickets de 1 à 10 millions. Les investissements se font à part égales entre les deux équipes situées en Europe (Paris) et aux États-Unis (New-York). Au total, l’équipe est composée de deux Partners et de 4 Associates. Malgré les antennes internationales, il s’agit du même fonds et les équipes travaillent, votent et participent ensemble aux investissements de leurs homologues transatlantiques. Dans mon cas, je travaille dans l’équipe Européenne et je m’occupe avec mon collègue de toutes les Séries A et B sur les secteurs qui nous intéressent, c’est à dire, fintech, insurtech, enterprise software, digital health et Marketplaces B2C.

Le fonds Growth est un fonds de 250M$ (au premier closing) avec des tickets entre 10 et 50 M€. Il peut donc se positionner sur des séries plus tardives (Série B, C, D…) Les équipes sont basées à Londres pour l’Europe et à New-York pour les Etats-Unis. Une équipe toute récente vient également d’être créée à Paris avec un Partner et un Associate. La structure, la répartition des investissements et les secteurs ciblés du fonds Growth sont similaires à ceux du fonds Early.

Nous recrutons des stagiaires périodiquement à Paris. Vous pouvez retrouver l’offre sur notre site internet et postuler directement.

 

Comment voyez-vous le Venture Capital dans l’avenir et quels sont les impacts de la crise de la COVID-19 sur votre activité ?

Nous sommes sur une classe d’actif qui est en train de se développer en Europe. Le Venture Capital est devenu une vraie catégorie d’investissement avec de nombreux fonds sérieux qui sont implantés depuis longtemps. L’écosystème du Venture Capital Européen est très intéressant et on commence à voir de belles histoires de croissance pour les start-ups Européennes. En revanche, on constate souvent avec nos équipes aux États-Unis que le marché américain a un avantage de taille par rapport au marché Européen. En effet, aux États-Unis, tout comme en Chine, il est possible de prendre de l’ampleur beaucoup plus vite car les sociétés peuvent se développer sur un gros marché sans barrières (linguistiques, règlementaires, etc.…). Ces environnements permettent d’avoir des succès considérables, très visibles notamment en B to C (Business to Customer). En Europe, le piège est de vouloir rester dans le pays de lancement de la startup car le marché semble suffisamment gros. La vérité est qu’il est trop petit pour beaucoup de produits et il serait nécessaire de penser international dès la création de l’entreprise. Globalement, on remarque que ce n’est pas encore un état d’esprit récurrent pour tous les entrepreneurs européens.

La crise de la COVID-19 n’a pas réellement changé notre activité au quotidien à l’exception de notre participation aux événements professionnels. AXA Venture Partners couvrait déjà toute l’Europe et a pu mettre en place le télétravail. Avant ou après la pandémie, je passe la majorité de mon temps sur des entretiens à distance avec des interlocuteurs internationaux. En revanche, la crise de la COVID-19 a été un véritable facteur d’accélération pour le secteur de la technologie. Cette crise nous a probablement fait gagner dix ans car les entreprises ont été obligées de digitaliser leurs activités. Maintenant, il faut réussir à maintenir cette dynamique dans la durée.

De plus, la crise sanitaire a mis en exergue les failles et les faiblesses du secteur de la santé. Il a fallu s’adapter et innover rapidement. En période de crise, les innovations qui font gagner du temps deviennent cruciales. C’est pourquoi beaucoup de fonds de Venture Capital se sont intéressés au secteur de la santé. AVP investissait déjà dans la santé depuis plusieurs années et on voit plus de fonds intéressés par ce domaine qu’avant la pandémie.

 

Quelles sont, selon vous, les compétences et les qualités requises pour occuper votre poste ?

Je pense qu’il faut vraiment être très curieux. Il faut toujours avoir envie d’innover et de sortir des cadres normés. Les sujets étant nombreux, il faut être capable de les aborder mais également de les analyser rapidement. Dans le Venture Capital, nous pouvons voir plus de quatre startups par jour et on ne peut pas se permettre de s’attarder sur un sujet. Il faut donc être en mesure de changer constamment son état d’esprit. Je dirais presque qu’il est préférable d’être impatient car tu n’auras pas le temps d’étudier chaque sujet en profondeur. Le conseil et le M&A sont similaires sur ce plan car ce sont des métiers où on jongle plusieurs sujets.

