Combinant rémunérations élevées, missions diversifiées et équilibre de vie perso/pro, investisseur en Private Equity est souvent considéré comme le dream job des étudiants en Corporate Finance, notamment par rapport à la banque d’affaires. Toutefois, attractivité rime avec sélectivité et faire sa place dans le Private Equity ne s’improvise pas.

AlumnEye a demandé à Aicha Fakhir, chasseuse de tête pour des fonds d’investissement et banques d’affaires M&A chez AE Search, de nous éclairer sur les critères des recruteurs et nous donner les clés de réussite des process de cet univers convoité. A travers une série de trois articles, ce dossier passera en revue les points fondamentaux pour rejoindre le Private Equity : conseils pour préparer sa candidature, déroulement d’un entretien-type et typologie des questions ainsi que de nombreuses recommandations pour y répondre correctement.

 

Comment construire son CV pour un stage en Private Equity ?

« Décrocher un stage en Private Equity en première partie de césure est presque impossible. En revanche, si tu ambitionnes de candidater en fonds pour ta deuxième partie de césure ou ton stage de fin d’études, il faut garder à l’esprit que les fonds recherchent des stagiaires qui peuvent réellement leur apporter de l’aide. Ceux-ci doivent à la fois être compétents et endurants.

1.   Private Equity en Large Cap

Les recrutements dans les fonds de Private Equity Large Cap sont très sélectifs et exigeants, car dans la majorité des cas, ces équipes n’ont pas d’analystes et c’est le stagiaire qui absorbe cette charge de travail. Fortement exposé, il sera souvent amené à manipuler les modèles financiers sur Excel et utiliser les méthodes de valorisation, ce qui est moins fréquent dans les fonds de plus petite taille.

bulge_bracket_private_equityLe critère déterminant pour rejoindre un fonds Large Cap tel que Cinven, Permira ou CVC est d’être issu d’une top école de commerce (HEC, ESSEC, ESCP) ou d’ingénieur (Polytechnique, CentraleSupélec, Mines ParisTech, Ponts et Chaussées, Télécom Paris et ENSAE) après avoir fait une classe préparatoire : exit les AST ou MS dans 99% des cas. En plus de ce background solide, ces fonds vont exiger des candidats qu’ils aient réalisé au moins 6 mois de stage ou un Summer en M&A ou Leverage Finance dans une Bulge Bracket (Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan, Credit Suisse, etc.). Les fonds sont également sensibles à des étudiants venant de boutiques telles que Messier, Lazard ou Rothschild dans lesquelles les stagiaires sont exposés sur des deals Large Cap. Enfin, le Private Equity recrute également des étudiants ayant effectué des stages au sein des plus prestigieux cabinets de conseil en stratégie (Bain & Company, McKinsey et BCG) et qui ont travaillé sur des Due Diligences stratégiques.

LA4Lire aussi : Comment postuler en Private Equity ?

2.   Private Equity en Mid Cap

Si des fonds tels que Sagard, Apax Partners, IK Partners ou Astorg Partners sont tout de même exigeants, ils restent ouverts à plus d’écoles que les fonds Large Cap en accueillant également des étudiants venant de l’EDHEC, de l’EM Lyon ou d’un parcours universitaire tel que Dauphine.

Les candidats doivent justifier de 6 mois de stage en M&A dans les Bulge Bracket ou bien dans des boutiques bien positionnées sur le marché Mid Cap telles que Clearwater, Alantra ou Bryan Garnier. Une expérience en Leverage Finance dans ces structures est également valorisée, de même qu’un passage en Transaction Services en Big 4 ou chez Eight Advisory, car il s’agit de cabinets où les stagiaires sont très bien formés et acquièrent certaines bases techniques.

