« On disait autrefois : lorsque les États-Unis éternuent, le Mexique s’enrhume. Aujourd’hui lorsque les États-Unis éternuent, une grande partie du monde attrape la grippe, et les problèmes actuels de l’Amérique sont bien plus graves que de simples reniflements… »  Joseph Stiglitz, ex vice-président de la banque mondiale, ancien conseiller de Clinton et prix Nobel d’économie émet en 2002 dans son ouvrage la Grande désillusion une critique de la mondialisation, en accusant expressément le Fonds Monétaire International. Quinze années plus tard l’institution est toujours sous le feu des critiques. Souvent décriée pour sa partialité, sa mauvaise gestion des crises financières et sa mise en tutelle des pays d’Afrique et d’Amérique du sud, le FMI apparait aujourd’hui de plus en plus fragilisé. Son rôle historique de garant de la stabilité financière mondiale ne semble plus assuré. Comment cette institution à la visée planétaire a-t-elle évoluée ? Quel est son rôle aujourd’hui ? Le Fonds Monétaire International : une institution en crise ?

 

Le garant de la stabilité des taux de change

En Juillet 1944, une conférence des Nations Unies donne naissance aux accords de Bretton Woods permettant la création d’un organisme chargé de la stabilité monétaire internationale. En effet, les pays membres des Nations Unies ont été durablement traumatisés par les dévaluations compétitives des années 30 contribuant à la crise de la grande dépression.

Le Fonds Monétaire International est donc né de cette volonté de garantir la stabilité monétaire nécessaire pour assurer une croissance durable et favoriser le commerce mondial. Le système monétaire de Bretton Woods était fondé sur des taux de changes fixes (ajustable à hauteur de 1%). Ainsi lorsqu’un pays ne pouvait maintenir la valeur de sa monnaie dans la tranche des 1%, après consultation du FMI il pouvait recourir à une dévaluation ou une réévaluation si le réajustement était supérieur à 10%.

Dans le cas d’une balance des paiements déséquilibrée pouvant menacer la valeur externe d’une monnaie, les pays membres pouvaient récupérer 25% de leur quote-part afin de soutenir leur monnaie nationale en rachetant celle-ci sur le marché des changes. Il faut toutefois noter que cet emprunt du FMI était soumis à certaines conditions. La principale étant que les pays devaient respecter les recommandations et politiques d’ajustements préconisées par l’institution.

En 1976 à la suite de la disparition d’un système de change fixe et l’abandon de l’étalon or-dollar, les accords de la Jamaïque marquent le régime des changes flottants, l’institution financière hérite dès lors d’un nouveau rôle.

 

« La banque centrale des banques centrales »

À partir de 1976 le rôle historique du FMI change. Il se positionne dès à présent comme l’ultime recours des États en cas d’insolvabilité, l’objectif étant d’empêcher l’éclatement d’une crise financière et qu’elle se propage à l’échelle mondiale. Les États qui reçoivent une aide du FMI se doivent de respecter un ensemble de recommandations et de réformes imposées par l’institution afin d’assurer la soutenabilité de leur dette.  Le FMI devient le prêteur de dernier ressort du système financier mondial, il devient ainsi la « banque centrale des banques centrales et des trésors publics ».

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Une évolution avec la crise de 2008

Suite à la crise financière de 2008, le FMI n’a d’autre choix que de revoir ses capacités de prêt. L’institution les a augmentées significativement puisque ses fonds sont passés de 250 milliards avant 2008 à 1000 milliards de dollars en 2013. Aujourd’hui, le FMI accorde plus facilement des crédits, et attache une plus grande importance aux politiques structurelles.

Son rôle évolue à travers trois principaux thèmes : premièrement une mission de surveillance. Le FMI évalue régulièrement les perspectives économiques dans son rapport les « perspectives de l’économie mondiale » et les marchés financiers dans le « rapport sur la stabilité financière dans le monde ». Seconde mission, une assistance financière. En effet, avec la collaboration du FMI, les autorités nationales élaborent des programmes d’ajustement qui bénéficient du financement de l’institution, sous condition de la réalisation effective du programme. Enfin dernière mission, une assistance technique permettant aux pays membres de renforcer leur capacité d’exécution de la politique économique.

 

Une institution sous le feu des critiques

Pour ses détracteurs, le Fonds Monétaire International se caractérise par son ingérence excessive dans la politique des pays qu’elle aide. À défaut d’avoir secouru les pays qui ont fait appel à l’institution, la situation desdits pays a souvent été détériorée. C’est le cas notamment de l’Argentine. En 1991 le pays décide d’aligner le cours de sa monnaie nationale sur le dollar. L’Argentine se retrouve cependant très vite fragilisée du fait de son marché bancaire peu développé. À la suite d’une dévaluation de la monnaie brésilienne en 1990, l’Argentine rentre dans une phase de déflation contribuant à une crise économique galopante.

Certains, comme le journal Les Echos, vont même jusqu’à qualifier l’organisation de « pompier pyromane ». En effet, les interventions peuvent d’une part faire fuir les investisseurs des pays bénéficiaires (une intervention du FMI dans un pays est souvent un mauvais signe sur la santé économique du pays) et d’autre part provoquer un effet pervers, puisque certains investisseurs peuvent au contraire être incités à prendre plus de risques, conscients que le FMI agira si un défaut de paiement du pays se produit.

 

Des interventions nuisibles aux pays en développement ?