En termes de compétences requises, elles dépendent beaucoup des stades d’investissement des fonds. En fonds Seed, l’analyse chiffrée est plutôt rudimentaire voire quasi impossible faute de données. Il faut davantage avoir un bon fit avec les personnes et être capable d’établir un contact rapide. Les bons investisseurs des fonds Seed sont très sociables et possèdent un bon réseau. Ce réseau leur permet d’avoir une vision globale sur tout ce qui se passe sur le marché. Pour des stades un peu plus tardifs comme en série A ou en série B, il faut des compétences financières plus traditionnelles. Il faut donc aimer les chiffres et travailler sur Excel. Enfin un dernier critère, et non des moindres, il faut aimer parler de technologie et de sujets pointus.

LA4Lire aussi : Corporate Venture Capital : une alternative aux fonds de VC

 

Quels sont les meilleurs parcours à suivre pour un étudiant qui voudrait se lancer dans ce secteur ? Doit-on avoir une stratégie dès les premiers stages ?

Rassurez-vous, je souhaite rappeler que l’on se ferme rarement des portes en étant étudiant. Il ne faut pas dramatiser si vous n’avez pas réussi à obtenir le stage de vos rêves. Il faut savoir relativiser, les mauvais choix seront oubliés après quelques années d’expérience professionnelle. Pour faire du Venture Capital, je conseillerais un stage en Tech et n’importe quel stage en finance dans une société de renom. Le stage en Tech permettra de vérifier si ce secteur vous intéresse réellement. C’est également l’occasion de rencontrer des personnes qui construisent la Tech et qui ont un background différent du vôtre comme des développeurs et des ingénieurs. Pour les stages en finance, on peut notamment aller en banque (pas nécessairement en M&A) ou encore en stratégie car ce sont de très bonnes formations.

Il faut savoir qu’il est plutôt rare de trouver un poste en Venture Capital en sortie d’école. Si on ne veut ni faire du M&A ni partir en stratégie, il est possible de chercher un CDI dans une bonne startup. Dans ce cas, il faut viser une startup organisée qui a potentiellement déjà levé des fonds mais où il est encore possible de se faire une place. Le but sera de viser des postes comme COO (Chief Operating Officer), Assistant CFO (Chief Financial Officer) ou encore dans des postes au Customer Success ou Product. Ces postes vous permettront d’avoir une vue d’ensemble de la startup. Vous en découvrirez son quotidien et vous obtiendrez de bonnes bases pour travailler ultérieurement en Venture Capital. Je recommande donc souvent ce type d’expérience, surtout dans la mesure où les startups recrutent beaucoup, et notamment les jeunes diplômés. Bien sûr, monter sa startup est également une très bonne expérience pour ceux qui en ont l’envie. Même en cas d’échec, ce ne sera jamais du temps perdu.

 

Avez-vous des conseils pour nos lecteurs souhaitant s’orienter vers une carrière en Venture Capital ?

Vouloir faire du Venture Capital en sortie d’école n’est pas forcément le meilleur choix. Il y a bien sûr des VC très talentueux qui sortent d’école, mais il y a énormément de demandes pour très peu d’offres. Je vous recommanderais de forger vos propres expériences pendant trois ou quatre ans et de rendre votre parcours unique afin d’obtenir une maturité professionnelle. Comme je l’expliquais précédemment, il est judicieux de commencer dans un secteur avec des collègues qui prennent le temps de vous former. En Venture Capital, les équipes sont beaucoup plus petites et ont moins de temps à vous consacrer que les structures plus hiérarchisées et organisées. Donc si vous obtenez une offre en Venture Capital en sortie d’école c’est remarquable et je vous félicite, mais c’est loin d’être obligatoire. A titre d’exemple, je n’ai pas directement trouvé de poste en VC en sortie d’école mais j’ai vraiment apprécié toutes les expériences qui m’ont permis d’arriver jusqu’ici.

 

Léonard Chardin, contributeur du blog AlumnEye