3.   Private Equity en Small Cap

small_cap_private_equityLes fonds en Small Cap sont constitués d’équipes relativement petites, mais bénéficiant d’un très bon dealflow. Les candidats seront très fortement exposés car les modèles financiers sont moins complexes, les valorisations concernant des entreprises de plus petite taille. Ainsi, les recruteurs peuvent considérer des candidats venant d’écoles moins bien classées, des étudiants ayant un parcours universitaire avec une spécialité finance ou encore des personnes ayant réalisé un Master Spécialisé dans une des écoles du Top 5. Avant de postuler, il faut tout de même une expérience professionnelle significative en finance à son actif, mais pas nécessairement du M&A ou du Transaction Services.

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Est-ce possible de rejoindre un fonds une fois le diplôme en poche ?

Il faut savoir que les opportunités sont très rares et quand il y en a, elles sont réservées quasi toujours aux étudiants ayant réalisé un stage dans le fonds en question. Par ailleurs, les étudiants recrutés à la sortie d’école sont des personnes ayant un parcours académique très solide, ainsi qu’une année de césure de 6 mois en M&A et 6 mois en Private Equity parmi les grands noms de la finance. Un dernier type de profil est un étudiant ayant énormément networké pendant ses stages et qui a réussi à se saisir d’une opportunité.

Même si les chiffres varient d’une année à l’autre, un fonds Large Cap recrute un Associate tous les 2-3 ans contre 1 voire 2 personnes par an pour un fonds Mid Cap. Concernant les fonds Small Cap, les recrutements sont beaucoup plus aléatoires. Etant donné la quantité limitée de places et le niveau d’exigence requis, les fonds préfèrent donc recruter après quelques années d’expérience. Ainsi, la plupart des étudiants réalisant leur stage de fin d’études en fonds de Private Equity sont des personnes qui ont l’espoir d’être rappelés par ces mêmes fonds 2-3 ans plus tard quand ils lanceront leur processus de recrutement pour un poste d’Associate.

Travailler en Private Equity après quelques années d’expériences…comment faire ?

Que ce soit après du M&A, du Transaction Services ou bien du conseil en stratégie, nombreux sont ceux qui décident de passer côté investissement. Les process pour intégrer les fonds sont extrêmement compétitifs et les critères de sélection pour y accéder sont de plus en plus stricts, mais ils dépendent essentiellement de la taille de fonds visée.

1.   Private Equity en Large Cap

diplome_private_equityPostuler pour des fonds tels que Carlyle, Ardian ou KKR implique des process souvent longs : une préparation intensive en amont est donc nécessaire. De manière générale, il est impératif de commencer sa préparation au minimum 6 mois avant de postuler en Large Cap. Même s’il existe des exceptions, ces fonds recrutent en CDI comme ils le font en stage, à savoir exclusivement des étudiants issus des Parisiennes (HEC, ESSEC, ESCP) ainsi que de Polytechnique, CentraleSupélec, Télécom Paris, Mines ParisTech, Ponts et Chaussées et ENSAE. Les recruteurs exigent également des candidats passés par la prépa et n’accepteront pas les Masters Spécialisés ou AST. Comme pour les stages, cet élitisme persiste donc encore après quelques années d’expérience.

La seconde condition sine qua none pour prétendre intégrer ces fonds est une expérience significative de 2-3 ans en M&A Large Cap ou en conseil en stratégie. Pour les jeunes professionnels en fusions-acquisitions, il est nécessaire de faire partie d’une Bulge Bracket (Goldman, Citi, Bank of America, Deutsche Bank ou Barclays) ou d’une Elite Boutique (Rothschild, Lazard, Messier, etc.) et d’avoir travaillé sur des deals importants pour des sociétés dont l’Entreprise Value est supérieure à 300 voire 500 millions d’euros.

culture_fonds_private_equityPour ce qui est du conseil en stratégie, les recruteurs ne regarderont que les candidats venant des meilleurs cabinets (Bain, McKinsey, BCG ou Oliver Wyman) et ayant travaillé sur plusieurs Due Diligences stratégiques, notamment pour le compte de fonds d’investissement. Pour ces candidats, avoir réalisé un stage en Private Equity Large Cap ou plusieurs stages en M&A Large Cap au cours de leurs études est très apprécié, car cela dénote un réel intérêt pour le monde de l’investissement. Il est important de rappeler que si les recruteurs sont sélectifs, ils apprécient aussi beaucoup recruter des personnes ayant le même parcours qu’eux, ce qui rend le travail préliminaire de recherche d’autant plus important. Il faut étudier la multitude de fonds, analyser leur culture, scruter les équipes afin de dénicher ceux auxquels tu t’identifies le plus afin de maximiser tes chances d’être pris.