L’une des critiques les plus souvent adressées à l’institution concerne ses interventions dans les pays en développement. En effet, même si les plans d’aide et recommandations permettent dans un premier temps d’amoindrir les difficultés du pays bénéficiaire, sur le long terme on constate une augmentation significative de la pauvreté et des dettes des pays « aidés ». Reprenons l’exemple de l’Argentine dont les sept politiques d’austérités imposées par le FMI dans les années 90 ont mené à une paupérisation et une croissance de la dette. Ces politiques d’austérité ont mené à un changement de comportement des acteurs économiques, menant à une baisse de l’investissement et de la consommation. Bilan de la situation en 2002 : une dette de 140 milliards de dollars, un taux de chômage de 23% et un taux de pauvreté de 57%.

La principale critique sous-jacente est le manque d’analyse des fondements structurels des pays bénéficiaires. L’institution préconise les mêmes recommandations économiques (privatisations, ouverture du marché intérieur, austérité budgétaire) à tout pays demandeur d’aide, sans prendre en compte les structures propres de chacun.

Le FMI est aussi critiqué pour la crise asiatique en 1997. Ses recommandations à la Thaïlande et à l’Indonésie portant sur une hausse des impôts et taxes, une forte réduction des dépenses publiques et la fermeture de banques en échange de son aide financière ont eu pour conséquence une baisse des investissements. Les investisseurs, rendus conscients des risques associés au pays, ont pris peur inutilement. Cette réaction a entraîné une fuite de capitaux tant des entreprises stables que de celles qui éprouvaient des difficultés. Le FMI a même reconnu plus tard avoir failli dans sa mission. L’économiste Milton Friedman va même jusqu’à déclarer que « sans le FMI il n’y aurait pas le problème de l’Asie ».

La raison invoquée par certains serait que l’institution travaille en réalité au service de l’occident. Le FMI est une institution internationale comptant près de 189 pays membres. Pourtant, 9 pays seulement détiennent plus de 50% des droits de vote. Les États-Unis en sont le contributeur principal avec près de 16,53 % des droits de vote. L’Union Européenne quant à elle dispose de 29,61 % des droits. Cette disparité fait dire aux détracteurs du FMI que la politique de l’institution est inégalitaire. Ils y voient là un instrument au profit des pays les plus développés, soucieux d’imposer une vision économique néo-libérale.

Par ailleurs, depuis la création de l’organisation, son président a toujours été européen. Cette influence de l’occident est l’objet de critiques de plus en plus importantes. Les dirigeants des pays en développement s’insurgent de cette partialité. Alpha Oumar Konaré, ancien président du Mali, déclare : « Nous pensons qu’il faut une réforme des institutions de Bretton Woods. J’attends de leur part un peu plus d’autocritique. Leurs recommandations de ces dernières années n’ont pas du tout contribué à apporter des solutions à nos problèmes. ».

 

Le FMI a failli à son rôle de surveillance et de gestion de la crise financière de la zone euro

Le 28 Juillet 2016, le bureau indépendant d’évaluation du FMI publie un rapport. Bilan : lors la crise de la zone euro les exigences posées par l’institution à la Grèce étaient inadaptées. En effet, le bureau indépendant estime que la réduction des déficits et l’imposition de réformes structurelles n’ont pas permis à la Grèce de retrouver la confiance des marchés. Si d’une part la Grèce a pu rester dans la zone euro, il n’en demeure pas moins que son économie s’est effondrée avec une baisse de 22% de la production entre 2008 et 2012 notamment.

Le rapport soulève une autre question, celle de l’indépendance de l’institution dans la gestion de cette crise. La mission du FMI aurait été entravée par une coopération trop étroite avec la Banque Centrale Européenne et la Commission Européenne, sans pour autant se soucier du soutien politique d’Athènes. Conséquence : le FMI a cédé trop facilement aux décisions de la Commission de ne pas restructurer la dette grecque lors du premier plan de sauvetage. Le FMI a même reconnu dès 2013 ses erreurs concernant le premier plan de sauvetage, considérant qu’il s’était soldé par des « échecs notables ».

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Des critiques à nuancer

Les actions entreprises par le FMI ne se sont pas toujours soldées par des échecs. En effet, ses recommandations et plans d’aides ont permis la gestion de la crise Mexicaine en 1994 par exemple qui voit sa croissance économique passer de -5,76 % en 1995 à 2,67 % en 1999. C’est aussi le cas pour la crise coréenne, la Corée du Sud qui après avoir connue une récession dans les années 90 retrouve le chemin de la croissance et la confiance des investisseurs.

 

Aujourd’hui, le FMI regroupe 189 pays, et est dirigé depuis juillet 2011 par la Française Christine Lagarde qui a succédé à Dominique Strauss-Kahn, lequel occupait cette fonction depuis novembre 2007. Si son rôle a évolué depuis les accords de Bretton Woods, sa mission se concentre à présent autour d’une surveillance de la stabilité économique et une assistance financière et techniques aux pays en difficultés.

Au fil des années, le FMI a entrepris un ensemble de réformes structurelles pour s’adapter aux changements économiques et sociétaux. Cela se traduit notamment par une mise en avant des pays en développement, en augmentant par exemple le droit de vote de la Chine à son conseil d’administration, passant de 3,8 % à 6%. De nouveaux sujets inédits sont abordés au sein de l’institution, comme le réchauffement climatique. En 2014, l’institution annonce étudier les conséquences budgétaires du changement climatique. D’autres sujets, comme les inégalités sociales ou la place des femmes dans la société, sont autant de nouvelles considérations que l’institution prend en compte. Preuve d’une réelle évolution de sa mission globale.

Mamadou Dembele, étudiant à Dauphine et contributeur du blog AlumnEye

 

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