En quoi consiste l’activité de courtage des matières premières ?

L’activité d’une maison de trading de matières premières peut se scinder en deux parties : la première est le transport et le stockage de matières premières – elles peuvent être agricoles (cacao, sucre, porc, etc.) comme énergétiques (pétrole, etc.) – et la seconde est le trading sur ces matières premières, afin d’exploiter au mieux les contrats qui se nouent avec les producteurs, les raffineries et les compagnies (minières, agricoles, etc.). Le marché des matières premières n’est pas fonction que de l’activité économique globale, puisque des variables indépendantes doivent être comptabilisées comme le temps, la météo, la température ou encore les tensions géopolitiques. Dès lors, les producteurs veulent savoir d’office à quel prix vendre et les consommateurs à quel prix acheter puisqu’il y a toujours un risque inhérent à la valeur future des matières premières. Prenons le pétrole : si son prix augmente drastiquement, une compagnie aérienne ne l’ayant pas anticipé verra ses marges se réduire sur le prix des billets d’avions puisque ces derniers sont déterminés jusqu’à six mois à l’avance et 30% de leur montant en moyenne dépend du prix du kérosène.

De facto, couvrir ce risque est indispensable afin de limiter les potentielles pertes, et c’est exactement ce que permet la financiarisation du marché des matières premières. En gelant la variation des prix futurs des matières premières avec un prix fixe dès aujourd’hui, les producteurs et consommateurs limitent leur perte, mais les agents financiers peuvent dégager des profits. En effet, le courtage sur les matières premières revient à spéculer et à faire de l’arbitrage entre le prix anticipé du cours de la matière première et le prix fixé dans le contrat : si on estime un prix futur supérieur au prix fixé en amont, alors on achètera aujourd’hui pour revendre la matière première en t+1 et ainsi dégager un profit égal à la différence des 2 prix. Les cours des matières premières pouvant être très volatiles (le baril de pétrole a vu son prix baisser de 19% en 2018, le cacao augmenter de 28%), ce type d’opérations peut dès lors se révéler très rentable.

Le trading de « commodities » (matières premières) inclut de nombreuses ressources : les produits agricoles, les métaux, les ressources énergétiques, la viande… Comme les produits échangés sont physiques, chaque acteur a besoin d’infrastructures afin de gérer le stockage et la livraison. Cette hybridité est propre au courtage de matières premières et se retrouve dans les stratégies même de trading. En effet, les entreprises de trading peuvent jouer sur la spécificité des produits physiques pour générer des marges lors des arbitrages. Par exemple, elles peuvent acheter deux produits pour un coût X qu’elles mélangent ou raffinent pour obtenir un nouveau produit qu’elles revendent à un prix P, avec P > X + coûts de transformation : il s’agit alors d’arbitrage qualitatif. D’autres techniques d’arbitrage peuvent être mentionnées comme celle géographique qui revient à acheter la matière première dans un pays en surplus pour la revendre dans un pays où la ressource est en pénurie ; encore une fois, il convient d’intégrer tous les coûts subsidiaires à la transaction i.e les transports, le stockage, les réglementations douanières etc.

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Une influence sur le cours des matières premières ?

Ces actifs de matières premières, au cœur même des activités de couverture et de spéculation, prennent la forme de produits dérivés de type future : il s’agit d’un contrat à terme qui permet d’éviter l’incertitude liée à la volatilité des marchés i.e un contrat entre deux parties dans lequel elles s’engagent sur un prix pour une quantité déterminée d’un sous-jacent, à une date future. Pour le pétrole par exemple, les contrats expirent chaque mois avec plus de 300 000 contrats négociés quotidiennement et une volatilité propre à cette ressource. La financiarisation du marché des matières premières a mis en évidence la part considérable de la spéculation sur les marchés à terme, étant donné qu’on n’est plus obligé d’acheter réellement du pétrole ou du blé puis de le stocker et de le vendre, puisque les prix futurs permettent d’outrepasser ces activités : tout le monde peut spéculer dessus et donc influer sur le prix. Cette spéculation, sous l’effet de la masse, joue sur le prix inhérent de la matière première : si on anticipe une baisse du cours, on vend ladite matière première et son prix baisse de facto et inversement si ce sont des anticipations haussières.

De là à envisager une influence directe et significative sur les prix des matières premières ? Devant le poids d’acteurs financiers échangeant des volumes conséquents d’actifs relatifs aux ressources naturelles ou raffinées, certains estiment que les producteurs n’ont plus la maîtrise des prix de leurs propres récoltes et produits et donc, doivent se soumettre à la loi du marché, ce qui peut amener des tensions sociales fortes avec des manifestations ou des insurrections (comme cela s’est vu dans les pays arabes avec la hausse du prix des ressources naturelles à la genèse du Printemps arabe). Tensions produisant un effet pervers car accentuant la volatilité sur ces marchés, et donc la spéculation.

Cependant, plusieurs mécanismes permettent de tempérer ces accusations. Les agents financiers qui traitent des futures de matières premières sont experts dans leur domaine et connaissent l’industrie sur le bout des doigts. De plus, les contrats de futures ne passent pas par des marchés OTC (over the counter i.e de gré à gré) mais bien par des chambres de compensation afin de limiter les effets de rumeurs et améliorer la transparence du marché. A cela, on peut ajouter les directives bâloises et européennes quant à la régulation des marchés de dérivés des matières premières sous le couvert de la directive MIF2 de 2017 : elle limite les positions sur les dérivés des matières premières d’échéance courte (spot month) ou longue (all other months) et exige une plus forte transparence avec des déclarations hebdomadaires sur les positions prises dans la semaine (en plus de la déclaration journalière). Dès lors, bien qu’importante, la spéculation se voit limitée autant que possible.

 

Les entreprises de courtage ont un impact non négligeable sur le marché des matières premières et le prix de celles-ci mais sans être pour autant les vecteurs de l’instabilité et de la volatilité inhérentes à de tels marchés. Les grands trends qui influencent ces deux dernières caractéristiques sont le climat d’une part puisqu’il touche l’écosystème des plantations et donc de la récolte des matières premières ; et d’autre part les tensions géopolitiques. En effet, les zones d’exploitation des matières premières se retrouvent dans des pays de fortes tensions géopolitiques : on peut penser au détroit d’Ormuz car il menace la production pétrolière mondiale en détenant les îles stratégiques au centre du détroit, ou encore au caoutchouc nigérian qui est la proie des forces gouvernementales et des trusts étrangères.

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Ulysse M’Bouti, étudiant à l’EDHEC Business School et contributeur du blog AlumnEye