2.   Private Equity en Mid Cap et Small Cap

entrepreneur_tedx_private_equityDe même que pour les stagiaires, les fonds Mid Cap sont plus ouverts en termes de profils. Là encore, l’expérience professionnelle à la sortie d’école est déterminante, bien qu’il ne soit pas indispensable de passer par du M&A ou du conseil en stratégie pour intégrer des fonds tels que Motion Equity Partners, Eurazeo ou bien Turenne Capital. Il est également possible de travailler en Leverage Finance ou en TS chez EY, Eight Advisory, PwC, KPMG ou encore Accuracy. Si les Elite Boutiques ou les MBB restent des enseignes incontournables, les fonds sont également sensibles à des candidats venant d’autres boutiques telles que Centerview, Sycomore ou encore des cabinets tels que Roland Berger ou Kearney. Avoir réalisé un stage en start-up ou vécu une expérience entrepreneuriale pendant ses études est également très valorisé par les fonds Mid Cap qui apprécient ces profils qui ont appris à être proches du management et qui sont dotés d’un côté opérationnel assez prononcé.

Dans les fonds Small Cap, les équipes sont généralement de petite taille et avoir les mêmes expériences que les Partners du fonds peut être un atout, car ceux-ci sont plus susceptibles de recruter des profils qui leur ressemblent. Les recruteurs vont s’identifier à des candidats avec le même parcours académique ou professionnel, ce qui laisse davantage de chances aux étudiants ne venant pas d’écoles target.

LA4Lire aussi : Qu’est-ce que le Private Equity ?

Des centaines de CV pour un seul poste vacant…que faire pour se distinguer des autres candidats ?

démarquer_cv_private_equityQue tu sois champion de France d’équitation, que tu aies remporté des médailles au tennis ou des compétitions en handball, la pratique d’un sport à haut niveau te permettra de te démarquer de tes concurrents, dénotant une certaine exigence envers soi-même et une culture de la performance. De même parler plusieurs langues ou avoir eu des expériences à l’étranger peut faire la différence entre deux candidats aux CVs similaires, notamment pour les fonds paneuropéens. Ceux-ci apprécient les candidats démontrant une ouverture culturelle, d’autant plus que dans le cas d’investissements transnationaux, être familier avec la culture locale peut faciliter le contact avec les équipes à l’étranger. Avoir une expérience en start-up est toujours valorisé, car travailler en Private Equity, c’est faire partie d’une aventure entrepreneuriale. Investir dans des entreprises, cela implique d’être au board, faire le suivi stratégique et opérationnel des sociétés en portefeuille.

Enfin, il est important de personnaliser son CV en fonction du type de fonds que tu vises en y glissant des informations importantes, qui vont attirer l’œil du recruteur. Si tu veux intégrer un fonds spécialisé en tech, il faut faire ressortir les deals tech sur lesquels tu as pu travailler en M&A, que ce soit en CDI ou en stage. Le CV peut également refléter le secteur sur lequel tu envisages une carrière à travers les centres d’intérêt : un passage par la Piscine de l’Ecole 42 atteste d’une réelle motivation pour l’univers de la tech.

 

Que faire si mon profil ne correspond pas aux critères ?

Si ton profil ne correspond pas à tout ce qui a été dit, il ne faut pas perdre espoir : réseaute, contacte les chasseurs de tête et les investisseurs des fonds qui t’intéressent et surtout reste motivé. Le monde du Private Equity est petit, et il est déjà arrivé que certains candidats qui n’ont pas le CV parfait se fassent recommander par plusieurs personnes et finissent par décrocher un entretien. »

Anthony SULIO, étudiant à l’Université Paris-Dauphine et responsable éditorial du blog AlumnEye