Après un cursus à GEM suivi d’un Master spécialisé en Finance, Théodore a décroché un Summer chez Deutsche Bank. De l’exposition sur les deals au processus de sélection pour le Graduate Program, il nous raconte son expérience de Summer Intern au sein de la banque d’investissement allemande. Ayant fait auparavant un Offcycle en M&A chez Deutsche Bank, son témoignage est l’occasion d’observer les différences culturelles entre Paris et Londres.

Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours lorsque tu avais postulé au Summer ?

J’ai un background plutôt économique et littéraire; j’ai préparé un bac économique et un parcours aménagé au lycée pour la musique classique (15 ans de conservatoire). J’ai ensuite décidé de faire une prépa HEC-ECE (Intégrale Prépa) à l’issue de laquelle j’ai été reçu à GEM en cursus double diplôme Droit & Management International. J’ai mal vécu ce résultat aux concours ; pour moi c’était un échec donc j’ai énormément travaillé afin d’obtenir la meilleure année de césure possible. J’ai intégré l’équipe corpo M&A d’Euronext, équipe très active dans le rachat de places boursières en Europe. J’ai notamment travaillé sur le rachat de la bourse d’Oslo, de la bourse d’Espagne et sur les débuts du rachat de la bourse d’Italie. J’ai ensuite rejoint l’équipe française généraliste large cap de la Deutsche Bank à Paris en seconde partie de césure.

En raison de mes choix de parcours au sein de GEM j’ai pu échanger mon M2 de GEM par le MS Finance de l’ESCP tout en étant diplômé des deux écoles : bien plus intéressant pour moi en termes d’opportunités. C’est à ce moment-là que j’ai postulé aux Summers en septembre 2020, et réussi à en décrocher un chez Deutsche Bank en Investment Banking.

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Comment s’organise le Summer chez Deutsche Bank ?

Le Summer de la Deutsche Bank a une durée de 9 semaines qui comprend 1 semaine de formation. Les candidats sélectionnés sont triés par équipes sectorielles après une campagne de choix préalablement organisée durant l’été. Cette dernière consiste en une période de networking de la part des équipes et des Summer Interns à l’issue de laquelle, équipes et stagiaires établissent un top 3.
Le début du Summer cette année était particulièrement tardif (en raison du covid). Nous avons commencé fin juin, deux semaines après UBS et JPM et une semaine après Morgan Stanley par exemple.

Le Summer Intern est évalué tout le long de cette période de 8 semaines (après la formation). Il y a un premier feedback en milieu de stage et un feedback final. Ce dernier est souvent le moment où les RH annoncent si la banque offre le full time ou non au stagiaire. Juste avant ce dernier feedback, comme dans de nombreuses banques, les RH organisent une sorte de « Pitch fictif » qui consiste à faire une présentation d’une douzaine de pages sur une opération stratégique de notre choix (M&A, IPO, Augmentation de capital, Financement, etc). Cet exercice doit comprendre une analyse assez poussée : une étude de marché, une equity story, une valorisation par DCF, multiples, LBO, un football field, une analyse d’accrétion, de dilution, etc. Ce projet est pris très au sérieux à Londres et joue pour 20 à 30% sur la décision finale de faire ou non une offre au Summer Intern.

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Quelles étaient tes missions pendant ton Summer ?

J’ai eu la chance de rejoindre l’équipe Healthcare, une équipe en recomposition avec un grand nombre de seniors et très peu de juniors. Presque tous les analystes avaient rejoint des fonds ou autre, si bien qu’il ne restait qu’une analyste très junior avec 2 mois d’expérience.

J’ai eu l’opportunité de montrer que j’étais le mieux placé au niveau junior. On m’a très vite fait confiance et j’ai pu travailler directement avec des VPs ou des Managing Directors. J’avais la charge de la création, de la mise à jour des decks, d’Info Memo, de modèles pour tous types de clients, Corporates comme fonds de Private Equity. Même si les missions sont variées, c’était souvent un mix de présentations à produire sur PowerPoint et d’analyses à faire sur Excel avec des guidelines plus larges. C’était donc une expérience incroyable et je pense avoir plus appris en 2 mois de Summer à Londres qu’en 6 mois d’Offcycle à Paris.

Encore une fois cela dépend des équipes et des stagiaires mais de mon côté j’étais le stagiaire le plus expérimenté dans une équipe qui avait un besoin urgent de junior et j’ai donc été particulièrement exposé. Ce n’était pas le cas pour tout le monde et je reconnais ma chance.

Qu’as-tu pensé de l’environnement de travail dans cette banque ?

J’ai trouvé que l’environnement de travail à Londres était sans doute plus intense mais aussi plus détendu. Les relations hiérarchiques sont beaucoup moins fortes et c’est très appréciable au quotidien. Il m’arrivait fréquemment de déjeuner avec un Director, d’avoir un VP au téléphone ou de boire un café l’après-midi avec le MD avec lequel je travaillais. Ces moments permettent une meilleure communication dans le travail, une meilleure considération et rend le quotidien beaucoup plus appréciable. C’est ce qui manque le plus selon moi à la culture du M&A en France.

Les banquiers sont très forts à Londres, surtout les seniors. Les juniors londoniens sont généralement plus jeunes et moins expérimentés qu’en France mais j’avoue avoir été impressionné par leur courbe d’apprentissage et la rapidité à laquelle ils ingurgitent et comprennent les concepts financiers.

Pour ce qui est de l’ambiance, de mon côté l’équipe Healthcare aimait beaucoup les restaurants donc nous y allions deux fois par mois, c’était très appréciable. D’autres équipes préfèrent les bars ou les boites de nuits.

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Que retiens-tu finalement de cette expérience ?

J’ai été agréablement surpris : je ne pensais pas autant apprendre en Summer. Globalement la gentillesse et la transparence des banquiers à Londres ont été des éléments particulièrement motivant pour moi. On m’a permis de progresser dans mon stage au bout de 2 semaines pour endosser un véritable rôle d’analyste : cela nécessitait de me faire confiance et ça ne tient qu’à quelques personnes de l’équipe qui ont pris cette décision. Cette décision reflète particulièrement l’esprit londonien où l’efficacité prime avant tout.

Un point particulier sur le dealflow incomparable à Londres : sur une petite équipe en reconstruction (15 à 20 banquiers), nous étions sur une quinzaine de deals tous entre 2 et 15 milliards de livres. Pour faire simple Londres continue d’accaparer les deals les plus stratégiques d’Europe et cela se ressent clairement au quotidien.

L’écart de culture entre Paris et Londres est important. Ce sont deux styles très différents, chacun avec leurs avantages et leurs inconvénients mais je pense qu’il est très intéressant de vivre les deux pour n’en retenir que le meilleur.

Anthony SULIO, étudiant à l’Université Paris-Dauphine et responsable éditorial du blog AlumnEye